Du 24 février 2022 au 16 décembre 2025
Le décompte des jours n’est pas un artifice. Il ancre un événement dans le temps, sans échappatoire. La date de départ, le 24 février 2022, marque le lancement de l’invasion à grande échelle. La date du bilan, le 16 décembre 2025, place la guerre dans une quatrième année où l’exception est devenue routine. Dire “1 392 jours”, c’est dire que l’Europe a appris à vivre avec une guerre longue sur son continent, que les économies se sont adaptées, que les sociétés se sont habituées, parfois trop vite, à l’idée d’un front permanent et de communiqués matinaux qui font office de thermomètre.
Ce chiffre de jours a une autre fonction: il empêche l’amnésie. Il rappelle que les pertes s’additionnent, que les stocks se vident, que les doctrines se transforment, et que l’industrialisation de la violence moderne a trouvé un terrain d’expression durable. Le bilan du 16 décembre 2025 ne sort pas de nulle part: il est le résultat d’un système de suivi, d’agrégation, d’estimation, qui s’inscrit dans la communication militaire ukrainienne depuis les premières semaines de l’invasion. Il est aussi la preuve qu’un conflit peut durer assez longtemps pour devenir une horloge publique, consultée comme une météo. Ce simple constat est déjà vertigineux.
La routine des bilans, et le risque de l’habitude
Chaque matin, la même mécanique: totaux cumulés, incréments quotidiens, catégories d’équipement. Et à force, l’œil glisse. Les lignes deviennent familières. C’est là que réside un danger discret: l’habitude fabrique une anesthésie. Quand une hausse de +442 drones ou +67 systèmes d’artillerie se lit comme un score, le cerveau se protège en réduisant l’événement à un symbole. Or, ces chiffres sont des signaux stratégiques. Ils racontent une guerre d’usure où la capacité à produire, réparer, remplacer, compte autant que la capacité à manœuvrer.
Le décompte des jours, combiné aux bilans, trace une ligne brutale: ce qui devait être rapide ne l’a pas été; ce qui devait plier ne s’est pas plié; ce qui devait s’épuiser s’est réinventé. La Russie, selon les estimations ukrainiennes, accumule un niveau de pertes de personnel et de matériel qui, quelle que soit la marge d’erreur, suggère une pression constante. L’Ukraine, elle, tient, mais paie aussi, même si ces bilans-ci ne comptent pas ses propres pertes. Le calendrier n’a pas de morale. Il a une mémoire.
Je déteste ce mot: routine. Il ne devrait jamais coller à une guerre. Et pourtant, il colle. La routine des bilans, la routine des analyses, la routine des discussions. Je m’oblige à ralentir, à ne pas avaler ces lignes trop vite. Parce que si je les avale trop vite, je deviens un lecteur automatique. Et moi, je veux rester un lecteur humain… même si ça fait mal, même si ça secoue.
Section 3 : D’où viennent les chiffres, et comment ils circulent
La source amont : l’état-major ukrainien
Le point de départ, dans ce type de publication, est la synthèse de l’état-major général des forces armées ukrainiennes. Le document, repris par plusieurs médias, présente les pertes de combat estimées de la Russie depuis le début de l’invasion, avec une ventilation par catégories: personnel, chars, véhicules blindés, artillerie, drones, missiles, navires, sous-marins, et logistique. La logique est double: d’une part fournir un tableau de suivi cumulatif; d’autre part signaler les tendances du jour via les incréments, ces “+” qui deviennent le pouls du front.
Interfax-Ukraine, le même 16 décembre 2025, résume le rapport en rappelant l’essentiel: environ 1 190 620 pertes de personnel (+1 150), 11 421 chars (+9), 23 737 véhicules blindés (+6), 35 172 systèmes d’artillerie (+67), 91 219 drones (+442), 2 sous-marins (+1), et 70 182 véhicules et citernes (+177). Cette reprise par une agence renforce l’idée que, ce jour-là, la grille publiée est largement partagée dans l’écosystème informationnel ukrainien.
La reprise aval : médias, infographies, et erreurs possibles
Defense Express (édition anglophone) indique s’appuyer sur la synthèse de l’état-major et sur une infographie du ministère ukrainien de la Défense. C’est important: l’infographie joue un rôle de “packaging” du chiffre, plus lisible, plus partageable, plus rapide à absorber. Mais qui dit packaging dit aussi risque de décalage: une coquille, une mauvaise copie, un chiffre tronqué. Un exemple: la ligne “avions” apparaît parfois avec une variation selon les reprises. Plusieurs sources ukrainiennes datées du 16 décembre 2025 indiquent 432 avions au total, tandis qu’une publication peut, ponctuellement, afficher une autre valeur. Le croisement entre plusieurs reprises devient alors un réflexe, presque une hygiène.
Cette circulation en chaîne ne doit pas être confondue avec une validation indépendante. Elle confirme que le tableau est le tableau du jour, pas qu’il est une vérité au sens judiciaire. Mais elle permet d’éviter la naïveté inverse: croire qu’un chiffre est isolé, sorti d’un chapeau. Ici, on observe un mécanisme de communication militaire cohérent, répliqué, et stabilisé dans le temps. Le lecteur sérieux ne choisit pas entre “je crois tout” et “je ne crois rien”. Il adopte une troisième voie: je contextualise, je compare, je garde la marge d’incertitude.
Ce qui me frappe, c’est la fragilité du détail. Un seul chiffre mal recopié et tout le débat s’embrase. Alors je fais ce que je fais toujours: je recoupe. Je ne cherche pas la perfection, je cherche la solidité. Parce que dans une guerre, l’information est un terrain. Et sur ce terrain, une coquille peut devenir un projectile… oui, juste ça.
Section 4 : 1 190 620, la masse centrale
Le poids du mot “personnel”
Le total de 1 190 620 pertes de personnel russe annoncé au 16 décembre 2025 est l’axe autour duquel le reste s’organise. Qu’on l’interprète comme un cumul de morts et blessés, ou comme un agrégat plus large incluant d’autres catégories, il raconte une chose: la guerre, selon l’estimation ukrainienne, a consommé une quantité humaine gigantesque. L’ordre de grandeur est tel qu’il devient tentant d’y voir un instrument rhétorique. Mais même pris avec prudence, un compteur qui franchit ce seuil signale un conflit qui n’est pas “stabilisé”; il est intensif, continu, et soumis à une logique d’attrition.
Le chiffre est annoncé avec un incrément: +1 150 sur la dernière période de 24 heures. Ce détail change tout, parce qu’il transforme un stock cumulé en mouvement quotidien. Un cumul peut impressionner sans révéler la dynamique. Un incrément, lui, signale un rythme. Et ce rythme, quand il dépasse le millier en une journée, impose une lecture stratégique: à ce niveau, l’attrition n’est pas un accident, c’est un mode de fonctionnement de la guerre. Les bilans, ici, deviennent la bande-son de la durée.
Le rythme quotidien, miroir des combats
Dans d’autres mises à jour du même jour, l’état-major ukrainien évoque un volume élevé d’engagements. Des médias ukrainiens rapportent des dizaines, voire plus d’une centaine de combats ou d’accrochages sur la journée, avec des axes régulièrement cités comme particulièrement actifs. Ces informations ne donnent pas une carte complète, mais elles aident à comprendre comment un incrément de personnel peut s’inscrire dans un contexte d’intensité opérationnelle. Le chiffre n’explique pas l’événement; il signale une pression. Et cette pression se traduit aussi dans le matériel: artillerie, drones, logistique, tout bouge en même temps.
Il faut insister sur un point: les bilans cumulés servent aussi à maintenir la cohésion morale et à structurer la narration d’effort national. C’est normal, c’est même attendu en temps de guerre. La prudence consiste à ne pas confondre l’outil de communication avec un audit indépendant. Mais la prudence ne doit pas devenir une excuse pour l’aveuglement. Le fait qu’un incrément soit publié, répété, et repris, indique qu’il est devenu un message central de l’Ukraine vers sa population et ses partenaires: la Russie paie cher, et l’Ukraine tient. Ce message est stratégique, donc il mérite d’être lu comme tel.
Je me méfie des grands nombres, toujours. Et pourtant, je me méfie aussi du confort qu’on se fabrique quand on les balaie d’un revers de main. “Propagande”, dit-on. Peut-être. Mais même la propagande a une matière. Et ici, la matière est énorme. Elle déborde. Elle s’invite dans la tête comme une sirène qu’on n’arrive plus à éteindre.
Section 5 : Définir une perte, sans tricher avec les mots
Un terme, plusieurs réalités
Le mot pertes de combat est un parapluie. Dans les usages militaires, il peut couvrir des réalités différentes selon les armées, les périodes, et les méthodes. Dans le cas des bilans ukrainiens, la catégorie “personnel” est généralement présentée comme une estimation de pertes infligées à l’adversaire. Mais elle ne vient pas, publiquement, avec un mode d’emploi détaillé ligne par ligne. Et c’est là que naissent les malentendus: certains lecteurs entendent “décès”, d’autres entendent “hors de combat” au sens large. Les estimations occidentales, quand elles sont publiées, utilisent souvent des formulations du type “morts et blessés”, ou “casualties”, ce qui pointe vers un spectre plus large que les seuls décès.
Ce flou n’est pas une coquetterie: c’est une conséquence de la guerre moderne. Les données proviennent d’observations de champ de bataille, d’interceptions, de rapports d’unités, d’analyses d’images, parfois de modélisations. Le résultat est une estimation agrégée. Exiger une précision de notaire dans une guerre active, c’est demander l’impossible. Mais accepter un chiffre comme un dogme, c’est tomber dans l’excès inverse. La solution, pour un lecteur sérieux, consiste à retenir l’essentiel: la tendance et l’ordre de grandeur, tout en gardant une réserve sur la granularité exacte.
La guerre des définitions, la bataille des récits
Les définitions deviennent politiques parce qu’elles conditionnent la perception. Un chiffre très élevé peut convaincre des partenaires que l’effort ukrainien “fonctionne”. Un chiffre minimisé, côté russe, peut entretenir l’idée que la Russie est inépuisable. Entre les deux, des comptages indépendants tentent d’estimer les décès confirmés via des sources ouvertes: nécrologies, archives locales, procédures judiciaires. Ces approches sont précieuses, mais elles ont une limite structurelle: elles sous-comptent, par définition, ce qui n’est pas documenté publiquement. Elles ne contredisent pas automatiquement un cumul de “pertes” au sens large; elles décrivent un autre objet.
La clé est donc de ne pas comparer des compteurs qui ne mesurent pas la même chose. Un total de pertes de combat estimées n’est pas un total de décès confirmés. Et un total de décès confirmés n’est pas un total de pertes humaines au sens opérationnel. Dans cet article, je refuse la paresse intellectuelle qui consiste à jeter un chiffre parce qu’il dérange, ou à l’adorer parce qu’il conforte. Je préfère une lecture adulte: les bilans ukrainiens sont un outil, les comptages indépendants sont un autre outil, et c’est leur tension qui raconte quelque chose de vrai sur la guerre.
Je sens parfois une impatience en moi: celle de “savoir”, enfin, exactement. Puis je me rappelle: la guerre ne donne pas ce luxe. Elle laisse des zones grises. Elle impose des marges. Alors je fais un choix: je ne force pas la certitude. Je préfère la lucidité. C’est moins confortable, mais c’est plus honnête… et ça, au moins, je peux le tenir.
Section 6 : Une journée, plusieurs compteurs
Quand le front s’écrit en frictions
La hausse quotidienne du 16 décembre 2025 s’inscrit dans une journée décrite, dans plusieurs reprises ukrainiennes, comme dense en engagements. Certaines synthèses évoquent un volume important de combats répartis sur différents axes, avec des zones qui reviennent souvent dans les communiqués. Ce contexte compte parce qu’il relie la statistique à une réalité: une guerre d’attrition produit des chiffres élevés non pas par exception, mais par accumulation de frictions. Les pertes ne sont pas seulement un événement spectaculaire; elles sont le résultat d’un tissu continu d’engagements, de frappes, de contre-frappes, de reconquêtes locales, d’usure des positions.
Le même jour, la rubrique “personnel” n’est pas seule à bouger. C’est le signe d’un front “complet”, où les composantes terrestres, aériennes, et logistiques, se touchent et se répondent. Une hausse de pertes de personnel se lit aussi dans la hausse de pertes de matériel, et inversement. Une unité privée de véhicules blindés s’expose plus. Une artillerie détruite pèse sur la capacité à soutenir une avance. Un stock de drones qui se consume accélère le besoin de production. La guerre, ici, ressemble à un système où chaque variable tire sur les autres.
Le panier d’attrition du 16 décembre
La liste du jour est, en elle-même, un résumé stratégique. L’estimation ukrainienne attribue à la Russie, sur 24 heures, +9 chars, +6 véhicules blindés, +67 systèmes d’artillerie, +442 drones, +177 véhicules et citernes, et +1 sous-marin, en plus du +1 150 sur la ligne “personnel”. On voit un signal net: la guerre de drones n’est pas un théâtre secondaire, elle est une consommation massive et quotidienne. On voit aussi que l’artillerie reste un poste de pertes lourd, ce qui correspond à l’idée d’un duel d’usure où la contre-batterie et les frappes de précision jouent un rôle central.
Ce “panier” dit autre chose: l’attrition n’épargne pas les actifs rares. Un sous-marin n’est pas un camion. C’est un objet stratégique, coûteux, long à produire, difficile à réparer. Qu’un bilan le fasse entrer dans la colonne des pertes du jour indique soit un événement notable, soit une volonté de marquer les esprits, soit les deux. L’actualité du même moment, justement, fait état d’une attaque revendiquée par l’Ukraine contre un sous-marin russe à Novorossiysk, avec des versions contradictoires sur l’ampleur des dégâts. Les chiffres, ici, entrent dans une histoire plus large, et cette histoire dépasse la simple addition.
Ce que j’entends dans cette liste, ce n’est pas un “score”. C’est une mécanique. Une machine. Et une machine qui tourne, qui tourne, qui tourne… jusqu’à ce qu’on oublie qu’elle broie. Alors je m’accroche à un réflexe: ralentir, relire, refuser la vitesse. La vitesse, c’est la porte ouverte à l’indifférence.
Section 7 : Chars, 11 421, le symbole qui s’effrite
Le char comme mythe et comme outil
Le total annoncé de 11 421 chars perdus depuis le début de l’invasion est l’une des lignes les plus chargées symboliquement. Le char, dans l’imaginaire militaire, incarne la puissance terrestre, la rupture, la masse. Mais la guerre en Ukraine a montré un char plus vulnérable, plus traqué, plus dépendant de son environnement: drones de reconnaissance, munitions rôdeuses, artillerie guidée, mines, tout concourt à faire du blindé un outil qui doit se réinventer. Le chiffre cumulé n’est pas seulement un stock détruit; il est le reflet d’une adaptation forcée.
Dans les bilans ukrainiens, la logique est claire: le char n’est plus un roi solitaire, il est une pièce dans une chaîne qui, si elle se brise, rend la pièce exposée. Quand les véhicules d’accompagnement manquent, quand les moyens de guerre électronique sont insuffisants, quand la couverture antiaérienne est trouée, le char devient un aimant. Le total de 11 421, quelle que soit la marge d’estimation, raconte une chose simple: l’attrition sur ce type d’équipement est massive, et elle a structuré la manière dont la Russie et l’Ukraine pensent le combat terrestre depuis 2022.
+9 en un jour, pourquoi ce n’est pas un détail
L’incrément du 16 décembre 2025 indique +9 chars sur 24 heures. Pris isolément, le chiffre peut paraître “petit” face au total. Mais il doit être replacé dans une réalité industrielle et opérationnelle. Remplacer un char n’est pas remplacer un drone. Il faut des chaînes de production, des stocks de pièces, des équipages formés, un réseau de maintenance. Chaque char perdu est un double coût: matériel et humain. Et chaque char ajouté à la colonne des pertes signale une pression qui se prolonge, alors même que les contraintes sur l’industrie de défense russe et sur l’accès à certaines technologies sont régulièrement évoquées par des analystes.
Pour la lecture stratégique, +9 indique aussi la continuité d’un combat où les blindés restent engagés malgré leur vulnérabilité. Cela peut traduire une doctrine qui persiste, ou une nécessité tactique faute d’alternative. Dans une guerre d’attrition, les armées continuent d’employer des systèmes même coûteux si ces systèmes sont indispensables à la manœuvre. Le chiffre du jour devient alors un indice: l’érosion n’a pas stoppé l’usage, elle a transformé l’usage. On observe un glissement vers des méthodes plus prudentes, plus dispersées, plus dépendantes des drones, et pourtant la colonne “chars” continue de grossir.
Le char, c’est l’icône. Et voir ce total grimper, c’est comme voir une icône se craqueler à répétition. Je ne ressens pas de triomphe en lisant ça. Je ressens un froid. Parce que chaque char, c’est aussi des gens dedans, des décisions, des ordres. Le métal n’est jamais neutre. Il transporte des destins… et la guerre, elle, ne les rend pas.
Section 8 : 23 737 véhicules blindés, l’acier devenu consommable
APV, blindés de combat, l’ossature du terrain
La ligne des 23 737 véhicules blindés (souvent décrits comme véhicules blindés de combat ou transports blindés) est un autre marqueur majeur. Ce matériel constitue l’ossature des forces terrestres: il transporte, protège, accompagne, évacue. Dans une guerre où les lignes bougent parfois peu mais où les micro-engagements sont constants, ces véhicules sont sollicités sans relâche. Leur perte n’est pas seulement une perte de métal: c’est une perte de mobilité, de protection, et souvent de capacité à tenir un rythme d’opérations soutenu.
L’incrément du 16 décembre 2025 indique +6 sur cette catégorie. Là encore, on pourrait minimiser. Ce serait une erreur. Ces véhicules sont le tissu conjonctif de la manœuvre. Sans eux, l’infanterie s’expose davantage, les rotations deviennent plus difficiles, la logistique se fragilise. Dans les bilans ukrainiens, la croissance continue de cette ligne suggère une pression permanente sur la capacité russe à protéger ses unités au contact. Même si les chiffres restent des estimations, la tendance, elle, est insistante: la guerre consomme les blindés comme elle consomme l’artillerie, par une usure quotidienne.
Le blindé, entre substitution et bricolage
Un effet connu des guerres longues est la substitution: quand un matériel manque, on le remplace par ce qu’on a. Cela peut signifier des véhicules moins protégés, des conversions, des solutions de fortune. La montée des pertes de blindés, combinée à la hausse des pertes de véhicules logistiques, peut signaler un élargissement du spectre: au-delà des blindés “classiques”, les forces peuvent recourir à des plateformes improvisées ou à des variantes moins adaptées, ce qui accroît la vulnérabilité. La guerre en Ukraine a souvent été décrite comme un laboratoire où l’adaptation est constante, parfois inventive, parfois contrainte.
Ce que raconte ce chiffre, au fond, c’est une transformation du statut du matériel. Le blindé n’est plus “rare” au sens tactique; il est rare au sens industriel, mais il est utilisé comme une ressource de consommation parce que le front l’exige. Le lecteur doit comprendre l’implication: quand une catégorie monte aussi haut, cela ne décrit pas seulement des pertes, cela décrit un mode de guerre. Une guerre où la masse d’équipement se transforme en flux, où l’industrie devient un facteur aussi crucial que la stratégie, et où l’épuisement se mesure en milliers de plateformes.
J’ai une image qui me revient: l’acier comme papier. Oui, comme du papier. On le plie, on le déchire, on le jette, on recommence. C’est absurde, et c’est exactement ce que ces lignes racontent. Je ne peux pas m’empêcher de penser à cette transformation: le blindé, jadis symbole de puissance, réduit à une ligne de consommation. Ça donne le vertige… et ça rend tout, soudain, plus fragile.
Section 9 : 35 172 systèmes d’artillerie, la cadence de l’usure
L’artillerie, centre de gravité de la guerre
Avec 35 172 systèmes d’artillerie annoncés comme pertes cumulées, la rubrique raconte un autre cœur de la guerre. L’artillerie est souvent décrite comme l’arme qui “structure” le front: elle écrase, elle interdit, elle protège, elle ralentit, elle prépare. Dans un conflit où les drones fournissent une observation quasi permanente et où les frappes peuvent être guidées, l’artillerie devient à la fois indispensable et plus exposée. Les bilans ukrainiens, en affichant un total aussi élevé, suggèrent une pression constante sur cette capacité russe, et donc sur sa capacité à maintenir un volume de feu.
Le chiffre cumulé doit être lu en parallèle avec d’autres rubriques: drones, systèmes antiaériens, logistique. Aujourd’hui, un système d’artillerie ne “vit” pas seul. Il dépend de la détection, de la protection, du ravitaillement, du déplacement rapide. Perdre de l’artillerie, c’est perdre un outil, mais aussi perdre un maillon de la chaîne de feu. Dans une guerre d’attrition, la chaîne de feu est le nerf. Et quand cette chaîne s’use, la doctrine entière se reconfigure: on tire différemment, on se déplace différemment, on prend des risques différemment.
+67 en 24 heures, l’hémorragie industrielle
L’incrément indiqué le 16 décembre 2025 est de +67 systèmes d’artillerie. Ce chiffre, à lui seul, est un indicateur de violence opérationnelle et de pression sur les stocks. Il suggère des frappes efficaces, des duels de contre-batterie, des destructions par drones, des frappes de précision. Quelles que soient les causes exactes, l’effet stratégique reste: perdre plusieurs dizaines de systèmes en un jour impose un effort de remplacement, de réparation, et de reconstitution. Or, dans une guerre longue, l’industrie ne court pas toujours aussi vite que le front.
Cette dynamique explique aussi l’importance grandissante des drones: ils repèrent, corrigent, et parfois détruisent. Le bond de +442 drones dans la même journée est cohérent avec une guerre où les drones sont devenus les yeux, et parfois les mains, de l’artillerie. On observe une convergence: l’artillerie est à la fois l’outil majeur et la cible majeure. Ce n’est pas seulement une bataille de canons, c’est une bataille de systèmes. Et quand un bilan annonce +67, il faut entendre: la guerre d’usure continue de manger la colonne vertébrale du combat à distance.
Je n’arrive pas à lire “+67” sans imaginer un atelier qui s’effondre. Comme si la guerre transformait des systèmes complexes en poussière de statistiques. Et ça me fait peur, parce que ça dit une chose: la capacité à détruire est devenue routinière. Comme une habitude. Une habitude de dévoir. C’est glaçant… et c’est peut-être ça, le vrai visage de 2025.
Section 10 : Lance-roquettes et défense antiaérienne, les chiffres qui bougent moins
1 570 lance-roquettes multiples, la rareté dans la masse
Le bilan du 16 décembre 2025 affiche 1 570 systèmes de lance-roquettes multiples (MLRS), avec un incrément de +0 ce jour-là. L’absence de variation est, paradoxalement, une information. Elle peut signifier plusieurs choses: aucune perte confirmée ce jour, un rythme de pertes plus faible, ou une difficulté à attribuer précisément des destructions dans cette catégorie. Les MLRS ont une valeur tactique élevée: ils frappent plus loin, saturent, et peuvent faire basculer une phase d’engagement. Mais ils sont aussi rares, plus protégés, et leur emploi peut être plus prudent.
Le chiffre cumulé, lui, reste important: il témoigne d’une attrition sur des systèmes souvent très recherchés par les deux camps. Le fait que la ligne n’augmente pas chaque jour n’invalide pas la logique d’usure; il indique plutôt une usure moins régulière, plus dépendante d’opportunités. Dans une guerre où les drones et le renseignement détectent mieux, les plateformes de roquettes doivent se déplacer, se camoufler, et limiter leur exposition. Une ligne stable n’est pas un signe de repos. C’est, parfois, un signe d’adaptation.
1 261 systèmes antiaériens, le duel du ciel depuis le sol
La rubrique systèmes antiaériens est annoncée à 1 261 au total, avec un incrément de +0 ce jour-là dans plusieurs reprises. Là encore, l’absence de mouvement ne signifie pas que la bataille aérienne s’est arrêtée; elle peut signifier qu’aucune destruction n’a été comptabilisée ou publiée sur la période. La défense antiaérienne est un champ où la confirmation est difficile: il faut attribuer, identifier, et distinguer les systèmes. Mais l’importance stratégique est incontestable, surtout dans une guerre où drones et missiles jouent un rôle central.
Ce chiffre doit être lu en relation avec la montée des drones et des “cibles aériennes” revendiquées comme neutralisées. Plus les drones s’accumulent, plus la défense antiaérienne est sollicitée, plus elle s’expose, plus elle devient une cible. L’économie de la guerre moderne crée un paradoxe: pour se protéger d’une menace bon marché, il faut parfois engager des moyens coûteux. Les bilans, en montrant des totaux élevés sur la durée, suggèrent que la défense antiaérienne russe, comme d’autres composantes, subit une pression continue. Même sans incrément quotidien, la ligne raconte une érosion lente et stratégique.
Les “+0” m’inquiètent autant que les grands bonds. Parce qu’un “+0” peut endormir. Il peut donner l’illusion d’une pause, d’un ralentissement. Or, la guerre ne fait pas de pauses polies. Elle change de forme. Elle se cache. Elle attend. Et nous, lecteurs, on doit apprendre à lire aussi ce qui ne bouge pas.
Section 11 : 432 avions, 347 hélicoptères, la bataille de l’air
Les avions, un total qui demande précision
Plusieurs reprises ukrainiennes datées du 16 décembre 2025 indiquent un total de 432 avions perdus par la Russie depuis le début de l’invasion, avec +0 ce jour-là. La catégorie “avions” est particulière: elle touche à des actifs coûteux, rares, et fortement protégés. Les pertes existent, mais elles ne se produisent pas au même rythme que celles des drones ou de la logistique. Dans ce contexte, le chiffre cumulé se lit comme un indicateur de la durée et de l’intensité du conflit, plutôt que comme un signal quotidien. Il montre qu’une guerre longue finit par atteindre même les systèmes réputés les plus “sécurisés”.
Ce total peut aussi susciter des débats, car les modalités de comptage varient: appareil détruit au sol, abattu, irréparable, endommagé au point de sortir du service, ou pertes indirectes. Les bilans ukrainiens ne détaillent pas systématiquement ces distinctions. C’est pourquoi le lecteur doit conserver la prudence: retenir le message stratégique (l’attrition aérienne existe et s’additionne) sans prétendre reconstruire chaque événement à partir d’une seule ligne. L’essentiel est là: la guerre ne reste pas cantonnée au sol; elle mord sur l’air, et l’air est un domaine où la symbolique est forte.
Les hélicoptères, la proximité exposée
La ligne hélicoptères est annoncée à 347 au total, avec +0 ce jour-là selon les reprises. Les hélicoptères sont des outils de proximité: appui, transport, évacuation, frappe. Ils opèrent souvent à des altitudes et dans des environnements où la menace est intense. Dans une guerre où la défense antiaérienne est dense et où les drones repèrent, l’hélicoptère doit composer avec un risque permanent. Le total cumulé suggère une exposition prolongée et une attrition qui, même si elle n’évolue pas tous les jours, s’accumule sur la durée.
Le couple “avions/hélicoptères” doit être lu avec la montée des drones. Les drones ont, en partie, modifié le rôle de l’aviation: ils prennent certaines missions de reconnaissance, de harcèlement, de frappe opportuniste. Mais ils n’effacent pas l’aérien habité; ils le transforment. Dans ce paysage, le fait que les bilans ukrainiens continuent de suivre ces catégories souligne un point: la guerre ne s’est pas “dronisée” au point d’éliminer les plateformes classiques. Elle a créé une superposition. Et dans cette superposition, les pertes, tôt ou tard, finissent par apparaître même là où on ne les attend pas.
Je lis “432” et j’imagine des hangars, des pistes, des silhouettes d’appareils immobilisés. Je lis “347” et je pense au bruit des rotors qu’on entend parfois dans les reportages, au-dessus d’un paysage qui ne dort jamais. Je ne romantise rien. Je ressens juste une fatigue, une fatigue froide, celle d’un conflit qui a le temps de tout toucher.
Section 12 : 91 219 drones, la guerre en essaim
Le chiffre qui résume une époque
La catégorie la plus révélatrice de la modernité du conflit est peut-être celle-ci: 91 219 drones (UAV opérationnels-tactiques) annoncés comme pertes cumulées, avec +442 sur la journée. À ce niveau, on ne parle plus d’un “outil”, on parle d’un écosystème. Le drone est devenu l’œil du front, le capteur, le transmetteur, parfois le frappeur. Il vole, il observe, il corrige, il fatigue. Et sa consommation quotidienne, visible dans les incréments, indique une guerre où l’information et la précision sont devenues des munitions.
Le bond de +442 en 24 heures illustre une réalité: les drones sont produits, utilisés, et perdus à un rythme industriel. Cela implique des chaînes d’approvisionnement, des ateliers de réparation, des modifications constantes, des adaptations électroniques. La guerre en Ukraine a souvent été décrite comme une guerre d’innovation accélérée; ce chiffre en est une preuve indirecte. Quand une catégorie monte aussi vite, ce n’est pas un accident. C’est un choix stratégique: saturer, repérer, corriger, et parfois frapper. Le drone est devenu la ponctuation de chaque journée de combat.
Le drone, économie et vulnérabilité
Une autre lecture est possible: si les drones sont perdus en masse, c’est aussi parce qu’ils sont contestés en masse. Brouillage, tir, interception, filets, leurres, tout un arsenal se construit pour les contrer. La montée des pertes de drones peut donc signifier deux choses simultanées: un usage intensif et une défense plus efficace. Dans un tel duel, la supériorité ne se gagne pas par un modèle unique, mais par la capacité à produire vite, à adapter, à remplacer. Les drones, dans ce cadre, sont à la fois une force et une fragilité: ils donnent une vue, mais ils exigent une logistique d’innovation.
Pour le lecteur, cette rubrique est aussi un avertissement: la guerre moderne n’est pas seulement une affaire de chars et d’artillerie, elle est une affaire de circuits, d’antennes, de logiciels, de transmissions. Les bilans militaires qui insistent sur les drones reconnaissent implicitement ce changement. On peut discuter la précision du cumul, mais difficile de discuter la tendance: le drone a colonisé le front. Et il a colonisé la narration. Quand un bilan annonce +442, il dit: la bataille du jour s’est aussi jouée dans le ciel bas, au-dessus des lignes, dans cet espace où l’œil mécanique est devenu omniprésent.
Je me surprends à penser que le drone est devenu la poussière de la guerre: partout, tout le temps, invisible jusqu’au moment où il ne l’est plus. Et cette omniprésence me dérange. Pas parce que c’est “nouveau”, mais parce que c’est une normalisation. Une normalisation de la surveillance, de la traque, de la frappe. Et je me demande: qu’est-ce que ça fait à une société de vivre avec ça, année après année?
Section 13 : 4 073 missiles de croisière, la profondeur stratégique
Le compteur des frappes lointaines
Le bilan du 16 décembre 2025 indique 4 073 missiles de croisière comme pertes cumulées, avec +0 sur la journée. Cette catégorie renvoie à la profondeur stratégique: les missiles de croisière sont des armes de portée, associées aux campagnes de frappe sur des objectifs éloignés. Le fait que la ligne existe dans le tableau montre que l’Ukraine suit, et revendique, la neutralisation de ce type de munitions dans la durée. Là encore, la prudence est nécessaire: “perte” peut signifier missile intercepté, détruit, ou neutralisé d’une manière ou d’une autre.
La stabilité quotidienne (+0) peut refléter une absence d’événement notable sur la période couverte, ou une simple absence de mise à jour dans cette catégorie. Mais le cumul, lui, raconte une guerre où la défense et l’attaque se disputent la profondeur. Il s’agit d’un duel technique: capteurs, radars, systèmes antiaériens, leurres. Et dans ce duel, chaque camp cherche à imposer une équation: faire payer cher, faire douter, épuiser. Les missiles de croisière sont l’un des symboles de cette équation, parce qu’ils associent technologie, production, et impact psychologique.
Quand le “+0” n’est pas synonyme de calme
Lire “+0” dans une catégorie comme celle des missiles de croisière ne doit jamais être confondu avec un retour à la normalité. Cela signifie seulement qu’au moment de l’actualisation, aucun ajout n’a été enregistré ou publié. Dans une guerre longue, il y a des jours où l’événement majeur se trouve ailleurs: drones, artillerie, logistique, mer. Le tableau du 16 décembre 2025 montre justement un déplacement du “drame statistique” vers d’autres rubriques, notamment les drones et l’artillerie. Le front est un organisme: il change d’organe sensible selon les jours.
Cette lecture rappelle un principe de méthode: les bilans sont utiles pour les tendances, pas pour les conclusions hâtives à partir d’un seul jour. Un +0 ne signifie pas que la catégorie est “réglée”. Il signifie que le jour en question, l’attention, ou l’événement, s’est concentré ailleurs. C’est exactement ce qui se produit lorsque le même bilan signale la perte d’un sous-marin, événement rare, qui capte l’attention médiatique et stratégique. La profondeur, parfois, se lit moins dans la colonne “missiles” que dans la colonne “mer”.
J’ai appris à me méfier des jours “calmes”. Les jours calmes, dans cette guerre, sont souvent des jours où quelque chose se prépare, se déplace, se dissimule. Le tableau a l’air sage, et puis une ligne claque: “sous-marins +1”. Voilà. Le calme n’était qu’un angle de lecture, pas une réalité.
Section 14 : 28 navires, la mer réduite à un inventaire
Boats, warships, le bilan maritime
Le bilan cumulé mentionne 28 navires (souvent formulés comme bateaux/navires de guerre) perdus, avec +0 sur la journée. Cette ligne rappelle que la mer Noire n’est pas un décor. Depuis 2022, elle est un espace disputé, où l’Ukraine, malgré des moyens navals initiaux plus limités, a développé des approches asymétriques, notamment via des drones de surface et, désormais, des drones sous-marins revendiqués. Le chiffre cumulé n’explique pas chaque épisode, mais il souligne une tendance: la Russie n’a pas été à l’abri sur mer.
La logique maritime a des conséquences stratégiques: sécurité des ports, pression sur les bases, relocalisation des unités, gestion du risque. L’actualité récente évoque précisément une importance accrue de certains sites comme Novorossiysk, devenu un point d’ancrage clé après les pressions exercées sur la flotte en Crimée. Dans ce contexte, la mer se lit aussi comme une géographie de la vulnérabilité: plus une base devient essentielle, plus elle devient une cible potentielle, et plus un incident y prend une valeur symbolique et opérationnelle.
La mer comme théâtre de l’innovation asymétrique
Les bilans maritimes, même modestes en volume, signalent souvent des événements très significatifs. Un navire de guerre n’est pas un véhicule logistique: il concentre des capacités, des armes, des capteurs. Perdre un navire peut changer la posture d’une flotte. C’est pourquoi la ligne “navires” est souvent lue avec attention, même lorsqu’elle ne bouge pas. Le fait que la ligne “sous-marins” bouge, elle, au même moment, renforce l’impression d’une intensification de l’asymétrie maritime revendiquée par l’Ukraine.
Il est aussi important de rappeler que la vérification dans le domaine naval est particulièrement difficile. Les dégâts peuvent être contestés, masqués, réparés, ou réinterprétés. Les communiqués peuvent parler de “neutralisation” là où l’adversaire parle de “dommages mineurs”. C’est précisément pour cela que le lecteur doit garder la discipline: tenir ensemble l’information publiée, la contestation, et la prudence. Mais un fait demeure: la mer est devenue un espace où l’Ukraine cherche à compenser par l’innovation. Et ce choix transparaît dans l’actualité et dans les bilans.
La mer me fascine dans ce conflit, parce qu’elle révèle l’inattendu. On croit qu’une flotte est une certitude, qu’un port est une forteresse. Et puis la guerre arrive avec ses détours, ses ruses, ses systèmes nouveaux. Je lis “28 navires” et je comprends: même la mer, même l’acier, même les bases… rien n’est intouchable.
Section 15 : 2 sous-marins, le seuil symbolique
Pourquoi un sous-marin n’est jamais “juste une ligne”
Dans le bilan du 16 décembre 2025, la rubrique sous-marins atteint 2, avec un incrément de +1. C’est l’une des lignes les plus frappantes du tableau, précisément parce qu’elle touche à un actif rare. Un sous-marin, c’est de la furtivité, de la projection, une capacité de frappe potentielle, et un symbole de puissance navale. Le fait que la rubrique bouge suggère un événement maritime majeur, ou du moins revendiqué comme tel. Le lecteur doit donc sortir du réflexe “tableau” et retrouver le réflexe “analyse”: pourquoi maintenant, pourquoi ce jour, pourquoi cette base, pourquoi ce type de système?
Le cumul de 2 peut, dans l’esprit de certains observateurs, renvoyer à des épisodes précédents où l’Ukraine a revendiqué des dégâts importants sur des sous-marins russes, notamment en Crimée. Des analyses et des reportages ont évoqué des sous-marins de classe Kilo endommagés lors de frappes, puis réparés, puis de nouveau touchés. Mais l’actualité du 15 et 16 décembre 2025 apporte un élément concret: l’Ukraine revendique une attaque contre un sous-marin russe à Novorossiysk via des drones sous-marins, et la Russie conteste l’ampleur des dégâts. La colonne “+1” s’inscrit dans ce bras de fer.
Le symbole, la preuve, et la prudence
La prudence s’impose car la confirmation d’une perte sous-marine est difficile. Un navire peut être remorqué, un sous-marin peut être réparé, un dommage peut être minimisé publiquement. Dans cette zone grise, l’Ukraine peut parler de “neutralisation”, là où la Russie parle de “fonctionnalité intacte”. C’est précisément ce que rapportent plusieurs médias internationaux: une revendication ukrainienne, un démenti russe, et une vérification partielle via des images ou des éléments indirects. Le lecteur doit donc garder la formulation exacte: il s’agit d’une attaque revendiquée et d’une perte comptabilisée par l’Ukraine, contestée par la Russie.
Mais même avec prudence, un signal existe: l’Ukraine cherche à pousser la guerre dans des domaines où la Russie se croyait plus confortable, notamment en mer. Un sous-marin endommagé ou immobilisé, même temporairement, peut avoir une valeur stratégique disproportionnée. Il faut du temps pour réparer. Il faut des pièces. Il faut une capacité industrielle et un espace sécurisé. La guerre, en touchant un tel actif, rappelle qu’elle n’est pas seulement une bataille de front, mais une bataille de profondeur. Et la profondeur, cette semaine-là, se lit dans le port de Novorossiysk.
Je ne suis pas naïf: je sais que les mots “neutralisé”, “endommagé”, “hors d’usage” peuvent devenir des armes de communication. Mais je sais aussi autre chose: quand un sous-marin entre dans la colonne des pertes, quelque chose a tremblé. Quelque chose de rare. Quelque chose de cher. Et ça, même contesté, même discuté, ça laisse une empreinte.
Section 16 : Novorossiysk, la guerre sous la surface
L’attaque revendiquée, le démenti, et la bataille de l’image
Autour du 15 décembre 2025, l’Ukraine revendique avoir frappé et immobilisé un sous-marin russe à Novorossiysk à l’aide de drones sous-marins surnommés “Sub Sea Baby”, développés avec l’appui de la marine ukrainienne selon les versions publiées. Des médias internationaux rapportent qu’une explosion près d’un sous-marin à quai est visible sur des images diffusées, et que l’Ukraine présente cette opération comme un tournant. La Russie, de son côté, conteste les dégâts, affirmant que ses unités sont restées opérationnelles. Ce duel est typique: l’événement existe, l’interprétation diverge, et l’information devient un champ de bataille.
Dans ce contexte, le fait que le bilan ukrainien du 16 décembre affiche +1 sous-marin prend un relief particulier. Il crée une cohérence narrative: l’attaque revendiquée se traduit en statistique officielle. Cela ne prouve pas, à lui seul, l’état exact du bâtiment. Mais cela prouve que l’Ukraine assume le récit et l’inscrit dans son tableau cumulé. Pour un observateur, cette articulation est un indice: l’opération, quelle que soit l’ampleur des dégâts, a été jugée suffisamment significative pour entrer dans le bilan. Et ce choix est, en lui-même, stratégique.
Pourquoi Novorossiysk compte dans la géographie du conflit
Novorossiysk est souvent décrit comme un point d’appui majeur de la flotte russe, particulièrement à mesure que la pression ukrainienne a rendu d’autres bases plus exposées. La mer Noire, depuis 2022, est un espace où l’Ukraine a cherché à dégrader la posture russe par des moyens asymétriques: drones de surface, frappes, opérations ciblées. Si la flotte se replie ou disperse ses actifs, certaines bases gagnent en importance. Et plus une base gagne en importance, plus elle devient un enjeu. Une attaque à Novorossiysk, même contestée, signale une capacité à atteindre des espaces réputés plus sûrs.
Il y a aussi un effet psychologique: toucher un sous-marin dans un port, c’est toucher une idée de sécurité. Ce n’est pas seulement un objet qu’on atteint; c’est un sentiment qu’on fissure. Dans une guerre longue, ces fissures comptent. Elles pèsent sur la planification, sur les coûts de protection, sur la confiance. Un sous-marin, si l’on en croit les analyses, peut également être un porteur potentiel de missiles de croisière, donc un outil de pression stratégique. C’est pourquoi l’Ukraine insiste sur l’événement. Et c’est pourquoi la Russie répond par le démenti: parce que reconnaître, c’est déjà céder un morceau du récit.
Je lis “Novorossiysk” et je vois une carte mentale se redessiner. On pensait la mer comme un arrière. La voilà qui devient un avant. Et je sens une inquiétude sourde: si même un port lointain devient une cible, alors aucun espace n’est vraiment “hors de la guerre”. C’est ça, le plus troublant. La guerre élargit sa peau.
Section 17 : 70 182 véhicules et citernes, la logistique en première ligne
Le chiffre qui raconte l’arrière en souffrance
La rubrique véhicules et citernes atteint 70 182 au total, avec un incrément de +177 sur 24 heures. C’est l’une des lignes les plus “parlantes” pour comprendre une guerre d’usure. Les camions, les véhicules de transport, les citernes, ne sont pas glamour, mais ils sont le système circulatoire d’une armée. Sans eux, pas de munitions, pas de carburant, pas de rotation, pas de réparation. Un incrément de +177, dans cette catégorie, suggère une pression intense sur l’arrière logistique, et donc une volonté ukrainienne de frapper non seulement le contact, mais le soutien.
La logistique est souvent l’endroit où les guerres se gagnent ou se perdent. Une armée peut avoir des chars; si elle ne les alimente pas, elle les immobilise. Une armée peut avoir de l’artillerie; si elle n’achemine pas les obus, elle la réduit au silence. L’attrition logistique, dans une guerre longue, crée des effets en cascade: retards, pénuries locales, improvisations, baisse de tempo. Le lecteur qui regarde cette ligne doit comprendre: ces pertes-là ne sont pas périphériques. Elles attaquent la capacité d’opérer, jour après jour.
Le carburant, la maintenance, et la fatigue de la chaîne
Les citernes, en particulier, sont un maillon critique. Elles sont volumineuses, visibles, et leur destruction ou neutralisation a un impact immédiat. Dans les bilans ukrainiens, la montée continue de cette catégorie suggère une stratégie d’interdiction: rendre coûteux, compliqué, dangereux, le simple fait de faire tourner une armée. Les véhicules de maintenance, les dépanneurs, les transporteurs, font partie de cette économie de guerre. Les perdre, c’est perdre du temps, et la guerre longue est une guerre de temps. On peut parfois compenser par des solutions de fortune, mais ces solutions ont un prix en efficacité et en sécurité.
Le lien avec les autres rubriques est évident. Quand une armée perd des drones en masse, elle a besoin de logistique pour les remplacer. Quand elle perd de l’artillerie, elle a besoin d’acheminer des pièces et des munitions de remplacement. Quand elle perd des blindés, elle a besoin de remorquage, de pièces, d’ateliers. La logistique est la colle. Et le bilan du 16 décembre, en affichant +177, signale que la colle est attaquée. Cela ne dit pas tout, mais cela dit l’essentiel: la guerre vise le nerf, pas seulement la peau.
Je l’avoue: pendant longtemps, je lisais la ligne “véhicules” trop vite. Comme un détail. Et puis j’ai compris: c’est là que la guerre devient une étouffoir. Une armée sans logistique, c’est une armée qui s’essouffle, qui s’enlise. Alors aujourd’hui, cette ligne me semble presque plus cruelle que les autres. Elle dit l’étranglement. Elle dit la fatigue.
Section 18 : 4 026 équipements spéciaux, la disparition du rare
Ce que cache la rubrique “spécial”
Le bilan mentionne 4 026 équipements spéciaux au total, avec +0 le 16 décembre 2025 dans les reprises. Cette catégorie est souvent moins commentée, parce qu’elle est moins intuitive. Pourtant, elle peut englober des systèmes essentiels: véhicules du génie, ponts mobiles, équipements de déminage, systèmes de guerre électronique, ou plateformes spécialisées. Dans une guerre d’attrition, ces équipements sont précieux parce qu’ils permettent de franchir, de protéger, de réparer, de contourner. Leur perte peut avoir un impact disproportionné sur la capacité à manœuvrer ou à tenir des positions.
Le fait que la ligne n’évolue pas ce jour-là ne diminue pas son importance. Une guerre longue est faite de phases. Certains jours, l’équipement spécial est la cible; d’autres jours, l’artillerie et les drones. Le lecteur doit retenir ceci: plus un équipement est spécialisé, plus il est difficile à remplacer. Et plus il est difficile à remplacer, plus sa perte pèse sur la capacité d’adaptation. C’est une logique industrielle, pas seulement tactique. Dans ce sens, cette rubrique “spécial” est un indicateur de fragilité structurelle, même lorsqu’elle reste stable.
La limite des bilans : l’absence de détail
Les bilans quotidiens ont une force: ils donnent une vue d’ensemble. Ils ont aussi une limite: ils simplifient. La rubrique “équipement spécial” est un exemple. Sans détail, le lecteur ne peut pas savoir si l’usure touche davantage le génie, la guerre électronique, ou d’autres systèmes. Cette absence de granularité ouvre la porte aux interprétations. D’où l’importance de ne pas sur-interpréter un chiffre isolé. Un total élevé signale une attrition; il ne signale pas, à lui seul, un basculement doctrinal.
Mais l’absence de détail ne doit pas effacer la réalité de la rareté. Les systèmes spécialisés sont souvent les premiers à manquer quand une armée est sous pression. Et quand ils manquent, l’armée compense par des solutions moins efficaces, plus risquées, plus lentes. Le bilan du 16 décembre 2025, en rappelant ce total, invite à une lecture plus mature de la guerre: la bataille ne se joue pas seulement sur les “stars” (chars, avions), elle se joue sur les outils de l’ombre, ceux qu’on ne voit pas dans les images virales. Et c’est parfois là que les guerres se coincent.
Il y a des mots qui trompent: “spécial”. On dirait presque un bonus. Un accessoire. Alors que c’est souvent l’inverse: c’est ce qui permet d’avancer, de franchir, de survivre. Je me dis parfois que la guerre moderne est une somme d’objets invisibles. Et que ces objets invisibles, quand ils disparaissent, font s’écrouler des plans entiers.
Section 19 : 96 061 cibles aériennes, la comptabilité des airs
Un chiffre spectaculaire, une définition mouvante
Dans la présentation reprise par Defense Express, une mention retient l’attention: 96 061 cibles aériennes annoncées comme neutralisées. Ce chiffre, présenté comme un cumul, frappe par sa taille. Mais il nécessite une lecture prudente, car la notion de “cible aérienne” peut englober des catégories multiples: drones, missiles, parfois munitions rôdeuses, parfois autres objets volants. La guerre aérienne en Ukraine, depuis 2022, n’est pas uniquement celle des avions et hélicoptères; elle est aussi celle d’une masse de drones et de munitions qui saturent l’espace.
Ce cumul donne une image: le ciel est devenu un champ de bataille permanent, à différentes altitudes, avec des menaces très différentes. Les bilans qui ajoutent une rubrique “cibles aériennes” cherchent à rendre visible l’ampleur de cette dimension. Mais pour un lecteur rigoureux, la question reste: comment le chiffre est-il défini, comment les doublons sont-ils évités, comment les catégories s’articulent avec la ligne des drones ou celle des missiles? Sans réponse détaillée, on doit considérer ce nombre comme un indicateur d’ampleur, pas comme un registre exact de chaque interception.
Drones, missiles, leurres, l’épaisseur du brouillard
La guerre moderne a introduit une épaisseur supplémentaire dans le ciel: les leurres, les trajectoires complexes, les brouillages, les attaques mixtes. Dans ce contexte, compter “ce qui a été neutralisé” est un exercice délicat, car l’identification peut être partielle et les évaluations peuvent évoluer. Pourtant, le simple fait qu’un cumul de cette taille soit revendiqué dit quelque chose de vrai: la défense aérienne ukrainienne et les moyens associés sont sollicités à un niveau constant. Et la Russie, si l’on en croit les bilans ukrainiens, consomme aussi énormément de drones et de munitions, ce qui se reflète dans l’incrément quotidien massif de la catégorie drones.
La lecture stratégique, ici, est la suivante: le ciel est devenu un espace d’attrition à part entière. Il use la production, use les stocks, use les capteurs, use les opérateurs. C’est un front invisible, mais il impose une facture. Les chiffres, même imparfaits, donnent un aperçu de cette facture. Le cumul de “cibles aériennes” est donc un signal: la guerre en Ukraine n’est pas seulement une guerre de tranchées modernisées, elle est une guerre de flux, de saturation, et de défense permanente. Et ce front-là, il ne s’arrête pas quand on détourne les yeux.
Je me surprends à penser que le ciel n’a plus de silence. Plus de pause. Il est rempli d’objets, de menaces, de capteurs. Et ce chiffre “96 061” me donne une impression étrange: celle d’un plafond qui s’abaisse sur la vie quotidienne. Je ne sais pas comment on s’habitue à ça. Je ne suis pas sûr qu’on devrait s’y habituer.
Section 20 : Quand les chiffres deviennent diplomatie
Le bilan comme argument, la guerre comme négociation
Les chiffres de pertes ne vivent pas dans un vide. Ils circulent dans un moment où l’on parle aussi de diplomatie, de discussions, de scénarios de cessez-le-feu, de pressions sur les alliés. L’actualité internationale du même moment évoque des initiatives et des échanges politiques autour d’une possible sortie de guerre, tandis que des responsables occidentaux soulignent les tactiques russes et les conditions d’une paix durable. Dans ce contexte, un bilan comme celui du 16 décembre 2025 fonctionne aussi comme un message: il affirme que l’Ukraine continue d’infliger une usure lourde, qu’elle n’est pas au bord de l’effondrement, et que la Russie n’avance pas sans coût.
La revendication d’une attaque maritime, notamment contre un sous-marin, s’inscrit aussi dans cette logique diplomatique. Montrer une capacité à frapper un actif rare et symbolique, c’est renforcer une position: dire “nous pouvons atteindre”, “nous pouvons surprendre”, “nous pouvons imposer un coût là où vous ne l’attendez pas”. La Russie répond souvent par le démenti ou la minimisation, parce que reconnaître une vulnérabilité aurait aussi un coût diplomatique et psychologique. La guerre, à ce stade, n’est plus seulement la bataille des lignes; c’est la bataille des perceptions auprès des opinions publiques et des partenaires.
Le risque de l’instrumentalisation, la nécessité de méthode
Quand les chiffres deviennent diplomatie, ils deviennent aussi tentants à instrumentaliser. Chaque camp a un intérêt à façonner la perception. L’Ukraine a intérêt à montrer l’efficacité de sa défense et la lourdeur du coût infligé. La Russie a intérêt à minimiser et à projeter l’image d’une endurance. Entre les deux, les partenaires occidentaux évaluent, comparent, et produisent parfois leurs propres estimations. Dans cette zone, le lecteur doit adopter une méthode: recouper les chiffres du jour entre plusieurs reprises, distinguer les estimations militaires des comptages indépendants de décès, et accepter qu’une partie de la vérité reste inaccessible en temps réel.
Mais la méthode ne doit pas devenir une excuse pour l’indifférence. La diplomatie, parfois, adore les chiffres parce qu’ils simplifient. Ils permettent de parler de “coûts”, de “tenabilité”, de “rapport de force”. Le problème, c’est que derrière ces mots, il y a des vies et des sociétés. La lecture froide est nécessaire, mais elle doit rester consciente. Un chroniqueur ou un expert n’a pas le droit de transformer un bilan en jeu. Il a le devoir de lire le chiffre comme un signal stratégique, et de rappeler, en même temps, que le chiffre représente une réalité humaine que personne ne devrait banaliser.
Je sens parfois la tentation de parler de “coût” comme on parle d’un budget. Ça me dégoûte un peu, et je me reprends. Parce que les chiffres servent à négocier, oui. Mais ils servent aussi à cacher. Ils peuvent cacher la fatigue, la peur, les fractures. Alors je garde une règle simple: je lis les bilans, mais je refuse de les laisser déshumaniser ma façon de penser. C’est une discipline. Une discipline dure.
Section 21 : Comparer sans confondre, les autres compteurs
Décès confirmés, un registre différent
En parallèle des estimations militaires, des initiatives indépendantes tentent de compter les décès confirmés de soldats russes via des sources ouvertes. À la fin novembre 2025, une reprise internationale cite un total de plus de 150 000 décès confirmés (au moins 152 142) basé sur un travail conjoint de médias d’investigation et de vérification de données publiques. Ce chiffre, même élevé, n’entre pas en concurrence directe avec une estimation de “pertes de combat” au sens large. Il mesure autre chose: ce qui peut être documenté nominalement ou via des preuves ouvertes. Il est donc, par construction, incomplet, mais il apporte une ancre: des noms, des traces, des familles, des régions touchées.
Une autre information, rapportée début décembre 2025 par un média indépendant, évoque un volume très élevé de procédures judiciaires en Russie visant à faire reconnaître des militaires comme morts ou disparus. Là encore, ce n’est pas un “compteur de pertes de combat” au sens opérationnel; c’est un indicateur social, administratif, et humain. Il dit que la guerre laisse des dossiers, des absences, des demandes. Il dit que derrière la statistique, il existe des mécanismes de reconnaissance et de réparation qui, eux aussi, deviennent massifs. Ces sources indépendantes ne “démentent” pas automatiquement l’estimation ukrainienne; elles la mettent en perspective, elles montrent un autre angle de la même tragédie.
Estimations occidentales, large plage, même horizon
Les estimations occidentales, quand elles apparaissent, tendent à parler de morts et blessés (ou “casualties”) et proposent des ordres de grandeur qui varient selon les périodes et les institutions. Une compilation récente d’estimations publiques évoque, pour l’automne 2025, des chiffres qui dépassent le million de pertes humaines (morts et blessés) pour la Russie selon certaines évaluations. La variation est considérable, ce qui rappelle la difficulté de mesurer en temps réel. Mais l’horizon est commun: les pertes humaines sont très élevées, et la guerre d’attrition est un fait. La différence, souvent, se situe dans la définition et dans la méthode, pas dans la reconnaissance de l’ampleur.
Comparer ces compteurs exige une discipline. Un total ukrainien de “pertes de combat” peut inclure des blessés et d’autres catégories; un total de décès confirmés est un plancher documenté; une estimation occidentale de morts et blessés est une modélisation. Si l’on mélange tout, on fabrique de la confusion. Si l’on distingue, on comprend mieux. Et cette compréhension a une conséquence: elle rend plus difficile la banalisation. Car si plusieurs méthodes différentes convergent vers une idée d’ampleur, alors le lecteur ne peut plus se réfugier dans le confort du doute absolu. Il doit admettre que la guerre coûte, énormément, et qu’elle continue de coûter, même quand le monde parle d’autre chose.
Je vois ces différents compteurs comme des lampes dans un brouillard. Aucune n’éclaire tout. Mais ensemble, elles dessinent un paysage. Et ce paysage n’a rien d’abstrait. Il est lourd, il est sombre, il est rempli de conséquences. Je me sens parfois impuissant face à cette masse. Alors je fais la seule chose que je peux faire correctement: je garde la méthode, et je garde l’attention.
Section 22 : Ce que ces bilans font à nos sociétés
Le risque d’anesthésie, et la tentation de l’oubli
Les bilans quotidiens ont une vertu: ils empêchent l’effacement. Mais ils ont aussi un danger: ils peuvent rendre l’inacceptable “normal”. Quand une hausse de +1 150 sur la ligne du personnel devient une information parmi d’autres, on observe une forme d’usure morale. Ce n’est pas de la cruauté; c’est un mécanisme de protection. Pourtant, cette protection a un prix: elle peut faire glisser la guerre vers l’arrière-plan, comme un bruit permanent qu’on n’écoute plus. Or, ce conflit continue de reconfigurer l’Europe, l’économie de défense, la diplomatie, et les sociétés. Le billet du jour n’est pas un détail. Il est un symptôme de durée.
La multiplication des catégories, drones, artillerie, logistique, mer, montre aussi une guerre “totale” au sens technique: une guerre où les systèmes sont interconnectés, où l’innovation se fait sous pression, où l’industrie est mobilisée. Lire ces bilans, c’est donc lire aussi une transformation du monde: la production de drones, la défense antiaérienne, la sécurité maritime, tout cela devient central. Même si l’on souhaite “passer à autre chose”, la guerre s’invite dans les budgets, dans les doctrines, dans les débats politiques. L’anesthésie est un luxe dangereux, parce qu’elle laisse la réalité décider sans nous.
Une exigence: lucidité, précision, et retenue
Que faire, alors, de ces chiffres? D’abord, les lire avec précision: distinguer le cumul, l’incrément, la définition. Ensuite, les lire avec retenue: ne pas en faire une célébration, ne pas en faire une arme de sarcasme. Enfin, les lire avec lucidité: reconnaître que les bilans sont une partie du récit de guerre, mais qu’ils s’inscrivent dans un faisceau plus large d’informations, d’enquêtes, d’estimations. La maturité d’une société se mesure aussi à sa capacité à tenir des vérités complexes sans tomber dans le confort de la caricature.
Ce bilan du 16 décembre 2025, recoupé par plusieurs reprises, dit une chose essentielle: la guerre n’est pas en pause. Elle continue de consommer des vies et du matériel à un rythme élevé. Et la nouveauté du moment, la mer, les drones sous-marins, les attaques revendiquées à Novorossiysk, rappelle que le conflit ne se contente pas de répéter les mêmes gestes; il invente, il déplace, il surprend. C’est exactement ce que fait une guerre longue: elle s’adapte. Notre responsabilité, comme lecteurs, analystes, décideurs, est de ne pas laisser l’adaptation de la guerre devenir notre adaptation à l’indifférence.
Je me sens parfois coupable d’écrire sur des chiffres. Comme si l’analyse, la distance, était une trahison. Puis je me rappelle: comprendre, c’est aussi résister à la confusion. Et je préfère une lucidité un peu douloureuse à une indifférence confortable. Alors j’écris. Je recoupe. Je doute quand il faut. Et je refuse, obstinément, de laisser ce compteur devenir un simple décor.
Conclusion : Refuser l’anesthésie des nombres
Ce que dit vraiment le bilan du 16 décembre 2025
Le bilan publié autour du 16 décembre 2025, au 1 392e jour de la guerre, aligne des totaux qui forcent la lecture stratégique: 1 190 620 pertes de personnel russes estimées (+1 150), 11 421 chars (+9), 23 737 véhicules blindés (+6), 35 172 systèmes d’artillerie (+67), 91 219 drones (+442), 70 182 véhicules et citernes (+177), et un seuil symbolique sur mer avec 2 sous-marins (+1). Pris comme des estimations ukrainiennes, ces chiffres signalent une attrition constante, large, et multi-domaines. Ils dessinent un conflit où la production, la logistique, et l’innovation, sont devenues des champs de bataille à part entière.
La prudence reste obligatoire: ces données sont publiées par une partie au conflit et ne peuvent pas être vérifiées exhaustivement en temps réel. Mais la prudence ne doit pas devenir un prétexte pour détourner les yeux. Les reprises multiples du même tableau, les reportages sur l’attaque revendiquée contre un sous-marin à Novorossiysk, et les comptages indépendants de décès confirmés, dessinent une convergence: la guerre est lourde, durable, et coûteuse. L’addition n’est pas une abstraction. Elle est une empreinte laissée sur des sociétés entières.
Sources
Sources primaires et secondaires
Sources primaires: état-major général des forces armées ukrainiennes, synthèse des pertes de combat estimées au 16 décembre 2025 (totaux cumulés depuis le 24 février 2022, avec incréments quotidiens); ministère ukrainien de la Défense, infographies associées aux bilans de pertes (reprises par plusieurs médias le 16 décembre 2025).
Sources secondaires: Defense Express, “1392 Days of russia-Ukraine War – russian Casualties in Ukraine”, 16 décembre 2025; Interfax-Ukraine (édition anglaise), “Russia loses 1,150 soldiers, 1 submarine during day – General Staff”, 16 décembre 2025; Glavcom, “Втрати ворога станом на 16 грудня 2025 – Генштаб ЗСУ”, 16 décembre 2025; Minfin (index), “Втрати російської армії в Україні”, mise à jour du 16 décembre 2025; Reuters, “Ukraine says underwater drones hit submarine, but Moscow denies damage”, 15 décembre 2025; Financial Times, “Ukraine claims strike on Russian submarine with underwater drones”, 16 décembre 2025; RBC-Ukraine, “Russia’s losses in Ukraine as of December 16: +1,150 troops and submarine”, 16 décembre 2025; The Moscow Times, “Verified Russian Deaths in Ukraine War Surpass 150K – Independent Tally”, 29 novembre 2025; Mediazona (édition anglaise), “How many Russian soldiers died in the war with Ukraine”, 5 décembre 2025; Russia Matters, “Russia-Ukraine War Report Card”, 10 décembre 2025; AP News, analyse sur la posture russe et les négociations, 15 décembre 2025.
Je termine avec une gêne qui ne part pas. Parce que ces chiffres donnent l’impression d’un mur, et qu’un mur, on ne le traverse pas avec des mots. Mais je refuse l’autre option: le silence. Alors je laisse cette idée, simple et dure: un compteur n’est pas un spectacle. C’est un rappel. Et tant que ce rappel monte, jour après jour, personne n’a le droit de faire comme si le monde pouvait continuer “comme avant”.
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