33 assauts repoussés
Pokrovsk. Ce nom revient dans tous les rapports militaires comme un leitmotiv obsédant. Le 8 janvier, ce secteur a absorbé 33 assauts russes — le chiffre le plus élevé de tout le front. Pourquoi tant d’acharnement ? Parce que Pokrovsk n’est pas n’importe quelle ville. C’est un hub logistique crucial, un nœud ferroviaire et routier qui alimente les forces ukrainiennes dans toute la région. Sa chute ouvrirait une brèche béante dans les défenses ukrainiennes et permettrait aux Russes de progresser vers l’ouest. Moscou le sait. Kyiv le sait. Et les soldats qui se battent là-bas le savent aussi.
Les Russes ont jeté tout ce qu’ils avaient sur Pokrovsk. Infanterie, blindés, artillerie, aviation — tout y est passé. Les combats se sont concentrés autour de plusieurs localités clés : Nykonorivka au nord, Chervonyi Lyman à l’est, Rodynske et Myrnohrad au sud. Chaque village, chaque hameau est devenu un champ de bataille. Les défenseurs ukrainiens ont utilisé chaque maison, chaque fossé, chaque ligne d’arbres comme position défensive. Et ils ont tenu. Les 33 assauts ont été repoussés. Tous. Certains au corps à corps, d’autres à coups de drones et d’artillerie. Mais tous repoussés.
Quand je pense à Pokrovsk, je pense à ces soldats ukrainiens qui savent exactement ce qu’ils défendent. Ce n’est pas juste une ville. C’est la ligne rouge. Si Pokrovsk tombe, c’est toute une région qui bascule. Alors ils tiennent. Ils encaissent vague après vague, assaut après assaut. Et moi, assis derrière mon écran, je me demande comment ils font. Comment on trouve la force de se relever après le 20ème assaut de la journée, de recharger son arme, de reprendre position, et d’attendre le suivant. C’est au-delà de l’héroïsme. C’est de la pure volonté de survie. Et de victoire.
Les villes sous le feu
Autour de Pokrovsk, une constellation de villages et de petites villes subit le même traitement. Kotlyne, Udachne, Molodetske, Filiia, Dachne — ces noms apparaissent dans les rapports quotidiens comme des points chauds permanents. À Myrnohrad, ville de taille moyenne située à quelques kilomètres au sud de Pokrovsk, les habitants qui n’ont pas encore évacué vivent dans un état de siège permanent. Les bombardements sont quotidiens. Les alertes aériennes se succèdent sans interruption. La vie normale n’existe plus.
Selon les données de l’État-major ukrainien, la population de Pokrovsk elle-même est passée de plus de 60 000 habitants avant l’invasion à environ 1 250 personnes fin octobre. Ceux qui restent sont soit trop âgés pour partir, soit trop têtus pour abandonner leur maison. Ils vivent dans les caves, sortent entre deux bombardements pour chercher de l’eau et de la nourriture, et prient pour que la prochaine salve ne tombe pas sur leur toit. C’est une existence de survie pure, dans une ville transformée en forteresse assiégée. Les rues sont désertes. Les bâtiments portent les cicatrices des obus. Et pourtant, la ville tient. Parce que ses défenseurs tiennent.
Le carnage russe continue
1030 soldats perdus en une journée
Parlons maintenant du prix que les Russes paient pour cette offensive. Le 9 janvier 2026, l’État-major ukrainien a publié les chiffres des pertes russes pour la journée du 8 janvier : 1 030 soldats tués ou blessés. En une seule journée. Mille trente hommes. Des fils, des pères, des frères. Envoyés au casse-pipe par des généraux qui dorment dans des lits confortables loin du front. Ces hommes sont morts pour gagner quelques centaines de mètres de terrain dévasté, pour prendre un village en ruines, pour planter un drapeau sur un tas de décombres.
Depuis le début de l’invasion le 24 février 2022, les pertes russes en personnel ont atteint un chiffre vertigineux : 1 216 930 soldats. Plus d’un million deux cent mille hommes. Tués, blessés, capturés, disparus. C’est une hémorragie qui ne s’arrête pas. Chaque jour, les chiffres augmentent. Chaque jour, de nouveaux cercueils rentrent en Russie — quand ils rentrent. Beaucoup de corps ne seront jamais récupérés, laissés à pourrir dans les champs ukrainiens, dans les tranchées, dans les forêts. Selon Ukrainska Pravda, qui cite l’État-major, ces pertes incluent également du matériel lourd : 5 chars, 8 véhicules blindés, 18 systèmes d’artillerie, et 687 drones détruits en une seule journée.
Le prix du sang
Ces chiffres sont tellement énormes qu’ils en deviennent abstraits. 1 030 hommes en un jour. Essayez de visualiser ça. C’est l’équivalent d’un bataillon entier effacé en 24 heures. C’est plus que les pertes américaines pendant toute la guerre du Golfe de 1991. En une journée. Et ce n’est pas une exception — c’est devenu la norme. Les jours précédents, les pertes russes tournaient autour de 1 400 soldats par jour. C’est une boucherie industrielle, une guerre d’attrition où Moscou semble prêt à sacrifier autant d’hommes qu’il faudra pour avancer de quelques kilomètres.
Mais voilà le problème pour les Russes : ces pertes ne sont pas soutenables. Même pour un pays de 144 millions d’habitants, perdre plus de 1 000 hommes par jour finit par peser. Les réservistes s’épuisent. Les nouvelles recrues sont de moins en moins bien formées. L’équipement se dégrade. Les chars modernes sont remplacés par des vieux T-62 sortis des stocks soviétiques. Les uniformes manquent. Les rations aussi. Et pendant ce temps, les familles russes reçoivent des lettres officielles leur annonçant que leur fils, leur mari, leur père ne reviendra pas. Ou pire — qu’il est porté disparu, laissant planer un doute atroce qui ne se refermera jamais.
Huliaipole, le second front de l'horreur
21 attaques dans le secteur
Si Pokrovsk est l’épicentre de la violence, Huliaipole n’est pas loin derrière. Ce secteur, situé dans la région de Zaporizhzhia, a subi 21 attaques russes le 8 janvier. Les combats se sont concentrés près de Solodke, Huliaipole et Varvarivka. Pourquoi les Russes s’acharnent-ils ici ? Parce que Huliaipole contrôle une route stratégique vers Zaporizhzhia, la capitale régionale. Si ce secteur tombe, les Russes peuvent menacer directement la ville et couper les lignes de ravitaillement ukrainiennes vers le sud.
Les défenseurs de Huliaipole font face à une pression constante. Contrairement à Pokrovsk, où les combats sont concentrés autour de points urbains, ici le terrain est plus ouvert — des champs, des collines douces, peu de couvert naturel. Cela favorise les attaques blindées russes, qui peuvent déployer leurs chars et leurs véhicules de combat d’infanterie avec plus de liberté. Mais cela favorise aussi les défenseurs ukrainiens, qui utilisent des drones anti-chars et des missiles guidés pour détruire les colonnes russes à distance. Chaque attaque russe se transforme en un jeu mortel du chat et de la souris, où les deux camps tentent de s’outrepasser tactiquement.
La pression s’intensifie au sud
Le secteur de Huliaipole fait partie d’un front plus large qui s’étend vers le sud jusqu’à la mer d’Azov. Dans le secteur d’Orikhiv, les Ukrainiens ont repoussé une attaque russe près de Mali Shcherbaky. Plus au sud encore, dans le secteur du Dniepr (Prydniprovske), trois attaques ont été repoussées en direction du pont Antonivskyi. Les Russes testent les défenses ukrainiennes sur toute la longueur du front sud, cherchant un point faible, une faille qu’ils pourraient exploiter.
Mais jusqu’à présent, ils n’en ont pas trouvé. Les forces ukrainiennes, bien que étirées et fatiguées, maintiennent leurs positions. Elles utilisent la géographie à leur avantage — les rivières, les canaux, les zones inondées — pour canaliser les attaques russes vers des zones de mort préparées. Chaque pont, chaque gué, chaque passage est couvert par l’artillerie et les drones. Les Russes avancent, se font massacrer, reculent, réorganisent, et recommencent. C’est un cycle infernal qui se répète jour après jour, semaine après semaine. Et les pertes s’accumulent des deux côtés, mais surtout du côté russe.
Kostiantynivka sous les bombes
18 engagements meurtriers
Le secteur de Kostiantynivka a connu 18 engagements le 8 janvier, faisant de cette zone l’un des points chauds du front après Pokrovsk et Huliaipole. Les combats se sont déroulés près de Kostiantynivka, Oleksandro-Shultyne, Pleshchiivka, Ivanopillia, Rusyn Yar, Sofiivka et en direction de Stepanivka. Cette constellation de villages forme une ligne défensive cruciale qui protège l’accès aux villes plus importantes situées à l’ouest.
Kostiantynivka elle-même est une ville industrielle qui a déjà beaucoup souffert depuis le début de la guerre. Les bombardements quotidiens ont transformé de nombreux quartiers en ruines. Les usines sont à l’arrêt. Les habitants vivent dans un état de tension permanente. Mais la ville tient, et ses défenseurs avec elle. Les 18 engagements du 8 janvier ont tous été repoussés, mais au prix de combats acharnés. Les Russes utilisent ici une tactique d’assauts répétés — ils attaquent, se font repousser, se regroupent, et attaquent à nouveau. L’objectif est d’épuiser les défenseurs, de les forcer à consommer leurs munitions, de les priver de sommeil et de repos.
Kostiantynivka. Un nom que peu de gens connaissaient avant cette guerre. Maintenant, c’est un symbole. Un symbole de résistance, de ténacité, de refus de plier. Les soldats qui défendent cette ville savent qu’ils ne font pas les gros titres. Pokrovsk attire toute l’attention. Mais eux, ils tiennent leur bout de front avec la même détermination. 18 engagements en une journée. Imaginez la fatigue. Imaginez le stress. Imaginez l’adrénaline qui monte et redescend, encore et encore, jusqu’à ce que votre corps ne sache plus s’il doit trembler ou se figer. Et pourtant, ils tiennent. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que derrière eux, il y a leurs familles, leurs maisons, leur pays. Alors ils tiennent.
Les villages qui résistent
Autour de Kostiantynivka, chaque village est devenu une mini-forteresse. Oleksandro-Shultyne, Pleshchiivka, Ivanopillia — ces noms n’évoquent rien pour la plupart des gens. Mais pour les soldats qui s’y battent, ce sont des positions vitales. Chaque maison, chaque grange, chaque cave peut servir de point d’appui défensif. Les Ukrainiens ont appris à transformer le moindre élément du terrain en avantage tactique. Un fossé devient une tranchée. Un mur de pierre devient un abri. Un grenier devient un poste d’observation.
Les Russes, de leur côté, avancent avec une brutalité méthodique. Ils pilonnent d’abord les positions avec l’artillerie, tentant de détruire les défenses et de démoraliser les défenseurs. Puis ils envoient l’infanterie, souvent appuyée par des blindés. Mais les Ukrainiens ont développé des tactiques efficaces pour contrer ces assauts. Ils laissent les Russes s’approcher, puis les frappent avec des drones FPV, des missiles anti-chars, et des tirs d’artillerie de précision. Les pertes russes sont lourdes. Mais ils continuent d’attaquer. Encore et encore. Parce que c’est la seule stratégie qu’ils connaissent — avancer, peu importe le coût.
Le déluge aérien russe
126 bombes guidées en une nuit
Le 8 janvier, l’aviation russe a largué 126 bombes guidées sur les positions et les villes ukrainiennes. 126. En une seule journée. Ces bombes, souvent des FAB-500 ou des FAB-1500 (500 kg et 1500 kg d’explosifs), sont des armes dévastatrices. Quand une de ces bombes touche un bâtiment, elle ne le détruit pas — elle le pulvérise. Elle transforme du béton en poussière, de l’acier en ferraille tordue, des vies en statistiques.
Les cibles incluaient des positions militaires, bien sûr, mais aussi des infrastructures civiles. Yuliivka, Rizdvianka, Hirkove, Verkhnia Tersa, Liubytske, Dorozhnianka, Zaliznychne dans la région de Zaporizhzhia, et même Zatoka dans la région d’Odesa — toutes ont été frappées. Les Russes utilisent ces bombes guidées pour compenser leur incapacité à percer les défenses ukrainiennes au sol. Si l’infanterie ne peut pas avancer, on rase tout depuis les airs. C’est une tactique de terre brûlée, une stratégie qui vise à rendre le terrain invivable, à forcer les défenseurs à abandonner leurs positions non pas par défaite militaire, mais par impossibilité de survivre.
6482 drones kamikazes lâchés
Mais les bombes guidées ne sont qu’une partie de l’arsenal aérien russe. Le 8 janvier, les Russes ont également déployé 6 482 drones kamikazes. Oui, vous avez bien lu. Six mille quatre cent quatre-vingt-deux drones. En une journée. Ces petits engins, souvent des Shahed-136 iraniens ou leurs copies russes, sont devenus l’arme de prédilection de Moscou. Ils sont bon marché, faciles à produire en masse, et terriblement efficaces. Ils volent bas, lentement, et explosent au contact de leur cible.
Les défenses aériennes ukrainiennes travaillent sans relâche pour les abattre. Selon les rapports, elles ont détruit 226 drones et missiles lors de cette vague d’attaques. Mais même avec un taux d’interception impressionnant, des dizaines de drones passent à travers. Ils frappent des dépôts de munitions, des postes de commandement, des ponts, des centrales électriques. Chaque drone qui passe est une petite victoire pour les Russes, une petite défaite pour l’Ukraine. Et avec 6 482 drones lancés, même un faible pourcentage de réussite représente des dégâts considérables. C’est une guerre d’usure aérienne, où les Russes parient sur le fait qu’ils peuvent produire des drones plus vite que les Ukrainiens ne peuvent les abattre.
Les autres secteurs en feu
Kupiansk, Lyman, Sloviansk
Pendant que Pokrovsk, Huliaipole et Kostiantynivka absorbaient le gros de la pression russe, d’autres secteurs du front n’étaient pas épargnés. Dans le secteur de Kupiansk, les forces russes ont attaqué six fois, visant Kupiansk, Kurylivka, Petropavlivka et Nova Kruhliakivka. Toutes les attaques ont été repoussées. Dans le secteur de Lyman, l’ennemi a lancé 10 attaques, tentant de percer vers Drobysheve, Lyman, Stavky et Novoselivka. Échec total.
Le secteur de Sloviansk a vu quatre attaques ennemies repoussées près de Siversk, Dronivka et Fedorivka. Dans le secteur de Kramatorsk, aucune action offensive russe n’a été signalée — un rare moment de calme relatif sur un front qui ne connaît presque jamais de répit. Ces secteurs, bien que moins médiatisés que Pokrovsk, sont tout aussi cruciaux. Chaque kilomètre de front doit être défendu. Chaque position doit être tenue. Parce qu’une percée n’importe où peut avoir des conséquences catastrophiques sur l’ensemble de la ligne défensive.
La ligne qui tient
Ce qui est remarquable dans ces rapports quotidiens, c’est la constance de la défense ukrainienne. Jour après jour, secteur après secteur, les attaques russes sont repoussées. Oui, les Russes gagnent du terrain — quelques centaines de mètres ici, un village là. Mais au prix de pertes colossales. Et surtout, ils n’arrivent pas à percer. Ils n’arrivent pas à créer cette brèche décisive qui leur permettrait d’exploiter en profondeur, d’encercler des unités ukrainiennes, de provoquer un effondrement de la ligne.
Les Ukrainiens ont appris à défendre en profondeur. Ils ont des lignes de défense successives, des positions de repli préparées, des réserves mobiles prêtes à contre-attaquer. Quand une position devient intenable, ils se replient de manière ordonnée vers la ligne suivante, infligeant des pertes maximales à l’ennemi pendant le repli. C’est une défense élastique, qui plie mais ne rompt pas. Et c’est cette capacité à absorber les coups, à encaisser la pression, et à continuer de se battre qui fait toute la différence entre une armée qui tient et une armée qui s’effondre.
La riposte ukrainienne
Trois cibles russes détruites
Pendant que les Russes attaquaient sur tous les fronts, les Ukrainiens ne restaient pas passifs. Les troupes de missiles et d’artillerie ukrainiennes ont frappé trois cibles ennemies le 8 janvier : deux zones de concentration de personnel et un poste de commandement de drones. Ces frappes, bien que moins spectaculaires que les assauts massifs russes, sont cruciales. Détruire une zone de concentration de personnel signifie tuer ou blesser des dizaines, voire des centaines de soldats russes avant même qu’ils ne lancent leur attaque. Détruire un poste de commandement de drones perturbe les opérations russes, les prive de renseignement, et réduit leur capacité à coordonner leurs assauts.
Ces frappes de précision sont le résultat d’un travail de renseignement minutieux. Les Ukrainiens utilisent des drones de reconnaissance, des satellites, des interceptions de communications, et des informations fournies par des partisans locaux pour localiser les cibles russes. Une fois la cible identifiée, ils frappent rapidement avec de l’artillerie à longue portée, des missiles, ou des drones kamikazes. C’est une guerre de l’information autant qu’une guerre de feu. Celui qui voit l’ennemi en premier, qui frappe en premier, a un avantage décisif.
Ces trois frappes ukrainiennes, elles ne font pas les gros titres. On parle des 161 affrontements, des 33 assauts sur Pokrovsk, des 1030 soldats russes tués. Mais ces trois frappes, elles comptent autant. Peut-être même plus. Parce qu’elles montrent que l’Ukraine ne se contente pas de défendre. Elle frappe. Elle riposte. Elle fait mal. Et ça, c’est crucial pour le moral. Pour les soldats qui tiennent les tranchées, savoir que leur artillerie frappe l’ennemi, que leurs missiles détruisent les postes de commandement russes, ça change tout. Ça leur rappelle qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne font pas que subir. Ils rendent les coups. Et ils les rendent bien.
Les frappes de précision
L’Ukraine a développé une capacité impressionnante à mener des frappes de précision en profondeur du territoire russe et des zones occupées. Les drones ukrainiens frappent régulièrement des dépôts de munitions, des bases aériennes, des raffineries de pétrole, et des infrastructures logistiques russes. Ces frappes, bien que souvent minimisées par la propagande russe, ont un impact réel sur la capacité de Moscou à soutenir son effort de guerre. Chaque raffinerie détruite réduit la production de carburant. Chaque dépôt de munitions qui explose prive le front de milliers d’obus. Chaque pont détruit complique la logistique russe.
Les Ukrainiens ont également reçu des systèmes d’armes occidentaux qui leur permettent de frapper avec une précision chirurgicale. Les missiles HIMARS, les Storm Shadow, les SCALP — tous ces systèmes ont prouvé leur efficacité. Ils permettent à l’Ukraine de frapper des cibles à des centaines de kilomètres de la ligne de front, forçant les Russes à disperser leurs forces, à éloigner leurs dépôts, à compliquer leur logistique. C’est une forme de guerre asymétrique où l’Ukraine, malgré son infériorité numérique, peut infliger des dégâts disproportionnés grâce à la technologie et à la précision.
Le contexte stratégique
Pourquoi Pokrovsk est crucial
Pour comprendre pourquoi les Russes s’acharnent sur Pokrovsk, il faut regarder une carte. Pokrovsk est situé à un carrefour stratégique. C’est un nœud ferroviaire et routier qui relie plusieurs axes de ravitaillement ukrainiens. Les routes qui partent de Pokrovsk alimentent les forces ukrainiennes dans tout le Donbass. Si Pokrovsk tombe, ces lignes de ravitaillement sont coupées ou gravement compromises. Les unités ukrainiennes plus à l’est se retrouveraient isolées, à court de munitions, de carburant, de nourriture.
Mais il y a plus. La chute de Pokrovsk ouvrirait la route vers Dnipro, une grande ville industrielle située plus à l’ouest. Elle permettrait également aux Russes de menacer Zaporizhzhia par le nord, créant une pression sur deux axes simultanément. C’est pour cette raison que les Russes sont prêts à sacrifier des milliers d’hommes pour prendre cette ville. Et c’est pour cette raison que les Ukrainiens sont prêts à tout pour la défendre. Pokrovsk n’est pas juste une ville. C’est une clé. Une clé qui ouvre ou ferme des portes stratégiques majeures. Et personne ne veut lâcher cette clé.
Le hub logistique menacé
Avant la guerre, Pokrovsk comptait plus de 60 000 habitants. Aujourd’hui, il n’en reste qu’environ 1 250. La ville s’est vidée. Les civils ont fui les bombardements constants. Ceux qui restent sont soit trop vieux, soit trop pauvres, soit trop têtus pour partir. Ils vivent dans les caves, sortent entre deux alertes pour chercher de l’eau et de la nourriture, et espèrent que la prochaine bombe ne tombera pas sur leur maison. C’est une vie de survie, dans une ville transformée en forteresse.
Mais malgré l’exode de la population civile, Pokrovsk reste vitale pour l’effort de guerre ukrainien. Les trains continuent d’arriver, chargés de munitions, de carburant, de vivres. Les camions militaires traversent la ville jour et nuit, transportant des troupes vers le front ou ramenant des blessés vers l’arrière. Les ateliers de réparation travaillent sans relâche pour remettre en état les véhicules endommagés. Pokrovsk est devenue une machine de guerre, un hub logistique qui pulse au rythme des besoins du front. Et tant que cette machine fonctionne, les défenseurs ukrainiens peuvent tenir. Le jour où elle s’arrête, c’est toute une section du front qui risque de s’effondrer.
Les pertes matérielles russes
Tanks, véhicules, drones
Les pertes humaines russes sont colossales, mais les pertes matérielles le sont tout autant. Le 8 janvier, les Russes ont perdu 5 chars, 8 véhicules blindés de combat, 18 systèmes d’artillerie, et 687 drones. En une seule journée. Depuis le début de l’invasion, les pertes matérielles russes ont atteint des niveaux stupéfiants : 11 526 chars, 23 882 véhicules blindés, 35 892 systèmes d’artillerie, 1 596 lance-roquettes multiples, 1 269 systèmes de défense aérienne, 434 avions, 347 hélicoptères, et 102 761 drones.
Ces chiffres sont tellement énormes qu’ils défient l’imagination. Plus de 11 000 chars détruits. La Russie est entrée en guerre avec environ 3 000 chars modernes et 10 000 chars en réserve. Elle a dû puiser dans ses stocks soviétiques, sortir des vieux T-62 et même des T-55 des années 1950. Les images de ces vieux chars rouillés sur les champs de bataille ukrainiens sont devenues un symbole de l’épuisement des ressources russes. Moscou peut encore produire des chars, mais pas au rythme où ils sont détruits. C’est une course contre la montre, et pour l’instant, la Russie est en train de perdre.
L’hémorragie continue
Les pertes en drones sont particulièrement révélatrices. 102 761 drones détruits depuis le début de la guerre. Les Russes produisent des drones en masse, souvent avec l’aide de l’Iran et de la Chine. Mais même cette production massive ne suffit pas à compenser les pertes. Chaque drone détruit représente un investissement perdu, une capacité de reconnaissance ou de frappe en moins. Et les Ukrainiens deviennent de plus en plus efficaces pour les abattre. Ils utilisent des systèmes de guerre électronique pour brouiller les signaux, des canons anti-aériens pour les descendre, et même d’autres drones pour les intercepter en vol.
Les pertes en artillerie sont également critiques. 35 892 systèmes d’artillerie détruits. L’artillerie est l’arme reine de cette guerre. C’est elle qui inflige le plus de dégâts, qui prépare les assauts, qui brise les défenses. Perdre autant de canons, de mortiers, de lance-roquettes, c’est perdre sa capacité à mener une guerre moderne. Les Russes compensent en utilisant des systèmes plus anciens, moins précis, moins efficaces. Mais la qualité ne remplace pas la quantité, et la quantité diminue chaque jour. C’est une spirale descendante dont il est difficile de sortir.
Conclusion
La défense qui ne plie pas
Le 8 janvier 2026 restera dans les annales comme l’une des journées les plus violentes de cette guerre. 161 affrontements. 33 assauts sur Pokrovsk. 21 attaques sur Huliaipole. 18 engagements à Kostiantynivka. 126 bombes guidées. 6 482 drones kamikazes. 4 042 bombardements d’artillerie. Les chiffres donnent le vertige. Ils racontent une histoire de violence extrême, de pression constante, de guerre totale. Mais ils racontent aussi une autre histoire — celle d’une défense qui tient. Qui encaisse. Qui ne plie pas.
Les Russes ont tout jeté sur les lignes ukrainiennes. Ils ont sacrifié 1 030 hommes en une journée. Ils ont perdu des chars, des véhicules, des canons, des drones. Ils ont bombardé, pilonné, attaqué sans relâche. Et pourtant, à la fin de la journée, les lignes ukrainiennes tenaient toujours. Pokrovsk n’était pas tombé. Huliaipole résistait. Kostiantynivka tenait bon. Partout sur le front, les défenseurs ukrainiens avaient repoussé les assauts, infligé des pertes terribles à l’ennemi, et maintenu leurs positions. C’est une victoire défensive, certes. Mais c’est une victoire quand même.
Le prix de la liberté
Cette guerre n’a rien de glorieux. C’est une boucherie. Un carnage. Une tragédie humaine qui se déroule au ralenti, jour après jour, semaine après semaine. Les soldats qui se battent sur ces fronts ne sont pas des héros de cinéma. Ce sont des hommes ordinaires, fatigués, effrayés, qui font un travail extraordinaire dans des circonstances impossibles. Ils tiennent parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que derrière eux, il y a leurs familles, leurs maisons, leur pays. Parce que céder signifierait l’occupation, la répression, la disparition de tout ce qu’ils chérissent.
Je termine cet article et je me sens vidé. 161 affrontements. 1030 morts russes. Des centaines de morts ukrainiens aussi, même si les chiffres ne sont pas publiés. Des villes en ruines. Des vies brisées. Et pour quoi ? Pour quelques kilomètres de terrain dévasté. Pour l’ego d’un dictateur qui refuse d’admettre sa défaite. Pour une guerre qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Mais voilà, elle a lieu. Et pendant qu’on débat, pendant qu’on analyse, pendant qu’on commente, des hommes meurent. Des soldats ukrainiens tiennent leurs positions sous un déluge de feu. Des soldats russes sont envoyés au casse-pipe par des généraux qui ne connaîtront jamais le front. Et moi, je regarde ces chiffres, et je me dis : combien de temps encore ? Combien de 161 affrontements faudra-t-il avant que ça s’arrête ? Combien de 1030 morts par jour avant que le monde dise stop ? Je n’ai pas la réponse. Personne ne l’a. Mais ce que je sais, c’est que l’Ukraine tient. Contre toute attente, contre toute logique, elle tient. Et tant qu’elle tiendra, il y aura de l’espoir. Un espoir fragile, sanglant, douloureux. Mais un espoir quand même.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées ukrainiennes — Rapport opérationnel du 9 janvier 2026, 08h00, publié sur Facebook. Données sur les 161 affrontements du 8 janvier 2026, répartition par secteurs, pertes russes en personnel et matériel.
Ukrinform — « War update: 161 clashes along frontline over past day, fiercest fighting in Pokrovsk sector », publié le 9 janvier 2026. Article détaillant les combats du 8 janvier 2026, avec focus sur le secteur de Pokrovsk (33 assauts), Huliaipole (21 attaques), et Kostiantynivka (18 engagements).
Ukrainska Pravda — « Russia loses 1,030 soldiers over past day », publié le 9 janvier 2026. Données officielles sur les pertes russes du 8 janvier 2026 : 1030 soldats, 5 chars, 8 véhicules blindés, 18 systèmes d’artillerie, 687 drones. Total des pertes depuis le 24 février 2022 : 1 216 930 soldats.
Sources secondaires
Mezha.net — « Intense Fighting on Pokrovska Front with 161 Clashes Recorded », publié le 12 décembre 2025. Contexte sur l’importance stratégique de Pokrovsk, données sur la population (1250 habitants restants contre 60 000 avant la guerre), analyse des combats dans le secteur.
Radio Svoboda — Cité par Mezha.net pour les déclarations de l’État-major ukrainien sur les 161 affrontements et la concentration des combats dans le secteur de Pokrovsk.
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