La pression russe devenue insoutenable
Depuis des semaines, les observateurs militaires notaient l’intensification des assauts russes sur Siversk. Les forces d’invasion, fortes de leur avantage numérique considérable, multipliaient les attaques par petits groupes d’assaut. Une tactique éprouvée, coûteuse en vies humaines pour les Russes, mais terriblement efficace sur la durée. Ces groupes, généralement composés de cinq à dix hommes, progressaient maison par maison, rue par rue, profitant des conditions météorologiques difficiles de l’hiver pour masquer leurs mouvements. Les défenseurs ukrainiens, eux, devaient tenir chaque position, repousser chaque assaut, sans répit, sans relâche. L’usure psychologique et physique devenait insupportable. Le 11e corps d’armée ukrainien, engagé dans la défense du secteur, faisait face à une pression constante, ininterrompue, épuisante.
Dmytro Zaporozhets, porte-parole du 11e corps d’armée, avait tenté d’expliquer la situation le 13 décembre : « L’ennemi est capable de progresser constamment par petits groupes d’infanterie. S’il est présent à Siversk, la réponse est oui. Contrôle-t-il totalement la ville ? Non. » Cette nuance était importante. Elle montrait que même sous une pression extrême, les Ukrainiens maintenaient une présence, disputaient chaque mètre de terrain. Mais cette résistance avait un coût. Les munitions s’épuisaient plus vite qu’elles n’arrivaient. Les renforts se faisaient rares. Les soldats, épuisés par des mois de combats ininterrompus, atteignaient leurs limites physiques et mentales. La décision de se retirer n’a pas été prise à la légère. Elle résulte d’un calcul stratégique froid : mieux vaut préserver des forces combattantes pour défendre les positions suivantes que de les sacrifier dans une bataille perdue d’avance.
Un mensonge russe démasqué
La Russie, fidèle à ses habitudes de propagande, avait revendiqué la conquête de Siversk dès le 11 novembre 2025. Une annonce prématurée, immédiatement démentie par l’état-major ukrainien qui contrôlait encore l’ouest de la ville. Cette précipitation à annoncer des victoires avant qu’elles ne soient effectives est devenue une marque de fabrique du ministère russe de la Défense. Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, comme le dit l’expression. Mais cette fois, contrairement à d’autres occasions où Moscou avait dû ravaler ses annonces triomphales, la prédiction s’est finalement réalisée. Six semaines plus tard, le 23 décembre, l’Ukraine confirmait officiellement le retrait complet de ses forces. Les Russes pouvaient enfin planter leur drapeau sur les ruines de Siversk, même si cette victoire leur avait coûté des milliers d’hommes et des mois de combats acharnés.
Cette victoire russe, aussi symbolique soit-elle, ne doit pas masquer la réalité du terrain. Siversk n’est plus qu’un amas de décombres. Les infrastructures sont détruites, les bâtiments éventrés par les bombardements, les rues jonchées de débris. La ville que les Russes ont « conquise » n’a plus rien à voir avec celle qui existait avant la guerre. C’est un champ de ruines sans valeur économique, sans population civile, sans vie. Une victoire à la Pyrrhus, pourrait-on dire. Mais pour Moscou, ce qui compte, c’est le symbole. Chaque ville prise, même réduite en cendres, est présentée comme une preuve de la supériorité militaire russe, comme un pas de plus vers la « libération » du Donbass. La propagande se nourrit de ces conquêtes territoriales, aussi dérisoires soient-elles sur le plan stratégique. Et pendant ce temps, les cercueils continuent de rentrer en Russie, dans l’indifférence générale d’une population anesthésiée par des années de mensonges d’État.
Cette guerre de communication me révulse autant que la guerre elle-même. Les deux camps mentent, manipulent, travestissent la réalité. Mais il y a quelque chose de particulièrement cynique dans la manière dont la Russie annonce des victoires fictives, comme si répéter un mensonge suffisait à le rendre vrai. Siversk est tombée, oui. Mais à quel prix ? Des milliers de morts pour un tas de ruines. Et on ose appeler ça une victoire ? La vraie victoire serait la paix. La vraie victoire serait que ces soldats, russes et ukrainiens, puissent rentrer chez eux vivants. Mais non, on préfère compter les kilomètres gagnés, les villes « libérées », comme si la guerre était un jeu vidéo où l’on accumule des points.
L'importance stratégique de Siversk dans le dispositif ukrainien
Un verrou protégeant les dernières grandes villes du Donbass
Siversk n’était pas une ville comme les autres dans le dispositif défensif ukrainien. Elle faisait partie de ce que les analystes militaires appellent la « ceinture fortifiée » du Donbass, un ensemble de positions défensives protégeant les dernières grandes agglomérations de la région encore sous contrôle de Kiev. Au nord, Sloviansk et Kramatorsk forment une conurbation de plusieurs centaines de milliers d’habitants, le dernier grand bastion ukrainien dans le Donbass. Au sud, Pokrovsk et Myrnohrad constituent un autre pôle urbain majeur, également menacé par l’avancée russe. Entre ces deux ensembles, des villes moyennes comme Siversk servaient de points d’appui, de positions avancées permettant de ralentir la progression ennemie et de protéger les arrières.
La perte de Siversk crée une brèche dangereuse dans ce dispositif. Les forces russes se trouvent maintenant à une trentaine de kilomètres seulement de Sloviansk, sans obstacle majeur entre elles et leur objectif. Certes, les Ukrainiens maintiennent un contrôle par le feu sur la zone, ce qui signifie qu’ils peuvent encore frapper les positions russes avec leur artillerie et leurs drones. Mais ce n’est pas la même chose que de tenir physiquement le terrain. Le flanc est de Sloviansk est désormais exposé, vulnérable. Les planificateurs militaires ukrainiens doivent maintenant repenser toute leur stratégie défensive dans la région, trouver de nouvelles positions, établir de nouvelles lignes de défense. Et tout cela pendant que les Russes continuent d’avancer, lentement mais sûrement, grignotant le terrain kilomètre par kilomètre.
Le Donbass, objectif obsessionnel de Poutine
Pour comprendre l’importance de Siversk, il faut replacer cette bataille dans le contexte plus large de la guerre en Ukraine. Depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022, Vladimir Poutine a fait du Donbass son objectif prioritaire. Cette région industrielle de l’est de l’Ukraine, composée des oblasts de Donetsk et de Louhansk, est au cœur du conflit depuis 2014. Moscou y a créé deux « républiques populaires » fantoches, qu’elle a ensuite annexées unilatéralement en septembre 2022, en violation flagrante du droit international. Mais sur le terrain, la réalité est bien différente des cartes dessinées au Kremlin. L’Ukraine contrôle encore environ un quart de la région de Donetsk, dont les villes stratégiques de Sloviansk et Kramatorsk. Et c’est précisément ce dernier quart que Poutine veut conquérir à tout prix.
La chute de Siversk s’inscrit dans cette logique d’annexion progressive. Chaque ville prise, chaque village conquis rapproche la Russie de son objectif : contrôler l’intégralité du Donbass et pouvoir ainsi prétendre avoir « libéré » les territoires qu’elle revendique. Peu importe que ces territoires soient réduits en cendres, que leur population ait fui, que leur économie soit détruite. Ce qui compte pour le Kremlin, c’est le symbole, la possibilité de présenter une « victoire » à son opinion publique. Et pour obtenir cette victoire symbolique, Moscou est prête à sacrifier des dizaines de milliers de soldats, à détruire des villes entières, à prolonger indéfiniment une guerre qui saigne à blanc les deux pays. C’est cette logique absurde, cette obstination meurtrière qui explique pourquoi Siversk a été le théâtre de combats aussi acharnés pendant trois ans et demi.
L’obsession de Poutine pour le Donbass me fascine autant qu’elle me terrifie. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à sacrifier autant de vies pour quelques kilomètres carrés de terre dévastée ? L’orgueil ? La folie ? Une vision impériale dépassée ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que cette guerre n’a aucun sens. Elle ne profite à personne, elle ne résout rien, elle ne fait que créer de la souffrance. Et pourtant, elle continue. Jour après jour, mois après mois, année après année. Siversk est tombée aujourd’hui. Quelle sera la prochaine ville ? Sloviansk ? Kramatorsk ? Et après ? Jusqu’où ira cette folie ?
La supériorité numérique russe : un avantage décisif mais coûteux
Des vagues d’assaut incessantes
L’état-major ukrainien l’a reconnu sans détour dans son communiqué : « Les envahisseurs ont pu progresser grâce à un avantage numérique significatif et à la pression constante exercée par de petits groupes d’assaut dans des conditions météorologiques difficiles. » Cette phrase résume à elle seule la réalité de la bataille de Siversk. Les Russes ont gagné parce qu’ils étaient plus nombreux. Beaucoup plus nombreux. Et parce qu’ils étaient prêts à accepter des pertes considérables pour atteindre leur objectif. La tactique employée est simple mais terriblement efficace : envoyer vague après vague de petits groupes d’infanterie, généralement composés de cinq à dix hommes, pour saturer les défenses ukrainiennes. Certains groupes sont décimés, d’autres parviennent à progresser de quelques mètres. Peu importe les pertes, il y a toujours une nouvelle vague prête à prendre la relève.
Cette stratégie d’usure repose sur un calcul cynique : la Russie dispose d’un réservoir humain bien plus important que l’Ukraine. Avec une population de 144 millions d’habitants contre 37 millions pour l’Ukraine (avant la guerre), Moscou peut se permettre de perdre des milliers d’hommes sans que cela ne menace fondamentalement sa capacité à poursuivre le conflit. Les mobilisations successives, le recrutement de prisonniers, l’engagement de mercenaires et de combattants étrangers permettent de maintenir un flux constant de soldats vers le front. Pour l’Ukraine, en revanche, chaque perte est irremplaçable. Chaque soldat tué ou blessé représente un vide difficile à combler. C’est cette asymétrie démographique qui explique en grande partie pourquoi les Russes ont fini par l’emporter à Siversk, malgré la résistance acharnée des défenseurs ukrainiens.
Le rôle des conditions météorologiques
L’hiver dans le Donbass n’est pas une saison comme les autres. Les températures descendent régulièrement en dessous de zéro, la neige et la boue transforment le terrain en bourbier, la visibilité se réduit. Ces conditions, difficiles pour tous les combattants, ont joué un rôle crucial dans la bataille de Siversk. Les petits groupes d’assaut russes ont profité du mauvais temps pour masquer leurs mouvements, rendant plus difficile leur détection par les drones et les systèmes de surveillance ukrainiens. Les défenseurs, retranchés dans des positions fixes, souffraient du froid et de l’humidité, voyant leur efficacité au combat diminuer au fil des semaines. Les évacuations de blessés devenaient plus compliquées, les ravitaillements plus aléatoires, la fatigue plus pesante.
Mais l’hiver affecte aussi les assaillants. Les soldats russes, souvent mal équipés, mal nourris, mal entraînés, souffrent eux aussi du froid et des conditions difficiles. Les pertes dues aux engelures, aux maladies, à l’épuisement s’ajoutent aux pertes au combat. C’est un aspect souvent négligé de cette guerre : pour chaque soldat tué par une balle ou un obus, combien d’autres sont mis hors de combat par les conditions de vie inhumaines sur le front ? Les tranchées boueuses, les abris de fortune, l’absence d’hygiène, le manque de sommeil, le stress constant… Tout cela use les hommes aussi sûrement que les combats eux-mêmes. Et dans cette guerre d’usure, c’est celui qui peut remplacer ses pertes le plus rapidement qui finit par l’emporter. À Siversk, ce fut la Russie. Mais à quel prix ?
Il y a quelque chose d’inhumain dans cette logique de la chair à canon. Envoyer des hommes mourir par vagues successives, en sachant pertinemment que la plupart ne reviendront pas, juste pour gagner quelques mètres de terrain… C’est une vision de la guerre qui appartient à un autre siècle. On se croirait revenu à Verdun, à la Somme, à ces batailles absurdes de la Première Guerre mondiale où des généraux sacrifiaient des milliers d’hommes pour des gains dérisoires. Mais nous sommes en 2025, pas en 1916. Et pourtant, rien n’a changé. Les armes sont plus modernes, les communications plus rapides, mais la logique reste la même : user l’adversaire jusqu’à ce qu’il craque. C’est révoltant.
Le coût humain des combats : une tragédie sans fin
Des pertes considérables des deux côtés
L’état-major ukrainien affirme que « chaque mètre de la ville a coûté cher à l’agresseur ». C’est indéniable. Les pertes russes à Siversk ont été considérables, même si les chiffres exacts restent difficiles à vérifier. Les sources ukrainiennes parlent de plusieurs milliers de soldats russes tués ou blessés pendant les trois ans et demi de combats. Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des champs de bataille jonchés de cadavres, des véhicules blindés détruits, des positions russes pilonnées par l’artillerie ukrainienne. Chaque assaut russe se payait au prix du sang. Mais les Russes continuaient d’attaquer, encore et encore, remplaçant les morts par de nouveaux soldats, les blessés par de nouvelles recrues. Une machine de guerre qui broie les hommes sans état d’âme, sans pitié, sans remords.
Mais qu’en est-il des pertes ukrainiennes ? Sur ce point, Kiev reste beaucoup plus discret. Les chiffres officiels sont rares, souvent sous-estimés pour des raisons de moral et de sécurité opérationnelle. Ce que l’on sait, c’est que les défenseurs de Siversk ont subi un pilonnage constant pendant des mois. Les bombardements russes, utilisant artillerie lourde, roquettes et bombes guidées, ont transformé la ville en enfer. Les soldats ukrainiens, retranchés dans des positions fortifiées, devaient endurer ce déluge de feu jour après jour, nuit après nuit. Combien sont morts sous les décombres ? Combien ont été blessés, mutilés, traumatisés ? Combien souffrent aujourd’hui de stress post-traumatique, incapables de retrouver une vie normale ? Ces questions restent sans réponse, noyées dans le brouillard de la guerre et le silence pudique des autorités militaires.
Les civils, victimes oubliées
Avant la guerre, Siversk comptait environ 10 000 habitants. Aujourd’hui, la ville est déserte. Les civils ont fui au fil des mois, chassés par les bombardements incessants, par la destruction progressive de toutes les infrastructures, par l’impossibilité de vivre dans une zone de combat. Certains sont partis dès 2022, quand les premiers obus ont commencé à tomber. D’autres ont tenu plus longtemps, s’accrochant à leurs maisons, à leurs souvenirs, à l’espoir que la guerre finirait par s’éloigner. Mais la guerre ne s’est pas éloignée. Elle s’est installée, elle a tout détruit, elle a tout emporté. Les écoles, les hôpitaux, les magasins, les maisons… Plus rien ne subsiste de la vie d’avant. Siversk n’est plus qu’un fantôme de ville, un décor apocalyptique où seuls les soldats s’affrontent encore.
Où sont-ils maintenant, ces 10 000 habitants ? Dispersés aux quatre coins de l’Ukraine, réfugiés dans d’autres villes, d’autres régions, parfois à l’étranger. Certains vivent dans des centres d’accueil, d’autres chez des proches, d’autres encore dans des conditions précaires, sans ressources, sans perspectives. Ils ont tout perdu : leur maison, leur travail, leur communauté, leur vie d’avant. Et pour quoi ? Pour une guerre qu’ils n’ont pas voulue, pour des ambitions territoriales qui les dépassent, pour des calculs géopolitiques dont ils sont les victimes collatérales. Ces civils sont les grands oubliés de cette guerre. On parle des soldats, des batailles, des stratégies militaires. Mais on parle rarement de ces familles déchirées, de ces vies brisées, de ces destins fracassés par la violence aveugle de la guerre.
Quand je pense à ces 10 000 personnes qui ont dû tout abandonner, mon cœur se serre. Imaginez-vous à leur place. Imaginez devoir fuir votre maison avec juste un sac, quelques affaires, en laissant derrière vous toute une vie. Les photos de famille, les objets qui ont une valeur sentimentale, les souvenirs d’enfance… Tout ça détruit, pillé, réduit en cendres. Et pour quoi ? Pour rien. Absolument rien. Ces gens n’ont rien demandé. Ils voulaient juste vivre tranquillement, élever leurs enfants, travailler, profiter de la vie. Mais la guerre en a décidé autrement. Et maintenant, ils errent, déracinés, traumatisés, sans savoir s’ils pourront un jour rentrer chez eux. C’est insupportable.
La ceinture fortifiée du Donbass : un dispositif fragilisé
Sloviansk et Kramatorsk, prochaines cibles
Avec la chute de Siversk, les regards se tournent maintenant vers Sloviansk et Kramatorsk, les deux grandes villes du nord du Donbass encore sous contrôle ukrainien. Ces deux agglomérations, distantes d’une quinzaine de kilomètres l’une de l’autre, forment un ensemble urbain de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Elles constituent le dernier grand bastion ukrainien dans la région, le dernier obstacle majeur avant que la Russie ne puisse prétendre contrôler l’intégralité de l’oblast de Donetsk. Pour Kiev, perdre ces villes serait un désastre stratégique et symbolique. Pour Moscou, les conquérir représenterait une victoire majeure, la concrétisation de l’objectif affiché depuis le début de la guerre : « libérer » le Donbass.
Mais Sloviansk et Kramatorsk ne sont pas Siversk. Ce sont des villes bien plus grandes, bien plus peuplées, bien mieux défendues. Les Ukrainiens y ont construit des fortifications depuis des années, anticipant l’offensive russe. Les rues sont minées, les bâtiments transformés en positions défensives, les approches couvertes par l’artillerie. Prendre ces villes nécessiterait un effort militaire considérable de la part des Russes, avec des pertes potentiellement catastrophiques. C’est pourquoi beaucoup d’analystes pensent que Moscou va d’abord chercher à encercler ces villes, à couper leurs lignes de ravitaillement, à les isoler avant de lancer un assaut frontal. La chute de Siversk s’inscrit dans cette stratégie d’encerclement progressif. Chaque ville prise rapproche les Russes de leur objectif, resserre l’étau autour de Sloviansk et Kramatorsk.
Pokrovsk et Myrnohrad également menacés
Au sud, la situation n’est guère plus encourageante. Pokrovsk et Myrnohrad, deux villes stratégiques situées à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Siversk, subissent elles aussi une pression russe intense. Le 23 décembre 2025, le même jour que l’annonce du retrait de Siversk, l’état-major ukrainien rapportait 29 attaques russes dans le secteur de Pokrovsk. Les forces russes tentent de progresser près d’une série de villages, utilisant la même tactique de petits groupes d’assaut que celle qui a fonctionné à Siversk. L’unité opérationnelle Est de l’armée ukrainienne, qui rend compte régulièrement de la défense de Pokrovsk, affirme que les forces ukrainiennes contrôlent toujours la partie nord de cet ancien hub logistique largement détruit. Mais pour combien de temps encore ?
La situation à Pokrovsk illustre le dilemme auquel fait face l’Ukraine sur l’ensemble du front du Donbass. Les forces ukrainiennes sont étirées sur des centaines de kilomètres, devant défendre simultanément plusieurs axes d’attaque russes. Chaque secteur réclame des renforts, des munitions, du matériel. Mais les ressources sont limitées. Il faut faire des choix, établir des priorités, parfois sacrifier une position pour en sauver une autre. C’est ce calcul tragique qui a conduit au retrait de Siversk. Et c’est ce même calcul qui pourrait, dans les semaines ou les mois à venir, conduire à d’autres retraits. La question n’est plus de savoir si l’Ukraine peut tenir partout, mais où elle doit concentrer ses efforts pour préserver l’essentiel de son dispositif défensif dans le Donbass.
Cette guerre d’usure me donne le vertige. C’est comme regarder un château de cartes s’effondrer au ralenti. Chaque carte qui tombe fragilise l’ensemble, rapproche l’effondrement final. Siversk aujourd’hui, quelle ville demain ? Et après-demain ? L’Ukraine peut-elle tenir indéfiniment face à un adversaire qui dispose de ressources quasi illimitées en hommes et en matériel ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que chaque jour qui passe voit mourir des soldats, des civils, des innocents. Et pendant ce temps, les diplomates discutent, les politiciens tergiversent, le monde regarde ailleurs. C’est insoutenable.
Les tactiques d'assaut russes : une brutalité calculée
Les petits groupes d’infanterie, fer de lance de l’offensive
La tactique russe employée à Siversk n’a rien de nouveau. Elle s’inspire directement des méthodes utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale, adaptées aux réalités du combat moderne. Le principe est simple : envoyer de petits groupes d’infanterie, généralement cinq à dix hommes, pour infiltrer les lignes ennemies, identifier les points faibles, créer des brèches. Ces groupes progressent en utilisant le terrain, les ruines, les cratères d’obus pour se couvrir. Ils avancent lentement, méthodiquement, acceptant des pertes élevées pour gagner quelques mètres. Une fois qu’une brèche est créée, des renforts arrivent pour l’exploiter, élargir la percée, consolider les positions conquises. C’est une guerre d’infanterie à l’ancienne, brutale, sanglante, où chaque maison devient une forteresse, chaque rue un champ de bataille.
Cette tactique présente plusieurs avantages pour les Russes. D’abord, elle rend difficile l’utilisation de l’artillerie lourde par les Ukrainiens. Tirer sur de petits groupes dispersés risque de gaspiller des munitions précieuses sans causer de dommages significatifs. Ensuite, elle permet de progresser même face à une défense bien organisée. Les petits groupes peuvent se faufiler là où des formations plus importantes seraient détectées et détruites. Enfin, elle use psychologiquement les défenseurs. Savoir que l’ennemi peut surgir à tout moment, de n’importe où, crée un stress constant, une tension permanente qui finit par épuiser même les soldats les plus aguerris. À Siversk, cette tactique a fini par payer. Mais au prix de combien de vies russes ? Les chiffres exacts restent secrets, mais les estimations parlent de plusieurs milliers de morts et de blessés.
L’artillerie et les bombardements aériens en soutien
Les petits groupes d’infanterie ne progressent pas seuls. Ils sont soutenus par un déluge de feu venant de l’artillerie et de l’aviation russes. Avant chaque assaut, les positions ukrainiennes sont pilonnées pendant des heures, parfois des jours. Obus d’artillerie, roquettes multiples, bombes guidées… Tout est utilisé pour affaiblir les défenses, détruire les fortifications, terroriser les défenseurs. Ce bombardement préparatoire vise à créer les conditions favorables à la progression de l’infanterie. Une fois les positions ukrainiennes suffisamment affaiblies, les petits groupes d’assaut entrent en action, profitant de la confusion et de la désorganisation causées par les bombardements. C’est une combinaison classique mais efficace : le feu et le mouvement, l’artillerie qui prépare le terrain et l’infanterie qui l’occupe.
À Siversk, ce pilonnage a été particulièrement intense. Les témoignages des défenseurs ukrainiens parlent de bombardements incessants, jour et nuit, sans répit. Les abris tremblaient sous les explosions, l’air était saturé de poussière et de fumée, le bruit assourdissant rendait toute communication difficile. Dans ces conditions, tenir devient un exploit en soi. Chaque jour passé sous les bombes use un peu plus les nerfs, épuise un peu plus les corps, entame un peu plus le moral. Et quand enfin les bombardements cessent, ce n’est pas pour souffler, c’est parce que l’infanterie russe arrive. Il faut alors se ressaisir, reprendre les armes, se préparer au combat rapproché. C’est un cycle infernal qui ne laisse aucun répit, aucune pause, aucun moment de tranquillité. Jusqu’à ce que, finalement, les défenseurs n’en puissent plus et doivent se replier.
J’essaie d’imaginer ce que c’est que de vivre sous les bombes pendant des semaines, des mois. L’angoisse permanente, la peur de mourir à chaque instant, l’impossibilité de dormir, de manger normalement, de penser à autre chose qu’à la survie. Comment fait-on pour tenir dans ces conditions ? Quelle force intérieure faut-il avoir pour ne pas craquer, pour continuer à se battre alors que tout autour de vous n’est que destruction et mort ? Les soldats ukrainiens qui ont défendu Siversk sont des héros. Pas des héros de cinéma, avec des poses avantageuses et des répliques bien senties. Non, des vrais héros, ceux qui souffrent en silence, qui font leur devoir sans attendre de reconnaissance, qui sacrifient leur santé mentale et physique pour protéger leur pays. Ils méritent notre respect, notre admiration, notre soutien. Pas notre indifférence.
Le contrôle par le feu : une consolation stratégique
Frapper l’ennemi même après le retrait
L’état-major ukrainien insiste sur un point crucial : même après le retrait physique de Siversk, la ville reste sous le contrôle par le feu des forces ukrainiennes. Concrètement, cela signifie que l’artillerie, les lance-roquettes multiples et les drones ukrainiens peuvent toujours frapper les positions russes à l’intérieur de la ville. Les troupes d’invasion qui occupent maintenant Siversk ne sont pas en sécurité. Elles sont constamment sous la menace de frappes ukrainiennes, ce qui complique considérablement leur consolidation des positions conquises. Chaque mouvement de troupes, chaque convoi de ravitaillement, chaque tentative de fortification peut être détecté et ciblé. C’est une forme de harcèlement permanent qui vise à rendre l’occupation russe aussi coûteuse que possible.
Cette stratégie du contrôle par le feu présente plusieurs avantages. D’abord, elle permet de continuer à infliger des pertes à l’ennemi sans risquer la vie de soldats ukrainiens dans des combats rapprochés. Ensuite, elle perturbe la logistique russe, rendant difficile l’acheminement de munitions, de nourriture, de carburant vers les troupes de première ligne. Enfin, elle empêche les Russes d’utiliser Siversk comme base arrière pour lancer de nouvelles offensives. La ville conquise devient un piège, un endroit dangereux où les soldats russes doivent constamment regarder le ciel, guetter les drones, craindre les obus. Ce n’est pas une victoire complète pour l’Ukraine, loin de là. Mais c’est une manière de limiter les dégâts, de faire payer cher à l’ennemi chaque mètre de terrain conquis.
Bloquer l’avancée russe vers Sloviansk
L’objectif principal du contrôle par le feu sur Siversk est d’empêcher les Russes d’utiliser la ville comme tremplin pour attaquer Sloviansk. En maintenant une pression constante sur les positions russes, en frappant leurs lignes de communication, en bloquant leurs unités, les Ukrainiens espèrent ralentir, voire stopper, la progression ennemie vers l’ouest. C’est une course contre la montre. Les Russes veulent consolider leur emprise sur Siversk, y amener des renforts, y installer de l’artillerie, pour ensuite lancer une nouvelle offensive vers Sloviansk. Les Ukrainiens, eux, veulent les en empêcher, leur infliger suffisamment de pertes pour qu’ils renoncent à avancer, ou du moins pour gagner du temps et préparer la défense de Sloviansk.
Cette bataille invisible, menée à coups d’obus et de drones, est tout aussi importante que les combats au sol. Elle déterminera si la chute de Siversk n’est qu’un revers temporaire ou le début d’un effondrement plus large du dispositif défensif ukrainien dans le nord du Donbass. Pour l’instant, les Ukrainiens semblent tenir bon. Les rapports militaires font état de frappes réussies contre des concentrations de troupes russes, de destructions de dépôts de munitions, de perturbations des lignes de ravitaillement. Mais combien de temps pourront-ils maintenir cette pression ? Les munitions ne sont pas illimitées, les drones peuvent être abattus, l’artillerie peut être contre-battue. Et pendant ce temps, les Russes continuent d’amener des renforts, de renforcer leurs positions, de se préparer à la prochaine phase de leur offensive.
Cette notion de « contrôle par le feu » me laisse perplexe. C’est une manière élégante de dire qu’on a perdu le terrain mais qu’on peut encore tirer dessus. C’est mieux que rien, certes. Mais c’est quand même une défaite. Siversk est tombée. Les Russes y sont. Et peu importe combien d’obus les Ukrainiens tirent sur la ville, ça ne changera pas ce fait. Je comprends la nécessité de maintenir une pression sur l’ennemi, de lui rendre la vie difficile. Mais appelons les choses par leur nom : c’est une retraite, une défaite tactique. Pas une victoire déguisée. L’honnêteté, même dans la défaite, me semble préférable aux euphémismes qui masquent la réalité.
Les pressions diplomatiques : négocier sous la contrainte
Trump et l’urgence de la paix
La chute de Siversk intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a fait de la résolution du conflit ukrainien une priorité. Mais sa vision de la « paix » inquiète profondément Kiev. Trump a multiplié les déclarations appelant l’Ukraine à négocier rapidement avec la Russie, laissant entendre que l’aide militaire américaine pourrait être conditionnée à des concessions territoriales. Cette pression américaine place le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans une position extrêmement difficile. D’un côté, il ne peut pas se permettre de perdre le soutien américain, vital pour la survie de son pays. De l’autre, accepter de céder des territoires serait perçu comme une trahison par une grande partie de la population ukrainienne.
La perte de Siversk renforce la position de ceux qui, à Washington, plaident pour une « paix réaliste » basée sur le gel des lignes de front actuelles. Après tout, argumentent-ils, si l’Ukraine ne peut pas défendre Siversk, comment pourrait-elle reconquérir la Crimée ou le Donbass ? Mieux vaut négocier maintenant, avant de perdre encore plus de territoire. C’est une logique implacable, froide, qui fait abstraction de la dimension morale et émotionnelle du conflit. Pour les Ukrainiens, céder des territoires, c’est abandonner des millions de compatriotes à l’occupation russe, c’est renoncer à la souveraineté nationale, c’est accepter que l’agression paie. Mais pour certains dirigeants occidentaux, fatigués par trois ans de guerre, inquiets des coûts économiques et des risques d’escalation, la tentation est grande de pousser Kiev vers un compromis, même défavorable.
L’Europe divisée face au conflit
Si les États-Unis semblent vouloir accélérer les négociations, l’Europe reste divisée sur la marche à suivre. Les pays de l’Est, Pologne, pays baltes, République tchèque, maintiennent un soutien ferme à l’Ukraine et refusent toute idée de concessions territoriales. Ils voient dans la résistance ukrainienne un rempart contre l’expansionnisme russe, une garantie de leur propre sécurité. À l’inverse, certains pays d’Europe occidentale, notamment la France et l’Allemagne, semblent plus enclins à explorer des solutions diplomatiques, même si cela implique des compromis douloureux pour Kiev. Cette division européenne affaiblit la position occidentale face à la Russie et complique la tâche de l’Ukraine, qui doit jongler entre des alliés aux visions divergentes.
La chute de Siversk alimente ces débats. Pour les partisans d’un soutien inconditionnel à l’Ukraine, elle démontre la nécessité d’augmenter l’aide militaire, de fournir plus d’armes, plus de munitions, plus de systèmes de défense aérienne. Pour les partisans d’une solution négociée, elle prouve au contraire que la situation militaire est intenable et qu’il faut rapidement trouver une issue diplomatique. Ces deux visions s’affrontent dans les chancelleries européennes, dans les médias, dans l’opinion publique. Et pendant que l’Occident débat, la guerre continue, les soldats meurent, les villes tombent. Siversk aujourd’hui, quelle ville demain ? Et jusqu’où faudra-t-il reculer avant que quelqu’un ne décide enfin d’agir ?
Cette lâcheté occidentale me révolte. On parle de « réalisme », de « pragmatisme », de « solutions négociées ». Mais derrière ces mots se cache une vérité plus crue : on est fatigués de cette guerre, elle coûte trop cher, elle dure trop longtemps, elle nous dérange. Alors on cherche une porte de sortie, même si ça signifie abandonner l’Ukraine à son sort. C’est exactement ce qui s’est passé en 1938 avec Munich, quand on a sacrifié la Tchécoslovaquie pour acheter une paix illusoire avec Hitler. L’histoire se répète, et nous n’apprenons jamais. Sauf que cette fois, ce n’est pas la Tchécoslovaquie qu’on abandonne, c’est l’Ukraine. Et demain ? La Moldavie ? Les pays baltes ? Où s’arrêtera-t-on ?
L'avenir de la région : scénarios et incertitudes
Le risque d’un effondrement en cascade
La grande crainte des stratèges ukrainiens est que la chute de Siversk ne soit que le début d’un effondrement plus large. Si les Russes parviennent à exploiter cette percée, à avancer rapidement vers Sloviansk avant que les Ukrainiens n’aient pu établir de nouvelles lignes de défense, c’est tout le dispositif défensif du nord du Donbass qui pourrait s’effondrer. Un scénario catastrophe qui verrait tomber en quelques semaines ou quelques mois des villes qui ont résisté pendant des années. Ce n’est pas de la science-fiction. L’histoire militaire regorge d’exemples de fronts qui se sont effondrés brutalement après des mois de stabilité apparente. Quand une armée commence à reculer, il est parfois difficile de stopper le mouvement, de rétablir une ligne de défense cohérente.
Pour éviter ce scénario, l’Ukraine doit absolument stabiliser la situation autour de Siversk, empêcher les Russes d’exploiter leur succès. Cela nécessite des renforts, des munitions, du matériel. Mais aussi du temps, cette ressource si précieuse en temps de guerre. Chaque jour gagné permet de fortifier les positions, de préparer les défenses, d’organiser la résistance. C’est pourquoi le contrôle par le feu sur Siversk est si important. Il ne s’agit pas seulement de harceler l’ennemi, mais de gagner du temps, de ralentir son avancée, de lui faire payer cher chaque kilomètre. Si les Ukrainiens parviennent à tenir quelques semaines, voire quelques mois, ils auront une chance de stabiliser le front. Sinon, le risque d’effondrement devient réel.
Les perspectives de reconquête : un rêve lointain
Reconquérir Siversk semble, à court terme, hors de portée des forces ukrainiennes. La ville est détruite, occupée par les Russes, sous le feu de l’artillerie ukrainienne. Lancer une contre-offensive pour la reprendre nécessiterait des moyens considérables, des pertes importantes, pour un gain stratégique limité. Mieux vaut concentrer les efforts sur la défense de Sloviansk et Kramatorsk, des villes bien plus importantes. Mais cette logique pragmatique ne satisfait pas tout le monde en Ukraine. Pour beaucoup, chaque territoire perdu est un territoire qu’il faudra reconquérir un jour. L’idée d’abandonner définitivement Siversk, de laisser ses habitants sous occupation russe, est inacceptable. C’est un débat qui traverse la société ukrainienne : faut-il privilégier la survie immédiate ou l’intégrité territoriale à long terme ?
La réponse à cette question dépendra largement de l’évolution de la situation militaire et diplomatique. Si l’Ukraine parvient à stabiliser le front, à recevoir suffisamment d’aide occidentale, à user les forces russes, alors une reconquête future de Siversk et d’autres territoires perdus redeviendra envisageable. Mais si la pression russe continue, si l’aide occidentale diminue, si les pertes ukrainiennes s’accumulent, alors il faudra peut-être se résoudre à accepter une partition de facto du pays. C’est un scénario que personne ne veut envisager à Kiev, mais qui devient de plus en plus plausible au fil des mois. La chute de Siversk n’est qu’un épisode dans cette longue guerre d’usure. Mais c’est un épisode qui pourrait, rétrospectivement, apparaître comme un tournant, le moment où l’équilibre a basculé définitivement en faveur de la Russie.
L’idée qu’on puisse un jour accepter de laisser Siversk et d’autres villes sous occupation russe me glace le sang. C’est renoncer, c’est abandonner, c’est trahir tous ceux qui se sont battus et sont morts pour défendre ces territoires. Mais en même temps, je comprends la logique militaire. On ne peut pas tout défendre partout. Il faut faire des choix, établir des priorités. C’est le dilemme tragique de cette guerre : chaque décision implique des sacrifices, des renoncements, des douleurs. Et il n’y a pas de bonne solution, juste des solutions moins mauvaises que d’autres. Ça me rend malade de l’admettre, mais c’est la réalité.
Les implications géopolitiques : au-delà du Donbass
Un test pour l’ordre international
La bataille de Siversk, comme l’ensemble de la guerre en Ukraine, dépasse largement les enjeux locaux. C’est un test pour l’ordre international établi après 1945, basé sur le principe de l’inviolabilité des frontières et le rejet de la conquête territoriale par la force. Si la Russie parvient à annexer durablement des territoires ukrainiens sans conséquences majeures, cela créera un précédent dangereux. D’autres pays pourraient être tentés de régler leurs différends territoriaux par la force, sachant que la communauté internationale est incapable ou peu disposée à intervenir efficacement. La Chine observe attentivement l’évolution de la situation en Ukraine, tirant des leçons pour ses propres ambitions territoriales, notamment concernant Taïwan. La chute de Siversk envoie un message : l’agression peut payer, si l’on est prêt à accepter les coûts.
C’est pourquoi cette guerre ne concerne pas seulement l’Ukraine et la Russie. Elle concerne tous les pays qui croient encore au droit international, à la souveraineté nationale, au principe selon lequel les frontières ne peuvent être modifiées par la force. Si l’Occident abandonne l’Ukraine, si on laisse la Russie digérer ses conquêtes territoriales, on ouvre la boîte de Pandore. D’autres conflits éclateront, d’autres pays seront envahis, d’autres populations seront déplacées. Le monde deviendra plus dangereux, plus instable, plus violent. C’est ce qui est en jeu à Siversk, à Sloviansk, dans tout le Donbass. Pas seulement le sort de quelques villes ukrainiennes, mais l’avenir de l’ordre international lui-même.
L’épuisement de l’Occident face à la guerre
Mais voilà, l’Occident est fatigué. Trois ans de guerre, ça use. Les opinions publiques européennes et américaines, initialement solidaires de l’Ukraine, commencent à se lasser. Les coûts économiques de la guerre, notamment la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, pèsent sur les ménages. Les milliards d’euros et de dollars envoyés à Kiev suscitent des interrogations, voire des critiques. Pourquoi aider l’Ukraine alors qu’il y a tant de problèmes à résoudre chez nous ? Cette question, posée de plus en plus ouvertement, reflète un repli sur soi, un retour du nationalisme, une lassitude face à un conflit qui semble sans fin. Les populistes de tous bords exploitent cette fatigue, promettant de mettre fin à l’aide à l’Ukraine, de privilégier les intérêts nationaux, de négocier avec la Russie.
Cette évolution de l’opinion publique occidentale est une aubaine pour Moscou. Le Kremlin sait qu’il ne peut pas gagner militairement à court terme. Mais il peut gagner politiquement, en usant la volonté occidentale de soutenir l’Ukraine. C’est une course contre la montre : qui craquera en premier ? L’Ukraine, épuisée par trois ans de guerre totale ? Ou l’Occident, lassé de soutenir un conflit lointain ? La chute de Siversk s’inscrit dans cette guerre d’usure globale. Chaque ville perdue par l’Ukraine renforce les arguments de ceux qui, en Occident, plaident pour un désengagement. Chaque revers ukrainien alimente le discours défaitiste. Et pendant ce temps, Poutine attend patiemment que l’Occident se fatigue, se divise, abandonne son allié. C’est une stratégie cynique, mais qui pourrait fonctionner si rien ne change.
Cette fatigue occidentale me désespère autant qu’elle me met en colère. On se lasse de la guerre en Ukraine comme on se lasserait d’une série télé trop longue. C’est devenu banal, routinier, ennuyeux. Les morts ne font plus la une des journaux, les destructions ne choquent plus personne, la souffrance est devenue un bruit de fond qu’on ne remarque même plus. Et pendant ce temps, des gens continuent de mourir, de souffrir, de perdre tout ce qu’ils ont. Mais nous, confortablement installés dans nos canapés, on trouve que ça dure trop longtemps, que ça coûte trop cher, qu’on a d’autres priorités. C’est révoltant. C’est indigne. C’est inhumain.
Conclusion : Siversk, symbole d'une guerre sans fin
Une défaite tactique aux conséquences stratégiques
La chute de Siversk le 23 décembre 2025 marque un tournant dans la guerre du Donbass. Ce n’est pas la première ville que l’Ukraine perd, ce ne sera probablement pas la dernière. Mais c’est une défaite qui résonne particulièrement fort, parce qu’elle ouvre la voie vers Sloviansk et Kramatorsk, parce qu’elle fragilise l’ensemble du dispositif défensif ukrainien dans la région, parce qu’elle intervient à un moment où les pressions diplomatiques pour négocier s’intensifient. Les forces ukrainiennes ont fait le choix du pragmatisme : se retirer pour préserver des vies, maintenir l’efficacité au combat, préparer la défense des positions suivantes. C’est un choix rationnel, militairement justifié. Mais c’est aussi un aveu de faiblesse, la reconnaissance que face à la supériorité numérique russe, il n’est plus possible de tenir partout.
Les conséquences stratégiques de cette perte se feront sentir dans les semaines et les mois à venir. Les Russes vont tenter d’exploiter leur succès, de pousser vers Sloviansk, d’encercler les dernières grandes villes ukrainiennes du Donbass. Les Ukrainiens vont devoir se réorganiser, établir de nouvelles lignes de défense, trouver les ressources pour tenir. C’est une course contre la montre, une bataille d’usure où chaque jour compte. Le contrôle par le feu maintenu sur Siversk peut ralentir l’avancée russe, mais il ne peut pas l’arrêter définitivement. Tôt ou tard, il faudra livrer une nouvelle bataille, défendre une nouvelle ville, faire de nouveaux sacrifices. C’est la logique implacable de cette guerre d’usure qui n’en finit pas.
L’urgence d’un sursaut collectif
Face à cette situation, l’Ukraine a besoin d’un sursaut. Pas seulement militaire, mais aussi diplomatique et politique. Il faut convaincre les alliés occidentaux de maintenir leur soutien, de fournir plus d’armes, plus de munitions, plus de systèmes de défense aérienne. Il faut résister aux pressions pour négocier dans des conditions défavorables, pour accepter des concessions territoriales qui ne feraient que récompenser l’agression russe. Il faut mobiliser l’opinion publique internationale, rappeler que ce qui se joue en Ukraine dépasse largement les frontières de ce pays, que c’est l’avenir de l’ordre international qui est en jeu. Mais ce sursaut est-il encore possible après trois ans de guerre ? L’Occident a-t-il encore la volonté, l’énergie, la détermination nécessaires pour soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire ?
La réponse à ces questions déterminera non seulement le sort de Siversk, de Sloviansk, du Donbass, mais aussi celui de l’Ukraine tout entière. Si l’Occident maintient son soutien, si l’aide militaire continue d’affluer, si les sanctions contre la Russie sont maintenues et renforcées, alors l’Ukraine a une chance de tenir, de stabiliser le front, peut-être même de reconquérir un jour les territoires perdus. Mais si l’Occident se fatigue, si l’aide diminue, si les pressions pour négocier s’intensifient, alors l’Ukraine devra faire face seule à la machine de guerre russe. Et dans ce cas, la chute de Siversk ne sera qu’un avant-goût de ce qui attend le pays. C’est maintenant que tout se joue. C’est maintenant qu’il faut choisir : soutenir l’Ukraine jusqu’au bout, ou l’abandonner à son sort. Il n’y a pas de demi-mesure possible.
Je termine cet article avec un sentiment de colère et d’impuissance. Colère contre cette guerre absurde qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Colère contre les dirigeants qui l’ont déclenchée, qui la perpétuent, qui refusent de chercher une vraie solution. Colère contre l’indifférence du monde face à la souffrance ukrainienne. Et impuissance, parce que je ne peux rien faire d’autre qu’écrire, témoigner, essayer de maintenir l’attention sur ce conflit que beaucoup voudraient oublier. Siversk est tombée. D’autres villes tomberont. Des milliers de personnes continueront de mourir. Et nous, spectateurs impuissants, nous continuerons de regarder, horrifiés mais passifs. Jusqu’à quand ? Je ne sais pas. Mais je refuse de me taire. Je refuse d’accepter cette guerre comme une fatalité. Je refuse de laisser Siversk devenir juste un nom de plus sur la longue liste des villes détruites par cette folie collective. Chaque ville perdue est une tragédie. Chaque vie perdue est irremplaçable. Et tant qu’il me restera une voix, je continuerai de le crier.
Sources
Sources primaires
État-major des Forces armées d’Ukraine, communiqué officiel sur Facebook concernant le retrait de Siversk, publié le 23 décembre 2025. Ukrinform, « Ukrainian Defense Forces pull back from Siversk, retain fire control, General Staff reports », article publié le 23 décembre 2025. Reuters, « Ukrainian troops withdraw from eastern town of Siversk », dépêche publiée le 23 décembre 2025 par Dan Peleschuk.
Sources secondaires
Le Monde, « L’Ukraine perd Siversk, un bastion protégeant le dernier quart de la région de Donetsk », article d’Emmanuel Grynszpan publié le 24 décembre 2025. Al Jazeera, « Russian forces seize embattled Siversk town as Ukrainian troops withdraw », article publié le 24 décembre 2025. Le Figaro, « Guerre en Ukraine : l’armée ukrainienne annonce avoir abandonné la ville de Siversk face aux assauts des troupes russes », article publié le 23 décembre 2025. BBC News, « Ukraine loses embattled eastern town », article publié le 24 décembre 2025. The Moscow Times, « Ukrainian Troops Withdraw From Eastern Town of Siversk », article publié le 23 décembre 2025.
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