Une coordination militaire russe redoutable
L’attaque du 9 janvier n’était pas improvisée. Elle portait la signature d’une planification militaire minutieuse. Les 121 drones ont été lancés depuis cinq directions différentes, créant un assaut multi-axes conçu pour saturer les défenses ukrainiennes. Depuis le nord, la région de Koursk et Orel. Depuis l’est, Millerovo. Depuis le sud, Primorsko-Akhtarsk sur la côte de la mer d’Azov. Et depuis la Crimée occupée, le site de Chauda qui sert de base de lancement privilégiée pour les frappes vers le sud de l’Ukraine. Cette dispersion géographique force les défenseurs ukrainiens à diviser leur attention, à déployer leurs ressources sur un front étendu.
Le missile balistique Iskander-M ajoutait une dimension supplémentaire à cette offensive. Contrairement aux drones qui volent lentement et peuvent être interceptés par divers systèmes, un missile balistique suit une trajectoire parabolique à haute vitesse, nécessitant des systèmes de défense antimissile sophistiqués. En combinant drones et missiles balistiques, la Russie teste constamment les capacités de défense ukrainiennes, cherche les failles, épuise les stocks de munitions. C’est une guerre d’attrition calculée où chaque nuit compte, où chaque interception réussie sauve des vies mais consomme des ressources précieuses.
La réponse ukrainienne : un ballet mortel dans le ciel nocturne
Face à ce déluge, l’Ukraine a déployé l’ensemble de son arsenal défensif. L’aviation d’abord — des chasseurs qui décollent dans la nuit, qui traquent les drones au radar, qui les abattent en vol. Les forces de missiles antiaériens ensuite, ces batteries qui illuminent le ciel de leurs tirs, qui calculent les trajectoires en millisecondes, qui transforment les drones en boules de feu. Les unités de guerre électronique aussi, invisibles mais cruciales, qui brouillent les signaux, qui dévient les drones de leur trajectoire, qui les font s’écraser loin de leurs cibles. Et enfin, les groupes mobiles de tir — ces équipes qui sillonnent le territoire avec des armes antiaériennes portables, dernière ligne de défense quand un drone passe à travers les mailles du filet.
À 8h30 le 10 janvier, le bilan était établi : 94 drones détruits ou neutralisés dans le nord, le sud et l’est du pays. Mais le combat n’était pas terminé. Plusieurs drones ennemis continuaient de voler dans l’espace aérien ukrainien, traqués, poursuivis. L’attaque se poursuivait au moment même où les autorités dressaient ce premier bilan. C’est la réalité de cette guerre aérienne moderne — elle ne s’arrête jamais vraiment. Il n’y a pas de pause, pas de répit. Juste des vagues successives, des alertes qui se chevauchent, des nuits blanches pour ceux qui défendent le ciel.
Imaginez ça une seconde. Vous êtes opérateur de défense aérienne. Il est 18h00, vous commencez votre quart de nuit. Et soudain, votre écran s’illumine. Des dizaines de points rouges qui convergent vers votre pays. Vous savez que derrière chaque point, il y a une charge explosive. Vous savez que si vous ratez, des gens meurent. Alors vous ne ratez pas. Vous abattez 94 drones sur 121. Mais les 27 qui passent, ils vous hantent. Parce que vous savez qu’ils ont frappé quelque part. Que quelqu’un a peut-être payé de sa vie votre microseconde d’hésitation. C’est ça, la pression qu’ils vivent. Chaque. Fichue. Nuit.
Les zones touchées : quand la défense ne suffit pas
Quinze sites frappés malgré la résistance acharnée
Malgré l’efficacité remarquable de la défense aérienne ukrainienne, 27 drones et le missile balistique Iskander-M ont atteint leurs objectifs. Les autorités ukrainiennes ont confirmé des impacts dans quinze zones différentes à travers le pays. Les détails précis sur ces sites ne sont pas tous rendus publics — une pratique courante pour ne pas donner d’informations exploitables à l’ennemi. Mais on sait que ces frappes ont touché des infrastructures critiques, des zones résidentielles, des installations énergétiques. Chaque impact représente une victoire tactique pour la Russie, un échec douloureux pour l’Ukraine.
Les débris des drones abattus ont également causé des dégâts. Dans une zone spécifiquement mentionnée, la chute de fragments de drones détruits a été enregistrée. C’est un effet secondaire cruel de cette guerre aérienne : même quand vous réussissez à abattre un drone, ses débris tombent quelque part. Parfois sur des champs vides. Parfois sur des maisons. Les forces de défense font de leur mieux pour intercepter les drones au-dessus de zones non peuplées, mais dans un pays en guerre où chaque kilomètre carré compte, ce n’est pas toujours possible.
Le coût humain et matériel d’une nuit de guerre
Les rapports officiels ne détaillent pas toujours immédiatement les pertes civiles et les dégâts matériels — ces informations arrivent au compte-gouttes dans les heures et les jours qui suivent. Mais l’expérience des attaques précédentes nous enseigne ce que signifient ces chiffres. Des bâtiments résidentiels endommagés. Des réseaux électriques perturbés. Des systèmes de chauffage mis hors service en plein hiver. Des familles qui se réveillent dans des appartements sans fenêtres, le verre soufflé par l’onde de choc. Des enfants traumatisés par les explosions. Des personnes âgées qui ne peuvent plus descendre les escaliers de leurs immeubles endommagés.
Et puis il y a les morts. Parce qu’il y en a toujours. Peut-être pas à chaque attaque, mais régulièrement. Des civils qui n’ont pas eu le temps d’atteindre l’abri. Des premiers intervenants touchés en portant secours. Des soldats de la défense aérienne tués à leur poste. La guerre ne fait pas de distinction entre combattants et non-combattants quand un drone s’écrase sur un immeuble d’habitation. Elle fauche aveuglément, méthodiquement, nuit après nuit.
Quinze zones touchées. Quinze fois où la défense n’a pas suffi. Et je me demande ce que ça fait, pour les habitants de ces zones, de savoir qu’ils font partie des « malchanceux » de la nuit. Parce que c’est ça, au fond — une loterie macabre. Votre ville est visée. La défense aérienne abat 94% des menaces. Mais vous, vous êtes dans les 6% restants. Votre maison explose. Votre vie bascule. Et le lendemain, les statistiques parlent d’un « succès » de la défense aérienne. Techniquement, c’est vrai. 78% d’interception, c’est remarquable. Mais pour vous, ça ne change rien. Vous êtes dans les 22% qui ont pris cher. Et ça, aucune statistique ne peut l’effacer.
La riposte ukrainienne : Volgograd en flammes
Quand l’Ukraine frappe au cœur de la Russie
Pendant que les drones russes déferlaient sur l’Ukraine, l’Ukraine ripostait. Dans la nuit du 9 au 10 janvier, des drones ukrainiens ont frappé un dépôt pétrolier dans la région de Volgograd, en Russie. Les autorités russes ont confirmé l’attaque et l’incendie qui s’en est suivi. Les images satellites et les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent d’épaisses colonnes de fumée noire s’élevant dans le ciel russe. Un dépôt pétrolier qui brûle, c’est spectaculaire. C’est aussi stratégiquement significatif.
Cette frappe s’inscrit dans une stratégie ukrainienne de plus en plus affirmée : porter la guerre sur le territoire russe. Frapper les infrastructures énergétiques, les dépôts de carburant, les installations militaires. L’objectif est double. D’abord, perturber la logistique militaire russe — un dépôt pétrolier en moins, c’est du carburant en moins pour les chars, les avions, les camions qui alimentent la machine de guerre. Ensuite, faire comprendre à la population russe que cette guerre a un coût, que l’Ukraine n’est pas une victime passive qui encaisse sans riposter.
La guerre asymétrique prend une nouvelle dimension
L’attaque sur Volgograd démontre la capacité croissante de l’Ukraine à projeter sa puissance de frappe en profondeur sur le territoire russe. Volgograd — anciennement Stalingrad, symbole de la résistance soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale — se trouve à plusieurs centaines de kilomètres de la frontière ukrainienne. Frapper à cette distance nécessite des drones longue portée, une planification précise, des renseignements fiables. C’est un message clair : nulle part en Russie n’est hors de portée.
Les autorités russes ont minimisé l’impact de l’attaque, comme elles le font systématiquement. Mais les faits parlent d’eux-mêmes. Un dépôt pétrolier en feu, c’est des millions de litres de carburant qui partent en fumée. C’est des semaines, voire des mois de perturbations dans l’approvisionnement énergétique régional. C’est aussi un coup au moral — pour les Russes qui voient leur propre territoire frappé, pour les Ukrainiens qui constatent que leur pays peut riposter efficacement.
Et là, je ne vais pas mentir, je jubile un peu. Oui, je sais, c’est pas très « neutre » comme réaction. Mais je m’en fous de la neutralité. Après avoir vu l’Ukraine encaisser des milliers de frappes, après avoir vu des villes rasées, des civils massacrés, des enfants tués dans leur sommeil — voir Volgograd brûler, ça fait du bien. C’est viscéral. C’est peut-être pas très noble, mais c’est humain. La Russie bombarde l’Ukraine depuis près de trois ans maintenant. Alors quand l’Ukraine frappe en retour, quand elle fait comprendre à la Russie que cette guerre a un prix, que leur territoire n’est pas un sanctuaire inviolable — oui, ça me satisfait. Profondément.
Le contexte d'une guerre d'attrition sans fin
Des chiffres qui donnent le vertige
L’attaque du 9-10 janvier s’inscrit dans une séquence d’assauts aériens intensifs. Depuis le début de cette période récente, l’Ukraine a dû faire face à une pression aérienne constante. Le bilan cumulé est stupéfiant : 226 drones russes détruits, huit missiles balistiques Iskander-M ou S-400 interceptés, dix missiles de croisière Kalibr neutralisés. Ces chiffres représentent des centaines de millions de dollars en armement russe réduit en ferraille. Mais ils représentent aussi des centaines de millions de dollars en munitions ukrainiennes consommées pour les intercepter.
C’est là toute la perversité de cette guerre d’attrition. La Russie peut se permettre de lancer des vagues de drones relativement bon marché — un Shahed coûte environ 20 000 à 50 000 dollars selon les estimations. En face, l’Ukraine doit utiliser des missiles antiaériens qui coûtent souvent beaucoup plus cher pour les abattre. Sans compter le coût humain — les équipes de défense aérienne qui travaillent 24/7, l’usure nerveuse, la fatigue accumulée. La Russie parie sur l’épuisement. L’Ukraine parie sur la résilience et le soutien occidental.
Les pertes russes s’accumulent inexorablement
Pendant que les drones volent, la guerre terrestre continue de broyer des vies. Selon les données officielles ukrainiennes publiées le 10 janvier 2026, les pertes militaires russes ont dépassé 1,2 million depuis le début de l’invasion. Le 9 janvier seul, l’Ukraine revendique l’élimination de 880 soldats russes. Ces chiffres sont impossibles à vérifier indépendamment — la Russie ne publie pas ses pertes réelles. Mais même en appliquant un coefficient de prudence, les ordres de grandeur restent effarants.
Plus de un million de Russes tués, blessés, capturés ou disparus. Des familles détruites. Des villages vidés de leurs hommes. Une génération sacrifiée pour les ambitions impériales d’un régime autoritaire. Et pour quoi ? Pour conquérir quelques kilomètres carrés de territoire ukrainien ? Pour installer des régimes fantoches dans des villes en ruines ? Le coût humain de cette guerre dépasse l’entendement. Et il continue de grimper, jour après jour, nuit après nuit, attaque après attaque.
1,2 million de pertes russes. Je relis ce chiffre et j’ai du mal à le conceptualiser. C’est plus que la population de plusieurs villes européennes. C’est des stades de football remplis à craquer, encore et encore et encore. Et derrière chaque unité de ce chiffre, il y a un être humain. Oui, des soldats qui envahissent un pays souverain. Oui, des hommes qui tirent sur des civils. Mais aussi des gamins de 20 ans envoyés au casse-pipe par des généraux qui ne risquent rien. Des pères de famille mobilisés de force. Des prisonniers à qui on a promis la liberté s’ils survivaient au front. Je ne pleure pas sur l’armée russe. Mais je pleure sur l’absurdité de tout ça. Sur le gâchis monumental de vies humaines pour satisfaire l’ego d’un dictateur vieillissant.
La technologie au service de la survie
L’évolution des systèmes de défense aérienne ukrainiens
La capacité de l’Ukraine à abattre 78% des drones lors de l’attaque du 9 janvier n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une montée en compétence impressionnante depuis le début de la guerre. Au début de l’invasion en février 2022, l’Ukraine disposait principalement de systèmes de défense aérienne soviétiques vieillissants. Aujourd’hui, son arsenal s’est considérablement diversifié et modernisé grâce au soutien occidental.
Les systèmes Patriot américains, les IRIS-T allemands, les NASAMS norvégiens, les Crotale français — tous ces systèmes ont été intégrés dans une défense aérienne multicouche. Mais au-delà du matériel, c’est la doctrine d’emploi qui a évolué. Les Ukrainiens ont appris à coordonner différents systèmes, à utiliser la guerre électronique pour brouiller les drones, à déployer des groupes mobiles qui peuvent rapidement se repositionner. Cette flexibilité tactique est cruciale face à un ennemi qui adapte constamment ses méthodes d’attaque.
La guerre électronique : le champ de bataille invisible
Parmi les 94 drones neutralisés, tous n’ont pas été physiquement détruits. Beaucoup ont été « brouillés » — c’est-à-dire que leurs systèmes de navigation ont été perturbés par la guerre électronique, les faisant s’écraser loin de leurs cibles ou les forçant à faire demi-tour. Cette dimension de la guerre moderne est invisible mais décisive. Les unités de guerre électronique ukrainiennes travaillent dans l’ombre, interceptant les signaux, brouillant les communications, déviant les trajectoires.
Les drones russes, en particulier les Shahed d’origine iranienne, utilisent des systèmes de navigation GPS relativement simples. En brouillant ces signaux, les Ukrainiens peuvent les désorienter. Mais la Russie adapte ses tactiques — certains drones utilisent maintenant des systèmes de navigation inertielle de secours, d’autres volent en essaim pour saturer les capacités de brouillage. C’est une course technologique permanente, un jeu du chat et de la souris où chaque innovation appelle une contre-innovation.
Il y a quelque chose de fascinant et d’effrayant dans cette guerre technologique. Fascinant parce qu’on assiste en temps réel à l’évolution des tactiques militaires du 21e siècle. Les drones, la guerre électronique, l’intelligence artificielle — tout ça n’est plus de la science-fiction, c’est le quotidien du champ de bataille ukrainien. Mais effrayant aussi, parce qu’on réalise à quel point la guerre moderne est devenue impersonnelle. Un opérateur russe à des centaines de kilomètres lance un drone. Un opérateur ukrainien le brouille ou l’abat. Et quelque part entre les deux, des civils vivent ou meurent selon l’issue de ce duel électronique. C’est propre, c’est high-tech, c’est presque abstrait. Jusqu’à ce qu’un drone s’écrase sur une maison et que l’abstraction redevienne brutalement concrète.
L'impact psychologique d'une guerre sans répit
Vivre sous la menace permanente des alertes aériennes
Pour les Ukrainiens, les attaques de drones ne sont pas des événements exceptionnels. Ce sont des occurrences quasi quotidiennes. Chaque soir, quand le soleil se couche, la tension monte. Parce que la nuit, c’est le moment privilégié des attaques de drones. Les Shahed sont plus difficiles à repérer dans l’obscurité. Les défenseurs sont fatigués après une journée de travail. Et psychologiquement, être réveillé par une sirène d’alerte aérienne à 2h du matin, encore et encore, ça use.
Les applications d’alerte aérienne sont devenues des compagnons constants pour des millions d’Ukrainiens. Elles vibrent, elles sonnent, elles indiquent en temps réel les zones menacées. Les gens ont appris à dormir habillés, à préparer des sacs d’urgence, à identifier l’abri le plus proche où qu’ils soient. Les enfants grandissent en sachant distinguer le bruit d’un drone du bruit d’un avion civil. C’est devenu normal. Et c’est peut-être ça le plus terrible — cette normalisation de l’anormal, cette adaptation forcée à une vie sous menace constante.
La résilience comme arme de résistance
Mais face à cette pression psychologique, les Ukrainiens ont développé une résilience remarquable. Les cafés restent ouverts malgré les alertes. Les écoles fonctionnent, souvent en ligne mais parfois en présentiel avec des abris renforcés. Les gens continuent de travailler, de sortir, de vivre. Parce que céder à la peur, c’est donner à la Russie exactement ce qu’elle cherche — paralyser le pays, briser le moral, forcer la capitulation par l’épuisement.
Cette résilience n’est pas innée. Elle se construit jour après jour, attaque après attaque. Elle se nourrit de petites victoires — un drone abattu, une nuit sans alerte, une infrastructure réparée. Elle se renforce par la solidarité — les voisins qui s’entraident, les bénévoles qui distribuent de l’aide, les soldats qui tiennent la ligne. Et elle se maintient grâce à l’espoir — l’espoir que cette guerre finira, que l’Ukraine survivra, que la liberté l’emportera sur la tyrannie. C’est cet espoir qui permet aux Ukrainiens de se lever chaque matin après une nuit d’attaques et de continuer à vivre.
Je pense souvent à ce que ça doit être, de vivre comme ça. De ne jamais savoir si cette nuit sera calme ou si les sirènes vont hurler. De devoir expliquer à ton gamin de cinq ans pourquoi il faut courir à l’abri au lieu de finir son dessin animé. De te demander, chaque fois que tu entends un bruit sourd au loin, si c’est un drone qui vient d’exploser, si quelqu’un est mort, si c’est ton tour la prochaine fois. Et malgré ça, de continuer. De te lever, d’aller bosser, de sourire, de vivre. Cette force-là, cette capacité à ne pas se laisser briser — c’est peut-être l’arme la plus puissante de l’Ukraine. Parce que tant que les Ukrainiens refusent de plier, la Russie ne peut pas gagner. Peu importe combien de drones elle lance.
Les enjeux stratégiques de la guerre aérienne
Pourquoi la Russie mise tout sur les drones
L’intensification des attaques de drones russes n’est pas aléatoire. C’est une stratégie délibérée qui répond à plusieurs objectifs militaires et politiques. D’abord, les drones permettent à la Russie de maintenir une pression constante sur l’Ukraine sans exposer ses pilotes et ses avions coûteux. Un Shahed perdu, c’est regrettable mais acceptable. Un Su-34 abattu avec son équipage, c’est une perte stratégique majeure. Les drones offrent un rapport coût-efficacité intéressant pour une guerre d’attrition.
Ensuite, les attaques de drones visent à épuiser les stocks de munitions antiaériennes ukrainiennes. Chaque missile tiré pour abattre un drone est un missile en moins pour intercepter un missile de croisière ou un avion. La Russie parie que l’Ukraine finira par manquer de munitions, que les livraisons occidentales ne suivront pas le rythme de consommation. C’est un calcul cynique mais rationnel d’un point de vue militaire. Enfin, les drones servent à terroriser la population civile, à perturber la vie quotidienne, à saper le moral. C’est une guerre psychologique autant que militaire.
L’Ukraine dans une course contre la montre
Pour l’Ukraine, chaque nuit d’attaques pose la même équation impossible : comment maintenir un taux d’interception élevé sans épuiser les ressources ? Les systèmes de défense aérienne occidentaux sont efficaces mais leurs munitions sont limitées et coûteuses. Un missile Patriot coûte plusieurs millions de dollars. L’utiliser pour abattre un drone à 20 000 dollars est économiquement absurde, mais militairement nécessaire si ce drone menace une infrastructure critique ou une zone peuplée.
L’Ukraine développe donc des solutions alternatives. Production locale de drones intercepteurs. Systèmes de brouillage électronique moins coûteux. Groupes mobiles armés de mitrailleuses lourdes pour abattre les drones à basse altitude. Mais toutes ces solutions prennent du temps à déployer, à perfectionner, à produire en masse. En attendant, chaque nuit, les drones russes continuent de voler. Et chaque nuit, l’Ukraine doit trouver le moyen de les arrêter avec les ressources dont elle dispose. C’est une course contre la montre où le moindre faux pas peut coûter des vies.
Cette asymétrie me rend fou. La Russie peut se permettre de balancer des centaines de drones bon marché. L’Ukraine doit utiliser des missiles hors de prix pour les abattre. C’est comme si tu te battais contre quelqu’un qui te lance des cailloux et que tu devais utiliser des balles en or pour les dévier. Mathématiquement, tu perds. Sauf que l’Ukraine ne perd pas. Parce qu’elle reçoit du soutien occidental. Parce qu’elle innove. Parce qu’elle s’adapte. Mais bon sang, ça ne devrait pas être comme ça. Un pays qui se défend contre une invasion ne devrait pas avoir à faire des calculs de rentabilité pour savoir s’il peut se permettre d’abattre un drone qui menace ses civils. C’est obscène. Et c’est pourtant la réalité de cette guerre.
Le rôle crucial du soutien international
Sans l’Occident, l’Ukraine tomberait
Soyons clairs : sans le soutien militaire occidental, l’Ukraine ne pourrait pas maintenir ce niveau de défense aérienne. Les systèmes Patriot, IRIS-T, NASAMS — tous sont fournis par des pays alliés. Les munitions qui alimentent ces systèmes viennent d’usines américaines, allemandes, norvégiennes. Les renseignements qui permettent d’anticiper les attaques proviennent de satellites et d’avions de reconnaissance de l’OTAN. Cette guerre est peut-être combattue par des Ukrainiens, mais elle est soutenue par l’ensemble du monde occidental.
Et ce soutien a un coût. Des milliards de dollars en aide militaire. Des stocks de munitions qui s’amenuisent dans les arsenaux occidentaux. Des capacités de production qui doivent être augmentées. Mais c’est aussi un investissement stratégique. Chaque drone russe abattu au-dessus de l’Ukraine est un drone qui ne menacera pas un pays de l’OTAN demain. Chaque soldat russe tué en Ukraine est un soldat qui n’envahira pas la Pologne ou les pays baltes. L’Ukraine se bat pour sa survie, mais elle se bat aussi pour la sécurité de l’Europe entière.
Les limites et les tensions du soutien occidental
Mais ce soutien n’est pas illimité. Les stocks de munitions s’épuisent plus vite qu’ils ne peuvent être reconstitués. Les capacités de production industrielle occidentales, réduites après des décennies de paix, peinent à suivre le rythme d’une guerre de haute intensité. Et politiquement, la fatigue commence à se faire sentir dans certains pays occidentaux. Les électeurs se demandent combien de temps et combien d’argent il faudra encore investir. Les populistes exploitent cette lassitude pour réclamer l’arrêt de l’aide.
L’Ukraine le sait. Chaque attaque repoussée est aussi un message envoyé à ses alliés : « Nous tenons. Nous nous battons. Votre aide n’est pas gaspillée. » Mais la pression est immense. Parce que si le soutien occidental faiblit, si les livraisons de munitions ralentissent, le taux d’interception de 78% pourrait chuter. Et alors, les 27 drones qui ont frappé cette nuit deviendraient 50, puis 70, puis 100. C’est un équilibre précaire qui dépend autant de la volonté politique à Washington, Berlin et Paris que du courage des défenseurs ukrainiens.
Et c’est là que ça devient politique, et que ça me met en rage. Parce qu’on a des gens, confortablement installés dans leurs capitales occidentales, qui débattent de savoir si on doit continuer à aider l’Ukraine. Comme si c’était une question de budget, de comptabilité. Pendant qu’ils débattent, des Ukrainiens meurent. Pendant qu’ils calculent le coût de l’aide, des drones russes frappent des immeubles d’habitation. Et le pire, c’est qu’ils ont raison sur un point : oui, ça coûte cher. Oui, ça épuise nos stocks. Mais vous savez ce qui coûterait encore plus cher ? Laisser tomber l’Ukraine. Laisser la Russie gagner. Envoyer le message au monde entier que l’agression paie, que la force prime le droit. Alors oui, continuons à envoyer des missiles. Continuons à soutenir l’Ukraine. Parce que c’est pas juste une question de morale. C’est une question de sécurité collective.
Conclusion
Une nuit parmi tant d’autres, et pourtant…
La nuit du 9 au 10 janvier 2026 restera dans les statistiques comme une attaque de plus. 121 drones lancés. 94 abattus. 27 ayant frappé leurs cibles. Des chiffres qui s’ajoutent à d’autres chiffres, dans une guerre qui semble ne jamais devoir finir. Mais derrière ces chiffres, il y a des réalités humaines. Des opérateurs de défense aérienne qui ont passé la nuit les yeux rivés sur leurs écrans. Des familles qui ont couru aux abris. Des secouristes qui ont fouillé les décombres. Des morts peut-être, des blessés certainement, des traumatisés assurément.
Cette attaque n’est pas exceptionnelle. C’est ça le plus terrible. Elle est banale, routinière, attendue. Les Ukrainiens savent que demain soir, ou après-demain, ça recommencera. Les drones reviendront. Les sirènes hurleront. Les défenseurs se battront. Et le cycle continuera, encore et encore, jusqu’à ce que quelque chose cède — soit la capacité russe à maintenir cette pression, soit la capacité ukrainienne à y résister, soit la volonté occidentale de soutenir cette résistance.
Je termine cet article et je me sens vidé. Pas parce que c’est difficile à écrire — c’est mon boulot, je le fais. Mais parce que je sais que dans quelques jours, je vais devoir écrire le même article. Avec des chiffres différents, peut-être. Avec des lieux différents, probablement. Mais fondamentalement le même article. Parce que cette guerre ne s’arrête pas. Elle continue, implacable, méthodique, épuisante. Et le pire, c’est qu’on s’habitue. On lit « 94 drones abattus » et on se dit « ah, pas mal ». Comme si c’était normal. Comme si une attaque de 121 drones sur un pays souverain était juste une ligne dans les actualités du jour. Mais ça ne devrait pas être normal. Rien de tout ça ne devrait être normal. Et pourtant, ça l’est devenu. Et ça, c’est peut-être la plus grande victoire de Poutine — avoir normalisé l’horreur. Avoir fait de la guerre un bruit de fond qu’on finit par ne plus vraiment entendre. Sauf que moi, je l’entends encore. Et j’espère ne jamais cesser de l’entendre. Parce que le jour où on n’entendra plus, le jour où on ne sera plus choqués par 121 drones lancés sur des civils — ce jour-là, on aura perdu quelque chose d’essentiel de notre humanité.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – « Air Defense Forces destroy 94 of 121 Russian drones » – 10 janvier 2026, 09:41 – https://www.ukrinform.net/rubric-ato/4078801-air-defense-forces-destroy-94-of-121-russian-drones.html
Commandement des Forces aériennes des Forces armées d’Ukraine – Publication Facebook officielle – 10 janvier 2026 – https://www.facebook.com/photo/?fbid=1317171793784099&set=a.293720452795910
Mezha – « Ukrainian Air Defense Shoots Down 94 of 121 Russian Drones in January 2026 Attack » – 10 janvier 2026, 08:53 – https://mezha.net/eng/bukvu/ukrainian-air-defense-shoots-down-94-of-121-russian-drones-in-january-2026-attack/
Sources secondaires
Ukrinform – « Drones attack oil depot in Russia’s Volgograd region, causing fire » – 10 janvier 2026 – https://www.ukrinform.net/rubric-ato/4078778-drones-attack-oil-depot-in-russias-volgograd-region-causing-fire.html
Mezha – « Ukraine Reports Over 1.2 Million Russian Military Losses by January 2026 » – 10 janvier 2026 – https://mezha.net/eng/bukvu/ukraine-reports-over-1-2-million-russian-military-losses-by-january-2026/
Pravda Ukrainienne – « Russia loses 880 soldiers over past day » – 10 janvier 2026 – https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/01/10/8015450/
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