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L’usine russe d’armement qui alimentait les missiles Kinzhal en flamme sous les frappes de drones ukrainiens
Crédit: Adobe Stock

Le cœur battant de l’industrie militaire russe

L’usine Energia de Yelets représente bien plus qu’un simple site de production. C’est un complexe industriel sophistiqué qui fabrique une gamme complète de sources d’énergie électrochimiques répondant aux normes militaires les plus strictes. Les installations produisent des batteries au plomb scellées, des accumulateurs nickel-cadmium et des batteries lithium-ion, ainsi que des systèmes d’alimentation sans interruption et diverses autres sources d’énergie électrochimiques. Chacune de ces technologies est adaptée à des applications militaires spécifiques, des petites batteries alimentant l’électronique des drones de reconnaissance aux grosses batteries de puissance capables de faire fonctionner les systèmes de guidage des missiles intercontinentaux. L’usine ne se contente pas de fabriquer des composants, elle conçoit et développe également de nouvelles technologies pour répondre aux besoins évolutifs du complexe militaro-industriel russe, en particulier depuis que les sanctions internationales ont coupé Moscou de nombreux fournisseurs occidentaux de technologies duales.

La localisation de Yelets, à environ 350 kilomètres au sud-sud-est de Moscou, n’a pas été choisie au hasard. La ville possède une longue tradition industrielle et se trouve à une distance suffisante des frontières ukrainiennes pour théoriquement être hors de portée des systèmes d’artillerie et de missiles conventionnels ukrainiens, du moins dans la logique du commandement russe initial. Cette illusion de sécurité a été brisée par le développement de drones ukrainiens à longue portée, capables de parcourir des milliers de kilomètres et de naviguer avec une précision chirurgicale grâce à des systèmes de guidage avancés et des liaisons de communications résistantes au brouillage. L’usine emploie des milliers de travailleurs qualifiés, des ingénieurs spécialisés en électrochimie et en technologies de stockage d’énergie, un capital humain qui prend des décennies à développer et qui ne peut pas être remplacé rapidement même par des investissements massifs. Cette réalité rend l’usine d’autant plus précieuse pour la Russie et sa dégradation d’autant plus problématique pour son effort de guerre.

Quand je pense aux milliers de travailleurs qui triment dans cette usine, je suis traversé par cette pensée troublante comment des gens ordinaires peuvent-ils se lever chaque matin pour aller fabriquer les composants qui tuent des innocents dans mon pays ? C’est la même question que je me pose à propos des soldats russes, des ingénieurs, des techniciens tous ces cogs dans la machine de guerre sans doute persuadés de faire leur travail, de contribuer à l’économie, de nourrir leurs familles. La banalité du mal, comme l’a dit Hannah Arendt, prend ici une forme particulièrement poignante. Ces gens ne sont pas des monstres, ce sont des voisins, des pères, des frères peut-être et pourtant leur labeur quotidien alimente une machine de destruction. Cette dichotomie entre l’humanité individuelle et la collectivité destructrice, c’est l’une des choses les plus difficiles à accepter dans cette guerre.

Une intégration verticale dans la chaîne militaire

Les batteries produites à l’usine Energia ne sont pas des produits génériques que l’on peut trouver sur n’importe quel marché civil. Ce sont des composants militaires hautement spécialisés, conçus pour fonctionner dans les conditions les plus extrêmes températures variant de moins 50 à plus 60 degrés Celsius, vibrations intenses, chocs, brouillage électromagnétique, exposition aux radiations dans le cas d’armements nucléaires. Chaque batterie est testée et certifiée selon des normes militaires russes qui garantissent leur fiabilité dans des situations de combat réelles. Cette intégration dans la chaîne de valeur militaire signifie que la destruction ou la dégradation de l’usine Energia ne peut pas être compensée simplement en important des batteries civiles de qualité inférieure. Les missiles et autres systèmes d’armes russes sont conçus autour de ces composants spécifiques, et leur remplacement par des alternatives de qualité moindre compromettrait leur fiabilité et leur précision, des facteurs critiques sur le champ de bataille moderne.

Les analystes estiment que l’usine fournit des batteries pour plus de cinquante types différents d’armements russes, créant un effet multiplicateur considérable. Une perturbation de la production à Yelets ne se traduit pas simplement par une diminution des stocks d’un type de missile spécifique, mais par un impact en cascade sur l’ensemble de l’arsenal russe. Les systèmes de communication, les véhicules blindés, l’artillerie automatisée, les drones de combat, les missiles de croisière, les systèmes de défense aérienne tous dépendent d’une alimentation électrique fiable qui ne peut être fournie que par des installations comme Energia. Cette dépendance structurelle représente une vulnérabilité stratégique majeure pour la Russie, une vulnérabilité que les planificateurs militaires ukrainiens ont identifiée et exploitent méthodiquement depuis des mois. Chaque batterie qui ne sort pas de l’usine de Yelets est une batterie qui ne peut être installée dans un missile qui viserait une ville ukrainienne, une équation simple mais puissante qui guide la stratégie ukrainienne.

Cette idée que chaque batterie détruite à Yelets équivaut à des vies sauvées en Ukraine, je l’ai dans la tête depuis que j’ai commencé à comprendre la véritable nature de cette guerre. Ce n’est pas une question de cynisme ou de plaisir de la destruction, c’est une équation mathématique froide et brutale que nous avons apprise à accepter. Dans une guerre où l’ennemi dispose de ressources dix fois supérieures aux nôtres, où chaque jour qui passe sans que nous trouvions un moyen de le priver de ses capacités est un jour où plus d’Ukrainiens meurent, la destruction ciblée devient un acte de conservation de la vie. Paradoxal ? Sans doute. Mais c’est la réalité perverse dans laquelle nous vivons, cette inversion des valeurs morales que la guerre impose à ceux qui la subissent. Et plus cette guerre dure, plus ces calculs deviennent faciles à accepter, et plus cela me terrifie.

Sources

Sources primaires

Militarnyi, Drones Attack Workshops of Energia Plant, Russia’s Largest Manufacturer of Power Sources for Weapons, 5 janvier 2026, https://militarnyi.com/en/news/drones-attack-workshops-of-energia-plant-russia-s-largest-manufacturer-of-power-sources-for-weapons/

United24 Media, The Biggest Factory Powering Russia’s Missiles Comes Under Drone Attack, 5 janvier 2026, https://united24media.com/latest-news/the-biggest-factory-powering-russias-missiles-comes-under-drone-attack-video-14752

Mezha, Drone Attack Sparks Fire at Energiya Defense Plant in Yelets Lipetsk Region, 5 janvier 2026, https://mezha.net/eng/bukvy/drone-attack-sparks-fire-at-energiya-defense-plant-in-yelets-lipetsk-region/

Odessa Journal, Ukraine struck the largest Russian manufacturer of batteries for drones and missiles, 5 janvier 2026, https://odessa-journal.com/public/ukraine-struck-the-largest-russian-manufacturer-of-batteries-for-drones-and-missiles

Sources secondaires

Kyiv Post, Energia Hit Again: Drone Strike Halts Key Russian Weapons Battery Plant, janvier 2026

Ukrinform, Drones repeatedly attack Energia defense plant in Russia’s Lipetsk region, janvier 2026

ASTRA Telegram Channel, Reports on the drone attack in Yelets, 4 janvier 2026

Russian Monitoring Services for Defense Contractors, Data on Energia contracts and customers, 2025-2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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