Un parcours qui force le respect
Pour comprendre le poids des mots de Daniel Fried, il faut d’abord comprendre qui est cet homme. Fried n’est pas un commentateur parmis d’autres, un expert autoproclamé qui donne son avis depuis un plateau de télévision. C’est un vétéran de la diplomatie américaine, un homme qui a servi sous sept administrations différentes, républicaines comme démocrates. Son parcours est impressionnant : ancien secrétaire d’État adjoint, coordinateur des sanctions américaines, il a été au cœur de la politique étrangère américaine pendant des décennies. Mais surtout, Fried est un spécialiste reconnu de la Russie et de l’Europe de l’Est. Il connaît les rouages du Kremlin, il comprend la mentalité russe, il a négocié avec Moscou à de nombreuses reprises. Quand Fried parle de la Russie, ce n’est pas de la théorie. C’est de l’expérience accumulée sur le terrain, dans les salles de négociation, face à des interlocuteurs russes qui ne font pas de cadeaux.
Cette expertise fait de lui une voix écoutée à Washington, mais aussi à Kiev. Lorsqu’il accorde une interview au Kyiv Post, ce n’est pas un hasard. C’est un message adressé directement à Zelensky et à son équipe, un message qui dit : « Voici comment vous devez jouer cette partie. » Et le message est clair. Fried insiste sur le fait que l’objectif tactique de Zelensky doit être de se positionner comme un partisan du plan émergent en vingt points, tout en faisant de Poutine l’obstacle principal. Cette formulation n’est pas innocente. Elle suggère que la bataille ne se joue pas seulement sur le contenu du plan, mais sur la perception qu’en auront les opinions publiques occidentales et les décideurs politiques. Si Zelensky parvient à convaincre que c’est la Russie qui bloque la paix, alors le soutien occidental à l’Ukraine se maintiendra, voire se renforcera. Si au contraire Kiev apparaît comme l’obstacle, alors le risque est grand de voir ce soutien s’éroder.
Une vision stratégique qui va au-delà du plan de paix
Mais Fried ne s’arrête pas là. Il entre dans les détails du plan, et c’est là que son analyse devient vraiment intéressante. Sur la question cruciale de la ligne de cessez-le-feu, Fried soutient fermement la position de Zelensky : refuser que cette ligne soit déplacée pour donner à la Russie des territoires qu’elle n’a pas conquis au combat. « Zelensky a raison de résister à ce que la ligne de cessez-le-feu soit déplacée pour donner à la Russie un territoire qu’elle n’a pas gagné au combat », déclare-t-il sans ambiguïté. Cette prise de position est importante car elle valide la ligne rouge ukrainienne sur cette question. Fried rappelle également que Trump lui-même avait déclaré que la ligne devrait rester où elle est actuellement. C’est un point d’appui solide pour Zelensky dans ses négociations avec l’administration américaine.
Sur la question de la zone démilitarisée, Fried se montre plus nuancé, mais tout aussi incisif. Il met en garde contre une zone démilitarisée traditionnelle, citant l’historique russe de non-respect de ses obligations. « Une zone démilitarisée est problématique parce que la Russie ne respecterait pas ses propres obligations », explique-t-il. Mais il propose une alternative : si une force tierce était présente dans cette zone démilitarisée, sans aucune force russe, cela pourrait fonctionner. Cette suggestion est cruciale car elle ouvre la voie à une présence européenne sur le terrain, une idée que Fried développe plus loin dans son analyse. Il conseille à Zelensky de pousser pour des forces européennes sur le terrain, soutenues par la puissance aérienne et le renseignement américains, même si Moscou résiste à cette idée. « La Russie tentera de mettre son veto aux arrangements de sécurité qui incluent des Européens sur le terrain. Zelensky devrait essayer de convaincre Trump que ce serait une victoire américaine d’avoir des forces européennes en première ligne, soutenues par la puissance aérienne et le renseignement américains », affirme-t-il.
Cette vision de Fried me frappe par sa lucidité brutale. Il ne se berce pas d’illusions sur les intentions russes. Il sait que Moscou ne respectera aucun accord si elle n’y est pas contrainte par la force. Et c’est précisément pour cela qu’il insiste sur la présence de forces tierces, sur des garanties concrètes, sur des mécanismes de surveillance. Parce qu’un accord de paix avec la Russie sans moyens de le faire respecter, c’est juste un bout de papier qui ne vaut rien. Et Fried le sait mieux que quiconque.
Section 3 : le plan en vingt points, une architecture complexe
Les fondations du compromis
Le plan de paix en vingt points dévoilé par Zelensky mercredi dernier est le fruit de mois de négociations intenses entre Kiev et Washington. C’est un document complexe qui tente de concilier l’inconciliable : les exigences ukrainiennes de souveraineté et d’intégrité territoriale d’un côté, les réalités du terrain et les pressions diplomatiques de l’autre. Les premiers points du plan posent les fondations : réaffirmation de la souveraineté ukrainienne, accord de non-agression complet et sans équivoque entre la Russie et l’Ukraine, garanties de sécurité robustes pour Kiev. Ces principes semblent évidents, mais dans le contexte actuel, ils représentent déjà des victoires diplomatiques pour l’Ukraine. Le plan prévoit également qu’un mécanisme de surveillance sera établi pour superviser la ligne de contact, avec une surveillance spatiale sans pilote pour assurer une notification précoce des violations et résoudre les conflits.
Le point quatre du plan est particulièrement significatif : l’Ukraine maintiendra ses forces armées à leur niveau actuel de 800 000 personnels. C’est un changement majeur par rapport au projet américain initial qui demandait à l’Ukraine de réduire la taille de ses forces. Cette modification montre que Kiev a réussi à faire valoir ses arguments sur la nécessité de maintenir une capacité de défense crédible face à la menace russe. Le point cinq va encore plus loin : les États-Unis, l’OTAN et les pays européens fourniront à l’Ukraine des garanties de sécurité qui reflètent l’Article 5, la clause de défense mutuelle du traité fondateur de l’OTAN. C’est une demande ukrainienne de longue date, et son inclusion dans le plan représente une avancée considérable, même si les modalités précises de ces garanties restent à définir.
Les points de friction persistants
Mais c’est sur les points 12 et 14 que le plan bute encore. Le point 12 concerne la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, actuellement sous contrôle russe et située près de la ligne de front. Zelensky a révélé que les États-Unis proposent que la centrale soit exploitée conjointement par l’Ukraine, les États-Unis et la Russie, chacun détenant des parts égales dans une entreprise commune, avec les Américains agissant comme gestionnaires principaux. Mais la proposition de Kiev est différente : une entreprise commune à 50-50 impliquant uniquement les États-Unis et l’Ukraine, avec l’Ukraine recevant la moitié de l’énergie produite et les États-Unis allouant indépendamment l’autre moitié. Cette divergence n’est pas qu’une question technique. Elle touche au cœur de la souveraineté ukrainienne et de la confiance dans les partenaires occidentaux. Accepter une participation russe dans la gestion de la centrale, c’est reconnaître implicitement le contrôle de Moscou sur ce territoire. C’est une pilule difficile à avaler pour Kiev.
Le point 14, consacré à la question territoriale, est encore plus épineux. Zelensky a qualifié ce point de « le plus complexe » et a admis qu’aucun accord n’avait encore été trouvé. La Russie exige que l’Ukraine retire ses troupes du territoire qu’elle contrôle encore dans la région orientale de Donetsk. Kiev veut que les combats cessent sur les lignes de bataille actuelles. Washington a proposé des zones démilitarisées et une zone économique libre dans la partie de la région de Donetsk que Kiev contrôle. Ces propositions reflètent des visions radicalement différentes de ce que devrait être un accord de paix. Pour la Russie, il s’agit de consolider ses gains territoriaux et d’obtenir une reconnaissance de facto de son contrôle sur les régions occupées. Pour l’Ukraine, il s’agit de geler le conflit sur les lignes actuelles sans céder un pouce de territoire supplémentaire. Pour les États-Unis, il s’agit de trouver un compromis qui permette de mettre fin aux combats tout en préservant une certaine face pour toutes les parties.
Ces négociations sur les points 12 et 14 me donnent le vertige. On parle de centrale nucléaire, de zones démilitarisées, de lignes de front, comme si c’étaient des variables dans une équation mathématique. Mais derrière chaque ligne, il y a des gens qui vivent, qui travaillent, qui espèrent. Et la question qui me hante, c’est : comment peut-on accepter qu’une centrale nucléaire soit gérée conjointement avec un pays qui l’a prise par la force ? Comment peut-on parler de zones démilitarisées quand on sait que la Russie a violé tous les accords précédents ? Il y a quelque chose de profondément insatisfaisant dans ces compromis, et pourtant, je comprends aussi qu’il n’y a peut-être pas d’autre choix.
Section 4 : la mobilisation européenne, un front uni fragile
Berlin, Paris, Ottawa : les capitales se coordonnent
Pendant que Zelensky se prépare à sa rencontre avec Trump, l’Europe s’active en coulisses. Le chancelier allemand Friedrich Merz a été particulièrement actif ces derniers jours. Vendredi, il a eu un entretien téléphonique avec Zelensky pour discuter des prochaines étapes du plan de paix soutenu par les États-Unis. Sur X (anciennement Twitter), Merz a écrit : « L’Europe est inébranlablement à vos côtés alors que vous vous préparez à de nouvelles discussions à Washington sur la fin de la guerre avec la Russie. » Il a ajouté : « Une approche européenne forte et coordonnée reste essentielle pour la paix, la liberté et la sécurité. Le groupe de Berlin est prêt à aider, en coordination étroite avec nos partenaires américains. » Cette référence au « groupe de Berlin » n’est pas anodine. Elle fait allusion au sommet qui s’est tenu à Berlin mi-décembre, la première grande réunion sur l’Ukraine impliquant les États-Unis, l’Ukraine et les principaux pays européens dans un État membre de l’UE depuis que Trump a relancé sa poussée pour une solution de paix en novembre.
Zelensky, de son côté, a noté qu’il avait informé Merz « de notre travail avec les envoyés américains. Nous nous souvenons tous du format de la réunion de Berlin et de la productivité qui y a été atteinte. C’est exactement ainsi que nous continuons à travailler. Nous avons convenu de continuer à agir ensemble avec les Européens. » Cette coordination entre Kiev, Washington et les capitales européennes est cruciale. Elle montre que malgré les divergences sur certains points du plan de paix, il existe une volonté commune de maintenir un front uni face à la Russie. Le Premier ministre canadien Mark Carney a également parlé avec Zelensky vendredi, discutant des derniers développements dans les négociations de paix en cours. Le bureau de Carney a déclaré : « Le Premier ministre a affirmé l’engagement du Canada envers l’Ukraine tout au long de ces négociations et a souligné la nécessité de maintenir la pression sur la Russie pour négocier. » Cette déclaration est importante car elle rappelle que le soutien à l’Ukraine ne se limite pas aux États-Unis et à l’Europe, mais s’étend à l’ensemble des démocraties occidentales.
Les tensions sous-jacentes
Pourtant, derrière cette façade d’unité, des tensions existent. Tous les pays européens n’ont pas la même vision de ce que devrait être un accord de paix avec la Russie. Certains, comme la Pologne et les pays baltes, sont fermement opposés à tout compromis territorial et insistent sur le maintien d’un soutien militaire massif à l’Ukraine. D’autres, comme la France et l’Allemagne, sont plus enclins à explorer des solutions diplomatiques, même si cela implique des concessions douloureuses. Cette diversité de positions complique la tâche de Zelensky, qui doit naviguer entre ces différentes sensibilités tout en maintenant le soutien de tous. La question des garanties de sécurité est particulièrement délicate. Le plan de paix prévoit que les États-Unis, l’OTAN et les pays européens fourniront à l’Ukraine des garanties qui reflètent l’Article 5 de l’OTAN. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? S’agit-il d’un engagement formel à défendre l’Ukraine en cas d’agression russe ? Ou simplement d’une déclaration d’intention sans force contraignante ?
Ces questions ne sont pas théoriques. Elles détermineront la crédibilité de l’accord de paix et la capacité de l’Ukraine à se défendre à l’avenir. Fried, dans son analyse, insiste sur l’importance d’avoir des forces européennes sur le terrain, soutenues par la puissance aérienne et le renseignement américains. C’est une proposition audacieuse qui impliquerait un engagement militaire direct de l’Europe en Ukraine, quelque chose qui n’a jamais été envisagé jusqu’à présent. Mais c’est peut-être la seule façon de garantir que la Russie respecte l’accord de paix. Sans présence militaire occidentale sur le terrain, sans mécanisme de surveillance crédible, sans menace de représailles en cas de violation, l’accord ne sera qu’un bout de papier que Moscou déchirera dès qu’elle le jugera opportun. Et c’est précisément ce que Fried veut éviter en proposant cette architecture de sécurité robuste.
Cette coordination européenne me laisse un sentiment mitigé. D’un côté, je suis soulagé de voir que l’Europe ne laisse pas tomber l’Ukraine, qu’elle maintient son soutien malgré la fatigue de la guerre et les pressions économiques. Mais d’un autre côté, je me demande si cette unité n’est pas qu’une façade, si derrière les déclarations publiques, il n’y a pas des calculs nationaux, des intérêts divergents, des arrière-pensées. Et surtout, je me demande si l’Europe est vraiment prête à s’engager militairement en Ukraine, à mettre ses soldats en première ligne pour défendre un accord de paix. Parce que sans cet engagement, toutes ces belles paroles ne servent à rien.
Section 5 : la position russe, un mur de béton
Moscou rejette, Moscou exige
Pendant que Kiev et Washington peaufinent leur plan de paix, Moscou observe, critique et rejette. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a accusé l’Ukraine de tenter de « torpiler » les négociations. Cette déclaration reflète la réticence de Moscou à faire des compromis. Pour la Russie, le plan de paix en vingt points est inacceptable dans sa forme actuelle. Moscou exige que l’Ukraine retire ses troupes de l’ensemble de la région de Donetsk, y compris les territoires que Kiev contrôle encore. C’est une demande maximaliste qui reviendrait à donner à la Russie une victoire territoriale qu’elle n’a pas obtenue sur le champ de bataille. La Russie veut également que l’Ukraine reconnaisse l’annexion de la Crimée et des quatre régions partiellement occupées (Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson). C’est une ligne rouge absolue pour Kiev, qui ne peut accepter de renoncer à sa souveraineté sur ces territoires.
Mais au-delà de ces exigences territoriales, la Russie a également des demandes sur le statut futur de l’Ukraine. Moscou veut que Kiev s’engage à ne jamais rejoindre l’OTAN, à limiter la taille de ses forces armées, à accepter une « neutralité » qui serait en réalité une vassalisation déguisée. Ces demandes sont inacceptables pour l’Ukraine, qui a inscrit dans sa constitution l’objectif d’adhérer à l’OTAN et à l’Union européenne. Le plan de paix en vingt points tente de contourner cette question en prévoyant que l’Ukraine deviendra membre de l’UE à une date spécifiquement définie, et en lui accordant des garanties de sécurité qui reflètent l’Article 5 de l’OTAN sans pour autant l’intégrer formellement à l’Alliance atlantique. C’est un compromis subtil qui pourrait permettre de satisfaire les deux parties, mais il reste à voir si Moscou l’acceptera.
Le jeu du temps et de l’usure
La stratégie russe semble claire : gagner du temps, user l’Ukraine et ses soutiens occidentaux, obtenir le maximum de concessions avant d’accepter un accord. Moscou sait que le temps joue en sa faveur. L’économie ukrainienne est exsangue, la population est épuisée par trois ans de guerre, les infrastructures sont détruites. À l’inverse, malgré les sanctions occidentales, l’économie russe tient le coup, soutenue par les exportations d’énergie et une mobilisation industrielle massive. Sur le plan militaire, la Russie continue de progresser lentement mais sûrement dans l’est de l’Ukraine, grignotant du terrain mètre par mètre. Cette dynamique sur le terrain renforce la position de négociation de Moscou, qui peut se permettre d’être intransigeante sachant que chaque jour qui passe améliore sa situation stratégique.
C’est précisément pour contrer cette stratégie que Fried conseille à Zelensky de faire de Poutine l’obstacle. Si Kiev parvient à convaincre l’opinion publique occidentale et les décideurs politiques que c’est la Russie qui bloque la paix, alors le soutien à l’Ukraine se maintiendra, voire se renforcera. Les sanctions contre Moscou seront maintenues, l’aide militaire à Kiev continuera, et la pression diplomatique sur la Russie s’intensifiera. Mais si au contraire l’Ukraine apparaît comme l’obstacle, si Kiev est perçu comme intransigeant ou déraisonnable dans ses demandes, alors le risque est grand de voir le soutien occidental s’éroder. C’est un jeu dangereux, une bataille de perceptions où chaque déclaration publique, chaque position affichée, chaque geste diplomatique compte. Et Zelensky le sait. C’est pour cela qu’il a dévoilé publiquement le plan de paix en vingt points, pour montrer que l’Ukraine est prête à faire des compromis, qu’elle ne demande pas l’impossible, qu’elle cherche une solution réaliste et équilibrée.
La position russe me met en colère. Cette intransigeance, cette arrogance, cette certitude d’avoir le temps pour soi. Moscou joue avec les vies humaines comme avec des pions sur un échiquier. Et le pire, c’est que cette stratégie fonctionne. Chaque jour qui passe, l’Ukraine s’affaiblit un peu plus, le soutien occidental s’érode un peu plus, la lassitude s’installe un peu plus. Et Poutine le sait. Il attend, il use, il grignote. Et pendant ce temps, les bombes continuent de tomber sur les villes ukrainiennes, les soldats continuent de mourir dans les tranchées, les familles continuent de fuir. C’est insupportable.
Section 6 : la rencontre de Mar-a-Lago, un moment de vérité
Trump, l’homme imprévisible
Dimanche après-midi, Zelensky rencontrera Trump à Mar-a-Lago. Cette rencontre est cruciale pour plusieurs raisons. D’abord, parce que Trump est le président des États-Unis, et que sans le soutien américain, l’Ukraine ne peut pas tenir face à la Russie. Ensuite, parce que Trump a fait de la résolution du conflit ukrainien une priorité de sa politique étrangère, promettant à plusieurs reprises de mettre fin à la guerre « en 24 heures ». Cette promesse, évidemment irréaliste, reflète néanmoins la volonté de Trump de trouver une solution rapide, quitte à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle accepte des compromis douloureux. Zelensky le sait, et c’est pour cela qu’il a soigneusement préparé cette rencontre, dévoilant publiquement le plan de paix en vingt points pour montrer que Kiev est prête à négocier, mais dans certaines limites.
Trump est un négociateur imprévisible. Il aime les deals, les compromis, les solutions pragmatiques. Mais il est aussi sensible aux questions d’image, de perception, de victoire politique. Si Zelensky parvient à le convaincre que soutenir l’Ukraine est une victoire pour les États-Unis, que faire pression sur la Russie est dans l’intérêt américain, alors il y a une chance que Trump maintienne son soutien à Kiev. Mais si au contraire Trump perçoit l’Ukraine comme un fardeau, comme un problème qui l’empêche de se concentrer sur d’autres priorités, alors le risque est grand de voir ce soutien diminuer. C’est tout l’enjeu de la rencontre de dimanche : convaincre Trump que l’Ukraine mérite d’être soutenue, que la paix ne peut pas se faire à n’importe quel prix, que les intérêts américains sont en jeu dans ce conflit.
Les deux points de friction à résoudre
Zelensky a clairement indiqué que deux points du plan de paix restent en suspens : la question territoriale (point 14) et la centrale nucléaire de Zaporijjia (point 12). Ce sont ces deux points qu’il espère résoudre lors de sa rencontre avec Trump. Sur la question territoriale, la position de Zelensky est claire : il refuse que la ligne de cessez-le-feu soit déplacée pour donner à la Russie des territoires qu’elle n’a pas conquis au combat. C’est une ligne rouge absolue pour Kiev, et Fried soutient cette position. Mais Washington a proposé des zones démilitarisées et une zone économique libre dans la partie de la région de Donetsk que Kiev contrôle. Cette proposition pourrait être un compromis acceptable si elle s’accompagne de garanties de sécurité solides et d’une présence internationale sur le terrain pour surveiller le respect de l’accord.
Sur la question de la centrale nucléaire de Zaporijjia, les positions sont plus éloignées. Washington propose une gestion tripartite (Ukraine, États-Unis, Russie) avec les Américains comme gestionnaires principaux. Kiev préfère une gestion bipartite (Ukraine, États-Unis) avec une répartition 50-50 de l’énergie produite. Cette divergence reflète une question plus profonde : peut-on faire confiance à la Russie pour gérer conjointement une infrastructure aussi sensible qu’une centrale nucléaire ? La réponse de Kiev est clairement non. Mais Washington semble penser qu’impliquer la Russie dans la gestion de la centrale pourrait être un moyen de l’inciter à respecter l’accord de paix. C’est un pari risqué, et il reste à voir si Trump sera convaincu par les arguments de Zelensky sur ce point.
Cette rencontre à Mar-a-Lago me rend nerveux. Trump est tellement imprévisible, tellement guidé par son instinct et son ego. Et Zelensky doit jouer la partie de sa vie, convaincre un homme qui ne s’intéresse qu’aux deals et aux victoires politiques que l’Ukraine mérite d’être soutenue. C’est un exercice d’équilibriste périlleux, et je ne peux m’empêcher de penser à tout ce qui pourrait mal tourner. Un mot de travers, une mauvaise interprétation, et tout pourrait s’effondrer. Le sort de millions de personnes dépend de cette rencontre, et ça me terrifie.
Section 7 : les garanties de sécurité, le cœur du problème
L’Article 5 sans l’OTAN, un paradoxe
Le point 5 du plan de paix prévoit que les États-Unis, l’OTAN et les pays européens fourniront à l’Ukraine des garanties de sécurité qui reflètent l’Article 5 de l’OTAN. C’est une formulation subtile qui tente de concilier deux exigences contradictoires : donner à l’Ukraine des garanties de sécurité solides sans pour autant l’intégrer formellement à l’OTAN, ce qui serait inacceptable pour la Russie. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? L’Article 5 du traité de l’Atlantique Nord stipule qu’une attaque contre un membre de l’Alliance est considérée comme une attaque contre tous les membres, et que chaque membre prendra les mesures qu’il juge nécessaires pour assister le membre attaqué. C’est la clause de défense collective qui est au cœur de l’OTAN, et c’est ce qui fait la force de l’Alliance.
Mais comment peut-on appliquer ce principe à l’Ukraine sans que le pays soit membre de l’OTAN ? C’est tout le défi de cette formulation. Une possibilité serait de conclure des accords bilatéraux de sécurité entre l’Ukraine et chaque pays occidental, dans lesquels ces pays s’engageraient à défendre l’Ukraine en cas d’agression russe. Mais ces accords auraient-ils la même force contraignante que l’Article 5 ? Seraient-ils crédibles aux yeux de Moscou ? C’est loin d’être certain. Une autre possibilité, suggérée par Fried, serait de déployer des forces européennes sur le terrain en Ukraine, soutenues par la puissance aérienne et le renseignement américains. Cette présence militaire occidentale serait un signal fort envoyé à la Russie : toute nouvelle agression contre l’Ukraine entraînerait un conflit direct avec l’Occident. C’est une proposition audacieuse, mais elle pose de nombreuses questions pratiques et politiques.
Le défi de la crédibilité
Le problème fondamental avec les garanties de sécurité, c’est qu’elles ne valent que ce que vaut la volonté politique de les faire respecter. L’Ukraine a déjà eu des garanties de sécurité par le passé. En 1994, dans le cadre du Mémorandum de Budapest, l’Ukraine a accepté de renoncer à son arsenal nucléaire hérité de l’Union soviétique en échange de garanties de sécurité de la part des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie. Ces garanties stipulaient que ces pays respecteraient l’indépendance, la souveraineté et les frontières existantes de l’Ukraine. On sait ce qu’il en est advenu : en 2014, la Russie a annexé la Crimée et soutenu les séparatistes dans l’est de l’Ukraine, violant ouvertement le Mémorandum de Budapest. Et les États-Unis et le Royaume-Uni n’ont rien fait pour défendre l’Ukraine, se contentant de condamner l’agression russe et d’imposer des sanctions.
Cette expérience traumatisante explique pourquoi l’Ukraine est si méfiante vis-à-vis des garanties de sécurité qui ne s’accompagnent pas d’un engagment militaire concret. Kiev veut des garanties qui aient des dents, qui impliquent une présence militaire occidentale sur le terrain, qui créent un coût prohibitif pour toute nouvelle agression russe. C’est pour cela que la proposition de Fried de déployer des forces européennes en Ukraine est si importante. Elle transformerait les garanties de sécurité abstraites en une réalité concrète sur le terrain. Mais elle pose aussi la question de savoir si les pays européens sont prêts à prendre ce risque, à mettre leurs soldats en danger pour défendre l’Ukraine. C’est une question politique majeure qui n’a pas encore trouvé de réponse claire.
Cette question des garanties de sécurité me hante. Parce que je sais que sans garanties crédibles, l’accord de paix ne sera qu’un répit temporaire avant la prochaine agression russe. Et je sais aussi que l’Ukraine a déjà été trahie une fois, en 1994, quand elle a renoncé à ses armes nucléaires en échange de promesses qui n’ont pas été tenues. Comment peut-on demander à l’Ukraine de faire confiance à nouveau ? Comment peut-on lui demander de croire que cette fois-ci, ce sera différent ? C’est une question douloureuse, et je n’ai pas de réponse satisfaisante.
Section 8 : la dimension économique, reconstruire sur des ruines
800 milliards de dollars, un chiffre vertigineux
Le plan de paix en vingt points ne se limite pas aux questions militaires et territoriales. Il inclut également une dimension économique ambitieuse. Le point 9 prévoit la création de plusieurs fonds pour aborder la récupération économique, la reconstruction des zones et régions endommagées, et les questions humanitaires. L’objectif est de mobiliser 800 milliards de dollars pour aider l’Ukraine à réaliser pleinement son potentiel. C’est un chiffre vertigineux qui reflète l’ampleur des destructions causées par trois ans de guerre. Des villes entières ont été rasées, des infrastructures critiques ont été détruites, des millions de personnes ont été déplacées. Reconstruire l’Ukraine sera un défi colossal qui nécessitera des investissements massifs sur plusieurs décennies.
Mais d’où viendra cet argent ? Le plan prévoit que l’Ukraine recevra un « paquet de développement mondial fort », qui sera défini dans un accord séparé sur l’investissment et la prospérité future. Cela suggère que les fonds proviendront d’une combinaison de sources : aide publique des pays occidentaux, prêts des institutions financières internationales, investissements privés. Le plan prévoit également que l’Ukraine accélérera le processus de conclusion d’un accord de libre-échange avec les États-Unis. C’est une demande ukrainienne de longue date, qui pourrait stimuler l’économie du pays en lui donnant accès au marché américain. Mais Zelensky a noté que la position américaine est que si Washington devait accorder un accès au libre-échange à l’Ukraine, elle viserait à offrir des conditions similaires à la Russie. Cette condition est problématique car elle crée une équivalence entre l’agresseur et la victime, entre le pays qui a déclenché la guerre et celui qui la subit.
L’adhésion à l’Union européenne, un horizon lointain
Le point 7 du plan prévoit que l’Ukraine deviendra membre de l’Union européenne à une date spécifiquement définie. C’est une victoire diplomatique importante pour Kiev, qui a fait de l’adhésion à l’UE un objectif stratégique. L’Ukraine a obtenu le statut de candidat à l’adhésion en juin 2022, et les négociations d’adhésion ont officiellement commencé en juin 2024. Mais le processus d’adhésion est long et complexe, nécessitant des réformes profondes dans de nombreux domaines : État de droit, lutte contre la corruption, économie de marché, normes environnementales, etc. Dans des circonstances normales, il faut compter au moins une décennie entre le début des négociations et l’adhésion effective. Mais les circonstances ne sont pas normales. L’Ukraine est en guerre, son économie est dévastée, ses institutions sont sous pression.
Le plan prévoit également que l’Ukraine recevra un accès préférentiel à court terme au marché européen. C’est une mesure importante qui pourrait aider l’économie ukrainienne à se redresser en lui donnant accès au plus grand marché du monde. Mais elle pose aussi des questions sur la capacité de l’Ukraine à respecter les normes européennes dans le contexte actuel. Comment peut-on exiger d’un pays en guerre qu’il mette en œuvre des réformes complexes et coûteuses ? Comment peut-on évaluer sa conformité aux critères d’adhésion quand une partie de son territoire est occupée et que ses institutions sont mobilisées pour l’effort de guerre ? Ce sont des questions difficiles auxquelles l’Union européenne devra répondre dans les mois et les années à venir.
Ces 800 milliards de dollars me laissent songeur. C’est une somme colossale, presque abstraite. Et je me demande si cet argent sera vraiment mobilisé, si les promesses seront tenues. Parce que l’histoire nous a appris que les promesses d’aide après les guerres sont souvent plus généreuses sur le papier que dans la réalité. Et je pense aux Ukrainiens qui ont tout perdu, qui vivent dans des ruines, qui attendent qu’on les aide à reconstruire leur vie. Pour eux, ces 800 milliards ne sont pas un chiffre abstrait. C’est l’espoir d’un avenir meilleur, l’espoir de pouvoir rentrer chez eux, de retrouver une vie normale. Et j’espère sincèrement que cet espoir ne sera pas déçu.
Section 9 : la dimension humanitaire, les cicatrices invisibles
Les prisonniers de guerre, un enjeu crucial
Le point 17 du plan de paix est consacré aux questions humanitaires. Il prévoit la création d’un comité humanitaire pour résoudre les problèmes en suspens. Parmi ces problèmes, l’échange de tous les prisonniers de guerre restants sur le principe du « Tous pour Tous ». C’est une demande ukrainienne de longue date, qui reflète l’importance que Kiev accorde au sort de ses soldats capturés par les forces russes. Selon les estimations, des milliers de soldats ukrainiens sont actuellement détenus en Russie, souvent dans des conditions difficiles. Leur libération est une priorité absolue pour le gouvernement ukrainien, qui fait face à une pression constante des familles de ces prisonniers. Mais la Russie utilise les prisonniers de guerre comme un levier de négociation, refusant de les libérer sans contreparties.
Le plan prévoit également le retour de tous les détenus civils et otages, y compris les enfants. Cette mention des enfants est particulièrement importante car elle fait référence à l’une des pratiques les plus odieuses de la Russie dans cette guerre : la déportation forcée d’enfants ukrainiens vers la Russie. Selon les autorités ukrainiennes, des milliers d’enfants ont été enlevés de force et transférés en Russie, où ils sont placés dans des familles d’accueil russes ou dans des institutions. Cette pratique a été qualifiée de crime de guerre par de nombreux observateurs internationaux, et la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour ce motif. Le retour de ces enfants est une question extrêmement sensible pour l’Ukraine, et leur inclusion dans le plan de paix montre que Kiev ne renoncera pas à cette exigence.
Les victimes du conflit, une dette morale
Le plan prévoit également des dispositions pour aborder la souffrance des victimes du conflit. C’est une formulation vague qui pourrait couvrir de nombreux aspects : indemnisation des victimes, soutien psychologique, reconstruction des infrastructures détruites, déminage des territoires contaminés, etc. La guerre en Ukraine a causé des souffrances incommensurables. Des dizaines de milliers de civils ont été tués, des centaines de milliers ont été blessés, des millions ont été déplacés. Des villes entières ont été détruites, des familles ont été séparées, des vies ont été brisées. Ces cicatrices ne disparaîtront pas avec la signature d’un accord de paix. Elles persisteront pendant des années, voire des décennies. Et la communauté internationale a une responsabilité morale d’aider l’Ukraine à guérir ces blessures.
Mais au-delà de l’aide matérielle, il y a aussi la question de la justice. Les crimes de guerre commis par les forces russes en Ukraine doivent être documentés, les responsables doivent être identifiés et poursuivis. C’est une exigence fondamentale de l’État de droit et de la justice internationale. Le plan de paix ne mentionne pas explicitement cette question, ce qui est préoccupant. Est-ce que cela signifie que la justice sera sacrifiée sur l’autel de la paix ? Est-ce que les criminels de guerre russes bénéficieront d’une impunité de facto en échange d’un accord de cessez-le-feu ? Ce sont des questions difficiles qui devront être abordées dans les négociations à venir. Mais une chose est claire : sans justice, il ne peut y avoir de paix durable. Les victimes ont le droit de voir leurs bourreaux jugés et condamnés. C’est une condition essentielle pour la réconciliation et la reconstruction.
Cette dimension humanitaire me touche profondément. Parce que derrière les chiffres, derrière les statistiques, il y a des êtres humains qui souffrent. Des mères qui pleurent leurs fils, des enfants qui ont perdu leurs parents, des familles qui ont été séparées. Et je pense à ces enfants ukrainiens déportés en Russie, arrachés à leurs familles, privés de leur identité, de leur langue, de leur culture. C’est une tragédie qui me révolte, et je ne peux accepter qu’elle soit oubliée ou minimisée dans les négociations de paix. Ces enfants doivent rentrer chez eux. C’est une exigence morale absolue.
Section 10 : le mécanisme de surveillance, la clé de la crédibilité
Un Conseil de la Paix présidé par Trump
Le point 19 du plan de paix prévoit que l’accord sera juridiquement contraignant et que sa mise en œuvre sera surveillée et garantie par un Conseil de la Paix, présidé par le président Trump. L’Ukraine, l’Europe, l’OTAN, la Russie et les États-Unis feront partie de ce mécanisme. Des sanctions s’appliqueront en cas de violations. C’est un élément crucial du plan car il tente de répondre à la question fondamentale : comment s’assurer que l’accord sera respecté ? L’histoire des accords de paix avec la Russie est jalonnée de violations et de trahisons. Le Mémorandum de Budapest de 1994, les accords de Minsk de 2014 et 2015, tous ont été violés par Moscou sans conséquences réelles. Pour que le plan de paix actuel ait une chance de fonctionner, il faut un mécanisme de surveillance robuste et des sanctions crédibles en cas de violation.
La présidence de Trump sur ce Conseil de la Paix est intéressante à plusieurs égards. D’une part, elle donne à Trump un rôle central dans la mise en œuvre de l’accord, ce qui pourrait flatter son ego et l’inciter à s’investir personnellement dans le succès du processus. D’autre part, elle pose la question de la continuité : que se passera-t-il après le mandat de Trump ? Le Conseil de la Paix continuera-t-il à fonctionner sous une autre présidence américaine ? Ces questions de gouvernance sont importantes car elles détermineront la longévité et l’efficacité du mécanisme de surveillance. Le plan prévoit également que des sanctions s’appliqueront en cas de violations. Mais quelles sanctions ? Qui les imposera ? Selon quels critères ? Ces détails devront être précisés dans les négociations à venir.
La surveillance spatiale, un œil dans le ciel
Le point 2 du plan prévoit qu’un mécanisme de surveillance sera établi pour superviser la ligne de contact à travers une surveillance spatiale sans pilote, pour assurer une notification précoce des violations et résoudre les conflits. C’est une proposition technologique intéressante qui utilise les satellites et les drones pour surveiller le respect de l’accord de cessez-le-feu. Cette surveillance spatiale présente plusieurs avantages : elle est objective, elle ne peut pas être manipulée par les parties au conflit, elle fournit des preuves visuelles en cas de violation. Mais elle présente aussi des limites : elle ne peut pas empêcher les violations, seulement les détecter. Et la détection d’une violation ne sert à rien si elle n’est pas suivie de conséquences.
C’est là que le Conseil de la Paix entre en jeu. En théorie, lorsqu’une violation est détectée par la surveillance spatiale, le Conseil de la Paix se réunit, examine les preuves, et décide des sanctions à imposer. Mais en pratique, ce processus pourrait être lent et bureaucratique, permettant à la partie qui viole l’accord de gagner du temps et de créer des faits accomplis sur le terrain. C’est pour cela que Fried insiste sur l’importance d’avoir des forces européennes sur le terrain. Ces forces pourraient réagir immédiatement à toute violation, sans attendre les délibérations du Conseil de la Paix. Elles constitueraient une dissuasion crédible contre toute tentative de la Russie de violer l’accord. Mais encore une fois, cela suppose que les pays européens soient prêts à prendre ce risque, à mettre leurs soldats en danger pour défendre l’accord de paix.
Ce mécanisme de surveillance me laisse sceptique. Parce que j’ai vu trop d’accords de paix violés, trop de mécanismes de surveillance contournés, trop de sanctions ignorées. Et je me demande si cette fois-ci, ce sera vraiment différent. Est-ce que la surveillance spatiale sera suffisante pour dissuader la Russie de violer l’accord ? Est-ce que le Conseil de la Paix aura le courage d’imposer des sanctions réelles en cas de violation ? Est-ce que les pays occidentaux seront prêts à payer le prix politique et économique de l’application de ces sanctions ? Je voudrais y croire, mais l’expérience me rend prudent.
Section 11 : les enjeux géopolitiques, au-delà de l'Ukraine
Un test pour l’ordre international
Le conflit en Ukraine n’est pas seulement une guerre entre deux pays. C’est un test pour l’ordre international fondé sur des règles, un test pour le principe selon lequel les frontières ne peuvent pas être modifiées par la force, un test pour la crédibilité des alliances occidentales. Si la Russie parvient à annexer des territoires ukrainiens et à s’en tirer sans conséquences majeures, cela enverra un signal dangereux à tous les régimes autoritaires du monde : l’agression paie, la force prime sur le droit, les garanties internationales ne valent rien. C’est pour cela que l’issue de ce conflit a des implications qui dépassent largement l’Ukraine. Elle déterminera la nature de l’ordre international pour les décennies à venir.
La Chine observe attentivement ce qui se passe en Ukraine. Pékin tire des leçons de la réaction occidentale à l’agression russe, et ces leçons influenceront sa propre stratégie vis-à-vis de Taïwan. Si l’Occident montre de la faiblesse face à la Russie, si les sanctions sont inefficaces, si le soutien à l’Ukraine s’érode, alors la Chine pourrait être tentée de passer à l’action contre Taïwan. À l’inverse, si l’Occident montre de la détermination, si les sanctions font mal à la Russie, si l’Ukraine parvient à résister avec le soutien occidental, alors la Chine sera plus prudente. C’est pour cela que le conflit en Ukraine est aussi un conflit entre démocraties et autocraties, entre un ordre international fondé sur des règles et un ordre fondé sur la force.
L’Europe face à ses responsabilités
Le conflit en Ukraine a également révélé les faiblesses de l’Europe en matière de défense et de politique étrangère. Pendant des décennies, les pays européens ont sous-investi dans leur défense, comptant sur le parapluie sécuritaire américain. Ils ont également développé une dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, croyant naïvement que le commerce créerait des liens d’interdépendance qui empêcheraient la guerre. L’agression russe contre l’Ukraine a brutalement démenti ces illusions. L’Europe a dû réarmer en urgence, diversifier ses sources d’énergie, repenser sa relation avec la Russie. Mais ces ajustements sont loin d’être suffisants. L’Europe doit encore développer une véritable autonomie stratégique, une capacité à défendre ses intérêts sans dépendre des États-Unis.
La proposition de Fried de déployer des forces européennes en Ukraine est un test de cette autonomie stratégique. Si l’Europe est prête à mettre ses soldats en première ligne pour défendre l’accord de paix, cela montrera qu’elle est capable d’assumer ses responsabilités en matière de sécurité. Si au contraire elle se contente de déclarations de soutien sans engagement concret, cela confirmera qu’elle reste dépendante des États-Unis pour sa sécurité. C’est un moment de vérité pour l’Europe, un moment où elle doit choisir entre la rhétorique et l’action, entre les promesses et les actes. Et ce choix aura des conséquences durables sur la crédibilité de l’Europe en tant qu’acteur géopolitique.
Ces enjeux géopolitiques me donnent le vertige. Parce que je réalise que le sort de l’Ukraine n’est qu’une pièce dans un puzzle beaucoup plus vaste. Que ce qui se joue en Ukraine, c’est l’avenir de l’ordre international, l’équilibre entre démocraties et autocraties, la crédibilité des alliances occidentales. Et je me demande si les dirigeants occidentaux ont vraiment conscience de ces enjeux, s’ils comprennent que leur réaction à l’agression russe déterminera le monde dans lequel nous vivrons dans les décennies à venir. Parce que si nous échouons en Ukraine, nous échouerons partout ailleurs.
Conclusion : l'heure des choix impossibles
Un équilibre précaire entre paix et justice
Alors que Zelensky s’apprête à rencontrer Trump dimanche à Mar-a-Lago, l’Ukraine se trouve à un carrefour historique. Le plan de paix en vingt points représente des mois de négociations intenses, de compromis douloureux, de lignes rouges défendues avec acharnement. Mais deux questions cruciales restent en suspens : le contrôle territorial et la centrale nucléaire de Zaporijjia. Sur ces deux points, les positions ukrainienne et américaine divergent encore, et c’est précisément pour tenter de les résoudre que cette rencontre a lieu. Le conseil de Daniel Fried à Zelensky est clair : faire de Poutine l’obstacle, pas le compromis. Se positionner comme un soutien du plan émergent tout en cherchant à l’améliorer. C’est une stratégie subtile qui nécessite un équilibre délicat entre fermeté et flexibilité, entre principes et pragmatisme.
Mais au-delà de la tactique diplomatique, il y a une question plus profonde : peut-on vraiment faire la paix avec un agresseur qui n’a jamais respecté ses engagements ? Peut-on faire confiance à la Russie pour respecter un accord de cessez-le-feu alors qu’elle a violé tous les accords précédents ? Ces questions hantent les négociations actuelles. Fried lui-même reconnaît que la Russie ne respecterait pas ses obligations dans une zone démilitarisée traditionnelle. C’est pour cela qu’il propose une présence de forces tierces, une surveillance spatiale, des sanctions en cas de violation. Mais même avec tous ces mécanismes, la question reste : est-ce suffisant pour garantir une paix durable ? Ou est-ce simplement un répit temporaire avant la prochaine agression russe ?
Je suis déchiré entre l’espoir et le cynisme. L’espoir que cette fois-ci, un accord de paix puisse vraiment mettre fin à cette guerre terrible, que les mécanismes de surveillance fonctionneront, que les garanties de sécurité seront respectées. Mais aussi le cynisme né de l’expérience, de la connaissance de l’histoire, de la compréhension de la nature du régime russe. Parce que je sais que Poutine ne cherche pas la paix, il cherche la victoire. Et qu’un accord de paix ne sera pour lui qu’une pause stratégique, une occasion de se réarmer et de se préparer pour la prochaine offensive. Mais peut-être que je me trompe. Peut-être que cette fois-ci, ce sera différent. Je veux le croire, pour les Ukrainiens qui souffrent, pour les familles qui pleurent, pour tous ceux qui aspirent à la paix.
Le poids de l’histoire sur les épaules de Zelensky
Dimanche après-midi, lorsque Zelensky entrera dans la résidence de Mar-a-Lago pour rencontrer Trump, il portera sur ses épaules le poids de l’histoire. Le poids des milliers de soldats ukrainiens tombés au combat, le poids des millions de civils déplacés, le poids des villes détruites, le poids des espoirs et des craintes de tout un peuple. Sa tâche est immense : convaincre Trump que l’Ukraine mérite d’être soutenue, que la paix ne peut pas se faire à n’importe quel prix, que les intérêts américains sont en jeu dans ce conflit. Mais aussi négocier les détails du plan de paix, trouver des compromis sur les points en suspens, défendre les lignes rouges ukrainiennes. C’est un exercice d’équilibriste périlleux, une partie d’échecs diplomatique où chaque mot compte, où chaque geste peut faire basculer l’équilibre.
Fried a donné à Zelensky une feuille de route claire : faire de Poutine l’obstacle, pas le compromis. C’est une stratégie intelligente qui pourrait permettre à l’Ukraine de maintenir le soutien occidental tout en défendant ses intérêts vitaux. Mais c’est aussi une stratégie risquée qui nécessite une exécution parfaite. Un faux pas, une maladresse, et tout pourrait s’effondrer. Le sort de millions de personnes dépend de cette rencontre, de la capacité de Zelensky à convaincre Trump, de la volonté de l’Occident à soutenir l’Ukraine jusqu’au bout. C’est un moment de vérité, un moment où les choix faits aujourd’hui détermineront l’avenir pour les décennies à venir. Et dans ce moment crucial, nous ne pouvons qu’espérer que la sagesse l’emportera sur le cynisme, que la justice l’emportera sur l’opportunisme, que la paix l’emportera sur la guerre. Mais l’espoir seul ne suffit pas. Il faut aussi de la détermination, du courage, et une volonté inébranlable de défendre les principes qui fondent notre ordre international. C’est ce que Zelensky devra démontrer dimanche à Mar-a-Lago. Et c’est ce que l’Occident devra démontrer dans les mois et les années à venir.
En écrivant ces lignes, je ressens une émotion profonde. Parce que je sais que derrière tous ces calculs diplomatiques, toutes ces stratégies, tous ces compromis, il y a des vies humaines. Des gens qui souffrent, qui espèrent, qui attendent. Et je me demande si nous, en Occident, nous avons vraiment conscience de notre responsabilité. Parce que l’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-même. Elle se bat pour nous tous, pour les valeurs que nous prétendons défendre, pour l’ordre international que nous avons construit. Et si nous l’abandonnons maintenant, si nous la forçons à accepter une paix injuste, nous ne trahirons pas seulement l’Ukraine. Nous nous trahirons nous-mêmes. Et cette trahison nous hantera pour les générations à venir.
Sources
Sources primaires
Kyiv Post – « ‘Make Putin the Obstacle’ – Veteran US Diplomat Outlines Strategic Guidance for Zelensky in US-Backed Peace Talks » par Alex Raufoglu, publié le 27 décembre 2025. Interview exclusive avec Daniel Fried, ancien secrétaire d’État adjoint américain et expert de la Russie.
Reuters – « Ukraine unveils 20-point peace proposal under discussion with US » par Olena Harmash, publié le 24 décembre 2025. Article détaillant les vingt points du plan de paix présenté par le président Zelensky.
CNN – « Zelensky says he plans to meet Trump in Florida for peace talks » publié le 26 décembre 2025. Couverture de l’annonce de la rencontre entre Zelensky et Trump prévue le 29 décembre 2025.
Deutsche Welle (DW) – « Ukraine updates: Zelenskyy plans to meet Trump on Sunday » publié le 26 décembre 2025. Mise à jour sur les développements diplomatiques récents.
Sources secondaires
BBC News – « Zelensky plans to meet Trump on Sunday for talks on peace deal » publié le 26 décembre 2025. Analyse du contexte de la rencontre Trump-Zelensky.
Al Jazeera – « Ukraine accepts demilitarised zone to end Russia war, but do DMZs work » publié le 25 décembre 2025. Examen des zones démilitarisées comme solution potentielle.
The New York Times – « Why Russia Is Likely to Reject the New US-Ukrainian Peace Plan » publié le 25 décembre 2025. Analyse de la position russe face au plan de paix.
Institute for the Study of War (ISW) – « Russian Offensive Campaign Assessment, December 24, 2025 » publié le 24 décembre 2025. Évaluation de la situation militaire sur le terrain.
NPR – « U.S. and Ukraine reach consensus on key issues aimed at ending war » publié le 24 décembre 2025. Couverture des progrès dans les négociations américano-ukrainiennes.
France 24 – « Zelensky unveils new US-backed, 20-point plan to end the Russian invasion of Ukraine » publié le 24 décembre 2025. Présentation du plan de paix et de ses implications.
CTV News Canada – « Russia-Ukraine peace talks: Carney confirms Canadian support » publié le 26 décembre 2025. Déclaration du Premier ministre canadien Mark Carney sur le soutien du Canada à l’Ukraine.
Bundesregierung (Gouvernement allemand) – Déclaration du chancelier Friedrich Merz sur le soutien de l’Allemagne à l’Ukraine, publiée le 26 décembre 2025.
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