Skip to content
Les bottes de Trump et les billions de l’IA: rien ne réveille des investisseurs étourdis
Crédit: Custom

Le choc dure, la cotation reprend

Les marchés ont ce talent brutal pour l’amnésie. Une image claque, un mot dérape, une promesse électorale devient slogan, et tout le monde retient son souffle. Puis l’écran se rafraîchit. Les cours bougent. Les ordres passent. On appelle ça « volatilité », comme si un terme technique pouvait anesthésier ce qui se joue vraiment: notre rapport au risque, au pouvoir, à l’incertitude. Les « bottes de Trump » ne sont pas qu’un détail vestimentaire dans un titre accrocheur. Elles condensent une idée simple: le politique marche fort, tape du talon, et veut que le monde l’entende. Pourtant, face à ce bruit, l’investisseur moderne a appris à respirer. Il a vu des crises, des menaces de droits de douane, des bras de fer institutionnels. Il sait que la mémoire boursière est courte, parfois cynique. Elle pèse un événement, puis le remplace par un autre. Dans ce théâtre, l’attention est une monnaie, et elle se dévalue vite.

Ce n’est pas de l’insensibilité; c’est une discipline forgée au fil des chocs. Les gestionnaires regardent les flux, les marges, les taux, la liquidité. Ils cherchent la donnée qui reste quand le bruit s’éteint. Même quand la politique s’invite avec fracas, ils reviennent à la même question: qu’est-ce qui change dans les bénéfices, dans le coût du capital, dans la capacité d’une entreprise à tenir ses promesses? Le reste devient décor. Et pendant que certains commentent la symbolique, d’autres comptent les « billions » associés à l’IA comme on compterait des munitions avant une bataille. Là encore, l’exagération fait partie du jeu: les montants donnent le vertige, mais les marchés ont appris à distinguer l’annonce de l’exécution. Ils ne se laissent pas facilement renverser. Ils vacillent, oui. Ils clignent des yeux. Puis ils reprennent.

Les milliards crient, les bilans répondent

L’intelligence artificielle arrive souvent en robe de lumière: promesses de productivité, révolutions industrielles, ruptures historiques. Et avec elle, ces « billions » dont on parle comme d’un horizon inévitable, sans toujours préciser la valeur exacte, comme si l’imprécision elle-même participait à la magie. Mais les marchés ne sont pas des salles de spectacle. Ils peuvent s’échauffer, se raconter une histoire collective, pousser des titres vers des sommets. Pourtant, au moment décisif, ils reviennent au concret: les dépenses d’investissement, la capacité à monétiser, la concurrence, l’énergie consommée, les contraintes de données, les risques juridiques. Les investisseurs « étourdis » ne sont pas seulement des têtes en l’air; ce sont aussi des acteurs saturés, bombardés, forcés de trier. Ils ont vu des vagues technologiques promettre le ciel, puis s’écraser sur la réalité des coûts et des cycles. Ils savent que les chiffres gigantesques peuvent masquer une question minuscule mais mortelle: qui encaissera vraiment, et quand?

Dans cette période, la tentation est grande de croire que tout se joue sur l’émotion. Sur un tweet, une phrase, un symbole. Sur des bottes qui frappent le sol et exigent l’obéissance. Sur des « billions » qui font tourner la tête et donnent l’impression qu’il suffit de suivre la foule. Mais le marché, lui, est un juge étrange: il écoute, puis il exige des preuves. Il se nourrit d’anticipations, mais il punit l’illusion quand elle devient trop chère. Ce qui tient, c’est la structure: la solidité d’un modèle économique, la capacité à traverser des taux plus hauts, une demande qui fléchit, ou des réglementations qui se durcissent. La politique peut créer des bosses sur la route. L’IA peut faire rêver et accélérer des investissements. Mais la route reste la route. Et la gravité financière n’a pas disparu: à la fin, ce sont les résultats, la trésorerie, et la confiance mesurable qui font la loi.

La foule s’affole, puis se réorganise

Le plus troublant n’est pas que les marchés oublient vite. Le plus troublant, c’est qu’ils oublient ensemble. L’oubli devient coordination. Les mêmes écrans, les mêmes alertes, les mêmes narrations, et soudain un mouvement collectif ressemble à une décision rationnelle. C’est là que l’image des investisseurs « étourdis » prend tout son sens: étourdis non parce qu’ils seraient incapables, mais parce qu’ils vivent dans une tempête permanente d’informations. Chaque jour apporte son lot de signaux contradictoires. Une séquence politique qui chauffe les nerfs. Une annonce technologique qui gonfle les attentes. Une rumeur qui s’emballe, puis s’éteint. Dans ce brouillard, la stratégie devient souvent un acte de survie: réduire l’exposition, couvrir le risque, attendre, ou au contraire suivre la tendance parce que ne pas la suivre coûte trop cher. Ce n’est pas de la panique pure. C’est une adaptation.

Alors, pourquoi les bottes de Trump et les « billions » de l’IA ne renversent-ils pas durablement la table? Parce que le marché a intégré le choc comme une variable, pas comme une fin du monde. Parce qu’il a appris à vivre avec l’excès: excès de déclarations, excès de projections, excès de certitudes. Il réagit, il corrige, il s’ajuste. Les investisseurs peuvent être bousculés, mais ils sont aussi protégés par une mécanique froide: diversification, modèles de risque, arbitrages, règles de gestion. Ce filet ne rend pas le système juste, ni serein. Il le rend résilient, parfois au prix de l’indifférence apparente. Et c’est là le paradoxe qui dérange: un événement peut nous secouer humainement, et ne produire qu’un frisson passager sur un indice. Le monde réel crie. Le marché écoute. Puis il classe. Et il continue.

Mon cœur se serre quand je vois à quelle vitesse une secousse devient une note de bas de page. Je comprends la logique, je la respecte même, parce qu’elle protège des fortunes, des retraites, des emplois parfois. Mais je refuse de confondre cette mécanique avec une forme de sagesse. Quand un symbole politique se transforme en simple bruit, quand des promesses en « billions » autour de l’IA deviennent un carburant narratif, je sens une fatigue collective s’installer. Comme si l’époque nous avait appris à encaisser sans digérer. À passer à la suite avant d’avoir compris. Les marchés clignent des yeux, et nous avec eux, parce que regarder trop longtemps fait peur. Pourtant, derrière chaque emballement, il y a des choix: investir, licencier, réguler, laisser faire. Rien de tout cela n’est neutre. Je voudrais que l’on se rappelle que la finance n’est pas un ciel abstrait. C’est une architecture construite par des humains, pour des humains. Et si elle oublie trop vite, alors c’est à nous de la forcer à se souvenir.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur la réaction des marchés aux déclarations de Donald Trump et à l’enthousiasme autour de l’IA (12 décembre 2025)

AFP – Papier d’actualité sur la volatilité des investisseurs et les annonces « en billions » dans l’IA (12 décembre 2025)

Associated Press (AP) – Compte rendu factuel des déclarations publiques de Trump et de l’impact immédiat sur les indices boursiers (13 décembre 2025)

U.S. Securities and Exchange Commission (SEC) – Communication/rappel sur les risques de marché et la communication des entreprises cotées liées à l’IA (15 décembre 2025)

Sources secondaires

Financial Times – Analyse: marchés, « Trump trade » et valorisations IA face au risque de surchauffe (16 décembre 2025)

The Economist – Analyse: psychologie des investisseurs, narratifs politiques et bulle potentielle de l’IA (19 décembre 2025)

Bloomberg – Analyse des flux, du positionnement et des mégacapitalisations IA malgré le bruit politique (18 décembre 2025)

Brookings Institution – Note d’analyse sur l’impact des discours politiques sur la confiance des marchés et l’investissement technologique (20 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu