Une taxe massive sur papier, atténuée en pratique
Depuis le 1er août 2025, les produits canadiens exportés aux États-Unis sont officiellement soumis à des tarifs douaniers de 35 %. Ce chiffre, à lui seul, suffit à faire frémir n’importe quel exportateur. Imaginez : un produit qui coûtait 100 dollars à produire et à transporter se retrouve soudainement à 135 dollars une fois la frontière franchie. La compétitivité s’effondre. Les marges disparaissent. Les clients américains cherchent ailleurs. C’est le scénario catastrophe que l’administration Trump a voulu imposer au Canada — officiellement pour combattre le trafic de fentanyl et l’immigration illégale, des accusations que les données gouvernementales américaines elles-mêmes peinent à soutenir. Les saisies de fentanyl à la frontière canadienne se comptent en dizaines de kilogrammes, contre plus de 9 000 kilogrammes à la frontière mexicaine. Mais qu’importent les faits quand la politique commande.
Heureusement — et c’est le mot qui s’impose — l’ACEUM vient atténuer ce coup de massue. L’accord de libre-échange nord-américain, renégocié sous le premier mandat de Trump lui-même et entré en vigueur en 2020, prévoit que les biens conformes à ses règles d’origine sont exemptés de droits de douane. Et selon la Banque Royale, plus de 85 % des biens canadiens traversant la frontière américaine bénéficient de cette exemption. C’est une bouée de sauvetage. Sans elle, l’économie canadienne aurait déjà sombré dans une récession profonde. Mais cette protection n’est pas absolue. Washington a trouvé des moyens de la contourner en invoquant la sécurité nationale — un prétexte juridique permettant d’imposer des tarifs même sur des produits couverts par un accord commercial. C’est ainsi que l’acier, l’aluminium, le bois d’œuvre, les automobiles et d’autres secteurs se retrouvent frappés de taxes supplémentaires, malgré l’ACEUM.
La révision de l’ACEUM : l’épée de Damoclès de juillet 2026
Si les exportateurs canadiens peuvent respirer — un peu — grâce à l’ACEUM, ce répit pourrait être de courte durée. L’accord prévoit une clause de révision qui s’activera le 1er juillet 2026. À cette date, les trois pays signataires devront confirmer s’ils souhaitent prolonger l’entente pour dix années supplémentaires ou entamer des renégociations. Et là, tous les scénarios sont sur la table. Trump pourrait-il profiter de cette révision pour arracher de nouvelles concessions au Canada? Pourrait-il menacer de se retirer purement et simplement de l’accord? Desjardins prévient que cette échéance « devrait entraîner un regain de volatilité lié à la politique commerciale dans la première moitié de l’année ». En clair : accrochez vos ceintures, les turbulences ne font que commencer.
Le gouvernement Carney — Mark Carney est devenu premier ministre en mars 2025 — a indiqué qu’il ne se précipiterait pas pour renégocier un mauvais accord. « Nous maintenons notre engagement envers l’ACEUM, qui est le deuxième accord de libre-échange au monde en matière de volume des échanges », a déclaré le premier ministre après l’annonce des tarifs de 35 %. Cette posture de fermeté vise à éviter que le Canada ne se retrouve dans une position de faiblesse aux négociations. Mais la réalité des rapports de force est implacable : les États-Unis absorbent 75 % des exportations canadiennes. Le Canada, lui, ne représente qu’une fraction du commerce américain total. Dans ce déséquilibre structurel, Ottawa a beaucoup plus à perdre que Washington. C’est cette asymétrie qui donne à Trump son pouvoir de négociation — et qui inquiète profondément les milieux d’affaires canadiens.
Chaque fois que j’entends parler de la révision de l’ACEUM, je ne peux m’empêcher de penser à ces familles dont le gagne-pain dépend d’une usine qui exporte aux États-Unis. Pour eux, ce n’est pas une question abstraite de politique commerciale. C’est leur hypothèque, les études de leurs enfants, leur retraite. Et ils regardent juillet 2026 approcher avec une angoisse sourde, sans savoir ce que les négociateurs décideront dans des salles feutrées à Washington ou Ottawa. Cette incertitude permanente — voilà peut-être le pire des tarifs. Celui qui ne se mesure pas en pourcentage, mais en nuits blanches.
Section 3 : l'acier et l'aluminium frappés à 50 %
Les métaux canadiens sous le marteau américain
Si un secteur incarne la brutalité de la guerre tarifaire, c’est bien celui de l’acier et de l’aluminium. Depuis le 4 juin 2025, les États-Unis imposent des droits de douane de 50 % sur les importations de ces métaux en provenance de tous les pays du monde, Canada inclus. Ce taux de 50 % représente un doublement par rapport aux tarifs de 25 % qui étaient en vigueur depuis mars 2025. Pour les producteurs canadiens, c’est un coup dévastateur. Le Canada fournit près du quart de tout l’acier importé aux États-Unis. Et pour l’aluminium primaire — dont la quasi-totalité est produit au Québec — les Américains dépendaient du Canada pour plus de 50 % de leur consommation en 2024. Autant dire que ces tarifs frappent au cœur de l’intégration économique nord-américaine.
L’administration Trump justifie ces mesures par l’argument de la sécurité nationale. Selon la Maison-Blanche, la dépendance américaine aux importations d’acier et d’aluminium étrangers menacerait la capacité industrielle du pays en cas de conflit. L’argument fait sourire — ou pleurer — quand on sait que le Canada est l’allié le plus proche des États-Unis, membre de l’OTAN et du NORAD, partageant la plus longue frontière non militarisée au monde. Mais peu importe. Les tarifs s’appliquent également aux produits dérivés de l’acier et de l’aluminium — tout ce qui contient ces métaux, des pièces automobiles aux canettes de boisson. En août 2025, le département du Commerce américain a d’ailleurs élargi la liste de ces produits dérivés en ajoutant 407 codes tarifaires supplémentaires. Le filet se resserre sans cesse. Et pour les entreprises canadiennes, chaque nouveau décret est une nouvelle tuile qui s’abat sur leur tête.
L’impact dévastateur sur les régions ressources
Au Québec, où se concentre la production d’aluminium primaire canadien — notamment au Saguenay–Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord — les tarifs de 50 % créent une tempête économique. Les entreprises voient leurs contrats annulés, leurs clients américains se tournant vers d’autres fournisseurs moins coûteux. Jean-Simon Bleau, gestionnaire de relations senior chez Exportation et développement Canada, décrit une incertitude « hors normes ». Les firmes se concentrent sur leur survie immédiate, coupant les coûts et cherchant désespérément à diversifier leurs marchés. Mais cette diversification ne se fait pas du jour au lendemain. Les infrastructures, les relations commerciales, les normes de qualité — tout cela prend des années à construire. Et pendant ce temps, les factures continuent de tomber.
Le gouvernement Carney a annoncé en septembre 2025 un fonds d’aide de 5 milliards de dollars destiné notamment aux secteurs de l’acier, de l’aluminium et du cuivre. Cette bouée de sauvetage vise à aider les entreprises à traverser la tempête en attendant — espérons-le — une résolution du conflit. Mais les syndicats et les associations patronales réclament davantage. La Fédération des chambres de commerce du Québec affirme que ces tarifs de 50 % « fragilisent nos ententes commerciales » et demande que mettre fin à la guerre commerciale soit « la priorité numéro 1 » du gouvernement. Du côté américain, les économistes soulignent que ces tarifs ont déjà fait bondir l’indice des prix à la production de 16 %. En d’autres termes, les Américains paient aussi le prix de cette guerre — sous forme d’inflation. Mais Trump semble imperméable à cet argument. Pour lui, les tarifs sont une arme, et il compte bien s’en servir.
Quand je pense aux travailleurs des alumineries du Saguenay, je ressens une colère sourde. Ces hommes et ces femmes produisent l’un des aluminiums les plus propres au monde, grâce à l’hydroélectricité québécoise. Leur empreinte carbone est une fraction de celle de leurs concurrents chinois ou indiens. Et pourtant, ce sont eux qui se retrouvent punis par les tarifs américains, pendant que Trump serre la main de dirigeants autocratiques aux antipodes. Il y a quelque chose de profondément injuste là-dedans. Quelque chose qui dépasse la simple logique économique et qui touche à… je ne sais pas, à une forme de trahison entre voisins.
Section 4 : le bois d'œuvre canadien taxé à plus de 45 %
Un conflit vieux de quarante ans qui s’aggrave
Le conflit du bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis est un feuilleton qui dure depuis 1981. Quarante ans de batailles juridiques, de tarifs imposés et retirés, de décisions de l’Organisation mondiale du commerce généralement favorables au Canada — mais ignorées par Washington. Ce conflit, que les experts appellent parfois « la guerre interminable », vient de connaître une nouvelle escalade. Le 14 octobre 2025, de nouveaux tarifs sont entrés en vigueur, portant le total des droits de douane sur le bois d’œuvre résineux canadien à plus de 45 %. Une hausse de 10 points de pourcentage par rapport aux 35 % déjà en place. Pour les producteurs forestiers, c’est comme un deuxième coup de massue, selon l’expression de Vincent Miville, directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.
L’argument américain reste le même depuis des décennies : les producteurs canadiens bénéficieraient de « subventions déguisées » parce qu’ils coupent majoritairement du bois sur des terres publiques, payant des droits de coupe fixés par les provinces plutôt que par le marché. Cette pratique leur permettrait de vendre moins cher que leurs concurrents américains, qui exploitent principalement des forêts privées. Le Canada conteste cette interprétation et a remporté la plupart des litiges devant les tribunaux commerciaux internationaux. Mais ces victoires juridiques n’empêchent pas les tarifs de s’appliquer — les entreprises canadiennes doivent les payer au moment de l’exportation, quitte à réclamer des remboursements des années plus tard. En attendant, leur trésorerie s’assèche et leur compétitivité s’érode. Environ 75 % des exportations de bois d’œuvre canadien prennent la route des États-Unis, ce qui illustre à quel point ce marché est vital — et à quel point la dépendance rend vulnérable.
Les meubles et armoires : un sursis de dernière minute
Outre le bois brut, les meubles et armoires de cuisine sont également dans le collimateur américain. En septembre 2025, Trump a signé une proclamation imposant des tarifs de 25 % sur les importations d’armoires de cuisine, de meubles-lavabos et de meubles rembourrés. Ces tarifs devaient passer à 30 % pour les meubles et 50 % pour les armoires le 1er janvier 2026. Mais dans un rebondissement de dernière minute — le 31 décembre 2025, à quelques heures de minuit — la Maison-Blanche a annoncé le report d’un an de ces hausses. Le motif invoqué? « Les États-Unis poursuivent des négociations productives avec ses partenaires commerciaux. » Un répit bienvenu pour l’industrie du meuble québécoise, qui représente 45 % du secteur au Canada, avec 1 300 entreprises et 25 000 emplois.
Ce report illustre l’imprévisibilité de la politique tarifaire trumpienne. Un jour, les tarifs montent. Le lendemain, ils sont reportés. Le surlendemain, qui sait? Pour les entreprises, cette incertitude permanente est presque aussi dévastatrice que les tarifs eux-mêmes. Comment planifier des investissements, embaucher du personnel, signer des contrats quand les règles du jeu peuvent changer à tout moment? Denis Pelletier, président de l’Association des fabricants de meubles du Québec, résume le sentiment général : « C’est totalement ridicule. » Il souligne que certains meubles québécois contiennent du bois américain — du noyer, par exemple — qui traverse la frontière, est transformé, puis renvoyé aux États-Unis… où il est maintenant taxé plus lourdement que des meubles européens. La logique commerciale s’est perdue quelque part dans ce labyrinthe tarifaire.
Ce report de dernière minute sur les meubles me laisse un goût amer. Bien sûr, c’est une bonne nouvelle — pour l’instant. Mais combien de chefs d’entreprise ont passé les fêtes de fin d’année le ventre noué, incapables de profiter du réveillon parce qu’ils ne savaient pas si leur entreprise survivrait au 1er janvier? Et combien devront revivre cette angoisse dans un an, quand la question se reposera? Cette gouvernance par le chaos n’est pas un accident. C’est une stratégie. Garder l’adversaire déséquilibré, nerveux, prêt à accepter n’importe quoi pour retrouver un semblant de stabilité. Je trouve ça… cruel.
Section 5 : l'industrie automobile sous pression maximale
Des tarifs de 25 % sur les voitures non conformes à l’ACEUM
L’industrie automobile nord-américaine est l’une des plus intégrées au monde. Une voiture assemblée à Windsor, en Ontario, peut contenir des pièces qui ont traversé la frontière canado-américaine quatre, cinq, voire six fois avant que le véhicule final soit prêt. Cette intégration, fruit de décennies de libre-échange, est maintenant menacée. Le 3 avril 2025, les États-Unis ont imposé des tarifs de 25 % sur toutes les importations d’automobiles et de camions légers. Le Canada a riposté le 9 avril avec des contre-tarifs équivalents sur les véhicules américains non conformes à l’ACEUM. Depuis, les deux pays se regardent en chiens de faïence, chacun taxant les véhicules de l’autre tout en exemptant — partiellement — ceux qui respectent les règles d’origine de l’accord commercial.
La subtilité est dans les détails. Pour qu’un véhicule soit considéré comme conforme à l’ACEUM, il doit contenir au moins 75 % de composants d’origine nord-américaine. Les véhicules conformes bénéficient d’un traitement particulier : seule la valeur du contenu non américain est taxée à 25 %, plutôt que la valeur totale du véhicule. Selon les estimations, environ 90 % des véhicules qui traversent la frontière respectent ces critères. Mais les 10 % restants — et surtout les pièces automobiles qui ne sont pas couvertes par l’exemption — se retrouvent pleinement exposés. Le 3 mai 2025, les États-Unis ont ajouté des tarifs de 25 % sur les pièces automobiles non conformes. Et depuis le 1er novembre 2025, les véhicules moyens et lourds (camions) et leurs pièces sont également ciblés. L’étau se resserre progressivement.
Les constructeurs pris entre deux feux
Pour les constructeurs automobiles présents au Canada — General Motors, Ford, Stellantis (ex-Chrysler), Toyota, Honda — la situation est un cauchemar logistique. Ils doivent désormais certifier la provenance et la valeur de chaque composant de chaque véhicule, calculer quelle proportion est américaine, canadienne, mexicaine ou autre, et déterminer quels tarifs s’appliquent. Un casse-tête administratif qui s’ajoute aux coûts directs des taxes. Le premier ministre Mark Carney a mis en place un cadre permettant aux constructeurs qui maintiennent leur production et leurs investissements au Canada d’obtenir des allègements tarifaires. Mais l’incertitude demeure. David Adams, président de Constructeurs mondiaux d’automobiles du Canada, parle d’une « incertitude significative » créée par la menace de tarifs pendant une transition historique vers l’électrification.
Les revenus générés par les contre-tarifs canadiens sur les véhicules américains — estimés à 8 milliards de dollars — sont censés être redistribués aux travailleurs et entreprises du secteur automobile touchés par les tarifs américains. C’est une façon de transformer une arme commerciale en bouclier de protection. Mais ce mécanisme ne compense pas les pertes d’emplois et les fermetures d’usines qui pourraient survenir si le conflit s’éternise. L’Ontario, cœur de l’industrie automobile canadienne, est particulièrement exposé. Et les répercussions se font sentir jusqu’au Québec, où de nombreuses entreprises fabriquent des pièces destinées aux usines ontariennes. La chaîne d’approvisionnement intégrée, qui était une force, devient une vulnérabilité quand les tarifs la fragmentent.
L’automobile, c’est le symbole même de l’intégration économique nord-américaine. Un moteur fabriqué ici, un châssis assemblé là, des sièges cousus ailleurs, le tout circulant librement entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Ce système fonctionnait. Il créait des emplois des deux côtés de la frontière. Et maintenant, on le démonte, pièce par pièce, sous prétexte de « sécurité nationale ». Je me demande parfois si ceux qui prennent ces décisions ont déjà visité une usine d’assemblage. S’ils ont vu les travailleurs sur les chaînes, les camions qui arrivent et repartent toutes les heures. S’ils comprennent vraiment ce qu’ils sont en train de détruire.
Section 6 : le cuivre et autres métaux dans la tourmente
Les produits dérivés du cuivre taxés à 50 %
L’acier et l’aluminium ne sont pas les seuls métaux ciblés. Depuis le 1er août 2025, les États-Unis imposent également des tarifs de 50 % sur les importations de produits semi-finis en cuivre et de produits dérivés. Cette mesure, prise au nom de la sécurité nationale en vertu de l’article 232 de la Trade Expansion Act de 1962, vise le monde entier — mais frappe particulièrement le Canada, important producteur et exportateur de cuivre. La bonne nouvelle, si l’on peut dire, c’est que les 50 % ne s’appliquent qu’à la valeur de la teneur en cuivre du produit, et non à sa valeur totale. Un produit contenant 30 % de cuivre et 70 % d’autres matériaux ne sera donc taxé que sur la portion cuivre. Mais cette subtilité comptable ajoute une couche de complexité supplémentaire pour les importateurs.
Le gouvernement Carney a inclus le secteur du cuivre dans le fonds d’aide de 5 milliards de dollars annoncé en septembre 2025. Mais les défis restent immenses. Les entreprises canadiennes qui fabriquent des fils électriques, des tuyaux, des composants électroniques contenant du cuivre se retrouvent désavantagées par rapport à leurs concurrents mexicains (qui bénéficient d’un accord commercial différent avec les États-Unis) ou asiatiques (dont les coûts de main-d’œuvre sont beaucoup plus bas). La diversification des marchés — vers l’Europe, l’Asie, l’Amérique du Sud — devient une nécessité de survie. Mais elle prend du temps, des ressources et une adaptation aux normes et préférences de marchés très différents du marché américain traditionnel.
L’enquête sur les semiconducteurs : la prochaine cible?
Et ce n’est peut-être pas fini. Les États-Unis mènent actuellement plusieurs enquêtes en sécurité nationale qui pourraient déboucher sur de nouveaux tarifs. Parmi les secteurs visés : les semiconducteurs et leurs équipements de fabrication, les produits pharmaceutiques, les équipements de protection individuelle, les consommables médicaux et les équipements médicaux. Si ces enquêtes aboutissent à des conclusions défavorables aux importations, de nouveaux tarifs pourraient être imposés dans les mois à venir. Le Canada, bien que moins présent dans la fabrication de semiconducteurs que Taïwan ou la Corée du Sud, possède néanmoins une industrie pharmaceutique et médicale non négligeable qui pourrait être touchée.
Cette incertitude perpétuelle — la menace de tarifs futurs, en plus des tarifs actuels — pèse sur les décisions d’investissement. Une entreprise qui envisageait d’implanter une usine au Canada pour desservir le marché nord-américain pourrait hésiter, voire renoncer, face au risque de se retrouver coincée derrière une muraille tarifaire imprévisible. C’est l’effet invisible des tarifs, celui qui ne se mesure pas dans les statistiques commerciales immédiates mais qui façonne l’économie de demain. Les investissements qui ne se font pas, les emplois qui ne sont pas créés, les innovations qui migrent vers des cieux plus cléments — tout cela constitue un coût réel, même s’il est difficile à chiffrer.
Quand j’entends parler d’enquêtes sur les semiconducteurs ou les équipements médicaux, je pense immédiatement à la pandémie de COVID-19. On nous a répété pendant des mois que la sécurité sanitaire dépendait de chaînes d’approvisionnement fiables, de partenaires de confiance. Le Canada a été ce partenaire. Nous avons partagé des vaccins, des équipements, des respirateurs. Et maintenant, trois ans plus tard, ce même Canada est traité comme une menace potentielle à la « sécurité nationale » américaine pour ses exportations médicales? Il y a des moments où l’ironie de la situation me coupe le souffle.
Section 7 : les contre-mesures canadiennes en détail
La riposte d’Ottawa : tarifs pour tarifs
Face à l’offensive tarifaire américaine, le Canada n’est pas resté les bras croisés. Dès le 4 mars 2025, Ottawa a imposé une surtaxe de 25 % sur 30 milliards de dollars de biens d’origine américaine. Puis, le 13 mars, une nouvelle liste de produits représentant 29,8 milliards de dollars supplémentaires a été ciblée. Ces contre-tarifs visent à exercer une pression politique sur les États-Unis en frappant des secteurs sensibles — notamment dans les États républicains qui ont voté pour Trump. L’objectif n’est pas de « gagner » la guerre commerciale — personne ne gagne jamais vraiment ce type de conflit — mais de rendre les tarifs suffisamment douloureux pour les Américains pour qu’ils acceptent de négocier.
Toutefois, le Canada a également fait preuve de pragmatisme. Le 1er septembre 2025, Ottawa a retiré sa surtaxe de 25 % sur les importations américaines conformes à l’ACEUM — à l’exception de l’acier, de l’aluminium et des véhicules, qui restent ciblés. Cette décision vise à réduire les coûts pour les entreprises et consommateurs canadiens qui dépendent de certains intrants américains. Des décrets de remise permettent également d’exempter certaines importations essentielles — équipements médicaux, produits de sécurité publique, intrants pour l’industrie alimentaire. Le gouvernement tente ainsi de doser sa riposte : suffisamment ferme pour maintenir la pression sur Washington, mais suffisamment flexible pour ne pas étouffer sa propre économie.
Le mouvement « Achetez canadien » et la diversification
Au-delà des tarifs, le gouvernement fédéral et les provinces ont lancé une vaste campagne pour encourager les Canadiens à acheter local et diversifier leurs marchés d’exportation. Une nouvelle politique « Achetez canadien » accorde la priorité aux matériaux canadiens — acier, bois d’œuvre — dans les marchés publics. Les entreprises américaines sont exclues de certains appels d’offres si elles ne peuvent démontrer un accès réciproque. Plusieurs provinces ont pris des mesures symboliques mais médiatisées : la Nouvelle-Écosse a doublé les péages pour les camions américains; la Société des alcools de l’Ontario a retiré tous les produits américains de ses rayons; l’Ontario a annulé un contrat de 100 millions de dollars avec Starlink, l’entreprise satellite d’Elon Musk.
Ces gestes ont une portée économique limitée mais une valeur symbolique forte. Ils envoient un message : les Canadiens ne se laisseront pas faire. Cette fierté nationale, si elle ne remplace pas les exportations perdues, contribue néanmoins à maintenir le moral collectif face à l’adversité. La diversification des marchés est également devenue une priorité stratégique. Le Canada dispose de 15 accords de libre-échange couvrant 51 pays. L’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne et le Partenariat transpacifique (PTPGP) offrent des débouchés alternatifs. Mais passer de la théorie à la pratique prend du temps. Les relations commerciales, comme les amitiés, ne se construisent pas en un jour.
J’ai un ami qui tient une petite boutique de vins et spiritueux à Montréal. Depuis que la SAQ et le LCBO ont retiré les produits américains, il a vu arriver des clients qui lui demandaient explicitement des alternatives canadiennes ou européennes. « Je ne veux plus boire américain », lui disent-ils. Ce n’est pas rationnel, peut-être — le vigneron de Napa n’a rien à voir avec les tarifs de Trump. Mais c’est humain. Et cette humanité, cette solidarité spontanée face à ce qui est perçu comme une agression, me touche profondément. On se serre les coudes. C’est peut-être ça, au fond, l’effet inattendu de cette guerre commerciale.
Section 8 : l'impact économique — les chiffres qui font mal
Une économie résiliente mais fragilisée
Malgré la tempête tarifaire, l’économie canadienne fait preuve d’une certaine résilience. Au premier trimestre 2025, le PIB a crû de 2,2 % — plus que prévu, selon la Banque du Canada. Mais cette croissance est en grande partie artificielle : les entreprises ont massivement devancé leurs commandes avant l’entrée en vigueur des tarifs, dopant temporairement les exportations. Au deuxième trimestre, le retour de bâton s’est fait sentir : le PIB s’est contracté de 1,5 %, avec une chute de 25 % des exportations. C’est le contrecoup du devancement — et le premier signe tangible que les tarifs commencent à mordre. Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, reste prudemment optimiste, affirmant que « l’économie canadienne montre une certaine résilience jusqu’à présent ». Mais le « jusqu’à présent » est lourd de sous-entendus.
Les revenus que le Canada tire de ses propres contre-tarifs ont doublé en 2025, reflétant l’ampleur des mesures de rétorsion mises en place. Cet argent est en partie redistribué aux secteurs touchés, via divers programmes de soutien. Mais il ne compense pas intégralement les pertes subies par les exportateurs. Le programme de partage du travail a été élargi pour aider les employeurs à maintenir leurs effectifs malgré la baisse d’activité. Les critères d’admissibilité à l’assurance-emploi ont été assouplis. Des prêts et aides à la diversification sont offerts aux entreprises. Mais ces mesures, si elles atténuent la douleur, ne la font pas disparaître. Les entreprises qui perdent des contrats, les travailleurs qui voient leurs heures réduites, les communautés qui dépendent d’une usine exportatrice — pour eux, les statistiques macroéconomiques ne changent rien à la réalité quotidienne.
Les ménages américains paient aussi
Si les Canadiens souffrent des tarifs américains, les Américains ne sont pas épargnés. Les tarifs douaniers sont, par définition, une taxe payée par l’importateur — et donc, ultimement, par le consommateur ou l’entreprise qui achète le produit importé. Selon les démocrates au Congrès, les tarifs de Trump auraient coûté 1 200 dollars par ménage américain en 2025. L’inflation a bondi, tirée par la hausse des prix des biens importés — et pas seulement ceux en provenance du Canada. L’indice des prix à la production américain a grimpé de 16 % depuis l’instauration des tarifs. Les entreprises américaines qui dépendent d’intrants canadiens — acier, aluminium, bois, pièces automobiles — voient leurs coûts exploser et leurs marges fondre.
Lors du premier mandat de Trump, les tarifs de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, maintenus pendant environ un an, avaient entraîné la perte d’environ 75 000 emplois dans le secteur manufacturier américain, selon la Tax Foundation. Les tarifs actuels, plus élevés et plus étendus, devraient avoir des effets encore plus sévères. Mais Trump reste imperméable à ces arguments. Pour lui, les tarifs sont un outil de pression géopolitique, une démonstration de force, un accomplissement de promesses électorales. Que les consommateurs américains paient plus cher leur voiture, leurs meubles, leur bière importée — ce n’est, dans cette optique, qu’un prix acceptable à payer pour « rendre l’Amérique grande à nouveau ». Les économistes s’arrachent les cheveux. Mais les économistes, c’est bien connu, ne votent pas tous pour Trump.
Il y a une amère ironie dans tout cela. Trump prétend protéger le travailleur américain contre la concurrence étrangère « déloyale ». Et pourtant, ce sont ces mêmes travailleurs qui paient plus cher leur camionnette, leur réfrigérateur, leur maison — parce que l’acier, l’aluminium et le bois coûtent plus cher. Protéger en faisant payer davantage. Défendre en appauvrissant. C’est la logique tordue du protectionnisme poussé à l’extrême. Et ce qui me désole le plus, c’est que cette logique fonctionne électoralement. Les gens croient être protégés. Ils ne voient pas — ou refusent de voir — qu’ils paient eux-mêmes la facture.
Section 9 : les secteurs épargnés et les exemptions
L’énergie canadienne : une exemption notable
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. L’énergie canadienne — pétrole, gaz naturel, électricité — bénéficie d’un traitement plus favorable. Les tarifs généraux de 35 % sur les produits canadiens sont réduits à 10 % pour les produits énergétiques et la potasse. Cette exemption partielle reflète la dépendance américaine — notamment celle des États du nord comme le Michigan, le Minnesota ou le Wisconsin — envers l’énergie canadienne. L’Alberta, premier exportateur de pétrole et de gaz vers les États-Unis, a accueilli cette nouvelle avec un soulagement relatif. La première ministre Danielle Smith a souligné que la majorité des exportations énergétiques albertaines passent par des oléoducs sécurisés qui ne contribuent en rien aux préoccupations frontalières invoquées par Trump pour justifier ses tarifs.
L’Hydro-Québec, qui exporte d’importantes quantités d’électricité propre vers le nord-est américain, bénéficie également de cette exemption sur l’énergie. Mais la société d’État ne crie pas victoire pour autant. Les tensions commerciales créent une incertitude qui complique les négociations de contrats à long terme avec les États américains voisins. Et la menace que les tarifs soient relevés à tout moment — comme Trump l’a fait pour l’acier et l’aluminium — plane constamment. Dans ce contexte, même une exemption partielle n’offre qu’une tranquillité d’esprit limitée.
Les biens conformes à l’ACEUM : le filet de sécurité
Répétons-le, car c’est crucial : plus de 85 % des biens canadiens exportés aux États-Unis sont conformes à l’ACEUM et donc exemptés des tarifs généraux de 35 %. Cette exemption massive est ce qui empêche la guerre commerciale de devenir une catastrophe totale. Sans elle, le Canada ferait face à une récession profonde, des pertes d’emplois massives, une crise économique comparable à celle de 2008-2009 — voire pire. L’ACEUM, malgré ses imperfections et les controverses entourant sa négociation, s’avère être un bouclier indispensable. Mais ce bouclier a des trous. L’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre — des secteurs majeurs — ne bénéficient pas de cette protection, ou n’en bénéficient que partiellement.
Pour être considéré comme conforme à l’ACEUM, un produit doit respecter des règles d’origine précises : être entièrement obtenu ou produit dans la zone nord-américaine, ou contenir un pourcentage suffisant de composants régionaux. Les importateurs doivent conserver des certificats d’origine et être en mesure de prouver la conformité de leurs produits en cas de contrôle. Cette paperasserie administrative, qui existait déjà avant les tarifs, prend une importance cruciale maintenant que la non-conformité peut coûter 35 % de la valeur du produit. Les entreprises investissent dans des systèmes de traçabilité et des conseils juridiques pour s’assurer de respecter toutes les exigences — un coût invisible mais réel de la guerre commerciale.
L’ACEUM est notre gilet de sauvetage. Sans lui, nous coulerions. Mais porter un gilet de sauvetage, ce n’est pas la même chose que nager librement. On survit, mais on ne prospère pas. On garde la tête hors de l’eau, mais on ne va nulle part. C’est la situation du Canada en ce début 2026 : survivre. Attendre. Espérer que la tempête passe. Et se demander, avec une pointe d’angoisse, ce qui se passera en juillet quand viendra le moment de décider si on prolonge cet accord ou si on le renégocie dans des conditions potentiellement pires.
Section 10 : les provinces face à la crise
Le Québec en première ligne
Le Québec est particulièrement exposé à la guerre tarifaire américaine. La province produit la quasi-totalité de l’aluminium primaire canadien — une industrie qui emploie des milliers de travailleurs au Saguenay, sur la Côte-Nord et en Mauricie. Elle abrite également 45 % de l’industrie du meuble canadienne, avec des entreprises qui exportent massivement vers les États-Unis. Le bois d’œuvre, bien que moins concentré qu’en Colombie-Britannique, reste un secteur important, notamment en Abitibi et dans le Bas-Saint-Laurent. Face à ces défis, le gouvernement Legault a mis en place le programme Frontière, qui offre des prêts aux exportateurs pour répondre à leurs besoins en liquidités. D’autres mesures soutiennent la diversification des marchés et la formation de la main-d’œuvre.
Pourtant, l’aide offerte par la province a été pratiquement inutilisée jusqu’à début juin 2025, selon des informations parues dans les médias. Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe apparent : les critères d’admissibilité jugés trop stricts, la complexité des démarches administratives, ou simplement le fait que les entreprises étaient trop occupées à gérer l’urgence quotidienne pour remplir des formulaires. Le ministre des Relations internationales, Christopher Skeete, reconnaît que la situation est « inquiétante » et affirme que les États-Unis « ont besoin » du bois et de l’aluminium canadiens. C’est vrai — mais cette dépendance mutuelle n’a pas empêché Washington d’imposer des tarifs punitifs. La rationalité économique ne pèse pas lourd face à la volonté politique trumpienne.
L’Ontario, cœur automobile en danger
Si le Québec souffre de l’aluminium et du meuble, l’Ontario tremble pour son industrie automobile. La province assemble des véhicules depuis plus d’un siècle. Oshawa, Windsor, Oakville, Brampton — ces villes ont grandi autour des usines de General Motors, Ford et Stellantis. Les tarifs de 25 % sur les automobiles et les pièces menacent cette industrie qui emploie directement des dizaines de milliers de personnes et indirectement des centaines de milliers d’autres dans les chaînes d’approvisionnement. Le premier ministre ontarien Doug Ford a multiplié les déclarations combatives, réclamant des contre-tarifs de 50 % sur l’acier et l’aluminium américains et menaçant même, un temps, de surtaxer l’électricité exportée vers les États-Unis — avant de reculer face à la menace de représailles trumpiennes.
L’Ontario a également annulé son contrat de 100 millions de dollars avec Starlink et restreint l’accès des entreprises américaines aux marchés publics provinciaux. Ces gestes symboliques visent à montrer que la province ne se laissera pas faire. Mais ils ne remplaceront pas les emplois perdus si les usines automobiles ferment ou délocalisent. Et la question de la délocalisation est bien réelle : une entreprise qui peut produire au Mexique — où les tarifs sont différents et potentiellement plus favorables après les négociations récentes — pourrait choisir de le faire plutôt que de subir les tarifs canadiens. L’avenir de l’industrie automobile ontarienne se joue dans les prochains mois. Et cet avenir est loin d’être assuré.
Je pense souvent à mon grand-père, qui a travaillé trente ans dans une usine automobile à Oshawa. Pour lui, la chaîne de montage, c’était la classe moyenne. Un salaire décent, des avantages sociaux, une pension. Toute une vie construite autour de cette usine. Aujourd’hui, ses petits-enfants regardent les nouvelles avec anxiété, se demandant si cette époque est révolue. Si les tarifs de Trump vont achever ce que des décennies de restructurations avaient épargné. C’est plus qu’une question économique. C’est une question d’identité, de dignité, du sens même du travail dans nos sociétés.
Section 11 : que nous réserve 2026?
La révision de l’ACEUM en juillet : le grand rendez-vous
Toutes les routes mènent au 1er juillet 2026. À cette date, la clause de révision de l’ACEUM entrera en jeu. Les trois pays signataires — Canada, États-Unis, Mexique — devront décider s’ils prolongent l’accord pour dix années supplémentaires ou s’ils entament des renégociations. Trump a déjà laissé entendre qu’il souhaitait obtenir de meilleures conditions pour les États-Unis. Le Canada, de son côté, affirme qu’il ne signera pas un accord qui lui serait défavorable. Le Mexique, pris entre les deux, cherche à préserver ses propres intérêts. Le résultat de ce bras de fer déterminera le cadre commercial nord-américain pour la prochaine décennie — et peut-être au-delà.
Les scénarios possibles sont multiples. Dans le meilleur des cas, les trois pays reconduisent l’accord en l’état, mettant fin à l’incertitude. Dans un scénario intermédiaire, des modifications mineures sont apportées, ajustant certaines règles d’origine ou mécanismes de résolution des différends. Dans le pire des cas, les négociations échouent, Trump menace de se retirer de l’accord — voire le fait — et le libre-échange nord-américain s’effondre. Ce dernier scénario semble peu probable, compte tenu des interdépendances économiques massives entre les trois pays. Mais avec Trump, rien n’est jamais exclu. L’imprévisibilité est sa marque de commerce. Et cette imprévisibilité est peut-être, au fond, sa meilleure arme de négociation.
Les élections américaines de mi-mandat : un facteur d’espoir?
En novembre 2026, les élections de mi-mandat américaines pourraient rebattre les cartes. Si les républicains perdent le contrôle de la Chambre ou du Sénat, la marge de manœuvre de Trump pour imposer de nouveaux tarifs pourrait se réduire. Déjà, certaines voix républicaines modérées s’élèvent contre l’impact des tarifs sur les agriculteurs et les consommateurs de leurs États. La Cour suprême examine par ailleurs la légalité des tarifs « réciproques » imposés par Trump en invoquant des pouvoirs d’urgence normalement réservés aux crises sécuritaires. Un jugement défavorable à l’administration pourrait invalider certaines mesures — bien que la composition conservatrice de la Cour rende ce scénario incertain.
Le Canada, de son côté, continue de défendre ses intérêts par tous les moyens disponibles : négociations bilatérales, recours aux mécanismes de règlement des différends de l’ACEUM et de l’Organisation mondiale du commerce, pressions diplomatiques auprès des alliés européens et asiatiques. Le premier ministre Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, apporte une crédibilité économique internationale précieuse. Mais face à un adversaire aussi imprévisible que Trump, la meilleure stratégie reste peut-être la patience. Attendre que les contradictions internes de la politique tarifaire américaine — l’inflation, les pertes d’emplois, les protestations des milieux d’affaires — finissent par éroder le soutien populaire. C’est un pari risqué. Mais dans cette guerre commerciale, tous les paris le sont.
Je ne suis pas naïf au point de croire qu’un changement politique aux États-Unis résoudra tout. Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis existent depuis avant Trump et existeront après lui. Le protectionnisme a des racines profondes dans la psyché américaine. Mais je garde un espoir — peut-être irrationnel — que la raison finira par prévaloir. Que les Américains réaliseront que leur voisin du nord n’est pas leur ennemi, mais leur partenaire le plus fiable. Que punir le Canada, c’est se punir soi-même. Cet espoir, c’est peut-être tout ce qui me reste en ce début d’année 2026. Et je m’y accroche.
Conclusion : survivre, s'adapter, espérer
Le bilan d’une année de guerre commerciale
En ce début janvier 2026, le Canada se trouve dans une position qu’aucun analyste n’aurait imaginée il y a quelques années. Son plus proche allié et partenaire commercial lui impose des tarifs douaniers punitifs au nom de la sécurité nationale. L’acier et l’aluminium québécois sont taxés à 50 %. Le bois d’œuvre à plus de 45 %. Les automobiles à 25 %. Et le tarif général de 35 % guette tous les produits qui ne sont pas couverts par l’ACEUM. Le bouclier du libre-échange protège encore la majorité des exportations. Mais ce bouclier est troué, fragilisé, menacé par la révision qui approche en juillet. Les entreprises naviguent dans le brouillard. Les travailleurs s’inquiètent pour leur avenir. Et le gouvernement tente de maintenir le cap entre fermeté et pragmatisme.
Malgré tout, l’économie canadienne résiste. Elle plie, mais ne rompt pas. Les programmes d’aide gouvernementaux, les contre-tarifs, le mouvement « Achetez canadien », la diversification vers d’autres marchés — tout cela contribue à amortir le choc. Mais survivre n’est pas prospérer. Et le Canada aspire à plus que la simple survie. Il aspire à retrouver cette relation commerciale fluide, intégrée, mutuellement bénéfique qu’il entretenait avec les États-Unis depuis des décennies. Cette relation qui faisait de l’Amérique du Nord une zone économique enviée dans le monde entier. Reviendra-t-elle un jour? Nul ne le sait. Mais l’espoir, dit-on, fait vivre. Et en ces temps incertains, l’espoir est peut-être la ressource la plus précieuse du Canada.
Au moment de conclure cette chronique, je ressens un mélange de lassitude et de détermination. Lassitude face à cette guerre absurde entre deux pays qui ont tant en commun. Détermination à ne pas baisser les bras, à continuer d’informer, d’analyser, de comprendre. Les tarifs de Trump sont peut-être le défi économique le plus important auquel le Canada ait fait face depuis la Grande Dépression. Mais les Canadiens ont surmonté des épreuves avant. Ils surmonteront celle-ci aussi. Pas sans douleur. Pas sans sacrifices. Mais avec cette résilience tranquille qui caractérise ce peuple. Je termine donc sur une note d’optimisme prudent. Non pas parce que la situation le justifie — elle ne le justifie pas vraiment — mais parce que l’alternative, le découragement, n’est tout simplement pas une option. On continue. On s’adapte. On espère. C’est tout ce qu’on peut faire.
Sources
Sources primaires
Le Devoir – Quels droits de douane les États-Unis infligent-ils au Canada au début de l’année 2026?, 2 janvier 2026.
Radio-Canada – Les fabricants de meubles se sauvent d’une augmentation des droits de douane de Trump, 1er janvier 2026.
Gouvernement du Québec – Tarifs douaniers américains et mesures tarifaires canadiennes en vigueur, mise à jour janvier 2026.
Délégués commerciaux du Canada – Ressources et outils pour les exportateurs canadiens touchés par les droits de douane américains, janvier 2026.
Blakes avocats – Tarifs douaniers É.-U.–Canada : dates et documents importants, mise à jour décembre 2025.
Sources secondaires
Le Devoir – Guerre commerciale: ce qu’il faut savoir sur les tarifs douaniers imposés par Donald Trump au Canada, 1er août 2025.
Le Devoir – Trump augmente à 45 % les droits de douane sur le bois d’œuvre du Canada, 30 septembre 2025.
Le Devoir – Guerre commerciale : Donald Trump va porter les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium à 50 %, 4 juin 2025.
Radio-Canada – Les tarifs supplémentaires américains de 10 % sur le bois canadien entrent en vigueur, 14 octobre 2025.
PwC Canada – Point de vue fiscal : Tarifs douaniers des États-Unis sur l’acier et l’aluminium importés du Canada, mise à jour septembre 2025.
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