Des soldats venus de Pyongyang
Dans le secteur de Kursk, la guerre prend une dimension encore plus surréaliste. Des soldats nord-coréens combattent aux côtés des Russes. Ce n’est plus une rumeur, c’est une réalité confirmée par plusieurs sources. Le conseiller à la sécurité nationale américain John Kirby a déclaré le 27 décembre que les forces nord-coréennes avaient subi environ mille pertes au cours de la semaine précédente dans l’oblast de Kursk. Mille pertes en une semaine. Ces hommes, venus de l’autre bout du monde, meurent sur un sol qu’ils ne connaissent pas, pour une cause qui n’est pas la leur.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait annoncé le 23 décembre que plus de trois mille personnels nord-coréens avaient été tués ou blessés dans l’oblast de Kursk, soit environ un quart des douze mille soldats nord-coréens déployés. Les Services de renseignement sud-coréens ont confirmé le 26 décembre, après consultation avec les services ukrainiens, que les Forces d’opérations spéciales ukrainiennes avaient capturé un soldat nord-coréen blessé. Des images ont circulé, montrant un jeune homme au visage asiatique, l’air perdu, entouré de soldats ukrainiens. La guerre mondiale par procuration n’est plus une métaphore. Elle est là, tangible, incarnée dans ce soldat capturé.
Une seule attaque repoussée, mais quelle attaque
Dans les directions de Slobozhanshchyna Nord et de Kursk, les soldats ukrainiens ont repoussé une attaque russe. Une seule. Mais l’ennemi a mené une frappe aérienne utilisant trois bombes planantes et effectué cent trente-cinq bombardements. Le rapport de force est écrasant. Les Russes pilonnent, bombardent, écrasent sous le feu. Puis ils envoient leurs fantassins. Et quand ces fantassins tombent, ils en envoient d’autres. La doctrine militaire russe n’a pas changé depuis la Seconde Guerre mondiale : avancer coûte que coûte, quel que soit le prix humain.
Les analystes de l’ISW notent que le commandement russe utilise des soldats nord-coréens de tous rangs dans des assauts d’infanterie sans soutien de véhicules blindés. C’est du suicide organisé. Les autorités nord-coréennes permettent à la Russie d’utiliser leurs hommes comme chair à canon. On imagine ces soldats, formés dans les montagnes de Corée du Nord, jetés dans les plaines glacées de Russie, face à des défenseurs ukrainiens aguerris par trois ans de guerre. Le résultat est prévisible. Mille pertes en une semaine.
Les soldats nord-coréens me glacent le sang. Pas par leur présence en elle-même, mais par ce qu’elle révèle. Ces hommes sont des pions dans un jeu qui les dépasse. Ils ont été envoyés mourir loin de chez eux, sans comprendre pourquoi. Leur gouvernement les a vendus à Moscou comme on vend du bétail. Et ils meurent. Par centaines. Par milliers. Pour rien. Absolument rien. Cette guerre n’est pas la leur. Mais ils la paient de leur vie quand même.
Slobozhanshchyna Sud : sept tentatives, sept échecs
Vovchansk, le symbole de la résistance
Dans le secteur de Slobozhanshchyna Sud, l’armée russe a tenté sept fois de percer les lignes défensives ukrainiennes près des localités de Starytsia, Vovchansk, Prylipka, et en direction de Lyman et Hryhorivka. Sept tentatives. Sept échecs. Vovchansk est devenu un nom familier pour ceux qui suivent cette guerre. Cette ville, située à quelques kilomètres de la frontière russe, a été le théâtre de combats acharnés pendant des mois. Les Russes l’ont bombardée jusqu’à la réduire en ruines. Puis ils ont essayé de la prendre. Encore et encore.
Des sources russes affirment que leurs forces ont avancé dans Starytsia, traversé la rivière Vovcha, progressé de quatre-vingts mètres à Vovchansk et tentent de préparer une tête de pont pour de nouvelles opérations. L’ISW précise qu’elle n’a pas observé de confirmation visuelle de ces affirmations. Dans cette guerre, chaque camp exagère ses succès et minimise ses pertes. La vérité se trouve quelque part entre les communiqués officiels et les images satellites. Ce qui est certain, c’est que Vovchansk tient toujours. Malgré tout.
La guerre des villages
Cette guerre se joue village par village, rue par rue, maison par maison. Les noms des localités s’enchaînent dans les rapports militaires comme une litanie funèbre. Starytsia, Vovchansk, Prylipka, Lyman, Hryhorivka. Chacun de ces noms représente des familles déplacées, des maisons détruites, des vies bouleversées. Les combats dans cette région sont particulièrement brutaux. Les Russes veulent repousser les Ukrainiens loin de la frontière avec l’oblast de Belgorod. Ils veulent créer une zone tampon qui mettrait leurs villes à l’abri des frappes ukrainiennes.
Mais les défenseurs ukrainiens ne cèdent pas. Ils connaissent le terrain. Ils ont transformé chaque village en forteresse, chaque maison en point d’appui. Les Russes avancent, oui, mais au prix de pertes terribles. Un milblogueur russe a affirmé le 27 décembre que les forces ukrainiennes avaient mené deux contre-attaques de la taille d’un peloton près de Vovchansk. Des contre-attaques. Même sous la pression, même en infériorité numérique, les Ukrainiens contre-attaquent. C’est cette capacité à ne jamais abandonner qui fait toute la différence.
Sept tentatives en une journée. Sept. Je me demande ce que ressentent les soldats russes quand ils reçoivent l’ordre d’attaquer pour la septième fois. Est-ce qu’ils y croient encore ? Est-ce qu’ils pensent vraiment qu’ils vont réussir là où les six précédentes vagues ont échoué ? Ou est-ce qu’ils avancent mécaniquement, résignés, en espérant juste survivre ? La guerre use les hommes. Elle les broie. Et quand elle a fini avec eux, elle en prend d’autres.
Kupiansk : quatre assauts, une détermination intacte
Le verrou qui ne cède pas
Dans la direction de Kupiansk, quatre attaques ennemies ont eu lieu. Les Forces de défense ont repoussé les actions d’assaut vers Petropavlivka et Pishchane. Kupiansk est une ville stratégique située sur la rivière Oskil. Elle contrôle plusieurs axes routiers et ferroviaires importants. Les Russes la veulent. Ils la veulent depuis des mois. Mais ils ne l’ont pas. Pas encore. Les combats dans cette région sont d’une intensité rare. Les deux camps savent ce qui est en jeu.
Le ministère russe de la Défense a affirmé le 27 décembre que des éléments de la 27e brigade motorisée avaient pris Lozova, au sud-est de Kupiansk, et que les forces russes avaient également saisi Zahryzove et Ivanivka au cours de la semaine précédente. L’ISW évalue que les forces russes ont pris Lozova vers le 24 décembre, mais n’a pas observé de preuves visuelles de forces russes opérant à Ivanivka ou dans la partie sud-ouest de Zahryzove. Les sources russes affirment que leurs forces n’ont progressé que dans la moitié de Zahryzove et que les forces ukrainiennes contre-attaquent toujours dans la partie sud de la localité.
La bataille de la rivière Oskil
Un officier d’une brigade ukrainienne opérant dans la direction de Kupiansk a rapporté que les forces russes tentent d’atteindre Dvorichna, au nord-est de Kupiansk, et de traverser la rivière Oskil sous le couvert de la nuit ou par mauvais temps. La rivière Oskil est une barrière naturelle importante. Si les Russes parviennent à la franchir en force, ils pourront menacer directement Kupiansk. Mais traverser une rivière sous le feu ennemi est l’une des opérations militaires les plus difficiles et les plus coûteuses qui soient.
L’observateur militaire ukrainien Kostyantyn Mashovets note que les éléments de la 69e division motorisée russe n’ont pas réussi à élargir significativement leur tête de pont près de Dvorichna. Les Russes ont établi une petite tête de pont, mais ils ne peuvent pas l’exploiter. Les drones ukrainiens harcèlent constamment leurs lignes de communication terrestres. Chaque tentative de renforcement se solde par des pertes. Les images montrent des véhicules russes détruits le long des routes menant à la rivière. Des colonnes entières anéanties par des frappes de drones.
Quatre assauts. Quatre échecs. Mais demain, il y en aura quatre autres. Et après-demain encore. C’est ça, la guerre d’attrition. On ne gagne pas en un jour. On gagne en tenant un jour de plus que l’adversaire. En refusant de céder. En repoussant la quatrième attaque comme on a repoussé les trois premières. La fatigue s’accumule. Les pertes aussi. Mais tant qu’on tient, on n’a pas perdu.
Lyman : seize attaques pour quelques mètres
L’acharnement russe atteint des sommets
Dans le secteur de Lyman, l’ennemi a mené seize attaques, tentant de pénétrer les défenses près des localités de Serednie et Novoselivka, et en direction de Druzheliubivka, Oleksandrivka, Lyman, Stavky, Ozerne et Drobysheve. Seize attaques. En une seule journée. Sur un seul secteur. Ces chiffres donnent une idée de l’intensité des combats. Lyman est une ville qui a déjà changé de mains plusieurs fois depuis le début de la guerre. Elle a été libérée par les Ukrainiens en octobre 2022, après des combats acharnés. Depuis, les Russes tentent de la reprendre.
Les villages autour de Lyman sont devenus des champs de bataille permanents. Serednie, Novoselivka, Druzheliubivka, Oleksandrivka, Stavky, Ozerne, Drobysheve. Ces noms ne disent rien à la plupart des gens. Mais pour les soldats qui y combattent, ce sont des enfers. Des cratères d’obus, des tranchées boueuses, des maisons éventrées. Le paysage lunaire de la guerre moderne. Les Russes attaquent avec des vagues d’infanterie soutenues par l’artillerie et les drones. Les Ukrainiens défendent avec ce qu’ils ont : des drones FPV, des missiles antichars, du courage.
La forêt devient champ de bataille
Une partie des combats dans le secteur de Lyman se déroule dans des zones forestières. La forêt de Serebraynske est mentionnée dans plusieurs rapports. Les combats en forêt sont particulièrement difficiles. La visibilité est réduite. Les drones sont moins efficaces sous le couvert des arbres. Les affrontements se font à courte distance, parfois au corps à corps. C’est une guerre primitive, brutale, où la technologie cède la place à l’instinct de survie.
Des images géolocalisées publiées le 26 décembre montrent que les forces ukrainiennes ont récemment avancé vers un brise-vent au nord de Verkhnokamyanske, à l’est de Siversk. Une petite avancée. Quelques centaines de mètres. Mais dans cette guerre, chaque mètre compte. Chaque position reprise est une victoire. Les Ukrainiens ne se contentent pas de défendre. Ils contre-attaquent quand ils le peuvent. Ils reprennent du terrain. Lentement, péniblement, mais ils avancent.
Seize attaques. Je n’arrive même pas à imaginer ce que ça représente. Seize fois dans la même journée, des hommes ont reçu l’ordre d’avancer sous le feu. Seize fois, ils ont vu leurs camarades tomber. Seize fois, ils ont continué quand même. C’est de la folie. Une folie organisée, planifiée, exécutée avec une précision militaire. Mais de la folie quand même. Comment peut-on demander ça à des êtres humains ?
Sloviansk, Kramatorsk, Kostiantynivka : le front qui ne dort jamais
Trois directions, vingt-six assauts
Dans la direction de Sloviansk, les défenseurs ukrainiens ont arrêté cinq tentatives des forces russes d’avancer dans la zone de Serebrianka. Dans la direction de Kramatorsk, trois engagements de combat ont été enregistrés dans les zones de Vasiukivka, Predtechyne et en direction de Bondarne. Dans la direction de Kostiantynivka, l’ennemi a mené dix-huit attaques dans les zones des localités de Kostiantynivka, Oleksandro-Shultyne, Pleshchiivka, et en direction de Sofiivka et Stepanivka. Au total, vingt-six assauts sur ces trois directions.
Ces trois villes forment un arc défensif crucial dans le Donbass. Sloviansk et Kramatorsk sont les deux plus grandes villes encore sous contrôle ukrainien dans l’oblast de Donetsk. Leur chute ouvrirait la voie à une avancée russe majeure. Les Russes le savent. Les Ukrainiens aussi. D’où l’intensité des combats. Chaque village, chaque colline, chaque position fortifiée est disputée avec acharnement. Les deux camps savent que céder ici, c’est risquer de tout perdre.
Kostiantynivka sous pression
Avec dix-huit attaques, Kostiantynivka est le secteur le plus actif de ces trois directions. La ville est située sur une route importante reliant Bakhmut à Kramatorsk. Les Russes veulent couper cette route. Ils veulent isoler les forces ukrainiennes. Ils attaquent depuis le nord, depuis l’est, depuis le sud. Ils utilisent toutes les tactiques possibles : assauts d’infanterie, frappes d’artillerie, bombardements aériens, drones kamikazes.
Une brigade ukrainienne opérant dans la direction de Chasiv Yar a publié des images le 27 décembre montrant les forces ukrainiennes frappant des véhicules blindés russes près de Kurdyumivka et a rapporté que les forces ukrainiennes avaient repoussé un assaut mécanisé de la taille d’une compagnie réduite près de la localité. Une autre brigade ukrainienne opérant dans la direction de Chasiv Yar a posté des images le 27 décembre montrant les forces ukrainiennes repoussant un assaut mécanisé de la taille d’un peloton près d’Ivanivske et Klishchiivka. Les Ukrainiens ne se contentent pas de tenir. Ils détruisent les forces d’assaut russes.
Vingt-six assauts sur trois directions. C’est méthodique. C’est calculé. Les Russes testent les défenses, cherchent les points faibles, concentrent leurs forces là où ça cède. C’est de la guerre scientifique. Mais derrière cette science, il y a du sang. Des hommes qui meurent pour gagner un village dont personne ne se souviendra dans dix ans. Est-ce que ça en vaut la peine ? Je ne sais pas. Je ne sais plus.
Pokrovsk : l'obsession russe
Trente-deux assauts en une journée
Nous y revenons. Pokrovsk. Trente-deux assauts d’infanterie de l’armée russe arrêtés dans les zones des localités de Chervonyi Lyman, Myrnohrad, Pokrovsk, Kotlyne, Udachne, Molodetske, Dachne, Filiia, et en direction des localités de Nove Shakhove, Dorozhnie, Rodynske et Hryshyne. Trente-deux. C’est le chiffre le plus élevé de toutes les directions. C’est là que se joue l’essentiel de la bataille. C’est là que les Russes concentrent leurs efforts. C’est là qu’ils veulent percer.
Des images géolocalisées publiées le 27 décembre indiquent que les forces russes ont récemment avancé dans l’est de Novoyelyzavetivka, au sud de Pokrovsk. L’observateur militaire ukrainien Kostyantyn Mashovets a déclaré que des éléments des 238e et 80e régiments de chars et du 428e régiment motorisé de la 90e division de chars russe ont récemment avancé vers Novoyelyzavetivka et ont saisi Ukrainka et Novoolenivka. Les Russes avancent. Lentement, mais ils avancent. Village après village, ils se rapprochent de Pokrovsk.
La tactique du rouleau compresseur
La tactique russe dans le secteur de Pokrovsk est simple : écraser sous le nombre et le feu. Ils envoient vague après vague d’assaut. Quand une vague est détruite, ils en envoient une autre. Ils utilisent des véhicules blindés quand ils en ont. Quand ils n’en ont pas, ils utilisent des véhicules civils. Un bataillon ukrainien a posté des images affirmant montrer les forces russes menant un assaut motorisé avec un véhicule blindé et sept véhicules civils dans une zone non spécifiée de la direction de Pokrovsk. Sept véhicules civils. Des voitures, des camionnettes, transformées en transports de troupes. C’est du bricolage. Mais ça marche.
Les pertes russes sont effroyables. Mais Moscou semble avoir décidé que Pokrovsk valait n’importe quel prix. Les analystes militaires parlent d’une stratégie d’attrition maximale. Les Russes parient sur leur supériorité numérique. Ils ont plus d’hommes, plus de munitions, plus de temps. Ils peuvent se permettre de perdre mille deux cents soldats par jour. L’Ukraine, elle, ne le peut pas. C’est un calcul cynique, brutal, mais qui a sa logique. Une logique de guerre totale.
Trente-deux assauts. Trente-deux. Je n’arrive pas à passer à autre chose. Ce chiffre me poursuit. Il résume tout ce qui ne va pas dans cette guerre. L’acharnement absurde. Le refus d’accepter la réalité. L’obstination à vouloir prendre une ville au prix de milliers de vies. Pokrovsk est devenu un symbole. Un symbole de la folie humaine. De notre capacité à détruire pour le simple plaisir de détruire.
Les autres fronts : Oleksandrivka, Huliaipole, Orikhiv
Trente-huit assauts sur trois directions
Dans la direction d’Oleksandrivka, l’ennemi a mené seize attaques près des localités de Yalta, Vyshneve, Oleksandrohrad, Verbove, Pryvilne, Rybne, et en direction de la localité d’Andriivka-Klevtsove. Dans la direction de Huliaipole, dix-neuf attaques ennemies ont eu lieu dans les zones de Huliaipole, Bilohiria, et en direction de Dobropillia. Dans la direction d’Orikhiv, les Forces de défense ont repoussé trois attaques ennemies dans les zones de Shcherbaky et Stepove. Au total, trente-huit assauts.
Ces trois directions forment le front sud du Donbass et le front nord de la Zaporizhzhia. C’est une zone de transition entre les deux oblasts, une zone où les lignes de front sont relativement stables depuis des mois. Mais stable ne veut pas dire calme. Les combats y sont constants. Les Russes sondent les défenses, cherchent des failles, tentent des percées. Les Ukrainiens tiennent, repoussent, contre-attaquent quand ils le peuvent.
Huliaipole, le verrou du sud
Avec dix-neuf attaques, Huliaipole est le secteur le plus actif de ces trois directions. La ville est située sur une route importante reliant Zaporizhzhia à Mariupol. Les Russes veulent cette route. Ils veulent relier leurs forces dans le Donbass à leurs forces en Crimée. Huliaipole est le verrou qui les en empêche. Tant que les Ukrainiens tiennent Huliaipole, les Russes ne peuvent pas exploiter pleinement leurs gains territoriaux dans le sud.
Des images géolocalisées publiées le 26 décembre indiquent que les forces russes ont récemment avancé à l’ouest de Vremivka, au sud-ouest de Velyka Novosilka, et ont coupé la route O-0510 Velyka Novosilka-Hulyaipole. C’est une avancée significative. Cette route était une ligne de communication importante pour les forces ukrainiennes. Sa coupure complique la logistique ukrainienne dans la région. Mais elle ne change pas fondamentalement la situation. Les Ukrainiens ont d’autres routes. Ils s’adaptent. Ils tiennent.
Trente-huit assauts sur trois directions. La guerre est partout. Elle ne s’arrête jamais. Même dans les secteurs dits « calmes », les hommes meurent. Les obus tombent. Les drones frappent. Il n’y a pas de répit. Pas de pause. Juste cette violence continue, ininterrompue, qui broie tout sur son passage. Comment vit-on dans ces conditions ? Comment garde-t-on espoir quand chaque jour ressemble au précédent ?
Le front sud : Zaporizhzhia et le Dniepr
Six attaques, six échecs
Dans la direction de Zaporizhzhia, les forces russes ont continué leurs opérations offensives mais n’ont réalisé aucune avancée confirmée. Elles ont continué à attaquer au nord-ouest de Robotyne près de Novoandriivka et Kamyanske. Dans la direction du Dniepr, les forces russes ont poursuivi leurs assauts sur les îles du delta du Dniepr et ont tenté de prendre l’île Kozatskyi, au nord de la ville de Kherson. Elles ont également attaqué l’île Velykyi Potemkin, au sud de Kherson, mais n’ont réalisé aucune avancée confirmée. Au total, six attaques repoussées.
Le front sud est particulier. Il se joue en grande partie sur des îles, dans des marécages, le long d’un fleuve. C’est une guerre amphibie, où les drones jouent un rôle encore plus crucial que sur les autres fronts. Les Russes tentent de prendre pied sur la rive ouest du Dniepr. Ils veulent menacer Kherson. Mais chaque tentative se solde par un échec. Les îles du delta sont devenues des pièges mortels. Les forces russes qui y débarquent sont immédiatement repérées et frappées par les drones ukrainiens.
Les drones à fibre optique, nouvelle menace
Le porte-parole du Groupe de forces Tavriisk, le colonel Vladyslav Voloshyn, a déclaré le 27 décembre que les forces russes déploient des drones attachés à des câbles à fibre optique dans la direction de Zaporizhzhia, qui sont très résistants aux interférences de guerre électronique ukrainienne. C’est une nouvelle menace. Les drones à fibre optique ne peuvent pas être brouillés. Ils sont contrôlés par un câble physique, pas par des ondes radio. Les Ukrainiens vont devoir s’adapter, trouver de nouvelles contre-mesures.
Cette évolution technologique montre que la guerre des drones est loin d’être terminée. Chaque camp innove, cherche de nouvelles solutions, développe de nouvelles armes. Les Russes ont augmenté leur production de drones Shahed. Selon CNN, citant des sources du renseignement ukrainien, l’usine de production de drones Shahed de la Zone économique spéciale d’Alabuga, dans la République du Tatarstan, a produit cinq mille sept cent soixante drones entre janvier et septembre 2024, soit plus du double du nombre de drones produits en 2023. La guerre industrielle fait rage en parallèle de la guerre sur le terrain.
Six attaques. Six échecs. Mais demain, il y en aura six autres. C’est épuisant. Mentalement, physiquement, émotionnellement. Cette guerre n’en finit pas. Elle dure depuis bientôt quatre ans. Quatre ans de combats quotidiens. Quatre ans de pertes. Quatre ans de souffrance. Et aucune fin en vue. Juste cette perspective terrifiante que ça pourrait continuer encore des années.
Les frappes aériennes : une pluie de feu et d'acier
Cent une bombes planantes en une journée
Les forces russes ont mené deux frappes de missiles et trente-neuf frappes aériennes, utilisant quarante et un missiles et larguant cent une bombes planantes. Cent une. Ces bombes, guidées par GPS, sont devenues l’arme favorite de l’aviation russe. Elles permettent de frapper avec précision sans exposer les avions au feu antiaérien ukrainien. Les pilotes russes larguent leurs bombes à distance, puis font demi-tour. Les bombes planent jusqu’à leur cible, guidées par satellite.
Les cibles de ces frappes sont variées. L’armée russe a mené des frappes aériennes sur Starokasianivske dans l’oblast de Dnipropetrovsk et Zaliznychne dans l’oblast de Zaporizhzhia. Des villages, des infrastructures, des positions militaires. Tout est visé. Les bombes planantes sont particulièrement destructrices. Elles pèsent souvent plusieurs centaines de kilos. Leur explosion crée un cratère de plusieurs mètres de diamètre. Rien ne résiste à leur impact.
Six mille huit cent vingt-quatre drones kamikazes
Mais les bombes planantes ne sont qu’une partie de l’arsenal aérien russe. Les drones kamikazes sont l’autre composante majeure. Six mille huit cent vingt-quatre drones lancés en une seule journée. C’est un chiffre vertigineux. Ces drones, principalement des Shahed de conception iranienne mais produits en Russie, sont devenus l’arme de terreur par excellence. Ils volent bas, lentement, en faisant un bruit caractéristique. Les Ukrainiens les appellent les « mopeds » à cause de ce bruit.
La défense aérienne ukrainienne a abattu trente drones sur quarante-huit lancés lors de l’attaque de la nuit du 26 au 27 décembre. Onze drones leurres ont été « perdus localement », probablement en raison des interférences de guerre électronique ukrainienne, et n’ont causé aucun dommage. Mais même avec un taux d’interception élevé, certains drones passent. Et quand ils passent, ils tuent. Ils détruisent. Ils terrorisent. C’est leur fonction. Pas seulement militaire, mais psychologique. Maintenir la population dans un état de peur constant.
Cent une bombes. Six mille huit cent vingt-quatre drones. Ces chiffres me donnent le vertige. C’est une guerre industrielle. Une guerre de production. Celui qui produit le plus de munitions, le plus de drones, le plus de missiles, celui-là gagne. C’est cynique. C’est brutal. Mais c’est la réalité. Et dans cette course à la production, la Russie a un avantage. Elle a plus de ressources, plus d’usines, plus de main-d’œuvre. L’Ukraine dépend de l’aide occidentale. Et si cette aide faiblit, tout peut basculer.
Les pertes russes : mille deux cents en une journée
Un prix humain insoutenable
Selon l’État-major ukrainien, les pertes de combat totales des forces russes depuis le 24 février 2022 jusqu’au 28 décembre 2025 s’élèvent à environ un million deux cent quatre mille cinq cent dix personnels, dont mille deux cents au cours de la dernière journée. Mille deux cents. En vingt-quatre heures. C’est plus que les pertes américaines pendant toute la guerre du Golfe de 1991. C’est l’équivalent d’un bataillon entier anéanti chaque jour.
Ces chiffres sont fournis par l’Ukraine et doivent être pris avec précaution. La Russie ne publie pas ses pertes. Mais même en divisant par deux les chiffres ukrainiens, on arrive à des pertes colossales. Des pertes qui devraient être insoutenables pour n’importe quel pays. Mais la Russie continue. Elle mobilise. Elle recrute. Elle envoie de nouveaux soldats au front pour remplacer ceux qui sont tombés. Le gouverneur de l’oblast de Samara, Vyacheslav Fedorishchev, a annoncé le 26 décembre que la région offre une prime d’engagement de trois millions six cent mille roubles (environ trente-quatre mille dollars) pour chaque recrue intéressée par la signature d’un contrat de service militaire russe entre le 1er janvier et le 1er février 2025.
La mobilisation continue
L’oblast de Samara a récemment augmenté sa prime d’engagement unique de un million deux cent mille roubles à deux millions de roubles en octobre 2024. Ces augmentations financières fréquentes indiquent probablement que l’oblast de Samara rencontre des difficultés pour recruter du personnel. C’est le signe que le réservoir de volontaires se tarit. Que les Russes ne veulent plus aller se battre. Qu’il faut les payer de plus en plus cher pour les convaincre de signer.
Le média d’opposition russe Mediazona a rapporté que les tribunaux russes ont ouvert dix mille trois cent huit affaires pénales contre des individus ayant refusé de servir dans les Forces armées russes en 2024, soit près de deux fois plus qu’en 2023. Mediazona a rapporté que les autorités russes ont ouvert cinq mille cinq cent dix-sept affaires pénales en 2023 et seize mille cent vingt affaires pénales depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Les Russes désertent. Ils refusent de combattre. Ils sont poursuivis, condamnés, emprisonnés. Mais ils continuent de refuser. Parce qu’ils savent. Ils savent que partir au front, c’est risquer de ne jamais revenir.
Mille deux cents morts en une journée. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ces hommes. Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Avaient-ils des familles ? Des enfants ? Des rêves ? Tout ça s’est arrêté le 27 décembre 2025. Pour toujours. Mille deux cents vies effacées. Et demain, il y en aura mille deux cents autres. Et après-demain encore. Cette guerre est une machine à broyer les hommes. Une machine qui ne s’arrête jamais.
Conclusion : le jour d'après ressemble au jour d'avant
L’éternel recommencement
Le 27 décembre 2025 s’est achevé comme il avait commencé. Dans le bruit des explosions, le sifflement des obus, le vrombissement des drones. Cent soixante affrontements ont eu lieu. Des milliers d’hommes se sont battus. Des centaines sont morts. Et le lendemain, tout a recommencé. Parce que c’est ça, la guerre. Un éternel recommencement. Une répétition sans fin du même cauchemar.
Les chiffres s’accumulent dans les rapports militaires. Les villages changent de mains. Les lignes de front bougent de quelques kilomètres. Mais au fond, rien ne change vraiment. La guerre continue. Elle dure. Elle s’installe. Elle devient la nouvelle normalité. Les gens s’habituent. Ils apprennent à vivre avec. Ils développent des mécanismes de défense psychologique. Ils banalisent l’horreur. Parce que c’est la seule façon de tenir.
Et demain ?
Demain, il y aura un nouveau rapport de l’État-major ukrainien. De nouveaux chiffres. De nouveaux affrontements. De nouvelles pertes. La machine de guerre continuera de tourner. Les usines russes continueront de produire des drones, des missiles, des obus. Les soldats continueront de se battre. Les civils continueront de mourir. Et le monde continuera de regarder, impuissant ou indifférent, cette tragédie qui n’en finit pas.
Le 27 décembre 2025 n’était qu’un jour parmi tant d’autres dans cette guerre qui dure depuis bientôt quatre ans. Un jour ordinaire dans une guerre extraordinaire. Un jour où cent soixante fois, des hommes se sont affrontés. Où mille deux cents soldats russes sont morts. Où des villages ont été bombardés. Où des familles ont pleuré. Un jour comme les autres. Et c’est peut-être ça, le plus terrible. Que tout ça soit devenu normal.
Je termine cet article avec un sentiment d’écrasement. Pas de colère. Pas de révolte. Juste de l’écrasement. Parce que je sais que demain, je devrai écrire le même article. Avec d’autres chiffres, d’autres villages, d’autres morts. Mais le même fond. La même tragédie. Le même gâchis. Cette guerre me dépasse. Elle nous dépasse tous. On ne sait plus comment l’arrêter. On ne sait même plus si on peut l’arrêter. Alors on continue. On compte les morts. On rapporte les faits. On espère que quelque part, quelqu’un lira ces mots et se dira qu’il faut que ça cesse. Mais au fond, je n’y crois plus vraiment. Cette guerre durera tant qu’il restera des hommes pour la faire. Et malheureusement, il en reste beaucoup.
Sources
Sources primaires
État-major des Forces armées d’Ukraine, rapport de situation du 28 décembre 2025 à 08h00, publié sur Facebook le 28 décembre 2025. Ukrinform, « War update: 160 combat engagements on front line over past day », publié le 28 décembre 2025 à 09h21. RBC-Ukraine, « Russia-Ukraine war: Frontline update as of December 28 », publié le 28 décembre 2025 à 10h22.
Sources secondaires
Institute for the Study of War (ISW), « Russian Offensive Campaign Assessment, December 27, 2024 », publié le 27 décembre 2024 à 21h20. CNN, rapport sur la production de drones Shahed en Russie, publié le 27 décembre 2024. Reuters, déclarations de John Kirby sur les pertes nord-coréennes, publié le 27 décembre 2024. Services de renseignement sud-coréens (NIS), confirmation de la capture d’un soldat nord-coréen, publié le 26 décembre 2024. Mediazona, rapport sur les affaires pénales contre les déserteurs russes, publié le 27 décembre 2024.
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