Mille deux cent quarante vies en vingt-quatre heures
Les chiffres des pertes russes donnent le vertige. Depuis le 24 février 2022, date du début de l’invasion à grande échelle, jusqu’au 5 décembre 2025, les forces russes auraient perdu environ un million cent soixante-dix-huit mille six cent dix hommes. Mille deux cent quarante rien que pour la journée du 4 décembre. Mille deux cent quarante pères, fils, frères, maris. Mille deux cent quarante cercueils qui retourneront dans les villages reculés de Russie, dans les banlieues déshéritées, dans les républiques périphériques où la vie humaine semble avoir si peu de valeur aux yeux du pouvoir. Ces pertes sont colossales, inimaginables pour une armée moderne. Elles dépassent tout ce que les conflits récents ont connu. C’est plus que toutes les pertes américaines au Vietnam. C’est plus que les pertes soviétiques en Afghanistan. C’est une hécatombe qui devrait faire trembler les fondations du Kremlin.
Mais les pertes ne se limitent pas aux hommes. L’État-major ukrainien recense également la destruction de matériel militaire considérable. Onze mille trois cent quatre-vingt-seize chars détruits depuis le début de la guerre. Vingt-trois mille six cent quatre-vingt-six véhicules blindés de combat. Trente-quatre mille huit cent quarante-trois systèmes d’artillerie. Mille cinq cent cinquante-huit lance-roquettes multiples. Quatre cent trente et un avions. Trois cent quarante-sept hélicoptères. Quatre-vingt-six mille neuf cents drones de niveau opérationnel-tactique. Ces chiffres, s’ils sont exacts, représentent une saignée sans précédent pour l’armée russe. Ils témoignent d’une guerre totale, d’un engagement sans retenue, d’une volonté de vaincre à n’importe quel prix. Le prix du sang. Le prix de l’acier. Le prix de l’avenir de toute une génération sacrifiée sur l’autel des ambitions impériales de Vladimir Poutine.
La stratégie du rouleau compresseur
Comment expliquer de telles pertes ? La réponse tient en un mot : attrition. L’armée russe applique une stratégie brutale, primitive presque, qui consiste à submerger l’adversaire sous le nombre. Peu importe les pertes, peu importe le coût humain, l’objectif est d’user l’ennemi, de le fatiguer, de le briser psychologiquement autant que militairement. Les premières vagues d’assaut sont souvent composées d’anciens prisonniers, de recrues mal entraînées, de chair à canon destinée à révéler les positions ukrainiennes et à épuiser leurs munitions. Puis viennent les unités plus expérimentées, qui exploitent les brèches ouvertes par les sacrifiés. C’est une tactique qui remonte à la Seconde Guerre mondiale, aux grandes offensives soviétiques qui noyaient les défenses allemandes sous des vagues humaines. Staline aurait été fier.
Cette approche a un coût démographique catastrophique pour la Russie. Le pays perd chaque jour des milliers d’hommes en âge de travailler, de fonder des familles, de contribuer à l’économie. Les régions périphériques, déjà en déclin démographique, se vident de leur population masculine. Les villages deviennent des mouroirs où ne restent que les vieillards et les femmes. Mais le Kremlin semble imperméable à ces considérations. Pour Poutine et son entourage, ces hommes ne sont que des pions sur un échiquier géopolitique. Leur vie n’a de valeur que dans la mesure où elle sert les objectifs stratégiques du régime. C’est une vision cynique, inhumaine, qui réduit l’être humain à un simple outil jetable. Et pourtant, cette machine continue de tourner, alimentée par la propagande, la répression et la résignation d’une population habituée à courber l’échine devant le pouvoir.
Mille deux cent quarante. Je répète ce chiffre dans ma tête et il perd progressivement son sens. C’est trop. C’est trop pour qu’on puisse vraiment le saisir. Notre cerveau n’est pas fait pour appréhender de telles quantités de souffrance. Alors on abstrait, on généralise, on transforme les hommes en statistiques. Mais chacun de ces mille deux cent quarante avait un nom. Chacun avait une histoire. Des rêves peut-être. Des peurs certainement. Combien sont morts en pensant à leur mère ? Combien ont appelé leur femme dans leur dernier souffle ? Combien ont simplement disparu, pulvérisés par un obus, réduits à néant sans même un corps à enterrer ? Je pense à ces familles russes qui attendent des nouvelles qui ne viendront jamais. À ces villages où les hommes manquent déjà cruellement. À cette génération perdue pour rien, pour les fantasmes d’un vieillard paranoïaque accroché à son pouvoir. Et je me demande : jusqu’où ira cette folie ?
Section 3 : Myrnohrad, la ville sœur au bord du gouffre
L’encerclement qui n’en est pas un
Myrnohrad, située à l’est de Pokrovsk, cristalise toutes les angoisses. Des sources ukrainiennes ont affirmé que les forces russes avaient encerclé la ville dès le 29 novembre. Des militaires ukrainiens ont déclaré au média Hromadske que les unités présentes dans la zone n’avaient pas effectué de rotation depuis le 12 novembre. L’image d’un piège se refermant lentement sur des milliers de soldats ukrainiens a fait le tour des réseaux sociaux et des médias internationaux. Myrnohrad encerclée, Pokrovsk sur le point de tomber, le front est qui s’effondre… Les titres alarmistes se sont multipliés, alimentant un sentiment de panique et de défaitisme. Mais la réalité, comme souvent dans cette guerre, est plus nuancée, plus complexe, plus ambiguë.
Le colonel Volodymyr Polevyi, porte-parole du 7e Corps de réaction rapide des Forces d’assaut aérien ukrainiennes, a formellement démenti ces affirmations. Selon lui, les forces ukrainiennes continuent d’effectuer des rotations et maintiennent une logistique limitée dans la ville. L’Institute for the Study of War, un think tank américain spécialisé dans l’analyse des conflits, n’a observé aucune preuve visuelle ni rapport officiel ukrainien confirmant l’encerclement de Myrnohrad. Certes, la situation est extrêmement difficile. Les forces russes peuvent très probablement perturber les routes d’exfiltration ukrainiennes et les lignes de communication terrestres avec leur artillerie et leurs drones. Mais il existe une différence fondamentale entre une situation difficile et un encerclement complet. Dans le premier cas, il reste des options, des marges de manœuvre, une possibilité de tenir. Dans le second, c’est la catastrophe assurée, l’anéantissement programmé.
La bataille pour les axes de communication
Une source citée par Hromadske a indiqué que les tentatives ukrainiennes pour briser l’encerclement présumé ont été partiellement réussies. Cette même source a précisé que les forces ukrainiennes pourraient tenir Myrnohrad si elles parvenaient à reprendre Chervonyi Lyman, au nord de Myrnohrad, et Rodynske, juste au nord-ouest de Chervonyi Lyman. Ces deux localités sont devenues des objectifs stratégiques majeurs, des clés qui pourraient ouvrir ou fermer le destin de Myrnohrad. Chervonyi Lyman contrôle un axe routier crucial. Rodynske surveille les approches nord. Leur perte a considérablement compliqué la situation ukrainienne. Leur reconquête pourrait inverser la tendance. C’est une guerre de positions, de villages, de collines anonymes qui deviennent soudain des enjeux vitaux parce qu’elles commandent une route ou offrent un point d’observation.
Les combats pour ces localités sont d’une violence inouïe. Les Russes y ont déployé des unités d’élite, conscients de leur importance stratégique. Les Ukrainiens lancent des contre-attaques désespérées, sachant que chaque mètre de terrain perdu rapproche l’étau autour de Myrnohrad. Les pertes sont effroyables des deux côtés. Les villages changent parfois de mains plusieurs fois en une journée. Les bâtiments sont réduits en gravats. Les arbres sont déchiquetés par les éclats d’obus. La terre elle-même semble avoir été retournée par quelque cataclysme géologique. Et au milieu de ce chaos, des hommes continuent de se battre, de mourir, de tuer, dans une spirale de violence qui semble n’avoir ni début ni fin. C’est la guerre dans ce qu’elle a de plus primitif, de plus brutal, de plus absurde aussi. Des hommes qui s’entretuent pour des ruines, pour des noms sur une carte, pour des objectifs stratégiques qui n’ont de sens que dans l’esprit des généraux.
Section 4 : la tactique de l'infiltration russe
Les fantômes de Pokrovsk
Les forces ukrainiennes opèrent toujours dans Pokrovsk. C’est un fait confirmé par l’État-major ukrainien et le général Oleksandr Syrskyi, commandant en chef des forces armées ukrainiennes. Ils maintiennent même le contrôle de zones non spécifiées de la ville. Mais les Russes sont là aussi, infiltrés dans les quartiers nord, progressant par petits groupes, exploitant chaque faille dans le dispositif défensif. Des images géolocalisées publiées les 1er et 3 décembre montrent deux militaires russes opérant avec hésitation au nord de Pokrovsk et deux autres dans le centre de Rivne, entre Pokrovsk et Myrnohrad. Ces images sont révélatrices d’une nouvelle phase de la bataille. Ce n’est plus une ligne de front claire, nette, facilement identifiable. C’est un enchevêtrement de positions, une mosaïque de zones contrôlées, contestées, abandonnées puis reprises.
Le porte-parole d’une brigade ukrainienne opérant dans le secteur de Pokrovsk a décrit la tactique russe avec précision. Les forces russes s’infiltrent par équipes de deux à trois personnes dans le nord de Pokrovsk pendant les périodes de mauvais temps. Elles profitent du brouillard, de la pluie, de la neige pour progresser sans être détectées. Elles se cachent dans les caves, dans les bâtiments en ruine, dans les cratères d’obus. Elles attendent le moment propice pour frapper, pour tendre une embuscade, pour appeler l’artillerie sur une position ukrainienne repérée. C’est une guerre de l’ombre, une guerre de patience, une guerre où chaque coin de rue peut cacher la mort. Les drones ukrainiens tentent de repérer ces infiltrations, mais les conditions météorologiques et la densité urbaine compliquent considérablement leur tâche. C’est un jeu du chat et de la souris mortel, où l’erreur se paie cash.
La guerre des drones
Les drones sont devenus l’arme emblématique de cette guerre. Ils sont partout, dans le ciel, au-dessus des tranchées, au-dessus des villes. Ils observent, ils frappent, ils terrorisent. Les Russes en ont déployé quatre mille quatre cent quatre-vingts rien que le 4 décembre. Des drones kamikazes qui plongent sur leurs cibles dans un sifflement strident. Des drones de reconnaissance qui transmettent en temps réel les positions ennemies. Des drones relais qui étendent la portée des communications. L’Ukraine a riposté en développant sa propre industrie de drones, produisant des milliers d’appareils chaque mois. Mais la bataille aérienne reste déséquilibrée. Les Russes ont les moyens de saturer l’espace aérien, de submerger les défenses ukrainiennes sous le nombre.
Le porte-parole ukrainien a souligné que les drones russes compliquent considérablement la logistique. Chaque convoi de ravitaillement est une cible potentielle. Chaque mouvement de troupes est repéré et signalé. Les Ukrainiens ont dû adapter leurs tactiques, privilégiant les déplacements nocturnes, les petits groupes, les itinéraires changeants. Ils ont développé des techniques de camouflage sophistiquées, utilisant des filets thermiques pour masquer la signature infrarouge de leurs véhicules. Ils ont appris à se déplacer rapidement, à ne jamais rester au même endroit trop longtemps. Mais malgré toutes ces précautions, les pertes restent élevées. Un camion détruit, c’est des munitions qui n’arriveront pas au front. Un véhicule blindé touché, c’est une rotation qui ne pourra pas s’effectuer. C’est une guerre d’usure où chaque petite victoire compte, où chaque petite défaite peut avoir des conséquences disproportionnées.
Je pense à ces soldats qui se terrent dans les ruines de Pokrovsk. À ces hommes qui savent que chaque sortie peut être la dernière. Qui entendent le bourdonnement incessant des drones au-dessus de leurs têtes. Qui sursautent à chaque explosion lointaine. Comment tient-on dans de telles conditions ? Comment garde-t-on sa santé mentale quand la mort rôde à chaque instant ? Je n’ai pas de réponse. Je ne peux qu’imaginer, et mon imagination est bien pâle face à la réalité qu’ils vivent. Ces hommes sont des héros, oui. Mais ils sont aussi des victimes. Victimes d’une guerre qu’ils n’ont pas voulue. Victimes d’un conflit qui les dépasse. Et nous, que faisons-nous pour eux ? Nous débattons de l’opportunité de leur envoyer des armes. Nous calculons le coût de notre soutien. Nous nous demandons si ça vaut vraiment le coup. Pendant ce temps, ils meurent. Simplement. Bêtement. Pour défendre leur terre, leur liberté, leur dignité.
Section 5 : les autres fronts de la guerre
Slobozhanshchyna et Kursk, les fronts oubliés
Pokrovsk monopolise l’attention, mais la guerre fait rage sur l’ensemble du front. Dans les secteurs de Slobozhanshchyna Nord et de Kursk, l’ennemi a effectué deux frappes aériennes, larguant un total de cinq bombes planantes, et mené cent soixante-quinze tirs d’artillerie, dont cinq provenant de systèmes de lance-roquettes multiples. Ces chiffres peuvent sembler modestes comparés à l’intensité des combats à Pokrovsk, mais ils représentent néanmoins une pression constante, un harcèlement quotidien qui use les défenseurs. Dans le secteur de Slobozhanshchyna Sud, les forces ukrainiennes ont repoussé quatre attaques ennemies près d’Izbytske, Prylipky et Synelnykove. Quatre attaques qui auraient pu percer les lignes. Quatre moments où tout aurait pu basculer. Mais les Ukrainiens ont tenu. Encore une fois.
Le secteur de Kupiansk a connu deux attaques ennemies, repoussées près de la localité de Pishchane. Dans le secteur de Lyman, les forces russes ont lancé neuf attaques, tentant de percer les défenses ukrainiennes près de Hrekivka, Drobysheve, Zarichne et Oleksandrivka. Neuf fois où les Ukrainiens ont dû se battre, tenir leurs positions, repousser l’assaillant. Dans le secteur de Sloviansk, les forces ukrainiennes ont repoussé treize attaques près de Yampil, Dronivka, Serebrianka, Fedorivka et Siversk. Treize engagements en une journée dans un seul secteur. C’est l’intensité de cette guerre, sa brutalité, son caractère implacable. Il n’y a pas de répit, pas de pause, pas de moment où l’on peut baisser la garde. C’est une vigilance de tous les instants, une tension permanente qui finit par briser les hommes aussi sûrement que les obus.
Kramatorsk, Kostiantynivka et les batailles pour le Donbass
Dans le secteur de Kramatorsk, un engagement de combat s’est produit près de Chasiv Yar. Un seul engagement, mais qui peut avoir des conséquences considérables. Chasiv Yar est une position clé, un verrou qui protège l’accès à Kramatorsk. Sa chute ouvrirait la voie à une offensive russe en profondeur. Les Ukrainiens le savent et défendent chaque mètre de terrain avec acharnement. Dans le secteur de Kostiantynivka, l’ennemi a mené seize attaques près de Shcherbynivka, Pleshchiivka, Oleksandro-Shultyne, Kostiantynivka, Mykolaipillia, Torske, et en direction de Berestka et Sofiivka. Seize attaques qui témoignent de la détermination russe à percer dans ce secteur, à créer une brèche qui pourrait être exploitée pour encercler les forces ukrainiennes plus au nord.
Le secteur d’Oleksandrohrad a connu dix-neuf attaques russes près de Zelenyi Hai, Yalta, Oleksandrohrad, Sosnivka, Stepove, Verbove, Pryvilne, Vyshneve, Pavlivka, Krasnohirske et Rybne. Dix-neuf tentatives de percer les lignes ukrainiennes. Dix-neuf moments de violence extrême. Dans le secteur de Huliaipole, les forces ukrainiennes ont repoussé douze attaques ennemies près de Zatyshshia, Huliaipole, et en direction de Pryluky. Douze fois où les défenseurs ont dû faire face à des vagues d’assaut russes. Dans le secteur d’Orikhiv, l’ennemi a fait une tentative de percer les défenses ukrainiennes près de Prymorske. Une seule tentative, mais qui rappelle que même les secteurs apparemment calmes peuvent soudain s’embraser. Dans le secteur de Prydniprovske, les défenseurs ukrainiens ont repoussé avec succès une attaque ennemie près du pont Antonivskyi. Ce pont, détruit par les Ukrainiens eux-mêmes pour empêcher une offensive russe sur Kherson, reste un point de fixation stratégique.
Section 6 : la campagne aérienne russe
Le déluge de feu venu du ciel
La nuit du 3 au 4 décembre a été marquée par une série de frappes de missiles et de drones russes contre l’Ukraine. L’Armée de l’air ukrainienne a signalé que les forces russes avaient lancé deux missiles balistiques Iskander-M depuis l’oblast de Rostov et la Crimée occupée, ainsi que cent trente-huit drones de type Shahed, Gerbera et autres, dont environ quatre-vingt-cinq étaient des drones Shahed, depuis les directions des villes d’Oryol, Briansk et Koursk, de Millerovo dans l’oblast de Rostov, de Primorsko-Akhtarsk dans le kraï de Krasnodar, et du cap Chauda en Crimée occupée. Cent trente-huit drones. C’est une armada aérienne, une nuée mortelle qui s’est abattue sur l’Ukraine dans l’obscurité de la nuit. L’Armée de l’air ukrainienne a rapporté que les forces ukrainiennes avaient abattu cent quatorze drones et que vingt-quatre drones et les deux missiles balistiques Iskander-M avaient frappé quatorze localités.
Les responsables ukrainiens ont signalé que les forces russes avaient frappé des infrastructures énergétiques, résidentielles et civiles dans les oblasts de Dnipropetrovsk, Kharkiv, Mykolaïv et Odessa. Le ministère ukrainien de l’Énergie a rapporté le 4 décembre que les frappes russes contre les infrastructures énergétiques avaient laissé plus de soixante mille consommateurs dans l’oblast de Donetsk, cinquante et un mille consommateurs dans l’oblast d’Odessa et mille six cents consommateurs dans l’oblast de Dnipropetrovsk sans électricité. Soixante mille personnes plongées dans le noir et le froid en plein hiver. Cinquante et un mille foyers privés de chauffage, d’eau chaude, de lumière. Mille six cents familles qui doivent se débrouiller avec des bougies et des couvertures. C’est la stratégie russe : frapper les civils, détruire les infrastructures, rendre la vie impossible pour briser le moral de la population.
La guerre contre les civils
Cette campagne aérienne n’est pas nouvelle. Elle dure depuis le début de l’invasion à grande échelle. Les Russes ciblent systématiquement les infrastructures énergétiques ukrainiennes, cherchant à plonger le pays dans l’obscurité et le froid. Chaque hiver, la même stratégie se répète. Les frappes s’intensifient quand les températures chutent, quand le besoin d’électricité et de chauffage devient vital. C’est une forme de terrorisme d’État, une tentative délibérée de faire souffrir la population civile pour l’amener à exiger de son gouvernement qu’il capitule. Mais cette stratégie a échoué jusqu’à présent. Les Ukrainiens ont montré une résilience extraordinaire, réparant inlassablement les dégâts, trouvant des solutions alternatives, s’entraidant dans l’adversité.
Les frappes contre les zones résidentielles sont encore plus cyniques. Elles n’ont aucune justification militaire. Elles visent uniquement à terroriser, à tuer, à mutiler. Des immeubles d’habitation sont touchés en pleine nuit. Des familles entières sont ensevelies sous les décombres. Des enfants meurent dans leur sommeil. Et le lendemain, les médias russes parlent de frappes de précision contre des cibles militaires. Le mensonge est éhonté, grotesque, insultant. Mais il fait partie intégrante de la stratégie russe. Nier l’évidence, inverser la réalité, accuser l’Ukraine de se bombarder elle-même. C’est une guerre de l’information aussi brutale que la guerre sur le terrain. Et dans cette guerre-là aussi, les civils sont les premières victimes, noyés sous un déluge de propagande et de désinformation qui rend impossible toute compréhension rationnelle du conflit.
Soixante mille personnes sans électricité. Je lis ce chiffre et j’essaie d’imaginer. Soixante mille personnes qui se réveillent dans le froid et l’obscurité. Qui doivent trouver un moyen de se chauffer, de cuisiner, de vivre. Soixante mille personnes dont la vie a été bouleversée par une décision prise dans un bunker du Kremlin. Par un homme qui ne les connaît pas, qui ne les verra jamais, qui se fiche éperdument de leur sort. C’est ça, la guerre moderne. Ce n’est plus seulement des soldats qui s’affrontent sur un champ de bataille. C’est toute une population qui devient cible. Toute une société qui est attaquée dans ses fondements mêmes. Et nous, en Occident, nous continuons à vivre normalement. Nous allumons nos lumières sans y penser. Nous montons le chauffage quand il fait froid. Nous nous plaignons quand Internet est lent. Pendant ce temps, des familles ukrainiennes grelottent dans le noir. Et je me demande : avons-nous vraiment conscience de ce qui se passe là-bas ?
Section 7 : les opérations ukrainiennes en territoire russe
Frapper au cœur de l’ennemi
L’Ukraine ne se contente pas de défendre son territoire. Elle mène également une campagne de frappes à longue distance contre les infrastructures énergétiques et industrielles de défense russes. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, des images géolocalisées publiées le 4 décembre montrent des incendies près de l’usine chimique Nevinnomyssk Azot à Nevinnomyssk, dans le kraï de Stavropol. L’agence de presse locale 1777 a rapporté que des résidents locaux avaient observé au moins huit drones volant près de l’usine, et le gouverneur du kraï de Stavropol, Vladimir Vladimirov, a affirmé que les forces russes avaient abattu un nombre non spécifié de drones au-dessus de Nevinnomyssk. Des sources non spécifiées ont confirmé au média d’opposition russe Astra le 4 décembre que les forces ukrainiennes avaient également mené une frappe de drone contre le dépôt pétrolier Lukoil Bobrovskaya à Khrenovoye, dans l’oblast de Voronej, dans la nuit du 2 au 3 décembre, endommageant deux réservoirs de carburant.
Ces frappes sont stratégiquement importantes. Elles visent à perturber l’effort de guerre russe, à détruire les capacités de production, à couper les lignes d’approvisionnement. L’usine chimique de Nevinnomyssk produit des engrais, mais aussi des produits chimiques qui peuvent avoir des applications militaires. Le dépôt pétrolier de Khrenovoye alimente les forces russes en carburant. Chaque frappe réussie complique un peu plus la logistique russe, ralentit un peu plus la machine de guerre. C’est une stratégie d’attrition asymétrique. L’Ukraine ne peut pas rivaliser avec la Russie en termes de puissance de feu brute. Mais elle peut frapper là où ça fait mal, cibler les points faibles, exploiter les vulnérabilités. Et les drones ukrainiens, de plus en plus sophistiqués, de plus en plus nombreux, sont l’arme parfaite pour cette stratégie.
La guerre invisible
Ces opérations en territoire russe sont souvent minimisées ou ignorées par les médias occidentaux. Pourtant, elles jouent un rôle crucial dans l’équilibre global du conflit. Elles obligent la Russie à disperser ses forces, à protéger ses arrières, à consacrer des ressources à la défense aérienne plutôt qu’à l’offensive. Elles ont également un impact psychologique considérable. Pour la population russe, habituée à l’idée que la guerre se déroule loin de chez elle, en Ukraine, ces frappes sont un rappel brutal que le conflit peut les toucher directement. Les autorités russes tentent de minimiser ces incidents, parlant de débris de drones abattus qui causent des dégâts mineurs. Mais les images d’incendies massifs, les témoignages de résidents, les rapports de médias indépendants racontent une autre histoire.
L’Ukraine a également démontré sa capacité à frapper des cibles militaires de haute valeur. Des images publiées le 29 novembre et géolocalisées le 3 décembre montrent un MiG-29 de l’Armée de l’air ukrainienne effectuant une frappe avec un missile guidé AASM Hammer contre un point de concentration de troupes russes au sud-ouest de Kirillovka, au nord-ouest de la ville de Sumy. Ces frappes de précision, utilisant des munitions fournies par les alliés occidentaux, permettent à l’Ukraine de cibler des objectifs spécifiques avec une efficacité redoutable. Chaque concentration de troupes détruite, c’est une offensive qui ne pourra pas être lancée. Chaque dépôt de munitions qui explose, c’est des milliers d’obus qui ne tomberont pas sur les positions ukrainiennes. C’est une guerre d’usure où chaque coup compte, où chaque succès, aussi modeste soit-il, contribue à l’équilibre global des forces.
Section 8 : la dimension diplomatique du conflit
Poutine et ses exigences maximalistes
Pendant que la guerre fait rage sur le terrain, une autre bataille se déroule dans les coulisses diplomatiques. Le président russe Vladimir Poutine a réitéré son engagement envers ses objectifs de guerre originaux de 2021 et 2022 et son refus de tout compromis lors d’une interview accordée au magazine anglophone India Today, avant sa visite d’État en Inde le 4 décembre. Poutine a déclaré que la Russie mettra fin à sa guerre en Ukraine lorsqu’elle aura atteint les objectifs que Poutine a fixés au début de l’invasion à grande échelle. Il a affirmé que l’Ukraine doit comprendre que la meilleure façon de résoudre la guerre est d’accepter un accord de paix comme celui que la Russie a tenté d’imposer à l’Ukraine en 2022, faisant référence à l’accord d’Istanbul qui équivalait à une capitulation totale de l’Ukraine.
Poutine a répondu à une question sur ce qui constitue une victoire pour la Russie en déclarant que la Russie veut protéger les Russes ethniques, la langue russe et l’Église orthodoxe russe en Ukraine. Ce sont des justifications que le Kremlin a souvent utilisées pour exiger le retrait du gouvernement ukrainien actuel et son remplacement par un gouvernement pro-russe. Poutine a également exigé que l’OTAN ne s’étende pas davantage, appelant essentiellement à une révocation de la politique de porte ouverte de l’OTAN et à un retour aux frontières de l’OTAN de 1997. L’Institute for the Study of War continue d’évaluer que Poutine a, en partie, lancé son invasion à grande échelle pour détruire l’OTAN et prendre le contrôle de toute l’Ukraine, et les demandes de guerre originales de Poutine incluent notamment non seulement des demandes à l’Ukraine mais aussi à l’OTAN et à l’Occident.
Le piège des négociations
Poutine tente de présenter faussement ses objectifs de guerre comme géographiquement limités aux oblasts de Donetsk et Louhansk. Il a faussement affirmé que la Russie n’avait pas d’autre choix que de reconnaître les Républiques populaires de Donetsk et Louhansk, qu’il avait proposé à l’Ukraine de retirer ses forces de tous les oblasts de Donetsk et Louhansk pour éviter les hostilités en 2022, et que l’Ukraine a ensuite refusé. Poutine a affirmé que la Russie s’emparera désormais de tous les oblasts de Donetsk et Louhansk par des moyens militaires ou que les forces ukrainiennes se retireront des zones des deux oblasts que l’Ukraine contrôle encore. L’accent mis par Poutine lors de l’interview du 4 décembre sur les oblasts de Donetsk et Louhansk ignore la façon dont son invasion à grande échelle a initialement cherché à capturer beaucoup plus de territoire que ces deux régions, y compris la ville de Kyiv, et à contrôler entièrement l’Ukraine par le biais d’un gouvernement installé par le Kremlin.
Cette rhétorique est une tentative de guerre cognitive. Poutine essaie de façonner l’espace informationnel international, de présenter la Russie comme raisonnable et l’Ukraine comme obstinée. Il veut faire croire que la Russie serait prête à négocier si seulement l’Ukraine acceptait de céder les territoires occupés. Mais c’est un mensonge. Les objectifs de Poutine n’ont pas changé depuis le début de la guerre. Il veut détruire l’Ukraine en tant qu’État indépendant, la transformer en satellite russe, éliminer toute velléité d’intégration euro-atlantique. Les négociations ne sont pour lui qu’un moyen de gagner du temps, de reconstituer ses forces, de préparer la prochaine offensive. Accepter ses conditions reviendrait pour l’Ukraine à signer son arrêt de mort. Ce serait une capitulation déguisée en accord de paix, une trahison de tous ceux qui sont morts pour défendre la liberté de leur pays.
Poutine parle de paix et je ne peux m’empêcher de rire amèrement. Quelle paix ? La paix des cimetières ? La paix de la soumission ? La paix de l’esclavage ? Cet homme a déclenché une guerre d’agression, a détruit des villes entières, a tué des centaines de milliers de personnes, et maintenant il voudrait qu’on le remercie d’accepter de négocier ? C’est d’un cynisme absolu. C’est une insulte à l’intelligence, à la morale, à l’humanité elle-même. Et pourtant, certains en Occident semblent prêts à gober ces mensonges. Certains parlent déjà de compromis, de réalisme, de nécessité de trouver une solution. Mais quel compromis peut-il y avoir avec un agresseur ? Quelle solution peut satisfaire à la fois la victime et le bourreau ? Je refuse cette logique. Je refuse cette lâcheté déguisée en pragmatisme. L’Ukraine a le droit de se défendre. Elle a le droit de récupérer ses territoires. Elle a le droit de choisir son avenir. Et nous avons le devoir de la soutenir jusqu’au bout.
Section 9 : la guerre cognitive du Kremlin
Odessa et Mykolaïv, les prochaines cibles ?
Le Kremlin met en place les conditions pour présenter tout futur accord de ne pas attaquer et s’emparer des villes d’Odessa et Mykolaïv comme une prétendue concession russe lors des négociations de paix, même si la Russie est actuellement incapable de s’emparer de ces villes. Le vice-président du Comité de défense de la Douma d’État russe, Alexeï Zhuravlev, a affirmé le 3 décembre que les commandants russes n’ont pas publiquement rendu compte de l’activité dans la direction de Kherson récemment parce que les forces russes n’intensifient délibérément pas les opérations offensives là-bas. Zhuravlev a affirmé que les forces russes pourraient définitivement intensifier dans la zone et pourraient ensuite lancer une offensive sur les villes d’Odessa et Mykolaïv de sorte que l’Ukraine n’aurait plus d’autres grandes villes sur la côte de la mer Noire.
Zhuravlev a menacé que les forces russes pourraient utiliser la Crimée occupée comme point de lancement pour de telles opérations offensives à la fois sur terre et en mer. Il a en outre affirmé que les autorités ukrainiennes discriminent les russophones dans les villes d’Odessa, Kherson et Mykolaïv et que les résidents des oblasts d’Odessa et Mykolaïv voteraient pour rejoindre la Russie s’il y avait des référendums dans ces régions, rappelant les référendums truqués que la Russie a organisés dans les oblasts de Louhansk, Donetsk, Zaporizhzhia et Kherson en 2022 pour justifier son annexion illégale des quatre régions. Des responsables du Kremlin de haut rang, y compris Poutine lui-même, ont récemment ravivé les récits russes de longue date sur la revendication de la Russie sur les oblasts d’Odessa et Mykolaïv.
Des menaces impossibles à réaliser
Ces déclarations du Kremlin font probablement partie d’un effort de guerre cognitive visant à influencer les négociations de paix en cours. Les forces russes ne sont notamment pas en mesure de faire de telles avancées à grande échelle pour prendre les villes d’Odessa ou Mykolaïv, que ce soit par terre ou par mer. Les forces russes devraient déprioritiser d’autres secteurs pour déployer un groupement de forces important pour traverser avec succès le fleuve Dnipro et faire des avancées significatives vers l’ouest et le nord par voie terrestre, une entreprise extrêmement difficile. Les forces ukrainiennes ont également considérablement endommagé et refusé l’utilisation ultérieure des navires de débarquement de la Flotte de la mer Noire dont les forces russes auraient besoin pour une invasion amphibie, tout en repoussant la Flotte de la mer Noire hors de la mer Noire nord-occidentale.
Le Kremlin pourrait mettre en place les conditions pour renoncer à ses demandes pour ces territoires à l’avenir afin de créer l’impression que le Kremlin fait des concessions lors des négociations. Mais l’Institute for the Study of War continue d’évaluer que Poutine reste attaché à son objectif de prendre le contrôle de toute l’Ukraine. Toute prétendue concession du Kremlin acceptant d’abandonner les efforts pour s’emparer des villes d’Odessa et Mykolaïv serait une tactique de négociation à court terme, et non un changement dans les objectifs stratégiques de longue date du Kremlin. C’est une stratégie classique de manipulation. Menacer l’impossible pour faire passer le terrible pour acceptable. Agiter le spectre d’une catastrophe totale pour que la catastrophe partielle semble être un compromis raisonnable. Mais il ne faut pas se laisser prendre à ce jeu. Les objectifs de Poutine n’ont pas changé. Sa détermination à détruire l’Ukraine reste intacte. Et toute négociation qui ne prendrait pas en compte cette réalité serait vouée à l’échec.
Section 10 : la résilience ukrainienne face à l'adversité
Tenir coûte que coûte
Malgré l’intensité des combats, malgré les pertes, malgré la fatigue accumulée après près de quatre ans de guerre, les forces ukrainiennes continuent de tenir. Elles repoussent les assauts russes, jour après jour, nuit après nuit. Elles défendent chaque position, chaque village, chaque colline avec une détermination qui force le respect. Cette résilience ukrainienne est l’un des facteurs les plus importants de ce conflit. Elle a surpris les observateurs occidentaux, qui prédisaient une victoire russe rapide. Elle a déjoué les plans du Kremlin, qui pensait pouvoir prendre Kyiv en quelques jours. Elle continue de frustrer les ambitions russes, qui se heurtent à une résistance acharnée sur tous les fronts. Cette résilience n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’une mobilisation nationale, d’un soutien populaire massif, d’une conviction profonde que cette guerre est existentielle pour l’Ukraine.
Les soldats ukrainiens savent pourquoi ils se battent. Ils défendent leur terre, leurs familles, leur liberté. Ce n’est pas une guerre de conquête, ce n’est pas une guerre idéologique, c’est une guerre de survie. Et cette conscience donne une force morale considérable. Les soldats russes, eux, ne savent souvent pas vraiment pourquoi ils sont là. Beaucoup ont été mobilisés de force, arrachés à leur vie civile, envoyés au front sans préparation adéquate. Leur moral est bas, leur motivation faible. Ils se battent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que déserter signifie la prison ou pire. Cette différence de motivation se traduit sur le terrain. Les Ukrainiens se battent avec l’énergie du désespoir, avec la rage de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Les Russes avancent mécaniquement, suivant les ordres, espérant survivre assez longtemps pour rentrer chez eux.
Le soutien occidental, un facteur décisif
Cette résilience ukrainienne ne serait pas possible sans le soutien occidental. Les armes, les munitions, l’équipement fournis par les États-Unis, l’Europe et d’autres alliés sont essentiels pour maintenir la capacité de combat ukrainienne. Les systèmes de défense aérienne protègent les villes des frappes de missiles. Les lance-roquettes multiples HIMARS permettent de frapper les concentrations de troupes russes en profondeur. Les chars et véhicules blindés donnent aux Ukrainiens la mobilité nécessaire pour mener des contre-offensives. L’aide financière permet de maintenir l’économie à flot, de payer les salaires, de reconstruire les infrastructures détruites. Sans ce soutien, l’Ukraine aurait probablement déjà été submergée par la supériorité numérique russe.
Mais ce soutien reste insuffisant et parfois hésitant. Les livraisons d’armes sont souvent trop lentes, trop limitées. Les restrictions d’utilisation imposées par certains pays alliés empêchent l’Ukraine de frapper des cibles militaires légitimes en territoire russe. Les débats interminables sur l’opportunité de fournir tel ou tel système d’armes donnent à la Russie le temps de s’adapter, de renforcer ses défenses. Et maintenant, avec les discussions sur d’éventuelles négociations de paix, certains en Occident semblent prêts à sacrifier l’Ukraine sur l’autel du réalisme politique. C’est une trahison potentielle qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques, non seulement pour l’Ukraine, mais pour l’ensemble de l’ordre international fondé sur le droit et non sur la force.
Je pense à ces soldats ukrainiens qui tiennent leurs positions sous le feu ennemi. Qui savent que chaque jour peut être le dernier. Qui continuent malgré tout, parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que c’est leur pays, leur terre, leur vie qui sont en jeu. Et je me demande ce que nous ferions à leur place. Aurions-nous ce courage ? Cette détermination ? Cette capacité à endurer l’inimaginable ? Je n’en suis pas sûr. Je crois que la plupart d’entre nous, confortablement installés dans nos sociétés pacifiées, n’avons aucune idée de ce que signifie vraiment se battre pour sa survie. Nous parlons de guerre comme d’un concept abstrait. Nous débattons de stratégies militaires comme s’il s’agissait d’un jeu d’échecs. Mais pour ces hommes et ces femmes sur le front, ce n’est pas un jeu. C’est la réalité la plus brutale qui soit. Et ils méritent mieux que nos hésitations, nos calculs politiques, nos compromis lâches.
Section 11 : l'impact humanitaire du conflit
Les civils pris au piège
Au-delà des statistiques militaires, au-delà des cartes de front et des analyses stratégiques, il y a la dimension humanitaire de cette guerre. Des millions de civils ukrainiens vivent sous la menace constante des bombardements. Des centaines de milliers ont été déplacés, chassés de leurs foyers par les combats. Des dizaines de milliers ont été tués ou blessés. Les villes du Donbass, comme Pokrovsk, Myrnohrad, Kramatorsk, sont devenues des zones de guerre où la vie normale n’existe plus. Les écoles sont fermées. Les hôpitaux fonctionnent dans des conditions précaires. Les magasins sont vides. L’eau et l’électricité sont coupées régulièrement. Les gens vivent dans des caves, dans des abris de fortune, dans la peur permanente de la prochaine frappe.
Les autorités ukrainiennes ont ordonné l’évacuation de nombreuses localités dans les zones de combat. Mais beaucoup de civils refusent de partir. Certains sont trop âgés, trop malades pour entreprendre le voyage. D’autres ne veulent pas abandonner leur maison, leurs souvenirs, leur vie. Ils préfèrent rester, malgré les dangers, malgré les privations. C’est un choix tragique, mais c’est leur choix. Et il faut le respecter, même si on ne le comprend pas. Pour ces personnes, partir signifierait admettre la défaite, accepter que leur vie d’avant est définitivement terminée. Alors ils restent, s’accrochant à l’espoir que la guerre finira bientôt, que la vie normale reviendra, que tout redeviendra comme avant. Un espoir probablement vain, mais un espoir quand même. Parce que sans espoir, comment continuer ?
Les enfants de la guerre
Les enfants ukrainiens sont les victimes les plus innocentes de ce conflit. Ils ont grandi dans la guerre, ne connaissant rien d’autre que les sirènes d’alerte aérienne, les explosions lointaines, les visages tendus des adultes. Leur enfance a été volée, remplacée par la peur et l’incertitude. Beaucoup ont perdu des proches, des amis, des voisins. Beaucoup ont été témoins de scènes de violence qui les hanteront toute leur vie. Les psychologues parlent déjà d’une génération traumatisée, d’une génération qui portera les cicatrices de cette guerre pendant des décennies. Comment ces enfants pourront-ils construire un avenir normal ? Comment pourront-ils faire confiance au monde, croire en la bonté humaine, quand ils ont vu ce dont les hommes sont capables ?
Les écoles ukrainiennes tentent de maintenir une forme de normalité, organisant des cours en ligne quand les bombardements rendent impossible l’enseignement en présentiel. Les enseignants font des miracles, essayant de préserver un semblant d’éducation dans des conditions impossibles. Mais comment enseigner les mathématiques quand les bombes tombent ? Comment parler de littérature quand la réalité dépasse toutes les fictions ? Comment préparer ces enfants à un avenir qui semble de plus en plus incertain ? Ce sont des questions sans réponses faciles. Mais ce sont des questions qu’il faut se poser, parce que ces enfants sont l’avenir de l’Ukraine. Si on les abandonne, si on les laisse sombrer dans le traumatisme et le désespoir, alors la Russie aura gagné, même si elle perd militairement. Parce qu’elle aura détruit une génération entière, brisé l’esprit d’un peuple, anéanti l’espoir d’un avenir meilleur.
Section 12 : la guerre économique parallèle
Les sanctions qui ne mordent pas assez
Parallèlement à la guerre militaire, une guerre économique fait rage. L’Occident a imposé des sanctions massives à la Russie, visant à asphyxier son économie, à tarir les sources de financement de sa machine de guerre. Des milliers d’entreprises russes ont été sanctionnées. Des oligarques ont vu leurs avoirs gelés. Le système bancaire russe a été partiellement coupé du système financier international. Les exportations de technologies occidentales vers la Russie ont été interdites. Sur le papier, ces sanctions sont impressionnantes. Dans la réalité, leur efficacité est discutable. L’économie russe a certes souffert, mais elle ne s’est pas effondrée. Le rouble a résisté mieux que prévu. Les revenus pétroliers et gaziers continuent d’affluer, alimentant le budget militaire.
La raison de cette résilience économique russe est simple : les sanctions ont des failles béantes. La Chine, l’Inde et d’autres pays continuent de commercer avec la Russie, contournant les restrictions occidentales. Les exportations russes de pétrole et de gaz trouvent de nouveaux marchés. Les technologies occidentales arrivent en Russie par des routes détournées, via des pays tiers qui servent d’intermédiaires complaisants. Les oligarques russes ont transféré leurs avoirs dans des juridictions opaques, hors de portée des autorités occidentales. Et surtout, la Russie a développé une économie de guerre, réorientant toute sa production vers l’effort militaire, acceptant une baisse du niveau de vie de sa population en échange de la poursuite de ses objectifs géopolitiques. C’est un choix que les démocraties occidentales ne peuvent pas faire, contraintes qu’elles sont par l’opinion publique et les cycles électoraux.
Le coût économique pour l’Ukraine
Pour l’Ukraine, le coût économique de la guerre est catastrophique. Le PIB s’est effondré. Des millions d’emplois ont été détruits. Les infrastructures ont été massivement endommagées. Les investissements étrangers ont disparu. Le pays survit grâce à l’aide internationale, mais cette aide ne suffit pas à compenser les pertes. La reconstruction nécessitera des centaines de milliards de dollars, peut-être même des milliers de milliards. Et cette reconstruction ne pourra vraiment commencer que lorsque la guerre sera terminée, ce qui n’est pas pour demain. En attendant, l’Ukraine s’enfonce dans une crise économique profonde, avec toutes les conséquences sociales que cela implique : pauvreté, chômage, émigration massive des jeunes et des qualifiés.
Le paradoxe est que la Russie, l’agresseur, souffre économiquement moins que l’Ukraine, la victime. C’est une injustice fondamentale qui souligne les limites des sanctions économiques comme outil de politique étrangère. Les sanctions peuvent gêner, contrarier, compliquer. Mais elles ne peuvent pas, à elles seules, arrêter une guerre. Elles ne peuvent pas compenser la supériorité militaire. Elles ne peuvent pas remplacer la volonté politique de défendre les principes du droit international. Et tant que l’Occident continuera à croire que les sanctions suffisent, tant qu’il hésitera à fournir à l’Ukraine les moyens de sa défense, la guerre continuera. Les Ukrainiens continueront de mourir. Et l’économie ukrainienne continuera de s’effondrer, creusant un fossé de plus en plus profond entre l’Ukraine et le reste de l’Europe, compromettant les perspectives d’intégration euro-atlantique qui sont pourtant l’objectif ultime de ce conflit.
Les sanctions. On en parle comme d’une arme miracle. Comme si on pouvait gagner une guerre en appuyant sur des boutons dans des salles de réunion climatisées. C’est d’une naïveté confondante. Ou d’une hypocrisie calculée, je ne sais pas. Peut-être les deux. Les sanctions permettent aux dirigeants occidentaux de dire qu’ils font quelque chose, qu’ils ne restent pas les bras croisés face à l’agression russe. Mais dans les faits, elles ne changent rien. Poutine continue sa guerre. Les Russes continuent de mourir. Les Ukrainiens continuent de souffrir. Et nous, nous continuons à nous congratuler de notre fermeté, de notre unité, de notre détermination. Pendant ce temps, l’économie ukrainienne s’effondre. Des millions de personnes sombrent dans la pauvreté. Et nous nous demandons pourquoi ils ne sont pas plus reconnaissants de notre aide. C’est à vomir.
Section 13 : les perspectives d'avenir
Un conflit sans fin en vue
Près de quatre ans après le début de l’invasion à grande échelle, aucune fin du conflit n’est en vue. Les lignes de front se sont stabilisées, mais les combats continuent avec une intensité qui ne faiblit pas. Les deux camps accumulent les pertes sans parvenir à obtenir un avantage décisif. La Russie ne peut pas vaincre militairement l’Ukraine tant que celle-ci reçoit le soutien occidental. Mais l’Ukraine ne peut pas non plus reconquérir tous ses territoires occupés sans une augmentation massive de l’aide militaire occidentale. C’est une impasse stratégique qui pourrait durer des années, voire des décennies. Une guerre gelée, comme celle qui oppose la Corée du Nord et la Corée du Sud depuis 1953. Une plaie ouverte au cœur de l’Europe, un conflit qui empoisonne les relations internationales et menace constamment de dégénérer en confrontation directe entre la Russie et l’OTAN.
Les discussions sur d’éventuelles négociations de paix se multiplient, mais elles semblent vouées à l’échec tant que les positions des deux camps restent aussi éloignées. La Russie exige la reconnaissance de ses conquêtes territoriales, la neutralité de l’Ukraine, sa démilitarisation. L’Ukraine exige le retrait complet des forces russes de son territoire, y compris de la Crimée, et des garanties de sécurité solides pour éviter une nouvelle agression. Ces positions sont inconciliables. Aucun compromis n’est possible sans que l’un des deux camps renonce à ses objectifs fondamentaux. Et ni Poutine ni Zelensky ne semblent prêts à faire ce pas. Poutine parce qu’il a investi trop de capital politique dans cette guerre pour accepter une défaite. Zelensky parce qu’il ne peut pas trahir les dizaines de milliers d’Ukrainiens morts pour défendre leur pays.
Le rôle de l’Occident dans l’issue du conflit
L’Occident détient les clés de l’issue de ce conflit. C’est lui qui décide du niveau de soutien à l’Ukraine. C’est lui qui peut fournir les armes nécessaires pour repousser l’agression russe ou, au contraire, laisser l’Ukraine s’affaiblir progressivement. C’est lui qui peut maintenir la pression économique sur la Russie ou, au contraire, relâcher les sanctions pour des raisons de convenance politique ou économique. Jusqu’à présent, le soutien occidental a été suffisant pour empêcher une victoire russe, mais insuffisant pour permettre une victoire ukrainienne. C’est une position inconfortable, qui prolonge la guerre sans la résoudre. Mais c’est aussi une position qui reflète les divisions au sein de l’Occident, entre ceux qui veulent soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire et ceux qui préfèrent une solution négociée, même si elle implique des concessions territoriales ukrainiennes.
L’arrivée au pouvoir de nouvelles administrations dans certains pays occidentaux pourrait changer la donne. Certains dirigeants semblent moins engagés que leurs prédécesseurs dans le soutien à l’Ukraine. Ils parlent de la nécessité de trouver une solution diplomatique, de ne pas prolonger indéfiniment un conflit coûteux. Cette évolution est inquiétante pour l’Ukraine, qui craint d’être abandonnée par ses alliés au moment où elle en a le plus besoin. Mais elle est aussi révélatrice d’une lassitude croissante dans les opinions publiques occidentales. La guerre en Ukraine n’est plus à la une des journaux. L’attention s’est déplacée vers d’autres crises, d’autres conflits. Et dans ce contexte, maintenir le niveau de soutien actuel, sans parler de l’augmenter, devient de plus en plus difficile politiquement. C’est un défi majeur pour les dirigeants ukrainiens, qui doivent constamment rappeler à leurs alliés l’importance de leur combat, non seulement pour l’Ukraine, mais pour l’ensemble de l’ordre international fondé sur le droit.
Section 14 : les leçons de cette guerre
La renaissance de la guerre conventionnelle
Cette guerre a surpris de nombreux observateurs militaires. Après des décennies de conflits asymétriques, de guerres contre-insurrectionnelles, de lutte contre le terrorisme, beaucoup pensaient que la guerre conventionnelle entre États était devenue obsolète. L’Ukraine a prouvé le contraire. Elle a montré que les chars, l’artillerie, les tranchées, les grandes offensives terrestres n’appartenaient pas au passé. Que la guerre du XXIe siècle pouvait ressembler étrangement à celle du XXe. Certes, avec des technologies nouvelles : les drones, les missiles de précision, la guerre électronique. Mais dans ses fondamentaux, c’est une guerre d’attrition classique, où la supériorité numérique, la capacité industrielle, la résilience de la population jouent un rôle décisif.
Cette renaissance de la guerre conventionnelle a des implications profondes pour les armées occidentales. Pendant des années, elles se sont préparées à des conflits de basse intensité, à des opérations de maintien de la paix, à des frappes chirurgicales contre des groupes terroristes. Elles ont négligé les capacités nécessaires pour mener une guerre de haute intensité contre un adversaire étatique bien équipé. Les stocks de munitions ont été réduits. Les capacités de production industrielle ont été démantelées. Les doctrines tactiques ont été adaptées à des scénarios qui n’ont rien à voir avec ce qui se passe en Ukraine. Résultat : les armées occidentales seraient aujourd’hui incapables de soutenir un conflit de l’intensité de celui qui se déroule en Ukraine. Leurs stocks de munitions seraient épuisés en quelques semaines. Leur capacité à remplacer les pertes en matériel serait dépassée. C’est une faiblesse stratégique majeure que la Russie et la Chine ont bien identifiée.
L’importance cruciale de la volonté politique
Au-delà des aspects purement militaires, cette guerre a démontré l’importance cruciale de la volonté politique. L’Ukraine a tenu non pas parce qu’elle avait une armée plus puissante que celle de la Russie, mais parce qu’elle avait une volonté de résister plus forte. Parce que sa population était unie derrière ses dirigeants. Parce que chaque Ukrainien comprenait que cette guerre était existentielle. Cette unité nationale, cette détermination collective, c’est ce qui a fait la différence. C’est ce qui a permis à l’Ukraine de survivre aux premiers jours de l’invasion, quand tout semblait perdu. C’est ce qui lui permet aujourd’hui de continuer à se battre malgré les pertes, malgré la fatigue, malgré l’incertitude de l’avenir.
À l’inverse, la Russie a montré les limites d’une puissance militaire qui n’est pas soutenue par une véritable adhésion populaire. Les soldats russes se battent parce qu’ils y sont obligés, pas parce qu’ils croient en la cause pour laquelle ils meurent. Cette différence de motivation se traduit sur le terrain par une efficacité au combat moindre, par un moral fragile, par une tendance à la désertion et à la reddition. Aucune supériorité numérique ou technologique ne peut compenser cette faiblesse fondamentale. C’est une leçon que les stratèges militaires connaissent depuis l’Antiquité, mais qu’ils semblent oublier régulièrement. Une armée qui ne sait pas pourquoi elle se bat est une armée qui finira par perdre, quelle que soit sa puissance apparente. Et c’est peut-être là que réside l’espoir pour l’Ukraine : dans cette asymétrie de volonté qui, à long terme, pourrait compenser l’asymétrie de moyens.
La volonté. C’est un mot qu’on utilise peu dans nos sociétés modernes. On préfère parler de stratégie, de tactique, de technologie. Comme si la guerre n’était qu’une question de moyens matériels. Mais cette guerre nous rappelle une vérité fondamentale : ce sont les hommes qui font la guerre, pas les machines. Et les hommes ont besoin de croire en quelque chose pour accepter de mourir. Les Ukrainiens croient en leur liberté, en leur indépendance, en leur droit à exister en tant que nation. Les Russes croient… en quoi exactement ? En Poutine ? En la grandeur impériale de la Russie ? En la nécessité de dénazifier l’Ukraine ? Ce sont des abstractions, des slogans creux qui ne résistent pas à l’épreuve du feu. Et c’est pour ça que l’Ukraine tiendra. Parce qu’elle a quelque chose pour quoi se battre. Quelque chose de réel, de tangible, de vital. Et ça, aucune armée au monde ne peut le détruire.
Section 15 : le rôle des médias et de l'information
La bataille pour les récits
Cette guerre se déroule aussi dans l’espace informationnel. C’est une bataille pour les récits, pour le contrôle de la narration, pour l’influence sur les opinions publiques. La Russie déploie des moyens considérables pour diffuser sa version des événements, pour justifier son agression, pour discréditer l’Ukraine et ses alliés. Les médias d’État russes martèlent quotidiennement les mêmes messages : l’Ukraine est dirigée par des nazis, l’Occident veut détruire la Russie, l’opération militaire spéciale est nécessaire pour protéger les populations russophones. Ces mensonges sont répétés inlassablement, avec une telle constance qu’ils finissent par créer une réalité alternative dans l’esprit d’une partie de la population russe.
L’Ukraine, de son côté, mène également une guerre de l’information, mais avec des moyens beaucoup plus limités. Elle s’appuie sur les réseaux sociaux, sur les médias occidentaux, sur les témoignages directs pour faire connaître sa version des faits. Elle documente les crimes de guerre russes, les destructions, les souffrances de la population civile. Elle montre le courage de ses soldats, la résilience de sa population, la justesse de sa cause. Cette bataille informationnelle est cruciale car elle influence directement le niveau de soutien que l’Ukraine reçoit de l’Occident. Si l’opinion publique occidentale se lasse de la guerre, si elle commence à croire que l’Ukraine est aussi responsable que la Russie, si elle accepte l’idée que des concessions territoriales sont nécessaires pour la paix, alors le soutien politique et militaire s’érodera. Et sans ce soutien, l’Ukraine ne pourra pas tenir indéfiniment.
La désinformation comme arme de guerre
La désinformation est devenue une arme de guerre à part entière. La Russie excelle dans cet art, déployant des armées de trolls sur les réseaux sociaux, créant de faux comptes, diffusant de fausses informations, amplifiant les divisions au sein des sociétés occidentales. L’objectif est de semer le doute, de créer la confusion, de faire en sorte que les gens ne sachent plus ce qui est vrai et ce qui est faux. Dans un tel environnement, toutes les opinions se valent, tous les récits sont également légitimes, et la vérité devient une simple question de point de vue. C’est une stratégie nihiliste qui vise à détruire la possibilité même d’un débat rationnel fondé sur des faits vérifiables.
Les plateformes de réseaux sociaux ont une responsabilité énorme dans cette guerre informationnelle. Elles sont devenues les principaux vecteurs de diffusion de l’information, mais aussi de la désinformation. Leurs algorithmes amplifient les contenus qui génèrent de l’engagement, sans se soucier de leur véracité. Leurs politiques de modération sont souvent inefficaces, permettant à la propagande russe de se diffuser largement. Et leurs modèles économiques, fondés sur la publicité et la collecte de données, les incitent à privilégier la viralité sur la vérité. C’est un problème systémique qui dépasse largement le cadre de la guerre en Ukraine, mais qui trouve dans ce conflit une illustration particulièrement frappante. Comment peut-on gagner une guerre si on perd la bataille de l’information ? Comment peut-on défendre la démocratie si les citoyens ne peuvent plus distinguer le vrai du faux ? Ce sont des questions existentielles pour nos sociétés, et nous n’avons pas encore trouvé de réponses satisfaisantes.
Section 16 : l'impact sur l'ordre international
La remise en cause du droit international
Cette guerre représente une remise en cause fondamentale de l’ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale. Cet ordre reposait sur quelques principes simples : l’interdiction de l’usage de la force pour modifier les frontières, le respect de la souveraineté des États, le règlement pacifique des différends. La Russie a violé tous ces principes en envahissant l’Ukraine. Elle a démontré que la force brute pouvait encore être utilisée pour conquérir des territoires, que les traités internationaux n’étaient que des chiffons de papier, que le droit du plus fort restait la loi ultime des relations internationales. Si cette agression reste impunie, si la Russie parvient à conserver ses conquêtes territoriales, alors c’est tout l’édifice du droit international qui s’effondrera.
Les conséquences d’un tel effondrement seraient catastrophiques. D’autres pays pourraient être tentés de suivre l’exemple russe, de régler leurs différends territoriaux par la force plutôt que par la négociation. La Chine pourrait se sentir encouragée à envahir Taïwan. L’Inde et le Pakistan pourraient relancer leur conflit au Cachemire. Les tensions au Moyen-Orient pourraient dégénérer en guerres ouvertes. Le monde entrerait dans une période d’instabilité généralisée, où la loi de la jungle remplacerait les règles du droit international. C’est un scénario cauchemardesque, mais c’est un scénario réaliste si l’Occident ne parvient pas à faire respecter les principes qu’il prétend défendre. L’Ukraine n’est pas seulement en train de se battre pour sa propre survie. Elle se bat pour la survie d’un ordre international fondé sur le droit et non sur la force.
Le réveil géopolitique de l’Europe
Cette guerre a provoqué un réveil géopolitique de l’Europe. Pendant des décennies, les Européens ont vécu dans l’illusion que la guerre était devenue impossible sur leur continent. Ils ont réduit leurs budgets de défense, démantelé leurs capacités militaires, misé sur la diplomatie et le commerce pour garantir leur sécurité. L’invasion russe de l’Ukraine a brutalement mis fin à ces illusions. Les Européens ont découvert qu’ils vivaient à côté d’une puissance agressive, prête à utiliser la force pour imposer sa volonté. Ils ont réalisé que leur sécurité ne pouvait pas reposer uniquement sur les États-Unis, que l’OTAN n’était pas une garantie absolue, qu’ils devaient prendre en main leur propre défense.
Ce réveil se traduit par une augmentation des budgets militaires, par des commandes massives d’armements, par une réflexion sur l’autonomie stratégique européenne. Mais il se heurte aussi à de nombreux obstacles : les divisions entre États membres, les contraintes budgétaires, les réticences de certaines opinions publiques à accepter une remilitarisation. Et surtout, il arrive peut-être trop tard. Les capacités industrielles de défense européennes ont été tellement réduites qu’il faudra des années, voire des décennies, pour les reconstruire. En attendant, l’Europe reste vulnérable, dépendante du soutien américain, incapable de défendre seule ses intérêts et ses valeurs. C’est une faiblesse stratégique majeure que la Russie, et derrière elle la Chine, ont bien identifiée et qu’elles n’hésiteront pas à exploiter si l’occasion se présente.
L’Europe s’est endormie dans le confort de la paix. Elle a cru que l’histoire était finie, que les guerres appartenaient au passé, que le commerce et la prospérité suffiraient à garantir la sécurité. Quelle naïveté. Quelle arrogance aussi. Comme si le reste du monde partageait nos valeurs, nos aspirations, notre vision d’un ordre international pacifique. La Russie nous a rappelé brutalement que la force reste le langage ultime de la politique internationale. Que les traités ne valent que ce que vaut la volonté de les faire respecter. Que la paix n’est jamais acquise, qu’elle doit être défendue, parfois les armes à la main. C’est une leçon amère. Une leçon que nous aurions dû apprendre depuis longtemps. Mais mieux vaut tard que jamais. Pourvu que ce réveil ne soit pas trop tardif. Pourvu que nous ayons encore le temps de nous préparer à ce qui vient. Parce que si l’Ukraine tombe, nous serons les prochains sur la liste.
Section 17 : la dimension technologique du conflit
Les drones, arme du futur
Cette guerre a consacré les drones comme l’arme emblématique du XXIe siècle. Ils sont omniprésents sur le champ de bataille, remplissant des fonctions multiples : reconnaissance, frappe, guerre électronique, relais de communications. Leur coût relativement faible, leur facilité de production, leur efficacité redoutable en font une arme idéale pour une guerre d’attrition. L’Ukraine a particulièrement bien compris leur potentiel, développant une industrie nationale de drones qui produit désormais des milliers d’appareils chaque mois. Ces drones ukrainiens, souvent fabriqués avec des composants commerciaux disponibles sur le marché civil, rivalisent en efficacité avec les drones militaires russes beaucoup plus coûteux.
Mais les drones posent aussi de nouveaux défis. Comment se protéger contre des essaims de drones ? Comment maintenir des communications sécurisées quand l’espace électromagnétique est saturé ? Comment préserver la mobilité des troupes quand chaque mouvement est immédiatement détecté et signalé ? Ces questions n’ont pas encore trouvé de réponses définitives. Les deux camps expérimentent, innovent, s’adaptent en permanence. C’est une course technologique permanente où l’avantage change constamment de camp. Aujourd’hui, un nouveau type de drone révolutionne le champ de bataille. Demain, une nouvelle contre-mesure le rend obsolète. Et après-demain, une nouvelle innovation relance la course. Cette dynamique d’innovation accélérée est l’une des caractéristiques les plus frappantes de cette guerre, et elle aura des implications profondes pour tous les conflits futurs.
La guerre électronique et cyber
Au-delà des drones, cette guerre se déroule aussi dans le domaine électronique et cyber. La guerre électronique vise à perturber les communications ennemies, à brouiller les systèmes de guidage, à aveugler les radars. C’est une guerre invisible, mais cruciale. Celui qui contrôle le spectre électromagnétique a un avantage décisif sur le champ de bataille. Les Russes ont déployé des systèmes sophistiqués de guerre électronique, capables de perturber les GPS, de brouiller les communications, d’intercepter les transmissions ennemies. Les Ukrainiens ont dû développer des contre-mesures, utilisant des systèmes de communication redondants, des méthodes de cryptage avancées, des techniques de saut de fréquence pour échapper au brouillage.
La guerre cyber est tout aussi importante. Dès le début de l’invasion, la Russie a lancé des cyberattaques massives contre les infrastructures ukrainiennes, tentant de paralyser les réseaux électriques, les systèmes de communication, les services gouvernementaux. Ces attaques ont été largement repoussées grâce à l’aide de sociétés de cybersécurité occidentales et à la résilience des systèmes ukrainiens. Mais elles continuent, jour après jour, visant à déstabiliser, à perturber, à créer le chaos. L’Ukraine riposte également dans le domaine cyber, ciblant les systèmes russes, diffusant de l’information auprès de la population russe, perturbant les opérations militaires ennemies. C’est une guerre dans l’ombre, dont on parle peu, mais qui joue un rôle crucial dans l’issue du conflit. Et c’est aussi un avant-goût de ce que seront les guerres futures, où les domaines physique et numérique seront inextricablement liés.
Section 18 : les crimes de guerre et la justice internationale
L’accumulation des preuves
Depuis le début de l’invasion, les crimes de guerre russes s’accumulent. Massacres de civils, tortures, viols, déportations forcées, destructions délibérées d’infrastructures civiles, bombardements aveugles de zones résidentielles. La liste est longue et glaçante. Des organisations internationales, des ONG, des journalistes documentent méticuleusement ces crimes, collectant des témoignages, des preuves matérielles, des images satellites. Des fosses communes ont été découvertes dans les territoires libérés. Des chambres de torture ont été trouvées dans les sous-sols d’immeubles. Des survivants racontent des horreurs qui défient l’imagination. Tout cela est documenté, archivé, préservé en vue de futures poursuites judiciaires.
La Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les crimes de guerre en Ukraine. Elle a déjà émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour déportation illégale d’enfants ukrainiens vers la Russie. C’est un geste symbolique important, même si les chances que Poutine soit un jour jugé sont minces. Mais ce mandat d’arrêt a une valeur juridique et politique considérable. Il fait de Poutine un criminel de guerre recherché internationalement. Il limite ses déplacements à l’étranger. Il envoie un message clair : les crimes de guerre ne resteront pas impunis. D’autres mandats d’arrêt pourraient suivre, visant d’autres responsables russes, des généraux, des commandants de terrain. La justice internationale est lente, mais elle est implacable. Et même si elle ne peut pas arrêter la guerre, elle peut au moins garantir que les coupables seront un jour tenus responsables de leurs actes.
La question de la responsabilité collective
Au-delà des responsabilités individuelles, se pose la question de la responsabilité collective du peuple russe. Peut-on tenir tout un peuple responsable des crimes commis par son armée ? C’est une question complexe, qui n’a pas de réponse simple. D’un côté, il est vrai que la majorité des Russes soutiennent la guerre, ou du moins ne s’y opposent pas activement. Les sondages, même s’ils sont sujets à caution dans un régime autoritaire, montrent un soutien massif à l’opération militaire spéciale. Les manifestations contre la guerre sont rares et sévèrement réprimées. La propagande d’État fonctionne, créant une bulle informationnelle où la réalité de la guerre est complètement déformée.
D’un autre côté, il serait injuste de condamner en bloc tout un peuple. Beaucoup de Russes sont opposés à la guerre mais n’osent pas le dire publiquement par peur de la répression. D’autres sont simplement désinformés, victimes d’une propagande omniprésente qui leur cache la vérité. Et il y a aussi ceux qui ont fui le pays, refusant de participer à cette guerre, acceptant l’exil plutôt que la complicité. Ces Russes-là méritent notre respect et notre soutien. Ils représentent l’espoir d’une Russie différente, d’une Russie qui pourrait un jour se réconcilier avec ses voisins, rejoindre la communauté des nations démocratiques. Mais pour l’instant, ils sont minoritaires, marginalisés, persécutés. Et tant que la majorité silencieuse russe continuera à accepter passivement les crimes commis en son nom, la responsabilité collective restera une question ouverte, douloureuse, sans réponse satisfaisante.
Les crimes de guerre. J’ai du mal à écrire ces mots sans que ma main tremble. Parce que derrière ces mots se cachent des réalités insoutenables. Des enfants tués. Des femmes violées. Des hommes torturés. Des familles entières massacrées. Et tout ça pour quoi ? Pour satisfaire les ambitions d’un dictateur vieillissant ? Pour restaurer la grandeur fantasmée d’un empire disparu ? C’est d’une absurdité totale. D’une cruauté gratuite. Et le pire, c’est que ces crimes continueront tant que la guerre durera. Que de nouvelles victimes s’ajouteront chaque jour à la liste déjà interminable. Que de nouvelles horreurs seront commises, documentées, archivées. En attendant une hypothétique justice qui viendra peut-être, un jour, dans des années ou des décennies. Mais qui ne ramènera jamais les morts. Qui ne guérira jamais les traumatismes. Qui ne réparera jamais l’irréparable.
Section 19 : la fatigue de guerre et ses conséquences
L’épuisement des combattants
Après près de quatre ans de guerre, la fatigue se fait sentir de tous les côtés. Les soldats ukrainiens qui tiennent les lignes de front depuis le début du conflit sont épuisés physiquement et psychologiquement. Beaucoup n’ont pas eu de permission depuis des mois, voire des années. Ils vivent dans des conditions extrêmes, sous le feu constant de l’ennemi, dans le froid, la boue, la peur permanente. Le stress post-traumatique est endémique. Les cas de dépression, d’anxiété, de troubles du sommeil se multiplient. Les suicides ne sont pas rares. Et pourtant, ces hommes continuent de se battre, parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que personne ne peut les remplacer, parce que la survie de leur pays dépend de leur résistance.
Du côté russe, la situation n’est guère meilleure. Les pertes colossales ont obligé le Kremlin à mobiliser des centaines de milliers d’hommes, souvent mal entraînés, mal équipés, envoyés au front après quelques semaines de formation sommaire. Ces soldats improvisés sont de la chair à canon, sacrifiés dans des assauts suicidaires pour user les défenses ukrainiennes. Leur moral est au plus bas. Les désertions se multiplient. Les mutineries ne sont pas rares. Les officiers doivent parfois menacer leurs hommes pour les forcer à attaquer. C’est une armée qui se délite de l’intérieur, maintenue ensemble uniquement par la peur de la répression et l’absence d’alternative. Combien de temps peut-elle tenir dans ces conditions ? Personne ne le sait vraiment. Mais il est clair que cette guerre d’usure use les deux camps, et que la question n’est plus de savoir qui gagnera, mais qui s’effondrera en premier.
La lassitude des opinions publiques
La fatigue ne touche pas seulement les combattants. Elle affecte aussi les opinions publiques, en Ukraine comme en Occident. En Ukraine, la population civile supporte depuis près de quatre ans les privations, les bombardements, l’incertitude permanente. Les coupures d’électricité sont devenues routinières. Les alertes aériennes interrompent constamment la vie quotidienne. L’économie est en ruine. Les jeunes fuient le pays pour échapper à la mobilisation. Les familles sont déchirées, séparées par la guerre, par l’exil, par la mort. Cette situation ne peut pas durer indéfiniment. À un moment, la résilience ukrainienne atteindra ses limites. Les gens commenceront à se demander si ça vaut vraiment le coup de continuer à se battre, si la victoire est vraiment possible, si un compromis ne serait pas préférable à une guerre sans fin.
En Occident, la lassitude est d’une autre nature. Les opinions publiques se sont habituées à la guerre en Ukraine. Elle n’est plus une urgence, juste un problème chronique parmi d’autres. Les médias en parlent de moins en moins. L’attention s’est déplacée vers d’autres sujets. Et dans ce contexte, maintenir le soutien politique et financier à l’Ukraine devient de plus en plus difficile. Les gouvernements doivent justifier chaque nouvelle aide, chaque nouveau paquet d’armements. Les oppositions politiques critiquent le coût de ce soutien, demandent pourquoi on dépense des milliards pour l’Ukraine alors qu’il y a tant de problèmes à résoudre chez nous. C’est un discours populiste, mais efficace. Et il risque de gagner du terrain si la guerre se prolonge encore. L’Ukraine est dans une course contre la montre. Elle doit obtenir une victoire décisive avant que le soutien occidental ne s’érode complètement. Mais comment obtenir cette victoire avec des moyens limités et un ennemi qui refuse d’abandonner ? C’est le dilemme tragique auquel elle est confrontée.
Section 20 : les scénarios possibles pour l'avenir
Le scénario de la victoire ukrainienne
Le premier scénario, le plus optimiste pour l’Ukraine, serait une victoire militaire complète. Dans ce scénario, l’Ukraine parviendrait à repousser les forces russes de tout son territoire, y compris de la Crimée et du Donbass. Cette victoire nécessiterait une augmentation massive de l’aide militaire occidentale, incluant des armes offensives de haute technologie, des avions de combat, des missiles à longue portée. Elle nécessiterait aussi un effondrement du moral et de la cohésion de l’armée russe, rendu possible par les pertes accumulées et la lassitude de la population russe. C’est un scénario possible, mais peu probable à court terme. Il nécessiterait un changement radical de la dynamique du conflit, un engagement beaucoup plus fort de l’Occident, et une détermination ukrainienne qui ne faiblirait pas malgré les sacrifices.
Dans ce scénario, la Russie serait contrainte d’accepter une défaite humiliante. Poutine pourrait être renversé par son propre entourage, lassé d’une guerre coûteuse et sans issue. Un nouveau gouvernement russe pourrait émerger, plus pragmatique, prêt à négocier une paix durable avec l’Ukraine. Les sanctions occidentales seraient levées progressivement en échange de réparations et de garanties de non-agression. L’Ukraine pourrait alors se reconstruire, intégrer l’Union européenne et l’OTAN, devenir un modèle de résilience et de démocratie. C’est un scénario idéal, presque utopique. Mais c’est aussi le seul qui garantirait une paix durable et juste. Tous les autres scénarios impliquent des compromis, des concessions, des injustices qui porteraient en elles les germes de futurs conflits.
Le scénario du conflit gelé
Le deuxième scénario, malheureusement plus probable, serait celui d’un conflit gelé. Dans ce scénario, les lignes de front se stabiliseraient durablement, sans qu’aucun des deux camps ne parvienne à obtenir un avantage décisif. Un cessez-le-feu serait éventuellement négocié, mais sans accord de paix formel. La Russie conserverait le contrôle de facto des territoires occupés, mais sans reconnaissance internationale. L’Ukraine maintiendrait sa souveraineté sur le reste de son territoire, mais sans perspective de récupération des zones perdues. Ce serait une situation similaire à celle de la Corée, de Chypre, ou de la Moldavie avec la Transnistrie. Une plaie ouverte, un conflit non résolu qui pourrait à tout moment se réveiller.
Dans ce scénario, l’Ukraine resterait dans un état de guerre permanent, obligée de maintenir une armée importante, de consacrer une part considérable de son budget à la défense. Son économie peinerait à se reconstruire, les investisseurs étrangers restant méfiants face à l’instabilité persistante. L’intégration euro-atlantique serait retardée indéfiniment, les pays membres de l’UE et de l’OTAN refusant d’accueillir un pays en conflit actif. La Russie, de son côté, resterait sous sanctions, isolée diplomatiquement, mais conserverait ses conquêtes territoriales. Poutine pourrait présenter cela comme une victoire, même partielle. Et le monde s’habituerait à cette nouvelle réalité, comme il s’est habitué à tant d’autres conflits gelés. Ce serait une défaite pour le droit international, pour la justice, pour l’espoir d’un ordre mondial fondé sur des règles. Mais ce serait peut-être le moins mauvais des scénarios réalistes.
Le scénario de l’escalade
Le troisième scénario, le plus cauchemardesque, serait celui de l’escalade. Dans ce scénario, le conflit s’étendrait au-delà de l’Ukraine, impliquant directement l’OTAN et la Russie dans une confrontation militaire. Cette escalade pourrait être déclenchée par un incident, une erreur de calcul, une provocation délibérée. Par exemple, une frappe russe contre un convoi d’aide militaire en Pologne. Ou une intervention directe de forces de l’OTAN en Ukraine. Ou l’utilisation par la Russie d’une arme nucléaire tactique. Une fois la ligne rouge franchie, la dynamique d’escalade pourrait devenir incontrôlable. Les deux camps se sentiraient obligés de répondre, de montrer leur détermination, de ne pas perdre la face. Et avant qu’on s’en rende compte, l’Europe pourrait se retrouver plongée dans une guerre généralisée.
Les conséquences d’une telle escalade seraient catastrophiques. Des millions de morts. Des villes entières détruites. L’économie mondiale effondrée. Et le risque toujours présent d’une escalade nucléaire qui pourrait mener à l’anéantissement de l’humanité. C’est un scénario que personne ne veut, mais qui reste malheureusement possible tant que le conflit en Ukraine n’est pas résolu. C’est pour éviter ce scénario que l’Occident a jusqu’à présent fait preuve de retenue, refusant de fournir certaines armes à l’Ukraine, imposant des restrictions sur l’utilisation de celles qui sont livrées. Mais cette retenue a un coût : elle prolonge la guerre, elle permet à la Russie de continuer son agression, elle sacrifie l’Ukraine sur l’autel de la prudence. C’est un équilibre précaire, un pari risqué. Et personne ne peut garantir qu’il tiendra indéfiniment.
Trois scénarios. Trois avenirs possibles. Aucun n’est satisfaisant. Le premier est trop optimiste pour être crédible. Le deuxième est trop injuste pour être acceptable. Le troisième est trop terrifiant pour être envisageable. Et pourtant, c’est entre ces trois options que se joue l’avenir de l’Ukraine, de l’Europe, peut-être du monde. Nous sommes à un carrefour de l’histoire. Les décisions que nous prenons aujourd’hui détermineront le monde dans lequel vivront nos enfants. Et je ne peux m’empêcher de penser que nous ne sommes pas à la hauteur de ce moment. Que nous manquons de courage, de vision, de détermination. Que nous préférons le confort de l’indécision à la responsabilité de l’action. Et que l’histoire nous jugera sévèrement pour cette lâcheté.
Section 21 : l'urgence d'agir maintenant
Le temps joue contre l’Ukraine
Chaque jour qui passe affaiblit un peu plus l’Ukraine. Chaque jour, des soldats meurent. Chaque jour, des infrastructures sont détruites. Chaque jour, l’économie se dégrade. Chaque jour, la population s’épuise. Le temps ne joue pas en faveur de l’Ukraine. Contrairement à ce que certains pensent, la Russie peut tenir longtemps. Elle a les ressources, la population, la capacité industrielle pour mener une guerre d’attrition prolongée. Elle peut accepter des pertes que les démocraties occidentales ne pourraient jamais tolérer. Elle peut mobiliser son économie entière pour l’effort de guerre, sans se soucier du niveau de vie de sa population. L’Ukraine, elle, ne peut pas se permettre ce luxe. Elle doit gagner rapidement, ou du moins obtenir des résultats tangibles qui justifient la poursuite du soutien occidental.
C’est pourquoi l’urgence d’agir est absolue. L’Occident ne peut plus se permettre d’hésiter, de tergiverser, de calculer. Il doit fournir à l’Ukraine tous les moyens nécessaires pour gagner cette guerre. Pas seulement pour survivre, mais pour gagner. Cela signifie des livraisons d’armes massives et rapides. Cela signifie lever toutes les restrictions sur l’utilisation de ces armes. Cela signifie une aide financière substantielle pour maintenir l’économie ukrainienne à flot. Cela signifie des garanties de sécurité solides pour l’après-guerre. Et cela signifie aussi une volonté politique claire et affirmée de soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire, quoi qu’il en coûte. Sans cette détermination, l’Ukraine finira par s’effondrer. Et avec elle, c’est tout l’ordre international qui s’effondrera.
Le coût de l’inaction
Certains en Occident s’inquiètent du coût du soutien à l’Ukraine. Ils calculent les milliards dépensés, les armes livrées, l’impact sur leurs propres budgets de défense. Mais ils oublient de calculer le coût de l’inaction. Que se passera-t-il si l’Ukraine perd ? La Russie ne s’arrêtera pas là. Elle considérera sa victoire comme une validation de sa stratégie, comme une preuve que l’Occident est faible, divisé, incapable de défendre ses valeurs. Elle sera encouragée à poursuivre son expansion, à menacer d’autres pays, à remettre en cause l’ordre européen. Les pays baltes, la Pologne, la Roumanie seront les prochains sur la liste. Et à ce moment-là, l’Occident devra choisir : intervenir directement, au risque d’une guerre généralisée, ou abandonner ces pays à leur sort, au risque de voir l’OTAN se désintégrer.
Le coût de l’inaction serait donc infiniment plus élevé que le coût de l’action. Soutenir l’Ukraine aujourd’hui, c’est éviter d’avoir à défendre l’Europe demain. C’est un investissement dans notre propre sécurité, dans la stabilité du continent, dans la préservation de l’ordre international. C’est aussi une question de principe. Nous ne pouvons pas prétendre défendre la démocratie, les droits de l’homme, le droit international, et abandonner l’Ukraine quand elle en a le plus besoin. Ce serait une trahison morale qui nous hanterait pendant des générations. Ce serait la preuve que nos valeurs ne sont que des mots creux, que nous ne sommes prêts à les défendre que quand ça ne coûte rien. Et cette preuve, la Russie, la Chine et tous les régimes autoritaires du monde l’utiliseraient pour justifier leurs propres agressions, leurs propres violations du droit international.
Conclusion : l'heure des choix décisifs
Un moment charnière de l’histoire
Nous sommes à un moment charnière de l’histoire. Les décisions que nous prenons aujourd’hui détermineront le monde de demain. Soit nous soutenons l’Ukraine jusqu’à la victoire, et nous préservons un ordre international fondé sur le droit. Soit nous l’abandonnons, et nous ouvrons la porte à une ère de chaos et de violence. Il n’y a pas de troisième voie. Il n’y a pas de compromis acceptable. Il n’y a que le choix entre le courage et la lâcheté, entre la justice et la facilité, entre l’avenir et le passé. L’Ukraine se bat pour sa survie, mais elle se bat aussi pour nous. Pour nos valeurs. Pour notre sécurité. Pour notre avenir. Elle mérite notre soutien total et inconditionnel. Elle mérite que nous soyons à la hauteur de ce moment historique.
Les cent soixante-sept engagements de combat du 4 décembre ne sont pas qu’une statistique. C’est le symbole d’une résistance qui refuse de plier. C’est la preuve qu’un peuple déterminé peut tenir tête à une puissance militaire supérieure. C’est l’espoir que la liberté peut triompher de la tyrannie, que le droit peut l’emporter sur la force, que l’humanité peut encore choisir la voie de la justice plutôt que celle de la barbarie. Mais cet espoir ne se réalisera que si nous agissons. Que si nous donnons à l’Ukraine les moyens de gagner. Que si nous restons fermes face à l’agression russe. Que si nous refusons les compromis faciles et les solutions de facilité. L’histoire nous regarde. Elle nous jugera sur nos actes, pas sur nos paroles. Il est temps de choisir notre camp. Il est temps d’agir.
Cent soixante-sept combats en une journée. Je reviens à ce chiffre qui a ouvert cet article. Et maintenant, après avoir exploré toutes les dimensions de cette guerre, après avoir tenté de comprendre ses enjeux, ses conséquences, ses perspectives, ce chiffre résonne différemment. Ce n’est plus une simple statistique. C’est un cri. Un cri de rage, de douleur, de détermination. C’est le cri d’un peuple qui refuse de mourir. Qui refuse de se soumettre. Qui refuse d’abandonner. Et ce cri, nous devons l’entendre. Nous devons y répondre. Pas avec des mots, pas avec des promesses creuses, mais avec des actes. Avec des armes. Avec de l’argent. Avec notre soutien indéfectible. Parce que si nous laissons ce cri s’éteindre dans l’indifférence, si nous laissons l’Ukraine tomber, alors nous aurons perdu bien plus qu’un pays allié. Nous aurons perdu notre âme.
L’appel à la mobilisation des consciences
Il est temps de mobiliser les consciences. Il est temps que chaque citoyen occidental comprenne ce qui se joue en Ukraine. Que ce n’est pas une guerre lointaine qui ne nous concerne pas. Que c’est notre guerre aussi. Que l’avenir de nos enfants se décide là-bas, dans les tranchées du Donbass, dans les ruines de Pokrovsk, dans les caves de Myrnohrad. Il est temps que nos dirigeants cessent de calculer, de tergiverser, de chercher des compromis impossibles. Il est temps qu’ils fassent preuve de courage, de vision, de détermination. Il est temps qu’ils comprennent que l’histoire ne pardonne pas les lâches, que les générations futures ne nous excuseront pas d’avoir abandonné l’Ukraine quand elle avait besoin de nous.
Cette guerre n’est pas seulement une tragédie ukrainienne. C’est une tragédie humaine. C’est un test pour notre civilisation. Un test que nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer. Parce que si nous échouons, si nous laissons la force triompher du droit, si nous acceptons que les frontières puissent être modifiées par la violence, alors nous ouvrons la porte à un monde où plus rien ne sera stable, où plus rien ne sera sûr, où la loi de la jungle remplacera les règles du droit international. Et dans ce monde-là, personne ne sera en sécurité. Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni personne. C’est pour éviter ce monde-là que nous devons agir. Maintenant. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que le cri de l’Ukraine ne s’éteigne dans le silence de notre indifférence.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées ukrainiennes, rapport opérationnel du 5 décembre 2025, publié sur Telegram. Ukrinform, War update: 167 combat engagements on frontline, heavy fighting in Pokrovsk sector, 5 décembre 2025. RBC-Ukraine, Russia’s losses in Ukraine as of December 5: +1,240 troops and 424 drones, 5 décembre 2025. Institute for the Study of War, Russian Offensive Campaign Assessment, 4 décembre 2025. Hromadske, reportage sur la situation à Myrnohrad, 3 décembre 2025. Ministère ukrainien de l’Énergie, rapport sur les dégâts aux infrastructures énergétiques, 4 décembre 2025.
Sources secondaires
Critical Threats Project, Russian Offensive Campaign Assessment, 3 décembre 2025. The Guardian, The slow death of Pokrovsk, 2 décembre 2025. Deutsche Welle, Heavy fighting for Pokrovsk: Is Ukraine losing the city?, décembre 2025. Kyiv Independent, Ukraine’s military denies reports that Pokrovsk, Myrnohrad encircled, décembre 2025. Reuters, Russia says before talks with US it has fully captured city of Pokrovsk, 1er décembre 2025. Al Jazeera, Russia-Ukraine war: List of key events, day 1380, 5 décembre 2025. Modern Diplomacy, Why Russia’s Claimed Capture of Pokrovsk Matters in the Ukraine War, 2 décembre 2025.
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