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Le Groenland dit non à l’Amérique et exige la protection de l’OTAN : l’Arctique n’est pas à vendre
Crédit: Adobe Stock

Quand une île refuse d’être prise

Le Groenland n’est pas un décor de carte postale. Ce n’est pas un espace vide qu’on pointe du doigt sur un globe, comme si le silence de la glace autorisait toutes les convoitises. C’est une terre habitée, gouvernée, traversée par une histoire lourde, et portée par une voix politique qui veut compter. Alors quand l’idée d’une prise de pouvoir par les États-Unis revient dans le débat public, l’île répond sans détour: non. Pas un non poli. Un non net. Un non qui protège une dignité, parce que derrière les mots se joue une question ancienne et brutale: qui décide, au bout du monde, de ce qui appartient à qui? La position exprimée par les autorités groenlandaises dit quelque chose de profond, presque instinctif: la souveraineté ne se négocie pas comme une transaction. Le Groenland peut discuter, coopérer, accueillir des partenariats, mais il refuse l’idée d’être possédé. Et ce refus n’est pas une posture. Il est une barrière dressée face à une logique de puissance qui, trop souvent, confond la sécurité, l’intérêt stratégique et le droit de s’emparer.

Ce qui frappe, c’est la lucidité glacée de la situation. Le Groenland sait où il se trouve: au cœur d’un Arctique de plus en plus disputé, observé, arpenté par les appareils militaires, les intérêts économiques et les calculs géopolitiques. Il sait aussi que sa position attire. Mais précisément parce qu’il attire, il doit parler fort. Dire non, c’est affirmer qu’un peuple n’est pas un pion. C’est rappeler qu’un territoire n’est pas une récompense. Le Groenland réclame d’être défendu par l’OTAN, et cette demande n’a rien d’une provocation. Elle est un message de sécurité, mais aussi un message de statut: si la région est un enjeu collectif, alors la protection doit être collective, encadrée, et respectueuse des choix politiques locaux. Entre la tentation de l’unilatéral et la promesse du multilatéral, l’île choisit la seconde voie. Elle choisit l’alliance, pas l’annexion. Elle choisit la règle, pas la prédation.

L’OTAN comme bouclier, pas comme drapeau

Demander la protection de l’OTAN, ce n’est pas demander qu’on parle à sa place. C’est demander que l’on garantisse un cadre. Dans un monde où les lignes de front se déplacent, où l’Arctique cesse d’être une marge pour devenir un corridor, la question de la défense n’est plus théorique. Elle est concrète. Elle touche aux routes maritimes, à la surveillance, aux infrastructures, à la capacité de dissuasion. Le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, se retrouve à la jonction de ces enjeux, avec une évidence géographique qui pèse sur la diplomatie. Sa parole, lorsqu’elle affirme qu’il devrait être défendu par l’Alliance, vise à éviter une logique de tête-à-tête où la puissance la plus forte dicte le tempo. L’OTAN, ici, apparaît comme un rempart contre l’arbitraire, un filet de sécurité contre la tentation de décider seul. Ce n’est pas une abdication, c’est une stratégie: inscrire la sécurité dans une architecture où les règles existent, où les engagements sont connus, où la protection ne se transforme pas en appropriation.

Mais cette demande soulève aussi une tension: être protégé sans être absorbé. C’est tout l’enjeu. Car l’histoire du Groenland, comme celle de tant d’autres territoires stratégiques, rappelle que la protection peut parfois devenir un prétexte. On vient pour sécuriser, on reste pour contrôler. On installe des moyens, puis des habitudes, puis une dépendance. La voix groenlandaise, en rejetant toute prise de pouvoir par les États-Unis, trace une ligne rouge qui n’est pas anti-américaine par réflexe, mais pro-groenlandaise par nécessité. Elle dit: coopérer, oui. Se faire confisquer son avenir, non. Et cela s’adresse à tous les acteurs, pas seulement à Washington. Dans l’Arctique, les ambitions se déguisent souvent en prudence. Le Groenland, lui, veut une prudence qui ne piétine pas le respect. Il veut un bouclier, pas un drapeau planté dans la neige comme une marque de propriété.

Souveraineté froide, colère parfaitement claire

Le mot «prise de pouvoir» choque parce qu’il révèle, sans fard, le rapport de force. Il ne s’agit plus de partenariat, ni d’investissement, ni de coopération scientifique. Il s’agit d’un imaginaire de possession. Et c’est précisément ce que le Groenland rejette. Dire non, c’est refuser que la géographie serve d’alibi à l’appropriation. C’est rappeler qu’une population n’est pas un détail au milieu d’un grand jeu. Le Groenland n’est pas seulement une position sur une carte: c’est un espace politique avec ses institutions, ses débats, ses choix, et une relation complexe avec le Danemark. Dans ce contexte, la demande de protection par l’OTAN est aussi une manière de dire: nous existons dans un système d’alliances, pas dans une logique d’achat. L’île veut être regardée comme un acteur, pas comme une opportunité. Elle veut que la sécurité soit un engagement partagé, pas une transaction imposée. La souveraineté, ici, est une température: froide, maîtrisée, mais tranchante.

Cette fermeté résonne parce qu’elle rejoint une inquiétude plus large: celle d’un retour des réflexes impériaux, sous des habits modernes. On ne parle plus d’empires, on parle de «sécurité», de «stabilité», d’«intérêt stratégique». Les mots changent, la tentation demeure. Et quand une puissance évoque la possibilité de prendre, le monde teste la solidité des principes. Le Groenland, lui, ne joue pas avec les ambiguïtés. Il dit que sa protection doit relever d’un cadre collectif, et il dit qu’aucun scénario de prise de contrôle n’est acceptable. Ce n’est pas un caprice, c’est une défense de l’ordre politique et du respect des peuples. Dans l’Arctique, la glace fond, et avec elle fond l’illusion que les frontières sont intouchables. Alors la parole devient un outil de résistance. Une phrase, parfois, vaut une barrière. Le Groenland l’a compris. Il parle pour rester maître chez lui, même quand les puissants regardent sa porte comme si elle était déjà ouverte.

Mon cœur se serre quand je vois à quelle vitesse le monde redevient vorace. Une île lointaine, immense, fragile, et soudain les regards se durcissent. On n’écoute plus ce qu’elle est. On calcule ce qu’elle vaut. On mesure une position, on fantasme une emprise, on maquille l’appétit sous des mots propres. Et je me demande ce qu’il reste, dans nos démocraties, de cette idée simple: un peuple n’est pas une marchandise. Le Groenland dit non, et ce non devrait nous réveiller. Parce qu’il n’est pas seulement groenlandais. Il est universel. Il dit que la sécurité ne doit pas être un cheval de Troie. Il dit que la puissance, si elle n’est pas tenue par des règles, finit par confondre protection et propriété. Je sens, dans cette fermeté, une fatigue ancienne: celle de devoir se justifier face aux grands, celle de devoir rappeler qu’on existe. Et pourtant, il y a aussi une fierté, une tenue. Une terre de glace qui refuse la logique du prédateur. Une voix qui, sans crier, impose le respect.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur la position du Groenland concernant l’OTAN et le rejet d’une prise de contrôle américaine (14 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur les réactions du gouvernement groenlandais et les échanges diplomatiques (14 décembre 2025)

Naalakkersuisut (Gouvernement du Groenland) – Communiqué / déclaration du Premier ministre sur la défense et la souveraineté (13 décembre 2025)

OTAN (NATO) – Point presse / déclaration d’un porte-parole sur la posture de sécurité dans l’Arctique (15 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse des enjeux stratégiques et politiques autour du Groenland et de la sécurité arctique (16 décembre 2025)

France 24 – Décryptage des tensions et de la dimension OTAN–États-Unis dans l’Arctique (16 décembre 2025)

The Economist – Analyse géopolitique sur l’Arctique, les ressources et les rapports de force transatlantiques (19 décembre 2025)

International Institute for Strategic Studies (IISS) – Note d’analyse sur la défense du Groenland et l’évolution du théâtre arctique (18 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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