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Ryazan brûle pour la neuvième fois : l’Ukraine frappe là où Moscou saigne
Crédit: Adobe Stock

Soixante-cinq ans d’histoire industrielle

Pour comprendre l’importance de cette raffinerie, il faut remonter à octobre 1960. L’Union soviétique est alors en pleine expansion industrielle. Le pétrole coule à flots. L’économie planifiée construit des usines géantes partout sur le territoire. Ryazan, ville située dans la région centrale de la Russie, voit s’ériger une raffinerie qui deviendra rapidement l’une des plus importantes du pays. Pendant des décennies, cette installation a fonctionné comme une horloge. Elle a traversé la fin de l’ère soviétique, la chute du communisme, les années chaotiques de la privatisation. En mille neuf cent quatre-vingt-treize, elle est privatisée. En deux mille deux, elle devient une société par actions. De deux mille trois à deux mille treize, elle appartient à TNK-BP, un consortium russo-britannique qui la modernise considérablement. Puis, en deux mille treize, Rosneft, le géant pétrolier d’État russe, met la main dessus. Depuis, la raffinerie est redevenue un outil au service du Kremlin. Un outil stratégique. Un outil qui, aujourd’hui, se révèle terriblement vulnérable.

Les chiffres de production donnent une idée de l’ampleur de cette installation. En deux mille vingt-quatre, la raffinerie a traité treize virgule un millions de tonnes de pétrole brut, soit environ deux cent soixante-deux mille barils par jour. Cela représente près de cinq pour cent de la capacité totale de raffinage russe. Elle a produit deux virgule deux millions de tonnes d’essence, trois virgule quatre millions de tonnes de diesel, quatre virgule trois millions de tonnes de fuel lourd et un million de tonnes de kérosène pour l’aviation. Ces produits alimentent non seulement le marché civil russe, mais aussi les forces armées. Les avions de chasse, les hélicoptères, les camions militaires, les chars : tous dépendent du carburant produit dans des raffineries comme celle de Ryazan. Frapper cette installation, c’est donc frapper directement la capacité opérationnelle de l’armée russe. C’est priver les troupes de Moscou du carburant dont elles ont besoin pour mener leurs offensives. C’est ralentir la machine de guerre. C’est, en somme, faire ce que les sanctions occidentales n’ont jamais vraiment réussi à faire : toucher le nerf de la guerre russe.

Soixante-cinq ans. Soixante-cinq ans que cette raffinerie tourne. Soixante-cinq ans qu’elle crache son pétrole, qu’elle alimente l’économie russe, qu’elle fait tourner les moteurs d’un empire. Et voilà qu’en quelques mois, tout bascule. Voilà que cette forteresse industrielle devient une cible. Voilà que des drones fabriqués à des centaines de kilomètres de là viennent la frapper, encore et encore, avec une précision chirurgicale. Il y a quelque chose de fascinant et de terrifiant dans cette transformation. Fascinant parce que cela montre à quel point la technologie a changé la nature de la guerre. Terrifiant parce que cela rappelle que plus rien n’est à l’abri. Plus rien n’est intouchable. Même les installations les plus stratégiques, les plus protégées, les plus essentielles peuvent être réduites en cendres par un essaim de drones. Et je me demande ce que ressentent les ouvriers de cette raffinerie. Ceux qui y travaillent depuis des années. Ceux qui ont vu leur usine prospérer, se moderniser, devenir un pilier de l’économie locale. Que ressentent-ils quand les sirènes hurlent ? Quand les explosions résonnent ? Quand ils comprennent que leur outil de travail est devenu une cible militaire ?

Une cible de choix pour Kiev

L’Ukraine ne frappe pas au hasard. Chaque attaque est planifiée, calculée, pensée pour maximiser l’impact. La raffinerie de Ryazan coche toutes les cases. Elle est stratégique : elle alimente Moscou et la région centrale. Elle est symbolique : elle appartient à Rosneft, le bras armé pétrolier du Kremlin. Elle est vulnérable : malgré les défenses antiaériennes russes, les drones ukrainiens parviennent à la frapper régulièrement. Et surtout, elle est essentielle à l’effort de guerre russe. Chaque tonne de carburant qui n’est pas produite à Ryazan, c’est une tonne de moins pour les forces armées russes. Chaque unité de production mise hors service, c’est un coup porté à la logistique militaire du Kremlin. L’Ukraine l’a compris. Elle a compris que pour affaiblir la Russie, il ne suffit pas de tenir le front. Il faut frapper en profondeur. Il faut viser les infrastructures. Il faut assécher les ressources qui alimentent la machine de guerre.

Les attaques précédentes sur Ryazan ont déjà causé des dégâts considérables. Le vingt-quatre octobre, une première frappe avait mis hors service une unité de distillation du pétrole brut représentant vingt-six pour cent de la capacité totale de la raffinerie. Le quinze novembre, une deuxième attaque avait touché l’unité principale de distillation, qui représente à elle seule quarante-huit pour cent de la capacité de traitement. Le vingt novembre, un nouvel incendie s’était déclaré suite à une troisième frappe. Et maintenant, le six décembre, c’est l’unité d’isomérisation qui est touchée. À chaque fois, les autorités russes minimisent. À chaque fois, elles parlent de débris de drones, de dégâts limités, de situation sous contrôle. Mais les faits sont têtus. La raffinerie a suspendu ses opérations de traitement du pétrole brut après l’attaque du quinze novembre. Elle n’a pas repris ses activités normales depuis. Les ventes de produits pétroliers sur la bourse de Saint-Pétersbourg ont été suspendues. Les exportations de carburant ont été restreintes. La Russie est en crise pétrolière. Et Ryazan en est l’épicentre.

Sources

Sources primaires

État-major général des Forces armées d’Ukraine, communiqué du 6 décembre 2025 concernant la frappe sur la raffinerie de Ryazan. Pavel Malkov, gouverneur de la région de Ryazan, déclarations sur Telegram le 6 décembre 2025. Ministère russe de la Défense, communiqués sur l’interception de drones ukrainiens, décembre 2025. United24 Media, article du 6 décembre 2025 sur l’attaque de la raffinerie de Ryazan. The Kyiv Independent, articles des 23 octobre et 6 décembre 2025 sur les frappes ukrainiennes contre la raffinerie de Ryazan.

Sources secondaires

Reuters, articles des 18 novembre et 4 août 2025 sur la suspension des opérations de la raffinerie de Ryazan et l’impact des frappes ukrainiennes. Bloomberg News, article du 15 novembre 2025 sur les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes. The Guardian, article du 16 novembre 2025 sur les attaques de drones contre la raffinerie de Ryazan. Militarnyi, article du 6 décembre 2025 sur la neuvième frappe contre la raffinerie de Ryazan. Bloomsbury Intelligence and Security Institute, rapport du 11 novembre 2025 sur l’impact économique et militaire des frappes ukrainiennes contre les raffineries russes. The Economist, articles de septembre et octobre 2025 sur la crise pétrolière russe et les frappes de drones ukrainiens. Forbes, articles de mai et décembre 2025 sur les drones ukrainiens et leur impact stratégique. RAND Corporation, analyse d’octobre 2025 sur les sanctions infligées par les drones ukrainiens. Carnegie Endowment for International Peace, analyse d’octobre 2025 sur les dommages causés aux raffineries russes. Chatham House, analyse de novembre 2025 sur la stratégie ukrainienne contre les infrastructures pétrolières russes. Wikipedia, article sur la raffinerie de Ryazan, consulté en décembre 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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