Des engagements initiaux ambitieux
La Coalition des volontaires a vu le jour en mars 2025 comme réponse européenne à deux pressions simultanées : l’administration Trump qui poussait vers des négociations de paix rapides et la réalité que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN restait bloquée. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a formellement annoncé cette initiative le 2 mars 2025, suite à des discussions avec le président français Emmanuel Macron. Le concept était ambitieux : un groupe de pays volontaires fourniraient des garanties de sécurité en dehors de la structure consensuelle de l’OTAN, incluant une « force de réassurance » qui se déploierait en Ukraine après un cessez-le-feu. Au fil des mois, cette coalition s’est élargie des discussions initiales entre le Royaume-Uni et la France à 35 pays, incluant des membres de l’UE et des non-membres, le Canada, l’Australie et le Japon.
Dès septembre 2025, 26 pays avaient formellement promis de déployer des troupes ou de fournir d’autres formes d’assistance militaire. Cependant, les engagements ont dépassé les actions concrètes. Seuls le Royaume-Uni et la France ont réellement engagé des soldats. Lorsque The Times a rapporté en avril 2025 que les nations européennes auraient du mal à rassembler collectivement 25 000 soldats, loin des 64 000 initialement proposés par le haut commandement militaire britannique, l’écart entre la rhétorique et la réalité est devenu évident. Cette situation a alimenté les critiques à l’égard d’une coalition qui risquait de devenir une coquille vide sans substance réelle.
Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette histoire de coalition qui porte le nom de « volontaires » alors que la plupart de ses membres ne semblent guère disposés à s’engager réellement. Les discours sonnent juste, les déclarations sont pleines de bonnes intentions, mais sur le terrain, que voit-on ? Une poignée de pays prêts à mettre le pied en Ukraine, tandis que les autres regardent de loin, parés de leur neutralité confortable. L’ancien ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis a capturé cette frustration lorsqu’il a demandé : « Il n’y a pas de troupes, presque pas d’armes, pas d’actifs gelés, pas de défense aérienne, pas de sanctions paralysantes, pas d’adhésion, de nouveaux tarifs, et pas de Taurus. Alors que se passe-t-il réellement ? » Sa question résonne comme un coup de poing dans le visage de l’Europe qui prétend défendre les valeurs démocratiques tout en refusant de payer le prix de cette défense.
Les réticences des États membres
La Pologne, l’Espagne et l’Italie ont décliné de contribuer des forces terrestres. L’Allemagne a laissé la porte ouverte mais a conditionné sa participation à l’approbation parlementaire et à l’implication des États-Unis. La Finlande et l’Estonie ont soulevé des inquiétudes selon lesquelles les déploiements dilueraient leurs propres défenses frontalières. Ces positions reflètent les craintes profondes d’une escalade avec la Russie et la réticence politique de plusieurs gouvernements européens à s’engager dans ce qui pourrait être perçu comme une guerre par procuration ou une mission dangereuse sur un territoire hostile. Les constitutions de nombreux pays européens exigent en outre une approbation parlementaire pour tout déploiement de troupes à l’étranger, ce qui ajoute une couche de complexité institutionnelle aux décisions déjà difficiles.
Zelensky a reconnu cette dimension parlementaire lors de sa conférence de presse, notant que même si un chef d’État est prêt à prendre certaines décisions et si l’armée est prête à être présente en Ukraine, le soutien parlementaire reste requis conformément aux constitutions de nombreux pays européens. « Nous ne pouvons pas être responsables des parlements des autres pays », a-t-il déclaré, reconnaissant implicitement que les engagements politiques peuvent être bloqués par les réalités internes des démocraties partenaires. Cette situation crée une incertitude majeure quant à la capacité de la coalition à livrer sur ses promesses.
Cette réticence des pays européens à envoyer des troupes en Ukraine dit long sur la nature de la politique internationale aujourd’hui. On est prêt à condamner, à sanctionner, à exprimer sa solidarité, mais quand il s’agit d’engager des vies humaines, soudainement les excuses fusent de toutes parts. Les arguments sont connus par cœur : la souveraineté parlementaire, la protection des frontières nationales, le risque d’escalade. Mais au fond, n’est-ce pas simplement la peur qui dicte ces décisions ? La peur de la confrontation directe avec la Russie, la peur de voir des jeunes citoyens revenir en cercueil, la peur de bouleverser l’ordre établi. Cette peur est compréhensible, humaine même, mais elle ne peut pas devenir le principe directeur de la politique de sécurité européenne. Sinon, à quoi servent les alliances ? À quoi servent les traités ? À quoi sert l’Union européenne elle-même si elle ne peut pas protéger ses propres frontières orientales ?
Section 3 : Le rôle central du Royaume-Uni et de la France
Les leaders naturels de la coalition
Le Royaume-Uni et la France occupent une position unique dans cette coalition, non seulement en tant qu’initiateurs de l’initiative mais aussi en tant que puissances militaires majeures disposant de capacités de projection significatives. Le chef d’état-major français a déclaré en octobre 2025 que les forces françaises étaient prêtes à un déploiement en Ukraine d’ici 2026 dans le cadre des garanties de sécurité. Cette préparation militaire contraste avec l’hésitation observée dans d’autres capitales européennes et souligne l’engagement de Paris à assumer un rôle de leader dans la sécurité européenne post-guerre froide. La France, avec sa tradition militaire et sa posture indépendante en matière de défense, voit également dans cette mission l’opportunité de réaffirmer son influence stratégique sur le continent.
Le Royaume-Uni, de son côté, a été le principal promoteur de cette coalition depuis le début, le Premier ministre Starmer ayant personnellement piloté les négociations avec ses homologues européens. Londres, qui s’était distinguée par son soutien rapide et substantiel à l’Ukraine après l’invasion russe de février 2022, considère la sécurité de l’Europe orientale comme une question d’intérêt national vital. La position britannique est motivée non seulement par des considérations stratégiques mais aussi par un sentiment de responsabilité historique envers un continent européen qui a connu deux guerres mondiales au siècle dernier. Les deux pays disposent d’arsenaux nucléaires, de capacités militaires avancées et d’une expérience significative dans les opérations extérieures, ce qui les place idéalement pour diriger cette initiative de sécurité.
Il y a une certaine ironie historique à voir le Royaume-Uni et la France, ces deux anciennes puissances coloniales et rivales séculaires, se retrouver aux avant-postes de la défense de l’Europe. Après des décennies de déclin relatif, de remise en question de leur rôle mondial, voilà que la guerre en Ukraine leur offre une nouvelle raison d’être, une nouvelle mission qui pourrait redéfinir leur place dans l’ordre international. Macron, qui cherchait désespérément à construire une « autonomie stratégique européenne », voit soudainement son projet prendre forme, mais pas de la manière qu’il avait espérée. C’est l’adversité qui crée l’opportunité, et la crise ukrainienne a offert à ces deux nations la chance de prouver qu’elles ont encore un rôle à jouer. La question est : sauront-elles saisir cette opportunité ou la laisseront-elles leur échapper à cause de leurs divisions internes et de leurs hésitations politiques ?
Des engagements différenciés
Bien que Zelensky ait qualifié la présence militaire britannique et française de « obligatoire », les deux pays n’envisagent pas nécessairement des engagements identiques en termes de nombre de troupes ou de nature de la mission. Les discussions en cours portent sur les modalités précises de ce déploiement : combien de soldats, où seraient-ils stationnés, quelles seraient leurs règles d’engagement, quelle serait la durée de la mission. Ces détails techniques sont cruciaux non seulement pour l’efficacité militaire de la force mais aussi pour l’acceptabilité politique dans les pays contributeurs. Les deux gouvernements doivent naviguer entre l’impératif de répondre aux attentes ukrainiennes et la nécessité de maintenir le soutien de leurs opinions publiques.
Le Royaume-Uni a historiquement montré une disposition plus généreuse que la France en matière d’engagements militaires à l’étranger, comme en témoignent ses opérations en Irak, en Afghanistan et dans les Balkans. Paris, quant à elle, tend à être plus sélective dans ses engagements extérieurs, privilégiant souvent des missions aux objectifs clairs et à durée limitée. Cette différence de culture stratégique pourrait se traduire par des approches distinctes dans leur contribution à la force de réassurance en Ukraine. Néanmoins, les deux pays semblent conscients que leur crédibilité future en tant que leaders européens dépendra en grande partie de leur capacité à traduire les promesses de la coalition en réalité sur le terrain.
Observer les nuances entre les approches britannique et française, c’est comprendre à quel point les cultures stratégiques s’enracinent profondément dans l’histoire de chaque pays. Les Britanniques, avec leur tradition maritime et leur expérience impériale, ont toujours eu cette facilité à projeter des forces loin de chez eux, comme si la distance n’était qu’un détail logistique. Les Français, plus continentaux, plus philosophes même dans leurs décisions militaires, pèsent chaque engagement comme s’il s’agissait d’un choix existentiel. Ces différences ne sont pas des obstacles, elles sont des richesses. Une force de réassurance qui combinerait l’expérience britannique dans les opérations extérieures et la sophistication doctrinale française serait potentiellement redoutable. À condition, bien sûr, que les deux pays parviennent à surmonter leurs vieilles rivalités et leurs ego nationaux au service d’un objectif commun. Ce n’est pas gagné, mais le jeu en vaut la chandelle.
Section 4 : Le contexte des négociations de paix
Le plan de paix en 20 points
Les discussions sur les garanties de sécurité s’inscrivent dans le cadre plus large d’un plan de paix en 20 points visant à mettre fin à la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Ce plan représente une version réduite d’une proposition américaine initiale de 28 points qui, selon Kiev, aurait effectivement poussé l’Ukraine à capituler en renforçant les demandes maximalistes de la Russie. La version actuelle, négociée entre les États-Unis, l’Ukraine et les partenaires européens, vise à trouver un équilibre entre les impératifs de sécurité de l’Ukraine et la nécessité de proposer à Moscou une issue acceptable qui pourrait permettre la fin des hostilités. Les garanties de sécurité, incluant potentiellement une présence militaire étrangère, constituent un élément central de ce plan.
Zelensky a rencontré le président américain Donald Trump à sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, pour discuter de cet accord de garanties de sécurité ainsi que du plan de paix en 20 points. Lors d’une conférence de presse conjointe avec Zelensky le 28 décembre, Trump a déclaré que les pourparlers de paix étaient dans leurs « étapes finales », sans fournir plus de détails. Les réunions n’ont cependant pas produit de percée décisive. Après sa conversation avec Trump, Zelensky a tenu un appel téléphonique conjoint avec les dirigeants européens. Trump a de son côté parlé avec le président russe Vladimir Poutine, illustrant la complexité de la diplomatie multilatérale qui entoure cette crise.
Assister à ce ballet diplomatique entre Trump, Zelensky, Poutine et les dirigeants européens, c’est comme regarder une partie d’échecs à quatre mains où chaque coup pourrait changer la donne. Le plan de paix en 20 points, cette version édulcorée de la proposition américaine initiale, ressemble à un compromis de compromis, ce qui en soi n’est pas nécessairement mauvais. Mais quand on parle de la survie d’une nation, des millions de vies en jeu, des frontières tracées dans le sang, est-ce que le compromis suffit ? Zelensky, avec son pragmatisme forgé par la guerre, semble prêt à accepter beaucoup, mais certainement pas l’inacceptable. Sa demande de présence militaire britannique et française n’est pas un caprice, c’est une ligne rouge au-delà de laquelle l’accord perdrait tout sens. C’est la différence entre une paix durable et une trêve précaire qui ne servirait qu’à préparer la prochaine guerre.
Les garanties de sécurité bilatérales
Le cadre de la Coalition fonctionne parallèlement à des accords de sécurité bilatéraux séparés. L’Ukraine a signé de tels accords avec des pays individuels, et Zelensky a indiqué que les garanties de sécurité bilatérales entre les États-Unis et l’Ukraine sont désormais « convenues à 100% » dans le cadre des négociations du plan de paix en 20 points. Ces garanties bilatérales, bien que importantes, diffèrent de l’approche multilatérale de la Coalition en ce sens qu’elles lient des pays individuels à l’Ukraine plutôt que de créer une responsabilité collective. L’intérêt de la Coalition réside dans sa nature multilatérale, un engagement collectif européen qui ferait de toute violation russe un problème pour plusieurs capitales simultanément.
La distinction entre garanties bilatérales et multilatérales revêt une importance stratégique considérable. Les garanties bilatérales peuvent offrir des engagements spécifiques et détaillés, mais elles risquent de créer une responsabilité diffused où chaque pays contribuant peut tenter de minimiser son propre engagement en se référant aux contributions des autres. Les garanties multilatérales, par contraste, créent une responsabilité partagée qui rend plus difficile pour un pays contributeur de se retirer sans conséquences diplomatiques significatives. C’est cette dynamique de responsabilité collective que l’Ukraine cherche à institutionnaliser à travers la Coalition des volontaires.
Cette distinction entre garanties bilatérales et multilatérales, au-delà de ses implications techniques, touche au cœur de la philosophie des relations internationales. Les garanties bilatérales, c’est le vieux système des alliances, des arrangements secrets entre puissances qui ont tellement mal servi l’Europe dans le passé. Les garanties multilatérales, c’est l’espoir d’un nouvel ordre basé sur la responsabilité partagée, la transparence et la solidarité. Zelensky, avec son instinct politique aiguisé, comprend parfaitement cette distinction. Il ne veut pas simplement être protégé par les États-Unis, il veut être protégé par l’Europe, par ses voisins, par une communauté de nations qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes intérêts. C’est une vision ambitieuse, peut-être même utopique dans le monde réaliste de la géopolitique, mais c’est précisément cette ambition qui donne à son combat cette dimension morale qui transcende les simples calculs stratégiques.
Section 5 : Les modalités du déploiement militaire
Une force de réassurance stratégique
Zelensky a esquissé la portée de la mission lors de sa conférence de presse. Les forces européennes se déploieraient « effectivement immédiatement après le cessez-le-feu » — pas éventuellement, pas une fois que les conditions se stabilisent, mais tout de suite. Leur rôle comprendrait la surveillance de la cessation des hostilités, le soutien aux forces ukrainiennes en armes, technologie et renseignement. Des « garanties de sécurité multi-vecteurs » couvriraient la terre, la mer et le ciel, a-t-il précisé. Certains détails resteraient classifiés, en particulier ceux impliquant un travail de renseignement conjoint. La force de réassurance ne combattrait pas sur les lignes de front.
Macron a indiqué que cette force serait stationnée à des « endroits stratégiques » — villes, ports, centrales électriques — comme dissuasion contre toute nouvelle agression russe. Cette approche de déploiement sélectif vise à maximiser l’effet dissuasif tout en minimisant les risques d’engagement direct avec les forces russes. La logique sous-jacente est que la présence de troupes britanniques et françaises à des points névralgiques du territoire ukrainien créerait un coût politique prohibitif pour toute tentative russe de violer l’accord de paix, car une telle violation impliquerait inévitablement des pertes parmi ces contingents étrangers et donc une escalade militaire majeure.
Il y a quelque chose de presque désespéré dans cette idée de « force de réassurance » qui se déploierait immédiatement après un cessez-le-feu, comme si la simple présence de quelques milliers de soldats étrangers suffirait à contenir un géant russe qui a montré sa détermination à envahir son voisin malgré toutes les condamnations internationales. Mais peut-être que ce désespoir est précisément ce qui rend cette approche nécessaire. Face à un adversaire qui ne respecte ni le droit international ni les conventions humanitaires, la dissuasion conventionnelle ne suffit plus. Il faut quelque chose de plus concret, de plus tangible, de plus immédiat. La présence de soldats britanniques et français à Kiev, à Odessa, à Kharkiv, ce n’est pas juste une garantie, c’est une ligne rouge, un avertissement silencieux mais clair : touchez à ces villes et vous touchez à l’OTAN, vous touchez à l’Europe, vous touchez à tout ce que nous avons construit depuis 1945.
Les défis logistiques et opérationnels
Le déploiement effectif d’une force multinationale en Ukraine présenterait des défis logistiques et opérationnels considérables. L’infrastructure ukrainienne a été sévèrement endommagée par plus de trois ans de guerre, et la sécurisation des routes d’approvisionnement constituerait une priorité majeure. La coordination entre les contingents nationaux, chacun avec ses propres procédures, équipements et chaînes de commandement, nécessiterait une structure de commandement unifiée capable de fonctionner efficacement dans un environnement potentiellement instable. La sécurité du personnel serait une préoccupation constante, nécessitant des règles d’engagement claires et des capacités d’extraction en cas d’urgence.
Le financement d’une telle mission sur la durée pose également des questions significatives. Les budgets militaires européens sont déjà soumis à des pressions considérables du fait des augmentations des dépenses de défense consécutives à la guerre en Ukraine. Le maintien d’une force de réassurance sur plusieurs années, avec ses coûts de rotation, de soutien logistique et de remplacement d’équipement, nécessiterait un engagement financier soutenu de la part des pays contributeurs. Ces considérations pratiques ajoutent une couche de complexité aux décisions politiques sur la participation à la mission.
Quand on parle de déploiement militaire, on pense d’abord aux soldats, aux tanks, aux avions. Mais derrière cette façade visible, il y a toute cette machinerie invisible qui rend la guerre possible : les routes, les dépôts, les hôpitaux de campagne, les réseaux de communication, tout cet immense système logistique qui fait que chaque soldat sur le front peut faire son travail. En Ukraine, cette infrastructure a été détruite, bombardée, sabotée. La reconstruire pour soutenir une force de réassurance multinationale, ce n’est pas juste une question d’argent ou de temps, c’est un véritable défi d’ingénierie dans un environnement hostile. Et puis il y a cette question lancinante : combien de temps ? Combien de temps les Britanniques et les Français resteront-ils ? Un an ? Cinq ans ? Dix ans ? La fatigue de l’opinion publique finira par s’installer, comme elle s’est toujours installée dans les guerres d’occupation. Et quand les camions repartiront, que restera-t-il ?
Section 6 : La dimension parlementaire et politique
L’obstacle constitutionnel
Les constitutions de nombreux pays européens exigent une approbation parlementaire pour tout déploiement de troupes à l’étranger, ce qui ajoute une couche de complexité institutionnelle aux décisions déjà difficiles sur la participation à la mission en Ukraine. En Allemagne, par exemple, le Bundestag doit voter sur toute opération militaire extérieure, et la majorité actuelle du chancelier Olaf Scholz ne dispose pas d’une marge suffisante pour garantir l’approbation sans le soutien de l’opposition. En France, bien que le président dispose de pouvoirs étendus en matière de défense, l’usage prolongé des forces à l’étranger requiert généralement un consensus politique plus large pour être politiquement durable.
Le Royaume-Uni, avec son système parlementaire westminstérien où le gouvernement dispose d’une majorité solide, est dans une position relativement plus favorable pour engager des troupes sans obstruction législative majeure. Cependant, même là, la tradition du contrôle parlementaire sur les engagements militaires signifie que le Premier ministre Starmer devra maintenir un soutien bipartisan significatif pour justifier un déploiement potentiellement coûteux en vies britanniques. Ces considérations politiques internes expliquent en partie l’hésitation de plusieurs gouvernements européens à s’engager fermement dans la Coalition malgré leur rhétorique de soutien à l’Ukraine.
Cette dimension parlementaire des décisions militaires, c’est à la fois la force et la faiblesse des démocraties. La force, parce qu’elle impose une réflexion collective, un débat public, une obligation de justification devant les représentants du peuple. La faiblesse, parce qu’elle peut bloquer l’action nécessaire quand l’urgence l’exige. Les dictatures n’ont pas ce problème : Poutine n’a pas besoin de demander l’avis de son parlement fantôme pour envoyer des chars en Ukraine. Mais nos démocraties, ces démocraties que nous chérissons tant, ces démocraties que Zelensky défend avec tant de courage, doivent passer par ce lent processus de délibération, de négociation, de compromis. Est-ce que c’est une fatalité ? Une caractéristique intrinsèque du système qui le condamne à l’impuissance face aux régimes autoritaires ? Ou peut-être que cette lenteur apparente est en réalité une forme de sagesse, un garde-fou contre l’engagement impulsif dans des aventures militaires mal calculées ?
Les opinions publiques européennes
Les sondages d’opinion dans les pays européens montrent un soutien continu à l’Ukraine mais une réticence croissante à tout engagement militaire direct qui pourrait entraîner une escalade avec la Russie. Après plus de trois ans de guerre, la fatigue de l’opinion publique commence à se manifester, particulièrement dans les pays les plus touchés par les conséquences économiques du conflit, notamment l’Allemagne où les consommateurs ont subi des augmentations significatives des prix de l’énergie. Les médias ont également commencé à accorder moins d’espace au conflit, réduisant la pression sur les gouvernements pour une action décisive.
Les partis politiques d’extrême droite et d’extrême gauche ont d’ailleurs instrumentalisé cette fatigue dans leurs discours, critiquant ce qu’ils présentent comme une priorité excessive accordée à l’Ukraine au détriment des intérêts nationaux. Même au sein des partis modérés, des voix commencent à s’élever pour remettre en question la durée et l’étendue de l’engagement envers Kiev. Ce contexte politique rend particulièrement difficile pour les dirigeants européens de prendre des décisions audacieuses comme l’envoi de troupes en Ukraine, malgré les pressions du président Zelensky et l’urgence de la situation sur le terrain.
Cette fatigue des opinions publiques européennes, je la ressens à chaque fois que je discute de la guerre avec des amis, des collègues, des inconnus dans le métro. Au début, il y avait cette indignation collective, cette mobilisation spontanée, cette vague de solidarité qui semblait irrésistible. Aujourd’hui, l’indignation s’est transformée en inquiétude, la mobilisation en résignation, la solidarité en lassitude. C’est humain, c’est compréhensible, mais c’est aussi dangereux. Parce que pendant que nous nous lassons, pendant que nous détournons les yeux, pendant que nous retournons à nos vies normales, la guerre continue, les villes tombent, les gens meurent. Et puis il y a cette instrumentalisation politique, ces partis qui surfent sur cette fatigue, qui prospèrent en vendant le mythe d’une priorisation de l’intérêt national. Mais quel intérêt national peut-il y avoir à laisser la Russie gagner ? Quel intérêt national peut-il y avoir à montrer à l’agression qu’elle paye ?
Section 7 : La position russe et les risques d'escalade
L’opposition de Moscou
La Russie s’est opposée catégoriquement à tout déploiement de troupes étrangères en Ukraine, qualifiant une telle initiative de « provocation directe » et d’« intervention inacceptable ». Le Kremlin a maintes fois averti que la présence de forces de l’OTAN ou de pays occidentaux sur le territoire ukrainien serait considérée comme une menace existentielle justifiant des mesures appropriées. Cette position russe reflète la perception, profondément ancrée à Moscou, que l’expansion de l’influence occidentale vers l’est représente une menace stratégique qui doit être combattue par tous les moyens nécessaires.
Les responsables russes ont également souligné que tout accord de paix qui inclurait une présence militaire étrangère en Ukraine serait rejeté d’emblée. Le ministre russe des Affaires étrangères a déclaré que Moscou ne signerait jamais un accord qui permettrait à des troupes britanniques ou françaises de stationner en Ukraine, qualifiant une telle exigence de « ligne rouge infranchissable ». Cette intransigeance russe complique considérablement les négociations en cours et pourrait bien être l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un accord de paix acceptable pour toutes les parties.
Écouter les porte-parole russes dénoncer la présence militaire étrangère en Ukraine comme une « provocation inacceptable », c’est presque de l’ironie pure. Qu’est-ce que l’invasion d’un pays souverain, si ce n’est la provocation ultime ? Qu’est-ce que le bombardement de villes civiles, si ce n’est l’intervention la plus inacceptable qui soit ? La Russie de Poutine a perdu tout droit moral à parler de provocation depuis le premier jour de cette guerre. Mais cette intransigeance n’est pas seulement rhétorique, elle est stratégique. Moscou comprend parfaitement que la présence de troupes britanniques et françaises en Ukraine changerait radicalement l’équation géopolitique, créerait un facteur de dissuasion réel, limiterait sa capacité à manœuvrer à sa guise dans son voisinage occidental. C’est pour ça qu’ils s’y opposent si farouchement. C’est pour ça qu’ils vont tout faire pour empêcher ce scénario.
Les scénarios d’escalade
Les analystes militaires avertissent que le déploiement de troupes britanniques et françaises en Ukraine pourrait déclencher une escalade significative avec la Russie, potentiellement allant jusqu’à une confrontation directe entre l’OTAN et les forces russes. Moscou pourrait répondre par des actions asymétriques, y compris des cyberattaques contre les infrastructures critiques des pays contributeurs, des opérations d’influence politique pour saper le soutien public à la mission, ou même des provocations militaires directes visant à tester la résolution de la Coalition. Le risque le plus grave serait une incident impliquant des pertes parmi les contingents étrangers, ce qui forcerait les pays concernés à choisir entre la riposte militaire et l’humiliation politique.
D’autres scénarios moins dramatiques mais tout aussi problématiques incluent la Russie qui pourrait intensifier ses opérations militaires en Ukraine juste avant ou après le déploiement de la force de réassurance, pour tester la détermination des pays occidentaux ou pour créer des faits accomplis. Moscou pourrait également chercher à diviser la Coalition en ciblant sélectivement les pays les plus réticents, exerçant des pressions économiques ou politiques pour forcer leur retrait de la mission. Ces risques d’escalade expliquent en grande partie pourquoi de nombreux gouvernements européens restent profondément divisés sur la question de l’envoi de troupes.
Quand on pèse les risques d’escalade, on tombe dans ce calcul froid, rationnel, qui a dominé la pensée stratégique occidentale depuis des décennies. Combien de vies vaut la liberté ? Combien de risques peut-on prendre avant que le prix ne devienne trop élevé ? C’est une question légitime, nécessaire même. Mais il y a aussi une autre question, moins souvent posée : quel est le prix de l’inaction ? Quel est le coût de laisser la Russie gagner ? Pas seulement pour l’Ukraine, mais pour l’ordre international tout entier, pour les principes que nous prétendons défendre, pour l’avenir de nos propres démocraties ? Parce que si l’agression paye, si l’invasion est récompensée, alors quelle incitation reste-t-il aux autres puissances de respecter les règles ? Quel message envoyons-nous à la Chine, à l’Iran, à la Corée du Nord ? Le calcul ne peut pas se limiter aux risques immédiats, il doit intégrer les conséquences à long terme de notre choix.
Section 8 : L'alternative : le retour à la guerre
Les conséquences d’un échec des négociations
Si les négociations actuelles échouent, l’Ukraine risque de se retrouver dans une situation encore plus précaire qu’au début de la guerre. Les forces armées ukrainiennes, après plus de trois ans de combats intensifs, sont considérablement affaiblies, avec des pertes humaines et matérielles énormes. L’aide militaire occidentale, bien que continue, a montré des signes de diminution en volume et en qualité, reflétant la fatigue des donateurs et les contraintes de leurs propres stocks militaires. La Russie, de son côté, a adapté son économie à l’effort de guerre et maintient une capacité de production d’armement significative malgré les sanctions internationales.
Un retour à la guerre à grande échelle signifierait probablement une nouvelle offensive russe majeure, potentiellement visant à capturer des territoires supplémentaires ou à détruire ce qu’il reste de l’infrastructure militaire et civile ukrainienne. L’Ukraine se retrouverait alors confrontée à un choix impossible entre la capitulation et une lutte de survie de plus en plus désespérée. Les conséquences humanitaires seraient catastrophiques, avec des déplacements de masse supplémentaires, une destruction accrue des infrastructures civiles et une crise alimentaire mondiale exacerbée par l’interruption des exportations ukrainiennes de céréales.
Imaginer un scénario d’échec des négociations, c’est se projeter dans l’horreur pure. Pas l’horreur abstraite des statistiques, mais l’horreur concrète des vies brisées, des familles déchirées, des villes réduites en poussière. J’ai vu les images de Marioupol, de Bakhmout, d’Avdiivka, ces villes qui n’existent plus que comme des témoignages de barbarie. Et je me demande : combien d’autres villes devront subir ce sort avant que le monde ne réagisse vraiment ? Combien d’autres enfants devront mourir avant que nous ne nous sentions suffisamment concernés ? L’Ukraine a déjà payé un prix inimaginable pour sa défense. Demander à son peuple de continuer à se battre sans perspectives de fin, sans garanties crédibles de sécurité, c’est presque une condamnation à mort. Mais l’alternative, la capitulation, est une autre forme de mort, la mort de l’âme nationale, de la dignité, de l’espoir.
La famine mondiale et la crise économique
L’Ukraine étant l’un des plus grands exportateurs mondiaux de céréales, la continuation ou l’escalade de la guerre aurait des conséquences catastrophiques sur la sécurité alimentaire mondiale, particulièrement dans les pays les plus vulnérables d’Afrique et du Moyen-Orient. Les blocus russes des ports ukrainiens sur la mer Noire ont déjà perturbé considérablement les exportations, et une intensification du conflit pourrait interrompre complètement ce flux vital de céréales. Les experts de la FAO avertissent que même une interruption de quelques mois des exportations ukrainiennes pourrait déclencher des famines dans plusieurs pays dépendants de ces importations.
Les conséquences économiques de la poursuite de la guerre seraient également profondes pour l’Europe et l’économie mondiale. Les prix de l’énergie, déjà volatiles, pourraient atteindre des sommets historiques si la Russie intensifiait ses pressions sur les approvisionnements européens de gaz et de pétrole en représailles au soutien occidental à l’Ukraine. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, déjà fragilisées par la pandémie et les tensions géopolitiques, subiraient des perturbations supplémentaires. Ces facteurs combinés pourraient plonger l’économie mondiale dans une récession sévère, avec des conséquences sociales particulièrement graves pour les populations les plus vulnérables.
Quand on parle de guerre en Ukraine, on pense d’abord aux souffrances du peuple ukrainien, et c’est juste. Mais cette guerre a aussi des répercussions qui s’étendent bien au-delà des frontières de l’Europe orientale. Ces bateaux qui ne peuvent plus quitter les ports ukrainiens chargés de blé, ce n’est pas juste une perte économique pour l’Ukraine, c’est une menace de famine pour des millions de personnes en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie. Des enfants qui mourront de faim parce que les ports sont bloqués par une marine russe qui utilise la faim comme arme de guerre. C’est cette mondialisation perverse que nous avons construite, cette interdépendance qui peut devenir une vulnérabilité. Mais peut-être que cette interdépendance est aussi notre espoir. Peut-être que la prise de conscience que cette guerre touche tout le monde, pas seulement les Ukrainiens, finira par réveiller les consciences endormies.
Section 9 : Les leçons de l'histoire
Les parallèles avec l’entre-deux-guerres
Les comparaisons historiques avec la période de l’entre-deux-guerres sont inévitables et instructives. Comme dans les années 1930, l’Europe est confrontée à une puissance revancharde qui remet en cause l’ordre international établi, utilisant la force militaire pour redessiner les frontières à son avantage. Comme alors, les démocraties occidentales sont divisées entre le désir d’éviter la guerre et la nécessité de contenir l’agression. La politique d’apaisement qui a prévalu face à l’Allemagne nazie, symbolisée par les accords de Munich en 1938, a montré les dangers de céder aux demandes d’un agresseur dans l’espoir mal placé d’acheter la paix.
Les historiens notent cependant aussi des différences importantes. La Russie d’aujourd’hui, bien que militairement puissante, ne dispose pas de la puissance industrielle de l’Allemagne nazie ni de sa capacité de mobilisation idéologique. L’Ukraine, contrairement à la Tchécoslovaquie des années 1930, se bat avec une détermination farouche et dispose d’un soutien occidental substantiel quoique insuffisant. L’ordre international actuel, malgré ses faiblesses, dispose d’institutions comme l’ONU et l’UE qui n’existaient pas dans les années 1930 et qui, bien qu’imparfaites, offrent des cadres pour la diplomatie multilatérale.
Chaque fois que j’entends des comparaisons avec Munich, avec l’apaisement, je ressens ce frisson qui traverse l’échine. Nous connaissons tous cette histoire, nous l’avons tous apprise à l’école, cette tragédie de la bonne volonté mal orientée, des concessions qui n’ont fait qu’encourager l’appétit du prédateur. Mais est-ce vraiment une comparaison valide ? La Russie de 2026 n’est pas l’Allemagne de 1938, Poutine n’est pas Hitler, l’Ukraine n’est pas la Tchécoslovaquie. L’histoire ne se répète jamais exactement, elle rime, comme disait Mark Twain. Pourtant, la leçon fondamentale reste : quand l’agression n’est pas contenue, elle s’intensifie. Quand les lignes rouges sont tracées puis ignorées, elles perdent tout leur sens. Quand les dictateurs apprennent qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent par la force, ils n’ont aucune raison de s’arrêter. C’est cette leçon que nous devons retenir, pas pour reproduire aveuglément les réponses du passé, mais pour éviter de répéter ses erreurs.
Les expériences des missions de maintien de la paix
L’histoire des missions de maintien de la paix depuis 1945 offre des leçons mixtes sur l’efficacité des déploiements de troupes étrangères comme mécanisme de sécurité. Certaines missions, comme la FORDEPRENU en Bosnie dans les années 1990, ont finalement réussi à stabiliser des situations conflictuelles après des phases difficiles et parfois sanglantes. D’autres, comme la MINUAR au Rwanda en 1994, ont échoué tragiquement dans leur mission de protection des civils, rappelant les limites de ce que peuvent accomplir des forces de maintien de la peace même avec les meilleures intentions du monde.
Les facteurs de succès ou d’échec de ces missions sont complexes mais incluent généralement la clarté du mandat, le soutien politique continu des pays contributeurs, la neutralité perçue de la force, et l’existence d’un processus politique crédible de résolution du conflit. Dans le cas ukrainien, plusieurs de ces facteurs seraient problématiques : le mandat serait clairement de soutien à l’Ukraine contre la Russie, le soutien politique des pays européens est incertain, et la neutralité de la force serait impossible à établir compte tenu de son opposition explicite à la Russie. Ces leçons historiques suggèrent qu’une mission en Ukraine serait particulièrement difficile à réussir.
Réfléchir aux missions de maintien de la paix, c’est être confronté à cette tension permanente entre idéalisme et réalisme. L’idéalisme qui veut croire que des soldats en casques bleus peuvent protéger des innocents, désarmer des milices, créer des espaces de sécurité où la politique peut reprendre ses droits. Le réalisme qui constate que souvent, ces soldats ne peuvent qu’observer impuissants, témoins passifs d’atrocités qu’ils n’ont ni le mandat ni les moyens d’empêcher. Le Rwanda reste la honte collective de la communauté internationale, ce moment où nous avons tous, par notre inaction, nos hésitations, nos calculs politiques, porté une part de responsabilité dans le génocide. Est-ce que l’Ukraine deviendra notre nouveau Rwanda ? Ou est-ce que nous saurons tirer les leçons du passé pour ne pas répéter les mêmes erreurs ?
Section 10 : Les implications pour l'avenir de l'Europe
La redéfinition de la sécurité européenne
La guerre en Ukraine et les débats sur les garanties de sécurité pour Kiev ont obligé l’Europe à repenser fondamentalement son architecture de sécurité. Les paradigmes de l’après-guerre froide, basés sur la coopération avec la Russie et l’expansion graduelle de l’OTAN, ont été brisés par l’invasion de février 2022. L’idée que l’Union européenne puisse compter sur les États-Unis pour sa sécurité de manière permanente a également été remise en question par les orientations de la politique américaine sous l’administration Trump et l’évolution de la priorité stratégique de Washington vers l’Asie-Pacifique.
La Coalition des volontaires, avec ses promesses de déploiement de troupes, représente une tentative embryonnaire de créer une nouvelle structure de sécurité européenne moins dépendante de l’OTAN et des États-Unis. Si elle réussit, elle pourrait devenir le modèle pour d’autres missions de stabilisation ou de dissuasion dans la périphérie européenne, du Caucase aux Balkans en passant par la Méditerranée orientale. Si elle échoue, en revanche, l’Europe se retrouvera probablement confrontée à des choix encore plus difficiles : accepter une influence russe croissante dans sa sphère orientale, investir massivement dans ses propres capacités militaires pour une autonomie stratégique complète, ou renouer avec une dépendance accrue envers les États-Unis.
Cette redéfinition de la sécurité européenne, c’est peut-être l’aspect le plus profondément transformateur de cette guerre. Depuis la fin de la guerre froide, nous avons vécu dans cette illusion confortable que la paix était acquise, que les frontières étaient fixes, que l’ordre international était stable. L’Ukraine a brisé cette illusion, brutalement, irrémédiablement. Maintenant, l’Europe est forcée de grandir, de prendre ses responsabilités, de se demander ce qu’elle veut être dans ce nouveau monde. Veut-elle être cette union politique toujours en construction, ou veut-elle devenir une puissance militaire capable de se défendre ? Veut-elle dépendre de Washington pour sa sécurité, ou veut-elle développer son autonomie stratégique ? Les réponses à ces questions façonneront l’Europe pour les décennies à venir. Et la réponse que nous donnerons à travers la Coalition des volontaires sera peut-être la première étape vers une nouvelle identité européenne.
La question de l’élargissement de l’OTAN
Le blocage de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, qui a été l’un des facteurs déclencheurs de l’invasion russe, reste une question centrale pour l’avenir de l’alliance atlantique. Les discussions sur les garanties de sécurité alternatives, y compris la Coalition des volontaires, sont en partie une réponse à cette impasse. Cependant, la question de l’adhésion éventuelle de l’Ukraine à l’OTAN reste posée à moyen ou long terme, particulièrement si les garanties de sécurité alternatives s’avèrent insuffisantes pour dissuader une nouvelle agression russe.
Les débats internes à l’OTAN sur l’élargissement à l’Ukraine reflètent les tensions entre les États membres qui voient l’élargissement comme une nécessité stratégique et morale pour contenir la Russie, et ceux qui craignent qu’un tel élargissement n’entraîne l’alliance dans une confrontation directe avec Moscou. L’expérience de la Coalition des volontaires, qu’elle réussisse ou échoue, influencera probablement ces débats : si la Coalition parvient à fournir des garanties de sécurité crédibles sans l’adhésion à l’OTAN, cela pourrait renforcer les arguments de ceux qui s’opposent à un élargissement supplémentaire de l’alliance. Si la Coalition échoue, en revanche, cela pourrait renforcer les arguments en faveur d’une adhésion ukrainienne à l’OTAN comme seule garantie de sécurité crédible.
La question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, c’est l’éléphant dans la pièce, ce sujet que tout le monde évite de mentionner mais qui détermine tout le reste. Pendant des années, nous avons maintenu cette fiction diplomatique que l’OTAN restait ouverte à l’Ukraine sans jamais vraiment vouloir la laisser entrer, de peur de provoquer la Russie. Et puis la Russie a envahi l’Ukraine quand même, prouvant que l’apaisement ne fonctionnait pas. Maintenant, nous sommes coincés dans cette contradiction : l’Ukraine ne peut entrer dans l’OTAN à cause de la guerre, mais la guerre continuera probablement tant que l’Ukraine ne sera pas dans l’OTAN. C’est un cercle vicieux parfait. La Coalition des volontaires est peut-être une tentative de briser ce cercle, de créer une troisième voie. Mais est-ce vraiment une solution durable, ou juste une pause tactique avant la prochaine confrontation ?
Section 11 : La chronologie diplomatique
Le sprint de janvier 2026
Zelensky a annoncé un calendrier intensif pour finaliser le cadre de sécurité dans les semaines à venir. Le 4 janvier, des responsables militaires se sont rendus à Paris pour des consultations de 24 heures. Dans les jours suivants, un sommet des dirigeants devrait finaliser les documents de sécurité. Au cours de ce sommet, des rencontres avec l’équipe du président Trump sont prévues à Paris. Fin janvier, un sommet aux États-Unis clôturera ce cycle diplomatique intense. « Nous n’allouons pas beaucoup de temps pour cela », a déclaré Zelensky, soulignant l’urgence de la situation et la nécessité de parvenir à un accord rapidement.
Cette intensification du calendrier diplomatique reflète plusieurs réalités convergentes. D’abord, l’urgence militaire sur le terrain en Ukraine, où les forces russes continuent de progresser dans certaines régions. Ensuite, la fatigue politique des alliés occidentaux, dont le soutien pourrait diminuer si la guerre se prolonge sans perspectives claires de résolution. Enfin, les cycles électoraux dans plusieurs pays clés, notamment les États-Unis où les élections de mi-mandat de novembre 2026 pourraient modifier la configuration politique et réduire la volonté du Congrès d’approuver de nouveaux engagements militaires ou financiers envers l’Ukraine.
Ce sprint diplomatique de janvier, cette course contre la montre pour finaliser un accord de paix, c’est comme une course d’obstacles où chaque fausse passe peut être fatale. Zelensky, avec son sens du théâtral forgé par sa carrière d’acteur, sait parfaitement utiliser ce calendrier pour créer une pression sur ses partenaires. « Pas beaucoup de temps », dit-il. Et sous-entendu : si vous ne bougez pas maintenant, ce sera peut-être trop tard. C’est une stratégie classique de négociation, mais ici elle est renforcée par la réalité tragique que chaque jour de négociation signifie encore des morts en Ukraine. La diplomatie a toujours cette temporalité étrange, ce mélange d’urgence et d’attente, de coups de théâtre et de silence. Mais dans ce cas précis, l’urgence n’est pas une construction rhétorique, c’est une réalité sanglante.
Les obstacles restants
Malgré ce calendrier ambitieux, plusieurs obstacles significatifs subsistent à la conclusion d’un accord de paix acceptable pour toutes les parties. La question du statut des territoires occupés par la Russie — Crimée, Donbass, et d’autres régions du sud et de l’est de l’Ukraine — reste un point de désaccord majeur. L’Ukraine insiste sur le rétablissement de son intégrité territoriale complète, tandis que la Russie exige la reconnaissance de ses annexions. La nature des garanties de sécurité, y compris la présence ou non de troupes étrangères en Ukraine, est un autre point de contentieux crucial.
Les questions de réparations de guerre, de poursuites juridiques pour crimes de guerre, et du sort des prisonniers des deux côtés constituent également des obstacles à un accord complet. Enfin, la question de la levée éventuelle des sanctions imposées à la Russie ajoute une dimension économique complexe aux négociations, les pays européens étant divisés sur la rapidité et les conditions d’une telle levée. Ces obstacles multiples expliquent pourquoi les observateurs internationaux restent prudents quant à la perspective d’une résolution rapide du conflit.
Regarder cette liste d’obstacles, c’est comprendre pourquoi la paix semble parfois si inaccessible. Chaque point de désaccord n’est pas juste une question technique ou juridique, c’est une question de principe, de dignité, de mémoire. Pour l’Ukraine, abandonner ne serait-ce qu’un mètre carré de territoire, ce serait trahir les milliers de soldats morts pour défendre chaque pouce de terre. Pour la Russie, renoncer à ses annexions, ce serait admettre que cette guerre a été inutile, que les milliers de soldats russes morts sont morts pour rien. Comment trouver un compromis entre ces deux positions incompatibles ? Comment concilier la justice et la paix ? L’histoire est remplie d’accords de paix qui ont laissé des blessures ouvertes, des questions non résolues qui ont germé pour produire les guerres suivantes. La vraie question n’est peut-être pas comment faire la paix maintenant, mais comment faire une paix qui dure.
Conclusion : L'heure des choix
Le test ultime pour l’Europe
La demande de Zelensky pour une présence militaire britannique et française en Ukraine constitue le test ultime pour l’Europe de ses ambitions stratégiques et de sa détermination à défendre ses valeurs. Les semaines à venir détermineront si l’Union européenne et ses partenaires peuvent se rassembler autour d’une réponse collective crédible à l’agression russe, ou si les divisions internes et les calculs politiques nationaux l’emporteront sur la solidarité continentale. Les Britanniques et les Français, en tant que leaders de la Coalition des volontaires, portent une responsabilité particulière dans cette épreuve.
Le succès ou l’échec de cette initiative aura des conséquences qui dépassent largement le cadre ukrainien. Une Coalition capable de déployer efficacement des troupes en Ukraine pourrait devenir le modèle d’une nouvelle architecture de sécurité européenne, moins dépendante de l’OTAN et des États-Unis. Un échec, en revanche, signalerait les limites de la solidarité européenne et pourrait encourager d’autres puissances révisionnistes à tester la résolution de l’Occident. L’histoire jugera comment l’Europe a répondu à ce moment de vérité.
Nous sommes à ce moment charnière de l’histoire où les mots ne suffisent plus, où les intentions doivent se traduire en actes. Zelensky a posé sa condition, nette et claire : pas de présence militaire britannique et française, pas d’accord de paix. C’est un ultimatum, certes, mais un ultimatum dicté par la survie, pas par la volonté de nuire. L’Europe est maintenant au pied du mur. Elle peut choisir la voie de la responsabilité, le courage de l’action concrète, le risque calculé de l’engagement. Ou elle peut choisir la voie de la prudence, la sécurité de l’inaction, le confort de l’absence de décision. Dans les deux cas, le prix sera payé. La différence, c’est que dans le premier cas, le prix sera celui de l’effort, du sacrifice, du risque assumé. Dans le second cas, le prix sera celui de la déshonneur, de la perte d’influence, de l’abandon des valeurs que nous prétendons défendre. Le choix appartient désormais aux dirigeants de Paris et de Londres. L’histoire les attend.
Un pari sur l’avenir
Les garanties de sécurité demandées par l’Ukraine, y compris la présence militaire britannique et française sur son sol, représentent un pari audacieux sur l’avenir de l’ordre international. C’est un pari sur l’idée que l’agression ne doit pas payer, que les frontières tracées dans le sang ne doivent pas être acceptées, que les petits pays ont le droit d’exister en sécurité à côté des grandes puissances. C’est aussi un pari sur la capacité de l’Europe à assumer ses responsabilités stratégiques sans dépendre indéfiniment des États-Unis pour sa sécurité.
Ce pari est risqué, certes. Les conséquences d’un échec pourraient être graves. Mais le coût de l’inaction serait probablement encore plus élevé. Car ce qui est en jeu en Ukraine, ce n’est pas seulement l’avenir d’un pays, c’est l’avenir du système international tout entier. Si l’aggression réussit en Ukraine, d’autres puissances seront tentées de suivre l’exemple russe. Si la Russie est contenue en Ukraine, cela enverra un message puissant à tous ceux qui seraient tentés de redessiner les frontières par la force.
Quand je regarde les photos de Zelensky, ces vêtements militaires toujours mêmes, ce regard qui semble fatigué mais ne cède jamais, je me demande ce qui se passe dans sa tête la nuit, quand il est seul face à ses décisions. Il a pris des risques énormes depuis le début de cette guerre, des risques qui auraient pu coûter sa vie, celle de sa famille, celle de son pays. Et pourtant, il continue à exiger, à négocier, à refuser les compromis qui videraient sa demande de tout sens. Il y a quelque chose de presque tragique dans cette position de leader qui doit constamment quémander ce qui devrait être dû, supplier ce qui devrait être assuré, réclamer ce qui devrait être évident. Mais c’est peut-être précisément cette capacité à ne jamais baisser les bras, à ne jamais accepter l’inacceptable, qui définit les grands leaders de l’histoire. Zelensky, quel que soit l’issue, aura marqué son époque.
Sources
Sources primaires
The Kyiv Independent, « Peace deal must include British, French military presence in Ukraine, Zelensky says », 4 janvier 2026.
Ukrainska Pravda, « Zelenskyy on security guarantee requirements: UK and French military presence is mandatory », 3 janvier 2026.
EuroMaidan Press, « UK and France troop deployment is ‘mandatory’ for security guarantees, Zelensky says », 4 janvier 2026.
Sources secondaires
The Times, « Coalition of the Willing for Ukraine struggles to materialize amid Europe hesitation », avril 2025.
BBC News, « Zelensky says peace deal is 90% ready in New Year address », janvier 2026.
Agence France-Presse, « France ready to deploy troops to Ukraine as security guarantees, army chief says », octobre 2025.
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