La conférence de presse de la victoire
C’est depuis son club de Mar-a-Lago, en Floride, que Donald Trump a annoncé la nouvelle au monde. Flanqué de ses principaux conseillers — le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées —, le président américain rayonnait. Sa posture, son ton, tout transpiriat la satisfaction du vainqueur. Celle du conquérant. « Les États-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe de grande envergure contre le Venezuela et son leader, le président Nicolás Maduro, qui a été, avec sa femme, capturé et extrait du pays », avait-il écrit plus tôt sur Truth Social. Mais c’est devant les caméras qu’il a vraiment savouré son triomphe. « Nous allons diriger le pays », a-t-il déclaré sans ambages. « Nous allons diriger le Venezuela jusqu’à ce que nous puissions organiser une transition sûre, appropriée et judicieuse vers un nouveau leadership. »
Les mots sont tombés comme des couperets. Diriger le Venezuela. Les États-Unis, première puissance mondiale, annonçaient tout simplement qu’ils prenaient les rênes d’un pays souverain d’Amérique du Sud. Trump n’a pas mâché ses mots. Il a parlé de la doctrine Monroe, cette politique du XIXe siècle qui déclarait l’hémisphère occidental comme zone d’influence exclusive américaine. Il est allé plus loin, évoquant une « doctrine Donroe » — un jeu de mots sur son propre nom qui en dit long sur sa vision des choses. « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », a-t-il martelé. « Plus jamais. » Le message était clair, brutal, sans appel. L’Amérique de Trump venait de redessiner la carte géopolitique de la région, et elle n’avait pas l’intention de demander la permission à quiconque.
Il y a dans cette conférence de presse quelque chose qui me glace. Ce n’est pas tant l’action militaire en elle-même — l’histoire est pleine d’interventions américaines en Amérique latine. C’est cette assurance tranquille, cette certitude absolue que l’Amérique peut faire ce qu’elle veut, où elle veut, quand elle veut. « Nous ne sommes pas effrayés par l’idée de mettre des bottes sur le terrain », a dit Trump. Et il le pensait. Chaque mot. Je me demande ce que pensent les habitants de La Havane ce soir. Ou ceux de Managua. Ou de n’importe quelle capitale latino-américaine qui a le malheur de ne pas être dans les bonnes grâces de Washington.
Les détails de l’opération révélés
Le général Dan Caine a fourni un compte-rendu presque cinématographique de l’opération. Tout avait commencé bien avant cette nuit fatidique. La CIA avait déployé une équipe clandestine au Venezuela dès le mois d’août, chargée de surveiller les mouvements de Maduro, de cartographier ses déplacements, d’identifier les failles dans sa sécurité. L’opération elle-même avait été approuvée par Trump plus d’une semaine auparavant, mais la météo — ces nuages capricieux de janvier au-dessus de Caracas — avait contraint les militaires à attendre. « Nous avons attendu patiemment », a expliqué Caine. « Les hommes et les femmes des forces armées américaines sont restés prêts, attendant que les conditions soient réunies et que le président donne l’ordre d’agir. » Puis, vendredi soir, à 22h46 heure de l’Est, Trump a donné le feu vert.
À 1h01 du matin, les forces américaines atteignaient le complexe de Maduro. À 3h29, elles étaient de retour au-dessus des eaux internationales avec leurs prisonniers. Moins de trois heures pour changer le cours de l’histoire. Trump a confié avoir regardé l’opération en direct, « comme si je regardais une émission de télévision », a-t-il dit avec un sourire. Il a également publié sur Truth Social une photo de Maduro à bord de l’USS Iwo Jima, les yeux bandés, tenant une bouteille d’eau. Et une vidéo des frappes, montée sur la chanson « Fortunate Son » de Creedence Clearwater Revival — un choix musical qui, pour quiconque connaît l’histoire de cette chanson anti-guerre du Vietnam, confine à l’ironie mordante. Ou à l’inconscience totale. Ou aux deux.
Section 3 : Delcy Rodriguez entre en scène
Une apparition qui change tout
C’est là que tout a basculé. Que le récit soigneusement construit par la Maison-Blanche a commencé à se fissurer. Delcy Rodriguez, vice-présidente du Venezuela depuis 2018, a fait son apparition sur la télévision d’État vénézuélienne. Et ce qu’elle a dit contredisait frontalement les affirmations de Donald Trump. « Nous exigeons la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores », a-t-elle déclaré d’une voix ferme, le regard dur fixé sur la caméra. Puis elle a ajouté ces mots qui ont fait le tour du monde : « Nicolás Maduro est le seul président du Venezuela. » Pas de reconnaissance de la capture. Pas d’acceptation de la nouvelle réalité. Une fin de non-recevoir totale aux déclarations américaines.
Ce qui rend cette intervention encore plus troublante, c’est ce que Trump avait dit quelques heures plus tôt. Lors de sa conférence de presse, le président américain avait affirmé que Rodriguez « venait d’être assermentée comme présidente ». Il avait même décrit une conversation « gracieuse » entre elle et Marco Rubio, au cours de laquelle elle aurait exprimé son soutien à l’administration américaine. Trump l’avait citée disant qu’elle était « prête à faire ce que nous pensons nécessaire pour rendre le Venezuela grand à nouveau ». Sauf que Rodriguez, en direct à la télévision, venait de démentir tout cela. Point par point. Mot par mot. Elle n’avait pas été assermentée. Elle ne reconnaissait pas la capture de Maduro. Et elle n’avait certainement pas l’intention de collaborer avec Washington.
Deux versions. Deux réalités. D’un côté, la Maison-Blanche qui affirme avoir négocié une transition en douceur avec la vice-présidente vénézuélienne. De l’autre, cette même vice-présidente qui apparaît à la télévision pour exiger la libération de Maduro et nier toute coopération. Quelqu’un ment. Ou peut-être que personne ne ment vraiment — peut-être que nous assistons simplement à une situation tellement chaotique, tellement sans précédent, que même les principaux acteurs ne savent plus exactement ce qui se passe. C’est peut-être ça, le plus effrayant.
Le mystère de sa localisation
Pour ajouter à la confusion, des rapports contradictoires ont émergé concernant la localisation même de Delcy Rodriguez au moment des frappes. Plusieurs sources ont affirmé à l’agence Reuters qu’elle se trouvait en Russie lorsque les États-Unis ont frappé Caracas. L’agence de presse russe TASS a nié ces informations. Puis Rodriguez est apparue à la télévision vénézuélienne, apparemment depuis Caracas. Était-elle partie et revenue ? N’avait-elle jamais quitté le pays ? Ou les sources de Reuters se trompaient-elles complètement ? Le brouillard de guerre, comme on dit, est épais. Très épais. Et dans ce brouillard, chaque camp avance ses pions, construit son narratif, tente de prendre l’avantage dans la bataille des perceptions.
Ce que nous savons avec certitude, c’est que Rodriguez détient une position centrale dans l’appareil d’État vénézuélien. Âgée de 56 ans, née à Caracas le 18 mai 1969, elle est la fille de Jorge Antonio Rodriguez, un guérillero de gauche qui a fondé la Liga Socialista dans les années 1970 et qui est mort en prison en 1976. Sa fidélité au chavisme est inscrite dans son ADN familial, pourrait-on dire. Elle travaille en étroite collaboration avec son frère, Jorge Rodriguez, actuel président de l’Assemblée nationale. Maduro lui-même l’a décrite comme un « tigre » pour sa défense acharnée de son gouvernement. En août 2024, il lui a confié le portefeuille du pétrole en plus de ses fonctions de vice-présidente — un signe de confiance absolue.
Section 4 : les accusations américaines contre Maduro
Un acte d’accusation de narco-terrorisme
Pour justifier cette opération sans précédent, l’administration Trump s’appuie sur un acte d’accusation émis en mars 2020, lors du premier mandat de Trump, par le tribunal fédéral du District Sud de New York. Les charges sont lourdes, terrifiantes même : conspiration de narco-terrorisme, conspiration pour l’importation de cocaïne, possession d’armes automatiques et d’engins destructeurs. Selon les procureurs fédéraux, Maduro serait « à l’avant-garde de la corruption » et aurait utilisé « son autorité obtenue illégalement et les institutions qu’il a corrompues pour transporter des milliers de tonnes de cocaïne vers les États-Unis ». L’acte d’accusation allègue également que Maduro et d’autres membres du gouvernement vénézuélien ont vendu des passeports, fourni une protection et facilité la vente et le transport de centaines de tonnes de drogues illégales à travers leurs ports.
La procureure générale Pam Bondi a déclaré que Maduro « ferait face à toute la fureur » du système judiciaire américain. Dans le nouvel acte d’accusation, dévoilé samedi, les procureurs allèguent que Maduro dirigeait des « gangs parrainés par l’État » et facilitait le trafic de drogue dans le pays. L’accusé risque des décennies de prison si reconnu coupable. Trump, lui, a affirmé avoir vu les preuves rassemblées contre Maduro et les a qualifiées d’« horribles et à couper le souffle ». « Que quelque chose comme cela ait pu se produire pendant de nombreuses années après l’expiration de son mandat de président du Venezuela », a-t-il dit, faisant référence à l’élection contestée de 2024 que Maduro a revendiquée malgré des preuves accablantes de sa défaite. Maduro devrait comparaître devant un tribunal new-yorkais dès lundi.
Les accusations sont graves. Extrêmement graves. Si elles sont vraies, Maduro serait l’un des plus grands narcotrafiquants de l’histoire contemporaine, un homme qui a transformé un État-nation en cartel. Mais voilà : ces accusations existent depuis 2020. Six ans. Six ans pendant lesquels Maduro a continué à gouverner, à voyager, à rencontrer d’autres chefs d’État. Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette nuit précisément ? Et surtout : depuis quand les États-Unis ont-ils le droit d’arrêter des chefs d’État étrangers sur leur propre territoire ? La question juridique est vertigineuse. La question morale l’est tout autant.
Les mois d’escalade qui ont précédé
Cette opération ne surgit pas du néant. Elle est l’aboutissement de mois d’escalade entre Washington et Caracas. Depuis la fin de l’été, les États-Unis ont déployé la plus importante flotte navale dans les Caraïbes depuis des décennies — des porte-avions, des navires de guerre, une armada entière positionnée aux portes du Venezuela. L’administration Trump a multiplié les frappes sur des embarcations accusées de transporter de la drogue vers les États-Unis. Au moins 115 personnes ont été tuées dans au moins 35 frappes connues sur ces navires. Fin décembre, Trump a annoncé un blocus de tous les pétroliers « sanctionnés » entrant et sortant du Venezuela. Il y a quelques jours encore, la marine américaine a saisi deux pétroliers au large des côtes vénézuéliennes.
Et puis il y a eu cette révélation troublante : en octobre, Trump a confirmé avoir autorisé une action secrète de la CIA au Venezuela. La semaine dernière, une frappe de drone attribuée à la CIA a touché une zone de mouillage présumée être utilisée par des cartels vénézuéliens — la première opération américaine connue sur le sol vénézuélien depuis le début de la campagne de frappes en septembre. Interrogé le mois dernier sur une possible guerre avec le Venezuela, Trump avait répondu : « Je n’exclus rien. » La veille de sa capture, Maduro avait tenté un geste d’apaisement. Dans une interview à la télévision d’État, il s’était dit ouvert à des négociations avec les États-Unis pour combattre le trafic de drogue. « Le gouvernement américain sait, parce que nous l’avons dit à beaucoup de leurs porte-parole, que s’ils veulent discuter sérieusement d’un accord pour combattre le trafic de drogue, nous sommes prêts », avait-il déclaré. Vingt-quatre heures plus tard, il était capturé.
Section 5 : la réaction du gouvernement vénézuélien
Le ministre de la Défense appelle à la mobilisation
Face à cette agression sans précédent, le gouvernement vénézuélien a réagi avec véhémence. Le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, est apparu dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, flanqué d’officiers militaires. Son message était clair : le Venezuela ne se rendrait pas. Il a annoncé un « déploiement massif de toutes les capacités terrestres, aériennes, navales, fluviales et de missiles » pour une « défense globale » du pays. Ses mots étaient durs, tranchants. Il a accusé les forces américaines d’avoir « profané le sol » vénézuélien et d’avoir frappé, « à l’aide de missiles et de roquettes tirés depuis leurs hélicoptères de combat, des zones résidentielles peuplées de civils ». Des allégations que Washington n’a ni confirmées ni démenties.
Le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello — l’un des hommes les plus puissants du régime chaviste —, est lui aussi apparu devant les caméras, entouré de policiers. Son message : le gouvernement vénézuélien ne se laissera pas intimider. « Nous ne serons pas intimidés », a-t-il déclaré. La télévision d’État a diffusé en boucle des images de soldats prenant position autour du palais présidentiel de Miraflores, de barrages routiers érigés dans la capitale, de checkpoints installés à travers la ville. Caracas est calme, selon les témoins sur place, mais c’est un calme tendu, électrique, celui qui précède parfois les tempêtes. Les habitants restent chez eux. Les rues sont désertées. Personne ne sait ce qui va se passer ensuite.
Il y a quelque chose d’à la fois pathétique et admirable dans cette résistance vénézuélienne. Pathétique parce que face à la puissance de feu américaine, que peuvent réellement faire les forces armées du Venezuela ? Admirable parce que malgré tout, ils refusent de se coucher. Ils refusent d’accepter ce qu’on leur impose. Je ne suis pas naïf — le régime de Maduro n’est pas un gouvernement de saints. Loin de là. Mais il y a dans cette défiance quelque chose qui parle à quelque chose de profond en nous. Le refus de l’humiliation. Le refus de la soumission. Même face à l’inévitable.
Le ministre des Affaires étrangères demande une réunion d’urgence à l’ONU
Sur le front diplomatique, Caracas a immédiatement porté l’affaire devant la communauté internationale. Le ministre des Affaires étrangères, Yvan Gil, a exigé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies. « Face à l’agression criminelle commise par le gouvernement américain contre notre patrie, nous avons demandé une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui est responsable du maintien du droit international », a-t-il écrit sur Telegram. L’ironie, bien sûr, c’est que les États-Unis disposent d’un droit de veto au Conseil de sécurité. Toute résolution condamnant leur action sera automatiquement bloquée. Le Venezuela le sait. Mais l’exercice n’est pas vain pour autant — il s’agit de marquer les esprits, de documenter ce qui s’est passé, de créer un précédent diplomatique.
Gil a également affirmé que Maduro restait « aux commandes » du pays, contredisant directement les affirmations américaines selon lesquelles le président avait été capturé et que Rodriguez avait pris le relais. Cette guerre des narratifs est peut-être aussi importante que la guerre militaire elle-même. Qui contrôle le Venezuela ? Qui dirige le pays ? Qui a le droit de parler en son nom ? Ces questions, qui semblaient avoir des réponses évidentes il y a encore quelques heures, sont désormais au cœur d’une bataille féroce. Une bataille où la vérité elle-même est devenue un territoire contesté, où chaque camp avance sa version des faits comme s’il s’agissait de munitions.
Section 6 : les réactions internationales
Moscou et Téhéran condamnent fermement
Sans surprise, les alliés traditionnels du Venezuela ont réagi avec fureur. La Russie a qualifié l’intervention américaine d’« acte d’agression armée » dans un communiqué publié sur Telegram par le ministère des Affaires étrangères. « Le Venezuela doit se voir garantir le droit de déterminer son propre destin sans aucune intervention extérieure destructrice, et encore moins militaire », indique le communiqué. L’Iran, autre allié proche de Caracas, a été tout aussi virulent. Le ministère iranien des Affaires étrangères a « condamné fermement l’attaque militaire américaine contre le Venezuela et la violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays ». Des mots forts, mais qui ne changeront probablement pas grand-chose à la réalité sur le terrain.
Ces réactions ne sont pas anodines. La Russie et l’Iran entretiennent des relations stratégiques étroites avec le Venezuela depuis des décennies. Moscou a compté sur le soutien de Téhéran dans sa guerre contre l’Ukraine, notamment pour l’approvisionnement en drones. Les pétroliers iraniens ont livré de l’essence au Venezuela pendant les pénuries de carburant causées par l’effondrement économique et les sanctions américaines. Ces trois pays forment une sorte d’axe anti-occidental, unis par leur opposition commune à l’hégémonie américaine. L’attaque contre le Venezuela est donc vécue à Moscou et à Téhéran comme une attaque contre eux-mêmes — une démonstration de force américaine qui pourrait, demain, viser d’autres cibles.
Le jeu des alliances. Toujours le jeu des alliances. Derrière chaque conflit local se cache un affrontement global. Le Venezuela n’est pas seulement le Venezuela — c’est une pièce sur l’échiquier géopolitique mondial. Une pièce que la Russie et l’Iran ne veulent pas perdre. Une pièce que les États-Unis viennent de saisir de force. Je me demande ce que Poutine pense ce soir, alors qu’il regarde les images de Caracas en flammes. Je me demande s’il se sent concerné. S’il se sent menacé. S’il se dit que si Washington peut faire ça au Venezuela, il peut le faire n’importe où.
L’Europe et les alliés américains sur la réserve
Plus prudents, les alliés traditionnels des États-Unis ont adopté un ton mesuré. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a appelé à la « retenue » après une conversation avec des responsables à Washington. « J’ai parlé avec le secrétaire d’État Marco Rubio et notre ambassadeur à Caracas. L’UE suit de près la situation au Venezuela », a-t-elle écrit sur X. Et elle a ajouté ces mots qui résonnent comme un avertissement discret : « Le droit international doit être respecté en toutes circonstances. » Le Premier ministre britannique Keir Starmer a été encore plus prudent. Il a déclaré vouloir « établir les faits » et parler à Trump de l’opération militaire. « Je dis toujours et je crois que nous devons tous respecter le droit international », a-t-il déclaré, précisant que le Royaume-Uni n’était « impliqué d’aucune manière » dans la frappe sur Caracas.
Ces réactions en demi-teinte révèlent le malaise profond des alliés occidentaux face à l’action américaine. D’un côté, Maduro n’a pas beaucoup d’amis en Europe — son régime est accusé de violations massives des droits de l’homme, de fraude électorale, de corruption endémique. De l’autre, l’idée qu’une puissance étrangère puisse capturer un chef d’État sur son propre territoire, sans mandat international, sans autorisation du Conseil de sécurité, crée un précédent dangereux. Si les États-Unis peuvent le faire au Venezuela, qu’est-ce qui les empêcherait de le faire ailleurs ? C’est cette question, non dite mais omniprésente, qui explique la retenue des capitales européennes.
Section 7 : la Colombie mobilise ses troupes
Petro déploie l’armée à la frontière
La réaction la plus significative en Amérique latine est venue de Colombie. Le président Gustavo Petro, l’un des plus proches alliés régionaux de Maduro, a annoncé le déploiement de forces militaires à la frontière vénézuélienne. Dans un message posté sur X, Petro a qualifié l’action de Washington d’« atteinte à la souveraineté » de l’Amérique latine et a prévenu qu’elle entraînerait une crise humanitaire. Le ministre colombien de la Défense, Pedro Sanchez, a déclaré que les forces de sécurité avaient activé « toutes les capacités » pour prévenir « toute tentative d’attaque terroriste » à la frontière par des groupes illégaux comme l’Armée de libération nationale (ELN), la guérilla qui opère des deux côtés de la frontière colombo-vénézuélienne.
Cette décision n’est pas anodine. La frontière entre la Colombie et le Venezuela s’étend sur plus de 2 200 kilomètres, traversant des zones montagneuses, des forêts tropicales, des régions isolées où l’autorité de l’État est souvent inexistante. Des millions de Vénézuéliens ont déjà fui leur pays ces dernières années, fuyant la crise économique et politique. Le chaos actuel pourrait déclencher une nouvelle vague migratoire massive. Et puis il y a les groupes armés — les cartels de la drogue, les dissidents des FARC, l’ELN — qui pourraient profiter de l’instabilité pour étendre leurs opérations. La Colombie se prépare au pire. Petro, lui, reste silencieux sur la capture de son allié. Il n’a pas mentionné Maduro dans son communiqué. Un silence qui en dit peut-être plus long que tous les discours.
Petro marche sur des œufs. D’un côté, Maduro est son allié, son ami, son camarade idéologique. De l’autre, la Colombie dépend des États-Unis pour tant de choses — aide économique, coopération militaire, lutte contre les cartels. Comment critiquer Washington tout en gardant ses bonnes grâces ? Comment défendre un principe — la souveraineté nationale — sans défendre explicitement l’homme qui l’incarnait ? C’est l’équation impossible que Petro essaie de résoudre ce soir. Une équation qui n’a probablement pas de solution satisfaisante.
Les craintes d’une crise humanitaire
Les organisations humanitaires tirent déjà la sonnette d’alarme. Avant même cette intervention, le Venezuela était en proie à l’une des pires crises humanitaires de l’histoire récente de l’Amérique latine. L’hyperinflation a détruit l’économie. Les pénuries de nourriture et de médicaments sont chroniques. Plus de sept millions de Vénézuéliens ont fui le pays depuis 2015, selon les chiffres des Nations Unies. Que va-t-il se passer maintenant ? Combien de personnes vont prendre la route, terrifées par l’incertitude, par la perspective d’affrontements, par la simple peur de l’inconnu ? Les pays voisins — la Colombie, le Brésil, le Pérou, l’Équateur — sont-ils prêts à accueillir une nouvelle vague de réfugiés ?
Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré que António Guterres était « profondément alarmé par la récente escalade au Venezuela » et que l’opération militaire américaine avait des « implications préoccupantes potentielles pour la région ». Des mots diplomatiques, mesurés, presque euphémistiques face à l’ampleur de ce qui se joue. Car ce qui se joue, c’est peut-être la stabilité de toute une région. Le Venezuela n’est pas une île isolée — c’est un pays de 30 millions d’habitants, assis sur les plus grandes réserves de pétrole du monde, voisin de la Colombie et du Brésil, à quelques encablures des Caraïbes. Chaque onde de choc qui part de Caracas se propage bien au-delà de ses frontières.
Section 8 : le pétrole au cœur des enjeux
Les réserves les plus importantes du monde
Trump n’a pas caché ses intentions concernant le pétrole vénézuélien. C’était même l’un des points centraux de sa conférence de presse. « Nous allons faire venir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus grandes au monde, dépenser des milliards de dollars, réparer l’infrastructure pétrolière gravement endommagée, et commencer à faire de l’argent pour le pays », a-t-il déclaré. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde — environ 300 milliards de barils, devant l’Arabie saoudite. Mais des années de mauvaise gestion, de corruption et de sanctions ont fait s’effondrer la production. Un pays qui pompait autrefois plus de 3 millions de barils par jour n’en produit plus qu’une fraction.
Pour Trump, c’est une opportunité en or. Littéralement. « Ça ne va rien nous coûter, parce que l’argent qui sort du sol est considérable », a-t-il affirmé. « Nous allons extraire une quantité énorme de richesses du sol, et cette richesse ira au peuple du Venezuela, aux gens de l’extérieur du Venezuela qui étaient autrefois au Venezuela, et elle ira aussi aux États-Unis d’Amérique sous forme de remboursement pour les dommages causés par ce pays. » La formulation est révélatrice : le pétrole vénézuélien servira à « rembourser » les États-Unis. Pour quoi exactement ? Pour les dommages causés par le trafic de drogue, dit Trump. Mais pour beaucoup, cela ressemble à autre chose. À quelque chose de plus ancien. De plus colonial.
Le pétrole. Toujours le pétrole. On peut habiller cette intervention de tous les prétextes qu’on veut — la lutte contre le narco-terrorisme, la restauration de la démocratie, la protection du peuple vénézuélien. Mais au fond, derrière les discours et les justifications morales, il y a ces 300 milliards de barils qui dorment sous le sol vénézuélien. Il y a cette richesse colossale que les compagnies américaines rêvent d’exploiter depuis des décennies. Je ne dis pas que Maduro était un saint. Je ne dis pas que le Venezuela n’avait pas besoin de changement. Je dis simplement que les motivations de cette intervention sont peut-être moins nobles qu’on veut nous le faire croire.
L’économie vénézuélienne en ruine
L’état de l’économie vénézuélienne est catastrofique. Des années de politiques socialistes mal gérées, de corruption systémique et de sanctions américaines ont transformé ce qui était autrefois le pays le plus riche d’Amérique du Sud en un cas d’école de l’effondrement économique. L’hyperinflation a atteint des sommets vertigineux — le bolivar, la monnaie nationale, ne vaut pratiquement plus rien. Les rayons des supermarchés sont vides. Les hopitaux manquent de médicaments essentiels. Les coupures d’électricité sont quotidiennes. Les gens font la queue pendant des heures pour un peu de pain, un peu d’essence, un peu d’espoir. Dans ce contexte, l’idée que les États-Unis vont « réparer » l’économie vénézuélienne peut sembler séduisante pour certains.
Mais à quel prix ? Et au profit de qui ? C’est la question que se posent beaucoup d’observateurs. Les compagnies pétrolières américaines qui vont débarquer au Venezuela ne sont pas des œuvres de charité. Elles viennent pour faire des profits. Des profits considérables. Et dans l’histoire des interventions américaines en Amérique latine, ce sont rarement les populations locales qui ont bénéficié de la manne. Le Honduras, le Guatemala, le Chili, le Panama — autant de pays où l’intervention américaine a profité aux élites locales et aux entreprises étrangères, tandis que les masses continuaient à croupir dans la pauvreté. Le Venezuela sera-t-il différent ? Trump l’affirme. L’histoire suggère le contraire.
Section 9 : l'opposition vénézuélienne réagit
Maria Corina Machado célèbre
Du côté de l’opposition vénézuélienne, la réaction a été tout autre. Maria Corina Machado, figure emblématique de l’opposition à Maduro et lauréate du prix Nobel de la paix 2025, a accueilli la nouvelle avec enthousiasme. « Vénézuéliens, l’heure de la liberté a sonné », a-t-elle écrit dans un communiqué publié après les frappes. Pour Machado et des millions de Vénézuéliens qui ont fui le pays ou qui ont souffert sous le régime chaviste, la capture de Maduro représente la fin d’un cauchemar. La fin de décennies d’autoritarisme, de répression, de misère. C’est du moins ce qu’ils espèrent. Car rien n’est encore joué. Le chaos qui règne actuellement au Venezuela pourrait tout aussi bien déboucher sur une transition démocratique que sur une nouvelle forme de dictature.
L’opposition vénézuélienne est diverse, fractionnée, parfois contradictoire. Elle comprend des libéraux, des sociaux-démocrates, des conservateurs, des figures de la société civile. Certains soutiennent inconditionnellement l’intervention américaine. D’autres sont plus ambivalents, accueillant la chute de Maduro tout en s’inquiétant des méthodes employées et de ce qui viendra après. Car si les États-Unis vont « diriger » le Venezuela pendant une période indéterminée, quelle sera la place de l’opposition vénézuélienne dans ce processus ? Sera-t-elle consultée ? Aura-t-elle son mot à dire sur la transition ? Ou sera-t-elle reléguée au rôle de figurant dans une pièce écrite à Washington ?
Je comprends la joie de Maria Corina Machado. Vraiment. Quand on a passé des années à lutter contre un régime qui vous emprisonne, qui vous menace, qui fait disparaître vos amis et vos collègues, la chute de ce régime ressemble à une libération. Mais je ne peux m’empêcher de penser à l’Irak en 2003. À la Libye en 2011. À tous ces pays où le renversement d’un dictateur a été suivi non pas par la démocratie et la prospérité promises, mais par le chaos, la violence, l’effondrement. Le Venezuela sera-t-il différent ? J’espère que oui. Mais l’espoir n’est pas un plan.
La communauté vénézuélienne à Miami célèbre dans la rue
À Miami, la plus grande communauté vénézuélienne aux États-Unis est descendue dans les rues pour célébrer. Des images montrent des foules brandissant des drapeaux vénézuéliens, chantant, dansant, pleurant de joie. Pour ces exilés qui ont fui leur pays — certains il y a des décennies, d’autres récemment —, la capture de Maduro représente l’espoir d’un retour. L’espoir de retrouver un pays qu’ils ont dû quitter contre leur gré. L’espoir que leurs enfants, nés sur le sol américain, pourront un jour connaître la terre de leurs ancêtres autrement qu’à travers des histoires et des photos jaunies. C’est une émotion puissante, viscérale, qui transcende les considérations géopolitiques et les analyses froides des experts.
Mais tous les Vénézuéliens de l’étranger ne partagent pas cet enthousiasme. Certains s’inquiètent de ce qui va suivre. D’autres critiquent la méthode employée par les États-Unis, estimant qu’une intervention militaire n’est pas la bonne façon de résoudre les problèmes du Venezuela. D’autres encore, bien que minoritaires dans la diaspora, restent fidèles à Maduro et voient dans cette opération une agression impérialiste contre un gouvernement légitime. La communauté vénézuélienne, comme le pays lui-même, est divisée. Profondément. Et cette division ne disparaîtra pas avec la capture de Maduro. Elle pourrait même s’aggraver dans les mois et les années à venir, alors que le Venezuela tentera de se reconstruire — ou de survivre à ce qui vient de lui arriver.
Section 10 : le débat constitutionnel fait rage aux États-Unis
Les démocrates dénoncent une action illégale
Aux États-Unis, l’opération a immédiatement déclenché une tempête politique. Les démocrates au Congrès ont vivement critiqué l’administration Trump pour avoir lancé des frappes sans autorisation préalable du Congrès. Le représentant Jim Himes, démocrate du Connecticut et plus haut gradé démocrate à la commission du renseignement de la Chambre, a été catégorique : « Maduro est un dirigeant illégitime, mais je n’ai vu aucune preuve que sa présidence constitue une menace qui justifierait une action militaire sans autorisation du Congrès. » Le sénateur Andy Kim, démocrate du New Jersey, a renchéri : « Trump a rejeté notre processus d’approbation constitutionnellement requis pour les conflits armés parce que l’administration sait que le peuple américain rejette massivement les risques d’entraîner notre nation dans une nouvelle guerre. »
Le représentant Jim McGovern, démocrate du Massachusetts, a été encore plus direct dans un post sur X : « Sans autorisation du Congrès, et avec la grande majorité des Américains opposés à une action militaire, Trump vient de lancer une frappe injustifiée et illégale contre le Venezuela. » Son collègue Jerry Nadler, démocrate de New York, a qualifié l’opération de « complètement illégale et inconstitutionnelle ». « Sa justification apparente de ces actes comme une simple action d’application de la loi est risible et ignore la réalité du changement de régime qu’il vient de mener sans autorisation du Congrès », a-t-il écrit. « Cet abus grave de pouvoir a mis des soldats américains en danger et menace un conflit plus large dans la région. »
La question constitutionnelle est fondamentale. La Constitution américaine donne au Congrès — et au Congrès seul — le pouvoir de déclarer la guerre. C’est un principe fondamental de la République américaine, conçu par les Pères fondateurs pour empêcher qu’un seul homme puisse engager la nation dans un conflit armé sur un coup de tête. Mais depuis des décennies, les présidents américains ont contourné cette restriction, invoquant des pouvoirs exécutifs étendus, des résolutions du Congrès vieilles de plusieurs décennies, ou simplement le fait accompli. Trump n’est pas le premier à le faire. Mais il est peut-être celui qui va le plus loin.
Les républicains défendent le président
Du côté républicain, c’est le soutien unanime — ou presque — à l’action présidentielle. Le président de la Chambre, Mike Johnson, républicain de Louisiane, a écrit sur X : « L’action militaire d’aujourd’hui au Venezuela était une opération décisive et justifiée qui protégera des vies américaines. » Marco Rubio, lors de la conférence de presse à Mar-a-Lago, a défendu la décision de ne pas informer le Congrès : « Ce n’est pas le genre de mission pour laquelle on fait une notification au Congrès. Pour une mission basée sur des conditions qui devaient être réunies nuit après nuit, nous les avons surveillées pendant plusieurs jours. Ce n’est simplement pas le genre de mission où on peut appeler les gens et dire : « Hé, nous pourrions faire ça à un moment donné dans les 15 prochains jours. » »
Trump lui-même a été sans ambiguïté sur la raison pour laquelle le Congrès n’a pas été informé : « Le Congrès a tendance à fuiter. Ce ne serait pas bon s’ils fuitaient. » Une justification qui en dit long sur la relation entre l’exécutif et le législatif dans l’Amérique de Trump. Lors de son interview avec Fox News, le président a balayé les critiques démocrates d’un revers de main : « Des gens faibles et stupides », a-t-il dit. « En ce qui concerne la nuit dernière, c’était vraiment du génie. Ce qu’ils ont fait est du génie, et les démocrates, peut-être qu’ils vont essayer, vous savez ? Ils vont essayer. Tout ce qu’ils font, c’est se plaindre. » Le chef de la majorité au Sénat, John Thune, républicain du Dakota du Sud, a indiqué avoir parlé avec Rubio et attendre des briefings plus détaillés lorsque le Sénat reprendra ses travaux la semaine prochaine.
Section 11 : et Cuba dans tout ça ?
Trump évoque une situation « similaire »
Vers la fin de sa conférence de presse, Trump a fait une déclaration qui a glacé le sang de beaucoup d’observateurs. Interrogé sur Cuba, il a répondu : « Cuba est un cas intéressant. Cuba, vous savez, ne va pas très bien en ce moment. Ce système n’a pas été très bon pour Cuba. Le peuple là-bas a souffert pendant de nombreuses années. » Puis il a ajouté : « Je pense que Cuba va être quelque chose dont nous finirons par parler, parce que Cuba est une nation en échec en ce moment, une nation en très mauvais échec, et nous voulons aider le peuple. C’est très similaire dans le sens où nous voulons aider le peuple à Cuba. » Les mots « très similaire » ont résonné comme un avertissement. Un présage de ce qui pourrait venir.
Cuba, comme le Venezuela, est dirigé par un gouvernement socialiste que Washington considère comme illégitime. Cuba, comme le Venezuela, est un allié de la Russie et de l’Iran. Cuba, comme le Venezuela, est accusé par les États-Unis de violer les droits de l’homme et de réprimer son peuple. Si Trump a pu justifier une intervention militaire au Venezuela au nom de la lutte contre le narco-terrorisme, quels prétextes pourrait-il invoquer pour Cuba ? Le terrorisme ? Les droits de l’homme ? La simple volonté d’« aider le peuple » ? Les possibilités sont infinies. Et pour les 11 millions de Cubains qui vivent sur l’île, les déclarations de Trump ne peuvent qu’accroître l’angoisse face à l’avenir.
« Très similaire. » Deux mots qui en disent tellement. Deux mots qui suggèrent que ce qui vient de se passer au Venezuela n’est peut-être que le début de quelque chose de plus grand. D’une nouvelle ère d’interventionnisme américain en Amérique latine. D’un retour à la politique des canonnières du XIXe siècle. Je ne sais pas si Trump va vraiment s’en prendre à Cuba. Je ne sais pas s’il en a l’intention ou s’il s’agit simplement de rhétorique. Mais le simple fait qu’il puisse le dire, ouvertement, devant les caméras du monde entier, après avoir capturé un président étranger quelques heures plus tôt, en dit long sur le monde dans lequel nous vivons désormais.
L’Amérique latine retient son souffle
À travers l’Amérique latine, les gouvernements observent la situation avec un mélange de fascination et de terreur. Le Nicaragua de Daniel Ortega, allié proche de Maduro et de Cuba, doit se sentir particulièrement vulnérable ce soir. Le Mexique, malgré sa relation complexe avec Washington, ne peut qu’être inquiet de voir la superpuissance voisine capturer des chefs d’État dans l’hémisphère. Le Brésil de Lula, qui entretient des relations étroites avec le Venezuela tout en maintenant des liens avec les États-Unis, se retrouve dans une position délicate. Aucun de ces gouvernements n’a encore réagi officiellement. Mais dans les couloirs des palais présidentiels de Mexico à Buenos Aires, de Lima à Brasilia, les conversations doivent être intenses ce soir.
La doctrine Monroe, dont Trump s’est réclamé avec fierté, affirmait en 1823 que les États-Unis considéraient toute intervention européenne dans les affaires de l’hémisphère occidental comme un acte hostile. Mais au fil des décennies, cette doctrine a été détournée pour justifier les interventions américaines elles-mêmes en Amérique latine — de la « guerre des bananes » au début du XXe siècle aux coups d’État soutenus par la CIA pendant la guerre froide. Pour beaucoup de Latino-Américains, la doctrine Monroe est synonyme d’impérialisme, de domination, d’humiliation. Et voilà que Trump la ressuscite, la rebaptise même de son propre nom. La « doctrine Donroe ». L’histoire a parfois un sens de l’ironie particulièrement cruel.
Conclusion : un monde qui ne sera plus jamais le même
Les questions sans réponse
Alors que la poussière retombe sur Caracas — littéralement et figurativement —, les questions s’accumulent. Qui dirige le Venezuela en ce moment ? Trump affirme que Delcy Rodriguez a été assermentée et coopère avec Washington. Rodriguez elle-même affirme que Maduro reste le seul président légitime et exige sa libération. Le ministre de la Défense appelle à la résistance. Le ministre de l’Intérieur promet de ne pas céder. Que va-t-il se passer ensuite ? Les États-Unis vont-ils vraiment « diriger » le Venezuela ? Pour combien de temps ? Avec quels moyens ? Avec quelles troupes ? Trump a dit qu’il n’avait pas peur de « mettre des bottes sur le terrain ». Combien de soldats américains ? Pour faire quoi exactement ?
Et puis il y a les questions plus larges, plus fondamentales. Ce qui vient de se passer est-il légal ? Selon le droit international, l’invasion d’un pays souverain sans autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU est illégale. Mais les États-Unis ont-ils jamais vraiment respecté le droit international quand il s’agissait de leurs intérêts en Amérique latine ? Ce qui vient de se passer est-il moralement justifiable ? Maduro était-il un dictateur brutal qui méritait d’être renversé ? Ou un chef d’État légitime qui a été kidnappé par une puissance étrangère ? La réponse dépend probablement de qui vous êtes, d’où vous venez, de ce que vous avez vécu. Il n’y a pas de vérité simple dans cette affaire. Seulement des perspectives. Des intérêts. Des récits concurrents.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. Un mélange de stupéfaction, d’inquiétude et, je dois l’avouer, d’une certaine fascination morbide devant l’audace de ce qui vient de se produire. Un président américain a ordonné la capture d’un président étranger. Il a réussi. Il a annoncé qu’il allait « diriger » ce pays. Et la vice-présidente de ce pays est apparue à la télévision pour dire que tout cela était faux, que rien n’avait changé, que son président restait son président. Nous vivons dans un monde où deux réalités contradictoires coexistent. Où la vérité elle-même est devenue un champ de bataille. Je ne sais pas comment tout cela va se terminer. Personne ne le sait. Mais une chose est certaine : le 3 janvier 2026, le monde a changé. Et il ne reviendra pas en arrière.
Sources
Sources primaires
NBC News : « Trump says U.S. will govern Venezuela until there’s a ‘proper transition’: ‘We are going to run the country’ », 3 janvier 2026. Euronews : « Live – US strikes Venezuela and says Maduro ‘captured’ », 3 janvier 2026. CNN : « Live updates: Maduro, wife arrive in New York after being captured in Venezuela », 3 janvier 2026. Reuters : « Who Is Delcy Rodriguez, the Vice President That Trump Says Replaced Maduro? », 3 janvier 2026.
Sources secondaires
NPR : « ‘We are going to run the country,’ Trump says after strike on Venezuela », 3 janvier 2026. Bloomberg : « Venezuelan VP Calls for Maduro’s Return, Defying Claim From Trump », 3 janvier 2026. Al Jazeera : « United States will run Venezuela until ‘safe transition’ of power: Trump », 3 janvier 2026. CBS News : « U.S. strikes Venezuela and captures Maduro; Trump says ‘we’re going to run the country’ for now », 3 janvier 2026. ABC News : « US captures Maduro, carries out ‘large scale strike’ in Venezuela: Trump », 3 janvier 2026. France 24 : « Venezuelan VP Rodriguez’s speech contradicts Trump’s claims », 3 janvier 2026.
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