Une planification secrète de plusieurs mois
L’opération au Venezuela n’est pas née d’une impulsion soudaine. Elle est le résultat de mois de préparation minutieuse, de pressions diplomatiques et d’une escalade militaire méthodique. Depuis septembre 2025, les États-Unis avaient commencé à frapper des embarcations dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, accusées de transporter de la drogue en provenance du Venezuela. Au moins 36 navires ont été détruits, tuant plus de 115 personnes. Puis, fin décembre, une frappe de drone de la CIA a visé une installation portuaire sur le sol vénézuélien — la première opération terrestre directe. Le message était clair : les États-Unis étaient prêts à franchir toutes les lignes.
La désignation du régime de Maduro comme « organisation terroriste étrangère » en décembre 2025 a fourni le cadre juridique — aussi contesté soit-il — pour justifier l’escalade. L’administration Trump a également désigné deux gangs vénézuéliens, le Tren de Aragua et le Cartel de los Soles, comme organisations terroristes, alléguant que ce dernier était dirigé par Maduro lui-même. Le blocus naval instauré autour du Venezuela, le plus important déploiement militaire américain dans les Caraïbes depuis des décennies, a achevé d’isoler le régime. Quand l’ordre de frapper est finalement tombé le 2 janvier à 22h46 heure de Washington, tout était en place. Les forces vénézuéliennes n’ont opposé quasiment aucune résistance.
L’extraction de Maduro : une opération digne d’un film
Trump l’a dit lui-même : il a regardé l’opération se dérouler « comme un épisode de télévision ». Les détails qui filtrent sont saisissants. Aux environs de deux heures du matin, heure locale, des explosions ont retenti à travers Caracas, ciblant principalement des installations militaires et des antennes de communication. Le Fort Tiuna, le plus grand complexe militaire du pays, a été touché. Simultanément, les forces spéciales américaines — la Delta Force, selon CBS News — se sont infiltrées pour atteindre la résidence de Maduro. L’opération d’extraction elle-même aurait duré environ trente minutes. Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été capturés et immédiatement transportés vers le USS Iwo Jima.
La photo publiée par Trump sur Truth Social montre Maduro à bord du navire américain, une image qui a fait le tour du monde en quelques minutes. La procureure générale Pam Bondi a annoncé que le couple ferait face à des accusations de narcoterrorisme, de corruption et de trafic de drogue devant un tribunal de New York. L’inculpation, scellée depuis mars 2020, a enfin été mise en œuvre. Pendant ce temps, au Venezuela, l’état d’urgence a été déclaré. La vice-présidente Delcy Rodríguez, dans une allocution télévisée, a exigé une preuve de vie pour Maduro, affirmant qu’il restait le seul président légitime du pays. Mais sur le terrain, la réalité était autre : l’ère Maduro était terminée.
Il y a quelque chose de presque irréel dans cette séquence. Un président en exercice, arraché de son pays en pleine nuit, exhibé sur les réseaux sociaux comme un trophée de guerre. Je repense à Noriega au Panama en 1989. À Saddam Hussein en 2003. À Kadhafi en 2011. L’histoire a cette manière de se répéter, avec des costumes différents mais le même scénario. Et pourtant, cette fois, c’est différent. Plus rapide. Plus brutal. Plus assumé. Trump n’a même pas cherché à obtenir l’approbation du Congrès. Il a agi. Point. Cette audace me fascine autant qu’elle me terrifie.
Section 3 : « Nous allons diriger le Venezuela »
Les ambitions américaines mises à nu
Si certains espéraient que l’administration Trump se contenterait de capturer Maduro pour ensuite se retirer, ils ont vite déchanté. Lors de sa conférence de presse à Mar-a-Lago, le président américain a été d’une clarté cristalline : « Nous allons diriger le pays ». Il a précisé que cette gestion américaine se poursuivrait « jusqu’à ce que nous puissions effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse ». En d’autres termes, les États-Unis n’ont aucune intention de quitter le Venezuela de sitôt. Cette déclaration a provoqué un tollé international, mais Trump n’en a cure. Pour lui, cette opération est un succès éclatant qui devrait servir d’avertissement à quiconque menacerait la souveraineté américaine.
Mais derrière les justifications officielles — la lutte contre le narcotrafic, la défense de la démocratie — se cache un autre enjeu, que Trump n’a même pas cherché à dissimuler : le pétrole. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, dépassant même l’Arabie saoudite. Et Trump veut sa part. « Nous allons reconstruire l’infrastructure pétrolière », a-t-il déclaré. « Nous allons vendre ce pétrole à d’autres nations. » L’objectif est limpide. Les États-Unis ne se contentent pas de changer un régime — ils s’emparent de ses ressources. C’est la doctrine Monroe version 2026, que Trump a rebaptisée avec son humilité habituelle la « Donroe Doctrine ».
Les réactions internationales : entre condamnation et silence gêné
La Russie a immédiatement dénoncé les frappes comme une « agression armée » et qualifié la capture de Maduro d’« atteinte inacceptable » à la souveraineté vénézuélienne. La Chine s’est dite « profondément choquée » par ce qu’elle a qualifié d’« usage flagrant de la force » contre un État souverain. Le président brésilien Lula da Silva a parlé d’une « ligne inacceptable franchie » et d’un « précédent dangereux ». Le Mexique et le Chili ont condamné les frappes comme une violation de la Charte des Nations Unies. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « profondément alarmé ».
Mais du côté des alliés occidentaux, le silence est assourdissant. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a simplement déclaré que l’UE soutenait « une transition pacifique et démocratique » au Venezuela, sans condamner explicitement l’action américaine. Cette prudence n’est pas surprenante. Dans le monde de Trump, critiquer ouvertement Washington, c’est s’exposer à des représailles. Les tarifs douaniers, les sanctions économiques, voire — comme on vient de le voir — les interventions militaires sont autant d’outils dans l’arsenal du président américain. Et personne ne veut être le prochain sur la liste.
Ce qui me frappe, c’est ce silence des « démocraties alliées ». L’Europe, si prompte à donner des leçons de droit international quand c’est la Russie qui envahit un voisin, se fait soudainement discrète quand ce sont les États-Unis qui capturent un président en exercice. Hypocrisie ? Peut-être. Réalisme ? Certainement. Mais cette acceptation tacite normalise quelque chose de profondément inquiétant : l’idée qu’il existe deux poids, deux mesures. Que certains peuvent agir impunément. Et que les règles internationales ne s’appliquent qu’aux faibles.
Section 4 : le Mexique dans le viseur
« Les cartels dirigent le Mexique »
Quelques heures à peine après l’annonce de la capture de Maduro, Trump s’est tourné vers un autre voisin : le Mexique. Lors d’une interview sur Fox News, le président américain n’a pas mâché ses mots concernant la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. « C’est une bonne femme », a-t-il concédé, « mais elle ne dirige pas le Mexique. Ce sont les cartels qui dirigent le Mexique. » Cette déclaration, aussi choquante soit-elle venant du président de la première puissance mondiale à propos d’un allié et partenaire commercial majeur, n’est pas nouvelle. Trump martèle ce message depuis des mois.
Mais cette fois, le contexte a changé. Trump vient de prouver qu’il est prêt à passer à l’acte. Et ses paroles suivantes ont fait froid dans le dos : « Je lui ai demandé plusieurs fois si elle voulait que nous éliminions les cartels. Elle a répondu : « Non, non, non, Monsieur le Président, s’il vous plaît. » Donc nous devons faire quelque chose. » Ces mots, prononcés alors que la fumée n’était pas encore retombée sur Caracas, sonnent comme un ultimatum. Le « quelque chose » en question pourrait bien ressembler à ce qui vient de se passer au Venezuela. Des frappes de drones sur les laboratoires de fentanyl. Des opérations des forces spéciales contre les chefs de cartel. Une intervention militaire sur le sol mexicain — avec ou sans l’accord de Mexico.
La réponse mexicaine : fermeté diplomatique, inquiétude souterraine
Le gouvernement mexicain a réagi avec une fermeté sans ambiguïté. Dans un communiqué officiel, Mexico a « condamné fermement les actions militaires menées unilatéralement par les forces armées des États-Unis d’Amérique » au Venezuela. Citant ses principes de politique étrangère et sa vocation pacifiste, le Mexique a appelé au respect du droit international et de la Charte des Nations Unies. Sheinbaum elle-même a évoqué une carte du monde de 1661 montrant les Amériques, une façon subtile de rappeler que l’hémisphère ouest ne se résume pas aux États-Unis.
Mais derrière cette posture officielle, l’inquiétude est palpable. Le Mexique se retrouve dans une position impossible. D’un côté, céder aux pressions américaines reviendrait à reconnaître que le pays n’est pas capable de gérer ses propres affaires sécuritaires — un aveu d’échec politique dévastateur. De l’autre, résister pourrait attirer la foudre de Trump, dont on vient de voir qu’il n’hésite pas à utiliser la force. Certains analystes estiment que le Mexique pourrait être contraint d’accepter des frappes de drones américaines sur les laboratoires de fentanyl, officiellement menées par les forces mexicaines mais avec un soutien « discret » de Washington. Une pilule amère, mais peut-être moins catastrophique qu’une intervention directe.
Le Mexique n’est pas le Venezuela. C’est un pays de 130 millions d’habitants, la quatorzième économie mondiale, un partenaire commercial vital pour les États-Unis. Une intervention militaire directe serait un cauchemar logistique, diplomatique et humain. Et pourtant… Trump vient de démontrer qu’il n’a plus peur des cauchemars. Il les crée. La question n’est plus de savoir s’il osera. La question est de savoir ce qui pourrait l’arrêter.
Section 5 : Cuba, l'île au régime fragile
Les menaces voilées de Rubio
Si Trump a visé le Mexique, c’est son secrétaire d’État Marco Rubio qui s’est chargé de Cuba. Fils d’immigrants cubains, Rubio nourrit une hostilité personnelle envers le régime de La Havane. Lors de la conférence de presse à Mar-a-Lago, il a pointé du doigt l’île comme étant à l’origine de nombreux problèmes du Venezuela. « Cette pauvre île a en quelque sorte pris le contrôle du Venezuela », a-t-il affirmé. « L’un des plus gros problèmes des Vénézuéliens, c’est qu’ils doivent déclarer leur indépendance vis-à-vis de Cuba. » Puis est venue la menace, à peine voilée : « Si je vivais à La Havane et que j’étais au gouvernement, je serais inquiet, au moins un peu. »
Trump a renchéri en évoquant les souffrances du peuple cubain et en laissant entendre que les États-Unis pourraient « parler de Cuba » prochainement. Ces déclarations arrivent alors que l’île traverse sa pire crise économique depuis la chute de l’Union soviétique. Les pénuries d’électricité, de nourriture et de médicaments sont quotidiennes. Le régime de Miguel Díaz-Canel dépend fortement du pétrole vénézuélien pour maintenir son économie à flot. Avec Maduro écarté et les États-Unis aux commandes au Venezuela, ce flux vital pourrait se tarir. Cuba se retrouve plus vulnérable que jamais.
La réaction de La Havane : défiance et mobilisation
Le président cubain Miguel Díaz-Canel a qualifié l’opération au Venezuela de « terrorisme d’État » et a appelé à une « réaction urgente de la communauté internationale ». Le ministère cubain des Affaires étrangères a dénoncé une « agression lâche » et une « violation criminelle du droit international ». Des manifestations ont éclaté dans les rues de La Havane, où des milliers de Cubains sont descendus pour protester contre l’intervention américaine au Venezuela. Díaz-Canel lui-même a été photographié brandissant un drapeau vénézuélien devant la foule.
Mais au-delà de la rhétorique, le régime cubain sait qu’il est en position de faiblesse extrême. Contrairement au Venezuela, Cuba ne possède pas de réserves pétrolières significatives. L’île ne représente pas une menace militaire crédible pour les États-Unis. Et surtout, Cuba est juste là, à 150 kilomètres des côtes de Floride, patrie politique de Trump et de Rubio. Une intervention militaire à Cuba serait techniquement plus simple qu’au Venezuela. La base navale de Guantánamo offre déjà une présence américaine permanente sur l’île. Le fantôme de la Baie des Cochons de 1961 plane sur La Havane — mais cette fois, les États-Unis ne commettraient pas les mêmes erreurs.
Cuba. Cette île qui a défié les États-Unis pendant plus de soixante ans. Qui a survécu à l’embargo, aux complots d’assassinat, à l’effondrement de son allié soviétique. Est-elle enfin arrivée au bout du chemin ? Je l’ignore. Mais quand je vois Rubio, fils de l’exil cubain, debout à côté de Trump, je perçois quelque chose de viscéral dans leur regard. Ce n’est plus seulement de la géopolitique. C’est personnel. Et les affaires personnelles, en politique, sont les plus dangereuses.
Section 6 : la Colombie sous pression maximale
Petro, la cible directe de Trump
De toutes les cibles évoquées par Trump, c’est peut-être la Colombie qui fait face à la menace la plus explicite. Le président colombien Gustavo Petro — premier président de gauche de l’histoire récente du pays — est dans le collimateur de Washington depuis son élection. Mais ce samedi 3 janvier, les tensions ont atteint un nouveau sommet. Lorsqu’un journaliste a rappelé à Trump qu’il avait dit quelques semaines plus tôt que Petro devait « surveiller ses arrières », et que le président colombien avait répondu qu’il « n’était pas inquiet », la réponse de Trump a été brutale : « Il a des usines à cocaïne. Il fabrique de la cocaïne et l’envoie aux États-Unis. Donc oui, il ferait mieux de surveiller ses arrières. »
Ces accusations, lancées sans la moindre preuve, sont d’une gravité exceptionnelle. Accuser un chef d’État élu d’être un trafiquant de drogue équivaut à le placer au même niveau que Maduro. Et on vient de voir ce qui arrive aux dirigeants que Washington qualifie de narcoterroristes. La Colombie, historiquement l’un des plus proches alliés des États-Unis en Amérique latine, se retrouve soudainement traitée en ennemi potentiel. Cette rupture est d’autant plus troublante que la collaboration en matière de lutte antidrogue entre les deux pays est l’une des plus étroites au monde. Des agents de la DEA opèrent en Colombie depuis des décennies. Les saisies de drogue ont atteint des records ces dernières années.
La frontière la plus dangereuse du continent
La Colombie partage avec le Venezuela une frontière de 2 219 kilomètres, l’une des plus poreuses et dangereuses du continent. Cette zone est depuis longtemps un refuge pour les groupes armés — ELN, dissidents des FARC, et autres organisations criminelles. Avec l’effondrement du régime de Maduro, les analystes craignent une déstabilisation régionale majeure. Le gouvernement colombien a déjà annoncé le déploiement de forces de sécurité le long de la frontière pour se préparer à un afflux massif de réfugiés. La Colombie accueille déjà près de trois millions de Vénézuéliens, la plus grande diaspora au monde.
Mais les défis humanitaires ne sont qu’une partie du problème. La vraie question est de savoir si les États-Unis considèrent la Colombie comme un partenaire ou comme une cible. Petro a condamné l’opération au Venezuela, appelant à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU — dont la Colombie vient de rejoindre comme membre temporaire. Cette prise de position courageuse mais risquée pourrait lui attirer des représailles. Trump a d’ailleurs sanctionné personnellement Petro il y a quelques semaines, le qualifiant de « voyou » et de « dealer de drogue ». La relation entre les deux pays n’a jamais été aussi tendue depuis des décennies.
Petro a du cran, il faut le reconnaître. Face à un président américain qui vient de prouver qu’il peut renverser des gouvernements en une nuit, il continue de défendre ses principes. Mais le courage ne suffit pas toujours. L’histoire est jonchée de leaders qui avaient raison trop tôt, ou qui étaient seuls contre tous. Je me demande ce que Petro pense vraiment, la nuit, quand les caméras sont éteintes. Est-il aussi serein qu’il le prétend ? Ou sent-il, lui aussi, le souffle de l’aigle américain dans son cou ?
Section 7 : la doctrine Monroe ressuscitée
Le retour de l’impérialisme américain
Ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas simplement une opération antinarcotiques ou une action pour promouvoir la démocratie. C’est la résurrection d’une doctrine vieille de deux siècles. En 1823, le président James Monroe a proclamé que les Amériques étaient la « sphère d’influence » exclusive des États-Unis, et que toute ingérence européenne serait considérée comme un acte hostile. Cette doctrine Monroe a justifié des décennies d’interventions américaines dans l’hémisphère occidental — du Mexique à Cuba, du Guatemala au Panama, du Chili au Nicaragua. Trump, avec son sens aigu du branding, l’a rebaptisée la « Donroe Doctrine ».
L’organisation Progressive International a été parmi les premières à dénoncer cette résurgence. « Le « corollaire Trump » à la doctrine Monroe — appliqué ces dernières heures avec une force violente dans le ciel de Caracas — est la plus grande menace pour la paix et la prospérité que les Amériques affrontent aujourd’hui », a déclaré la coalition. « Cette déclaration renouvelée d’impunité de Washington est une menace pour toutes les nations du monde. » Le parallèle avec les interventions passées est frappant. L’invasion du Panama en 1989, qui a conduit à la capture de Noriega, a été justifiée par la lutte contre le trafic de drogue. L’invasion de l’Irak en 2003 promettait la démocratie et la fin d’un régime tyrannique. L’histoire se répète, avec ses promesses et ses déceptions.
Les implications mondiales : un précédent dangereux
Si les États-Unis peuvent unilatéralement capturer le président d’un pays souverain sans l’autorisation du Congrès ni mandat de l’ONU, qu’est-ce qui empêche d’autres puissances de faire de même ? C’est la question que posent de nombreux analystes internationaux. Le chroniqueur du Guardian, Simon Tisdall, a qualifié l’opération d’« illégale » et « pas si différente de l’invasion russe de l’Ukraine ». Il a également averti que cela créait un précédent qui pourrait justifier une future invasion de Taïwan par la Chine. Le sénateur démocrate Andy Kim a exprimé des craintes similaires : « Cette frappe envoie un signal horrible et troublant aux autres dirigeants puissants à travers le monde que cibler un chef d’État est une politique acceptable pour le gouvernement américain. »
Le New York Times a condamné l’attaque comme « dangereuse et illégale », la décrivant comme un acte d’« impérialisme tardif » dépourvu de « toute apparence de légitimité internationale, d’autorité juridique valide ou de soutien populaire domestique ». Ces critiques, bien que virulentes, risquent de rester lettre morte. Trump n’en a cure des éditorialistes. Ce qui compte pour lui, c’est le résultat. Et le résultat est là : Maduro est en route vers un tribunal américain, les États-Unis contrôlent le Venezuela et son pétrole, et le reste de l’Amérique latine a compris le message.
On entre dans un monde nouveau. Un monde où les règles d’hier ne s’appliquent plus. Où la souveraineté nationale est un concept négociable. Où le plus fort fait ce qu’il veut, et le plus faible subit ce qu’il doit. Je ne sais pas si c’est un progrès ou une régression. Peut-être que ces règles internationales n’ont jamais été qu’une illusion, un vernis de civilisation sur la brutalité éternelle des rapports de force. Peut-être que Trump, dans sa brutalité assumée, nous révèle simplement ce qui a toujours été vrai.
Section 8 : les réactions au Congrès américain
Une division partisane prévisible
Aux États-Unis, l’opération au Venezuela a immédiatement cristallisé les clivages politiques. Les républicains ont largement salué l’action. Le speaker de la Chambre, Mike Johnson, a déclaré que l’administration « travaillait à planifier des briefings » pour les élus lors de leur retour à Washington la semaine prochaine. Le leader de la majorité au Sénat, John Thune, s’est dit « reconnaissant envers les forces armées qui ont mené cette action nécessaire ». Le sénateur Mike Lee de l’Utah a indiqué que Rubio l’avait briefé sur l’opération et lui avait assuré qu’aucune action supplémentaire n’était prévue au Venezuela maintenant que Maduro était en custody américain.
Du côté démocrate, les réactions ont été nettement plus critiques. Le représentant Jim McGovern du Massachusetts a qualifié l’opération de « frappe injustifiée et illégale ». Le sénateur Andy Kim du New Jersey a dénoncé le mensonge de l’administration : « Les secrétaires Rubio et Hegseth ont regardé chaque sénateur dans les yeux il y a quelques semaines et ont dit que ce n’était pas un changement de régime. Je ne les ai pas crus alors, et nous voyons maintenant qu’ils ont effrontément menti au Congrès. » Le représentant Jim Himes, démocrate du Connecticut et membre du Comité du renseignement de la Chambre, a exigé un briefing immédiat sur « le plan de l’administration pour assurer la stabilité dans la région et sa justification juridique pour cette décision ».
La question constitutionnelle : un président au-dessus des lois ?
La grande question qui émerge est celle de l’autorité constitutionnelle. La Constitution américaine confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Aucune autorisation d’utilisation de la force militaire (AUMF) n’a été votée pour des opérations contre le Venezuela. Le secrétaire d’État Rubio a justifié l’absence de notification préalable au Congrès par la nature « surprise » de l’opération, qui ne pouvait être partagée à l’avance avec les élus. Cette explication satisfait peu les critiques. Comme l’a fait remarquer Susie Wiles, cheffe de cabinet de Trump, en novembre 2025 : si le président « autorise une activité sur terre, alors c’est la guerre, alors il faut le Congrès ».
La semaine prochaine, le Sénat devrait voter sur une résolution bipartite sur les pouvoirs de guerre qui interdirait l’utilisation de forces américaines contre le Venezuela sans autorisation du Congrès. Mais avec une majorité républicaine au Sénat et à la Chambre, il est peu probable que cette résolution aboutisse. Trump l’a d’ailleurs anticipé. « On pourrait dire que ce n’est peut-être pas constitutionnel », a-t-il ironisé lors de sa conférence de presse. « Vous savez, les mêmes vieilles rengaines qu’on entend depuis des années et des années. » Pour Trump, la Constitution est un obstacle parmi d’autres — et comme tous les obstacles, il suffit de le contourner.
La démocratie américaine est mise à l’épreuve. Non pas par un ennemi extérieur, mais par son propre président. Trump agit comme si les freins et contrepoids constitutionnels n’existaient pas. Et le pire, c’est qu’il a peut-être raison. Qui va l’arrêter ? Un Congrès dominé par son parti ? Une Cour suprême qu’il a lui-même façonnée ? Le peuple américain, qui l’a élu deux fois ? Je ne vois pas de chevalier blanc à l’horizon. Seulement un homme qui fait ce qu’il veut, parce qu’il le peut.
Section 9 : les enjeux pétroliers et économiques
Le Venezuela, coffre-fort pétrolier de la planète
Pour comprendre l’intérêt américain pour le Venezuela, il suffit de regarder les chiffres. Le pays possède environ 304 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, soit les plus grandes réserves au monde. C’est plus que l’Arabie saoudite, plus que l’Iran, plus que l’Irak. Pendant des décennies, le régime chaviste a utilisé cette manne pour financer ses programmes sociaux et acheter des alliances internationales. Mais les sanctions américaines, la mauvaise gestion et l’effondrement des infrastructures ont fait chuter la production de 3,5 millions de barils par jour au début des années 2000 à moins de 800 000 barils aujourd’hui.
Trump l’a dit sans détour : les États-Unis vont « reconstruire l’infrastructure pétrolière » et « vendre ce pétrole à d’autres nations ». Interrogé sur les préoccupations chinoises concernant le contrôle de ces ressources, Trump a balayé la question d’un revers de main, affirmant que sa « bonne relation » avec le président Xi Jinping garantissait qu’il n’y aurait « pas de problème ». La Chine, premier importateur de pétrole au monde et l’un des principaux créanciers du Venezuela, pourrait ne pas voir les choses de la même manière. Mais pour l’instant, Pékin se contente de protestations verbales. La confrontation économique viendra peut-être plus tard.
Les compagnies pétrolières américaines en embuscade
En novembre 2025, la leader de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado avait promis, lors d’une réunion d’affaires à Miami en présence de Trump, d’ouvrir les réserves de pétrole et de gaz du Venezuela aux investisseurs étrangers. Cette promesse n’est plus théorique. Avec Maduro écarté et les États-Unis aux commandes, les compagnies pétrolières américaines — ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips — pourraient bientôt revenir en force dans un pays d’où elles avaient été expulsées par le régime chaviste. Les enjeux financiers sont colossaux. Des centaines de milliards de dollars sont en jeu.
Mais cette ruée vers l’or noir ne sera pas sans défis. L’infrastructure pétrolière vénézuélienne est dans un état désastreux après des années de négligence et de corruption. Des milliards de dollars d’investissements seront nécessaires pour relancer la production. Et la question de la légitimité du nouveau gouvernement — quel qu’il soit — déterminera si les investisseurs internationaux se sentiront suffisamment en sécurité pour s’engager. Trump semble convaincu que la présence militaire américaine garantira cette stabilité. L’histoire des interventions américaines suggère que les choses sont rarement aussi simples.
Le pétrole. Toujours le pétrole. On peut habiller l’intervention de toutes les justifications qu’on veut — lutte contre la drogue, défense de la démocratie, protection des citoyens américains — mais au fond, c’est toujours la même histoire. L’Irak avait du pétrole. La Libye avait du pétrole. Le Venezuela a du pétrole. Il y a des pays où des dictateurs commettent des atrocités bien pires que Maduro, mais qui n’ont pas la malchance de flotter sur un océan d’or noir. Ceux-là, personne ne vient les « libérer ».
Section 10 : les scénarios pour les mois à venir
Au Venezuela : l’incertitude totale
Que va-t-il se passer au Venezuela maintenant que Maduro est parti ? Personne ne le sait vraiment. Trump a évoqué la vice-présidente Delcy Rodríguez comme interlocutrice potentielle, affirmant qu’elle avait été « assermentée comme présidente » et qu’elle « travaillerait avec les États-Unis ». Mais Rodríguez elle-même a démenti ces affirmations, qualifiant les frappes de tentative de « changement de régime pour contrôler le pétrole » et affirmant que Maduro restait le « seul président du Venezuela ». Le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello est apparu à la télévision flanqué de policiers, promettant que le gouvernement ne se laisserait pas intimider.
Sur le terrain, la situation est confuse. Des partisans de Maduro manifestent dans les rues de Caracas, tandis que des Vénézuéliens de la diaspora célèbrent à Santiago, Miami et Madrid. L’état d’urgence déclaré par le gouvernement reste en vigueur. On ne sait pas combien de responsables gouvernementaux et militaires ont été tués dans les frappes — Rodríguez a mentionné des morts parmi les « officiels du gouvernement et de l’armée ». La question est de savoir si le régime chaviste peut survivre sans Maduro, ou si son départ provoquera un effondrement total. L’histoire des changements de régime imposés de l’extérieur — de l’Irak à la Libye — n’inspire pas l’optimisme.
En Amérique latine : la peur et la défiance
Pour les autres pays de la région, l’équation est devenue brutalement simple : se soumettre ou résister. Le Mexique semble chercher un équilibre précaire, condamnant l’intervention tout en évitant une rupture totale avec Washington. La Colombie de Petro adopte une posture plus combative, mais elle est aussi plus vulnérable. Cuba et le Nicaragua, alliés les plus proches du Venezuela, sont en état d’alerte maximum. Le président cubain Díaz-Canel sait que son régime pourrait être le prochain sur la liste. La dépendance de Cuba au pétrole vénézuélien — désormais sous contrôle américain — le place dans une position désespérée.
Plus largement, l’Amérique latine fait face à une remise en question existentielle de l’ordre régional. Les institutions comme l’Organisation des États américains (OEA) ou la Communauté des États latino-américains et caraïbes (CELAC) apparaissent impuissantes face à la démonstration de force américaine. Le concept de « zone de paix » que la région avait tenté de construire semble désormais illusoire. C’est la loi du plus fort qui prévaut. Et le plus fort, c’est le voisin du nord.
L’Amérique latine se réveille avec la gueule de bois. Pendant des décennies, les pays de la région ont cru — ou voulu croire — qu’ils pouvaient tracer leur propre chemin, indépendamment de Washington. L’ère des interventions, pensait-on, était révolue. Les marines ne débarqueraient plus à Port-au-Prince ou à Saint-Domingue. Les présidents ne seraient plus renversés par la CIA. C’était naïf, peut-être. Ou simplement optimiste. Ce 3 janvier 2026, l’optimisme a pris un coup.
Section 11 : les leçons de l'histoire
De Noriega à Maduro : les fantômes du passé
L’opération au Venezuela rappelle inévitablement l’invasion du Panama de 1989, qui a conduit à la capture de Manuel Noriega. Les parallèles sont frappants : un dirigeant accusé de trafic de drogue, une intervention militaire nocturne, une extraction vers les États-Unis pour y être jugé. Noriega a passé le reste de sa vie en prison, mourant en 2017. Trump lui-même a fait le rapprochement, notant que l’opération vénézuélienne avait eu lieu « 36 ans jour pour jour » après la reddition de Noriega. Ce n’est sans doute pas une coïncidence.
Mais l’histoire du Panama devrait aussi servir d’avertissement. L’intervention a causé la mort de centaines de civils — les estimations varient de quelques centaines à plusieurs milliers. Le pays a mis des années à se stabiliser. Et surtout, l’invasion n’a pas résolu le problème du trafic de drogue. Le Panama reste aujourd’hui un point de transit majeur pour la cocaïne en route vers les États-Unis. Les leçons de l’Irak sont encore plus sombres : une intervention justifiée par des mensonges sur les armes de destruction massive, suivie d’une occupation chaotique, d’une guerre civile sanglante et de l’émergence de l’État islamique. L’hubris américain a un coût. Et ce sont souvent les populations locales qui le paient.
Ce que Trump ignore (ou choisit d’ignorer)
L’administration Trump semble convaincue que la capture de Maduro résoudra les problèmes du Venezuela. Cette conviction ignore plusieurs réalités. Premièrement, le chavisme n’est pas réductible à un seul homme. Des millions de Vénézuéliens restent attachés à l’héritage de Hugo Chávez, quelles que soient les dérives de son successeur. Éliminer Maduro ne fera pas disparaître ce mouvement. Deuxièmement, le trafic de drogue en provenance d’Amérique latine est un problème de demande autant que d’offre. Tant que les Américains consommeront de la cocaïne et du fentanyl, quelqu’un la leur fournira — Venezuela ou pas.
Troisièmement, et c’est peut-être le plus important : les changements de régime imposés de l’extérieur fonctionnent rarement. L’Afghanistan est redevenu un émirat taliban après vingt ans d’occupation américaine. L’Irak reste instable deux décennies après la chute de Saddam. La Libye est un État failli depuis la mort de Kadhafi. Pourquoi le Venezuela serait-il différent ? Trump et ses conseillers semblent croire qu’il suffit de décapiter un régime pour qu’un nouveau pousse à la place. L’histoire suggère que les choses ne sont jamais aussi simples. Les sociétés sont des organismes complexes, pas des machines qu’on peut reprogrammer à volonté.
Je pense souvent à cette phrase de George Santayana : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Trump connaît-il l’histoire ? Probablement. S’en soucie-t-il ? Visiblement pas. Il vit dans un éternel présent, où chaque victoire efface les leçons du passé et où chaque échec est la faute de quelqu’un d’autre. C’est peut-être sa force. C’est certainement notre péril.
Conclusion : l'aube d'une nouvelle ère
Un monde transformé en une nuit
Ce samedi 3 janvier 2026, le monde a changé. Pas à cause de Maduro — un autocrate de plus ou de moins ne bouleverse pas l’équilibre mondial. Mais à cause de ce que son renversement signifie. Les États-Unis ont démontré qu’ils sont prêts à utiliser la force militaire pour remodeler l’hémisphère occidental selon leur volonté. Sans l’approbation du Congrès. Sans mandat international. Sans s’embarrasser des protestations diplomatiques. La « Donroe Doctrine » est désormais une réalité opérationnelle, pas seulement un slogan de campagne.
Pour le Mexique, Cuba et la Colombie, les prochaines semaines seront décisives. Chacun de ces pays devra calculer jusqu’où il peut résister aux pressions américaines sans provoquer une intervention directe. Pour le reste du monde, l’opération au Venezuela soulève des questions fondamentales sur l’ordre international. Si la première puissance mondiale peut capturer des présidents étrangers impunément, que reste-t-il du droit international ? Que reste-t-il de la souveraineté des nations ? Ces questions n’ont pas de réponses faciles. Mais elles devront être posées.
Et maintenant ?
Trump a promis que l’opération au Venezuela « devrait servir d’avertissement » à quiconque menacerait les intérêts américains. Le message a été reçu. Reste à savoir comment le monde y répondra. La Russie et la Chine, pour l’instant, se contentent de condamnations verbales. L’Europe garde un silence prudent. L’Amérique latine proteste, mais sans moyens de se faire entendre. Peut-être que ce nouvel ordre unipolaire est inévitable. Peut-être que les États-Unis, avec leur puissance militaire et économique sans égale, peuvent simplement faire ce qu’ils veulent, quand ils veulent, à qui ils veulent.
Ou peut-être pas. L’histoire nous enseigne que les empires qui se croient invincibles sont souvent à l’aube de leur déclin. L’hubris précède la némésis. Les peuples qu’on écrase aujourd’hui se souviennent demain. Les alliés qu’on humilie finissent par se détourner. Les règles qu’on bafoue reviennent vous hanter. Trump a remporté une victoire spectaculaire au Venezuela. Mais la vraie question n’est pas celle de la victoire d’aujourd’hui — c’est celle des conséquences de demain.
Je termine cette chronique avec un sentiment étrange. Pas de la peur, exactement. Pas de la colère non plus, même si j’aurais des raisons d’en éprouver. Plutôt une sorte de vertige, face à l’ampleur de ce qui vient de se produire. En une nuit, les règles du jeu ont changé. Un président a été arraché de son pays par la force. D’autres sont menacés du même sort. Et quelque part à Mar-a-Lago, un homme regarde tout cela avec satisfaction, convaincu d’avoir fait quelque chose de grand. Peut-être a-t-il raison. Peut-être que dans dix ans, on se souviendra de ce jour comme du début d’une ère de paix et de prospérité dans les Amériques. Ou peut-être qu’on s’en souviendra comme du moment où tout a basculé. L’avenir nous le dira. En attendant, nous ne pouvons que regarder, écrire, et espérer que l’histoire, cette fois, nous épargnera ses pires chapitres.
Sources
Sources primaires
NBC News – Trump administration signals other countries could be targeted after Venezuela operation, 3 janvier 2026.
NPR – Regional tensions rise after U.S. military action and removal of Maduro, 3 janvier 2026.
PBS News – U.S. strikes Venezuela and says leader Maduro has been captured and flown out of the country, 3 janvier 2026.
CNN – Analysis: Trump attacked Venezuela and arrested its president. Is that legal?, 3 janvier 2026.
Axios – Trump signals more Latin American invasions could be next after capturing Maduro, 3 janvier 2026.
Sources secondaires
Al Jazeera – Colombia braces with alarm after Maduro’s removal in Venezuela by US, 3 janvier 2026.
The Daily Beast – Trump Hints at Next Targets After Shocking Invasion, 3 janvier 2026.
Common Dreams – After Venezuela Assault, Trump and Rubio Warn Cuba, Mexico, and Colombia Could Be Next, 3 janvier 2026.
Wikipedia – 2026 United States strikes in Venezuela, dernière mise à jour 3 janvier 2026.
Mexico News Daily – After Trump’s actions in Venezuela, is Mexico next?, 3 janvier 2026.
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