Un système de troisième génération
Le 9K333 Verba n’est pas un MANPADS ordinaire. Adopté par l’armée russe en 2014 après des tests d’État achevés en 2011, il représente ce que la Russie fait de mieux en matière de défense antiaérienne portable. Son nom de code OTAN — SA-25 Gizmo — ne rend pas justice à sa sophistication. Développé par le bureau d’études de machines de Kolomna (KB Mashinostroyeniya), ce système surpasse ses prédécesseurs à tous les niveaux. L’Igla. L’Igla-S. Tous relégués au rang d’antiquités face à cette nouvelle génération.
La différence fondamentale réside dans sa tête chercheuse optique tri-spectrale. Là où l’Igla-S fonctionnait sur deux bandes spectrales, le Verba en utilise trois : ultraviolet, infrarouge proche et infrarouge moyen. Cette combinaison rend le missile pratiquement insensible aux leurres thermiques et aux systèmes de brouillage laser. Il distingue une vraie cible d’un leurre avec une précision redoutable. Les forces russes affirment que le nombre de missiles nécessaires pour neutraliser une cible a chuté bien en dessous des normes calculées.
Des spécifications qui font réfléchir
Le missile 9M336 qui équipe le Verba peut atteindre des cibles évoluant à des vitesses allant jusqu’à 500 mètres par seconde — environ Mach 1,6. Sa portée maximale grimpe à 6 000 mètres, voire 6 400 mètres selon certaines sources, avec une altitude de destruction pouvant atteindre 4 500 mètres. Comparé aux 5 200 mètres de portée et 2 000 mètres d’altitude de l’Igla, le bond technologique est considérable. L’ogive à fragmentation hautement explosive de 1,5 kilogramme suffit à détruire n’importe quel hélicoptère, avion léger ou drone qui aurait le malheur de croiser sa trajectoire.
Mais ce qui rend le Verba particulièrement dangereux dans cette configuration, c’est sa capacité à engager des cibles à faible signature infrarouge. Drones de reconnaissance, missiles de croisière, aéronefs utilisant des contre-mesures modernes — le système a été conçu pour les neutraliser tous. Les experts du salon aéronautique de Dubaï 2025 ont reconnu que les performances réelles du Verba en situation de combat dépassaient celles de ses concurrents occidentaux, y compris le Stinger américain et le Starstreak britannique.
On parle souvent des armes russes avec un certain dédain en Occident. Vieilles. Mal entretenues. Peu fiables. Le Verba nous rappelle cruellement que Moscou sait encore innover quand ça compte. Et là, manifestement, ça compte.
Section 3 : L'évolution mortelle des Shahed depuis décembre 2025
Le missile R-60 : premier signal d’alarme
Rembobinons. Le 1er décembre 2025, l’expert ukrainien en guerre électronique Serhii « Flash » Beskrestnov publiait sur Telegram les premières images d’un Shahed équipé d’un missile air-air R-60. Un missile soviétique des années 1970, certes, mais toujours létal. Long de près de deux mètres, pesant 44 kilogrammes, le R-60 — désigné AA-8 Aphid par l’OTAN — a été conçu pour équiper les chasseurs. Le voir monté sur un drone kamikaze représentait déjà un changement de paradigme majeur.
Ce Shahed-là avait été intercepté par le même bataillon Darknode à l’aide d’un drone intercepteur Sting de Wild Hornets. L’analyse des débris révéla une configuration sophistiquée : deux caméras, un modem mesh chinois et un système de pylônes standard. Le drone pouvait être piloté à distance depuis le territoire russe, transformant le concept de munition rodeuse autonome en quelque chose de bien plus redoutable — une plateforme de combat télécommandée capable de viser et d’engager des cibles aériennes.
Cinq semaines plus tard, l’escalade
Du R-60 au Verba, la progression logique fait froid dans le dos. Le R-60 présentait une contrainte majeure : il fallait orienter tout le drone vers la cible pour que le détecteur infrarouge puisse s’accrocher. Pas très pratique quand on poursuit un hélicoptère manœuvrant. Le MANPADS change la donne. Avec sa caméra et son modem radio, l’opérateur russe devient un tireur à distance. Il voit ce que voit le drone. Il attend que l’aéronef ukrainien entre dans la zone de tir. Il lance le missile. La tête chercheuse tri-spectrale du Verba fait le reste.
Le renseignement militaire ukrainien (HUR) a confirmé que ces modifications s’inscrivent dans un programme systématique. Ce n’est plus de l’expérimentation. C’est de la production en série. L’objectif déclaré : réduire l’efficacité des interceptions aériennes ukrainiennes en créant une menace directe pour les équipages engagés dans les missions de défense antiaérienne. Chaque Shahed pourrait maintenant être un piège mortel.
La guerre évolue à une vitesse qui dépasse notre capacité à l’analyser sereinement. En cinq semaines, on passe d’un missile des années 70 à un système de dernière génération. Que verrons-nous dans cinq semaines supplémentaires? Je préfère ne pas y penser trop longuement.
Section 4 : Le modem mesh chinois, clé de voûte du système
Le Xingkai XK-F358 sous les projecteurs
Impossible de comprendre cette évolution sans parler du modem mesh XK-F358 fabriqué par Shenzhen Xingkai Technology Co., Ltd. Parfois étiqueté HX-50 dans sa version industrielle, ce composant chinois transforme les Shahed en plateformes pilotables à distance. Le système permet à chaque drone d’agir comme un relais pour les autres, créant un réseau sans fil dynamique qui s’étend sur des centaines de kilomètres — de la base russe jusqu’aux cibles ukrainiennes.
Defense Express rapportait dès septembre 2025 que ces modems mesh apparaissaient de plus en plus fréquemment sur les Geran-2 — la version russe du Shahed-136 iranien. Initialement repérés sur les drones légers Gerbera à coque en mousse, ils ont migré vers les Shahed en juillet. En septembre, les analystes concluaient que la modification était devenue standard. Une caméra de surveillance basique, montée à l’avant du drone, permet un contrôle visuel du vol et des corrections de trajectoire en temps réel.
La question de la transmission des données
Comment la Russie transmet-elle ces données sur des centaines de kilomètres? Plusieurs hypothèses circulent. La première évoque des stations relais au sol pré-positionnées, potentiellement installées par des réseaux d’agents. La seconde suggère une chaîne mesh aérienne où chaque drone de l’essaim relaie le signal au suivant. Techniquement faisable mais exigeant une coordination précise et un grand nombre de drones.
L’équipement électronique retrouvé sur ces Shahed modifiés raconte son histoire : un micro-ordinateur Raspberry Pi 4, un traceur, deux modems GSM pour la télémétrie. Les composants proviennent des États-Unis, de Chine, de Suisse, de Taïwan, du Japon, d’Allemagne et du Royaume-Uni. Dans le détecteur optique du missile Verba, on a même retrouvé un convertisseur de puissance de la société suisse Traco Power. Les sanctions? Apparemment insuffisantes pour bloquer l’approvisionnement.
Chaque fois qu’on examine les entrailles d’une arme russe moderne, on y trouve des composants occidentaux. Chaque fois. La mondialisation des chaînes d’approvisionnement joue contre nous. Et le pire, c’est que tout le monde le sait, mais personne ne semble capable d’y remédier vraiment.
Section 5 : Les hélicoptères ukrainiens dans la ligne de mire
Les héros méconnus de la défense anti-drone
Depuis des mois, les équipages d’hélicoptères ukrainiens accomplissent un travail remarquable et dangereux. Les Mi-8 de transport et les Mi-24 de combat ont accumulé des dizaines de victoires contre les Shahed, les mitraillant avec des PKT, des M134 Minigun et même des canons de 30 mm. Un travail de précision qui exige de s’approcher à quelques centaines de mètres d’une bombe volante. Risqué. Mais dévastateur d’efficacité.
L’avertissement de Serhii Beskrestnov aux pilotes était sans ambiguïté : « Je demande aux pilotes de l’aviation de l’armée de prendre note de l’émergence de cette nouvelle menace. Vous devez éviter d’approcher le Shahed de face et être plus prudents avec ceux qui volent en cercle. » Ce dernier détail révèle tout : un Shahed décrivant des cercles ne cherche plus sa cible au sol. Il attend. Il guette. L’hélicoptère qui viendra l’intercepter devient la proie.
Le piège se referme
La tactique est diaboliquement simple. Lancez un essaim de 500 drones. Armez-en 5% avec des missiles. Ça fait 25 menaces potentielles que chaque équipage d’hélicoptère doit considérer comme mortelles. L’incertitude seule suffit à modifier les comportements. Approches plus prudentes. Distances d’engagement plus grandes. Moins d’interceptions réussies. Plus de Shahed atteignant leurs cibles.
Le risque de perdre un hélicoptère de plusieurs millions de dollars et son équipage face à un drone de 20 000 dollars bouleverse fondamentalement le calcul coût-bénéfice des opérations. Les Mi-8 et Mi-24 ne peuvent plus être envoyés en routine contre les essaims de Shahed. Pas quand chaque drone pourrait potentiellement riposter.
Je pense à ces pilotes qui, nuit après nuit, décollent pour chasser les drones russes. Leur courage est immense. Mais le courage ne suffit pas quand l’ennemi change les règles du jeu. La guerre leur demande maintenant non seulement d’être braves, mais aussi d’être devin. De savoir lequel de ces engins va leur tirer dessus.
Section 6 : Le bataillon Darknode, rempart contre la menace
L’élite de la défense anti-drone ukrainienne
Ce n’est pas un hasard si le même bataillon intercepte ces Shahed armés à répétition. Le bataillon Darknode de la 412e brigade Nemesis des Forces de systèmes sans pilote s’est imposé comme la première force anti-drone d’Ukraine. Plus de 1 500 drones d’attaque ennemis interceptés depuis le début de leurs opérations. Un bilan qui parle de lui-même. Leur commandant, Oleksandr Yarmak, résumait récemment : « Les drones intercepteurs ne sont plus seulement une alternative à la défense antiaérienne traditionnelle — ils changent la donne. »
La 412e brigade Nemesis opère sur l’ensemble du front ukrainien. Elle emploie tout le spectre des véhicules aériens sans pilote : drones kamikazes, drones d’attaque à voilure fixe, drones de reconnaissance, bombardiers lourds et intercepteurs. Depuis 2022, ils ont détruit pour plus de 3 milliards de dollars d’équipements ennemis, incluant plus de 40 systèmes de défense antiaérienne et 3 000 pièces d’artillerie. Des chiffres qui donnent le vertige.
Une campagne de financement record
Le bataillon se trouve actuellement au cœur d’une campagne de financement de 1 milliard de hryvnias — environ 30 millions de dollars américains — la plus importante de l’histoire de la défense ukrainienne. Lancée conjointement avec la Fondation Serhiy Prytula et le Congrès mondial ukrainien, cette initiative vise à équiper les unités de première ligne en drones intercepteurs, outils de communication et équipements techniques. Quinze formations recevront les premiers équipements, dont la 412e brigade Nemesis, le bataillon Signum, la division de défense antiaérienne Azov et plusieurs autres unités.
Les entreprises technologiques militaires ukrainiennes ont développé des intercepteurs avancés déjà prouvés au combat. La Fondation Prytula a testé de nombreux systèmes anti-drones avant de sélectionner les plus efficaces. Les intercepteurs Sting de Wild Hornets et les drones Octopus produits en masse avec le Royaume-Uni affichent des taux de réussite de 80 à 90% entre les mains de pilotes expérimentés.
Ces hommes et ces femmes du bataillon Darknode incarnent ce que l’Ukraine a de meilleur à offrir dans cette guerre. Adaptables. Ingénieux. Déterminés. Face à chaque nouvelle menace russe, ils trouvent une parade. Mais ils ne peuvent pas y arriver seuls. Le monde doit continuer à les soutenir.
Section 7 : La contre-offensive technologique ukrainienne
Des intercepteurs à 2 500 dollars contre des drones à 35 000 dollars
Voici l’ironie de la situation : en armant ses Shahed de missiles, la Russie joue contre son propre avantage stratégique. Un Shahed standard coûte entre 20 000 et 35 000 dollars à produire. Ajoutez un missile R-60, vous augmentez le poids et la complexité. Ajoutez un MANPADS Verba, potentiellement 10 000 à 50 000 dollars supplémentaires selon la variante. Un utilisateur sur X résumait parfaitement l’absurdité : « Au lieu de fabriquer 3 fois plus de Shahed, ils en font un 3 fois plus cher. »
La valeur stratégique des Shahed repose entièrement sur leur capacité à submerger les défenses ukrainiennes par le volume à faible coût. La Russie produit plus de 200 Shahed par jour, lançant des vagues de 500 à 700 drones pour épuiser les stocks coûteux d’intercepteurs ukrainiens. Armer des Shahed individuels avec des missiles sape cet avantage fondamental. À moins que…
Le calcul asymétrique
À moins que l’objectif ne soit pas d’armer tous les Shahed. Si 5% d’un essaim de 500 drones portent des missiles, ça représente 25 menaces potentielles. L’incertitude force des tactiques plus prudentes. Moins d’interceptions. Plus de Shahed atteignant leurs objectifs. Le calcul pourrait se tenir. Mais il existe une parade : les intercepteurs à très faible coût. Un drone Sting à 2 500 dollars détruisant un Shahed armé à 35 000 dollars reste une victoire massive pour l’Ukraine.
C’est la validation ultime de la stratégie ukrainienne axée sur les drones. L’avenir du combat aérien ne concerne plus seulement les drones attaquant des cibles au sol. Il s’agit de drones combattant des drones. La Russie vient de le confirmer en armant les siens.
La guerre des drones ressemble de plus en plus à un jeu d’échecs à très haute vitesse. Chaque coup appelle une riposte. Chaque innovation déclenche une contre-innovation. Et au milieu de tout ça, des vies humaines qui dépendent de qui aura le meilleur algorithme, le meilleur composant, le meilleur pilote à distance.
Section 8 : L'Ukraine a montré la voie en mer Noire
Quand les drones navals ont abattu un Su-30
La Russie ne fait qu’appliquer une leçon que l’Ukraine lui a enseignée. Quand les hélicoptères russes ont commencé à décimer les drones navals ukrainiens en mer Noire, Kiev a répondu en armant ses USV — véhicules de surface sans pilote — de missiles de défense aérienne. Le résultat? En mai 2025, un drone naval ukrainien équipé d’un missile R-73 a abattu un chasseur Su-30 russe à 50 millions de dollars. Une première mondiale : un drone naval détruisant un avion de combat.
Moscou applique maintenant la même logique à la guerre aérienne. Les hélicoptères ukrainiens déchiquettent les essaims de Shahed? Faites riposter les Shahed. C’est de la guerre asymétrique jusqu’au bout. Et ça fonctionne dans les deux sens. Chaque camp cherche la faille de l’autre, l’exploite, puis regarde l’adversaire s’adapter.
Un cercle vicieux d’innovation
Les modifications russes sur les Shahed suivent une progression logique. D’abord les caméras arrière pour repérer les intercepteurs ukrainiens. Puis les modems mesh pour le contrôle à distance. Ensuite les missiles R-60. Maintenant les MANPADS Verba. À chaque amélioration ukrainienne de l’interception, la Russie répond par une amélioration de la létalité de ses drones.
Les spécialistes ukrainiens documentent systématiquement ces modifications pour adapter leurs tactiques et procédures défensives. Le portail War&Sanctions du renseignement militaire ukrainien trace les chaînes d’approvisionnement, suit les entités sanctionnées et répertorie les composants étrangers trouvés sur les armes russes. Le travail de fourmi d’analystes qui savent que chaque détail peut sauver des vies.
On assiste en direct à l’évolution accélérée de la guerre. Ce que les théoriciens militaires mettaient des décennies à conceptualiser se produit maintenant en semaines. C’est fascinant du point de vue analytique. C’est terrifiant du point de vue humain.
Section 9 : Les vulnérabilités du système russe
Des composants sous sanctions mais toujours disponibles
Le talon d’Achille des Shahed armés reste leur dépendance aux composants étrangers. Le modem XK-F358 de Xingkai Tech — officiellement sanctionné par les États-Unis depuis 2024 — continue d’affluer vers la Russie. L’importateur principal, LT Global Forwarding, basé à Naberejnye Tchelny en République du Tatarstan, a importé pour 1,9 million de dollars de dispositifs de traitement de données et d’antennes Xingkai en 2023 seulement. La société, spécialisée dans le transport international, possède des filiales en Chine, en Biélorussie et au Kazakhstan.
Les moteurs DLE60 qui propulsent les drones Gerbera proviennent de Mile Hao Xiang Technology Co., Ltd, un fabricant chinois sanctionné par les États-Unis en 2024 pour son rôle dans l’approvisionnement de la Russie. Les fuselages sont basés sur un prototype chinois développé par Skywalker Technology Co., Ltd, qui organise les livraisons de kits vers la Russie. L’analyse des drones abattus révèle l’intégration de composants électroniques de Analog Devices et Texas Instruments.
Des failles exploitables
La transmission des données reste le point faible du système. Si l’Ukraine parvient à localiser et détruire les stations relais au sol — qu’elles soient fixes ou mobiles — la chaîne de contrôle s’effondre. Le brouillage électronique ciblant les fréquences des modems mesh pourrait également neutraliser la capacité de pilotage à distance. Sans contrôle humain, le Shahed armé perd sa capacité à engager des cibles aériennes et redevient une simple munition rodeuse autonome.
Les forces ukrainiennes de guerre électronique travaillent déjà sur ces contre-mesures. L’expert Serhii « Flash » Beskrestnov et son réseau d’analystes démontent méthodiquement chaque drone récupéré, identifient les composants, tracent les chaînes d’approvisionnement et cherchent les vulnérabilités. C’est une course contre la montre technologique où chaque information peut faire basculer l’équilibre.
Les sanctions ne fonctionnent que si elles sont appliquées. Et manifestement, des failles béantes permettent aux composants occidentaux et chinois de continuer à alimenter la machine de guerre russe. Il serait temps que les gouvernements concernés prennent la mesure du problème.
Section 10 : Les implications pour l'avenir du combat aérien
La fin des interceptions héliportées de routine?
Ce développement marque probablement la fin des interceptions héliportées de routine contre les Shahed. Le risque de perdre un appareil de plusieurs millions et son équipage face à un drone bon marché est désormais trop élevé pour les opérations standard. L’Ukraine sera forcée d’accélérer sa transition vers la guerre drone contre drone. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
Les intercepteurs Sting à 2 500 dollars et les drones Octopus produits en masse prouvent déjà leur efficacité dévastatrice contre les essaims de Shahed. Avec des taux de réussite de 80 à 90% entre les mains de pilotes expérimentés, ces systèmes offrent un rapport coût-efficacité imbattable. Un drone à 2 500 dollars détruisant un Shahed armé à 35 000 dollars représente une victoire économique massive.
Drones contre drones : le nouveau paradigme
L’avenir du combat aérien se dessine clairement. Il ne s’agit plus seulement de drones attaquant des cibles terrestres. Il s’agit de drones combattant des drones. De plateformes autonomes ou télécommandées s’affrontant dans des duels à haute vitesse où l’avantage va au plus rapide, au plus agile, au mieux connecté. Les équipages humains supervisent, mais les machines exécutent.
La Geran-3 — version russe du Shahed-238 iranien à réacteur — a déjà été interceptée par un drone Sting ukrainien. Les plateformes évoluent. Les capacités augmentent. La course technologique s’accélère. Et quelque part dans ce tourbillon d’innovation, la nature même de la guerre aérienne se transforme sous nos yeux.
Nous vivons un moment charnière de l’histoire militaire. Les manuels de tactique devront être réécrits. Les doctrines repensées. Les arsenaux reconçus. Et tout cela se produit en temps réel, sur un champ de bataille où chaque erreur se paie en vies humaines.
Section 11 : Ce que révèle cette escalade sur la stratégie russe
Un aveu de faiblesse déguisé en force
L’histoire véritable n’est pas que la Russie a armé un drone avec un missile. C’est que la campagne anti-drone ukrainienne est devenue si efficace que Moscou est prêt à sacrifier l’avantage fondamental du Shahed — la production de masse à faible coût — juste pour ralentir le taux d’interception. Quand votre ennemi commence à rendre ses armes jetables plus chères spécifiquement pour contrer vos défenses, ce n’est pas un signe de force. C’est une adaptation sous pression.
La Russie produit peut-être 200 Shahed par jour. Mais si l’Ukraine en intercepte 80% avec des drones à 2 500 dollars, le calcul économique devient catastrophique pour Moscou. Armer quelques Shahed avec des MANPADS Verba à 30 000 dollars pièce pour forcer des changements tactiques ukrainiens pourrait sembler logique à court terme. Mais ça ne résout pas le problème fondamental : l’Ukraine s’adapte plus vite que la Russie ne peut escalader.
Une guerre d’usure technologique
Chaque modification russe des Shahed répond à une amélioration ukrainienne de l’interception. Les caméras arrière ont suivi l’émergence des drones intercepteurs. Les modems mesh ont répondu au besoin de contrôle après les succès du brouillage ukrainien. Les missiles air-air réagissent directement à l’efficacité des hélicoptères chasseurs. C’est une spirale d’action-réaction où le vainqueur sera celui qui innovera le plus vite au moindre coût.
L’industrie militaire ukrainienne — soutenue par ses partenaires occidentaux — semble pour l’instant tenir le rythme. Les startups comme Wild Hornets développent des solutions agiles. La 412e brigade Nemesis perfectionne ses tactiques. Le bataillon Darknode accumule l’expérience. Mais cette course ne s’arrêtera pas de sitôt.
La guerre en Ukraine est devenue un laboratoire grandeur nature pour les technologies militaires du 21e siècle. Chaque innovation y est testée, validée ou rejetée en conditions réelles. Le monde entier observe et prend des notes. Y compris ceux qui pourraient un jour devenir nos adversaires.
Section 12 : Les leçons pour l'OTAN et ses alliés
Repenser la défense antiaérienne
Les forces de l’OTAN devraient prêter une attention particulière à ces développements. Si des Shahed modifiés peuvent menacer les hélicoptères ukrainiens, ils peuvent tout aussi bien menacer les appareils occidentaux. La doctrine de défense antiaérienne traditionnelle — basée sur des missiles sol-air coûteux et des intercepteurs pilotés — doit intégrer cette nouvelle réalité. Les essaims de drones armés de MANPADS représentent une menace que peu de systèmes actuels sont conçus pour contrer.
Le besoin d’intercepteurs à faible coût devient criant. Les systèmes Patriot ou SAMP/T ne peuvent pas être utilisés contre des drones à 20 000 dollars sans provoquer un effondrement économique des stocks de missiles. Il faut des solutions alternatives. Des solutions que l’Ukraine développe actuellement dans le feu de l’action, avec le sang de ses soldats.
La chaîne d’approvisionnement comme champ de bataille
La présence systématique de composants occidentaux dans les armes russes soulève des questions urgentes. Les régimes de sanctions actuels présentent des failles béantes. Les circuits d’importation via la Chine, le Kazakhstan et la Biélorussie fonctionnent à plein régime. Les entreprises chinoises comme Xingkai Tech fournissent les technologies clés sans entrave apparente.
Tant que ces flux ne seront pas effectivement interrompus, la Russie continuera d’améliorer ses systèmes d’armes. Les modem mesh d’aujourd’hui. Les MANPADS sur drones de demain. Peut-être des systèmes encore plus sophistiqués après-demain. La bataille technologique se gagne aussi dans les douanes, les banques et les conseils d’administration.
Il est facile de regarder cette guerre de loin et de la considérer comme un problème ukrainien. Elle ne l’est pas. Chaque innovation testée là-bas finira par se retrouver sur d’autres champs de bataille. Chaque leçon non tirée aujourd’hui sera payée plus cher demain. L’Ukraine nous offre un aperçu de l’avenir de la guerre. À nous de décider si nous voulons le regarder passivement ou nous y préparer activement.
Conclusion : L'aube d'une nouvelle ère du combat aérien
Un point de non-retour a été franchi
Le 4 janvier 2026 restera comme une date charnière. Le jour où un drone kamikaze de 20 000 dollars équipé d’un missile de dernière génération a menacé des aéronefs valant des millions. Le jour où la frontière entre plateforme d’attaque et système de défense aérienne s’est définitivement brouillée. Le jour où la guerre des drones a pris une dimension nouvelle, plus létale, plus imprévisible.
Les forces ukrainiennes ont prouvé leur capacité d’adaptation. Le bataillon Darknode a intercepté ce Shahed armé comme il en a intercepté plus de 1 500 avant lui. Mais la menace existe. Elle est réelle. Elle évoluera. Et elle exigera des réponses toujours plus sophistiquées, toujours plus rapides, toujours plus innovantes.
Ce que demain nous réserve
Les analystes s’attendent à voir ces Shahed armés se multiplier. Pas tous — probablement une fraction de chaque essaim. Suffisamment pour créer l’incertitude. Pour modifier les comportements. Pour forcer l’Ukraine à trouver de nouvelles parades. La course technologique continuera. Les drones combattront les drones. Les missiles traqueront les aéronefs. Et quelque part au milieu de tout cela, des hommes et des femmes risqueront leur vie pour défendre leur pays.
L’Ukraine a démontré que l’innovation et la détermination peuvent compenser les désavantages numériques et économiques. Mais cette démonstration a un coût. Un coût humain que les statistiques ne captureront jamais entièrement. Un coût que le monde libre devrait aider à alléger, maintenant plus que jamais.
Je termine cet article avec un sentiment mêlé. L’admiration pour le courage et l’ingéniosité des défenseurs ukrainiens. L’inquiétude face à l’escalade technologique qui ne montre aucun signe de ralentissement. Et la conviction profonde que ce qui se joue là-bas nous concerne tous. Les drones qui chassent les drones aujourd’hui à Kyiv voleront demain au-dessus d’autres capitales. La question n’est pas de savoir si, mais quand. Et ce que nous aurons appris d’ici là.
Sources
Sources primaires
Serhii « Flash » Beskrestnov, expert ukrainien en guerre électronique, publication Telegram du 4 janvier 2026. Forces des systèmes sans pilote des Forces armées ukrainiennes, communiqué officiel du 4-5 janvier 2026. Militarnyi, « Russian 9K333 Verba MANPADS Mounted on Shahed Drone Shot Down by Darknode Battalion Soldiers », 5 janvier 2026. Ukrainska Pravda, « Man-portable air defence system found on Russian Shahed-type drone for first time », 4 janvier 2026. Defence Intelligence of Ukraine (HUR), rapport War&Sanctions sur le Geran-2 série E équipé du R-60, 15 décembre 2025.
Sources secondaires
DroneXL, « Shahed Drones Now Shoot Back: Russia Arms Kamikaze With MANPADS », 4 janvier 2026. Defence Blog, « Russia arms Shahed strike drones with MANPADS », 4 janvier 2026. Interesting Engineering, « Russian Shahed drone found carrying man-portable air-defense system », 5 janvier 2026. United24 Media, « Russia Mounts Verba MANPADS on Shahed Drones, Creating Flying Anti-Air Threat », 5 janvier 2026. The War Zone, « Russian Shahed-136 Kamikaze Drones Now Armed With Air-To-Air Missiles », 1er décembre 2025. Kyiv Post, « Intel: Russia Arms Shahed Drones With Air-to-Air Missiles », 15 décembre 2025. Defence Express, « Russian Shahed Drones Now Equipped with Mesh Modems and Cameras, Wreckage Analysis Shows », septembre 2025. Army Technology, « Verba 9K333 Man-Portable Air Defence System (MANPADS) », juin 2021. GlobalSecurity.org, « SA-25 Verba 9K333 ». Wikipedia, « 9K333 Verba », mise à jour octobre 2025.
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