Un million deux cent mille : au-delà des statistiques
Quand on parle de 1 202 070 soldats perdus, on parle d’une catastrophe démographique sans précédent dans l’histoire militaire moderne. Pour mettre ce chiffre en perspective, c’est plus que l’ensemble des pertes britanniques durant la Seconde Guerre mondiale. C’est l’équivalent de la population d’une ville comme Prague ou Stockholm rayée de la carte. Les données officielles publiées par l’état-major ukrainien le 26 décembre 2025 montrent une accélération constante du rythme des pertes. En novembre 2025, la moyenne quotidienne dépassait déjà les 1 200 soldats par jour. En décembre, elle oscille entre 800 et 1 400 selon les journées et l’intensité des combats. Cette hémorragie humaine pose des questions fondamentales sur la capacité de la Russie à maintenir son effort de guerre. Les analystes militaires occidentaux, notamment ceux de l’Institute for the Study of War, confirment que ces pertes, bien que difficiles à vérifier indépendamment, correspondent aux observations sur le terrain et aux rapports de renseignement.
Les pertes matérielles accompagnent cette saignée humaine avec une constance implacable. Depuis février 2022, l’armée russe a perdu 11 459 chars, 23 804 véhicules blindés de combat, 35 509 systèmes d’artillerie, et 1 264 systèmes de défense aérienne. Ces chiffres représentent plusieurs fois l’inventaire initial de l’armée russe au début du conflit. Comment est-ce possible ? Par la mobilisation constante de réserves, la réactivation d’équipements soviétiques stockés depuis des décennies, et l’augmentation de la production militaire. Mais cette machine de guerre montre des signes de fatigue. Les rapports du front indiquent que l’ennemi déploie de plus en plus d’infanterie sans support blindé, signe que les réserves de véhicules s’épuisent. Un commandant ukrainien dans le secteur de Kramatorsk déclarait récemment : « Nous n’avons pas observé d’équipement ennemi au cours du dernier mois. L’adversaire déploie uniquement de l’infanterie. » Cette évolution tactique forcée témoigne de l’attrition matérielle subie par les forces russes.
La guerre des drones : un nouveau paradigme
Les 95 334 drones opérationnels-tactiques détruits depuis le début de la guerre illustrent une révolution militaire en cours. La guerre en Ukraine est devenue le premier conflit de l’ère des drones de masse. Chaque jour, des milliers de ces engins volent au-dessus du champ de bataille, chassant, observant, frappant. Le 26 décembre, 537 drones russes ont été neutralisés en 24 heures. C’est plus que le nombre total de drones utilisés dans certaines guerres du XXe siècle. Cette guerre aérienne miniaturisée se déroule à quelques dizaines de mètres au-dessus des tranchées, invisible pour les civils mais mortelle pour les combattants. Les unités de reconnaissance aérienne ukrainiennes ont développé une expertise redoutable dans la chasse aux drones ennemis. Une compagnie de reconnaissance aérienne du bataillon des systèmes sans pilote Pentagon du 225e régiment d’assaut a récemment annoncé avoir détruit près de 200 cibles aériennes en trois mois. Ces chasseurs de drones sont devenus essentiels pour protéger les troupes au sol et maintenir la supériorité informationnelle.
L’impact des drones va bien au-delà des statistiques de destruction. Ils ont transformé la nature même du combat moderne. Une frappe récente de drones ukrainiens contre le poste de commandement et les bases de la 14e Brigade des forces spéciales du GRU russe dans le Donetsk occupé a tué 51 soldats et en a blessé 74 autres. Ces forces spéciales d’élite, censées être les meilleures de l’armée russe, ont été décimées par des drones pilotés à distance. Près de Kostiantynivka, une colonne russe entière a été anéantie par une combinaison de drones et d’artillerie. Les combattants du 49e bataillon d’assaut « Carpathian Sich », en coopération avec plusieurs brigades, ont détruit la colonne alors qu’elle tentait une manœuvre d’assaut. « Ils se sont déplacés en colonne et ont brûlé en colonne », résumait laconiquement un communiqué militaire. Cette phrase lapidaire cache une réalité terrifiante : des dizaines d’hommes piégés dans leurs véhicules en flammes, sans possibilité de fuite, sous le feu implacable des drones et de l’artillerie.
Les drones ont changé la guerre. Ils l’ont rendue plus précise, plus létale, plus impersonnelle aussi. Un pilote assis à des kilomètres du front peut détruire un char, tuer des hommes, sans jamais voir leurs visages. C’est une forme d’aseptisation de la violence qui me met mal à l’aise. Mais c’est aussi ce qui sauve des vies ukrainiennes. Chaque drone qui frappe une cible ennemie, c’est un soldat ukrainien qui n’a pas à s’exposer au feu. C’est un père qui rentrera chez lui. Dans cette guerre imposée à l’Ukraine, les drones sont devenus des outils de survie, des armes d’égalisation face à un ennemi numériquement supérieur. L’éthique de la guerre moderne est complexe, troublante même. Mais face à l’agression, l’Ukraine n’a pas le luxe du doute philosophique.
Le front de Pokrovsk : épicentre de la violence
Quarante-cinq assauts en une journée
La direction de Pokrovsk est devenue le symbole de l’acharnement russe et de la résistance ukrainienne. Le 26 décembre, sur les 186 engagements enregistrés sur l’ensemble du front, 45 ont eu lieu dans ce seul secteur. Quarante-cinq fois, les forces russes ont lancé des assauts contre les positions ukrainiennes. Quarante-cinq fois, elles ont été repoussées avec des pertes considérables. Cette concentration d’efforts révèle l’importance stratégique que le commandement russe accorde à cette zone. Pokrovsk est un nœud logistique crucial, un point de passage obligé pour les approvisionnements ukrainiens dans le Donbass. Sa capture permettrait aux Russes de couper des lignes de communication vitales et de progresser plus profondément en territoire ukrainien. Mais cette obsession tactique se paie au prix fort. Les défenseurs ukrainiens, retranchés dans des positions fortifiées et soutenus par l’artillerie et les drones, transforment chaque tentative d’assaut en bain de sang.
Les témoignages des combattants ukrainiens dans ce secteur dressent un tableau saisissant de la réalité du front. Les forces russes attaquent par vagues successives, souvent sans coordination efficace, comptant sur le nombre pour submerger les défenses. Mais cette tactique brutale, héritée des pires heures de la Seconde Guerre mondiale, se heurte à la technologie moderne. Les drones FPV ukrainiens chassent les fantassins russes dans les tranchées. L’artillerie de précision frappe les concentrations de troupes avant même qu’elles ne puissent lancer leur assaut. Les systèmes de défense aérienne ukrainiens, renforcés par les livraisons occidentales, neutralisent les tentatives de support aérien russe. Dans ce contexte, chaque assaut devient un pari désespéré où les chances de succès sont minimes et les pertes garanties. Pourtant, les ordres continuent d’arriver du commandement russe : attaquer, encore et toujours, peu importe le coût humain.
Siversk : la zone de mort
À Siversk, une autre ville du front, la situation a pris une tournure particulièrement meurtrière pour les forces russes. Les Forces de défense ukrainiennes ont transformé la ville en ce qu’elles appellent une « kill zone » – une zone de mort. Les défenseurs ukrainiens connaissent chaque rue, chaque bâtiment, chaque recoin de cette ville qu’ils protègent depuis des mois. Cette connaissance intime du terrain leur confère un avantage tactique décisif. Quand les forces russes tentent de pénétrer dans Siversk, elles entrent dans un labyrinthe mortel où chaque coin de rue peut cacher une embuscade, où chaque bâtiment peut abriter un tireur d’élite ou une équipe de drones. Les Ukrainiens ont eu le temps de préparer leurs défenses, de créer des positions fortifiées, d’établir des lignes de tir croisées. Le résultat est une hécatombe pour les assaillants.
Cette stratégie de défense urbaine s’avère redoutablement efficace. Contrairement aux combats en terrain ouvert où la supériorité numérique et en artillerie peut faire la différence, le combat urbain égalise les forces. Un petit groupe de défenseurs bien positionnés peut tenir tête à une force bien supérieure en nombre. Les Russes l’ont appris à leurs dépens à Marioupol, à Bakhmout, et maintenant à Siversk. Chaque tentative de progression se solde par des pertes disproportionnées. Les véhicules blindés deviennent des pièges mortels dans les rues étroites, vulnérables aux missiles antichars et aux drones. L’infanterie, privée de support blindé, doit progresser à découvert sous le feu des défenseurs. C’est un cauchemar tactique que le commandement russe semble incapable ou refusant de reconnaître. Les ordres d’attaque continuent, les hommes continuent d’être envoyés au massacre, et Siversk reste fermement entre les mains ukrainiennes.
Il y a quelque chose de profondément tragique dans cette obstination russe. Ces soldats qui sont envoyés encore et encore contre des positions imprenables, ces commandants qui refusent d’admettre l’échec de leur stratégie, ce système militaire qui valorise l’obéissance aveugle plutôt que l’initiative tactique. Je pense à ces jeunes Russes, souvent issus des régions les plus pauvres, mobilisés de force, envoyés sur un front qu’ils ne comprennent pas, pour une cause qu’on ne leur a jamais vraiment expliquée. Ils ne sont pas mes ennemis par nature. Ils sont les victimes d’un système qui les broie aussi sûrement que les obus ukrainiens. Mais ma compassion a ses limites. Car ces hommes, victimes ou non, tuent, violent, pillent sur le sol ukrainien. Ils sont les instruments d’une agression injustifiable. Et face à l’agression, la défense est un droit absolu.
L'artillerie : la reine du champ de bataille
Soixante-quatorze systèmes détruits en un jour
Le 26 décembre, les Forces armées ukrainiennes ont détruit 74 systèmes d’artillerie russes. Soixante-quatorze canons, obusiers, mortiers lourds réduits au silence en 24 heures. Ces chiffres témoignent de l’efficacité croissante des contre-batteries ukrainiennes et de la vulnérabilité de l’artillerie russe. L’artillerie reste l’arme la plus meurtrière de cette guerre, responsable de la majorité des pertes des deux côtés. Les Russes ont longtemps dominé ce domaine grâce à leur supériorité numérique en canons et en munitions. Mais cette supériorité s’érode progressivement. Les livraisons occidentales de systèmes d’artillerie modernes comme les CAESAR français, les M777 américains, ou les PzH 2000 allemands ont renforcé les capacités ukrainiennes. Plus important encore, les systèmes de contre-batterie radar permettent désormais aux Ukrainiens de localiser les positions d’artillerie ennemies avec une précision redoutable et de les neutraliser rapidement.
La destruction de 74 systèmes d’artillerie en une journée représente un coup sévère pour les capacités offensives russes. Chaque canon détruit, c’est une capacité de feu en moins, c’est un soutien en moins pour l’infanterie qui attaque, c’est une menace en moins pour les positions ukrainiennes. Mais c’est aussi un investissement considérable perdu. Un système d’artillerie moderne coûte des millions de dollars, nécessite des mois de formation pour son équipage, et représente des années de développement industriel. Les pertes cumulées de 35 509 systèmes d’artillerie depuis le début de la guerre constituent un désastre économique et militaire pour la Russie. Ces pertes dépassent largement les capacités de production de l’industrie militaire russe, même en régime de guerre. Pour compenser, Moscou a dû puiser dans ses stocks soviétiques, réactivant des canons vieux de plusieurs décennies, souvent en mauvais état et moins performants que les systèmes modernes.
La bataille invisible des munitions
Derrière les statistiques de systèmes d’artillerie détruits se cache une autre bataille, moins visible mais tout aussi cruciale : la bataille des munitions. L’artillerie ne vaut que par sa capacité à tirer, et tirer nécessite des obus. Des millions d’obus. La Russie a longtemps bénéficié de stocks considérables hérités de l’ère soviétique, mais ces stocks s’épuisent. Les rapports de renseignement occidentaux indiquent que la production russe d’obus, malgré une augmentation significative, ne suffit pas à compenser la consommation sur le front. Moscou a dû se tourner vers des fournisseurs extérieurs, notamment la Corée du Nord, qui aurait livré des millions d’obus. Mais ces munitions nord-coréennes sont de qualité variable, souvent anciennes, et leur fiabilité est douteuse. Certains rapports font état de taux d’échec élevés, avec des obus qui n’explosent pas ou qui explosent prématurément dans le tube du canon.
Du côté ukrainien, la situation des munitions reste tendue mais s’améliore progressivement. Les livraisons occidentales se poursuivent, et l’Ukraine a développé sa propre production d’obus, bien que limitée. Plus important encore, les Ukrainiens ont appris à optimiser l’utilisation de leurs munitions. Plutôt que de saturer une zone avec des tirs massifs comme le font les Russes, ils privilégient les frappes de précision guidées par des drones de reconnaissance. Cette approche permet d’obtenir des résultats similaires avec beaucoup moins de munitions. C’est une guerre d’efficacité contre une guerre d’attrition. Et pour l’instant, l’efficacité semble l’emporter. Les 74 systèmes d’artillerie russes détruits le 26 décembre ne sont pas le fruit du hasard ou de la chance. Ils sont le résultat d’une doctrine de contre-batterie sophistiquée, d’une coordination étroite entre reconnaissance et feu, et d’une utilisation judicieuse de ressources limitées.
L’artillerie. Le mot sonne presque romantique, évoquant les grandes batailles napoléoniennes, les charges héroïques sous le feu des canons. Mais il n’y a rien de romantique dans l’artillerie moderne. C’est une machine à tuer industrielle, impersonnelle, terrifiante. Un obus d’artillerie ne distingue pas le soldat du civil, le combattant de l’enfant. Il tombe, il explose, il déchiquette tout dans son rayon d’action. Les Russes ont fait de l’artillerie leur arme de prédilection, rasant des villes entières, transformant Marioupol, Bakhmout, Avdiivka en paysages lunaires. Chaque système d’artillerie russe détruit par les Ukrainiens, c’est une petite victoire pour l’humanité. C’est un canon de moins qui menace les civils, qui détruit les maisons, qui tue les innocents. Dans cette guerre, la destruction de l’artillerie ennemie n’est pas seulement une nécessité militaire. C’est un impératif moral.
Les blindés : une hécatombe mécanique
Onze mille chars perdus
Le chiffre donne le vertige : 11 459 chars russes détruits depuis le début de la guerre. Onze mille quatre cent cinquante-neuf. Pour mettre ce nombre en perspective, c’est plus que le nombre total de chars déployés par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne réunis. C’est l’équivalent de plusieurs armées blindées complètes rayées de la carte. Au début de l’invasion en février 2022, les analystes militaires estimaient que la Russie disposait d’environ 3 000 chars modernes opérationnels et de plusieurs milliers d’autres en réserve ou en stockage. Trois ans plus tard, ces réserves ont été largement épuisées. Les images satellites des dépôts militaires russes montrent des espaces vides là où s’entassaient autrefois des centaines de véhicules blindés. La Russie a dû réactiver des chars T-62 et même des T-55, des modèles datant des années 1960 et 1970, pour compenser ses pertes. Ces dinosaures mécaniques, avec leur blindage obsolète et leurs systèmes de visée archaïques, sont des cibles faciles pour les armes antichars modernes.
Le 26 décembre, trois chars russes supplémentaires ont été détruits. Trois de plus dans cette longue liste macabre. Chaque char détruit représente non seulement une perte matérielle considérable – un char moderne coûte plusieurs millions de dollars – mais aussi la mort probable de son équipage. Un char touché par un missile antichar moderne ou un drone FPV a peu de chances de laisser des survivants. L’explosion du carburant et des munitions transforme le véhicule en un four crématoire instantané. Les équipages de chars russes le savent. Ils savent que monter dans leur véhicule peut être un aller simple vers la mort. Certains désertent, d’autres sabotent leur propre équipement, beaucoup n’ont simplement pas le choix. La discipline militaire russe est impitoyable, et la désertion peut signifier la prison ou pire. Alors ils montent dans leurs chars, ils avancent vers le front, et beaucoup ne reviennent jamais.
Les véhicules blindés : même destin tragique
Les 23 804 véhicules blindés de combat perdus par la Russie racontent une histoire similaire. Ces véhicules – BMPs, BTRs, et autres transports de troupes blindés – sont essentiels pour déplacer l’infanterie sur le champ de bataille moderne. Sans eux, les soldats doivent se déplacer à pied, exposés au feu ennemi, vulnérables aux drones et à l’artillerie. La perte de près de 24 000 véhicules blindés a forcé l’armée russe à adapter ses tactiques. De plus en plus, les assauts se font avec de l’infanterie légère, sans support blindé. Cette évolution n’est pas un choix tactique mais une nécessité imposée par l’attrition matérielle. Et cette nécessité se paie en vies humaines. L’infanterie sans blindés subit des pertes bien plus élevées. Les soldats russes le savent, leurs commandants le savent, mais les ordres d’attaque continuent de tomber.
Le 26 décembre, trois véhicules blindés russes ont rejoint la liste des pertes. Trois véhicules qui transportaient peut-être une dizaine de soldats chacun. Trente hommes, peut-être plus, tués ou blessés en quelques secondes. Les armes antichars modernes, des Javelins américains aux NLAWs britanniques en passant par les Stugna-P ukrainiens, ont transformé les véhicules blindés en cercueils roulants. Un seul missile bien placé suffit à détruire un véhicule et à tuer tout son équipage. Les drones FPV, ces petits engins bon marché pilotés à distance, sont devenus les chasseurs de blindés les plus efficaces de cette guerre. Ils peuvent suivre un véhicule, attendre le moment optimal, et frapper avec une précision chirurgicale. Face à cette menace omniprésente, les équipages de véhicules blindés russes vivent dans la peur constante. Chaque déplacement peut être le dernier. Chaque mission peut se terminer dans une boule de feu.
Onze mille chars. Vingt-quatre mille véhicules blindés. Ces chiffres sont tellement énormes qu’ils en deviennent abstraits. Mais derrière chaque véhicule détruit, il y a des hommes. Des équipages de trois, quatre, cinq personnes. Des mécaniciens qui entretenaient ces machines. Des commandants qui donnaient les ordres. Tous morts, blessés, ou traumatisés à vie. Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’absurdité de tout cela. Ces chars, ces véhicules, ils ont été construits pour défendre la Russie, pas pour envahir l’Ukraine. Ils ont été payés par les contribuables russes, souvent pauvres, qui croyaient financer leur sécurité. Et maintenant, ils brûlent dans les champs ukrainiens, loin de chez eux, pour une guerre que personne ne voulait sauf un homme au Kremlin. C’est un gaspillage monstrueux de ressources, de vies, d’avenir. Et ça continue, jour après jour, char après char, vie après vie.
La défense aérienne : un système neutralisé
Un système de défense aérienne détruit le 26 décembre
La destruction d’un système de défense aérienne russe le 26 décembre peut sembler anodine comparée aux centaines de soldats tués le même jour. Mais c’est en réalité une perte stratégique majeure. Les systèmes de défense aérienne sont les yeux et le bouclier d’une armée moderne. Ils protègent les troupes au sol contre les attaques aériennes, détectent les menaces, coordonnent les réponses. Un système de défense aérienne moderne comme un S-300 ou un S-400 coûte des dizaines de millions de dollars, nécessite des années de formation pour son équipage, et représente une capacité de déni aérien sur des dizaines de kilomètres. Sa destruction crée un trou dans le parapluie de défense aérienne russe, un trou que les forces ukrainiennes peuvent exploiter pour lancer des frappes de drones ou de missiles. Depuis le début de la guerre, 1 264 systèmes de défense aérienne russes ont été détruits. C’est une hémorragie qui affaiblit considérablement la capacité de la Russie à protéger ses forces et son territoire.
La destruction de ces systèmes de défense aérienne a des implications qui vont bien au-delà du champ de bataille ukrainien. La Russie a longtemps été un exportateur majeur de systèmes de défense aérienne, vendant ses S-300 et S-400 à des dizaines de pays à travers le monde. Ces systèmes étaient réputés pour leur efficacité, leur portée, leur capacité à détecter et à abattre des cibles aériennes sophistiquées. Mais la guerre en Ukraine a révélé leurs faiblesses. Les drones ukrainiens, souvent de fabrication artisanale ou commerciale, parviennent régulièrement à pénétrer les défenses russes. Les missiles de croisière ukrainiens frappent des cibles en profondeur sur le territoire russe. Les systèmes de défense aérienne russes, censés être impénétrables, se révèlent vulnérables aux tactiques ukrainiennes. Cette démonstration d’inefficacité a des conséquences commerciales et géopolitiques. Les clients potentiels de systèmes russes regardent maintenant vers d’autres fournisseurs. La réputation militaire de la Russie, déjà écornée par les échecs terrestres, prend un nouveau coup.
L’Allemagne renforce la défense aérienne ukrainienne
Pendant que les systèmes russes tombent, l’Ukraine renforce sa propre défense aérienne grâce au soutien international. Le 26 décembre, le ministère ukrainien de la Défense a annoncé la réception du neuvième système IRIS-T fourni par l’Allemagne. Ces systèmes de défense aérienne modernes, parmi les plus sophistiqués au monde, constituent un bouclier vital pour protéger les villes ukrainiennes contre les missiles et les drones russes. L’IRIS-T est capable d’intercepter des cibles à moyenne et haute altitude, offrant une protection contre les missiles de croisière, les missiles balistiques à courte portée, et les drones. Chaque système IRIS-T livré à l’Ukraine représente un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros de la part de l’Allemagne, mais aussi un engagement politique fort en faveur de la défense ukrainienne. Ces livraisons se poursuivent malgré les pressions russes et les débats internes en Allemagne sur le niveau de soutien à apporter à l’Ukraine.
La différence entre les systèmes de défense aérienne russes et occidentaux ne se limite pas à la technologie. Elle reflète deux philosophies militaires différentes. Les systèmes russes privilégient la quantité, la robustesse, la simplicité d’utilisation. Ils sont conçus pour être produits en masse et déployés largement. Les systèmes occidentaux comme l’IRIS-T privilégient la qualité, la précision, l’intégration dans un réseau de défense sophistiqué. Ils sont plus chers, plus complexes, mais aussi plus efficaces. Dans le ciel ukrainien, cette différence se traduit par des taux d’interception très différents. Les systèmes occidentaux abattent régulièrement 90% ou plus des missiles et drones russes qu’ils engagent. Les systèmes russes, même modernes, ont des performances bien inférieures face aux armes ukrainiennes. Cette supériorité technologique occidentale est l’un des facteurs clés qui permettent à l’Ukraine de tenir face à un adversaire numériquement supérieur.
La défense aérienne, c’est la différence entre la vie et la mort pour des millions de civils ukrainiens. Chaque missile russe intercepté, c’est un immeuble qui ne s’effondre pas, une famille qui ne meurt pas, des enfants qui peuvent dormir sans terreur. Les systèmes IRIS-T allemands, les Patriots américains, les SAMP/T franco-italiens – ces acronymes barbares représentent l’espoir. Ils représentent la solidarité internationale, le refus de laisser l’Ukraine seule face à l’agression. Mais ils représentent aussi l’échec de la communauté internationale à prévenir cette guerre. Si nous avions agi plus tôt, plus fermement, peut-être que ces systèmes n’auraient jamais été nécessaires. Peut-être que les villes ukrainiennes ne seraient pas sous le feu des missiles russes. Mais nous ne pouvons pas réécrire l’histoire. Nous pouvons seulement essayer de limiter les dégâts, de protéger les innocents, de donner à l’Ukraine les moyens de se défendre. Et espérer que cette guerre finisse avant que d’autres villes ne soient réduites en cendres.
La guerre électronique : le combat invisible
Quatre-vingt-seize mille drones détruits
Le chiffre de 95 334 drones opérationnels-tactiques russes détruits depuis le début de la guerre révèle l’ampleur d’un conflit qui se déroule dans une dimension invisible pour la plupart des observateurs : la guerre électronique. Ces drones ne sont pas seulement abattus par des missiles ou des canons antiaériens. Beaucoup sont neutralisés par des systèmes de guerre électronique qui brouillent leurs communications, perturbent leurs systèmes de navigation, ou prennent le contrôle de leurs commandes. L’Ukraine a développé une expertise remarquable dans ce domaine, créant des unités spécialisées dans la chasse aux drones ennemis. Ces « chasseurs de drones » utilisent une combinaison de détection radar, de brouillage électronique, et de drones intercepteurs pour créer un environnement hostile aux drones russes. Le résultat est impressionnant : 537 drones russes détruits en une seule journée le 26 décembre.
Cette guerre des drones a des implications qui dépassent largement le champ de bataille ukrainien. Elle préfigure les conflits futurs, où la maîtrise de l’espace aérien à basse altitude sera aussi cruciale que la supériorité aérienne traditionnelle. Les leçons apprises en Ukraine sont étudiées attentivement par toutes les armées du monde. Comment détecter des essaims de drones ? Comment les neutraliser efficacement ? Comment protéger ses propres drones contre les contre-mesures ennemies ? Ces questions définissent la nouvelle réalité militaire. L’Ukraine, par nécessité, est devenue un laboratoire grandeur nature de la guerre des drones. Les tactiques développées ici, les technologies testées sur ce champ de bataille, influenceront les doctrines militaires pour les décennies à venir. C’est une révolution militaire en temps réel, payée au prix du sang ukrainien.
L’équipe DESTRUCTION : maîtres de la guerre électronique
Sur le front nord de Slobozhansky, une unité ukrainienne connue sous le nom d’équipe DESTRUCTION s’est spécialisée dans la perturbation des systèmes de drones et de communication ennemis. Ces spécialistes de la guerre électronique utilisent des équipements sophistiqués pour créer un brouillard électromagnétique qui aveugle et désorganise les forces russes. Ils brouillent les fréquences de communication, perturbent les systèmes de navigation GPS, et neutralisent les drones de reconnaissance ennemis avant qu’ils ne puissent transmettre des informations vitales. Cette guerre invisible est tout aussi cruciale que les combats visibles. Un drone de reconnaissance neutralisé, c’est une frappe d’artillerie qui n’aura pas lieu. Une communication brouillée, c’est une coordination ennemie qui échoue. Un système de navigation perturbé, c’est un missile qui manque sa cible. L’équipe DESTRUCTION et des dizaines d’unités similaires à travers le front ukrainien mènent cette bataille silencieuse mais décisive.
La guerre électronique moderne est un jeu du chat et de la souris technologique. Les Russes développent de nouveaux systèmes de communication résistants au brouillage, les Ukrainiens développent de nouvelles techniques de brouillage. Les Russes changent les fréquences de leurs drones, les Ukrainiens adaptent leurs détecteurs. C’est une course aux armements permanente où l’innovation et l’adaptation rapide font la différence. Dans ce domaine, l’Ukraine a montré une agilité remarquable. Contrairement à l’armée russe, rigide et bureaucratique, les forces ukrainiennes encouragent l’initiative locale et l’expérimentation. Des ingénieurs civils travaillent aux côtés des militaires pour développer de nouvelles solutions. Des startups technologiques ukrainiennes conçoivent des systèmes de guerre électronique qui sont testés et déployés en quelques semaines. Cette flexibilité, cette capacité d’innovation rapide, est l’un des avantages asymétriques de l’Ukraine face à un adversaire plus grand mais moins agile.
La guerre électronique, c’est la guerre du XXIe siècle dans toute sa complexité. Invisible, silencieuse, mais mortelle. Des ingénieurs en civil qui écrivent du code qui sauvera des vies. Des soldats qui manipulent des fréquences radio plutôt que des fusils. C’est une guerre qui aurait semblé de la science-fiction il y a quelques décennies. Mais c’est notre réalité maintenant. Et dans cette réalité, l’Ukraine se bat avec une créativité et une détermination qui forcent le respect. Ces équipes comme DESTRUCTION, ces chasseurs de drones, ces spécialistes de la guerre électronique – ils sont les héros méconnus de cette guerre. Leurs victoires ne font pas les gros titres. On ne voit pas les explosions spectaculaires, les colonnes de fumée. Mais chaque drone ennemi neutralisé, chaque communication brouillée, c’est une victoire qui sauve des vies ukrainiennes. Et ça, c’est ce qui compte vraiment.
L'impact humain : au-delà des statistiques
Un million deux cent mille familles brisées
Derrière le chiffre de 1 202 070 soldats russes perdus, il y a 1 202 070 histoires humaines. 1 202 070 familles qui ont reçu la visite redoutée d’un officier en uniforme. 1 202 070 mères qui ont pleuré leurs fils. Des dizaines de milliers d’épouses devenues veuves. Des centaines de milliers d’enfants qui ont perdu leur père. Ces pertes ne se limitent pas au champ de bataille. Elles se répercutent à travers toute la société russe, créant des ondes de choc qui se propageront pendant des générations. Dans les villages reculés de Sibérie, du Caucase, des régions pauvres de Russie, des communautés entières ont perdu une génération d’hommes jeunes. Les conséquences démographiques seront catastrophiques. La Russie, déjà confrontée à une crise démographique avant la guerre, a perdu plus d’un million d’hommes en âge de travailler et de fonder des familles. C’est un trou béant dans la pyramide des âges qui affectera l’économie et la société russes pendant des décennies.
Mais les pertes ne se limitent pas aux morts. Pour chaque soldat tué, il y a plusieurs blessés. Certains rapports estiment que le ratio blessés/tués dans cette guerre est d’environ 3 pour 1. Cela signifierait plus de 3 millions de soldats russes blessés depuis le début du conflit. Beaucoup de ces blessés sont gravement handicapés : amputés, aveugles, paralysés, traumatisés psychologiquement. Ils rentrent chez eux, mais ils ne sont plus les mêmes hommes qui sont partis. Ils nécessitent des soins médicaux coûteux, un soutien psychologique, une réinsertion sociale. Le système de santé russe, déjà sous-financé, est complètement dépassé. Les hôpitaux militaires débordent. Les centres de réhabilitation sont saturés. Des milliers de vétérans blessés sont laissés à eux-mêmes, sans soins adéquats, sans soutien financier suffisant. Beaucoup sombrent dans l’alcoolisme, la dépression, la violence domestique. C’est une bombe à retardement sociale qui explosera dans les années à venir.
Le coût économique invisible
Les pertes humaines ont un coût économique qui va bien au-delà des dépenses militaires directes. Chaque soldat mort ou gravement blessé, c’est un travailleur en moins dans l’économie. C’est un contribuable en moins. C’est un consommateur en moins. Multiplié par plus d’un million, l’impact est colossal. Les régions russes les plus pauvres, qui ont fourni la majorité des soldats mobilisés, sont particulièrement touchées. Ces régions perdent leurs hommes jeunes, leur force de travail, leur avenir. Les entreprises locales peinent à trouver des employés. Les fermes manquent de bras. Les écoles manquent d’enseignants. C’est un cercle vicieux de déclin économique et démographique. Le gouvernement russe tente de compenser par des primes de mobilisation et des pensions aux familles des soldats tués, mais ces paiements, même s’ils sont effectués, ne remplacent pas une vie productive.
L’économie russe dans son ensemble souffre de cette hémorragie humaine. La mobilisation a retiré des centaines de milliers de travailleurs qualifiés de l’économie. Des ingénieurs, des techniciens, des programmeurs, des médecins – tous envoyés au front. Beaucoup ne reviendront jamais. Ceux qui reviennent sont souvent incapables de reprendre leur travail. Cette perte de capital humain est irremplaçable. On ne forme pas un ingénieur en quelques mois. On ne remplace pas des années d’expérience professionnelle. La Russie est en train de dilapider son capital humain le plus précieux dans une guerre qui ne lui apporte rien. Les sanctions occidentales aggravent la situation en limitant l’accès aux technologies et aux investissements étrangers. Le résultat est une économie en déclin structurel, masqué temporairement par les dépenses militaires massives mais condamné à long terme. Quand cette guerre finira, la Russie se réveillera avec une économie affaiblie, une démographie catastrophique, et une génération perdue.
Un million deux cent mille. Je répète ce chiffre encore et encore, essayant de le comprendre vraiment. C’est impossible. Notre cerveau n’est pas fait pour appréhender de telles échelles de tragédie. Nous pouvons comprendre la mort d’une personne, peut-être de dix, de cent. Mais un million ? C’est au-delà de notre capacité d’empathie. Alors nous transformons ces vies en statistiques, en chiffres sur un tableau. C’est plus facile ainsi. Moins douloureux. Mais chacun de ces chiffres était une personne. Avec des rêves, des peurs, des espoirs. Avec une famille qui l’aimait. Avec un avenir qui ne se réalisera jamais. Et pour quoi ? Pour satisfaire l’ambition d’un homme ? Pour redessiner des frontières sur une carte ? L’absurdité est écrasante. La tragédie est insupportable. Et pourtant, elle continue. Jour après jour. Mort après mort. Jusqu’à quand ?
Les perspectives : vers où va cette guerre ?
L’attrition comme stratégie
Les pertes massives subies par l’armée russe soulèvent une question fondamentale : combien de temps la Russie peut-elle soutenir ce rythme d’attrition ? Avec une moyenne de 800 à 1 400 soldats perdus par jour, la Russie perd l’équivalent d’une division complète chaque semaine. À ce rythme, même les réserves humaines considérables de la Russie ne sont pas infinies. Les analystes militaires estiment que la Russie a mobilisé directement ou indirectement environ 1,5 à 2 millions d’hommes depuis le début de la guerre. Avec plus d’un million de pertes (morts et blessés graves), le réservoir de main-d’œuvre militaire s’épuise. Le gouvernement russe a lancé plusieurs vagues de mobilisation, mais chacune devient plus difficile que la précédente. Les hommes fuient le pays, se cachent, résistent. Les régions russes rechignent à fournir plus de soldats. La pression sociale monte.
Du côté ukrainien, la situation est également tendue mais différente. L’Ukraine se bat pour sa survie, ce qui génère une motivation et une cohésion sociale que la Russie ne peut pas égaler. Les pertes ukrainiennes, bien que significatives, sont inférieures aux pertes russes grâce à une meilleure utilisation de la technologie et à une stratégie défensive. Mais l’Ukraine fait face à ses propres défis démographiques. Avec une population beaucoup plus petite que la Russie, chaque perte est proportionnellement plus coûteuse. C’est pourquoi l’Ukraine mise sur la technologie – drones, artillerie de précision, guerre électronique – pour compenser son désavantage numérique. Cette approche fonctionne, comme en témoignent les ratios de pertes favorables, mais elle nécessite un soutien occidental continu en équipements et en munitions. Si ce soutien faiblit, l’équation change.
Le facteur international
L’évolution de cette guerre dépend de plus en plus de facteurs internationaux. Le soutien occidental à l’Ukraine, bien que substantiel, reste fragile. Les élections en Europe et aux États-Unis peuvent changer la donne. Les débats sur le niveau d’aide à fournir à l’Ukraine divisent les opinions publiques occidentales. La fatigue de la guerre commence à se faire sentir. En Russie, le soutien de pays comme la Corée du Nord et l’Iran permet de compenser partiellement les pertes en munitions et en équipements. Mais ce soutien a ses limites et son coût politique. La Russie devient de plus en plus dépendante de ces partenaires peu recommandables, ce qui affaiblit sa position géopolitique à long terme. La Chine observe attentivement, calculant ses propres intérêts, prête à profiter de l’affaiblissement russe sans s’engager directement dans le conflit.
Les négociations de paix, évoquées régulièrement, restent pour l’instant sans résultat concret. Les positions des deux camps semblent irréconciliables. L’Ukraine exige le retrait complet des forces russes de son territoire, y compris la Crimée. La Russie refuse de renoncer à ses conquêtes territoriales. Entre ces deux positions, il y a peu d’espace pour un compromis. Les médiateurs internationaux tentent de trouver une solution, mais sans succès jusqu’à présent. La réalité est que cette guerre ne se terminera probablement pas par une victoire militaire décisive de l’un ou l’autre camp. Elle se terminera quand l’un des deux, ou les deux, décideront que le coût de la continuation dépasse les bénéfices potentiels. Pour la Russie, ce moment approche peut-être. Les pertes humaines et matérielles deviennent insoutenables. L’économie souffre. L’isolement international s’approfondit. Mais tant que le régime de Poutine reste au pouvoir, la guerre continuera probablement. Car pour Poutine, admettre la défaite signifierait probablement la fin de son règne.
Quand cette guerre finira-t-elle ? C’est la question que tout le monde se pose. La réponse honnête est : je ne sais pas. Personne ne sait. Cette guerre aurait dû se terminer il y a longtemps. Elle aurait dû ne jamais commencer. Mais nous sommes là, trois ans plus tard, avec plus d’un million de morts russes, des dizaines de milliers de morts ukrainiens, des villes détruites, des vies brisées. Et ça continue. Chaque jour apporte son lot de nouvelles pertes, de nouvelles tragédies. Je voudrais pouvoir dire que la fin est proche, que la raison finira par l’emporter. Mais je ne peux pas. Tout ce que je peux dire, c’est que cette guerre doit finir. Elle doit finir avant que d’autres millions de vies ne soient détruites. Elle doit finir avant que toute une génération ne soit perdue. Elle doit finir. Mais quand ? Seul l’avenir le dira.
La dimension technologique : une guerre du futur
Les drones : révolution tactique
La guerre en Ukraine est en train de réécrire les manuels de tactique militaire. Les drones, autrefois considérés comme des outils de reconnaissance secondaires, sont devenus les armes les plus polyvalentes et les plus meurtrières du champ de bataille moderne. Des petits drones FPV commerciaux modifiés pour transporter des grenades aux drones de reconnaissance sophistiqués, en passant par les drones kamikazes, l’arsenal aérien sans pilote s’est diversifié et sophistiqué à une vitesse stupéfiante. L’Ukraine a été pionnière dans l’utilisation massive de ces systèmes, créant des unités entières dédiées aux opérations de drones. Le résultat est visible dans les statistiques : 537 drones russes détruits en une seule journée, mais aussi des centaines de cibles terrestres russes neutralisées par des drones ukrainiens. Cette asymétrie technologique compense partiellement le désavantage numérique ukrainien.
L’innovation dans le domaine des drones ne se limite pas à l’Ukraine. Les deux camps développent constamment de nouveaux systèmes, de nouvelles tactiques. Les Russes ont introduit des drones Lancet, capables de détruire des véhicules blindés et des systèmes d’artillerie. Les Ukrainiens ont développé des drones maritimes qui ont coulé plusieurs navires de guerre russes en mer Noire. Des drones de reconnaissance à longue portée permettent de frapper des cibles à des centaines de kilomètres derrière les lignes ennemies. Des essaims de drones coordonnés peuvent saturer les défenses ennemies. Cette course à l’innovation transforme la nature même de la guerre. Les armées du monde entier observent et apprennent. Les leçons de l’Ukraine influenceront les doctrines militaires pour les décennies à venir. Nous assistons en temps réel à l’émergence d’une nouvelle forme de guerre, où la technologie accessible et l’innovation rapide peuvent rivaliser avec la puissance militaire traditionnelle.
L’intelligence artificielle sur le champ de bataille
Au-delà des drones, l’intelligence artificielle commence à jouer un rôle croissant dans cette guerre. Les systèmes de reconnaissance automatique de cibles, les algorithmes de prédiction des mouvements ennemis, les réseaux de capteurs intelligents – toutes ces technologies sont testées et déployées en Ukraine. L’IA permet d’analyser en temps réel les masses de données collectées par les drones et les satellites, identifiant les cibles prioritaires, prédisant les intentions ennemies, optimisant l’allocation des ressources militaires. C’est une révolution silencieuse mais profonde. Les commandants ukrainiens disposent d’outils d’aide à la décision qui auraient semblé de la science-fiction il y a quelques années. Ces outils ne remplacent pas le jugement humain, mais ils l’augmentent, permettant des décisions plus rapides et plus informées.
L’utilisation de l’IA soulève également des questions éthiques complexes. Jusqu’où peut-on aller dans l’automatisation des décisions de vie ou de mort ? Qui est responsable quand un système autonome commet une erreur et tue des civils ? Ces questions ne sont plus théoriques. Elles se posent concrètement sur le champ de bataille ukrainien. Pour l’instant, les systèmes d’IA restent sous contrôle humain, mais la tentation d’augmenter l’autonomie est forte. Plus un système est autonome, plus il est rapide et efficace. Mais plus il est autonome, plus il échappe au contrôle humain. C’est un dilemme que les armées du monde entier devront résoudre. L’Ukraine, par nécessité, est à l’avant-garde de cette réflexion. Les choix faits ici, les lignes rouges établies ou franchies, définiront les normes pour les guerres futures. C’est une responsabilité immense, et elle pèse lourdement sur les épaules de ceux qui doivent prendre ces décisions.
La technologie change la guerre, mais elle ne change pas sa nature fondamentale. Qu’on tue avec une épée, un fusil, ou un drone, on tue quand même. La mort reste la mort. La souffrance reste la souffrance. Les drones et l’IA rendent la guerre plus efficace, plus précise, peut-être moins coûteuse en vies pour celui qui les possède. Mais ils ne la rendent pas moins horrible. Ils ne la rendent pas plus juste. Ils créent simplement une nouvelle forme d’asymétrie, où ceux qui maîtrisent la technologie dominent ceux qui ne la maîtrisent pas. L’Ukraine a eu la chance, si on peut appeler ça de la chance, de recevoir le soutien technologique de l’Occident. Sans les drones, sans les systèmes de communication modernes, sans l’aide satellitaire, cette guerre aurait été bien différente. Probablement bien plus courte. Probablement bien plus sanglante pour l’Ukraine. La technologie sauve des vies ukrainiennes. Mais elle ne peut pas gagner la guerre seule. Il faut toujours des hommes et des femmes prêts à se battre, à souffrir, à mourir si nécessaire. La technologie est un outil. Un outil puissant, certes. Mais juste un outil.
Le prix de la résistance : le sacrifice ukrainien
Une nation en armes
Face à l’invasion russe, l’Ukraine s’est transformée en une nation en armes. Chaque citoyen, d’une manière ou d’une autre, contribue à l’effort de guerre. Les soldats au front, bien sûr, mais aussi les civils qui fabriquent des drones dans des ateliers improvisés, les bénévoles qui collectent des fonds pour acheter des équipements, les médecins qui soignent les blessés, les enseignants qui continuent d’éduquer les enfants malgré les bombardements, les agriculteurs qui cultivent leurs champs sous le feu de l’artillerie. Cette mobilisation totale de la société est à la fois impressionnante et tragique. Impressionnante par la résilience et la détermination qu’elle démontre. Tragique parce qu’elle révèle l’ampleur du sacrifice demandé à tout un peuple. Les Ukrainiens n’ont pas choisi cette guerre. Elle leur a été imposée. Mais ils ont choisi de résister, de se battre, de ne pas abandonner leur pays et leur liberté.
Cette résistance a un coût humain considérable. Les pertes militaires ukrainiennes, bien que moins élevées que les pertes russes, restent significatives. Des dizaines de milliers de soldats ukrainiens sont morts en défendant leur pays. Des centaines de milliers ont été blessés. Chaque famille ukrainienne connaît quelqu’un qui a été tué, blessé, ou traumatisé par cette guerre. Les villes de l’est et du sud de l’Ukraine ont été dévastées. Marioupol n’est plus qu’un champ de ruines. Bakhmout a été rasée. Avdiivka, Vuhledar, tant d’autres villes et villages ont été détruits. Des millions d’Ukrainiens ont été déplacés, fuyant les combats, cherchant refuge à l’ouest du pays ou à l’étranger. C’est une catastrophe humanitaire d’une ampleur que l’Europe n’avait pas connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Et pourtant, malgré tout cela, l’Ukraine tient. Elle résiste. Elle se bat.
L’espoir malgré tout
Au milieu de toute cette destruction, de toute cette souffrance, il y a de l’espoir. L’espoir que cette guerre finira. L’espoir que l’Ukraine survivra et se reconstruira. L’espoir que la justice prévaudra. Cet espoir n’est pas naïf. Il est fondé sur des réalités concrètes. L’Ukraine a survécu aux premières semaines de l’invasion, quand beaucoup prédisaient sa chute rapide. Elle a repoussé l’offensive russe sur Kiev. Elle a libéré Kharkiv, Kherson, des milliers de kilomètres carrés de territoire. Elle a coulé le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. Elle a frappé des cibles en profondeur sur le territoire russe. Elle a démontré que la Russie n’est pas invincible, que son armée peut être vaincue. Cette démonstration a changé la perception internationale du conflit et renforcé le soutien à l’Ukraine.
L’espoir se nourrit aussi du soutien international. Malgré les hésitations, les débats, les retards, l’Occident continue de soutenir l’Ukraine. Les livraisons d’armes se poursuivent. L’aide financière arrive. Les sanctions contre la Russie restent en place. Ce soutien n’est pas parfait, il n’est pas suffisant, mais il est réel. Et il fait la différence. Sans les systèmes de défense aérienne occidentaux, les villes ukrainiennes seraient encore plus dévastées. Sans l’artillerie occidentale, le front aurait peut-être cédé. Sans le soutien financier, l’économie ukrainienne se serait effondrée. Ce soutien doit continuer. Il doit même s’intensifier. Car l’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-même. Elle se bat pour un principe : le droit d’un peuple à choisir son propre destin, à vivre libre sur sa propre terre. C’est un principe universel, qui nous concerne tous. Si l’Ukraine tombe, ce principe tombe avec elle. Et nous serons tous plus pauvres, tous moins libres.
L’Ukraine me donne de l’espoir. Dans un monde souvent cynique, où l’intérêt personnel semble primer sur tout, l’Ukraine rappelle que certaines valeurs méritent qu’on se batte pour elles. La liberté. La dignité. Le droit de vivre en paix sur sa propre terre. Ces valeurs ne sont pas abstraites pour les Ukrainiens. Elles sont concrètes, tangibles, vitales. Ils les défendent avec leur sang. Et en les défendant, ils nous rappellent pourquoi ces valeurs sont importantes. Pourquoi elles méritent d’être protégées. Pourquoi nous devons les soutenir. Je ne suis pas ukrainien. Je ne vis pas sous les bombes russes. Mais je sais que si l’Ukraine tombe, nous tombons tous un peu avec elle. Car sa défaite serait la victoire de la force brute sur le droit, de l’agression sur la justice, du cynisme sur l’espoir. Et je refuse d’accepter ça. Nous devons tous refuser d’accepter ça. L’Ukraine doit gagner. Pas seulement pour elle. Pour nous tous.
Conclusion : le poids de l'histoire
Un tournant historique
Le 26 décembre 2025 restera dans l’histoire comme une journée parmi tant d’autres dans cette guerre interminable. 840 soldats russes tués. Des chars détruits. Des drones abattus. Des chiffres qui s’ajoutent à d’autres chiffres, formant une montagne de statistiques qui cache mal l’horreur humaine qu’elle représente. Mais cette journée, comme toutes les autres depuis le 24 février 2022, fait partie d’un moment historique plus large. Nous vivons un tournant dans l’histoire mondiale. L’ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale, fondé sur le principe de l’inviolabilité des frontières et le rejet de la conquête territoriale, est remis en question. La Russie, en envahissant l’Ukraine, a défié cet ordre. Elle a parié que le monde accepterait le fait accompli, que l’Ukraine tomberait rapidement, que l’Occident protesterait mollement puis passerait à autre chose. Ce pari a échoué. L’Ukraine résiste. L’Occident soutient. Et la Russie paie le prix de son agression.
Ce tournant historique aura des conséquences qui dépassent largement l’Ukraine et la Russie. Il redéfinit les alliances internationales. Il force l’Europe à repenser sa sécurité et sa défense. Il pousse les pays à choisir leur camp dans un monde de plus en plus polarisé. Il accélère les changements technologiques dans le domaine militaire. Il teste la résilience des démocraties face aux régimes autoritaires. L’issue de cette guerre déterminera en grande partie la forme du monde dans les décennies à venir. Si l’Ukraine gagne, ou du moins survit en tant qu’État indépendant, ce sera un signal fort que l’agression ne paie pas, que les petits pays peuvent résister aux grands, que le droit international a encore un sens. Si la Russie gagne, ou si l’Ukraine est forcée d’accepter une paix humiliante, ce sera un signal inverse : que la force prime sur le droit, que les grands peuvent écraser les petits, que les frontières peuvent être redessinées par la violence. Les conséquences de ce second scénario seraient catastrophiques pour l’ordre mondial.
Le devoir de mémoire
Dans les années à venir, quand cette guerre sera terminée, il sera tentant d’oublier. D’oublier les chiffres terribles. D’oublier les souffrances. D’oublier les sacrifices. De passer à autre chose, de se concentrer sur la reconstruction, sur l’avenir. Cette tentation sera forte, et elle sera en partie nécessaire. On ne peut pas vivre éternellement dans le deuil et la colère. Mais nous ne devons pas oublier complètement. Nous devons nous souvenir. Nous souvenir de ce qui s’est passé ici. Nous souvenir du prix payé. Nous souvenir des leçons apprises. Car si nous oublions, nous risquons de répéter les mêmes erreurs. L’histoire nous enseigne que les guerres ne sont jamais vraiment finies tant que leurs causes profondes ne sont pas résolues. La Première Guerre mondiale n’a pas vraiment pris fin en 1918. Elle a simplement fait une pause avant de reprendre en 1939. Nous devons faire en sorte que cette guerre en Ukraine soit vraiment la dernière, qu’elle ne soit pas simplement une pause avant un nouveau conflit.
Le devoir de mémoire implique aussi de se souvenir des victimes. Pas seulement comme des statistiques, mais comme des individus. Chacun des 1 202 070 soldats russes perdus était une personne avec un nom, une histoire, des rêves. Beaucoup étaient des victimes autant que des agresseurs, envoyés à la guerre contre leur gré, manipulés par la propagande, sacrifiés par des dirigeants cyniques. Cela n’excuse pas les crimes commis, mais cela rappelle la complexité de la condition humaine. Les Ukrainiens tués et blessés méritent d’être honorés comme des héros qui ont défendu leur patrie. Les civils des deux côtés qui ont souffert et sont morts méritent d’être pleurés. Et nous, qui observons de loin, nous avons le devoir de témoigner, de raconter, de ne pas laisser ces vies être oubliées. C’est le minimum que nous leur devons. C’est le minimum que nous nous devons à nous-mêmes.
Je termine cet article avec un sentiment de lourdeur. Lourdeur face à l’ampleur de la tragédie. Lourdeur face à l’apparente futilité de tout cela. Plus d’un million de morts russes. Des dizaines de milliers de morts ukrainiens. Des villes détruites. Des vies brisées. Et pour quoi ? Pour satisfaire l’ego d’un dictateur ? Pour quelques kilomètres carrés de territoire ? L’absurdité me submerge. Mais au milieu de cette absurdité, il y a aussi de la beauté. La beauté du courage ukrainien. La beauté de la solidarité internationale. La beauté de l’esprit humain qui refuse de se soumettre, qui continue de se battre même quand tout semble perdu. Cette guerre finira un jour. Je ne sais pas quand. Je ne sais pas comment. Mais elle finira. Et quand elle finira, nous devrons nous souvenir. Nous souvenir de ce qui s’est passé. Nous souvenir de pourquoi c’est arrivé. Nous souvenir de ce que ça nous a coûté. Et nous devrons faire en sorte que ça ne se reproduise jamais. C’est notre responsabilité. À tous. Pas seulement aux Ukrainiens. Pas seulement aux Russes. À nous tous, citoyens de ce monde fragile et précieux. Nous devons faire mieux. Nous devons être meilleurs. Pour les morts. Pour les vivants. Pour ceux qui ne sont pas encore nés. Nous leur devons au moins ça.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées d’Ukraine, communiqué officiel du 26 décembre 2025, publié sur Facebook et relayé par ArmyInform (https://armyinform.com.ua/en/2025/12/26/enemy-loses-more-than-800-soldiers-and-an-air-defense-system-general-staff-of-the-armed-forces-of-ukraine/), consulté le 29 décembre 2025. Ministère de la Défense d’Ukraine, annonce de la réception du neuvième système IRIS-T allemand, 26 décembre 2025. Ukrainska Pravda, article « Russia loses 840 soldiers over past day » (https://www.pravda.com.ua/eng/news/2025/12/26/8013436/), publié le 26 décembre 2025. Mezha Media, article « Russian Military Losses in Ukraine Conflict Reach Over 1.2 Million as of December 2025 » (https://mezha.net/eng/bukvy/russian-military-losses-in-ukraine-conflict-reach-over-1-2-million-as-of-december-2025/), publié le 29 décembre 2025.
Sources secondaires
Institute for the Study of War (ISW), « Russian Offensive Campaign Assessment, December 26, 2025 » (https://understandingwar.org/research/russia-ukraine/russian-offensive-campaign-assessment-december-26-2025/), publié le 26 décembre 2025. BBC News, « How Russia took record losses in Ukraine in 2024 » (https://www.bbc.com/news/articles/c5yg4z6v600o), article d’analyse publié en décembre 2025. Al Jazeera, « Russia-Ukraine war: List of key events, day 1036 » (https://www.aljazeera.com/news/2024/12/26/russia-ukraine-war-list-of-key-events-day-1036), publié le 26 décembre 2025. Mediazona, données vérifiées sur les pertes russes (https://en.zona.media/article/2025/12/19/casualties_eng-trl), mise à jour du 19 décembre 2025. United24 Media, « Russia Has Lost 1.2 Million Troops, More Than Britain in World War II » (https://united24media.com/war-in-ukraine/russia-has-lost-12-million-troops-in-ukraine-more-than-its-entire-pre-war-army-14361), article d’analyse publié en décembre 2025.
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