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Soixante-dix-sept fois la violence : Quand Pokrovsk devient l’épicentre d’une guerre sans merci
Crédit: Adobe Stock

Pourquoi Pokrovsk obsède Moscou

Pokrovsk n’est pas Kyiv. Ce n’est pas Kharkiv. Ce n’est même pas Marioupol. Mais pour les stratèges militaires russes, c’est peut-être plus important que tout ça réuni. Située dans l’oblast de Donetsk, Pokrovsk est un nœud logistique crucial qui contrôle plusieurs routes d’approvisionnement majeures. Prendre cette ville, c’est couper les artères qui alimentent les forces ukrainiennes dans toute la région. C’est isoler des unités entières. C’est créer des poches de résistance qui deviennent des pièges mortels. Les Russes le savent depuis le début de leur offensive dans cette direction, lancée au printemps 2024 après la chute d’Avdiivka. Pendant des mois, ils ont avancé, lentement mais sûrement, le long de la ligne ferroviaire Avdiivka-Pokrovsk. Chaque village pris était une victoire tactique. Chaque kilomètre gagné rapprochait Moscou de son objectif. Mais l’été 2024 a changé la donne. Les opérateurs de drones ukrainiens ont commencé à infliger des pertes massives aux colonnes blindées russes. Les assauts mécanisés, qui avaient fait la force de l’offensive russe, sont devenus des pièges mortels. Les chars et les véhicules blindés se transformaient en cercueils d’acier sous les frappes de drones FPV.

Face à cette réalité, le commandement militaire russe a dû adapter sa stratégie. Au lieu de continuer l’assaut frontal sur Pokrovsk, ils ont opté pour une manœuvre d’enveloppement par le sud, via la ville de Selydove. C’est une tactique classique : si tu ne peux pas percer de front, contourne. Mais contourner prend du temps. Et le temps, dans une guerre d’usure, c’est la ressource la plus précieuse. En octobre 2024, les forces russes ont finalement pris Selydove après des semaines de combats acharnés. Mais au lieu de tourner vers le nord en direction de Pokrovsk, elles ont continué vers le sud, cherchant à aplanir la ligne de front entre Selydove et Yasna Polyana. C’est une stratégie qui privilégie la consolidation à l’exploitation. C’est une reconnaissance implicite que les forces russes ne sont pas capables de mener une offensive rapide et décisive. Elles doivent avancer mètre par mètre, sécuriser chaque position, avant de passer à la suivante. Et pendant ce temps, les défenseurs ukrainiens se préparent, se renforcent, et transforment chaque ligne de défense en forteresse. Le secteur de Pokrovsk est devenu un symbole. Un symbole de la résistance ukrainienne, mais aussi un symbole de l’obstination russe. Moscou a investi trop de ressources, perdu trop d’hommes, pour abandonner maintenant. Prendre Pokrovsk est devenu une question de prestige autant que de stratégie.

Il y a quelque chose de profondément tragique dans cette obsession. Pokrovsk n’est pas une capitale. Ce n’est pas un centre culturel ou économique majeur. C’est une ville de taille moyenne dans une région déjà dévastée par la guerre. Mais elle est devenue le théâtre d’une bataille qui consume des milliers de vies. Pourquoi ? Parce que sur une carte militaire, elle représente un avantage tactique. Parce que dans la logique froide de la guerre, chaque position a une valeur calculable. Mais cette valeur, elle se mesure en vies humaines. En soldats qui ne rentreront jamais chez eux. En familles brisées. En futurs qui n’existeront jamais. Et ça, aucune carte militaire ne peut le montrer.

Les chiffres qui font mal

Parlons des pertes russes. Parce que derrière la stratégie, derrière les manœuvres tactiques, il y a une réalité brutale : cette guerre coûte cher à Moscou. Très cher. Selon le commandant en chef ukrainien Oleksandr Syrskyi, les forces russes ont subi environ 427 000 soldats tués ou blessés en 2024. Quatre cent vingt-sept mille. Prenez un moment pour laisser ce chiffre vous pénétrer. C’est l’équivalent de la population d’une ville moyenne. C’est plus que toute l’armée française. Et ce n’est que pour une seule année. Syrskyi a précisé que la semaine dernière, les forces russes perdaient environ 1 700 personnes tuées ou blessées chaque jour. Chaque jour. Mille sept cents vies. Mille sept cents familles qui reçoivent un coup de fil, une lettre, ou simplement le silence. Les assauts en vagues humaines continuent, malgré ces pertes record. C’est la tactique russe par excellence : submerger l’ennemi par le nombre, peu importe le coût. Et le coût est astronomique. Les estimations ukrainiennes placent les pertes russes totales depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022 à près de 790 000 soldats. Sept cent quatre-vingt-dix mille. C’est un chiffre qui dépasse l’entendement.

Ces chiffres ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante. Moscou ne révèle pas l’ampleur de ses pertes de guerre, et affirme qu’elles sont inférieures à celles de l’Ukraine. Le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine avait perdu 43 000 soldats sur le champ de bataille depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022, en plus de 370 000 blessés. Quarante-trois mille contre sept cent quatre-vingt-dix mille. Même en tenant compte des exagérations possibles de part et d’autre, le ratio est écrasant. Mais ces chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. Parce que les pertes ne se mesurent pas seulement en vies humaines. Il y a aussi les véhicules blindés, les chars, les systèmes d’artillerie. Des sources occidentales et ukrainiennes estiment que les taux de production domestique russes de chars, de véhicules blindés et de systèmes d’artillerie sont bien inférieurs aux taux de pertes estimés pour ces systèmes en Ukraine. La Russie compense en puisant dans ses stocks soviétiques, mais ces stocks ne sont pas infinis. Chaque char détruit est un char de moins. Chaque véhicule blindé perdu est un véhicule qui ne sera pas remplacé facilement. Et à un moment donné, les stocks s’épuisent. La question n’est pas de savoir si, mais quand.

Sources

Sources primaires

Ukrinform – « War update: 77 clashes on front lines, most intense assaults in Pokrovsk sector » – Article publié le 6 décembre 2025 à 18h57, consulté le 6 décembre 2025. Rapport opérationnel de l’État-major des Forces armées ukrainiennes publié sur Facebook à 16h00 le 6 décembre 2025.

Institute for the Study of War (ISW) – « The Ukrainian Defense of Pokrovsk Has Compelled Russia to Change Its Approach in Eastern Ukraine » – Analyse publiée le 17 novembre 2024 par Angelica Evans, consultée le 6 décembre 2025.

Kyiv Independent – « Russian military suffers 427,000 casualties in 2024, Syrskyi claims » – Article publié le 30 décembre 2024 par Martin Fornusek, consulté le 6 décembre 2025. Déclarations du commandant en chef ukrainien Oleksandr Syrskyi publiées sur Telegram le 30 décembre 2024.

Sources secondaires

Associated Press – Témoignages d’opérateurs de drones ukrainiens publiés en août 2024 concernant les tactiques russes dans le secteur de Pokrovsk.

RTVI – Interview de Mikhail Zvinchuk, fondateur du projet Telegram Rybar, publiée le 16 novembre 2024 concernant les intentions russes pour l’hiver 2024-25.

Rapports militaires ukrainiens – Données sur les pertes russes et les opérations militaires publiées régulièrement par l’État-major des Forces armées ukrainiennes entre mars 2024 et décembre 2025.

Analyses ISW – Évaluations de campagne offensive russe publiées entre février 2024 et décembre 2025, incluant les analyses des secteurs de Pokrovsk, Kurakhove, Toretsk et autres directions du front.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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