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Washington lâche du lest sur le pétrole russe en Serbie, mais le compte à rebours est lancé
Crédit: Adobe Stock

Neuf mois de sursis avant le coup fatal

L’histoire des sanctions américaines contre NIS ne commence pas en octobre 2025. Elle s’étire sur neuf longs mois de reports, de négociations, de faux espoirs et de vraies angoisses. Dès janvier 2025, Washington avait mis Belgrade en garde : les entreprises russes devaient sortir du capital de NIS, sinon les sanctions tomberaient. Mais mois après mois, l’échéance était repoussée. Février, mars, avril… Les autorités serbes négociaient, promettaient, cherchaient des solutions. Moscou aussi, officiellement du moins, était censé chercher des acheteurs pour ses 56% de parts dans la compagnie pétrolière. Mais rien ne bougeait vraiment. Ou pas assez vite au goût de Washington. Le 9 octobre 2025, la patience américaine a atteint ses limites. L’OFAC a inscrit NIS sur sa liste noire, déclenchant un mécanisme implacable. Les banques internationales ont coupé les ponts. Les fournisseurs de pétrole brut ont cessé leurs livraisons. L’opérateur croate d’oléoducs Janaf, qui acheminait le précieux liquide jusqu’à Pancevo, a fermé les vannes. Du jour au lendemain, la raffinerie s’est retrouvée à sec, incapable de fonctionner, condamnée à l’arrêt. Pour un pays comme la Serbie, dépendant à 80% de cette unique raffinerie pour son approvisionnement en essence, diesel et autres produits pétroliers, c’était une catastrophe annoncée.

Les conséquences économiques ne se sont pas fait attendre. Début décembre, quand la production s’est arrêtée, Belgrade a dû activer son plan d’urgence. Puiser dans les réserves stratégiques, ces stocks précieux qu’on garde normalement pour les vraies crises. Négocier des importations d’urgence avec les pays voisins. La Hongrie, dirigée par Viktor Orban, cet autre allié controversé de Moscou au sein de l’Union européenne, a volé au secours de la Serbie en augmentant ses livraisons de pétrole. Mais à quel prix? Et pour combien de temps? Les stations-service serbes ont commencé à rationner les ventes. Les prix ont grimpé. L’inquiétude s’est installée dans la population. NIS, ce n’est pas qu’une raffinerie. C’est un empire économique avec 13.500 employés, des stations-service dans tout le pays, des activités de distribution, d’exploration, de production. En 2024, l’entreprise a contribué à hauteur de plus de 2 milliards d’euros aux revenus de l’État serbe, soit près de 12% du budget national. Perdre NIS, c’était perdre bien plus qu’une raffinerie. C’était perdre un pilier de l’économie nationale, des milliers d’emplois, des milliards de revenus fiscaux. Le président Vucic l’a compris très vite : il fallait trouver une solution, et vite.

Ces neuf mois de sursis, c’était comme regarder un accident au ralenti. On savait que ça allait mal finir, mais on espérait quand même un miracle. Belgrade espérait, Moscou temporisait, Washington perdait patience. Et pendant ce temps, les employés de NIS se demandaient de quoi demain serait fait. Leurs salaires, leurs emplois, leur avenir — tout dépendait de négociations qui se déroulaient à des milliers de kilomètres, dans des bureaux climatisés où personne ne se souciait vraiment de leur sort. C’est ça aussi, la réalité des sanctions internationales. On parle de géopolitique, de rapports de force, de messages envoyés à Moscou. Mais derrière ces grands mots, il y a des vies concrètes, des familles qui dépendent d’un salaire, des communautés entières qui gravitent autour d’une raffinerie. Quand Washington appuie sur le bouton des sanctions, ce n’est pas Poutine qui souffre en premier. C’est l’ouvrier serbe qui travaille à Pancevo, c’est l’automobiliste qui fait la queue à la pompe, c’est le petit commerçant qui voit ses coûts de transport exploser.

L’ultimatum de Washington : sortie totale exigée

La licence temporaire accordée le 31 décembre 2025 n’est pas une capitulation américaine. Loin de là. C’est un ultimatum déguisé en cadeau de Nouvel An. Washington a été très clair dans ses conditions : les entreprises russes doivent sortir totalement du capital de NIS. Pas de demi-mesures, pas de compromis, pas de participation minoritaire qui permettrait à Moscou de garder un pied dans la porte. Une sortie complète, définitive, irréversible. Gazprom Neft et Intelligence doivent vendre leurs 56% de parts à des acheteurs non russes, approuvés par les autorités américaines. Et ils ont jusqu’au 23 janvier 2026 pour y parvenir. Trois semaines. Vingt-trois jours pour boucler une transaction qui implique des milliards d’euros, des négociations complexes, des due diligences, des approbations réglementaires. Autant dire mission quasi impossible. Mais Washington ne veut rien savoir. L’objectif est clair : couper tous les liens entre le secteur énergétique russe et les infrastructures stratégiques en Europe, même dans les pays qui ne font pas encore partie de l’Union européenne. La Serbie doit choisir son camp. Soit elle reste dans l’orbite russe et assume les conséquences économiques, soit elle coupe les ponts avec Moscou et se rapproche de l’Occident.

Cette exigence américaine met Belgrade dans une position extrêmement délicate. D’un côté, le pays aspire à rejoindre l’Union européenne. Les négociations d’adhésion sont en cours depuis des années. Bruxelles exige des réformes, de la transparence, un alignement progressif sur les positions de l’UE en matière de politique étrangère. De l’autre côté, la Serbie entretient des liens historiques, culturels et économiques profonds avec la Russie. Moscou fournit le gaz naturel qui chauffe les foyers serbes. Les entreprises russes ont massivement investi dans le pays. La population serbe, dans sa majorité, garde une sympathie pour la Russie, perçue comme un allié traditionnel face à l’Occident. Le président Vucic navigue depuis des années entre ces deux pôles, essayant de ménager la chèvre et le chou, de maintenir de bonnes relations avec tout le monde. Mais le dossier NIS montre les limites de cette stratégie d’équilibriste. On ne peut pas indéfiniment jouer sur tous les tableaux. À un moment, il faut choisir. Et ce moment est arrivé. Le 15 janvier 2026, Belgrade a fixé une deadline à Moscou : trouvez un acheteur pour vos parts dans NIS, ou nous prendrons les choses en main. Une semaine avant l’expiration de la licence américaine. Une semaine pour éviter le chaos.

Sources

Sources primaires

Le Figaro, « Washington accorde une licence temporaire à la compagnie pétrolière serbe NIS, contrôlée par Moscou », 31 décembre 2025. La Libre Belgique, « Les États-Unis accordent une licence temporaire à NIS, la compagnie pétrolière russe en Serbie », 31 décembre 2025. BFM Business, « Une raffinerie serbe, contrôlée par la Russie, obtient une licence d’exploitation sous condition des Etats-Unis », 31 décembre 2025. RTBF, « Washington accorde une licence temporaire à la compagnie pétrolière serbe NIS », 31 décembre 2025.

Sources secondaires

Connaissance des Énergies, « Autorisation temporaire de Washington pour la compagnie pétrolière serbe NIS contrôlée par la Russie », 31 décembre 2025. Agence Anadolu, « Serbie : NIS a obtenu une licence de l’OFAC l’autorisant à poursuivre ses activités jusqu’au 23 janvier », 31 décembre 2025. Reuters, « Serbia’s NIS gets US approval to resume production in its refinery », 1er janvier 2026. Balkan Green Energy News, « MOL in talks about possibility of purchasing stake in Serbian NIS », décembre 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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