Quand l’État sort le mot interdit
Il y a des mots qui ne servent pas à décrire le réel, mais à le fabriquer. Dans la bouche d’un pouvoir, “guerre” n’est pas une métaphore, c’est une sirène. Quand l’Iran affirme être « préparé à la guerre », il ne parle pas seulement d’armées et de frontières. Il fixe un cadre mental, dur comme l’acier, où toute contestation devient suspecte, où toute rue qui gronde peut être requalifiée en front intérieur. Cette phrase, martelée dans les déclarations officielles, s’inscrit dans une longue tradition de rhétorique sécuritaire, surtout quand la pression monte autour du bilan des manifestations et que l’inquiétude s’épaissit, en Iran comme au-delà. Dire “guerre”, c’est transformer l’actualité en bataille, et donc légitimer l’exception. C’est aussi envoyer un message à plusieurs destinataires en même temps: aux adversaires extérieurs, aux alliés, et surtout à la population. La formule suggère qu’il n’y a pas de place pour la nuance, pas de place pour le doute, pas de place pour les voix qui réclament des comptes.
Mais ce mot, brandi comme un avertissement, est aussi un aveu: un pouvoir qui se sent stable n’a pas besoin de convoquer l’horizon de la guerre pour se tenir debout. Dans une séquence marquée par des mobilisations et par des controverses sur le nombre de victimes, la déclaration joue comme un couvercle posé sur une casserole en ébullition. Elle vise à imposer une lecture unique: si la nation est en danger, alors critiquer devient trahir. Si l’État se dit prêt, alors chacun doit se taire. Or l’angoisse ne naît pas seulement des images et des récits qui circulent, elle naît de l’opacité, des versions qui s’entrechoquent, des chiffres discutés, des organismes qui demandent des éclaircissements. L’alerte “guerre” fonctionne comme une stratégie de dissuasion psychologique: elle intimide, elle brouille les repères, elle remplace les questions par la peur. Et dans ce brouillard, ce ne sont pas les slogans qui suffoquent, ce sont les vies réelles, celles qui attendent une vérité vérifiable, une responsabilité claire, un deuil qui ne soit pas confisqué.
Un message double: dehors et dedans
À l’extérieur, se dire « prêt à la guerre » vise à montrer des muscles, à signaler que l’Iran ne reculera pas face aux pressions. Ce langage parle aux chancelleries et aux états-majors, mais il parle aussi aux caméras: la posture est une mise en scène calculée, qui peut servir à dissuader, à négocier, à gagner du temps. Le problème, c’est que la même phrase, prononcée pendant que grandit l’inquiétude sur le bilan des manifestations, résonne autrement. Elle laisse entendre que le pouvoir considère la contestation comme un élément d’affrontement global, et pas comme un débat interne. Cette confusion volontaire entre menace extérieure et tension intérieure est une vieille mécanique: quand la rue réclame, on répond par l’ombre du complot; quand la société questionne, on brandit l’ennemi. Cela permet de déplacer le centre de gravité: au lieu de parler d’exigences civiles, on parle de sécurité nationale. Au lieu de parler de droits, on parle d’ordre. Et la guerre, même verbale, a cette propriété terrible: elle simplifie tout jusqu’à l’inhumain.
À l’intérieur, le message est encore plus tranchant. Il vise à discipliner les corps et à refroidir les élans. Car le mot “guerre” n’annonce pas seulement une préparation militaire: il prépare l’opinion à accepter des mesures plus dures, des restrictions plus larges, une lecture binaire du monde. Dans ce cadre, l’inquiétude internationale sur les morts, les arrestations, la répression, n’est plus une question de droits humains, mais une “attaque” contre la nation. La phrase construit une enceinte rhétorique où l’État devient le seul rempart, et où ceux qui demandent des comptes deviennent des fissures. C’est une manière de dire: nous tiendrons quoi qu’il en coûte. Mais ce “coût”, précisément, est ce qui hante les familles et les observateurs: le coût humain, le coût moral, le coût de la vérité repoussée. Quand un pouvoir déclare qu’il est prêt, il demande implicitement que les autres le soient aussi: prêts à obéir, prêts à se taire, prêts à accepter que l’information devienne un champ de bataille. Et c’est là que la menace devient politique, pas seulement stratégique.
La guerre des mots contre les faits
Le vocabulaire martial n’arrive jamais seul. Il arrive avec une logique: contrôler le récit, verrouiller les interprétations, faire de l’information un territoire à défendre. Dans une période où le bilan des manifestations suscite inquiétudes et vérifications, la tentation est grande de substituer au débat une bataille de versions. La guerre des mots, c’est celle qui cherche à écraser la nuance. Elle oppose “patriotes” et “ennemis”, “ordre” et “chaos”, “vérité d’État” et “mensonge”. Pourtant, les faits n’ont pas besoin d’uniformes pour exister. Les faits ont besoin de documentation, de transparence, d’accès, de journalistes capables de recouper, d’organisations capables d’enquêter, de témoins capables de parler sans craindre des représailles. Quand l’État déploie un langage de guerre, il ne se contente pas de menacer l’extérieur; il resserre aussi l’espace intérieur où les faits peuvent respirer. Et quand les faits étouffent, l’inquiétude s’étend, parce que le silence n’apaise jamais une société: il la fracture.
Ce durcissement lexical s’inscrit dans une séquence plus vaste, où les autorités iraniennes ont, à plusieurs reprises ces dernières années, répondu à des vagues de colère par des arguments de sécurité nationale, et où des organisations internationales et des ONG ont régulièrement appelé à des enquêtes crédibles sur les morts et les violences liées aux répressions. Chaque fois, le même nœud se resserre: la demande de vérité d’un côté, la revendication d’autorité de l’autre. Dire “guerre”, c’est tenter de trancher ce nœud au couteau, en imposant une hiérarchie: d’abord l’État, ensuite le reste. Mais l’histoire montre que la paix civile ne se gagne pas contre la société; elle se gagne avec elle, par la confiance, par des institutions qui rendent des comptes, par des procédures qui éclairent. Sans cela, le mot “guerre” finit par contaminer tout: les conversations, les familles, les écrans, les rues. Il installe l’idée qu’il n’y a plus de place pour l’humain, seulement pour le rapport de force. Et quand la politique se réduit à la force, les pertes ne se comptent plus seulement en chiffres: elles se mesurent en vies abîmées, en futurs rétrécis, en vérités qu’on n’ose plus dire.
Mon cœur se serre quand j’entends un État prononcer “guerre” au moment même où tant de regards cherchent simplement à comprendre ce qui s’est passé dans les rues. Je ne peux pas faire semblant de croire que ce mot est neutre. Il n’est jamais neutre. Il pèse sur les épaules des mères, il glace les conversations, il transforme la demande de justice en soupçon. Et moi, journaliste, je sais trop bien ce que cette rhétorique fabrique: un monde où l’on remplace les faits par des postures, où l’on exige l’adhésion au lieu d’accepter la contradiction, où l’on confond la critique et la trahison. Je pense à celles et ceux qui veulent juste un chiffre fiable, un nom confirmé, une enquête qui tienne debout. Je pense à la dignité d’un peuple qui n’a pas à choisir entre la sécurité et la vérité. Quand le pouvoir dit “je suis prêt”, il teste aussi notre fatigue. Ma colère, elle, ne vient pas d’une idéologie: elle vient de cette intuition simple, humaine, obstinée, que la peur ne devrait jamais gouverner la vie quotidienne.
Manifs étouffées, bilans flous, colère intacte
La rue bâillonnée, l’État en alerte
Quand Téhéran affirme être « préparé à la guerre », le message dépasse la simple posture extérieure. Il retentit aussi à l’intérieur, comme une façon de dire que la contestation sera traitée comme une menace existentielle. Depuis les vagues de manifestations qui ont secoué le pays, la mécanique de l’étouffement s’est déployée: présence sécuritaire renforcée, arrestations rapportées par des ONG, pressions sur les familles, surveillance des campus, coupures ou restrictions d’internet régulièrement documentées par des observateurs comme Access Now ou les rapports de NetBlocks lors de pics de tension. Le pouvoir ne se contente pas de disperser des rassemblements; il cherche à vider l’espace public de sa capacité à s’assembler, à se raconter, à compter ses morts. Dans ce brouillard, les chiffres deviennent un champ de bataille. Les bilans officiels, lorsqu’ils sont communiqués, ne coïncident pas toujours avec ceux avancés par des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International ou Iran Human Rights, qui ont publié des décomptes et des analyses au fil des crises, notamment après la répression de novembre 2019 et durant les mobilisations déclenchées en 2022. Ce décalage n’est pas un détail technique: il est au cœur du traumatisme, parce que l’incertitude empêche le deuil et nourrit la rage.
Les faits vérifiables dessinent une constante: plus l’État se sent défié, plus il resserre la vis, et plus la société civile se retrouve contrainte de documenter ce qui devrait être transparent. Les Nations unies ont multiplié les alertes; le Conseil des droits de l’homme a créé une mission d’établissement des faits sur l’Iran en 2022, précisément parce que la vérité, sur le terrain, était disputée, contestée, parfois criminalisée. Le pouvoir, lui, joue sur deux registres. À l’extérieur, il brandit la capacité de riposte, l’idée d’un pays prêt au choc, comme un avertissement aux adversaires régionaux et aux capitales occidentales. À l’intérieur, cette rhétorique résonne comme une justification: si l’on est « en guerre », alors tout peut être encadré au nom de la sécurité. C’est là que la colère s’accroche. Même quand les rues sont nettoyées, même quand les slogans se taisent, il reste les questions: qui a été arrêté, où, sous quel chef d’accusation, dans quelles conditions? Et surtout, combien de vies ont été brisées? Tant que ces réponses restent flottantes, la société iranienne avance avec une pierre dans la gorge, et l’État avec une main sur la bouche du pays.
Chiffres disputés, vérité confisquée
Le bilan des manifestations en Iran n’est pas seulement difficile à établir; il est politiquement explosif. Les autorités communiquent, filtrent, et parfois nient. Les ONG recoupent, vérifient, publient des listes de noms quand elles le peuvent, et expliquent leurs méthodes parce qu’elles savent que chaque donnée sera attaquée. Amnesty International, par exemple, a documenté les tueries de la répression de novembre 2019 dans un rapport détaillé publié le 16 décembre 2019, décrivant l’usage d’armes à feu et la violence des forces de sécurité. Iran Human Rights, basée en Norvège, a régulièrement publié des bilans et des analyses pendant les mobilisations de 2022-2023, soulignant les difficultés de vérification dans un pays où l’accès à l’information est entravé. Human Rights Watch a, de son côté, relayé des éléments sur les arrestations massives, la torture alléguée et les procès expéditifs, avec des publications successives au fil des événements. Cette bataille des chiffres n’a rien d’abstrait. Un bilan, c’est une trace. Une trace, c’est une responsabilité. Et la responsabilité, dans ce contexte, devient une menace directe pour ceux qui tiennent le manche.
Le flou sert une stratégie: empêcher l’opinion de mesurer l’ampleur, isoler les familles, casser la solidarité. Quand les réseaux sont ralentis ou coupés, ce ne sont pas seulement des vidéos qui disparaissent; ce sont des preuves potentielles, des appels à l’aide, des localisations, des identités. Les enquêtes internationales existent, mais elles se heurtent à l’accès au terrain. La mission d’établissement des faits des Nations unies, créée en novembre 2022, a précisément pour mandat d’enquêter sur les violations liées aux manifestations, y compris l’usage excessif de la force. Elle a rappelé, dans ses communications publiques, les obstacles structurels: intimidation des témoins, risques de représailles, manque de coopération. Dans ce contexte, la formule « préparé à la guerre » prend une couleur plus sombre. Elle n’évoque pas uniquement des missiles ou des drones; elle sous-entend une société considérée comme un front intérieur. Or une société n’oublie pas qu’on l’a traitée comme un ennemi. La colère demeure parce que l’incertitude demeure, parce que l’État refuse souvent la lumière, et parce que la lumière, dans un pays en tension, devient un acte de résistance.
Répression durable, mémoire impossible à effacer
Étouffer une manifestation peut être rapide. Étouffer ce qu’elle révèle est une autre affaire. Les mouvements de protestation en Iran, qu’ils portent sur l’économie, les libertés, la dignité ou la contestation du pouvoir, ont une caractéristique commune: ils reviennent, sous d’autres formes, dans d’autres villes, avec d’autres mots, parce que les causes profondes ne disparaissent pas. Les autorités le savent, et c’est pourquoi la réponse est souvent structurelle: poursuites judiciaires lourdes, condamnations, peines de prison, et dans certains cas, peine capitale après des procédures dénoncées par des organisations internationales. Les Nations unies, l’Union européenne et plusieurs ONG ont publiquement critiqué l’usage de la peine de mort contre des personnes liées aux manifestations, et demandé des moratoires. Cette continuité de la répression, au-delà des pics médiatiques, alimente une colère froide, moins visible mais plus enracinée. Quand un État dit être prêt à la guerre, il cherche à impressionner. Mais il révèle aussi qu’il gouverne sous tension, qu’il craint le prochain embrasement, qu’il prépare des réponses qui ne relèvent pas du débat mais de la confrontation.
Il y a un autre fait, plus intime, plus tenace: la mémoire. Elle circule par les familles, par les photos, par les noms murmurés, par les récits à voix basse. Elle circule aussi par les archives produites hors du pays, par les médias persanophones en exil, par les rapports d’ONG, par les enquêtes d’organismes internationaux. On peut ralentir internet, mais on ne peut pas empêcher totalement une société de se souvenir. Le bilan des manifestations, même incomplet, devient une boussole morale: il indique le prix payé et pose une question brutale sur la valeur d’une vie face à l’État. Dans cette zone grise, la colère reste intacte parce qu’elle est nourrie par l’inachevé. Pas de transparence totale, pas de justice reconnue, pas de deuil serein. Les autorités parlent de sécurité; une partie de la population entend contrôle. Les autorités parlent de stabilité; une partie du pays voit une chape. Et quand l’on brandit la guerre comme horizon, on fabrique un présent où la peur devient une politique. Mais la peur, à force, se transforme. Elle se transforme en obstination. Et l’obstination, en Iran, a déjà prouvé qu’elle pouvait survivre aux matraques, aux prisons et aux silences imposés.
Cette réalité me frappe parce qu’elle met le lecteur face à une injustice qui ne se contente pas de blesser: elle brouille les contours mêmes du réel. Quand le bilan d’une répression devient incertain, ce n’est pas seulement une statistique qui manque; c’est une place vide à table, une famille suspendue, une société condamnée à compter dans le noir. Je ne peux pas lire la formule « préparé à la guerre » comme un simple message diplomatique. Je l’entends comme une manière de durcir l’air, de rendre acceptable l’inacceptable, de faire passer la contestation pour une attaque. Et je sais ce que ça produit: une vérité fragmentée, des récits qui se contredisent, une fatigue morale qui ronge jusqu’aux mots. Pourtant, c’est précisément là que la colère devient tenace. Parce qu’on peut disperser une foule, mais on n’éteint pas la question qui l’a fait sortir. On peut confisquer des chiffres, mais on ne confisque pas la douleur. Et quand la douleur n’a pas de réponse, elle se transforme en exigence, lourde, implacable: que la lumière soit faite.
Une rue qui crie, un État qui serre
Quand la peur change de camp
Dans les rues d’Iran, la protestation ne ressemble plus à une parenthèse. Elle s’étire, se transforme, s’enracine. Des images vérifiées par des organisations de défense des droits humains et des médias internationaux ont montré, ces dernières années, des cortèges dispersés, des heurts, des arrestations, des familles qui cherchent un nom sur une liste, un visage sur une photo. La mécanique est connue, répétée, documentée. Ce qui frappe, c’est la tension entre une société qui insiste et un pouvoir qui répond par le langage de la sécurité. Les slogans ne sont pas seulement des mots; ils deviennent une mesure du risque. Car manifester en Iran n’est pas une simple expression politique: c’est une traversée, avec des postes de contrôle visibles ou invisibles, des dossiers qui se constituent, des conséquences qui peuvent se prolonger bien après la fin d’un rassemblement.
Et puis, au-dessus de cette rue qui crie, il y a la phrase qui claque: l’Iran se dit « préparé à la guerre ». Cette formulation, rapportée dans le contexte de tensions régionales et de pressions internationales, agit comme une double serrure. Elle parle à l’extérieur, pour projeter une image de dissuasion. Elle parle à l’intérieur, pour rappeler que l’État se pense d’abord comme un appareil à tenir, à encadrer, à verrouiller. Quand un pouvoir brandit l’horizon de la guerre, la contestation devient facilement, dans son récit, un front de plus. Et la rue, elle, se retrouve coincée entre deux récits: celui d’une demande de droits et celui d’une menace existentielle. C’est là que l’inquiétude grandit, parce que la rhétorique martiale tend à justifier l’écrasement au nom de l’urgence.
Le bilan qui hante, la vérité disputée
Le mot « bilan » est froid, mais il brûle. Il renvoie à des morts, à des blessés, à des arrestations, à des disparitions temporaires, à des procédures, à des condamnations. Sur l’Iran, ces décomptes sont souvent contestés, fragmentaires, disputés, parce que l’accès à l’information est limité, parce que les autorités communiquent selon leurs propres cadres, parce que des ONG et des instances internationales travaillent à partir de réseaux, de preuves numériques, de recoupements. Amnesty International et l’ONU, entre autres, ont à plusieurs reprises exprimé leurs inquiétudes sur l’usage de la force, sur des détentions, sur des allégations de mauvais traitements. Cette bataille autour des chiffres n’est pas un débat technique. C’est une lutte pour imposer une réalité. Un chiffre reconnu, c’est une responsabilité; un chiffre nié, c’est une douleur renvoyée à l’ombre.
Quand l’inquiétude « grandit face au bilan », cela veut dire que le monde observe des signaux d’escalade: davantage d’arrestations annoncées, plus de procès médiatisés, des restrictions accrues sur Internet, des mises en garde aux journalistes, des pressions sur les familles. Les périodes de coupure ou de ralentissement du réseau, documentées notamment par des observatoires comme NetBlocks lors de précédentes vagues de mobilisation, ne sont pas des accidents techniques; elles peuvent devenir une arme, parce qu’elles isolent, empêchent de vérifier, laissent les rumeurs courir et les preuves disparaître. Dans ces conditions, chaque vidéo devient un élément de dossier, chaque déclaration officielle un filtre, chaque silence une zone à risques. Le bilan, ce n’est pas seulement le nombre de victimes; c’est aussi la quantité de vérité qu’une société parvient à sauver des mains qui veulent la confisquer.
Une doctrine de contrôle, jusqu’au souffle
Dire « prêt à la guerre » pendant qu’une contestation secoue l’intérieur, c’est installer une doctrine: tout devient stratégique, tout devient suspect, tout peut être présenté comme une menace. Cette logique n’est pas propre à l’Iran, mais elle y prend une densité particulière, parce qu’elle se branche sur une architecture sécuritaire ancienne, sur des institutions puissantes, sur une mémoire politique où l’ingérence étrangère et les affrontements régionaux servent souvent de toile de fond. Le résultat est un espace civique resserré, où la manifestation n’est plus une demande à entendre mais une faille à colmater. Les signaux de fermeté s’adressent aussi aux alliés et aux adversaires à l’extérieur, dans une région où l’escalade verbale peut précéder l’escalade réelle. Mais à l’intérieur, ce vocabulaire pèse sur les corps: il justifie la surveillance, les interdictions, les arrestations préventives, la pression sur les universités, sur les artistes, sur les voix qui documentent.
Ce qui se joue, alors, ce n’est pas seulement une confrontation entre « la rue » et « l’État ». C’est un affrontement entre deux idées de la nation. D’un côté, une société qui réclame de l’air, des droits, une place; de l’autre, un pouvoir qui se conçoit comme rempart, et qui répond au tremblement par la poigne. Les institutions internationales peuvent publier des rapports, les chancelleries peuvent condamner, les ONG peuvent alerter, mais au bout du compte, ce sont des personnes ordinaires qui vivent la conséquence immédiate de cette doctrine. L’inquiétude n’est pas abstraite: elle s’attache à une mère qui n’arrive plus à joindre son enfant, à un étudiant dont le nom circule, à un travailleur convoqué, à un téléphone fouillé. La rue crie, oui. Mais l’État serre jusqu’à rendre le cri coûteux, épuisant, parfois fatal. Et c’est cette tension, cette compression, qui fait trembler le pays.
Chaque fois que je lis ces chiffres, je pense à ce qu’ils effacent. Un total, une estimation, une fourchette: c’est utile pour comprendre, indispensable pour documenter, mais cela ne dit jamais la texture d’une vie interrompue, ni la peur qui s’installe quand l’information se brouille. Je sais qu’il faut de la rigueur, des sources, des recoupements. Je sais aussi que les autorités et les opposants se disputent les récits, et que la vérité se trouve parfois dans les marges, dans un détail, dans une incohérence. Pourtant, quand un État dit qu’il est préparé à la guerre, je ne peux pas m’empêcher d’entendre une autre phrase, non dite: “préparé à tout”. Et ce “tout” peut avaler une rue, une génération, un droit élémentaire. L’inquiétude mondiale, elle, n’est pas une posture morale; c’est un réflexe humain face à la possibilité que la force devienne la réponse unique. Je veux des faits. Mais je veux surtout qu’ils empêchent l’oubli.
Le pouvoir mise sur la peur, pas sur la paix
Quand l’État parle, les rues tremblent
Dire qu’un pays est « prêt à la guerre », ce n’est pas une phrase neutre. C’est une sirène. C’est un signal envoyé à l’extérieur, mais surtout un message retourné contre l’intérieur. En Iran, cette rhétorique s’inscrit dans un moment où l’inquiétude grandit autour du bilan des manifestations, et où chaque mot officiel pèse comme une menace implicite. Le pouvoir sait ce que provoque une annonce martiale: elle referme les débats, elle justifie l’exception, elle installe l’idée que la contestation n’est plus une dispute politique mais un danger national. Le vocabulaire de la sécurité prend alors le pas sur celui des droits, et la question n’est plus « que réclament les manifestants? » mais « qui met le pays en péril? ». Ce glissement est décisif, parce qu’il requalifie une colère civile en problème d’ordre, et un problème d’ordre en dossier militaire. Dans cet enchaînement, la peur devient un outil de gouvernement: on ne répond plus, on dissuade. On ne convainc plus, on encadre. Et quand l’État choisit d’intimider, il fabrique une société où le silence n’est pas l’accord, mais la prudence.
Cette stratégie s’appuie sur un ressort classique des régimes sous tension: plus la pression monte dans la rue, plus le sommet se présente comme un rempart assiégé. La formule « préparé à la guerre » sert à dessiner un horizon de confrontation, à installer l’idée que le pays vit une épreuve existentielle, et que toute critique devient une fissure dans la forteresse. L’effet est double. Vers l’étranger, cela rappelle la capacité de nuisance et la détermination, notamment dans un contexte régional inflammable où l’Iran se trouve au centre de multiples rapports de force. Vers la population, cela crée une atmosphère de mobilisation et de soupçon: si la patrie est menacée, celui qui proteste devient facilement celui qui « aide l’ennemi ». C’est une mécanique lourde, parce qu’elle permet de durcir la réponse sans l’assumer comme une répression, mais comme une défense. Or ce tour de passe-passe ne fait pas disparaître l’angoisse liée au bilan humain des manifestations; il la recouvre d’un bruit de bottes verbal. Et quand la politique se met à parler comme une caserne, la société comprend que l’espace de discussion se rétrécit, que la négociation s’éloigne, et que les prochains gestes seront peut-être commandés par la force plutôt que par l’écoute.
La peur comme doctrine de maintien
Le pouvoir mise sur la peur parce que la peur est rapide, presque instantanée. Elle ne demande pas d’argumentaire, pas de réforme, pas de compromis. Elle se contente d’un cadre: menace, discipline, sanction. Dans le contexte iranien, cette logique s’entrelace avec une architecture de sécurité qui a déjà montré sa capacité à contenir, surveiller, punir. La phrase martiale agit alors comme un couvercle: elle suggère que l’État se tient prêt à franchir un palier, et que la contestation, elle, devra payer le prix de ce palier. Mais ce choix est risqué, même pour ceux qui le manient. Car la peur, utilisée comme une doctrine, finit par tout contaminer: la confiance, l’économie, la circulation de l’information, jusqu’aux relations quotidiennes. Elle oblige les citoyens à calculer chaque pas, à peser chaque mot, à s’interroger sur ce qui peut être interprété comme un défi. Et quand une société apprend à se taire pour survivre, elle ne s’apaise pas: elle s’endort d’un sommeil agité, fait de rancœur, de frustration, et d’une attente sourde. Le pouvoir peut gagner du temps, mais il perd du lien. Il peut imposer le calme, mais il fabrique une colère plus froide, plus difficile à lire, plus difficile à désamorcer.
Dans cette mise en scène de la fermeté, le bilan des manifestations devient un angle mort commode. La conversation publique se déplace: on ne parle plus d’abord des morts, des blessés, des arrestations, des familles qui cherchent des nouvelles; on parle de stabilité, de souveraineté, de complots, de frontières symboliques. Ce déplacement a un coût moral immense, parce qu’il traite la souffrance comme une variable secondaire, et qu’il réduit l’humain à un problème de gestion. Les organisations de défense des droits, les médias internationaux, et même des voix prudentes à l’intérieur du pays ont, à différents moments, signalé la gravité des violences et la difficulté à établir un décompte fiable dans un environnement où l’accès à l’information est contraint. Dans ce brouillard, la rhétorique guerrière agit comme un projecteur mal orienté: elle éclaire la posture du pouvoir, pas la réalité des rues. Pourtant, c’est bien là que se joue l’essentiel. Un État qui choisit la peur pour gouverner dit, sans l’avouer, qu’il ne croit plus à la persuasion. Et quand la persuasion meurt, il ne reste souvent que la contrainte. La paix ne se décrète pas à coups de menaces; elle se construit en reconnaissant ce qui fait mal, en nommant ce qui s’est passé, et en cessant d’utiliser la force comme langage principal.
Préparé à la guerre, prêt au dialogue?
La question qui ronge derrière la formule est simple: l’Iran se dit « prêt à la guerre », mais est-il prêt au dialogue? Parce qu’un pouvoir qui se présente d’abord comme un combattant réduit l’espace de toute médiation. Le dialogue suppose une reconnaissance mutuelle, une capacité à admettre qu’une partie de la société ne se sent plus représentée, ou plus protégée. Or la posture martiale fait l’inverse: elle accuse, elle suspecte, elle verrouille. Elle transforme la contestation en défi à l’État, et l’État en machine à répondre par la puissance plutôt que par la politique. C’est précisément là que la peur devient une stratégie: elle cherche à casser l’élan, à isoler les individus, à transformer une mobilisation en un risque personnel insupportable. Mais ce calcul n’est jamais parfait. Quand l’inquiétude monte autour du bilan, quand les images circulent malgré les restrictions, quand les récits se heurtent au silence officiel, la peur peut se retourner. Elle peut nourrir la détermination de ceux qui n’attendent plus rien, ou l’obstination de familles qui veulent simplement savoir. Le langage guerrier, alors, n’apaise pas: il ajoute une couche de dureté à une plaie déjà ouverte.
Il faut regarder cette rhétorique pour ce qu’elle est: un instrument de contrôle, mais aussi un aveu d’insécurité politique. Un État sûr de lui n’a pas besoin de parler comme s’il allait affronter une invasion pour répondre à une crise interne. Un État sûr de lui expose des faits, accepte des enquêtes, laisse les journalistes travailler, ouvre des voies de responsabilité. Ici, au contraire, la phrase « préparé à la guerre » s’inscrit dans une logique où l’ennemi est partout, et où la légitimité se défend plus qu’elle ne se démontre. Ce climat étouffe la société civile, fragilise les institutions, et complique toute sortie de crise, parce qu’il dévalue le compromis. Il y a une brutalité particulière dans ce choix: il dit aux citoyens que leur douleur est secondaire face à l’image de puissance. Que la priorité n’est pas de cicatriser, mais de tenir. Or tenir, ce n’est pas vivre. Un pays ne se résume pas à sa capacité de riposte; il se mesure aussi à la manière dont il traite ceux qui descendent dans la rue, parfois au péril de leur liberté. Tant que la peur restera l’outil principal, la paix restera un mot lointain, et la société iranienne restera suspendue à une question terrible: combien faudra-t-il encore de silence pour que le pouvoir entende?
Il m’est impossible de ne pas ressentir une colère froide face à cette façon d’agiter la guerre comme on agite un rideau de fumée. Quand un État promet qu’il est « prêt », je n’entends pas seulement une posture géopolitique; j’entends un message adressé à celles et ceux qui osent protester, un avertissement: « nous irons plus loin ». Ce qui me heurte, c’est l’inversion morale. On parle de puissance, on parle de sécurité, et pendant ce temps l’ombre du bilan des manifestations s’allonge, avec ses zones d’incertitude et ses douleurs impossibles à comptabiliser proprement. Je ne peux pas accepter que la souffrance devienne un détail dans une narration de force. La politique devrait être l’art de réduire la violence, pas de la rendre pensable. Et pourtant, ce vocabulaire martelé fait l’inverse: il habitue, il anesthésie, il prépare les esprits. J’aimerais croire qu’il reste, quelque part, une porte pour la parole, pour la responsabilité, pour une vérité dite sans menaces. Mais quand le pouvoir mise sur la peur, il parie sur notre fatigue. Je refuse ce pari.
Répression, arrestations, Internet sous verrou
La rue cernée, la peur organisée
Quand l’État dit « sécurité », beaucoup entendent « répression ». Dans la séquence de manifestations qui a secoué l’Iran, les autorités ont mobilisé un arsenal connu et documenté: forces antiémeutes, unités en civil, contrôles renforcés, et un usage extensif des lois liées à la sûreté nationale. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont décrit un schéma récurrent: dispersion musclée, interpellations lors de rassemblements, puis transferts vers des lieux de détention où les garanties de procédure sont contestées. Le pouvoir ne se contente pas de répondre à une foule; il cherche à reprendre la maîtrise du récit, à empêcher qu’un slogan devienne une traînée de poudre. Le vocabulaire officiel parle de « fauteurs de troubles », d’« émeutiers », parfois d’« agents étrangers ». Ce choix des mots n’est pas neutre: il prépare le terrain à des charges lourdes, il rend la clémence politiquement coûteuse, et il intimide ceux qui voudraient encore descendre dans la rue. Dans un pays où la tension régionale est permanente et où des responsables affirment être « préparés à la guerre », la frontière entre maintien de l’ordre et démonstration de force se brouille vite. Le résultat, lui, est limpide: l’espace public se rétrécit, et la contestation paie le prix fort.
Les arrestations deviennent alors un instrument à double détente: punir et dissuader. Plusieurs vagues d’interpellations ont été rapportées par des ONG, des médias internationaux et des mécanismes onusiens, avec des profils variés: manifestants, étudiants, avocats, défenseurs des droits, parfois journalistes. Le message envoyé est brutalement simple: personne n’est intouchable. Et quand une personne est emmenée, ce n’est pas seulement elle qui disparaît quelques jours ou quelques semaines; c’est tout un cercle qui se met à chuchoter, à effacer des messages, à éviter les trajets habituels. La peur ne se diffuse pas par communiqué, elle se propage par le silence soudain d’un téléphone qui ne répond plus. Les autorités, elles, invoquent des impératifs d’ordre public et la nécessité de contrer des réseaux de déstabilisation. Mais les critiques soulignent l’opacité des procédures, l’accès restreint à un avocat, et le risque de mauvais traitements, régulièrement dénoncés par des rapports de l’ONU et d’organisations de défense des droits humains. Dans cette mécanique, la violence n’a pas toujours besoin d’être visible: elle peut être administrative, juridique, logistique. Elle se loge dans un refus de visite, dans une convocation, dans un chef d’accusation qui fait basculer une vie. Et la rue, elle, apprend à marcher en regardant derrière elle.
Le filet judiciaire qui serre d’un coup
La répression ne s’arrête pas au trottoir; elle continue dans les couloirs des tribunaux. Là, les mots pèsent comme des pierres: « atteinte à la sécurité », « propagande contre le système », « rassemblement illégal ». Des qualifications pénales larges, souvent critiquées par des juristes et observateurs internationaux, permettent de transformer une présence à un carrefour en dossier criminel. Human Rights Watch a, à plusieurs reprises, dénoncé l’usage de charges vagues pour criminaliser l’expression et l’organisation. Des experts des Nations unies ont également exprimé leur inquiétude quant à l’équité des procédures, aux aveux forcés et aux restrictions d’accès à la défense. Ce n’est pas un détail technique: c’est le cœur du problème. Car quand la justice devient une extension de la rue, le citoyen comprend qu’il ne se bat pas seulement contre des boucliers, mais contre une architecture entière, conçue pour réduire l’espace de contestation. Le pouvoir gagne alors sur deux tableaux: il disperse les foules et il installe l’idée que toute contestation se paiera en années, pas seulement en minutes de panique. Dans ce climat, l’affirmation d’être « prêts à la guerre » agit comme un amplificateur psychologique: elle suggère l’urgence, l’état d’exception permanent, la priorité absolue à l’obéissance.
La détention, elle aussi, devient une zone grise où la peur s’épaissit. Amnesty International a documenté, lors de précédents cycles de protestation et dans des publications liées aux événements récents, des allégations de torture et de mauvais traitements, ainsi que des pressions sur les familles. Les autorités iraniennes contestent ces accusations et mettent en avant leur propre lecture des événements. Mais l’inquiétude grandit précisément parce que l’information est fragmentée, contestée, et parfois inaccessible. Dans ce brouillard, chaque détail compte: un nom qui circule, une photo qui disparaît, une audience annoncée puis reportée. Les arrestations massives ne sont pas seulement un chiffre; elles sont une méthode de désorientation collective. Les familles cherchent, les proches appellent, les avocats se heurtent à des portes fermées, et la société civile s’épuise à reconstituer des listes. Cette fatigue est une arme. Elle use la solidarité, elle transforme l’indignation en routine, elle fait baisser la voix. Et pendant que l’attention se disperse, l’État consolide sa position: il traite la protestation comme une menace existentielle, pas comme un désaccord politique. C’est là que la question devient insupportable: que vaut la parole d’un citoyen quand tout l’appareil est prêt à la qualifier d’ennemie?
Internet étranglé, vérité en apnée
Quand la rue crie, l’État coupe le son. Les restrictions d’Internet sont devenues, en Iran, un réflexe de crise signalé par des observateurs techniques et des ONG. NetBlocks, qui surveille la connectivité mondiale, a rapporté à plusieurs reprises des perturbations, des ralentissements, et des coupures lors de périodes de tensions. L’objectif est limpide: empêcher la coordination, ralentir la circulation des vidéos, rendre plus difficile la documentation en temps réel. Dans une société où les messageries chiffrées et les réseaux sociaux servent de place publique, fermer l’accès revient à tirer un rideau sur une scène où se joue l’essentiel. Et ce rideau ne tombe pas seulement sur les manifestants; il tombe sur des commerçants qui ne peuvent pas vendre, sur des familles qui ne peuvent pas se rassurer, sur des étudiants qui perdent leurs cours, sur des hôpitaux qui dépendent d’outils numériques. La coupure n’est pas une mesure neutre: c’est une sanction collective qui pénalise une population entière pour rendre plus coûteuse la contestation. À mesure que l’inquiétude grandit sur le bilan humain et sur les arrestations, l’étouffement de l’information devient un second front. La guerre, ici, n’est pas seulement militaire; elle est aussi narrative. Qui contrôle les images contrôle une partie de la peur.
Mais le verrouillage numérique a une autre fonction, plus sournoise: il permet de disputer la réalité. Sans flux d’images, sans publications immédiates, les versions officielles occupent l’espace, et les contre-récits doivent se frayer un chemin à travers des connexions instables, des VPN bloqués, des comptes suspendus. Des organisations comme l’ONU, Amnesty International et des médias internationaux se retrouvent à enquêter dans des conditions dégradées, recoupant des éléments au compte-gouttes. Ce ralentissement a un coût humain: il retarde l’identification des victimes, il complique l’assistance juridique, il laisse les familles dans l’incertitude. Et il crée un paradoxe cruel: plus l’information manque, plus les rumeurs prospèrent, et plus la société se divise entre ceux qui croient, ceux qui doutent, et ceux qui n’osent plus rien dire. La fermeture d’Internet n’efface pas les événements; elle les rend seulement plus difficiles à prouver. C’est une stratégie qui vise la mémoire, pas seulement l’instant. Dans ce contexte, l’affirmation de préparation à la guerre résonne comme une justification totale: au nom du danger, tout devient permis, y compris la suspension de la conversation nationale. Un pays sans réseau, c’est un pays où chacun est isolé, et où la peur peut travailler sans témoin.
Face à ces pertes, je ne peux pas me contenter d’aligner des mécanismes comme on aligne des dossiers. Parce que derrière les mots arrestation, détention, coupure d’Internet, il y a une sensation physique: celle d’un couloir qui se rétrécit autour d’une population. Je pense à ce que signifie, concrètement, un téléphone muet, une messagerie qui n’envoie plus, un proche dont on ignore la localisation. Je pense à l’inégalité radicale entre un État qui possède les clés des prisons, des tribunaux et des réseaux, et des citoyens qui n’ont que leurs voix, parfois leurs images, souvent leur courage. On peut débattre de géopolitique, de lignes rouges, de posture de puissance. Mais quand un pays dit être « préparé à la guerre » et que, dans le même souffle, l’espace civique se ferme, je vois surtout une société sommée de choisir entre se taire ou risquer de disparaître des radars. Ce n’est pas une abstraction. C’est une pression qui broie, lentement, et qui exige qu’on regarde en face ce qu’elle coûte.
Les sanctions reviennent, la pression monte dehors
Les sanctions, ce mur qui se resserre
Quand les sanctions reviennent sur la table, elles n’arrivent jamais seules. Elles viennent avec un langage de fer, des communiqués calibrés, des votes et des signatures qui paraissent lointains, presque abstraits. Mais dans le cas de l’Iran, cette mécanique internationale a un poids immédiat, parce qu’elle vise les artères d’un pays déjà sous tension. Les États-Unis maintiennent depuis des années une architecture de restrictions financières et pétrolières, renforcée après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, décision annoncée par Donald Trump le 8 mai 2018. Les Européens, eux, ont oscillé entre volonté de préserver un canal diplomatique et durcissements ciblés, notamment après les vagues de répression liées aux manifestations. Résultat: le pays évolue dans une économie où l’accès aux devises se complique, où les transactions deviennent des labyrinthes, où les entreprises pèsent chaque contrat comme un risque. Ce n’est pas un détail technique. C’est un environnement qui étouffe, qui accroît la vulnérabilité des ménages, qui transforme la politique étrangère en facture domestique. Et pendant que Téhéran répète être « préparé à la guerre », l’extérieur serre la vis sans avoir besoin d’un seul tir.
Cette pression venue de dehors s’additionne à une inquiétude déjà vive autour du bilan des manifestations. Les organisations de défense des droits humains et les instances onusiennes n’ont cessé d’alerter sur l’usage de la force, les arrestations et les condamnations. Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a ainsi voté, le 24 novembre 2022, la création d’une mission internationale d’établissement des faits sur l’Iran, signe que la crise dépassait largement les frontières. Dans le même temps, les sanctions deviennent une réponse politique commode pour de nombreux gouvernements: elles donnent l’apparence de l’action, elles évitent l’envoi de troupes, elles affichent une ligne morale. Mais elles ont une face plus sombre: elles peuvent rigidifier les positions, renforcer les discours de siège, nourrir l’idée d’une nation encerclée. C’est là que la phrase « préparé à la guerre » prend une autre couleur. Car dans un pays où l’État met en scène la résistance, chaque nouvelle mesure extérieure peut être utilisée comme preuve, comme carburant, comme prétexte pour serrer encore la vis à l’intérieur. La pression monte dehors, oui. Et le danger, c’est qu’elle devienne une excuse pour que la peur monte dedans.
Diplomatie étranglée, économie sous perfusion
La diplomatie sur l’Iran ressemble à une pièce où l’air manque. L’accord sur le nucléaire signé en juillet 2015, connu sous le nom de JCPOA, avait ouvert une fenêtre, fragile mais réelle, sur une désescalade. Puis la fenêtre s’est refermée brutalement quand Washington s’en est retiré en 2018, et les cycles de négociations ont depuis alterné reprises et blocages, sur fond d’enrichissement d’uranium et de méfiance croissante. Dans cette configuration, chaque sanction supplémentaire n’est pas seulement un outil économique: c’est une brique ajoutée à un mur diplomatique déjà haut. Les canaux se raréfient, les médiateurs s’épuisent, et l’on passe de la discussion sur des clauses techniques à une confrontation de récits. Le récit iranien insiste sur la souveraineté, la résistance, la dissuasion. Le récit occidental insiste sur la non-prolifération, la sécurité régionale, les droits humains. Entre les deux, il y a la réalité, crue: une économie qui doit se débrouiller avec des entraves à l’exportation, des difficultés d’accès au système financier international, et un secteur énergétique placé sous surveillance permanente. Quand un État dit qu’il est « préparé à la guerre », il ne parle pas seulement de missiles. Il parle aussi d’endurance. De capacité à tenir malgré l’asphyxie.
Mais l’endurance a un coût, et ce coût retombe rarement sur ceux qui rédigent les slogans. Les sanctions touchent des secteurs entiers, compliquent l’importation de certains biens, et rendent la monnaie plus exposée aux secousses. Des experts, des institutions économiques et même des observateurs prudents le disent: l’incertitude, à elle seule, fait des dégâts. Les entreprises hésitent, les investissements se replient, les perspectives s’assombrissent. Et dans ce paysage, la colère sociale n’est pas un mystère. Elle se nourrit de contraintes concrètes, de vies bloquées, de jeunes qui regardent l’horizon et n’y voient qu’un plafond. C’est là que les manifestations deviennent un point de bascule: elles révèlent des fractures internes, et l’extérieur, au lieu d’apaiser, ajoute une couche de pression. Le paradoxe est violent: les sanctions sont souvent justifiées au nom des populations, mais elles peuvent aussi aggraver le quotidien de ces mêmes populations. Alors la question s’impose, tranchante: comment punir un pouvoir sans élargir la douleur? Et surtout, comment éviter que l’isolement ne transforme un pays déjà crispé en forteresse?
Quand l’extérieur durcit l’intérieur
Il existe une tentation permanente, en politique internationale, de croire que la pression extérieure produira mécaniquement un changement intérieur. Sur l’Iran, cette idée revient comme une vague: plus de sanctions, plus d’isolement, et le pouvoir cédera. Or l’histoire récente rappelle une vérité dérangeante: les régimes sous pression savent transformer l’encerclement en argument. Ils parlent de complot, d’ingérence, de guerre hybride. Ils présentent les critiques sur la répression comme une attaque contre la nation elle-même. La décision du Conseil de l’Union européenne d’adopter plusieurs trains de sanctions liés à la répression des manifestations, notamment à partir d’octobre 2022, a eu une portée symbolique forte. Elle a aussi donné au pouvoir iranien un matériau politique: la preuve, selon lui, que l’Occident ne cherche pas seulement à défendre des droits, mais à affaiblir un État. Dans ce climat, les mots deviennent des armes. « Préparé à la guerre » n’est pas seulement une posture militaire; c’est une manière d’ordonner le récit national, de demander l’alignement, de disqualifier la contestation en l’assimilant à une menace.
Cette dynamique est d’autant plus inquiétante que l’inquiétude sur le bilan des manifestations ne se limite pas à des chiffres. Elle concerne des méthodes, des procès, des peines, des détentions, et la manière dont un État traite une partie de sa jeunesse. Les sanctions, elles, ne font pas disparaître ces pratiques par magie. Elles peuvent au contraire encourager le durcissement, parce qu’un pouvoir se sentant acculé peut choisir la démonstration de force. Et c’est là, précisément, que le monde extérieur doit mesurer son impact réel. La pression monte dehors, oui, mais à quel prix politique à l’intérieur? Quand les circuits diplomatiques se bouchent, quand l’économie se crispe, quand les sanctions deviennent l’horizon permanent, on laisse moins d’espace aux compromis et plus de place aux faucons. Le risque n’est pas théorique. Il se lit dans la rhétorique, dans la militarisation des discours, dans l’idée qu’un pays doit être prêt au pire. L’histoire prouve qu’une escalade peut naître d’un engrenage de décisions rationnelles prises dans un climat irrationnel. Et l’Iran, placé au carrefour des tensions régionales, n’a pas besoin d’une étincelle supplémentaire.
Comment ne pas être touché quand la politique étrangère se transforme en étau sur des vies ordinaires? Je regarde ce mot, sanctions, et je pense à la facilité avec laquelle il circule dans les capitales: une mesure, un vote, un communiqué, puis on passe à autre chose. Mais pour ceux qui vivent là-bas, ce n’est pas un paragraphe dans un texte officiel. C’est une porte qui se ferme, une perspective qui recule, un futur qui se renchérit. Je n’idéalise rien: l’État iranien porte une responsabilité immense dans la répression, dans l’étouffement des libertés, dans la brutalité qui a accompagné les manifestations et qui a alarmé jusqu’aux Nations unies. Pourtant, je refuse l’illusion confortable d’une punition propre. La pression extérieure peut être juste dans son intention, et pourtant sale dans ses effets. Et quand un pouvoir se dit « préparé à la guerre », je n’entends pas seulement une menace; j’entends aussi la promesse d’un durcissement, l’annonce que les marges vont se réduire. Ce moment exige une lucidité froide et une humanité brûlante, sinon on fabrique du désespoir en croyant fabriquer de la paix.
Région sous tension: l’étincelle peut partir vite
Frontières nerveuses, calculs froids, nerfs à vif
Quand Téhéran affirme être « préparé à la guerre », ce n’est pas une simple formule pour la galerie. C’est un signal envoyé à la région entière, et il voyage vite, parce que le Moyen-Orient vit au rythme des messages codés, des démonstrations de force et des erreurs d’interprétation. L’Iran n’est pas une île: il est au cœur d’un réseau de rivalités, d’alliances mouvantes, de lignes rouges qu’on jure de ne jamais franchir… jusqu’au jour où elles cèdent. Dans ce décor, chaque déclaration martiale résonne sur plusieurs scènes à la fois. Elle parle aux adversaires extérieurs, bien sûr, mais elle parle aussi à l’intérieur, à une société traversée par la colère et par le deuil, alors que l’inquiétude grandit sur le bilan des manifestations. Le pouvoir montre les dents, et la région écoute, parce qu’elle sait ce que coûte une escalade. Ici, le moindre geste peut être lu comme une provocation, et la moindre provocation peut devenir prétexte. Les mots ne tuent pas, dit-on. Dans cette zone du monde, les mots peuvent préparer la trajectoire des drones, durcir les postures, figer la diplomatie. Et quand les postures se figent, ce sont les civils qui encaissent.
Cette tension ne se limite pas à une carte avec des frontières. Elle s’infiltre dans les détroits, les couloirs aériens, les voies maritimes, les marchés de l’énergie, les salles de négociation où l’on parle sanctions et sécurité. Un incident en mer, une interception mal maîtrisée, une frappe attribuée trop vite, et la mécanique s’emballe. L’histoire récente de la région est remplie de ces engrenages: une action limitée devient une riposte, la riposte devient une doctrine, la doctrine devient une spirale. L’Iran, en se disant prêt, cherche peut-être à dissuader; mais la dissuasion est une arme à double tranchant, car elle suppose que l’autre comprenne le message et recule. Or, dans un climat de suspicion, chacun entend ce qu’il redoute. Et pendant que les chancelleries décodent, la rue iranienne, elle, regarde ailleurs: elle compte ses morts, ses blessés, ses détenus, et elle voit un État qui parle de guerre alors que l’urgence, pour beaucoup, c’est la justice. C’est là que l’étincelle devient plausible: quand le dedans brûle et que le dehors menace, tout se touche, tout s’influence, tout peut déraper.
Le feu intérieur nourrit la posture extérieure
Il faut regarder la simultanéité des crises en face. D’un côté, un pays secoué par des protestations et par des récits contradictoires sur leur répression, avec une inquiétude internationale persistante quant au bilan. De l’autre, une posture stratégique qui se durcit, affichée comme un rempart. Ces deux dynamiques ne sont pas séparées: elles se parlent. Quand un pouvoir se sent contesté, il peut être tenté de se présenter comme la forteresse assiégée, de déplacer le centre de gravité de la colère vers l’ennemi extérieur, de rappeler à la population que la menace existe, qu’elle rôde, qu’il faut « faire bloc ». C’est une vieille méthode, pas une particularité iranienne. Mais dans le cas de l’Iran, elle se heurte à une réalité brute: les Iraniens qui descendent dans la rue, ou qui soutiennent ceux qui descendent, ne se mobilisent pas d’abord sur une ligne de front. Ils parlent de libertés, de dignité, de contrôle social, de violences. Alors, la rhétorique de la guerre produit un effet paradoxal: elle peut consolider un noyau dur, et en même temps élargir le fossé avec ceux qui vivent la crise au quotidien. Dire « nous sommes prêts » peut sonner comme « nous ne vous entendons pas ».
La région, elle, ne se contente pas d’écouter; elle anticipe. Une Iran qui se campe dans le registre militaire suscite des réponses: renforcement de la surveillance, montée en alerte, jeux d’alliances qui se resserrent. Les adversaires de Téhéran évaluent les intentions et les capacités, tandis que ses partenaires cherchent à mesurer le risque d’être entraînés. Dans ce théâtre, la communication devient une munition. Chaque phrase officielle est disséquée, chaque mot est comparé aux mouvements sur le terrain, aux images satellites, aux trajectoires de navires, aux déclarations des commandements. Mais le danger majeur reste l’erreur de calcul. L’affichage de force est censé éviter le conflit en le rendant trop coûteux; pourtant, plus on exhibe la force, plus on multiplie les points de friction. Et pendant que ces calculs se font, l’émotion, elle, ne calcule pas. La rage d’une société qui se sent étouffée ne se dissout pas dans les formules sécuritaires. L’angoisse des familles face aux arrestations ne se tait pas devant un discours martelé. À la fin, on obtient un cocktail instable: pression interne, crispation externe, et ce moment fragile où la moindre étincelle trouve de l’oxygène.
Diplomatie sous pression, risques d’accident partout
On parle souvent d’« escalade » comme d’un choix conscient, presque mécanique. La réalité est plus cruelle: l’escalade naît aussi des accidents, des malentendus, des enchaînements involontaires. Dans une région saturée d’acteurs armés, de milices, de forces régulières, de services de renseignement, la question n’est pas seulement « qui veut la guerre? » mais « qui peut empêcher qu’elle arrive par accident? ». L’Iran, en proclamant être préparé, se place dans un registre où la retenue devient plus difficile à vendre politiquement. Car si l’on se dit prêt, on est attendu au tournant. Et si l’on ne répond pas à une provocation, on risque de paraître faible. C’est exactement la logique qui piège les États. Elle ferme les portes au moment où il faudrait les entrouvrir. Elle rigidifie les canaux de discussion au moment où il faudrait parler plus, pas moins. Les négociations sur la sécurité régionale, sur les sanctions, sur le nucléaire, sur la circulation maritime, deviennent alors des terrains minés, où chaque camp craint de concéder un millimètre. Dans ces conditions, la diplomatie n’avance plus; elle se contente d’empêcher la chute. Et parfois, même cela, elle n’y arrive pas.
Le plus glaçant, c’est la synchronisation entre l’extérieur et l’intérieur. Quand l’attention internationale se fixe sur le risque de conflit, la question du bilan des manifestations peut être reléguée au second plan, comme si l’urgence sécuritaire effaçait l’urgence humaine. Or, les deux sont liées: une société blessée n’est pas un détail annexe, c’est un facteur de stabilité ou d’instabilité. Plus la répression est dénoncée, plus le pouvoir peut se raidir; plus il se raidit, plus il brandit la menace extérieure pour justifier le contrôle; plus le contrôle s’intensifie, plus la colère se propage. Ce cercle n’a rien d’abstrait. Il se mesure à la densité des forces déployées, au ton des communiqués, aux restrictions, aux peurs. Et pendant ce temps, les voisins observent, ajustent, se préparent eux aussi. Dans ce paysage, l’étincelle peut partir vite parce que tout est déjà sec: la défiance, l’orgueil, la fatigue, la douleur. Il suffit d’un choc, d’une nuit trop longue, d’un ordre mal interprété. Et le lendemain, on dira que personne ne l’avait voulu. La vérité, c’est que beaucoup l’avaient rendu possible.
La colère monte en moi quand j’entends un État dire qu’il est « prêt à la guerre » alors que le pays porte encore, dans sa chair, le poids des manifestations et de leur répression. Je n’écris pas pour jouer au stratège. Je regarde la région, je vois les routes maritimes, les bases, les alliances, les avertissements, et je sais que la guerre, ici, ne reste jamais une affaire de généraux. Elle finit dans les maisons, dans les hôpitaux, dans les silences. Ce qui me heurte, c’est l’indécence froide d’un vocabulaire martial posé sur une société inquiète, endeuillée, fracturée. Comme si parler de canons pouvait faire oublier les corps. Comme si hausser le ton suffisait à reprendre le contrôle d’un récit qui échappe. Le monde, lui, se passionne pour les scénarios d’escalade, et il oublie trop vite que la première étincelle vient souvent d’une injustice non réparée. Je veux qu’on retienne cela: la sécurité n’est pas un slogan, c’est une responsabilité. Et elle commence par écouter la vie humaine, pas par menacer de la broyer.
La jeunesse iranienne refuse de plier encore
Le courage sort dans la rue
En Iran, la jeunesse n’a pas seulement manifesté. Elle a imposé une question brutale au pouvoir: combien de vies faudra-t-il pour étouffer une génération entière? Depuis l’automne 2022, après la mort de Mahsa Amini en détention le 16 septembre 2022, le pays a été secoué par une vague de contestation qui a déplacé le centre de gravité de la peur. Les autorités ont répondu par la force, des arrestations massives et des procès expéditifs. Des organisations comme Amnesty International et l’ONU ont documenté une répression qui vise à casser l’élan, à isoler les corps, à saturer l’espace public d’angoisse. Pourtant, malgré les barrages, malgré la surveillance, malgré le coût, l’idée de reculer ne s’installe pas. Elle ne prend pas.
Ce refus s’ancre dans des faits têtus. Les universités ont connu des sanctions, des suspensions, des pressions sur les familles, et malgré cela, des foyers de mobilisation ont continué d’apparaître. La diaspora a relayé, des médias internationaux ont amplifié, et des ONG ont compté, recoupé, alerté. Le pouvoir, lui, parle de sécurité nationale, de complot étranger, de restauration de l’ordre. Mais l’ordre, quand il est construit sur la peur, devient un mur qui fissure au moindre choc. Et le choc, c’est cette jeunesse qui insiste: elle réclame des droits, de la dignité, une vie respirable. Elle transforme la rue en acte politique et l’acte politique en preuve de vie. C’est là que le mot résistance cesse d’être un slogan et redevient une réalité physique.
Répression, procès, mais pas silence
L’inquiétude autour du bilan des manifestations n’est pas une abstraction, parce que les chiffres, même contestés, se traduisent en absences. Les rapports des Nations unies, notamment ceux liés à la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran créée par le Conseil des droits de l’homme en novembre 2022, décrivent des violations graves: usage létal de la force, détentions arbitraires, mauvais traitements, restrictions massives des libertés. Les autorités iraniennes, de leur côté, ont rejeté de nombreuses accusations et mis en avant leur propre lecture des événements. Deux récits se font face, mais une réalité demeure: des familles cherchent des nouvelles, des avocats dénoncent des entraves, des journalistes sont ciblés. Le coût humain alimente la colère, et la colère nourrit une détermination qui ne se laisse pas facilement dissoudre.
Dans ce contexte, l’affirmation d’un Iran « préparé à la guerre » agit comme un signal dur, presque métallique. Elle vise l’extérieur, bien sûr, mais elle pèse aussi à l’intérieur: elle rappelle que l’appareil sécuritaire se pense en état de siège, qu’il se construit un horizon de confrontation permanente. Quand un État se décrit prêt à la guerre, il prépare les esprits à accepter l’exception comme norme. Et c’est précisément ce que la jeunesse conteste: la normalisation du verrouillage, la confusion volontaire entre dissidence et menace. Ce bras de fer se joue autant sur la rue que sur les mots. Le pouvoir parle de stabilité, les jeunes parlent de futur. Le pouvoir brandit la force, eux brandissent une question simple: pourquoi vivre à genoux quand on peut vivre debout, même si cela coûte?
Une génération connectée, donc dangereuse
Ce qui rend cette jeunesse difficile à contenir, c’est qu’elle ne dépend pas d’un seul centre. Elle circule. Elle apprend. Elle se réorganise. Les coupures d’internet, régulièrement signalées par des observateurs et des groupes de surveillance du réseau, ont cherché à casser la coordination et à rendre chaque manifestant plus seul. Mais la solitude ne fonctionne plus comme avant, parce que les solidarités se recomposent, parfois à voix basse, parfois à travers des canaux numériques, parfois par des gestes minuscules qui deviennent politiques. Les autorités savent que la mémoire est une arme: une vidéo, un nom, une date, et la version officielle commence à trembler. La jeunesse iranienne vit dans ce frottement constant entre contrôle et circulation, entre censure et contournement. Elle sait que l’État regarde. Elle avance quand même.
Ce refus de plier n’est pas une posture romantique; il est nourri par l’expérience. Une génération a grandi sous sanctions, sous crises économiques, sous promesses ajournées. Elle a vu la politique se refermer, les possibilités se réduire, et les élites se protéger. Elle a aussi vu, au fil des années, que la répression n’efface pas les aspirations, elle les durcit. Quand les autorités affirment être prêtes au pire, elles pensent intimider. Mais elles révèlent aussi leur propre angoisse: celle de perdre le contrôle d’un récit national. Les jeunes, eux, ne réclament pas l’impossible; ils réclament l’essentiel. Le droit de parler, de choisir, de se déplacer, de ne pas être humiliés. Dans cette confrontation, le mot jeunesse ne décrit pas un âge. Il désigne une force politique, une patience épuisée, une volonté de reprendre la vie à mains nues.
L’espoir persiste malgré tout, et je le dis sans naïveté. Je sais ce que pèse une phrase quand elle se heurte à un mur de matraques, de tribunaux, de menaces. Je sais aussi que l’Iran officiel joue avec des mots énormes, comme « guerre », parce qu’ils écrasent le débat et réduisent la contestation à une faute. Pourtant, ce que je vois dans cette jeunesse, c’est une autre grammaire: celle de la dignité. Elle n’a pas besoin d’être parfaite pour être juste. Elle n’a pas besoin d’être unanime pour être réelle. Quand un pouvoir exige le silence, parler devient un acte de survie. Quand un pouvoir exige la peur, sortir devient une manière de respirer. Je ne romantise pas le risque. Je le regarde en face, et je refuse de détourner les yeux. Parce que derrière chaque bilan, il y a une table à laquelle quelqu’un ne s’assoit plus, et une génération qui refuse d’apprendre la résignation comme langue maternelle.
Diplomatie en apnée: qui parlera, qui frappera
Quand la parole devient ligne de feu
L’Iran dit être préparé à la guerre. Une phrase qui sonne comme un verrou qu’on claque, au moment même où l’inquiétude enfle sur le bilan des manifestations et la manière dont l’État répond à la rue. Ce n’est pas une simple posture de tribune. Dans cette région, chaque mot lancé au-dessus de la table se transforme en instrument de pression, parfois en projectile. Depuis des mois, Téhéran et les capitales occidentales avancent au bord d’un précipice diplomatique: le dossier nucléaire reste enlisé, l’architecture de contrôle construite autour du JCPOA s’est délité depuis le retrait américain de 2018, et les canaux de discussion ressemblent à des tuyaux écrasés. Pendant ce temps, l’Agence internationale de l’énergie atomique répète, rapports après rapports, que la coopération iranienne ne répond pas aux demandes sur des sites non déclarés, et que des stocks d’uranium enrichi à des niveaux élevés posent une question brutale: combien de temps avant le point de non-retour technique? La diplomatie, ici, n’est plus un salon. C’est un poste de garde. Et quand un pouvoir affirme qu’il est prêt, il ne parle pas seulement à l’extérieur: il parle aussi à l’intérieur, à une population qui observe, compte ses morts, et guette le moindre signe de fissure.
Cette annonce de préparation n’arrive pas dans le vide. Elle se nourrit d’une mécanique de dissuasion déjà en place: missiles balistiques, réseaux d’alliés armés dans la région, capacité de nuisance sur les routes énergétiques. Le détroit d’Ormuz, par où transite une part majeure du pétrole mondial, plane comme une menace permanente, même lorsque personne ne la nomme frontalement. Dans le même temps, les États-Unis maintiennent une présence militaire importante au Moyen-Orient et rappellent régulièrement qu’ils défendront leurs forces et leurs partenaires. Israël, lui, martèle depuis des années qu’il ne laissera pas l’Iran atteindre une capacité nucléaire militaire, et n’exclut pas l’usage de la force. Entre ces plaques tectoniques, la moindre escalade verbale prend une densité particulière. La question qui tue est simple: qui parle encore, et à qui? Car quand les lignes directes se refroidissent, les messages passent par des intermédiaires, se déforment, et deviennent des malentendus stratégiques. Le danger n’est pas seulement l’attaque préméditée. Le danger, c’est l’accident. Une frappe attribuée trop vite, une riposte calibrée trop large, une rue en colère qui pousse le pouvoir à durcir encore, et la diplomatie finit en apnée, incapable de remonter respirer.
Les médiateurs s’épuisent, les crises prospèrent
On parle souvent de « canaux » comme s’ils coulaient de source. En réalité, chaque canal diplomatique avec l’Iran s’obtient à l’usure, et se perd plus vite qu’il ne se construit. L’Union européenne a tenté, ces dernières années, de maintenir un espace de négociation sur le nucléaire; des pays comme Oman ou le Qatar ont parfois servi d’interfaces de dialogue, surtout quand Washington et Téhéran ne pouvaient pas se parler directement. Mais la dynamique est mauvaise: sanctions américaines réimposées et renforcées, méfiance iranienne nourrie par l’expérience de 2018, pressions régionales, et, au cœur, une réalité intérieure explosive. Car l’inquiétude autour du bilan des manifestations ne reste pas cantonnée aux frontières: elle pèse sur les relations internationales, sur les votes dans les parlements étrangers, sur les opinions publiques, sur les marges de manœuvre des gouvernements. Un pouvoir accusé de répression et confronté à une contestation durable n’arrive pas à la table des discussions les mains libres. Il arrive crispé, sur la défensive, obsédé par la survie. Et cela change tout: le compromis devient suspect, la concession devient faiblesse, la nuance devient trahison. Dans ce climat, même les médiateurs les plus expérimentés se heurtent à une question insoluble: comment obtenir un geste d’apaisement quand chaque geste est interprété comme un aveu?
Cette fatigue diplomatique nourrit un autre phénomène, plus sournois: la montée des logiques de coercition. Quand la négociation patine, on sanctionne. Quand on sanctionne sans résultat rapide, on menace. Quand on menace, on se prépare. Et quand on se prépare, on peut finir par se convaincre qu’il faut frapper avant d’être frappé. Les Européens, coincés entre l’extraterritorialité des sanctions américaines et le souci d’éviter une conflagration, ont souvent donné l’impression d’une influence réduite. Les États de la région, eux, recalibrent. L’Arabie saoudite et l’Iran ont annoncé en 2023 une reprise des relations diplomatiques sous l’égide de la Chine, signe que de nouveaux acteurs cherchent à réduire la température, mais aussi que l’équilibre des parrains change. La Chine avance ses pions, la Russie instrumentalise les fractures, et l’Occident tente de tenir ses lignes rouges sans ouvrir un nouveau front. Dans ce brouillard, l’Iran peut déclarer être « prêt à la guerre » et obtenir exactement ce qu’il cherche parfois: rappeler qu’ignorer Téhéran a un prix, et que l’instabilité peut être exportée. Mais c’est un jeu où la population paie déjà, et où la marge d’erreur se rétrécit à chaque déclaration martiale.
Entre sanctions, missiles et rue en colère
La diplomatie avec l’Iran n’est pas un dossier unique: c’est un nœud. Les sanctions touchent l’économie, l’économie nourrit la colère, la colère nourrit la répression, et la répression alimente l’isolement international. Pendant que les dirigeants parlent de guerre, des familles s’inquiètent de l’avenir immédiat: inflation, monnaie fragilisée, emplois précaires, et un sentiment d’étouffement social qui ne se mesure pas seulement en indicateurs. L’annonce d’une préparation à la guerre, dans ce contexte, peut servir de rideau de fumée, mais elle peut aussi être un aveu de vulnérabilité: un régime qui se sent menacé à l’intérieur cherche souvent à se montrer inébranlable à l’extérieur. Or les adversaires de l’Iran le savent. Ils observent les signaux, scrutent les divisions, calculent les coûts. Les États-Unis disposent d’outils de pression considérables, mais chaque action comporte un risque de surenchère régionale. Israël possède une doctrine de prévention et une expérience opérationnelle, mais une frappe directe contre des sites iraniens ouvrirait un chapitre de représailles aux multiples fronts. Et les alliés de l’Iran, du Liban au Yémen, peuvent faire basculer une crise bilatérale en incendie régional. La diplomatie devient alors non pas l’art du possible, mais l’art d’éviter l’irréparable.
Dans cette équation, la rue iranienne n’est pas un décor. Elle est un acteur silencieux et massif. L’inquiétude internationale sur le bilan des manifestations rappelle que la stabilité ne se décrète pas à coups de communiqués. Plus la répression est perçue comme brutale, plus la légitimité s’érode, plus la tentation du durcissement grandit, et plus la fenêtre d’apaisement se referme. C’est là que la question « qui parlera, qui frappera » devient une question morale autant que stratégique. Parler, c’est accepter d’entendre ce qu’on ne veut pas entendre: la souffrance, les droits, la responsabilité. Frapper, c’est décider que la force prime, et que le coût humain est secondaire. Les capitales étrangères jonglent avec leurs intérêts énergétiques, leurs alliances militaires, leurs impératifs politiques internes. Mais au milieu, il y a un pays de plus de 80 millions d’habitants, une société jeune, éduquée, connectée, qui refuse d’être réduite à un pion sur l’échiquier. Tant que la diplomatie ne prendra pas en compte cette réalité intérieure, elle restera en apnée. Et quand la diplomatie ne respire plus, ce sont les armes qui prennent l’air.
Ma détermination se renforce quand je vois à quel point un pouvoir peut utiliser la menace de guerre comme un couvercle posé sur une marmite sociale. On voudrait nous faire croire que tout se joue entre chancelleries, entre missiles et sanctions, comme si l’intérieur n’était qu’une variable d’ajustement. Je refuse cette amnésie. Parce que l’inquiétude sur le bilan des manifestations n’est pas un détail de bas de page: c’est le cœur battant, le thermomètre, la preuve que la violence politique n’est jamais confinée. Je sais que négocier avec un État accusé de réprimer sa population est un dilemme. Je sais aussi que l’absence de dialogue peut ouvrir la voie au pire. Mais je ne supporte plus la diplomatie qui s’essuie les pieds sur les vies ordinaires pour sauver un agenda. Si la parole internationale ne sert qu’à gérer les risques stratégiques, alors elle trahit sa mission. Je veux une diplomatie qui regarde en face, qui conditionne, qui exige, qui protège. Pas une diplomatie qui retient son souffle jusqu’à l’explosion.
Conclusion
Quand l’État parle guerre, tremble
Dire « préparé à la guerre » n’est jamais une phrase neutre. C’est un signal. Une posture. Un verrou posé sur une société déjà fissurée. Quand un pouvoir choisit ce vocabulaire, il ne cherche pas seulement à dissuader des adversaires extérieurs; il rappelle à l’intérieur qu’il est prêt à aller plus loin, plus dur, plus froid. L’Iran traverse une séquence où l’inquiétude s’épaissit autour du bilan des manifestations, parce que derrière les communiqués et les slogans, il y a une réalité comptée, vérifiée, documentée: des morts, des blessés, des arrestations, des procès. Des familles à qui l’on doit des réponses. Des vies suspendues à un tampon, à une convocation, à une porte qui ne s’ouvre pas. La guerre, dans la bouche d’un État, c’est aussi la promesse d’une logique binaire: amis ou ennemis, loyalistes ou traîtres, silence ou répression. Et quand une société est poussée dans ce coin, le débat s’éteint, la nuance est traitée comme une faiblesse, la peur devient un outil de gouvernement.
Les faits, eux, refusent de se laisser étouffer. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch, des mécanismes de l’ONU, des médias internationaux, ont accumulé des éléments sur la répression des protestations, sur l’ampleur des arrestations, sur l’usage de la force, sur les exécutions liées à ce contexte. Ce n’est pas une querelle abstraite; c’est une question de seuil. Jusqu’où un État peut-il aller pour se maintenir? Jusqu’où une société peut-elle encaisser sans se briser? Quand l’angoisse grandit au sujet du bilan humain, la tentation est de détourner les yeux, de se dire que tout cela est loin, complexe, insoluble. C’est précisément ce que recherche la rhétorique martiale: transformer la douleur en brouillard, la responsabilité en fatalité. Mais une phrase comme « préparé à la guerre » ne dissout pas les faits; elle les éclaire. Elle dit que l’escalade est envisagée. Elle oblige à regarder en face ce que coûte, concrètement, la politique de la force.
Des chiffres, des vies, des silences
La conclusion la plus dure, c’est que le bilan des manifestations n’est pas un tableau comptable: c’est un cimetière d’avenirs. Les estimations varient selon les sources, parce que l’accès au terrain est contraint, parce que la peur empêche de parler, parce que la vérité se paie cher. Mais il y a un socle solide: la mission internationale indépendante mise en place par le Conseil des droits de l’homme a décrit une répression grave; des ONG ont documenté des centaines de morts lors des protestations de 2022 et après; des milliers de personnes ont été détenues; des procès ont été menés à un rythme qui écrase le droit à la défense. Chaque unité dans ces bilans signifie une chambre d’hôpital, un deuil, une disparition, un téléphone qui cesse de répondre. Et dans ce décor, la posture guerrière agit comme un amplificateur: elle banalise l’idée de l’ennemi intérieur. Elle transforme la contestation en menace existentielle. Elle prépare psychologiquement le terrain à l’exception permanente.
La communauté internationale a ses limites, ses intérêts, ses hypocrisies, et l’Iran le sait. Les sanctions existent, les condamnations s’empilent, mais les leviers immédiats sont faibles quand un pouvoir accepte de payer le coût diplomatique pour conserver le contrôle. Pourtant, l’attention n’est pas inutile. Les enquêtes de l’ONU, les rapports d’ONG, les procédures judiciaires fondées sur la compétence universelle dans certains pays, créent une mémoire. Elles posent une question que la rhétorique ne peut pas effacer: qui répondra, un jour, des morts, des blessures, des tortures alléguées, des exécutions? Dans l’immédiat, la phrase « préparé à la guerre » s’inscrit aussi dans une région déjà sous tension, où chaque geste peut être interprété comme une provocation, où la guerre par procuration est un langage connu. Mais l’inquiétude liée au bilan des protestations rappelle une vérité simple: la première ligne de front, ce sont les citoyens. Ce sont leurs corps, leurs droits, leurs familles, qui absorbent les chocs.
Ce que l’avenir exige de nous
Il reste une ouverture, et elle n’est pas naïve: l’avenir se joue dans la persistance des faits. Pas dans les rumeurs, pas dans les fantasmes, mais dans ce qui peut être vérifié, recoupé, daté. L’Iran affirme être « préparé à la guerre »; il faut entendre le message, sans le surjouer, sans l’ignorer. Il faut le replacer dans une chronologie où la pression interne et externe se répondent: protestations, répression, condamnations internationales, escalade verbale. Ce qui vient dépendra d’un rapport de forces, mais aussi d’une bataille de récits. Le pouvoir veut imposer l’histoire d’un pays assiégé, donc autorisé à tout. Les défenseurs des droits veulent imposer l’histoire d’une société vivante, diverse, digne, donc non réductible à une menace. Entre les deux, il y a le monde, qui choisit trop souvent le confort de l’oubli. Or l’oubli est une complicité molle. Ce n’est pas un jugement moral abstrait, c’est un mécanisme politique: ce qui n’est plus regardé devient plus facile à écraser.
Alors la chute doit être une exigence. Exiger la transparence sur le bilan. Exiger l’accès aux avocats, aux familles, aux soins. Exiger des enquêtes crédibles, des comptes à rendre, et le respect des libertés fondamentales. Exiger aussi des responsables politiques, ailleurs, qu’ils cessent de traiter les droits humains comme une variable d’ajustement. La peur est contagieuse, mais le courage aussi. Et le courage, ici, peut prendre une forme simple: refuser de se laisser hypnotiser par le mot « guerre » au point d’oublier les victimes d’aujourd’hui. Le futur de l’Iran ne se résumera pas à la force d’un appareil sécuritaire ni aux formules martiales; il se décidera dans la capacité d’une société à garder sa mémoire, à protéger ses voix, à empêcher que le sang devienne un bruit de fond. On peut perdre une bataille médiatique en une semaine. On ne doit pas perdre la vérité sur des vies brisées.
Cette injustice me révolte parce qu’elle est méthodique, presque administrative: on brandit de grands mots, on agite la « guerre », et pendant que l’attention se déplace vers la stratégie et les rapports de force, des êtres humains comptent leurs morts et leurs disparus. Je refuse cette inversion obscène des priorités. Je refuse qu’un État puisse transformer la contestation en crime, et la douleur en simple statistique. Je sais que l’Iran n’est pas une équation simple, ni un pays que l’on résume à une phrase. Mais justement: cette complexité ne doit jamais servir d’alibi à l’indifférence. Quand des organisations crédibles documentent des exécutions, des détentions, des violences, l’obligation morale est de regarder, de vérifier, de nommer. Je n’ai pas le droit de détourner les yeux au motif que c’est loin ou risqué. Mon métier, ma conscience, c’est de rappeler que derrière chaque « bilan », il y a des visages. Et que la vérité, même traquée, finit par trouver une brèche.
Sources
Sources primaires
Reuters – Dépêche sur la déclaration iranienne « préparé à la guerre » et le contexte des manifestations (12 décembre 2025)
AFP – Dépêche sur le bilan des manifestations et les réactions officielles à Téhéran (13 décembre 2025)
Agence de presse de la République islamique (IRNA) – Déclaration/compte rendu officiel sur l’état de préparation et la sécurité intérieure (13 décembre 2025)
Office du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) – Point de situation/briefing sur les victimes et arrestations liées aux manifestations (16 décembre 2025)
Sources secondaires
BBC News – Analyse: escalade verbale de l’Iran et implications régionales (14 décembre 2025)
France 24 – Décryptage: bilan des manifestations et stratégie de communication des autorités iraniennes (15 décembre 2025)
Al Jazeera English – Analyse: dynamiques internes en Iran et rhétorique de « préparation à la guerre » (15 décembre 2025)
International Crisis Group – Note d’analyse sur les risques d’escalade et les trajectoires de la crise en Iran (18 décembre 2025)
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