Les quatre régions annexées et la Crimée
Vladimir Poutine ne cache pas ses ambitions. Le président russe exige que l’Ukraine cède l’intégralité des quatre régions que ses forces ont capturées et occupées, Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporizhzhia, ainsi que la Crimée que Moscou a annexée illégalement en 2014. Mais ces exigences vont encore plus loin : Poutine veut également que les troupes ukrainiennes se retirent des parties de la région de Donetsk que les forces russes n’ont pas encore conquises, créant ainsi une zone tampon démilitarisée qui tomberait automatiquement sous contrôle russe. Ces conditions, que Kiev a catégoriquement rejetées, représentent environ vingt pour cent du territoire ukrainien, incluant des millions de citoyens qui se retrouveraient sous occupation russe sans avoir eu leur mot à dire. L’analyse de l’Institute for the Study of War, un centre de recherche américain spécialisé dans les conflits, révèle qu’au rythme actuel de progression, la Russie ne parviendrait pas à s’emparer de l’ensemble de la région du Donbass avant août 2027, ce qui explique pourquoi Poutine préfère obtenir par la négociation ce qu’il ne peut pas conquérir par les armes.
La stratégie russe est claire : utiliser la lassitude occidentale et la pression américaine pour obtenir des gains territoriaux massifs sans avoir à payer le prix d’une victoire militaire totale. Poutine a déclaré à plusieurs reprises qu’il préférait résoudre le conflit par la diplomatie, mais il a ajouté que si le pays adverse et ses parrains étrangers refusaient de s’engager dans des discussions substantielles, la Russie obtiendrait la libération de ses terres historiques par des moyens militaires. Cette rhétorique des terres historiques est particulièrement inquiétante pour les pays européens, car elle pourrait s’appliquer à d’autres territoires que Moscou considère comme faisant partie de sa sphère d’influence naturelle. Zelensky a d’ailleurs mis en garde contre cette logique expansionniste, soulignant qu’il existe d’autres pays en Europe que quelqu’un en Russie pourrait un jour qualifier de terres historiques russes, et que l’Europe a besoin d’une protection réelle contre cette folie historique russe.
Le refus catégorique de tout compromis territorial
Lors de son discours annuel des résultats de l’année à Moscou, Poutine a clairement indiqué qu’il ne ferait aucun compromis sur ses exigences territoriales, malgré la pression croissante de Trump pour parvenir à un accord de paix. Dans un discours combatif prononcé alors que les dirigeants américains et européens s’engageaient dans des efforts diplomatiques frénétiques pour obtenir un accord de paix, Poutine s’en est pris aux alliés européens de l’Ukraine et a déclaré que la Russie prendrait les territoires par la force si nécessaire. Le président russe a souligné que la Russie était engagée dans un dialogue avec les États-Unis, mais qu’un engagement significatif avec l’Europe sur la paix était peu probable sous la direction actuelle. Il a ajouté qu’il espérait que la même chose se produirait avec l’Europe, mais que cela était peu probable avec les élites politiques actuelles, et que cela deviendrait inévitable à mesure que la Russie continuerait à se renforcer, si ce n’est pas avec les politiciens actuels, alors lorsque les élites actuelles en Europe changeront.
Cette position intransigeante de Poutine révèle une confiance croissante dans la capacité de la Russie à imposer ses conditions. Moscou observe avec satisfaction les divisions qui se creusent entre Washington et ses alliés européens, et elle compte sur la fatigue de guerre en Occident pour obtenir un accord favorable. Les commentaires de Poutine sur les terres historiques ont particulièrement alarmé les capitales européennes, car ils suggèrent que les ambitions russes ne se limitent pas à l’Ukraine. Les pays baltes, la Pologne et d’autres nations d’Europe de l’Est qui ont fait partie de l’empire russe ou de l’Union soviétique regardent avec inquiétude cette rhétorique expansionniste, craignant d’être les prochaines cibles si l’Occident cède face aux exigences de Moscou en Ukraine. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné l’importance de parvenir à un accord lors d’un discours au Parlement européen, appelant le continent à assumer la responsabilité de sa propre sécurité et à continuer de financer la défense de l’Ukraine contre la Russie.
Poutine joue et il le sait. Il a compris que le temps travaille pour lui, que chaque jour qui passe affaiblit un peu plus la résolution occidentale. Il n’a pas besoin de gagner militairement, il lui suffit de ne pas perdre et d’attendre que l’Occident se lasse. Et ça marche. Ça marche terriblement bien. Je ressens une forme de rage impuissante devant cette mécanique implacable, devant cette capacité qu’a le cynisme à triompher de la justice. Nous avons laissé Poutine comprendre qu’il pouvait tout se permettre, que nos principes n’étaient que des mots creux, que nos lignes rouges n’étaient que des suggestions. Et maintenant, il réclame son dû avec l’arrogance de celui qui sait qu’on finira par céder.
La situation militaire sur le terrain : une lente progression russe
Les objectifs principaux de Moscou dans le Donbass
Depuis le printemps, les troupes russes ont accéléré leurs gains territoriaux, capturant plus de terrain dans l’est de l’Ukraine que depuis les premières phases de l’invasion à grande échelle de Moscou en 2022. Les forces russes se rapprochent des bastions orientaux de Pokrovsk et Kostyantynivka dans la région de Donetsk, capturant méthodiquement les villages proches des deux villes pour tenter de couper les routes d’approvisionnement clés et d’encercler leurs défenseurs, une offensive lente qui se déroule depuis des mois. La capture de ces bastions permettrait à la Russie de pousser vers Sloviansk et Kramatorsk, préparant le terrain pour la prise de l’ensemble de la région de Donetsk. Si les troupes russes s’emparent de ces derniers bastions, cela ouvrirait la voie pour qu’elles avancent vers l’ouest jusqu’à la région de Dnipropetrovsk, dont la capitale régionale Dnipro, un important centre industriel de près d’un million d’habitants, se trouve à environ cent cinquante kilomètres à l’ouest des positions russes.
L’extension des combats à Dnipropetrovsk pourrait gravement affecter le moral ukrainien et donner au Kremlin plus de poids dans toute négociation. Dans la région voisine de Louhansk, les troupes ukrainiennes contrôlent une petite bande de terre, mais Moscou ne semble pas avoir donné la priorité à sa capture. Les deux autres régions annexées par Moscou, Kherson et Zaporizhzhia, semblent loin d’être totalement envahies par la Russie. Au début de la guerre, la Russie a rapidement envahi la région de Kherson mais a été repoussée par les forces ukrainiennes de larges pans de celle-ci en novembre 2022, et s’est retirée sur la rive orientale du fleuve Dnipro. Une nouvelle tentative de traverser le cours d’eau pour s’emparer du reste de la région impliquerait des défis massifs, et Moscou ne semble pas avoir la capacité de monter une telle opération. La capture complète de la région de Zaporizhzhia semble tout aussi difficile, ce qui explique pourquoi la Russie cherche à obtenir par la négociation ce qu’elle ne peut pas conquérir par la force.
La stratégie d’usure et les zones tampons
Les commandants ukrainiens affirment que l’ampleur et le rythme des opérations russes suggèrent que tout gain décisif est hors de portée, les troupes de Moscou progressant lentement à un coût énorme pour ses propres forces. Alors que les forces ukrainiennes épuisées se sentent en infériorité numérique et en armement, elles comptent sur les drones pour contrecarrer l’offensive lente de Moscou. Les mouvements importants de troupes et d’armes sont facilement repérés par des drones si prolifiques que les deux camps les utilisent pour traquer et attaquer même des soldats individuels en quelques minutes. Les commentateurs militaires russes reconnaissent que la maîtrise des drones par l’Ukraine rend peu probables des gains rapides de Moscou. Ils affirment que la Russie vise à saigner l’Ukraine à blanc avec une stratégie de mille coupures, utilisant une pression incessante sur de nombreux secteurs du front et en augmentant régulièrement les attaques aériennes à longue portée contre les infrastructures clés.
L’analyste militaire basé à Moscou Sergei Poletayev a écrit dans une analyse que l’armée russe vise à épuiser l’ennemi à tel point qu’il ne pourra pas tenir la défense, et à faire en sorte que de multiples avancées fusionnent en un ou plusieurs succès à une échelle stratégique qui déterminera l’issue de la guerre. Il n’est pas si important de savoir où et à quelle vitesse avancer, la cible n’est pas la capture de telle ou telle ligne, la cible est l’armée ennemie en tant que telle. Moscou a également tenté d’établir une zone tampon dans la région de Sumy, au nord-est de l’Ukraine, après avoir repris des morceaux de la région russe de Koursk aux troupes ukrainiennes qui avaient lancé une incursion surprise en août 2024. L’Ukraine affirme que ses forces ont stoppé l’offensive russe et maintiennent une présence à la périphérie de la région de Koursk, où elles immobilisent encore jusqu’à dix mille soldats russes. Poutine a récemment décrit l’offensive dans la région de Sumy comme faisant partie des efforts visant à créer une zone tampon pour protéger le territoire russe des attaques ukrainiennes.
Cette guerre d’usure est une horreur silencieuse. Pas de grandes batailles spectaculaires, pas de percées décisives, juste une lente hémorragie qui vide l’Ukraine de ses forces vives. Chaque jour, des hommes meurent pour quelques mètres de terrain dévasté, pour des villages en ruines qui n’ont plus de nom. Et pendant ce temps, les diplomates négocient comme si ces vies n’avaient aucune valeur, comme si on pouvait simplement tracer une ligne sur une carte et décider du sort de millions de personnes. Il y a quelque chose d’obscène dans cette disproportion entre la réalité du front et l’abstraction des négociations. Les soldats ukrainiens se battent avec des munitions rationnées pendant que Trump fixe des ultimatums arbitraires. Le cynisme a atteint des sommets vertigineux.
Le plan de paix américain : une capitulation déguisée
Les vingt-huit points de la discorde
Le plan de paix américain, élaboré dans la précipitation et révélé à la presse en milieu de semaine, a provoqué un choc dans les capitales européennes. Ce document de vingt-huit points exige des concessions extrêmement douloureuses, voire inacceptables, de la part de l’Ukraine, à commencer par l’abandon de territoires supplémentaires qui ne portent aucune justification compte tenu de la situation militaire actuelle. Les forces ukrainiennes devraient se retirer des zones qu’elles contrôlent encore dans la région de Donetsk, laissant une zone tampon démilitarisée qui tomberait, en fait, sous contrôle russe. Les régions de Kherson et Zaporizhzhia seraient divisées le long des lignes de conflit actuelles. Une amnistie générale serait envisagée pour les deux parties, empêchant les civils ukrainiens victimes de viols, de tortures ou d’enlèvements de demander justice. Ce plan a été développé dans le dos des dirigeants européens, qui découvrent avec stupeur qu’ils ont été mis devant le fait accompli.
Les garanties de sécurité proposées à l’Ukraine en échange de ces concessions territoriales massives restent floues et peu contraignantes. Washington promet un soutien de type Article 5 de l’OTAN, mais sans l’engagement formel d’une intervention militaire automatique en cas d’agression russe. Cette formulation ambiguë laisse l’Ukraine dans une position extrêmement vulnérable, car elle devrait renoncer à des territoires et à sa souveraineté sans obtenir en retour des garanties solides de protection. Les pays européens, conscients de cette faiblesse, tentent de proposer des contre-propositions qui offriraient des garanties de sécurité plus robustes, mais ils se heurtent à l’impatience de l’administration Trump qui veut conclure rapidement un accord, quel qu’en soit le prix pour l’Ukraine. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré lors d’une conférence de presse de fin d’année que Washington ne cherchait pas à imposer un accord à l’une ou l’autre partie, mais qu’il essayait de déterminer ce avec quoi l’Ukraine peut vivre et ce avec quoi la Russie peut vivre, et de voir s’ils peuvent les rapprocher vers une sorte d’accord.
Les réactions européennes face au fait accompli
Les pays du groupe E3, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, sont entrés en mode gestion de crise depuis la fuite du plan américain dans la presse. Ils se sont réunis les 22 et 23 novembre en Afrique du Sud lors d’un sommet du G20 auquel les États-Unis ne participaient pas, pour tenter de coordonner une réponse commune. Ces trois puissances européennes sont confrontées à un dilemme cornélien : soutenir l’Ukraine dans son refus des conditions américaines au risque de provoquer la colère de Washington, ou accepter un accord inéquitable qui établirait un précédent dangereux pour l’ordre de sécurité européen. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné l’importance de parvenir à un accord lors d’un discours au Parlement européen, appelant le continent à assumer la responsabilité de sa propre sécurité et à continuer de financer la défense de l’Ukraine contre la Russie. Il n’y a pas d’acte de défense européenne plus important que de soutenir la défense de l’Ukraine, a-t-elle déclaré, ajoutant que les prochains jours seraient une étape cruciale pour garantir cela.
Deux propositions européennes sont en discussion pour financer l’Ukraine : l’une basée sur l’utilisation des avoirs russes gelés, l’autre basée sur l’emprunt. Le sommet de Bruxelles de cette semaine sera déterminant pour l’avenir du soutien européen à l’Ukraine, mais les divisions entre les États membres compliquent la recherche d’un consensus. Certains pays, notamment en Europe de l’Est, plaident pour un soutien militaire et financier massif à l’Ukraine, tandis que d’autres, plus préoccupés par leurs propres contraintes budgétaires, hésitent à s’engager davantage. Cette cacophonie européenne contraste avec la détermination apparente de l’administration Trump à conclure rapidement un accord, même si cela signifie sacrifier les intérêts ukrainiens et européens. Les négociateurs ukrainiens, menés par Rustem Umerov, ont multiplié les rencontres avec les responsables américains et européens pour tenter de sauver ce qui peut l’être, mais ils se heurtent à un mur d’indifférence et de calculs cyniques qui ne laisse guère d’espoir.
L’Europe découvre brutalement qu’elle n’a plus son mot à dire. Pendant des décennies, elle s’est reposée sur le parapluie américain, déléguant sa sécurité à Washington tout en se gargarisant de ses valeurs. Aujourd’hui, elle paie le prix de cette dépendance. Trump négocie avec Poutine comme si l’Europe n’existait pas, comme si les principes qui fondent l’ordre européen depuis 1945 n’avaient aucune importance. Et que fait l’Europe ? Elle se réunit, elle discute, elle cherche des compromis. Mais au fond, elle sait qu’elle est impuissante. Cette impuissance est douloureuse à observer, presque humiliante. Comment en sommes-nous arrivés à ce point de faiblesse ? Comment avons-nous pu laisser notre destin entre les mains d’un président américain qui se moque éperdument de nos intérêts ?
L'aide militaire occidentale : entre promesses et réalité
Les retards américains et leurs conséquences
Les troupes ukrainiennes sur le front expriment leur exaspération et leur colère face aux retards et aux incertitudes concernant les livraisons d’armes américaines. Ces délais dans l’aide militaire américaine ont forcé les troupes de Kiev à rationner les munitions et à réduire leurs opérations alors que la Russie intensifie ses attaques. Des soldats ukrainiens dans l’est du pays ont confié à l’Associated Press que ces retards les plaçaient dans une position extrêmement vulnérable face à une armée russe qui ne manque ni de munitions ni d’équipement. Les États-Unis vendront des armes à leurs alliés de l’OTAN en Europe afin qu’ils puissent les fournir à l’Ukraine, selon Trump et le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Parmi ces armes figurent des systèmes de défense aérienne Patriot, une priorité absolue pour l’Ukraine qui subit des bombardements massifs et quotidiens de la part de la Russie.
L’accélération des livraisons d’armes par les alliés européens est cruciale pour permettre à l’Ukraine d’endiguer les attaques russes, selon les analystes. Le rythme de l’avancée russe s’accélère, et l’offensive estivale de la Russie est susceptible de mettre les forces armées de l’Ukraine sous une pression intense, a déclaré Jack Watling du Royal United Services Institute à Londres dans un commentaire. Mais la plupart des capacités dont l’Ukraine a besoin, des drones aux systèmes d’artillerie, peuvent être fournies par les alliés de l’OTAN en Europe, a-t-il ajouté. À court terme, l’Europe peut couvrir la plupart des besoins de l’Ukraine tant qu’elle peut acheter certains types d’armes critiques aux États-Unis. Cette dépendance vis-à-vis des livraisons américaines place néanmoins l’Ukraine dans une position de vulnérabilité extrême, car Trump peut à tout moment décider de couper ou de réduire l’aide militaire pour forcer Kiev à accepter ses conditions.
La capacité européenne à prendre le relais
L’Europe se trouve face à un défi majeur : peut-elle compenser la réduction de l’aide américaine et fournir à l’Ukraine les moyens de continuer à se défendre ? La réponse est complexe. D’un côté, l’industrie de défense européenne a considérablement augmenté sa production depuis le début de la guerre, et plusieurs pays ont annoncé des plans ambitieux pour renforcer leurs capacités militaires. De l’autre, les délais de production restent longs, les stocks sont limités, et la coordination entre les différents pays européens laisse souvent à désirer. L’Union européenne a approuvé un prêt de cent cinq milliards de dollars pour soutenir la défense de l’Ukraine contre la Russie, une somme considérable qui témoigne de l’engagement européen. Mais ce financement ne résout pas le problème de la disponibilité immédiate des armes et des munitions dont l’Ukraine a besoin pour faire face à l’offensive russe.
Les pays européens sont également confrontés à leurs propres contraintes budgétaires et politiques. Plusieurs gouvernements font face à une opposition croissante de leur opinion publique concernant le soutien à l’Ukraine, et les prochaines élections dans plusieurs pays clés pourraient modifier l’équilibre politique en faveur de partis plus réticents à s’engager militairement et financièrement. Cette incertitude politique complique la planification à long terme du soutien européen à l’Ukraine. Par ailleurs, l’Europe doit également penser à sa propre sécurité et reconstituer ses stocks militaires qui ont été largement entamés par les livraisons à l’Ukraine. Cette double contrainte, soutenir l’Ukraine tout en se réarmer, représente un défi financier et industriel considérable pour des pays qui ont largement négligé leurs dépenses de défense pendant des décennies. La question n’est donc pas seulement de savoir si l’Europe peut prendre le relais des États-Unis, mais si elle en a la volonté politique et la capacité industrielle sur le long terme.
L’Europe se réveille enfin, mais est-ce trop tard ? Pendant des années, nous avons cru que la paix était acquise, que les guerres appartenaient au passé, que nous pouvions nous permettre de démanteler nos armées et de réduire nos budgets de défense. L’Ukraine paie aujourd’hui le prix de notre naïveté. Nous lui avons promis notre soutien, mais nous découvrons que nos promesses dépassent largement nos capacités. Il y a quelque chose de pathétique dans cette prise de conscience tardive, dans cette course désespérée pour rattraper le temps perdu. Les soldats ukrainiens meurent pendant que nous essayons de relancer nos usines d’armement. Cette disproportion entre l’urgence de la situation et la lenteur de notre réponse est insupportable.
Les enjeux territoriaux : une question de survie nationale
Les régions sous occupation et leurs populations
Les territoires que la Russie exige de l’Ukraine représentent environ vingt pour cent du pays et abritent des millions de citoyens ukrainiens qui se retrouveraient sous occupation russe sans avoir eu leur mot à dire. Ces régions ne sont pas de simples lignes sur une carte, ce sont des communautés vivantes avec leur histoire, leur culture et leurs aspirations. La région de Donetsk, cœur industriel de l’Ukraine, compte des villes comme Marioupol qui ont été littéralement rasées par les bombardements russes. La Crimée, annexée en 2014, a vu sa population tatare, historiquement opposée à la domination russe, subir une répression systématique. Les régions de Kherson et Zaporizhzhia, partiellement occupées, sont le théâtre de violations massives des droits humains, avec des enlèvements, des tortures et des exécutions sommaires documentés par de nombreuses organisations internationales. Accepter les exigences russes reviendrait à abandonner ces populations à un sort terrible et à légitimer les conquêtes territoriales obtenues par la force.
La question de l’amnistie générale proposée dans le plan américain est particulièrement choquante. Elle signifierait que les soldats russes responsables de crimes de guerre, les collaborateurs qui ont participé à la répression des populations ukrainiennes, et les responsables politiques qui ont organisé les déportations forcées ne seraient jamais jugés. Les victimes de viols, de tortures et d’enlèvements se verraient refuser toute forme de justice, au nom d’un compromis politique qui privilégie la stabilité à court terme sur la justice et la réconciliation à long terme. Cette proposition viole les principes fondamentaux du droit international et envoie un message désastreux : les crimes de guerre peuvent rester impunis si cela arrange les grandes puissances. Les organisations de défense des droits humains ont vivement critiqué cette disposition, soulignant qu’elle créerait un précédent dangereux et encouragerait d’autres agresseurs à commettre des atrocités en sachant qu’ils pourraient bénéficier d’une amnistie dans le cadre d’un accord de paix.
La Constitution ukrainienne et l’impossibilité juridique
La Constitution ukrainienne interdit formellement toute cession de territoire, ce qui place le président Zelensky dans une position juridiquement intenable. L’article 17 de la Constitution stipule que la protection de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine est la fonction la plus importante de l’État et l’affaire de tout le peuple ukrainien. Toute modification des frontières ne peut être effectuée que par référendum national, une procédure impossible à organiser dans le contexte actuel de guerre. Accepter les exigences américaines et russes reviendrait donc pour Zelensky à violer la loi fondamentale de son pays, ce qui pourrait entraîner sa destitution et plonger l’Ukraine dans une crise politique majeure. Cette contrainte juridique n’est pas un simple détail technique, elle reflète un consensus national profond sur l’inacceptabilité de toute cession territoriale. Les sondages d’opinion montrent que la grande majorité des Ukrainiens rejettent catégoriquement l’idée d’abandonner des territoires à la Russie, même en échange de la paix.
Cette position de principe se heurte néanmoins à la réalité militaire et diplomatique. L’Ukraine ne peut pas continuer à se battre indéfiniment sans le soutien occidental, et ce soutien est de plus en plus conditionné à l’acceptation de compromis territoriaux. Zelensky se trouve donc pris dans un dilemme impossible : respecter la Constitution et les aspirations de son peuple au risque de perdre le soutien américain, ou accepter un accord qui violerait la loi fondamentale du pays et trahirait les millions d’Ukrainiens qui ont résisté à l’agression russe. Certains juristes ukrainiens explorent des solutions créatives, comme l’idée d’un gel temporaire du conflit sans reconnaissance formelle des annexions russes, mais ces subtilités juridiques ne changent rien à la réalité sur le terrain : les territoires occupés resteraient sous contrôle russe, et les populations qui y vivent continueraient à subir la répression. La question n’est donc pas seulement juridique ou politique, elle est profondément morale et touche à l’identité même de l’Ukraine en tant que nation souveraine.
Comment peut-on demander à un peuple d’accepter l’inacceptable ? Comment peut-on exiger d’un président qu’il trahisse sa Constitution et abandonne des millions de ses concitoyens ? Il y a quelque chose de monstrueux dans cette pression exercée sur l’Ukraine, quelque chose qui révèle le vide moral de notre époque. Nous parlons de territoires comme s’il s’agissait de marchandises qu’on peut échanger, nous discutons de populations comme s’il s’agissait de pions sur un échiquier. Mais derrière ces abstractions se cachent des vies réelles, des familles déchirées, des communautés détruites. L’Ukraine n’est pas un concept géopolitique, c’est un pays vivant dont le peuple a choisi la liberté. Lui demander de renoncer à cette liberté pour satisfaire les calculs cyniques de Washington et de Moscou, c’est lui demander de renoncer à son âme.
Les précédents historiques et leurs leçons
Munich 1938 : quand l’apaisement mène à la catastrophe
L’histoire nous enseigne que céder face à un agresseur ne garantit jamais la paix, mais encourage au contraire de nouvelles agressions. L’exemple le plus célèbre est celui des accords de Munich en 1938, lorsque la France et le Royaume-Uni ont accepté l’annexion des Sudètes par l’Allemagne nazie dans l’espoir d’éviter la guerre. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain était revenu de Munich en proclamant qu’il avait obtenu la paix pour notre époque, mais cette paix n’a duré que quelques mois avant que Hitler n’envahisse le reste de la Tchécoslovaquie, puis la Pologne, déclenchant la Seconde Guerre mondiale. Les accords de Munich sont devenus le symbole de l’échec de la politique d’apaisement et de la naïveté de ceux qui croient pouvoir satisfaire les appétits d’un dictateur en lui cédant des territoires. Cette leçon historique semble avoir été oubliée par ceux qui poussent aujourd’hui l’Ukraine à accepter les exigences russes au nom d’un réalisme qui n’est en fait qu’un cynisme déguisé.
Les parallèles entre la situation actuelle et celle de 1938 sont frappants. Comme Hitler à l’époque, Poutine justifie ses agressions par la nécessité de protéger des populations russophones et de récupérer des terres historiques. Comme les démocraties occidentales en 1938, les États-Unis et l’Europe d’aujourd’hui sont tentés de sacrifier un petit pays pour éviter un conflit plus large. Comme Chamberlain, Trump semble croire qu’un accord avec Poutine garantira la paix et la stabilité. Mais l’histoire nous montre que cette logique est profondément erronée. Céder face à l’agression ne fait qu’encourager l’agresseur à aller plus loin. Si l’Occident accepte que la Russie conserve les territoires ukrainiens qu’elle a conquis par la force, quel message cela envoie-t-il aux autres dictateurs du monde ? Que la force prime sur le droit, que les frontières peuvent être modifiées par la violence, que les engagements internationaux ne valent rien. Ce précédent serait catastrophique pour l’ordre international et ouvrirait la voie à de nouvelles guerres d’agression.
Les autres conflits gelés et leurs conséquences
L’espace post-soviétique est parsemé de conflits gelés qui illustrent les dangers d’un accord de paix bancal qui ne résout pas les causes profondes du conflit. La Transnistrie en Moldavie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud en Géorgie, le Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, tous ces territoires sont le résultat de guerres qui se sont terminées par des cessez-le-feu fragiles sans véritable résolution politique. Ces conflits gelés créent des zones grises où règnent l’instabilité, la criminalité organisée et la corruption, et où les populations vivent dans un état permanent d’incertitude et de précarité. Ils servent également de leviers d’influence pour la Russie, qui maintient une présence militaire dans ces régions et les utilise pour exercer une pression sur les gouvernements des pays concernés. Un accord de paix en Ukraine qui laisserait des territoires sous contrôle russe sans résolution définitive du statut de ces régions créerait un nouveau conflit gelé, avec toutes les conséquences négatives que cela implique.
L’expérience de ces conflits gelés montre également que les cessez-le-feu ne sont jamais définitifs et peuvent être rompus à tout moment. Le conflit du Haut-Karabakh, gelé depuis 1994, a repris en 2020 avec une violence extrême, faisant des milliers de morts et provoquant le déplacement de dizaines de milliers de personnes. La guerre en Géorgie en 2008 a montré que la Russie n’hésite pas à utiliser la force pour modifier les lignes de cessez-le-feu en sa faveur. Ces exemples devraient servir d’avertissement à ceux qui croient qu’un accord de paix rapide en Ukraine, même imparfait, serait préférable à la poursuite du conflit. Un mauvais accord de paix peut être pire que pas d’accord du tout, car il crée une illusion de stabilité tout en laissant les causes du conflit non résolues. L’Ukraine risque de se retrouver dans une situation où elle aurait perdu des territoires sans obtenir de véritables garanties de sécurité, exposée à de futures agressions russes sans avoir les moyens de se défendre efficacement.
L’histoire se répète et nous refusons de voir. Nous commettons les mêmes erreurs, nous tombons dans les mêmes pièges, nous cédons aux mêmes illusions. Munich nous a appris que l’apaisement ne fonctionne pas, que céder face à un dictateur ne fait que repousser le problème et le rendre plus grave. Mais nous avons oublié cette leçon, ou plutôt nous faisons semblant de l’avoir oubliée parce qu’elle nous arrange. Il est plus confortable de croire qu’un accord, même mauvais, vaut mieux que la guerre. Mais cette croyance est un mensonge que nous nous racontons pour éviter d’assumer nos responsabilités. La vérité, c’est que nous sommes en train de préparer les conditions d’un conflit futur encore plus terrible, et que nous le savons.
Les divisions au sein de l'OTAN et leurs implications
Le fossé transatlantique qui se creuse
L’ultimatum de Trump à l’Ukraine a révélé au grand jour les divisions profondes qui traversent l’Alliance atlantique. D’un côté, les États-Unis semblent déterminés à se désengager du conflit ukrainien et à forcer un accord rapide, quelles qu’en soient les conséquences pour la sécurité européenne. De l’autre, les pays européens, en particulier ceux d’Europe de l’Est, considèrent le soutien à l’Ukraine comme une question existentielle pour leur propre sécurité. Cette divergence de vues n’est pas nouvelle, mais elle atteint aujourd’hui un niveau sans précédent depuis la fin de la Guerre froide. Les pays baltes, la Pologne, la République tchèque et d’autres nations qui ont vécu sous domination soviétique comprennent mieux que quiconque la menace que représente la Russie de Poutine. Pour eux, abandonner l’Ukraine reviendrait à envoyer un signal catastrophique à Moscou et à mettre en danger leur propre sécurité. Ils plaident pour un soutien militaire et financier massif à l’Ukraine et pour des garanties de sécurité robustes qui dissuaderaient toute future agression russe.
Les pays d’Europe occidentale, en revanche, sont plus divisés. L’Allemagne, longtemps réticente à fournir des armes offensives à l’Ukraine, a finalement franchi le pas mais reste prudente dans son engagement. La France cherche à jouer un rôle de médiateur tout en maintenant un dialogue avec Moscou, une position qui irrite les pays d’Europe de l’Est. Le Royaume-Uni, sorti de l’Union européenne, a adopté une ligne plus ferme de soutien à l’Ukraine, mais son influence au sein de l’OTAN est limitée par sa position géographique et ses propres contraintes budgétaires. Cette cacophonie européenne contraste avec l’apparente détermination de l’administration Trump, qui semble avoir décidé que le conflit ukrainien n’était plus une priorité pour les États-Unis. Le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte tente de maintenir l’unité de l’Alliance, mais sa tâche est rendue extrêmement difficile par les divergences croissantes entre les membres sur la question ukrainienne. Cette crise pourrait marquer un tournant dans l’histoire de l’OTAN et remettre en question la pertinence de l’Alliance dans un monde où les États-Unis ne sont plus disposés à assumer leur rôle traditionnel de garant de la sécurité européenne.
La question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN
L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a longtemps été une ligne rouge pour la Russie et l’un des prétextes invoqués par Poutine pour justifier son invasion. Zelensky a récemment indiqué qu’il était prêt à abandonner cette ambition en échange de garanties de sécurité occidentales solides, une concession majeure qui témoigne du désespoir de Kiev. Mais cette offre soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Quelles garanties de sécurité l’Occident est-il prêt à offrir à l’Ukraine si elle renonce à rejoindre l’OTAN ? Un engagement de type Article 5, comme le propose le plan américain, sans l’adhésion formelle à l’Alliance, aurait-il une quelconque crédibilité ? Les pays européens seraient-ils prêts à défendre militairement l’Ukraine en cas de nouvelle agression russe, alors même qu’ils hésitent à le faire aujourd’hui ? Ces questions restent sans réponse claire, et cette ambiguïté est extrêmement dangereuse pour l’Ukraine qui risque de se retrouver dans une zone grise, ni membre de l’OTAN ni véritablement protégée par l’Occident.
Par ailleurs, l’abandon de l’ambition ukrainienne de rejoindre l’OTAN enverrait un signal terrible aux autres pays qui aspirent à l’adhésion, notamment la Géorgie et la Moldavie. Cela signifierait que la Russie a un droit de veto sur l’élargissement de l’Alliance et que les pays de son voisinage doivent renoncer à leurs aspirations euro-atlantiques pour ne pas provoquer Moscou. Ce précédent serait catastrophique pour la crédibilité de l’OTAN et pour la politique de la porte ouverte qui a guidé l’élargissement de l’Alliance depuis la fin de la Guerre froide. Il renforcerait également la perception que l’Occident est faible et divisé, incapable de défendre ses valeurs et ses intérêts face à une Russie déterminée et agressive. La question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN n’est donc pas seulement une question technique ou diplomatique, c’est une question qui touche au cœur de l’identité et de la raison d’être de l’Alliance atlantique. La manière dont cette question sera résolue déterminera l’avenir de la sécurité européenne pour les décennies à venir.
L’OTAN est en crise et personne ne veut l’admettre. Pendant des décennies, l’Alliance a été le pilier de la sécurité européenne, le symbole de l’unité transatlantique face aux menaces extérieures. Aujourd’hui, cette unité vole en éclats sous nos yeux. Les États-Unis ne veulent plus jouer le rôle de gendarme du monde, l’Europe n’a pas les moyens d’assumer seule sa défense, et l’Ukraine paie le prix de cette impuissance collective. Il y a quelque chose de tragique dans cette déliquescence, dans cette incapacité à maintenir les structures qui ont garanti la paix en Europe pendant près de quatre-vingts ans. Nous assistons peut-être à la fin d’une époque, à la dissolution progressive de l’ordre qui a émergé des cendres de la Seconde Guerre mondiale. Et nous ne savons pas ce qui viendra après.
Les conséquences économiques d'un accord de paix bancal
La reconstruction de l’Ukraine et son financement
La reconstruction de l’Ukraine après trois ans de guerre dévastatrice représente un défi économique colossal. Les estimations varient, mais la plupart des experts s’accordent sur un montant de plusieurs centaines de milliards de dollars nécessaires pour reconstruire les infrastructures détruites, les logements, les écoles, les hôpitaux et les usines. Le plan américain mentionne un programme de reconstruction, mais les détails restent extrêmement vagues et les engagements financiers concrets sont absents. L’Union européenne a approuvé un prêt de cent cinq milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine, mais cette somme, aussi importante soit-elle, ne suffira pas à couvrir l’ensemble des besoins. La question du financement de la reconstruction est d’autant plus complexe que les investisseurs privés hésiteront à s’engager dans un pays dont la sécurité n’est pas garantie et dont une partie du territoire reste sous occupation russe. Un accord de paix qui ne résoudrait pas définitivement la question territoriale et qui ne fournirait pas de garanties de sécurité solides rendrait la reconstruction extrêmement difficile et coûteuse.
Par ailleurs, la question de l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine fait l’objet de débats intenses. L’Occident a gelé environ trois cents milliards de dollars d’avoirs de la Banque centrale russe après l’invasion de l’Ukraine, et l’idée d’utiliser ces fonds pour financer la reconstruction semble logique et juste. Mais cette décision soulève des questions juridiques complexes et pourrait créer un précédent dangereux pour le système financier international. Certains pays craignent que la confiscation des avoirs russes n’incite d’autres nations à retirer leurs réserves des banques occidentales, affaiblissant ainsi le système financier international. D’autres s’inquiètent des représailles russes, qui pourraient inclure la confiscation d’avoirs occidentaux en Russie ou d’autres mesures de rétorsion économique. Ces considérations expliquent pourquoi l’Europe hésite à franchir le pas, préférant explorer des solutions alternatives comme l’utilisation des intérêts générés par les avoirs gelés plutôt que les avoirs eux-mêmes. Mais ces demi-mesures ne suffiront pas à financer la reconstruction massive dont l’Ukraine a besoin.
Les sanctions contre la Russie et leur efficacité
Les sanctions économiques imposées à la Russie depuis le début de la guerre ont eu un impact significatif sur l’économie russe, mais elles n’ont pas réussi à modifier le comportement de Moscou ni à forcer Poutine à mettre fin à la guerre. L’économie russe s’est adaptée aux sanctions en réorientant ses exportations vers l’Asie, en développant des circuits de contournement pour les produits interdits, et en renforçant son autosuffisance dans certains secteurs clés. La menace de Trump d’imposer des tarifs douaniers supplémentaires sur les exportations énergétiques russes si aucun accord n’est conclu dans les cinquante jours semble peu crédible, car elle affecterait également les alliés européens qui dépendent encore partiellement du gaz et du pétrole russes. Par ailleurs, la Russie a développé des mécanismes de paiement alternatifs qui lui permettent de contourner les sanctions financières occidentales, notamment en utilisant le yuan chinois pour ses transactions commerciales. Cette résilience de l’économie russe face aux sanctions montre les limites de cet instrument de politique étrangère et souligne la nécessité d’une approche plus globale pour contraindre Moscou à changer de comportement.
L’efficacité des sanctions dépend également de leur application stricte et coordonnée par l’ensemble des pays occidentaux. Or, des failles importantes existent dans le régime de sanctions, avec certains pays qui continuent à commercer avec la Russie malgré les interdictions, et des entreprises qui trouvent des moyens de contourner les restrictions. La Turquie, les Émirats arabes unis et d’autres pays servent de plateformes de réexportation pour les produits occidentaux vers la Russie, affaiblissant ainsi l’impact des sanctions. De plus, la Chine et l’Inde ont considérablement augmenté leurs importations de pétrole russe, compensant largement la réduction des exportations vers l’Europe. Cette situation montre que les sanctions ne peuvent être efficaces que si elles sont véritablement globales et si les principales économies mondiales acceptent de payer le prix économique de leur application stricte. Dans le contexte actuel, où les États-Unis semblent vouloir se désengager du conflit ukrainien et où l’Europe peine à maintenir l’unité sur la question des sanctions, l’efficacité de cet instrument risque de continuer à diminuer, affaiblissant encore davantage la position de l’Ukraine dans les négociations.
L’argent, toujours l’argent. Au final, tout se résume à des calculs économiques, à des questions de coûts et de bénéfices. Combien coûte la guerre ? Combien coûtera la reconstruction ? Qui va payer ? Ces questions sont légitimes, bien sûr, mais elles occultent l’essentiel : le prix de la liberté, le coût de la dignité, la valeur d’une vie humaine. Nous avons transformé la tragédie ukrainienne en une équation comptable, en un problème de financement à résoudre. Et pendant que nous discutons de milliards et de sanctions, des gens meurent, des villes sont détruites, des familles sont brisées. Cette réduction de tout à l’économique est peut-être le symptôme le plus inquiétant de notre époque : nous avons perdu la capacité de penser en termes de valeurs, de principes, de justice. Tout n’est plus qu’une question d’argent.
Les répercussions géopolitiques mondiales
Le message envoyé à la Chine et à Taïwan
L’abandon de l’Ukraine par les États-Unis enverrait un signal catastrophique à la Chine concernant Taïwan. Si Washington accepte que la Russie conserve les territoires ukrainiens conquis par la force et qu’elle force Kiev à accepter un accord défavorable, Pékin en conclura que les États-Unis ne sont pas prêts à défendre leurs alliés face à une agression militaire. Cette perception pourrait encourager la Chine à accélérer ses plans concernant Taïwan, estimant que le moment est venu de réunifier l’île avec le continent par la force si nécessaire. Les dirigeants taïwanais observent avec une inquiétude croissante l’évolution de la situation en Ukraine, conscients que leur propre sécurité dépend en grande partie de la crédibilité des engagements américains. Si les États-Unis abandonnent l’Ukraine, pourquoi Taïwan devrait-elle croire qu’elle sera défendue en cas d’attaque chinoise ? Cette question hante les capitales asiatiques et pourrait déclencher une course aux armements dans la région, avec des pays comme le Japon et la Corée du Sud qui pourraient décider de développer leurs propres capacités de dissuasion, y compris nucléaires, s’ils ne peuvent plus compter sur la protection américaine.
Par ailleurs, la manière dont l’Occident gère la crise ukrainienne influence directement la perception de sa détermination à défendre l’ordre international fondé sur des règles. La Chine observe attentivement les réactions occidentales et en tire des conclusions sur la volonté et la capacité de l’Occident à s’opposer à ses propres ambitions régionales. Si l’Occident cède face à la Russie en Ukraine, Pékin en déduira qu’il cédera également face à la Chine en Asie. Cette dynamique pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la stabilité régionale et mondiale. Les pays d’Asie du Sud-Est, qui naviguent déjà difficilement entre les États-Unis et la Chine, pourraient décider de se rapprocher davantage de Pékin s’ils estiment que Washington n’est plus un partenaire fiable. Cette réorientation géopolitique affaiblirait considérablement la position américaine dans la région et renforcerait l’influence chinoise, modifiant profondément l’équilibre des puissances en Asie et dans le monde. L’Ukraine n’est donc pas seulement une question européenne, c’est un test de la crédibilité américaine et de la solidité de l’ordre international que les États-Unis ont contribué à construire après la Seconde Guerre mondiale.
L’impact sur les autres conflits régionaux
Un accord de paix qui légitimerait les conquêtes territoriales russes en Ukraine créerait un précédent extrêmement dangereux pour d’autres conflits régionaux à travers le monde. Les dirigeants autoritaires en observeraient les leçons et pourraient être tentés d’utiliser la force pour modifier les frontières en leur faveur, estimant que la communauté internationale finira par accepter le fait accompli. L’Azerbaïdjan pourrait être encouragé à lancer une nouvelle offensive contre l’Arménie pour s’emparer de territoires supplémentaires. La Turquie pourrait intensifier ses opérations militaires en Syrie et en Irak. Le Maroc pourrait durcir sa position sur le Sahara occidental. Tous ces conflits gelés ou latents pourraient se réveiller si l’Occident accepte le principe que la force peut modifier les frontières internationalement reconnues. Cette perspective est d’autant plus inquiétante que de nombreuses régions du monde sont traversées par des tensions territoriales qui pourraient dégénérer en conflits ouverts si les normes internationales continuent à s’affaiblir.
L’impact d’un mauvais accord de paix en Ukraine se ferait également sentir au Moyen-Orient, où plusieurs acteurs régionaux observent attentivement l’évolution de la situation. L’Iran pourrait être encouragé à poursuivre son programme nucléaire et à renforcer son influence régionale si elle constate que l’Occident est divisé et incapable de maintenir ses positions. Israël pourrait décider de prendre des mesures unilatérales plus agressives, estimant qu’il ne peut plus compter sur le soutien américain. Les monarchies du Golfe pourraient accélérer leur rapprochement avec la Chine et la Russie, cherchant à diversifier leurs partenariats stratégiques face à un Occident perçu comme affaibli et peu fiable. Cette recomposition géopolitique mondiale aurait des conséquences profondes et durables sur l’équilibre des puissances et sur la capacité de la communauté internationale à gérer les crises et à maintenir la paix. L’Ukraine est donc bien plus qu’un conflit régional, c’est un moment charnière qui déterminera l’avenir de l’ordre international et la capacité des démocraties à défendre leurs valeurs et leurs intérêts face aux régimes autoritaires.
Le monde nous regarde et nous juge. Chaque décision que nous prenons, chaque compromis que nous acceptons, chaque principe que nous trahissons envoie un message à tous ceux qui observent. Et ce message est clair : l’Occident est faible, divisé, incapable de défendre ses valeurs. Les dictateurs du monde entier prennent note et ajustent leurs plans en conséquence. Nous sommes en train de créer les conditions d’un monde plus dangereux, plus instable, plus violent. Et nous le faisons au nom du réalisme, de la prudence, de la responsabilité. Mais ce réalisme n’est qu’un autre nom pour la lâcheté, cette prudence n’est que de la pusillanimité, et cette responsabilité n’est que l’abandon de nos responsabilités véritables. L’histoire nous jugera sévèrement pour ce que nous sommes en train de faire.
Conclusion : l'heure des choix impossibles
Un avenir incertain pour l’Ukraine et l’Europe
L’ultimatum de Trump place l’Ukraine devant un choix impossible : accepter un accord qui reviendrait à une capitulation déguisée, ou refuser et risquer de perdre le soutien américain au moment où elle en a le plus besoin. Quel que soit le choix de Kiev, les conséquences seront dramatiques. Si l’Ukraine accepte les conditions imposées, elle perdra une partie importante de son territoire, abandonnera des millions de ses citoyens à l’occupation russe, et renoncera à obtenir justice pour les crimes de guerre commis par les forces russes. Mais elle obtiendra peut-être un répit temporaire et des garanties de sécurité qui, aussi faibles soient-elles, pourraient dissuader une nouvelle agression russe à court terme. Si l’Ukraine refuse, elle devra continuer à se battre avec des ressources diminuées, face à une Russie qui ne montre aucun signe de faiblesse et qui pourrait intensifier encore ses attaques. Dans les deux cas, l’avenir de l’Ukraine reste extrêmement incertain, et le pays devra naviguer dans un environnement géopolitique hostile avec des moyens limités et des alliés peu fiables.
Pour l’Europe, les conséquences d’un mauvais accord de paix en Ukraine seraient également dramatiques. Le continent se retrouverait face à une Russie renforcée et encouragée dans ses ambitions expansionnistes, avec une frontière instable et des conflits gelés qui pourraient se réveiller à tout moment. L’ordre de sécurité européen, déjà fragilisé par la guerre en Ukraine, serait définitivement brisé, et l’Europe devrait repenser entièrement sa stratégie de défense et de sécurité. Cette remise en question est nécessaire et urgente, mais elle intervient dans un contexte politique et économique difficile, avec des opinions publiques fatiguées par la crise et des gouvernements confrontés à de multiples défis intérieurs. La capacité de l’Europe à se réinventer et à assumer sa propre sécurité déterminera son avenir en tant qu’acteur géopolitique majeur. Si elle échoue, elle risque de devenir un simple terrain de jeu pour les grandes puissances, incapable de défendre ses intérêts et ses valeurs. Si elle réussit, elle pourrait émerger de cette crise plus forte et plus unie, capable de jouer un rôle de premier plan dans la construction d’un nouvel ordre international plus juste et plus stable.
Le prix de la lâcheté et le coût du courage
L’histoire nous enseigne que la lâcheté a toujours un prix, et que ce prix est généralement beaucoup plus élevé que le coût du courage. Céder face à l’agression russe en Ukraine ne garantira pas la paix, mais encouragera au contraire de nouvelles agressions, en Ukraine même et dans d’autres régions du monde. Le réalisme qui consiste à accepter un mauvais accord pour éviter la poursuite du conflit n’est en réalité qu’un calcul à court terme qui ignore les conséquences à long terme. Un accord qui légitimerait les conquêtes territoriales russes et qui abandonnerait l’Ukraine à son sort créerait un précédent catastrophique et affaiblirait durablement la crédibilité de l’Occident. Le courage, au contraire, consisterait à maintenir le soutien à l’Ukraine jusqu’à ce qu’un accord juste et durable puisse être conclu, un accord qui respecterait la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine et qui fournirait des garanties de sécurité solides pour prévenir de futures agressions. Ce courage a un coût, financier et politique, mais c’est un investissement nécessaire pour la sécurité et la stabilité à long terme.
Le moment est venu pour l’Occident de choisir entre ses valeurs et ses intérêts à court terme, entre le courage de défendre ce qui est juste et la facilité de céder face à la force. Ce choix déterminera non seulement l’avenir de l’Ukraine, mais aussi celui de l’ordre international et de la capacité des démocraties à survivre dans un monde de plus en plus dominé par les régimes autoritaires. Les cinquante jours de l’ultimatum de Trump ne sont pas seulement un délai pour l’Ukraine, c’est un compte à rebours pour l’Occident lui-même. Chaque jour qui passe nous rapproche d’un moment de vérité où nous devrons assumer les conséquences de nos choix. Nous pouvons encore choisir le courage plutôt que la lâcheté, la justice plutôt que le cynisme, les principes plutôt que l’opportunisme. Mais le temps presse, et l’histoire ne nous pardonnera pas si nous choisissons la facilité au détriment de ce qui est juste. L’Ukraine mérite mieux que l’abandon, l’Europe mérite mieux que la soumission, et le monde mérite mieux que le triomphe de la force sur le droit.
Je termine cet article avec un sentiment de colère et de tristesse mêlées. Colère face au cynisme qui domine les relations internationales, face à la facilité avec laquelle nous trahissons nos principes, face à l’indifférence avec laquelle nous abandonnons ceux qui comptent sur nous. Tristesse face à l’impuissance que je ressens, face à la certitude que mes mots ne changeront rien, que la machine est déjà en marche et que rien ne pourra l’arrêter. Mais je refuse de me taire, je refuse d’accepter l’inacceptable, je refuse de laisser le cynisme avoir le dernier mot. L’Ukraine se bat pour sa survie, pour sa liberté, pour sa dignité. Elle mérite notre soutien, notre respect, notre solidarité. Pas notre pitié, pas notre condescendance, pas notre trahison. Si nous l’abandonnons maintenant, nous ne trahissons pas seulement l’Ukraine, nous nous trahissons nous-mêmes et tout ce que nous prétendons représenter.
Sources
Sources primaires
Associated Press, Trump’s 50-day ultimatum gives Russia a chance to wear down Ukraine, publié le 19 décembre 2025. Le Monde, Ukraine faces US ultimatum to accept a lopsided peace plan, publié le 22 novembre 2025. Al Jazeera, Rubio says progress but ways to go in efforts to end Russia-Ukraine war, publié le 19 décembre 2025. CNN, Putin rejects compromise on Ukraine despite Trump’s push for peace, publié le 17 décembre 2025. Reuters, Exclusive Putin doubts potency of Trump’s ultimatum to end war sources say, publié le 5 août 2025.
Sources secondaires
Institute for the Study of War, Russian Offensive Campaign Assessment, publié le 11 décembre 2025. Politico, US promises Ukraine Article 5-like security but it’s a long shot, publié le 15 décembre 2025. BBC News, Trump hints at big progress in Ukraine talks as Zelensky warns, publié en décembre 2025. NBC News, Putin warns Russia will seek to extend its gains in Ukraine if peace talks fail, publié en décembre 2025. PBS NewsHour, Kremlin’s military goals in Ukraine will be met Putin says at annual news conference, publié en décembre 2025.
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