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Kupiansk : Quand le silence ukrainien sonne comme une défaite russe
Crédit: Adobe Stock

Les mensonges du Kremlin

La campagne de désinformation russe autour de Kupiansk fut systématique et méthodique. Dès octobre 2025, le chef d’état-major russe Valeri Guerasimov avait publiquement affirmé que les troupes russes avaient encerclé les forces ukrainiennes dans la ville. Cette déclaration, sans fondement dans la réalité, fut rapidement diffusée par les médias contrôlés par l’État et amplifiée par les réseaux de propagande pro-russes dans le monde entier. L’objectif était clair : créer une narrative de victoire inévitable, suggérer que l’Ukraine subissait des défaites majeures, et miner le moral des populations ukrainiennes et de leurs alliés occidentaux. Le mois suivant, en novembre, les affirmations se firent plus précises. Les communications du ministère de la Défense russe prétendirent que des districts entiers de la ville étaient sous contrôle total, que les forces ukrainiennes étaient en pleine retraite, que la chute de la ville n’était plus qu’une question de jours. Ces revendications étaient accompagnées de vidéos prétendument filmées dans Kupiansk, montrant des drapeaux russes et des soldats célébrant.

L’analyse de ces vidéos par la communauté OSINT (Open Source Intelligence) révéla rapidement leur nature frauduleuse. Une vidéo particulièrement publique prétendait montrer Kupiansk sous contrôle russe le 17 décembre 2025. L’examen géographique démontra que les images avaient en réalité été tournées à Tavilzhanka, une ville située à vingt kilomètres au centre de Kupiansk. D’autres vidéos furent analysées et déconstruites, montrant des incohérences géographiques, des conditions météorologiques ne correspondant pas aux déclarations, ou des détails urbains contradictoires. Mais la vérité importait peu pour la machine de propagande russe. L’objectif n’était pas de convaincre les analystes militaires professionnels, qui pouvaient vérifier les affirmations. L’objectif était de saturer l’espace médiatique, de créer une confusion suffisante pour que la vérité devienne difficile à discerner pour le grand public, et surtout pour influencer les décideurs politiques occidentaux qui, surchargés d’informations, pouvaient accepter les affirmations russes comme une perspective légitime sur la situation.

Cette manipulation systématique de la vérité me révulse à un niveau profond. Ce n’est pas simplement la guerre sur le terrain qui me trouble, c’est cette guerre contre la réalité elle-même. Le Kremlin ne se contente pas de tuer des gens, il essaie de tuer la vérité. Cette tentative de créer une réalité alternative, de nier les faits les plus élémentaires, de transformer les mensonges en vérité officielle, c’est quelque chose qui touche au fondement même de notre humanité. Comment peut-on accepter que des dirigeants mentent ainsi à leur propre peuple? Qu’ils envoient des soldats à la mort sur la base de victoires imaginaires? Ce qui me frappe le plus, c’est l’absence de honte. Il n’y a aucune limite, aucun respect pour la vérité, aucune reconnaissance de la dignité humaine. C’est un nihilisme pur. Une volonté de détruire non seulement les corps mais aussi les esprits. Chaque fois que je vois une nouvelle vidéo russe démentie par la communauté internationale, je ressens cette colère sourde. Cette rage contre l’injustice fondamentale de cette guerre. Cette guerre où la vérité elle-même est devenue un champ de bataille.

L’impact sur l’opinion occidentale

La campagne de désinformation russe avait une cible précise : les opinions publiques et les gouvernements occidentaux. L’objectif stratégique était de créer un doute suffisant pour éroder le soutien continu à l’Ukraine. En affirmant de manière répétée que Kupiansk était tombée, que Pokrovsk allait tomber, que l’Ukraine subissait des défaites catastrophiques, la Russie espérait convaincre les électeurs américains et européens que leur aide était inutile, que la guerre était perdue, qu’il fallait accepter une capitulation ukrainienne. La synchronisation de ces affirmations avec des débats politiques cruciaux à Washington et Bruxelles n’était pas accidentelle. Chaque annonce de victoire russe était conçue pour influencer les législateurs qui devaient voter sur de nouveaux paquets d’aide militaire, les diplomates qui négociaient de nouvelles sanctions, ou les dirigeants qui envisageaient des stratégies à long terme pour le soutien à l’Ukraine.

Cette guerre de l’information reflétait une compréhension sophistiquée de la vulnérabilité des démocraties. Les régimes autoritaires comme la Russie comprennent que dans des sociétés ouvertes, le flux continu d’informations peut être utilisé pour semer la confusion. En multipliant les revendications contradictoires, en créant des narratives alternatives, en exploitant les divisions politiques existantes, ils cherchent à paralyser la capacité de réponse collective. Le cas de Kupiansk fut particulièrement instructif. Pendant des semaines, les rapports divergents sur la situation dans la ville créèrent une incertitude réelle. Les analyses militaires indépendantes suggéraient que la ville était encore ukrainienne, mais les affirmations russes persistantes et confiantes pouvaient créer un doute raisonnable dans l’esprit de ceux qui n’avaient pas accès aux informations de première main. Ce doute, même mineur, était suffisant pour influencer les débats politiques, pour ralentir les décisions, pour créer une hésitation qui dans une guerre de haute intensité peut avoir des conséquences fatales sur le terrain.

Ce qui m’effraie le plus dans cette guerre de l’information, c’est sa sophistication. Les Russes ne font pas simplement de la propagande grossière. Ils étudient nos faiblesses, ils analysent nos divisions, ils comprennent comment exploiter nos valeurs contre nous mêmes. Notre transparence devient notre vulnérabilité. Notre ouverture devient notre faiblesse. C’est une tragédie profonde. Les démocraties sont conçues pour fonctionner dans un environnement de confiance mutuelle, où les acteurs acceptent un certain niveau de vérité partagée. Quand un acteur rejette fondamentalement ce consensus, quand il considère que le mensonge est un outil légitime de guerre, tout le système se fragilise. Je vois cela dans les débats politiques dans nos pays. Cette fatigue de l’information. Ce scepticisme croissant. Cette incapacité à distinguer le vrai du faux. C’est exactement ce que Moscou veut. Nous sommes en train de perdre une guerre que nous ne comprenons même pas que nous combattons. Une guerre pour la vérité elle-même. Et je ne suis pas sûr que nous ayons les outils pour la gagner.

L’ironie du visit présidentiel

Le moment le plus spectaculaire de cette dichotrice entre la narration russe et la réalité survint le 12 décembre 2025. Ce jour-là, alors que Vladimir Poutine invitait des journalistes russes à couvrir ce qu’il présentait comme la chute imminente de Kupiansk, le président ukrainien Volodymyr Zelensky effectuait personnellement une visite dans la ville. Les images de cette visite frappèrent par leur audace. Zelensky, accompagné du commandant en chef Syrskyi, était filmé à l’entrée de la ville, à seulement 1,15 kilomètre des positions russes, délivrant un message vidéo depuis le lieu même que Moscou prétendait avoir capturé. La symbolique était puissante. Pendant que Poutine parlait de victoire à Moscou, Zelensky démontrait concrètement que la ville était sous contrôle ukrainien. La visite n’était pas un geste de bravade gratuit. Elle était une réponse stratégique soigneusement calculée.

Le choix de Zelensky de se rendre personnellement à Kupiansk reflétait une compréhension intuitive de la guerre de l’information. Dans l’ère moderne, où les images circulent instantanément, où la présence physique d’un leader peut avoir un impact disproportionné sur la perception de la réalité, le président ukrainien utilisa son corps même comme instrument de communication. Les images de Zelensky remettant des décorations aux soldats de la 14e brigade mécanisée séparée, visitant les positions défensives, conversant avec les défenseurs sur le terrain, contredisaient radicalement les affirmations russes. Il n’y avait pas d’encerclement. Il n’y avait pas de chute imminente. Il y avait un président visitant ses troupes sur le front, dans une ville qui selon la Russie avait déjà cessé d’exister en tant qu’entité ukrainienne. Le contraste ne pouvait être plus frappant. Zelensky devint l’incarnation vivante de la réalité ukrainienne, un contrepoint tangible aux récits imaginaires du Kremlin.

Je reste fasciné par ce moment. Cette rencontre symbolique entre deux styles de leadership. D’un côté, Poutine dans son bunker, entouré de courtisans, proclamant des victoires imaginaires. De l’autre, Zelensky sur le front, exposé au danger, montrant par sa présence que la ville est toujours ukrainienne. Il y a quelque chose de profondément authentique dans l’approche de Zelensky. Ce n’est pas une performance. Ce n’est pas un spectacle. C’est une réalité brutale, vécue, partagée. Je pense aux risques qu’il a pris. À la proximité des lignes russes. À la possibilité d’une frappe directe. C’est un courage qui défie l’entendement. Et en même temps, c’est une stratégie brillante. Il comprend que dans cette guerre, la vérité est l’arme la plus puissante. Sa présence à Kupiansk n’était pas simplement un geste politique. C’était une déclaration ontologique. Cette ville est ukrainienne parce que des Ukrainiens y vivent, y combattent, y meurent. Aucune proclamation moscovite ne peut changer cette réalité fondamentale. Le pouvoir russe peut occuper des territoires, mais il ne peut pas occuper la vérité.

Sources

Sources primaires

Déclaration officielle de la brigade Khartiia de la Garde nationale ukrainienne sur l’opération de stabilisation de Kupiansk, 12 décembre 2025

Communiqué de presse du Bureau du Président de l’Ukraine sur la visite de Volodymyr Zelensky à Kupiansk, 12 décembre 2025

Interview de Volodymyr Zelensky sur sa visite à Kupiansk et son impact sur les partenaires occidentaux, 13 décembre 2025

Conférence de presse du ministre russe de la Défense Andrei Belousov sur la situation à Kupiansk devant Vladimir Poutine, 16 décembre 2025

Déclaration d’Andrii Kovalenko, chef du Centre ukrainien de lutte contre la désinformation, sur les mensonges russes concernant Kupiansk, 17 décembre 2025

Sources secondaires

Article d’Illia Kabachynskyi dans UNITED24 Media, How Ukraine Quietly Launched Kupiansk Operation as Putin Claimed Victory, 18 décembre 2025

Article de John T Psaropoulos dans Al Jazeera, Moscow’s narrative wobbles as Ukraine takes back Kupiansk, 19 décembre 2025

Article d’Alex Stezhensky dans NV English, Khartiia brigade liberates villages near Kupyansk, kills 1000 Russian troops, 12 décembre 2025

Analyse de l’Institute for the Study of War sur les pertes et recrutements russes, 31 décembre 2025

Rapport de la 14e brigade mécanisée séparée Prince Roman le Grand sur la situation opérationnelle à Kupiansk, 12 décembre 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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