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Pokrovsk sous le feu : 167 combats en 24 heures et l’Ukraine refuse de plier
Crédit: Adobe Stock

Mille deux cent quarante vies en vingt-quatre heures

Les chiffres des pertes russes donnent le vertige. Depuis le 24 février 2022, date du début de l’invasion à grande échelle, jusqu’au 5 décembre 2025, les forces russes auraient perdu environ un million cent soixante-dix-huit mille six cent dix hommes. Mille deux cent quarante rien que pour la journée du 4 décembre. Mille deux cent quarante pères, fils, frères, maris. Mille deux cent quarante cercueils qui retourneront dans les villages reculés de Russie, dans les banlieues déshéritées, dans les républiques périphériques où la vie humaine semble avoir si peu de valeur aux yeux du pouvoir. Ces pertes sont colossales, inimaginables pour une armée moderne. Elles dépassent tout ce que les conflits récents ont connu. C’est plus que toutes les pertes américaines au Vietnam. C’est plus que les pertes soviétiques en Afghanistan. C’est une hécatombe qui devrait faire trembler les fondations du Kremlin.

Mais les pertes ne se limitent pas aux hommes. L’État-major ukrainien recense également la destruction de matériel militaire considérable. Onze mille trois cent quatre-vingt-seize chars détruits depuis le début de la guerre. Vingt-trois mille six cent quatre-vingt-six véhicules blindés de combat. Trente-quatre mille huit cent quarante-trois systèmes d’artillerie. Mille cinq cent cinquante-huit lance-roquettes multiples. Quatre cent trente et un avions. Trois cent quarante-sept hélicoptères. Quatre-vingt-six mille neuf cents drones de niveau opérationnel-tactique. Ces chiffres, s’ils sont exacts, représentent une saignée sans précédent pour l’armée russe. Ils témoignent d’une guerre totale, d’un engagement sans retenue, d’une volonté de vaincre à n’importe quel prix. Le prix du sang. Le prix de l’acier. Le prix de l’avenir de toute une génération sacrifiée sur l’autel des ambitions impériales de Vladimir Poutine.

La stratégie du rouleau compresseur

Comment expliquer de telles pertes ? La réponse tient en un mot : attrition. L’armée russe applique une stratégie brutale, primitive presque, qui consiste à submerger l’adversaire sous le nombre. Peu importe les pertes, peu importe le coût humain, l’objectif est d’user l’ennemi, de le fatiguer, de le briser psychologiquement autant que militairement. Les premières vagues d’assaut sont souvent composées d’anciens prisonniers, de recrues mal entraînées, de chair à canon destinée à révéler les positions ukrainiennes et à épuiser leurs munitions. Puis viennent les unités plus expérimentées, qui exploitent les brèches ouvertes par les sacrifiés. C’est une tactique qui remonte à la Seconde Guerre mondiale, aux grandes offensives soviétiques qui noyaient les défenses allemandes sous des vagues humaines. Staline aurait été fier.

Cette approche a un coût démographique catastrophique pour la Russie. Le pays perd chaque jour des milliers d’hommes en âge de travailler, de fonder des familles, de contribuer à l’économie. Les régions périphériques, déjà en déclin démographique, se vident de leur population masculine. Les villages deviennent des mouroirs où ne restent que les vieillards et les femmes. Mais le Kremlin semble imperméable à ces considérations. Pour Poutine et son entourage, ces hommes ne sont que des pions sur un échiquier géopolitique. Leur vie n’a de valeur que dans la mesure où elle sert les objectifs stratégiques du régime. C’est une vision cynique, inhumaine, qui réduit l’être humain à un simple outil jetable. Et pourtant, cette machine continue de tourner, alimentée par la propagande, la répression et la résignation d’une population habituée à courber l’échine devant le pouvoir.

Mille deux cent quarante. Je répète ce chiffre dans ma tête et il perd progressivement son sens. C’est trop. C’est trop pour qu’on puisse vraiment le saisir. Notre cerveau n’est pas fait pour appréhender de telles quantités de souffrance. Alors on abstrait, on généralise, on transforme les hommes en statistiques. Mais chacun de ces mille deux cent quarante avait un nom. Chacun avait une histoire. Des rêves peut-être. Des peurs certainement. Combien sont morts en pensant à leur mère ? Combien ont appelé leur femme dans leur dernier souffle ? Combien ont simplement disparu, pulvérisés par un obus, réduits à néant sans même un corps à enterrer ? Je pense à ces familles russes qui attendent des nouvelles qui ne viendront jamais. À ces villages où les hommes manquent déjà cruellement. À cette génération perdue pour rien, pour les fantasmes d’un vieillard paranoïaque accroché à son pouvoir. Et je me demande : jusqu’où ira cette folie ?

Sources

Sources primaires

État-major général des Forces armées ukrainiennes, rapport opérationnel du 5 décembre 2025, publié sur Telegram. Ukrinform, War update: 167 combat engagements on frontline, heavy fighting in Pokrovsk sector, 5 décembre 2025. RBC-Ukraine, Russia’s losses in Ukraine as of December 5: +1,240 troops and 424 drones, 5 décembre 2025. Institute for the Study of War, Russian Offensive Campaign Assessment, 4 décembre 2025. Hromadske, reportage sur la situation à Myrnohrad, 3 décembre 2025. Ministère ukrainien de l’Énergie, rapport sur les dégâts aux infrastructures énergétiques, 4 décembre 2025.

Sources secondaires

Critical Threats Project, Russian Offensive Campaign Assessment, 3 décembre 2025. The Guardian, The slow death of Pokrovsk, 2 décembre 2025. Deutsche Welle, Heavy fighting for Pokrovsk: Is Ukraine losing the city?, décembre 2025. Kyiv Independent, Ukraine’s military denies reports that Pokrovsk, Myrnohrad encircled, décembre 2025. Reuters, Russia says before talks with US it has fully captured city of Pokrovsk, 1er décembre 2025. Al Jazeera, Russia-Ukraine war: List of key events, day 1380, 5 décembre 2025. Modern Diplomacy, Why Russia’s Claimed Capture of Pokrovsk Matters in the Ukraine War, 2 décembre 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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