99 bombardements dans une seule journée
Dans les secteurs du Nord Slobozhanshchyna et de Koursk, les forces russes ont mené 99 bombardements sur les positions des Forces armées ukrainiennes et les zones peuplées, dont une attaque par système de roquettes multiples. Ces bombardements incessants ont transformé cette région en un champ de bataille où chaque mètre de terrain est disputé avec une violence rare. Les troupes russes tentent de créer des zones tampon défensibles au nord de l’Ukraine le long de la frontière internationale, de repousser les forces ukrainiennes de la frontière avec l’oblast de Belgorod et d’approcher à portée de canon d’artillerie de la ville de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine avec ses 1.4 million d’habitants.
Les unités ukrainiennes ont repoussé huit attaques russes près de Vovchansk, Starytsia, Prylipky, Fyholivka, et en direction d’Izbytske et Kutkivka dans le secteur du Sud Slobozhanshchyna. Chaque victoire défensive se paie au prix fort. Chaque position maintenue coûte des vies. Chaque obus repoussé signifie des frères d’armes tombés dans des conditions qui défient l’imagination. La ville de Vovchansk, située à seulement quelques kilomètres de la frontière russe, subit une pression particulièrement intense. Selon le porte-parole du groupe tactique conjoint ukrainien, le colonel Viktor Trehubov, les forces russes ont repris les opérations de combat dans l’oblast de Kharkiv après une pause tactique et tentent de contourner Vovchansk pour prendre position à Vilcha et atteindre Vovchanski Khutory.
Ce qui me terrifie le plus dans cette guerre, c’est la banalisation progressive de l’horreur. Au début, chaque bombardement, chaque ville touchée faisait la une des journaux. On s’indignait, on manifestait, on parlait de sanctionner, d’aider. Aujourd’hui ? 99 bombardements dans une seule journée et ça ne fait même plus les gros titres. On est passé à autre chose. On s’est habitué. On s’est habitué à ce que des villes entières soient rasées. On s’est habitué à ce que des gens meurent par milliers. On s’est habitué à l’inacceptable. Et ça, c’est peut-être pire que la guerre elle-même. C’est la mort de notre humanité. Quand on ne réagit plus à l’horreur, quand elle devient juste une information parmi d’autres dans notre flux de nouvelles, c’est que quelque chose de fondamental s’est brisé en nous. Moi je ne veux pas m’habituer. Je veux que ça me fasse mal, toujours, chaque fois. Parce que c’est en gardant cette douleur vive qu’on reste humain. Le reste c’est de l’abêtissement programmé.
Kupiansk et Lyman : des noms gravés dans le sang
Dans le secteur de Kupiansk, trois attaques ennemies ont été enregistrées. Les défenseurs ukrainiens ont repoussé les opérations d’assaut russes près de Stepova Novoselivka, Pershotravneve, et en direction de Petropavlivka. L’objectif russe dans cette zone est de capturer le reste de l’oblast de Louhansk et de pousser vers l’ouest dans l’est de l’oblast de Kharkiv pour encercler le nord de l’oblast de Donetsk. Selon des informations recueillies sur le terrain, il resterait moins de 60 à 70 militaires russes à Kupiansk même, une ville qui symbolise l’acharnement des troupes de Moscou à prendre des positions stratégiques quel qu’en soit le prix humain.
Dans le secteur de Lyman, l’ennemi a attaqué dix fois, tentant de percer les défenses ukrainiennes près des localités de Novoselivka, Kolodiazne et Torske. Les forces russes tentent de contourner les positions ukrainiennes près de Lyman tout en essayant de s’infiltrer directement dans la ville. Trehubov note qu’il existe de nombreuses zones contestées de gris à l’intérieur et autour de Lyman qui compliquent la logistique ukrainienne. Cette situation de combat urbain asymétrique transforme chaque rue, chaque immeuble, chaque sous-sol en position fortifiée, en piège mortel où chaque mouvement peut signifier la mort.
Je m’arrête parfois et je regarde une carte de l’Ukraine. Je vois ces noms. Kupiansk. Lyman. Siversk. Des villes que je n’avais jamais entendues avant 2022. Des villes qui aujourd’hui font partie de notre vocabulaire commun comme autant de témoins muets d’une civilisation qui se détruit elle-même. Chaque fois que je prononce ces noms, je pense aux gens qui y vivaient. Aux familles qui y avaient élu domicile. Aux enfants qui y allaient à l’école. Aux couples qui s’y sont aimés. Tout ça n’existe plus. Ou alors n’existe que sous forme de ruines fumantes, de souvenirs évanescents, de photos jaunies dans des albums que l’on ne pourra peut-être plus jamais ouvrir. C’est ce genre de pensée qui me hante la nuit. La disparition programmée d’un patrimoine humain irremplaçable. Pas juste des bâtiments. Des vies. Des histoires. Des rêves. Tout ça réduit à néant par la folie d’un homme et de ses sbires. C’est la tragédie absolue.
Donetsk : le cœur noir du conflit
Sloviansk et Kramatorsk : deux villes sous le feu de l’enfer
Dans le secteur de Sloviansk, les forces de défense ukrainiennes ont repoussé six attaques russes près de Dronivka, Siversk et Sviato-Pokrovske. Dans le secteur de Kramatorsk, un seul affrontement a eu lieu près de la localité de Stupochky. Ces chiffres trompeurs ne doivent pas faire illusion. La menace qui plane sur ces deux villes majeures de l’Est de l’Ukraine est permanente, existentielle. Les troupes russes cherchent à capturer la totalité de l’oblast de Donetsk, le territoire revendiqué par les mandataires de la Russie dans le Donbass, et à avancer dans l’oblast de Dnipropetrovsk. Chaque kilomètre gagné par les Russes rapproche un peu plus ces villes de l’enfer.
L’administration militaire de la ville de Kramatorsk a rapporté que les forces russes ont frappé Kramatorsk avec des drones Molniya-2, endommageant des infrastructures résidentielles et blessant un civil. Les drones Molniya-2 sont des engins relativement nouveaux dans l’arsenal russe, capables de porter des charges explosives sur de moyennes distances avec une précision meurtrière. L’utilisation de ces armes contre des zones résidentielles ne relève pas de la guerre conventionnelle mais du terrorisme pur et simple. Cible délibérée de civils. Terreur calculée pour briser la volonté de résistance d’une population déjà éprouvée par plus de trois ans de guerre ininterrompue.
Vous savez ce qui me révolte le plus dans cette histoire ? Le calcul froid. La précision statistique. Les russes ne tirent pas au hasard. Ils calculent. Ils optimisent. Ils cherchent la meilleure façon de tuer le plus de gens possible avec le moins d’efforts. Les drones Molniya-2 c’est pas du bricolage. C’est de la technologie de pointe mise au service de la mort. Des ingénieurs ont passé des années à développer ces engins. Des physiciens ont calculé leurs trajectoires. Des financiers ont investi des milliards dans leur développement. Et tout ça pour quoi ? Pour tuer des civils dans des villes bombardées. Pour effrayer des gens qui n’ont plus rien à perdre. C’est l’absurdité même de notre civilisation qui met son génie scientifique au service de sa propre destruction. On pourrait tellement faire de belles choses avec toute cette intelligence. Guérir des maladies. Explorer l’espace. Créer de l’art. Non. On fabrique des machines à tuer. Et on s’étonne que le monde aille si mal.
Kostiantynivka : la zone tactique la plus instable
L’ennemi a mené 18 attaques près de Pleshchiivka, Oleksandro-Shultyne, Rusyn Yar, Yablunivka, et en direction de Sofiivka dans le secteur de Kostiantynivka. Cette zone tactique Kostiantynivka-Druzhkivka est particulièrement instable et dangereuse. Selon l’Institute for the Study of War, des images géolocalisées publiées le 4 janvier indiquent que les forces russes ont récemment avancé le long de l’autoroute H-20 Kostiantynivka-Druzhkivka au nord-est de Yablunivka. Cette avancée russe, bien que modérée dans son étendue territoriale, est significative sur le plan tactique car elle place les troupes de Moscou en position de menacer l’un des principaux axes de communication ukrainien dans la région.
Des images géolocalisées publiées le 4 janvier montrent également que les forces ukrainiennes opéraient au sud de Kostiantynivka, une zone où les sources russes avaient précédemment prétendu que les forces russes maintenaient une présence. Cette information contradictoire souligne la confusion qui règne sur le terrain, la difficulté d’établir des lignes de front claires dans un environnement urbain en ruines où chaque immeuble effondré, chaque rue bombardée devient une position tactique changeante selon l’heure et la météo.
Je pense souvent aux soldats ukrainiens qui tiennent ces positions. Dans le froid glacial de janvier. Dans des tranchées inondées de boue. Sans dormir correctement depuis des semaines. Avec l’odeur de la mort partout autour d’eux. Ils sont là, chaque jour, chaque nuit, à attendre l’attaque qui ne manquera pas de venir. Ils se battent pour nous. Pour que nous puissions continuer à vivre dans nos démocraties tièdes et sécurisées. Ils nous protègent de la barbarie en l’affrontant de front. Et qu’est-ce qu’on fait de notre côté ? On discute. On débat. On hésite. On tergiverse. Pendant qu’ils meurent pour que nous restions libres. Je trouve ça honteux. Pas pour eux. Pour nous. Pour notre incapacité collective à les aider vraiment. Pas juste des mots de soutien. Des moyens concrets. Immédiats. Massifs. Pour leur donner la possibilité de gagner cette guerre d’un coup. Pour leur épargner des mois, des années de souffrance inutile. On leur doit ça. Au minimum.
Pokrovsk : une bataille d'usure absolue
54 attaques repoussées en 24 heures
Dans le secteur de Pokrovsk, les défenseurs ukrainiens ont stoppé 54 actions d’assaut russes près de Shakhove, Nykanorivka, Rodynske, Myrnohrad, Pokrovsk, Kotlyne, Udachne, Molodetske, et en direction de Novopavlivka. Pokrovsk, ville d’environ 60000 habitants avant la guerre, est devenue l’un des principaux points de friction du front est ukrainien. Sa position stratégique, sa proximité avec d’autres centres urbains importants et ses infrastructures ferroviaires en font une cible prioritaire pour les forces russes qui cherchent à établir un corridor terrestre vers la Crimée et à sécuriser leur contrôle sur les territoires occupés de l’Est de l’Ukraine.
Les forces russes ont attaqué près et dans Pokrovsk même, au nord de Pokrovsk près de Rodynske et Bilytske, au nord-est de Pokrovsk près de Zatyshok, à l’est de Pokrovsk près de Myrnohrad, et au sud-ouest de Pokrovsk près de Kotlyne, Udachne et Molodetske. Un milblogueur russe a prétendu que les forces ukrainiennes avaient contre-attaqué à Pokrovsk, information qui n’a pas pu être confirmée de manière indépendante mais qui témoigne de l’intensité des combats dans cette zone. La caractéristique principale des combats à Pokrovsk reste leur caractère continu, ininterrompu, 24 heures sur 24, sans répit ni pour les attaquants ni pour les défenseurs.
54 attaques en 24 heures. Faites le calcul. C’est plus de deux attaques par heure. Une attaque toutes les vingt minutes. Imaginez un instant que ce soit chez vous. Que toutes les vingt minutes, quelqu’un essaie de forcer votre porte. Qu’il faut se lever, se battre, tuer peut-être, puis revenir s’asseoir et attendre la prochaine attaque. Vingt minutes après. Et encore vingt minutes après. Et encore. Pendant des jours, des semaines, des mois. C’est ce que vivent les soldats ukrainiens à Pokrovsk depuis des mois. C’est de la folie pure. C’est au-delà de l’endurance humaine. Pourtant ils tiennent. Ils sont toujours là. Ils ne cèdent pas un pouce de terrain sans le payer au prix fort. C’est à la fois magnifique et terrifiant. Magnifique parce que ça montre la force de l’esprit humain quand il croit en sa cause. Terrifiant parce qu’il ne devrait pas avoir à faire preuve d’une telle endurance pour défendre simplement son droit à vivre dans son propre pays.
Les succès tactiques ukrainiens
Malgré la pression énorme exercée par les forces russes, les troupes ukrainiennes ont récemment enregistré des succès tactiques dans la direction de Pokrovsk. Des images géolocalisées publiées le 28 décembre 2025 et le 4 janvier 2026 indiquent que les forces ukrainiennes ont récemment avancé dans le centre de Rodynske, au nord de Pokrovsk, et ont avancé marginalement dans le sud de Hryshyne, au nord-ouest de Pokrovsk. L’Institute for the Study of War estime que les forces ukrainiennes n’ont pas avancé dans le sud de Hryshyne au cours des 24 dernières heures, ce qui suggère que les gains territoriaux ukrainiens dans cette zone sont limités et probablement précaires.
Les éléments de la 5ème brigade de fusiliers motorisés russes (51ème CAA, SMD) continueraient d’opérer à Myrnohrad. Des opérateurs de drones du bataillon Maksim Krivonos (Corps des volontaires russes) mèneraient des frappes contre les forces ukrainiennes près de Pokrovsk. Ces informations, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante, donnent un aperçu de la complexité de la situation tactique dans cette zone où plusieurs unités des deux camps s’affrontent dans des conditions particulièrement difficiles, avec un temps hivernal extrême qui complique les opérations de mobilité et de logistique.
C’est ce qui rend cette guerre si absurde. Des gains marginaux. Quelques mètres ici. Quelques mètres là. Des villages qui changent de mains plusieurs fois par semaine. Des avancées tactiques qui ne mènent à rien de stratégique. Tout ça pour des coûts humains immenses. Chaque mètre gagné coûte des dizaines de vies. Chaque village repris est reconquis dans un déluge de sang et de feu. Et pour quoi ? Pour quelques lignes sur une carte que personne ne regardera dans dix ans si cette guerre se termine par un compromis honteux qui légitimera l’agression russe ? C’est ça qui me révolte. La disproportion entre les enjeux territoriaux minimes et le prix humain colossale. On sacrifie des générations entières pour quelques kilomètres carrés de terre brûlée. C’est d’un autre âge. D’une autre civilisation. Pas la nôtre.
Oleksandrivka : la guerre des zombies
24 attaques en une seule journée
Dans le secteur d’Oleksandrivka, l’ennemi a mené 24 attaques près des localités de Zelenyi Hai, Oleksandrohrad, Sosnivka, Vorone, Oleksiivka, Vyshneve, Solodke et Yehorivka. Le nord-est d’Oleksandrivka a vu des attaques près d’Andriivka-Klevtsove et Yalta, l’est d’Oleksandrivka près d’Oleksandrohrad, et le sud-est d’Oleksandrivka près de Vyshneve, Oleksiivka et Vorone en direction de Sosnivka. Ce secteur, situé au sud-ouest de Pokrovsk, fait partie intégrante du dispositif de défense ukrainien dans l’est du pays et subit une pression constante de la part des forces russes qui cherchent à percer les lignes ukrainiennes pour atteindre des objectifs plus stratégiques plus à l’ouest.
Un militaire ukrainien opérant dans la direction d’Oleksandrivka a rapporté le 4 janvier que les forces russes tentent d’utiliser la neige pour camoufler leurs positions. Cette utilisation tactique des conditions météorologiques est typique de la guerre moderne en Ukraine où chaque saison, chaque variation climatique est exploitée pour obtenir un avantage temporaire sur l’adversaire. La neige, certes, offre une opportunité de camouflage mais elle rend aussi les déplacements plus difficiles, les véhicules plus lents, et expose les troupes à des risques accrus d’hypothermie et de gelures dans des températures qui descendent régulièrement bien en dessous de zéro la nuit.
La neige. On y pense pas quand on vit dans nos pays tempérés. La neige c’est beau. C’est romantique. C’est Noël. Là-bas, la neige c’est un ennemi. Un ennemi silencieux qui te tue aussi sûrement qu’une balle si tu ne fais pas attention. Je visualise ces soldats russes essayant de se camoufler dans la neige, à faire semblant d’être partie du paysage. Comme des enfants qui jouent à cache-cache. Sauf que dans leur jeu, celui qui est trouvé ne perd pas mais tue. Et celui qui se cache risque de mourir de froid avant même d’être découvert. C’est absurde. Tout ça est absurde. Des humains qui se cachent dans la neige pour tuer d’autres humains qui se cachent dans la neige pour ne pas être tués. Une ronde folle sans fin dans un paysage immaculé qui ne verra jamais jamais la paix.
La tactique des zombies
Le militaire ukrainien a également signalé que les forces russes s’engagent dans une tactique de zombie, marchant en groupes de cinq à six avec des équipements de guerre électronique et des armes anti-drones dans l’espoir que deux ou trois militaires atteignent les positions ukrainiennes. Cette tactique consistant à envoyer des vagues successives d’assaillants dont la plupart sont voués à mourir pour permettre à quelques-uns d’atteindre leur objectif illustre le mépris total des commandements russes pour la vie de leurs propres soldats. Ce ne sont plus des humains mais des munitions vivantes, consommables, jetables.
Le soldat a noté que les forces russes attaquent constamment et disposent de réserves suffisantes pour maintenir cette pression continue. Cette observation confirme les analyses d’experts militaires selon lesquelles la Russie a réussi à mobiliser et entraîner suffisamment de troupes pour maintenir une offensive de haute intensité sur plusieurs fronts simultanément, malgré les pertes colossales qu’elle subit quotidiennement. Selon les chiffres fournis par l’État-major ukrainien, les pertes russes s’élèvent à environ 1212520 personnels depuis le 24 février 2022, dont 990 pertes pour la seule journée du 4 janvier 2026.
Zombie. C’est le mot exact. Pas métaphorique. Littéral. Des zombies. Des êtres humains qui ont perdu toute humanité, toute autonomie, toute dignité pour devenir des instruments de mort au service d’une cause qui n’est même pas la leur. Je pense à ces soldats russes envoyés par vagues à la mort certaine. Pourquoi font-ils ça ? Par peur ? Par idéologie ? Par défaut d’autre choix ? Je ne sais pas. Mais chaque fois que j’entends parler de ces tactiques zombies, je pense aux mères russes qui ne sauront jamais ce qui est arrivé à leur fils. Aux enfants qui attendront un papa qui ne reviendra jamais. Aux épouses qui resteront veuves sans même savoir où leur mari est mort, quand, comment. C’est ça le véritable crime de guerre de cette guerre. Pas juste les bombardements de civils. Mais l’assassinat programmé de sa propre jeunesse, de ses propres citoyens, envoyés à l’abattoir par un régime qui ne voit en eux que de la chair à canon.
Huliaipole : le nouveau épicentre de la violence
Pour la première fois, Huliaipole dépasse Pokrovsk
Pour la première fois, la direction de Huliaipole a dépassé la direction de Pokrovsk en nombre d’attaques ennemies, devenant ainsi la zone la plus intense de tout le front. Au cours de la journée écoulée, 65 attaques russes ont été repoussées dans les zones de Zelene, Huliaipole, Varvarivka, Dorozhnianka, et en direction de Sviatopetrivka. Ce changement de dynamique tactique est significatif et suggère une réorientation stratégique des opérations russes qui pourraient chercher à exploiter des faiblesses perçues dans les défenses ukrainiennes dans cette zone.
Les forces russes ont attaqué près de Huliaipole même, au nord de Huliaipole près de Dobropillya, Varvarivka et Zelene, au nord-est de Huliaipole près de Rybne et Zlahoda, au sud de Huliaipole près de Dorozhyankya, et à l’ouest de Dobropillya en direction de Zaliznychne et Svyatopetrivka. Un milblogueur russe a prétendu que les forces ukrainiennes avaient contre-attaqué près de Huliaipole, information qui là encore n’a pas pu être confirmée de manière indépendante mais qui témoigne de l’intensité des combats dans cette zone désormais devenue le point focal des opérations russes dans le sud de l’oblast de Donetsk.
Les noms changent. Les zones changent. Mais l’horreur reste la même. Aujourd’hui c’est Huliaipole. Demain ce sera une autre ville. Et après-demain encore une autre. Ça n’arrête jamais. Ça ne s’arrêtera probablement jamais tant que les russes auront des ressources à investir dans cette guerre. Et ils en ont. Beaucoup. Désespérément trop. Ce qui me désespère le plus c’est cette inéluctabilité apparente. On a l’impression que rien ne peut arrêter cette machine à tuer. Ni les sanctions. Ni les pertes. Ni l’isolement diplomatique. Rien. Elle continue de tourner, de broyer des vies, de détruire des villes, comme si elle était autonome, déconnectée de toute logique humaine ou politique. C’est ça la vraie folie. Une machine qui s’est emballée et que plus personne ne semble capable d’arrêter. Moi même, là, à écrire ces mots, je me sens impuissant. Enrageant. Dérisoire.
La zone grise qui engloutit tout
L’Institute for the Study of War note que les forces russes ont continué les opérations offensives dans la direction de Hulyaipole le 4 janvier mais n’ont pas fait de progrès confirmés. Le rapport cite également les opérateurs de drones du 35ème régiment de protection radiologique, chimique et biologique russe (35ème CAA, District militaire oriental) et de la 38ème brigade de fusiliers motorisés (35ème CAA) qui mèneraient des frappes pour intercepter les drones ukrainiens dans l’oblast de Zaporijia. Ces opérations de guerre électronique et anti-drone sont devenues une composante essentielle du conflit moderne où la supériorité aérienne et la maîtrise du domaine informationnel sont aussi importantes que le contrôle territorial traditionnel.
Les éléments de la 11ème armée de l’air et de la défense aérienne (Forces aérospatiales russes et District militaire oriental) continueraient de frapper les positions ukrainiennes à Zaliznychne. Des opérateurs de drones de la 14ème brigade Spetsnaz (Direction principale du renseignement de l’état-major général russe) mèneraient des frappes contre des véhicules ukrainiens près de Verkhnya Tersa, au nord-ouest de Huliaipole. Cette concentration d’unités spécialisées dans une zone donnée témoigne de l’importance stratégique que Moscou accorde désormais à ce secteur et explique probablement pourquoi l’intensité des combats y a dépassé celle de Pokrovsk pour la première fois.
Zone grise. C’est le terme militaire pour désigner ces territoires qui ne sont ni totalement contrôlés par un camp ni par l’autre. Des zones de combat indécis, changeants, incertains. Mais pour moi, ces zones grises sont aussi des zones morales. Des zones où toute certitude a disparu. Où bien et mal se mélangent dans une indifférenciation totale. Où chaque camp peut légitimer ses propres crimes au nom de la défense contre les crimes de l’autre camp. C’est dans ces zones grises que l’humanité risque de se perdre définitivement. Quand on ne sait plus qui est l’agresseur et qui est le défenseur. Quand on commence à considérer que tous les moyens sont bons pour vaincre. Quand on finit par devenir ce qu’on combat. C’est le piège absolu de cette guerre. Et celui qui tombe dedans, qu’il soit russe ou ukrainien, y perd son âme à jamais.
Orikhiv et Kherson : les fronts secondaires mais actifs
Huit tentatives de percée à Orikhiv
Dans le secteur d’Orikhiv, l’ennemi a fait huit tentatives pour percer les défenses ukrainiennes dans les zones de Plavni, Mala Tokmachka, Shcherbaky et Stepove. Orikhiv, située dans l’oblast de Zaporijia, est une ville devenue un point de friction important sur le front sud ukrainien. Les forces russes cherchent à maintenir les positions du front, à sécuriser les zones arrière contre les frappes ukrainiennes et à avancer à portée d’artillerie de la ville de Zaporijia, capitale régionale d’environ 750000 habitants avant la guerre. L’objectif russe dans cette zone n’est pas nécessairement une conquête territoriale massive mais plutôt une pression continue pour empêcher les Ukrainiens de redéployer des troupes vers des secteurs plus critiques comme Pokrovsk ou Huliaipole.
Des forces russes ont attaqué au sud-est d’Orikhiv près de Bilohirya et Mala Tokmachka, à l’ouest d’Orikhiv près de Stepove et Shcherbaky, et au nord-ouest d’Orikhiv en direction de Novoandriivka, Pavlivka et Novoyakolivka. Le chef de la République tchétchène Ramzan Kadyrov a prétendu que des éléments du 270ème régiment de fusiliers motorisés Akhmat-Kavkaz russe (42ème division de fusiliers motorisés, 58ème CAA, District militaire du sud) avaient dégagé Bilohirya, affirmation qui n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante mais qui s’inscrit dans la pratique habituelle des communications russes qui cherchent à présenter chaque opération, même mineure, comme un succès majeur.
Huit tentatives de percée en une journée. C’est beaucoup. C’est énorme même. Mais c’est rien comparé aux 65 de Huliaipole ou aux 54 de Pokrovsk. C’est ça qui est déprimant dans cette guerre. Les zones où il y a « seulement » huit attaques sont considérées comme relativement calmes. Relativement calmes. Un endroit où des gens essaient de vous tuer huit fois par jour est considéré comme calme. On est passé dans une autre dimension de l’horreur. Une dimension où notre échelle de valeurs s’est complètement effondrée. Où l’exceptionnel est devenu normal. Où l’inacceptable est devenu tolérable. Je ne veux pas vivre dans ce monde. Je ne veux pas accepter que huit tentatives de meurtre par jour puisse être considéré comme normal. C’est inacceptable. C’est inhumain. C’est insensé. Et pourtant c’est notre nouvelle réalité.
Kherson : les attaques limitées continuent
Les forces russes ont continué les attaques au sol limitées dans la direction de Kherson le 4 janvier mais n’ont pas progressé. Les troupes russes ont attaqué dans la direction de Kherson, y compris à l’est de la ville de Kherson en direction du pont Antonivskyi, pont stratégique qui a été détruit et reconstruit plusieurs fois depuis le début du conflit. Kherson, ville d’environ 280000 habitants avant la guerre, a été reprise par les forces ukrainiennes en novembre 2022 après plusieurs mois d’occupation russe, mais continue de subir des bombardements intensifs de la rive gauche du Dniepr contrôlée par Moscou.
Les opérateurs de drones à fibre optique de première personne du 215ème bataillon de reconnaissance séparé de la 98ème division VDV russe mèneraient des opérations de surveillance sur les véhicules ukrainiens dans l’oblast de Kherson. Ces drones à fibre optique représentent une évolution technologique majeure dans le domaine de la reconnaissance militaire car ils sont insensibles au brouillage électronique traditionnel grâce à leur connexion physique par fibre optique plutôt que par liaison sans fil, ce qui leur permet d’opérer dans des environnements fortement brouillés où les drones conventionnels seraient inutilisables.
Je repense à Kherson. À cette ville libérée en 2022 dans une liesse collective que l’on croyait définitive. À ces images de gens embrassant les soldats ukrainiens, pleurant de joie, paradant dans les rues avec des drapeaux jaunes et bleus. On croyait que c’était fini pour eux. Que le cauchemar était terminé. Que la libération voulait dire la paix. Mais non. La libération n’a été que le début d’un autre enfer. Celui des bombardements quotidiens depuis l’autre rive. Celui de la peur constante qui ne s’arrête jamais. Celui de l’incertitude de chaque matin, de chaque jour, de chaque nuit. C’est ça la vraie tragédie de cette guerre. Que même la victoire ne soit pas la fin. Qu’elle ne soit que le passage d’une forme de souffrance à une autre. Que même quand on gagne, on continue de perdre. Perdre des vies. Perdre des infrastructures. Perdre la possibilité de vivre normalement. Pour combien de temps encore ?
Les frappes aériennes et de missiles : une terreur constante
62 frappes aériennes en 24 heures
Les forces russes ont mené 62 frappes aériennes, ont largué 185 bombes guidées aériennes et ont utilisé un missile au cours de la journée du 4 janvier. Ces frappes aériennes ont visé des zones près des localités de Velyka Mykhailivka dans l’oblast de Dnipropetrovsk, ainsi que Orikhiv, Preobrazhenka, Pryluky et Zelene dans l’oblast de Zaporijia. L’utilisation massive de bombes guidées aériennes, comme les bombes planantes KAB, permet aux forces russes de frapper avec une précision meurtrière des cibles situées bien au-delà de la ligne de front, transformant chaque ville ukrainienne en cible potentielle, chaque quartier en zone de danger, chaque immeuble en menace latente.
Les bombes guidées aériennes représentent une évolution particulièrement dangereuse de la guerre aérienne moderne car elles combinent la puissance destructrice de l’artillerie traditionnelle avec la précision des missiles guidés et la capacité de frappe à distance des avions modernes. Contrairement aux missiles balistiques ou de croisière qui sont relativement limités en nombre et coûteux à produire, les bombes guidées aériennes peuvent être produites en série et utilisées en grand nombre sans épuiser les réserves stratégiques russes, permettant une campagne de bombardement sustainée sur plusieurs mois voire plusieurs années.
J’ai toujours été fasciné par l’aviation. Par ces machines volantes qui défient la gravité. Par la vue du ciel depuis un avion. Cette sensation de liberté absolue. Mais là l’aviation est devenue l’instrument de notre oppression collective. Ces avions qui survolent l’Ukraine pour larguer la mort du ciel ne sont plus des merveilles technologiques mais des instruments de terreur. Des engins de torture collective. Quand j’entends parler de frappes aériennes, je visualise les gens en bas. Ceux qui entendent le sifflement des bombes avant de les voir tomber. Ceux qui n’ont pas le temps de courir. Ceux qui n’ont nulle part où se cacher. Ceux qui savent que la mort vient d’en haut et qu’ils ne peuvent rien faire pour l’empêcher. C’est ça la véritable définition de l’impuissance. Et je me sens coupable. Coupable de vivre dans un pays où la seule chose qui tombe du ciel c’est la pluie.
La campagne de drones russe
Les forces russes ont conduit une série de frappes de drones contre l’Ukraine dans la nuit du 3 au 4 janvier. L’armée de l’air ukrainienne a rapporté que les forces russes avaient lancé 52 drones de type Shahed, Gerbera et autres dont environ 40 étaient des drones de type Shahed depuis les directions des villes de Koursk, Orel et Briansk et de l’oblast de Donetsk occupé. L’armée de l’air ukrainienne a rapporté que les forces ukrainiennes avaient abattu 39 drones, que 13 drones avaient frappé 9 localités, et que des débris de drones étaient tombés sur une localité. Les fonctionnaires ukrainiens ont rapporté que les forces russes avaient frappé des infrastructures résidentielles et civiles dans les oblasts de Kharkiv et Sumy.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rapporté le 4 janvier que les forces russes avaient lancé 1070 bombes guidées aériennes, près de 1000 drones de frappe et six missiles contre l’Ukraine au cours de la semaine du 28 décembre 2025 au 4 janvier 2026. Ces chiffres vertigineux illustrent l’ampleur de la campagne de bombardement russe qui vise non seulement des objectifs militaires mais aussi, et peut-être surtout, des objectifs civils dans le but de briser la volonté de résistance du peuple ukrainien en terrorisant la population et en détruisant systématiquement les infrastructures essentielles.
1000 drones de frappe en une semaine. C’est presque 150 par jour. Une frappe toutes les dix minutes. Imaginez un instant que vous viviez sous ça. Que vous ne puissiez jamais dormir vraiment parce qu’à tout moment un drone pourrait surgir et larguer sa charge mortelle sur votre toit. C’est de la torture psychologique organisée à l’échelle d’un pays entier. Des millions de gens qui vivent dans la terreur permanente. Qui ne savent jamais s’ils vont survivre à la nuit. Qui ne savent jamais si leurs enfants seront en vie le lendemain. C’est ça la vraie nature de cette guerre. Pas des affrontements militaires héroïques. Mais une terreur calculée, méthodique, implacable imposée à des civils innocents. Et le pire c’est que ça marche. Les gens sont épuisés. Traumatismés. Au bord du collapse mental. C’est exactement ce que veulent les russes. Ils ne cherchent pas à gagner sur le champ de bataille. Ils cherchent à briser les âmes.
La riposte ukrainienne : quand la défense devient attaque
Neuf clusters de cibles russes détruits
Les avions, les forces de missiles et l’artillerie des forces de défense ukrainiennes ont frappé neuf clusters de personnel, d’armes et d’équipements militaires ennemis, trois systèmes d’artillerie, un actif de guerre électronique et deux postes de contrôle de drones russes au cours de la journée écoulée. Ces frappes de contre-batterie et ces opérations de contre-attaque locales sont essentielles pour maintenir l’équilibre sur le front et empêcher les forces russes de masser des troupes pour des opérations offensives majeures. Chaque cluster de troupes russes détruit représente des centaines, peut-être des milliers de vies sauvegardées du côté ukrainien.
L’efficacité de l’artillerie ukrainienne repose en grande partie sur les systèmes de radar de contre-batterie modernes fournis par les pays occidentaux qui permettent de localiser rapidement les positions de tir ennemies et d’y répondre avec une précision chirurgicale avant que les servants russes aient le temps de déplacer leurs pièces. Ces opérations de contre-batterie sont particulièrement importantes dans les secteurs les plus chauds comme Pokrovsk et Huliaipole où la densité des batteries d’artillerie russes est la plus élevée et où chaque heure de bombardement ininterrompu peut coûter des dizaines de vies ukrainiennes.
J’admire cette capacité de riposte ukrainienne. Cette résilience face à l’adversité. Cette détermination à ne pas subir passivement mais à rendre coup pour coup. Mais en même temps ça me rend triste. Triste parce que cette guerre d’usure est terriblement inefficace. Pour chaque cluster de troupes russes détruit, il y en a dix autres qui prennent la relève. Pour chaque batterie d’artillerie neutralisée, il y en a dix autres qui entrent en position. C’est une guerre de mathématiques infernales où les russes ont l’avantage du nombre et des ressources. Et les ukrainiens l’avantage de la motivation et du désespoir. Combien de temps la motivation et le désespoir peuvent-ils tenir contre le nombre et les ressources ? C’est la question qui me hante. Et à laquelle je n’ai pas de réponse rassurante.
Les opérations de sabotage dans l’arrière russe
Les forces ukrainiennes ont continué leur campagne de sabotage contre l’infrastructure militaire russe dans l’arrière russe le 4 janvier. La direction principale du renseignement militaire ukrainien a rapporté qu’un dispositif explosif avait explosé le 26 décembre à l’entrée de la 47ème brigade de missiles russe (8ème armée combinée, District militaire du sud) à Korenovsk, dans le kraï de Krasnodar. La direction a rapporté que l’explosion avait endommagé un véhicule militaire Kamaz transportant des militaires russes, causant un nombre non spécifié de victimes.
Ces opérations de sabotage dans l’arrière russe, bien que limitées dans leur impact militaire direct, jouent un rôle important dans la stratégie ukrainienne en forçant Moscou à déployer des ressources pour sécuriser son propre territoire, en créant un sentiment d’insécurité parmi la population russe, et en démontrant que même les zones les plus profondes du territoire russe ne sont pas à l’abri des conséquences de la guerre que le Kremlin a déclenchée. Chaque explosion à l’intérieur de la Russie rappelle aux citoyens russes que la guerre n’est pas quelque chose qui se passe seulement à la télévision mais une réalité qui les touche directement.
Je suis partagé sur ces opérations de sabotage. D’un côté je comprends qu’elles soient nécessaires. D’un autre côté elles me font peur. Parce qu’elles marquent une escalade. Une internationalisation du conflit qui pourrait dégénérer en quelque chose de bien pire. Et en même temps je me dis que peut-être c’est ça qu’il faut. Que la seule façon de faire comprendre aux russes ce qu’ils font à l’Ukraine c’est de leur faire vivre eux aussi, même un tout petit peu, ce que les ukrainiens vivent au quotidien. Pas les bombardements massifs de villes. Dieu merci. Mais au moins ce sentiment que la guerre n’est pas à l’abri. Qu’elle peut frapper n’importe où, n’importe quand. C’est méchant à dire mais peut-être c’est ça qu’il faut pour que le peuple russe finisse par dire stop. Parce que tant qu’ils ne sentent pas la guerre, ils continueront à l’ignorer, à la nier, à l’accepter.
Le coût humain de la guerre
990 soldats russes morts en une journée
Les pertes de combat totales des forces russes dans la guerre contre l’Ukraine du 24 février 2022 au 5 janvier 2026 s’élèvent à environ 1212520 personnels, dont 990 pertes au cours de la journée écoulée. Ces chiffres, communiqués par l’État-major ukrainien, sont impossibles à vérifier de manière indépendante mais sont généralement considérés par les observateurs internationaux comme proches de la réalité, voire peut-être sous-estimés compte tenu de la tendance russe à minimiser ses pertes. 1212520 morts. C’est plus que la population de nombreuses villes françaises. Plus que le nombre total de victimes américaines dans tous les conflits du 20ème siècle combinés.
Chaque chiffre dans ces statistiques représente une vie humaine. Un être humain avec une histoire, une famille, des rêves, des espoirs, des peurs. Un père qui ne reverra jamais ses enfants. Un fils dont la mère ne recevra jamais plus de nouvelles. Un époux qui ne tiendra plus jamais la main de sa femme. 1212520 histoires interrompues brutalement. 1212520 familles déchirées. Des millions de vies changées à jamais par la disparition d’un proche. Et ce n’est pas fini. Chaque jour ajoute près de 1000 noms à cette liste interminable. Chaque jour prolonge cette spirale de souffrance et de deuil.
1.2 million. C’est un chiffre qui ne veut plus rien dire. Qui dépasse notre capacité de compréhension. On peut visualiser dix personnes. Cent personnes. Mille personnes. Mais 1.2 million ? C’est juste une abstraction. Un nombre dans un rapport. Mais si on s’arrête et qu’on pense vraiment à ce que ça représente… C’est un génocide. Un massacre d’une ampleur industrielle. Une extermination programmée d’une génération entière d’hommes russes envoyés à la mort par un régime qui ne voit en eux que des statistiques. Ça me donne envie de vomir. Vraiment. Physiquement. Et ce qui me rend encore plus malade c’est que c’est les russes eux-mêmes qui s’infligent ça. Qui s’auto-détruisent systématiquement. C’est comme s’ils avaient collectivement décidé de se suicider. Et nous, on regarde impuissants cette auto-destruction lente mais inexorable.
Les pertes ukrainiennes
Les pertes ukrainiennes, quoique officiellement gardées secrètes pour des raisons de sécurité opérationnelle, sont également considérables. Certains experts estiment que les pertes ukrainiennes pourraient représenter entre un tiers et la moitié des pertes russes, ce qui signifierait quand même plusieurs centaines de milliers de morts et de blessés depuis le début de l’invasion. Pour un pays d’environ 40 millions d’habitants, ces pertes représentent une saignée démographique majeure qui aura des conséquences durables sur la structure de la société ukrainienne pour plusieurs générations.
Les pertes ne sont pas seulement militaires mais aussi civiles. Des dizaines de milliers de civils ont été tués dans les bombardements des villes ukrainiennes. Des millions ont été déplacés de leurs foyers, soit à l’intérieur de l’Ukraine soit vers les pays voisins comme la Pologne, l’Allemagne ou la France. Des villes entières ont été rasées comme Marioupol, Bakhmut ou Avdiivka. Des infrastructures critiques comme les réseaux d’électricité, d’eau et de chauffage ont été systématiquement détruites pour infliger aux populations civiles les souffrances les plus extrêmes pendant les hivers glaciaux ukrainiens.
Pourquoi les ukrainiens se battent-ils ? C’est la question que je me pose souvent. Pourquoi acceptent-ils de payer un prix aussi terrible pour défendre leur pays ? Au début je pensais que c’était par patriotisme. Par fierté nationale. Mais plus j’y réfléchis et plus je pense que c’est autre chose. Plus fondamental. C’est qu’ils se battent pour leur droit à exister tout simplement. Pour leur droit à être eux-mêmes. Pour leur droit à décider de leur propre destin sans qu’un voisin tyrannique ne leur impose sa volonté par la force. C’est ce que nous avons en Occident. Ce droit d’exister que nous considérons comme acquis. Mais les ukrainiens savent maintenant qu’il n’est jamais acquis. Qu’il doit être défendu chaque jour. Chaque heure. Parfois au prix de sa vie. Et ça me remue de les voir se battre avec une telle intensité pour un droit que nous, nous avons oublié d’apprécier.
Conclusion : L'Europe face à son destin
La banalisation du mal
229 affrontements en une journée. 990 soldats russes morts. Des milliers de blessés. Des villes bombardées. Des civils terrorisés. Des infrastructures détruites. Et ce n’est que la réalité d’une seule journée. D’un seul jour parmi plus de 1400 jours de guerre. Une guerre qui ne s’arrête pas. Qui ne s’arrêtera probablement pas de sitôt. Qui risque de durer encore des années, des décennies peut-être. Pendant ce temps, en Europe, on continue de vivre comme si de rien n’était. Comme si cette guerre n’était qu’un désagréable lointain qui ne nous concernait pas vraiment.
Cette banalisation du mal est peut-être le phénomène le plus inquiétant de cette guerre. Plus le temps passe, plus l’horreur devient normal, acceptable, tolérable. Plus nos sens s’émoussent face aux images de destruction, aux histoires de souffrance, aux statistiques de morts. Plus nous nous habituons à l’inacceptable, plus nous perdons notre capacité d’indignation, notre capacité de réaction, notre capacité d’humanité. Et c’est peut-être ça que les russes comptent faire. Usurer notre résistance morale comme ils usent la résistance militaire ukrainienne. Attendre que nous finissions par lasser, par abandonner, par accepter.
Je m’inquiète vraiment. Je m’inquiète pour notre avenir à tous. Pas seulement pour l’Ukraine mais pour l’Europe entière. Pour nos démocraties. Pour notre capacité collective à défendre les valeurs que nous prétendons chérir. Si nous ne réagissons pas maintenant face à cette agression flagrante, qu’est-ce qui nous fera réagir ? Quelle ligne rouge devrons-nous franchir pour enfin dire stop ? Les russes sont à l’offensive partout. Pas seulement en Ukraine mais aussi en Afrique, au Moyen-Orient, dans les Balkans, même dans nos propres démocraties par la désinformation, la corruption, l’ingérence. Et nous, nous faisons quoi ? On discute. On négocie. On tergiverse. Pendant qu’un pays est détruit sous nos yeux. C’est honteux. C’est indigne de nous. C’est peut-être la fin de l’Europe telle que nous la connaissons.
Le choix de l’histoire
Nous sommes à un moment crucial de l’histoire. Un moment où les décisions que nous prenons, ou que nous ne prenons pas, façonneront le monde pour les générations à venir. Voulons-nous vivre dans un monde où la loi du plus fort prévaut ? Où les grandes puissances peuvent envahir impunément leurs voisins plus faibles ? Où les frontières sont redessinées par la force ? Ou voulons-nous défendre un ordre international basé sur le droit, sur la souveraineté des États, sur l’inviolabilité des frontières ? C’est le choix qui nous est posé. C’est le choix que l’histoire nous demande de faire.
Les ukrainiens nous ont montré la voie. Ils ont montré que même face à un adversaire infiniment plus puissant en nombre et en ressources, la détermination, le courage et le sacrifice peuvent faire la différence. Ils se battent pour nous autant que pour eux-mêmes. Ils sont la première ligne de défense d’un ordre mondial libre que nous avons tous pris pour acquis. S’ils échouent, ce n’est pas seulement l’Ukraine qui perdra. C’est toute l’Europe. C’est toute l’architecture de sécurité et de paix que nous avons construite laborieusement depuis 1945 qui s’effondrera.
J’écris ces mots avec une lourdeur dans le cœur qui ne part pas. Comme un poids que je porte depuis maintenant bientôt quatre ans. Depuis ce matin de février 2022 où tout a basculé. Parfois je me demande si je n’aurais pas dû arrêter d’écrire sur cette guerre. Si ce que je fais ne sert à rien. Si mes mots ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan de l’indifférence mondiale. Mais alors je pense à ces soldats ukrainiens dans les tranchées glacées. À ces civils dans les sous-sols bombardés. À ces enfants qui grandissent avec l’horreur comme seule réalité. Et je me dis que non. Ce que je fais n’est pas vain. Parce que raconter cette histoire, la transmettre, la documenter, c’est déjà refuser l’oubli. C’est déjà refuser que ces vies aient été sacrifiées pour rien. C’est déjà refuser que le triomphe de la barbarie devienne notre nouvelle normalité. Alors je continuerai à écrire. Je continuerai à témoigner. Je continuerai à crier dans le vide espérant que quelqu’un, quelque part, entendra. Parce que c’est la seule chose que je peux faire. La seule chose que nous puissions tous faire. Refuser d’oublier. Refuser d’accepter. Refuser de nous résigner à l’inacceptable.
Sources
Sources primaires
État-major des forces armées d’Ukraine, Facebook, mise à jour de la situation au 5 janvier 2026 à 8h00, rapportant 229 affrontements de combat le 4 janvier 2026
Président Volodymyr Zelensky, rapport officiel du 4 janvier 2026, annonçant 1070 bombes guidées aériennes, près de 1000 drones de frappe et six missiles lancés par la Russie contre l’Ukraine au cours de la semaine du 28 décembre 2025 au 4 janvier 2026
Direction principale du renseignement militaire ukrainien, rapport du 4 janvier 2026, sur l’explosion d’un dispositif explosif le 26 décembre 2025 à l’entrée de la 47ème brigade de missiles russe à Korenovsk
Sources secondaires
Ukrinform, article du 5 janvier 2026, War update: 229 clashes along frontline over past day, most attacks in Huliaipole, Pokrovsk sectors, https://www.ukrinform.net/rubric-ato/4076748-war-update-229-clashes-along-frontline-over-past-day-most-attacks-in-huliaipole-pokrovsk-sectors.html
Ukrainska Pravda, article du 5 janvier 2026, Ukrainian defenders repel 65 Russian attacks on Huliaipole front, https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/01/05/8014661/
RBC-Ukraine, article du 5 janvier 2026, Russia-Ukraine war: Frontline update as of January 5, https://newsukraine.rbc.ua/news/russia-ukraine-war-frontline-update-as-of-1767601874.html
Institute for the Study of War, Russian Offensive Campaign Assessment, January 4, 2026, https://understandingwar.org/research/russia-ukraine/russian-offensive-campaign-assessment-january-4-2026/
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.