Un tarif comme un coup de massue
Quand Donald Trump brandit une menace de taxe à 25 % contre les pays qui continuent de faire des affaires avec l’Iran, il ne parle pas seulement de commerce. Il parle de rapport de force. Il parle de punition. Le message est simple, brutal, presque enfantin dans sa formulation, mais terriblement adulte dans ses conséquences: « choisissez votre camp ». Ce n’est pas une négociation, c’est un ultimatum. Et dans un monde où la chaîne d’approvisionnement traverse les continents, où une cargaison de pétrole, un contrat d’assurance maritime, une opération bancaire, peuvent impliquer dix juridictions, cette menace se diffuse comme une onde de choc. Elle ne vise pas uniquement Téhéran; elle vise tous ceux qui refusent de couper le fil, même s’il est mince, même s’il est légal, même s’il est vital.
Ce type d’arme économique fonctionne parce qu’il s’appuie sur une réalité: l’attrait du marché américain et la puissance de ses leviers financiers. Ce n’est pas une théorie. Les sanctions et mesures extraterritoriales américaines ont déjà, par le passé, poussé des entreprises étrangères à se retirer d’Iran, non pas toujours par conviction, mais par peur d’être exclues des circuits dominants, d’être pénalisées, de voir leurs transactions devenir toxiques. Ce qui change ici, c’est la mise en scène d’un chiffre net, un pourcentage qui claque, qui se retient, qui se répète dans les salles de marché et les cabinets ministériels. La menace agit comme un projecteur: elle éclaire un fait dérangeant, celui d’un commerce mondial où la souveraineté se heurte souvent à la dépendance, et où l’économie devient une langue de commandement.
La peur s’installe dans les capitales
Dans les capitales étrangères, ce n’est pas le bruit d’un canon qu’on entend, c’est le froissement des dossiers qu’on rouvre en urgence. Que signifie « faire des affaires » avec l’Iran quand une entreprise achète une matière première à un intermédiaire, quand une banque confirme une lettre de crédit, quand un armateur transporte un produit dont la traçabilité se complique en mer? La menace de Trump ne vient pas avec une définition claire, et c’est précisément ce flou qui mord. L’incertitude est une sanction en soi. Elle pousse les juristes à surinterpréter, les dirigeants à se protéger, les gouvernements à calculer. Elle installe la prudence comme réflexe, la coupure comme option par défaut, même quand la réalité est plus nuancée.
Ce chantage tarifaire ne frappe pas tout le monde de la même façon. Les États aux économies fragiles redoutent l’effet domino: moins d’accès au marché, moins d’investissements, plus de tensions internes. Les pays qui importent de l’énergie regardent l’Iran comme une pièce du puzzle, parfois indispensable, et ils savent qu’un retrait précipité peut renchérir des coûts, alimenter l’inflation, aggraver la colère sociale. Les partenaires traditionnels de Washington, eux, se retrouvent face à un dilemme politique: suivre une ligne dure au nom d’une alliance, ou défendre leur autonomie économique au nom d’un intérêt national. Dans cette zone grise, la menace de 25 % devient une machine à diviser. Elle teste les fidélités. Elle creuse les failles. Et elle rappelle, sans détour, que la mondialisation n’a jamais été un espace neutre; c’est un terrain où le plus fort impose souvent les règles du jeu.
Quand l’économie remplace la diplomatie
Le cœur du problème, ce n’est pas seulement le montant annoncé. C’est la logique. Utiliser une taxe comme instrument de contrainte géopolitique, c’est déplacer la discussion de la table diplomatique vers la caisse enregistreuse. On ne cherche plus d’abord un compromis, on cherche un effet de dissuasion. Cette méthode a un avantage pour celui qui la brandit: elle est spectaculaire, immédiatement compréhensible, et elle donne l’impression d’agir vite. Mais elle a aussi un prix: elle érode la confiance. Car si l’on peut menacer aujourd’hui ceux qui commercent avec l’Iran, on peut demain menacer ceux qui commercent avec un autre adversaire, ou même avec un allié jugé trop indépendant. La politique étrangère devient un menu de pénalités, et chaque pays se demande quand son nom sera écrit sur l’addition.
Et l’Iran, au milieu, devient à la fois cible et prétexte. Cible, parce que l’objectif affiché reste de réduire ses revenus et sa marge de manœuvre. Prétexte, parce que le geste montre une manière de gouverner le monde: par la pression, par l’extraterritorialité, par le signal envoyé à ceux qui hésitent. Mais à force de transformer l’économie en champ de bataille, on banalise une violence plus silencieuse. Elle ne laisse pas de ruines visibles, mais elle peut fermer des usines, faire monter les prix, provoquer des ruptures d’approvisionnement, et faire payer des populations qui n’ont rien décidé. Dans ce jeu, les dirigeants parlent en slogans, et ce sont les sociétés qui encaissent. Le commerce n’est plus un pont; il devient une frontière. Et la frontière, par définition, finit toujours par blesser quelqu’un.
Mon cœur se serre quand je vois à quel point un simple pourcentage peut devenir une menace existentielle. 25 %, c’est une formule froide, presque propre, comme un chiffre écrit au tableau. Mais derrière, je sens la chaleur des vies qui se contractent, la peur qui se propage dans les bureaux, les ateliers, les ports, les ministères. On nous parle de stratégie, de fermeté, de morale géopolitique. Pourtant, ce que j’entends surtout, c’est la musique du chantage: « obéis, ou paie ». Et cette musique-là n’élève personne. Elle humilie. Elle force. Elle installe l’idée que la puissance donne tous les droits, même celui d’étrangler à distance.
Trump brandit la taxe, l’Iran encaisse le choc
Une menace tarifaire qui serre la gorge
Quand Donald Trump agite l’idée d’une taxe de 25 % contre les pays qui font des affaires avec l’Iran, ce n’est pas une simple phrase de campagne lâchée au vent. C’est un levier. Un avertissement adressé autant aux capitales étrangères qu’aux entreprises qui signent, transportent, assurent, financent. Dans ce théâtre de la pression économique, la cible officielle, c’est Téhéran. Mais l’onde de choc traverse tout le réseau des échanges, parce que l’arme n’est pas un missile, c’est une facture. Et une facture, ça se paye, ou ça se contourne, ou ça se répercute. Sur des cargaisons. Sur des contrats. Sur des familles qui n’apparaissent jamais dans les communiqués.
Le mécanisme est brutal parce qu’il joue sur la peur d’être puni pour avoir commerçé. Une taxe annoncée à ce niveau-là, c’est un message clair: “Choisissez votre camp.” L’Iran se retrouve alors enfermé dans un couloir étroit, celui où chaque partenariat devient suspect, chaque transaction un risque, chaque projet une cible potentielle. L’économie n’aime pas l’incertitude. Elle déteste l’idée qu’un président puisse, d’un coup de projecteur, reclasser des relations commerciales en quasi-crime. Dans ce climat, l’impact dépasse la diplomatie. Il touche la capacité d’un pays à respirer, à importer, à vendre, à stabiliser sa monnaie, à maintenir un minimum de confiance. Et la confiance, une fois fissurée, ne se recolle pas avec un discours.
Commerce sous pression, souverainetés bousculées
Ce type de menace met les “pays faisant des affaires avec l’Iran” face à une équation toxique. D’un côté, leurs intérêts économiques, parfois leurs besoins énergétiques, parfois une stratégie régionale qu’ils estiment légitime. De l’autre, le risque d’être frappés par une mesure qui renchérit l’accès au marché américain, ou complique leurs relations avec Washington. Une taxe de 25 %, ce n’est pas une tape sur les doigts. C’est une barrière qui change les calculs, qui force des arbitrages, qui pousse des gouvernements à reconsidérer des contrats déjà signés. Et quand l’État hésite, les entreprises freinent. Elles n’aiment pas avancer dans le brouillard. Elles veulent des règles. Elles obtiennent un ultimatum.
La logique de la sanction secondaire, celle qui punit non seulement la cible mais aussi ceux qui la côtoient, repose sur une réalité: l’économie mondiale est interconnectée, et l’accès au dollar, aux assurances, aux chaînes logistiques, au financement international, est vital. Menacer ce tissu, c’est redessiner la carte des possibles. Le prix se paie en retards, en surcoûts, en renoncement. Et l’Iran, déjà confronté à des contraintes, peut voir se réduire encore l’espace de ses échanges, non pas uniquement par ses actes, mais par l’effet d’une pression externe qui dissuade, qui isole, qui fatigue. La diplomatie devient alors une salle d’attente où l’on compte les pertes en silence, pendant que la menace, elle, fait du bruit.
L’Iran pris entre symbole et survie
Pour Téhéran, l’annonce d’une telle taxation agit comme un rappel sec: sa marge de manœuvre dépend aussi des autres. Le pays peut chercher à diversifier ses partenaires, à contourner des circuits, à négocier dans l’ombre. Mais chaque détour coûte. Chaque itinéraire alternatif s’accompagne de primes de risque, de commissions, d’intermédiaires. L’Iran peut aussi se raidir, afficher une posture de résistance, transformer la pression en récit national. Sauf que les récits ne remplissent pas les entrepôts. Ils ne stabilisent pas un budget. Ils ne garantissent pas la disponibilité de certains biens importés. Entre l’image et la survie, l’écart se mesure en tensions internes, en attentes sociales, en frustration.
Et c’est là que la menace devient plus qu’un outil de politique étrangère. Elle devient une épreuve quotidienne, même si elle est formulée en langage technocratique. Quand la possibilité d’une taxe à 25 % plane au-dessus des partenaires commerciaux, le résultat n’est pas seulement une dispute entre dirigeants. C’est une chaîne de réactions: des investisseurs qui attendent, des banques qui hésitent, des compagnies qui réévaluent leurs routes, des gouvernements qui calculent le coût politique d’un partenariat. Au bout, l’Iran encaisse le choc, parfois sans même qu’une mesure soit appliquée. La menace suffit à produire une discipline. Elle remplace l’acte par l’anticipation, la sanction par l’autocensure. Et dans cette mécanique, l’étau se resserre sans tambour, sans sirène. Juste avec une phrase, répétée et amplifiée, jusqu’à devenir une frontière invisible.
Cette réalité me frappe parce qu’elle montre à quel point la souffrance peut être fabriquée sans violence visible. Une menace de taxe, un chiffre annoncé, et soudain des pays doivent choisir entre commercer et obéir, entre leur intérêt et la peur. Je pense à ce que cela implique pour l’Iran, non pas en théorie, mais dans la matière du quotidien: l’incertitude qui ronge, les prix qui peuvent grimper, les projets qui se figent, les horizons qui se rétrécissent. Je n’idéalise personne. Je sais que la politique internationale n’est pas un conte moral. Mais je refuse de croire que l’on puisse réduire des sociétés entières à une case “à punir” sans mesurer le coût humain de ces décisions. Ce qui me heurte, c’est la facilité avec laquelle une formule peut devenir un étau. On applaudit la fermeté, on débat de stratégie, et pendant ce temps la vie, elle, continue. Avec moins d’air.
Commerce sous menace: qui ose encore traiter avec Téhéran?
Un tarif brandi comme une matraque
Quand Donald Trump agite la menace d’une taxe de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, il ne parle pas seulement de douanes. Il parle de pouvoir. Il transforme un outil technique en message politique, brutal, sans détour. Le commerce devient un test de loyauté. Et ce qui se joue dépasse largement les cargaisons, les contrats, les signatures au bas d’un accord. Ce qui se joue, c’est la place de chaque capitale dans l’ombre américaine. Car l’idée est simple, presque crue: si vous faites des affaires avec Téhéran, vous paierez ailleurs. Pas forcément sur le marché iranien. Sur le marché américain, là où ça fait mal. Là où les chiffres prennent une forme concrète: emplois, investissements, accès, crédibilité. Cette logique pousse les États à compter leurs risques comme on compte des battements de cœur. Un gouvernement peut vouloir diversifier ses approvisionnements, sécuriser une route énergétique, soutenir ses industriels. Mais la menace d’un tarif punitif renverse la table. Elle oblige à choisir, vite, sous pression, avec la peur de déclencher une chaîne de représailles. Ce n’est plus une négociation. C’est une injonction.
Le plus frappant, c’est la mécanique psychologique derrière cette annonce. Une taxe annoncée n’a pas besoin d’être appliquée pour produire ses effets. Elle suffit à glacer les décisions, à suspendre des projets, à faire hésiter des banques, des assureurs, des armateurs. Les acteurs économiques détestent l’incertitude. Ils la fuient. Et quand un ancien président, redevenu candidat ou redevenu centre de gravité médiatique, pose une condition aussi claire, il crée un brouillard stratégique. Les entreprises qui avaient encore des liens avec l’Iran savent ce que cela signifie: un dossier peut devenir toxique du jour au lendemain. Les États, eux, scrutent l’humeur de Washington. Pas seulement la loi, mais le signal. Parce que dans ce jeu, le coût n’est pas uniquement financier. Il est diplomatique. Il est symbolique. Il est interne aussi, quand un gouvernement doit expliquer à son opinion publique qu’il renonce à un partenariat, non parce qu’il le veut, mais parce qu’une menace extérieure a réécrit les priorités. Voilà comment une simple annonce se transforme en arme d’alignement.
Des partenaires pris au piège du marché
Qui ose encore traiter avec Téhéran quand le prix potentiel se calcule en accès à l’économie américaine? La question n’a rien d’abstrait. Elle touche au nerf. Le commerce avec l’Iran existe, malgré les sanctions, malgré les pressions, malgré les cycles de durcissement et de relâchement. Mais il se fait souvent par couloirs étroits, par arbitrages prudents, par circuits où chaque étape est pesée. Et c’est précisément ce que la menace de taxation vise: ces zones grises, ces espaces où des pays tentent de préserver une marge de manœuvre. Trump, en promettant une taxe de 25 %, cherche à rendre cette marge intenable. Il propose une punition simple à comprendre, facile à brandir, difficile à ignorer. Les pays qui importent des produits stratégiques, ceux qui cherchent des débouchés, ceux qui veulent éviter une dépendance unique, se retrouvent face à une alternative brutale. D’un côté, une relation avec l’Iran qui peut répondre à des intérêts nationaux. De l’autre, la menace de perdre en compétitivité, de voir leurs exportations surtaxées, leurs chaînes d’approvisionnement perturbées. Ce n’est pas un débat moral. C’est un calcul de survie économique.
Et ce calcul se fait dans un monde déjà instable. Les marchés n’attendent pas les communiqués officiels pour réagir. Les investisseurs lisent entre les lignes. Les entreprises demandent à leurs juristes de préparer des scénarios. Les ministères évaluent les effets de second ordre: inflation importée, tensions sociales, rupture de contrats. Ce que Trump met sur la table, c’est une extension du rapport de force américain par le commerce. Une manière de dire: votre politique étrangère a un prix, et ce prix sera prélevé à la frontière. C’est là que les pays se sentent pris au piège. Même ceux qui ne veulent pas « soutenir » l’Iran peuvent avoir besoin de parler, d’acheter, de vendre, d’échanger sur des biens précis. Même ceux qui condamnent certaines orientations de Téhéran peuvent vouloir garder un canal économique pour éviter l’escalade. Mais la menace de taxation ferme les nuances. Elle pousse à des positions rigides. Elle transforme la diplomatie en corridor étroit où l’on avance en retenant son souffle.
Le prix humain derrière les chiffres
On pourrait croire que tout cela se limite à des tableaux Excel. À des pourcentages. À des déclarations de campagne. Mais la vérité est plus lourde. Quand on coupe des échanges, quand on menace, quand on resserre l’étau, ce sont des sociétés entières qui encaissent le choc. En premier lieu, l’Iran lui-même, déjà sous pression, déjà confronté à des difficultés économiques profondes. Une menace de taxe de 25 % vise les pays tiers, oui, mais elle a une conséquence immédiate: elle renforce la peur de commercer, elle raréfie les transactions, elle renchérit les coûts, elle fragilise les importations. Et quand les importations deviennent plus difficiles, ce sont souvent les biens essentiels qui se compliquent, pas les produits de luxe. Les chaînes logistiques ne font pas la différence entre une décision géopolitique et une urgence quotidienne. Elles obéissent aux risques, aux primes d’assurance, aux banques qui refusent de financer, aux transporteurs qui se retirent. Dans ce tunnel, les plus vulnérables paient d’abord. Toujours. Le politique peut parler de pression maximale, de stratégie, de sécurité. Mais sur le terrain, la pression se traduit par de la vie qui rétrécit: moins d’options, plus de pénuries, plus d’angoisse.
Et puis il y a l’autre côté de la frontière, celui des pays sommés de choisir. Eux aussi vivent des conséquences humaines, parfois invisibles. Une taxe punitive ne frappe pas une abstraction, elle frappe des secteurs, des emplois, des salaires, des régions industrielles. Elle devient un sujet intérieur, une source de tensions politiques. Elle nourrit l’idée que l’économie mondiale n’est plus un espace d’échange, mais un champ de bataille. Cette logique durcit tout. Elle encourage les réflexes de bloc contre bloc, la méfiance, les représailles. Elle fait reculer l’idée même d’un commerce qui pacifie. Alors la question « qui ose encore traiter avec Téhéran? » devient une question plus large: qui ose encore croire à des règles stables? Quand la menace devient méthode, chacun apprend à se protéger, à se replier, à frapper avant d’être frappé. Et dans ce monde-là, les chiffres ne sont plus des outils. Ils deviennent des armes.
Chaque fois que je lis ces chiffres, je pense à la facilité avec laquelle on les jette sur une table, comme on lancerait une pièce pour décider du sort des autres. Une taxe de 25 %, sur le papier, c’est propre. C’est net. Cela ressemble à une mesure « rationnelle ». Mais je n’arrive pas à oublier ce que cette rationalité efface: la peur dans les couloirs d’une entreprise qui exporte, l’hésitation d’un banquier qui coupe un financement, le silence d’un gouvernement qui renonce à une voie diplomatique parce qu’il n’a plus le droit de tenter. Je ne romantise pas l’Iran. Je ne gomme pas les responsabilités. Je dis seulement ceci: quand la menace devient la langue principale, elle finit par étouffer tout le reste. Elle écrase les nuances, elle rend suspect tout dialogue, elle transforme chaque échange en faute potentielle. Et alors, au bout de la chaîne, ce ne sont pas les stratèges qui encaissent. Ce sont les gens ordinaires, ceux qui vivent dans les interstices des décisions, et qui n’ont jamais été invités à la réunion où l’on a décidé de leur avenir.
Une sanction déguisée, une guerre économique nue
Un tarif qui sonne comme un ultimatum
Quand Donald Trump brandit la menace d’une taxe de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, il ne parle pas seulement de douane. Il parle de discipline. Il trace une ligne, et il demande au monde de choisir un camp. Le mot « taxe » paraît propre, administratif, presque banal. Mais l’intention, elle, est brute. Faire payer. Faire plier. Faire peur. Cette promesse de surtaxe n’est pas un détail de négociation, c’est un signal politique envoyé à haute fréquence, un avertissement qui vise plus large que Téhéran. Car la cible réelle, ce sont aussi les capitales qui hésitent, les entreprises qui calculent, les gouvernements qui tentent de ménager leurs intérêts énergétiques, industriels, diplomatiques. La mécanique est simple et violente: si vous faites des affaires avec l’Iran, vous paierez ailleurs, sur un autre marché, sous une autre forme. Une sanction, mais par un détour. Une punition, maquillée en politique commerciale. Et cette ambiguïté n’a rien d’un accident. Elle sert à laisser croire qu’il s’agit d’économie quand il s’agit d’abord de pouvoir, de rapport de force, d’obéissance exigée.
Dans ce genre de bras de fer, la première victime, ce n’est pas un communiqué. C’est la confiance. Parce qu’une menace tarifaire de cette ampleur pèse sur des chaînes d’approvisionnement, sur des contrats, sur des investissements qui s’étalent sur des années. Les partenaires visés entendent une question implicite: votre souveraineté vaut-elle le prix d’un accès au marché américain? L’outil est redoutable parce qu’il joue sur la dépendance et sur l’incertitude. Personne ne sait exactement comment, quand, sur quels produits, avec quelles exemptions. Et cette zone grise suffit à faire reculer des banques, à refroidir des assureurs, à geler des projets. Ce n’est pas seulement une mesure contre l’Iran, c’est une pression sur tous ceux qui pourraient lui acheter du pétrole, lui vendre des biens, ou simplement maintenir un canal économique ouvert. En surface, on parle de tarifs. En dessous, on voit le vieux langage des sanctions extraterritoriales: « votre commerce n’est plus votre affaire, il devient mon levier ». Et le monde comprend, très vite, ce que cela signifie.
Le commerce pris en otage géopolitique
Ce qui rend cette menace si lourde, c’est sa logique de contamination. Elle dépasse l’Iran et s’étend à tous les pays qui, pour des raisons énergétiques ou stratégiques, gardent un lien économique avec lui. Une taxe de 25 %, ce n’est pas une simple hausse de coûts: c’est un mur dressé au milieu des échanges. Elle transforme un partenaire commercial en risque politique. Elle oblige les gouvernements à arbitrer non pas entre deux fournisseurs, mais entre deux visions du monde: suivre Washington ou protéger leur autonomie. Et c’est là que la guerre économique devient nue. Car ce n’est pas seulement l’Iran qu’on isole; ce sont aussi les États tiers qu’on somme d’appliquer une politique étrangère qui n’est pas la leur. Les mots changent, l’effet reste: l’extraterritorialité, cette capacité de faire peser une décision américaine sur des acteurs étrangers, même hors du sol américain. On peut l’appeler stratégie, on peut l’appeler sécurité. Dans les faits, c’est une manière de faire du marché une arme, et de transformer les échanges en terrain miné.
Les défenseurs de ce type de pression diront qu’il s’agit de « dissuasion », de « fermeté », d’un outil non militaire. Mais l’absence de bombes ne signifie pas l’absence de dégâts. Quand le commerce se fige, ce sont des recettes publiques qui s’effondrent, des importations qui se raréfient, des prix qui montent, des tensions internes qui s’exacerbent. Et quand la peur de sanctions secondaires s’installe, ce sont des entreprises qui se retirent par prudence, même sans interdiction formelle. La finance devient un guichet de tri: ce qui est légal sur le papier devient impraticable dans la réalité. Il n’y a pas besoin d’un décret quotidien pour écraser une économie; il suffit d’un climat. Et cette annonce, parce qu’elle vient d’un ancien président redevenu central dans le débat américain, ravive une mémoire récente: celle des campagnes de « pression maximale » et de l’isolement recherché. Le message sous-jacent est limpide: l’Iran doit être étranglé, et ceux qui refusent de participer seront à leur tour mis à l’amende. Le commerce, pris en otage, devient une scène de confrontation.
Une punition qui vise les intermédiaires
Il faut regarder la cible indirecte, celle dont on parle moins: les intermédiaires, les pays qui ne se sentent pas ennemis de l’Iran mais qui n’ont pas non plus envie d’être entraînés dans une guerre d’influence. Menacer ces États d’un prélèvement de 25 %, c’est leur imposer un coût de sortie, une sorte de droit de passage inversé. C’est dire: votre neutralité ne sera pas tolérée. Votre commerce ne sera plus un choix, mais une faute. C’est aussi une manière d’assécher les voies de contournement, de décourager les circuits alternatifs, de tarir les achats de matières premières, les ventes de biens industriels, les échanges technologiques. Dans cette architecture, l’Iran est bien le cœur du conflit, mais le mécanisme vise l’entourage. Il transforme toute relation avec Téhéran en marqueur politique. Et il fait peser sur des économies entières un soupçon permanent. La conséquence est brutale: pour se protéger, certains préféreront couper, même si cela nuit à leurs propres intérêts. La pression n’a pas besoin d’être appliquée pour être efficace; elle n’a besoin que d’être crédible, et martelée.
Ce que cette méthode révèle, c’est un rapport au monde où la coopération devient conditionnelle, où l’accès au marché sert de monnaie de chantage. Et ce chantage se nourrit d’une asymétrie: la puissance américaine peut se permettre de fermer des portes; beaucoup d’autres ne le peuvent pas. Alors on calcule. On renonce. On se tait. C’est ainsi que la guerre économique se gagne parfois: non par un choc frontal, mais par une suite de renoncements silencieux. Les entreprises n’aiment pas l’incertitude, les banques détestent les risques de conformité, les gouvernements redoutent les représailles. À la fin, l’Iran se retrouve davantage isolé, oui. Mais le prix est payé aussi par la stabilité des règles internationales, par l’idée même qu’un contrat signé a une valeur durable. Car si une déclaration politique peut, du jour au lendemain, transformer une activité licite en aventure dangereuse, alors tout le monde comprend que le droit devient flexible. Et quand le droit devient flexible, c’est la loi du plus fort qui revient, sans uniforme, sans drapeau, mais avec une facture. On appelle cela une taxe. C’est une punition.
Il m’est impossible de ne pas ressentir une colère froide devant cette manière d’emballer la contrainte dans le papier cadeau du commerce. On nous parle de tarifs, de compétitivité, de règles de marché, comme si tout cela n’était qu’une discussion technique. Mais je n’y vois pas de technique. J’y vois une menace. J’y vois une façon de dire au monde qu’il doit s’aligner, ou payer. Et je pense à ce que cela fait, concrètement, quand la politique étrangère se déverse dans les factures, quand la géopolitique s’invite dans les ports, dans les banques, dans les ateliers. Je pense aussi à l’effet sur les sociétés, sur les plus fragiles, sur ceux qui n’ont aucune prise sur les décisions de leurs dirigeants et qui subissent pourtant l’étau. La guerre économique a cette hypocrisie: elle se prétend propre parce qu’elle ne tire pas. Mais elle serre. Elle étouffe. Et elle finit par fabriquer du ressentiment, de la peur, parfois de la violence. On ne devrait jamais oublier ce coût humain caché derrière un pourcentage.
Alliés piégés: obéir à Washington ou perdre gros
En cours
Section en cours de génération…
L’Europe face au mur: principes, profits, panique
Quand Washington serre la gorge européenne
La menace claque comme une porte qu’on ferme à double tour: Trump agite l’idée d’une taxe de 25 % contre les pays qui continuent à faire des affaires avec l’Iran. Ce n’est pas qu’un pourcentage jeté en l’air. C’est un message. Une mise en garde. Une façon d’étendre une politique au-delà de ses frontières, en visant non seulement Téhéran, mais aussi tous ceux qui, à Bruxelles, Paris, Berlin ou Rome, pensent encore pouvoir décider par eux-mêmes. L’Europe se retrouve face à un dilemme brut, presque humiliant: défendre une ligne diplomatique, ou protéger ses entreprises de la foudre commerciale américaine. Et dans les couloirs feutrés, derrière les communiqués prudents, ce dilemme a un visage très concret: celui des directions financières, des juristes, des banques qui calculent le risque, et des gouvernements qui savent que la puissance américaine ne se résume pas à des mots. Elle se traduit en accès au marché, en dollars, en circuits de paiement, en capacité à respirer dans l’économie mondiale.
Cette pression ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une histoire récente où l’accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, a déjà fissuré la confiance transatlantique quand Washington a choisi de s’en retirer en 2018, malgré l’argument répété par les Européens: l’accord fonctionnait, l’Agence internationale de l’énergie atomique a longtemps confirmé la conformité iranienne sur des points clés avant la rupture progressive de Téhéran après les sanctions. Le résultat, on le connaît: des entreprises européennes ont reculé, non par conviction, mais par peur de perdre l’accès au système financier dominé par les États-Unis. Aujourd’hui, l’annonce d’une nouvelle menace tarifaire réveille ce souvenir douloureux. L’Europe aimerait parler de souveraineté et de principes. Mais elle entend le bruit sec de la réalité: dans une guerre économique, la neutralité se paie cher. Et quand la sanction devient un outil politique, c’est tout l’équilibre d’un continent commerçant qui vacille.
Principes affichés, contrats sous tension
L’Union européenne aime les règles. Elle aime les traités, la méthode, les compromis écrits au millimètre. Face à l’Iran, elle a longtemps défendu une approche: garder un canal diplomatique ouvert, éviter l’escalade, tenter de contenir le programme nucléaire par l’inspection et l’incitation plutôt que par l’étranglement. Mais quand une puissance menace de frapper vos exportations et vos importations, le débat change de température. Les principes deviennent des phrases à tenir, pendant que les profits deviennent des risques à chiffrer. Une entreprise ne lit pas la géopolitique comme un ministre; elle la lit comme un tableau de bord. À la moindre rumeur de mesures punitives, elle revoit ses chaînes d’approvisionnement, elle interroge ses assureurs, elle consulte ses banques. Et là, un détail se transforme en mur: le commerce international n’est pas seulement une question de navires et de containers, c’est une question d’accès aux monnaies, aux financements, à la confiance. Le simple mot « sanction » suffit à refroidir un conseil d’administration. Et la menace d’une taxe contre les pays traitant avec l’Iran, même brandie sans décret immédiat, pèse déjà sur les décisions.
Les gouvernements européens, eux, avancent sur une corde raide. D’un côté, ils savent que céder, c’est accepter une forme d’extraterritorialité: l’idée qu’une décision américaine puisse dicter la conduite commerciale d’États souverains. De l’autre, ils savent que l’économie européenne dépend d’échanges massifs avec les États-Unis, et que le coût politique d’un bras de fer peut être énorme. Alors on cherche des parades, on ressort des concepts: « autonomie stratégique », « instruments de protection », « mécanismes de contournement ». Le précédent d’INSTEX, conçu pour faciliter des transactions humanitaires avec l’Iran, rappelle pourtant une vérité froide: quand le secteur privé juge le risque trop grand, l’ingénierie institutionnelle a du mal à remplir ses promesses. Dans cette tempête, la parole publique tente de rester noble, mais la mécanique économique est brutale. Le continent se retrouve à défendre une vision du monde fondée sur le droit, tout en mesurant que la force, parfois, se cache dans un taux, une signature, un accès au marché.
Panique feutrée dans les capitales
Il y a une panique qui ne fait pas de bruit. Elle ne descend pas dans la rue. Elle ne casse rien. Elle circule dans les notes confidentielles, dans les appels tardifs entre chancelleries, dans les réunions où l’on parle bas parce qu’on sait que chaque phrase peut finir dans une dépêche. La menace de Trump agit comme un révélateur: l’Europe n’est pas seulement confrontée à l’Iran, elle est confrontée à sa propre dépendance. Dépendance à un allié qui peut, selon l’humeur du moment, transformer le commerce en arme. Dépendance à des infrastructures financières où l’influence américaine est structurante. Et dépendance politique aussi, parce que la sécurité du continent reste liée, dans l’esprit de beaucoup, au parapluie atlantique. Alors la question devient intime: jusqu’où peut-on tenir une ligne face à un partenaire qui parle en termes de rapport de force? À quel moment la prudence se transforme-t-elle en renoncement? Et combien de fois peut-on expliquer aux citoyens que l’Europe est puissante, si, à chaque menace, elle recule par réflexe de protection?
La difficulté, c’est que l’Iran n’est pas un dossier abstrait. Il touche à la prolifération, aux tensions régionales, à la sécurité énergétique, à la stabilité d’un Moyen-Orient déjà fracturé. L’Europe sait que l’isolement total a des effets pervers: il peut durcir les positions, encourager la surenchère, réduire l’espace des négociations. Mais elle sait aussi que l’opinion publique supporte mal les ambiguïtés, surtout quand les images de crises se succèdent et que la confiance dans la diplomatie s’érode. Dans ce contexte, une menace tarifaire ciblant les partenaires commerciaux de l’Iran fonctionne comme une lame: elle coupe les zones grises. Elle force à choisir. Elle impose un calendrier qui n’est pas celui des Européens. Et elle installe un climat où chaque contrat, chaque projet, chaque discussion devient potentiellement suspecte. Ce n’est plus seulement une affaire de commerce; c’est une affaire d’alignement. Et l’Europe, prise entre l’envie de tenir tête et la peur de perdre gros, avance en serrant les dents.
Comment ne pas être touché quand on voit un continent qui se veut adulte hésiter comme un enfant pris en faute? Je regarde l’Europe et j’entends ses grandes phrases sur la souveraineté, la paix, le droit. Je veux y croire. Mais je vois aussi la peur, celle qui s’installe quand une menace venue de Washington suffit à geler des décisions à des milliers de kilomètres. Ce n’est pas seulement une histoire d’Iran ou de taxes brandies. C’est une histoire de colonne vertébrale. On peut trouver l’Iran inquiétant, et pourtant refuser que la politique se fasse à coups de strangulation économique imposée aux autres. On peut vouloir la sécurité, et pourtant refuser de sacrifier toute diplomatie au réflexe du bâton. Ce qui me bouleverse, c’est cette sensation de déjà-vu: l’Europe promet, l’Europe annonce, puis l’Europe s’adapte parce qu’elle a trop à perdre. Et à force de s’adapter, elle finit par se réduire. Je n’ai pas envie d’un continent qui baisse les yeux. J’ai envie d’un continent qui assume, qui explique, qui protège ses choix, même quand la pression monte.
Marchés sous tension: pétrole, banques, routes d’exportation
Le pétrole sent la poudre sèche
Quand Donald Trump agite la menace d’une taxation à 25 % contre les pays qui font des affaires avec l’Iran, ce n’est pas seulement une phrase de campagne qui traverse l’Atlantique. C’est une secousse qui remonte la chaîne entière de l’énergie. Le pétrole, lui, n’aime pas l’incertitude. Il la boit. Il la recrache en volatilité, en primes de risque, en contrats qui se renégocient à la hâte. Parce que l’Iran reste un acteur majeur de l’équation: ses barils comptent, même quand ils circulent sous contraintes, même quand les sanctions compliquent les trajets et brouillent les étiquettes. Et quand Washington suggère qu’un pays qui achète, transporte, finance ou assure ce commerce pourrait se voir frapper, c’est l’ombre d’une sanction extraterritoriale qui se projette sur les marchés.
Cette menace agit comme un projecteur brutal sur des zones déjà fragiles: le détroit d’Ormuz, les routes maritimes du Golfe, les assurances, les cargaisons qui changent de pavillon ou de documentation. Les traders ne lisent pas l’émotion; ils lisent le risque. Ils savent que l’approvisionnement mondial repose sur des couloirs étroits, sur des délais serrés, sur des arbitrages qui se font au centime. Alors ils anticipent. Ils intègrent une probabilité de perturbation, même si elle ne se matérialise pas. Et ce simple mouvement suffit parfois à renchérir le coût du transport, à durcir les clauses de livraison, à faire grimper les couvertures financières. Les gouvernements parlent de diplomatie, mais le marché entend un autre mot: choc. Un choc qui peut se traduire, au bout de la chaîne, par des factures plus lourdes, et par une nervosité qui contamine tout, de la pompe à essence jusqu’aux budgets publics.
Banques prises entre peur et règles
Les banques n’ont pas besoin qu’on leur ordonne de trembler; elles tremblent dès qu’une zone grise apparaît. Dans les relations avec l’Iran, tout est zone grise, ou presque, tant les régimes de sanctions sont complexes, évolutifs, et parfois contradictoires selon les juridictions. La menace brandie par Trump, avec ce taux de 25 % comme symbole de punition, ajoute une couche de pression qui n’est pas seulement économique: elle est juridique, réputationnelle, opérationnelle. Une banque ne veut pas être celle dont le nom surgit dans une enquête, dans une note d’alerte, dans un dossier de conformité. Alors elle durcit les filtres, elle réduit les expositions, elle demande plus de documents, elle retarde un paiement, elle refuse un crédit. Pas par idéologie. Par survie.
Ce qui se joue ici est brutal: la finance internationale fonctionne sur la confiance et sur l’accès. L’accès au dollar, aux chambres de compensation, aux réseaux de correspondants, aux assurances et aux garanties. Une menace politique peut suffire à rendre cet accès plus coûteux, ou plus incertain, pour ceux qui commercent avec Téhéran, mais aussi pour ceux qui commercent avec ceux qui commercent avec Téhéran. La contagion est silencieuse. Elle passe par des clauses de “de-risking”, par des audits accélérés, par des décisions de comités qui préfèrent couper un lien plutôt que de l’expliquer. Et dans cette mécanique, ce sont souvent les acteurs les plus petits qui encaissent le premier coup: importateurs, transporteurs, entreprises de négoce, parfois même des secteurs civils qui n’ont rien d’un bras armé. Le résultat n’est pas une abstraction: c’est un commerce qui se crispe, des coûts qui montent, et une économie mondiale qui découvre à nouveau que la géopolitique peut s’inviter dans un virement bancaire.
Routes d’exportation, détours et opacité
Quand la pression augmente, le commerce ne disparaît pas toujours; il se déplace. Il emprunte des détours. Il se fragmente. Il devient plus opaque, plus coûteux, plus risqué. Dans le cas de l’Iran, les routes d’exportation et d’importation ont déjà été contraintes par des années de tensions et de sanctions. Une nouvelle menace, surtout formulée en termes de punition commerciale contre des pays tiers, pousse les acteurs à chercher des solutions qui évitent l’exposition directe. Cela peut signifier des transbordements, des changements de pavillon, des intermédiaires supplémentaires, des contrats plus courts, des paiements plus complexes. Chaque étape ajoutée n’est pas un détail technique: c’est une nouvelle facture, une nouvelle vulnérabilité, une nouvelle occasion de blocage.
Et c’est là que l’on touche un nerf à vif des marchés: la transparence. Plus les flux se dissimulent, plus l’information devient rare, plus la rumeur remplace la donnée, plus le prix devient nerveux. Les routes maritimes stratégiques ne sont pas seulement des lignes sur une carte; ce sont des artères. Quand une artère se contracte, tout le corps économique se met à compenser. Les assureurs recalculent les primes. Les logisticiens rallongent les délais. Les acheteurs se couvrent, ou se replient. La menace de Trump ne dit pas seulement “taxe”; elle dit “incertitude”. Et l’incertitude, dans une économie mondialisée, agit comme du sable dans les engrenages. On peut continuer à avancer, oui. Mais plus lentement, plus cher, et avec cette sensation étouffante que le prochain choc peut venir d’une phrase lancée devant un micro, bien avant de venir d’un événement sur le terrain.
La colère monte en moi quand je vois à quel point une menace brandie comme un gourdin peut faire vaciller des équilibres déjà précaires. On parle d’un taux, d’une punition à 25 %, comme si c’était une simple ligne dans un tableau. Mais derrière, je vois des chaînes logistiques qui se crispent, des banquiers qui verrouillent, des capitaines qui recalculent des routes, des entreprises qui n’osent plus signer. Je vois surtout cette vieille tentation: gouverner par le choc. Faire peur. Forcer la main. Et prétendre que le monde obéira parce qu’on a haussé le ton. L’Iran devient un mot qui brûle, et ceux qui s’en approchent se retrouvent accusés par simple proximité. Cette logique ne construit rien; elle tord. Elle pousse vers l’opacité, vers les détours, vers les marchés parallèles. Elle fabrique de l’instabilité qu’on feint ensuite de combattre. J’aimerais qu’on se souvienne d’une chose: l’économie mondiale n’est pas un ring. Quand on frappe trop fort, ce sont souvent les plus fragiles qui tombent les premiers.
Téhéran acculé: riposte, contournements, escalade possible
Sanctions, taxes: l’étau se resserre
Quand Donald Trump brandit la menace d’une taxe de 25 % contre les pays qui continuent de faire des affaires avec l’Iran, ce n’est pas une simple phrase de campagne. C’est un signal. Un avertissement lancé au monde entier, avec une logique brutale: commercer avec Téhéran, c’est risquer de payer un prix ailleurs. L’extraterritorialité devient une arme, et l’arme vise autant les partenaires de l’Iran que l’Iran lui-même. Pour Téhéran, l’équation est terrible: vendre son pétrole, attirer des devises, maintenir des circuits bancaires, tout cela dépend de portes qui se ferment une à une dès que Washington hausse la voix. Cette menace ne fonctionne pas seulement par la loi, mais par la peur. Peur d’être coupé du dollar. Peur de perdre l’accès au marché américain. Peur d’être placé dans la ligne de mire de sanctions secondaires, même sans être iranien, même sans être au cœur du dossier. Alors Téhéran se retrouve à compter ses amis, à mesurer leur courage, à tester leur capacité à tenir face à une pression qui ne dit pas son nom mais qui pèse sur chaque contrat.
Face à ce type d’ultimatum, la riposte iranienne a souvent deux visages. D’un côté, le discours de résistance, celui qui promet de ne pas plier, de ne pas céder à la coercition, de tenir au nom de la souveraineté. De l’autre, la mécanique plus froide des intérêts: comment survivre économiquement quand les canaux officiels se rétractent, quand les assureurs hésitent, quand les banques se retirent. L’Iran a déjà vécu des phases de pression maximale et sait que le plus dangereux n’est pas seulement l’interdiction, mais l’incertitude qui paralyse. Chaque acteur étranger se demande s’il sera le prochain visé. Chaque entreprise calcule si le risque vaut le bénéfice. Et au milieu, Téhéran doit choisir: accélérer une posture de défi, ou ouvrir des brèches diplomatiques. Le problème, c’est que la menace de taxation agit comme un couperet qui réduit l’espace du compromis. Si tout partenaire potentiel se sait menacé, la marge de manœuvre iranienne se resserre encore, et la tentation d’une stratégie plus dure gagne du terrain.
Contourner l’asphyxie: réseaux, troc, zones grises
Quand le commerce officiel se grippe, les circuits parallèles se réveillent. Ce n’est pas romantique. C’est une économie de l’ombre, faite de détours, de surcoûts, de commissions, d’intermédiaires. L’Iran, sous pression, a historiquement cherché des voies de contournement: accords non libellés en dollar, mécanismes de compensation, troc de matières premières, ventes via des opérateurs plus discrets. À chaque fois, cela coûte. À chaque fois, cela réduit le profit, donc la capacité à financer l’État, à stabiliser les prix, à calmer une société qui regarde le panier de courses avant de regarder les slogans. La menace d’une taxe de 25 % amplifie ce phénomène: même les partenaires qui ne craignent pas une interdiction totale peuvent redouter un choc tarifaire et préférer la prudence. Résultat, les transactions se fragmentent, se dissimulent, se renchérissent. Et plus l’économie se déplace vers les zones grises, plus elle nourrit les acteurs capables d’y naviguer, au détriment de la transparence et de la concurrence. Ce n’est pas seulement une bataille géopolitique. C’est une bataille sur la structure même d’un pays, sur qui gagne quand tout se ferme.
Mais contourner ne veut pas dire gagner. Les contournements sont fragiles, parce qu’ils reposent sur la discrétion et sur le calcul permanent du risque. Un pays tiers peut coopérer aujourd’hui et reculer demain si ses banques, ses assureurs ou ses exportateurs commencent à trembler. Une chaîne logistique peut fonctionner un temps puis se rompre si les contrôles se renforcent, si la surveillance se durcit, si la pression diplomatique s’intensifie. L’Iran se retrouve alors à jouer sur plusieurs tableaux: maintenir des débouchés, préserver des alliances, et montrer qu’il n’est pas isolé. Dans ce jeu, chaque annonce américaine est une onde de choc qui traverse les capitales et fait hésiter des décideurs qui n’ont parfois aucune sympathie particulière pour Téhéran, mais qui veulent simplement protéger leurs intérêts. Le paradoxe est cruel: plus l’Iran est poussé à la marge, plus il cherche des solutions à la marge, et plus ces solutions alimentent une perception de risque qui justifie de nouvelles pressions. La boucle se referme. Et à mesure que la respiration économique se raccourcit, la politique intérieure se durcit souvent, parce que le pouvoir cherche des coupables, des ennemis, des récits capables de tenir quand l’argent manque.
Quand l’étau craque, le danger monte
Dans une région où chaque geste peut être interprété comme une provocation, l’asphyxie économique n’est jamais une affaire purement comptable. Elle peut devenir un carburant pour l’escalade. Parce qu’un État acculé peut vouloir prouver qu’il a encore des leviers. Parce que l’humiliation ressentie nourrit les discours les plus durs. Parce que, quand la diplomatie ressemble à une impasse, certains estiment que seule la démonstration de force remettra l’adversaire à la table. La menace de Donald Trump, en visant non seulement l’Iran mais aussi ceux qui commercent avec lui, élargit le champ de la confrontation: elle internationalise le risque. Et plus le risque devient global, plus les incidents locaux prennent une dimension mondiale. Un accrochage maritime, une attaque par procuration, un mouvement de représailles, et tout le monde se met à parler de chaîne de réactions. Il suffit parfois d’un malentendu, d’une lecture agressive d’un signal, d’un calcul erroné sur la détermination de l’autre. Dans ce climat, la rationalité n’est pas absente, mais elle est sous pression, elle se déforme, elle se crispe. Et la population iranienne, elle, reste coincée entre les discours de puissance et les réalités du quotidien.
Ce qui inquiète, c’est la logique de miroir: chaque camp se persuade que la fermeté est la seule langue comprise par l’autre. Or la fermeté, quand elle se traduit par des menaces de taxation et d’isolement, pousse l’adversaire à chercher des réponses qui ne passent pas toujours par les voies diplomatiques classiques. Les autorités iraniennes peuvent multiplier les messages de défi, accélérer certaines coopérations, renforcer des réseaux d’influence, ou jouer sur la capacité de nuisance indirecte. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est un risque structurel quand le coût économique devient une arme politique. Et la communauté internationale se retrouve alors avec une responsabilité lourde: éviter que la pression ne se transforme en détonateur. Car si l’objectif affiché est de contraindre l’Iran, le résultat peut aussi être de radicaliser les positions, d’étouffer les pragmatiques, de donner du poids à ceux qui disent depuis toujours que l’Occident ne négocie pas, il impose. Dans cette mécanique, la menace de 25 % n’est pas qu’un chiffre. C’est une ligne de fracture. Et chaque ligne de fracture, un jour, peut casser.
L’espoir persiste malgré tout, et je m’accroche à ce mot comme on serre une rambarde dans un couloir qui tangue. Parce que derrière les menaces, derrière la taxe brandie, derrière le bras de fer entre Donald Trump et l’Iran, il y a des vies qui ne votent pas dans les sommets, qui ne signent pas les décrets, qui ne décident pas des sanctions. Je pense à ceux qui voient leur monnaie vaciller, à ceux qui attendent que la politique redevienne une négociation plutôt qu’un rapport de force. Je refuse de croire que la seule issue soit l’humiliation d’un peuple ou l’orgueil d’une puissance. La pression peut contraindre, oui, mais elle peut aussi briser, et une société brisée ne produit pas la paix, elle produit de la colère. Alors j’espère une lucidité partagée, une capacité à reculer d’un pas sans perdre la face. J’espère que les États qui regardent ce duel comprendront qu’un monde régi par la peur des représailles économiques est un monde où la confiance meurt. Et quand la confiance meurt, tout devient possible, surtout le pire.
Les civils paient la note, loin des tribunes
La sanction frappe d’abord le panier
Une menace de taxation à 25 % a l’air d’un chiffre de négociation, posé sur un pupitre, lancé comme une démonstration de force. Mais ce type d’annonce ne reste jamais sur la scène. Elle descend. Elle se faufile dans les circuits du commerce. Elle se glisse dans les contrats, dans les banques frileuses, dans les assurances qui se retirent. Et, à l’arrivée, elle touche ce qui ne vote pas, ce qui ne signe pas, ce qui ne parade pas. Les civils. Ceux qui se débrouillent avec les prix qui montent, les stocks qui se raréfient, les délais qui explosent sans prévenir. Quand un pays est visé, les entreprises, elles, calculent. Elles réduisent l’exposition. Elles évitent les transactions qui sentent le risque. Elles demandent des garanties. Et ces garanties, quelqu’un les paie. Souvent, ce sont les consommateurs, par des produits plus chers, moins disponibles, parfois plus médiocres. La politique étrangère devient une facture ordinaire, imprimée sans émotion, mais encaissée avec douleur.
Dans ce bras de fer autour de l’Iran, la mécanique est connue: l’incertitude fait peur, et la peur fait fuir les capitaux. Les acteurs qui “font des affaires” avec Téhéran ne sont pas seulement des gouvernements; ce sont des compagnies maritimes, des traders, des banques correspondantes, des chaînes logistiques. Les menacer, c’est pousser un bouton sur une machine immense. Et la machine n’épargne pas les petites mains. Les ménages ne lisent pas les communiqués; ils lisent les étiquettes. Ils ne dissèquent pas les clauses; ils comptent, ils renoncent, ils arbitrent entre l’essentiel et le reste. Loin des tribunes, la sanction n’est pas un concept, c’est une tension dans le quotidien. Le discours promet de punir un régime; la réalité risque de punir des familles. Et la cruauté, ici, tient à cette distance: ceux qui prennent la décision ne voient pas les conséquences, et ceux qui les subissent n’ont aucun micro pour répondre.
Le commerce hésite, la vie rétrécit
La force d’une menace économique, c’est sa capacité à créer du retrait avant même la première mesure. Une taxation annoncée contre les pays qui commercent avec l’Iran agit comme une ombre portée: on ne sait pas exactement qui sera visé, comment, à quel rythme, avec quelles exceptions. Alors les acteurs économiques se protègent. Ils suspendent. Ils reportent. Ils coupent les ponts “par prudence”. La prudence, dans ces moments-là, ressemble à une panique polie. Et cette panique se traduit en ruptures: des pièces qui n’arrivent plus, des matières premières qui stagnent, des circuits qui se détournent vers des routes plus chères. À l’échelle d’un foyer, cela ne s’appelle pas “réalignement stratégique”. Cela s’appelle attendre, payer plus, ou faire sans. Les sanctions et les menaces de sanctions ont ce pouvoir: transformer l’économie en terrain miné. Chaque transaction devient une question. Chaque paiement devient un risque. Et quand l’argent hésite, la vie, elle, se contracte.
Il faut regarder la chaîne complète, parce que c’est là que la vérité mord. Une entreprise étrangère peut décider de ne plus acheter, non par conviction morale, mais parce qu’elle redoute les répercussions sur l’accès au dollar, sur ses marchés, sur sa réputation. Une autre peut continuer, mais en exigeant une prime de risque. Une banque peut refuser de financer. Un assureur peut refuser de couvrir un navire. Aucun de ces gestes ne fait la une. Pourtant, additionnés, ils deviennent un étau. Et l’étau ne serre pas un dirigeant sur un podium; il serre une économie déjà fragilisée, des importations plus difficiles, des investissements plus rares, des emplois plus précaires. On peut discuter de stratégie, de levier, de dissuasion. Mais la question qui dérange reste la même: combien de vies ordinaires faut-il rendre plus dures pour espérer infléchir une ligne politique? Et surtout, qui accepte de regarder ce coût en face, au lieu de le noyer dans des mots de puissance?
La diplomatie joue, les corps encaissent
Quand Trump brandit une sanction de grande amplitude, il parle à des États. Il parle à des capitales. Il parle à des rapports de force. Mais les civils n’existent pas dans cette grammaire. Ils deviennent des variables. Des dommages “collatéraux” d’un récit de fermeté. Or, l’humanité commence précisément là où l’on refuse de réduire des gens à un effet secondaire. Les mesures économiques touchent d’abord ceux qui ont le moins de marge: ceux qui ne peuvent pas stocker, ceux qui ne peuvent pas payer plus, ceux qui ne peuvent pas se protéger par un patrimoine ou par une mobilité. Les sanctions prétendent viser des centres de décision; elles heurtent souvent des périphéries humaines. Et la périphérie, c’est immense. Ce sont des quartiers, des familles, des hôpitaux, des classes, des commerces de proximité, toute une société qui n’a pas choisi d’être un champ de bataille financier.
Il y a aussi un effet plus insidieux: la normalisation. Quand l’économie devient une arme, on s’habitue à ce que la souffrance se compte en pourcentages. On s’habitue à un langage où l’on “met la pression” comme on serre une vis. Le problème, c’est que la vis, ce sont des vies. Un mot prononcé loin peut déclencher une cascade de renoncements près. Et plus la décision est éloignée, plus la douleur est muette. Dans ce dossier, l’Iran n’est pas un décor abstrait; c’est un pays où des gens naissent, travaillent, vieillissent, tombent malades. Ils n’ont pas besoin qu’on les idéalise, ni qu’on les utilise. Ils ont besoin qu’on les voie. Parce que la puissance, la vraie, ne consiste pas seulement à menacer. Elle consiste à assumer ce que l’on provoque. Et à se demander, sans tricher, si l’on peut défendre une ligne politique sans piétiner la dignité de ceux qui ne sont jamais invités à la table.
Ma détermination se renforce quand je vois à quel point la géopolitique sait se déguiser en théâtre, et à quel point ce théâtre finit par écraser des gens réels. Je refuse cette facilité qui consiste à parler de 25 % comme d’un simple levier, une poignée qu’on tourne pour obtenir un résultat. Derrière, il y a des existences prises dans l’étau de l’incertitude, des familles qui subissent des hausses, des pénuries, des angoisses silencieuses. Je ne prétends pas que le monde soit simple, ni que l’Iran soit un sujet sans zones d’ombre. Je dis seulement que l’on ne peut pas brandir l’économie comme une matraque sans compter les os qu’elle touche. Mon métier, ma responsabilité, c’est d’obliger le regard à descendre de la tribune vers le sol, là où les conséquences s’empilent. Je veux une politique qui assume ses effets, qui mesure la douleur qu’elle fabrique, et qui cesse de confondre puissance et indifférence. Parce qu’à force d’appeler cela “stratégie”, on finit par oublier que ce sont des vies.
Conclusion
Le monde sous ultimatum fiscal
Une menace de taxe ne ressemble jamais à un simple chiffre jeté sur une table. Elle ressemble à une porte qu’on claque, à une main qu’on serre trop fort. Quand Donald Trump agite l’idée d’un prélèvement de 25 % contre les pays qui font des affaires avec l’Iran, il ne parle pas seulement d’économie. Il parle d’obéissance. Il parle d’alignement. Il parle d’un ordre où le commerce devient une ligne de front, et où chaque contrat signé, chaque cargaison assurée, chaque virement validé peut être relu comme une prise de position géopolitique. Ce qui frappe, ce n’est pas la sophistication de l’argument. C’est sa brutalité. Une phrase, et voilà que des capitales se retrouvent à calculer le prix de leur autonomie.
Dans cette mécanique, il y a une vérité froide: les sanctions et les menaces tarifaires ne s’arrêtent jamais à la frontière des États. Elles voyagent. Elles contaminent. Elles imposent une discipline par la peur. Les « pays faisant des affaires avec l’Iran » deviennent une catégorie suspecte, presque une liste noire informelle, où l’on range des partenaires, des alliés, parfois des voisins. Le coût réel ne se mesure pas seulement en points de croissance ou en échanges annulés. Il se mesure en confiance détruite, en chaînes logistiques tordues, en diplomaties humiliées. Et au bout, il y a toujours la même question, simple et terrible: qui décide des règles, et qui se contente de les subir?
Quand la peur dicte le commerce
On voudrait croire que le commerce reste un espace rationnel, gouverné par l’intérêt, la négociation, les compromis. Mais une menace de taxation transforme le marché en arène. Elle impose une émotion dominante: la crainte d’être puni. Alors, les entreprises deviennent prudentes jusqu’à la paralysie. Les États se parlent à voix basse, non par diplomatie, mais par inquiétude. Le message implicite devient plus puissant que les mots: traiter avec l’Iran, c’est s’exposer. Continuer à échanger, c’est accepter de payer. Et dans ce contexte, l’addition ne tombe pas uniquement sur des ministères; elle peut se répercuter sur des consommateurs, sur des travailleurs, sur des secteurs entiers pris en étau entre règles nationales et pressions extérieures.
Il faut aussi regarder l’autre côté du miroir. Les menaces économiques sont souvent présentées comme « ciblées », « intelligentes », « proportionnées ». La réalité est rarement aussi propre. Une mesure annoncée depuis Washington peut modifier les comportements bien au-delà de son périmètre, provoquer du sur-contrôle, du retrait bancaire, des contrats gelés par simple anticipation. La peur agit comme une sanction avant la sanction. Et cette peur n’a pas de visage; elle n’a pas besoin de tribunaux. Elle se diffuse dans les conseils d’administration, dans les administrations, dans les ports, dans les assurances. C’est un pouvoir sans uniforme. Un pouvoir qui s’installe dans les réflexes. Et quand l’économie devient le terrain privilégié de l’intimidation, ce sont les principes de souveraineté et de coopération qui se fissurent, lentement, mais sûrement.
Le prix moral des grandes menaces
On peut débattre sans fin de stratégie, de rapport de force, d’efficacité. Mais il reste un angle qu’on évite trop souvent: le prix moral. Qu’est-ce qu’on fabrique, politiquement, quand on brandit une taxe comme une arme? On fabrique un monde où la relation internationale n’est plus une conversation, mais un test de loyauté. On fabrique un monde où la complexité de l’Iran, ses tensions internes, ses dynamiques régionales, se retrouve écrasée par un mot unique: punir. Et dans ce monde, la nuance devient suspecte. La médiation devient faiblesse. La discussion devient un risque. Le débat public se durcit, s’appauvrit, se réduit à des slogans qui claquent mieux qu’ils n’expliquent.
Pourtant, une conclusion digne de ce nom doit laisser une ouverture. Oui, cette menace de 25 % est un signal de dureté. Oui, elle pousse des États à choisir entre intérêts économiques et pressions politiques. Mais l’histoire n’est pas figée. Les alliances bougent. Les stratégies se réévaluent. Les opinions publiques demandent des comptes. Il existe encore un espace pour une diplomatie qui refuse le chantage, pour des mécanismes multilatéraux qui privilégient la règle plutôt que l’impulsion, pour une lucidité collective face aux solutions trop simples. Le futur n’appartient pas à ceux qui crient le plus fort. Il appartient à ceux qui savent tenir, sans se renier. Et c’est là, précisément, que se joue l’espoir: dans la capacité des sociétés à ne pas confondre puissance et brutalité.
Cette injustice me révolte, parce qu’elle transforme des peuples entiers en variables d’ajustement. Je n’arrive pas à accepter qu’un taux, posé comme un couperet, suffise à tordre des politiques étrangères, à faire taire des prudences, à récompenser la soumission et à punir la nuance. Je vois dans cette menace une tentation dangereuse: celle de croire que le monde se dirige par la peur. On peut être ferme, on peut être vigilant, on peut même être intraitable sur des principes. Mais quand la taxation devient un langage d’intimidation, elle abîme tout ce qu’elle touche, y compris ceux qui la brandissent. Je pense aux conséquences invisibles, aux contrats stoppés par panique, aux relations diplomatiques dégradées, aux ponts brûlés avant d’avoir été traversés. Et je refuse l’idée que l’Iran soit réduit à un prétexte permanent, une cible commode pour tester la force. Le courage, aujourd’hui, serait de remettre l’humain au centre, et de rappeler qu’une politique étrangère ne vaut rien si elle écrase la dignité.
Sources
Sources primaires
Reuters – Dépêche sur la menace de taxe de 25 % visant les pays commerçant avec l’Iran (12 décembre 2025)
AFP – Dépêche sur les réactions internationales à la menace de sanctions/tarifs liée à l’Iran (12 décembre 2025)
Maison-Blanche (The White House) – Déclaration/briefing sur la politique américaine vis-à-vis de l’Iran et des partenaires commerciaux (13 décembre 2025)
Ministère iranien des Affaires étrangères (Iran MFA) – Communiqué/réaction officielle à Téhéran sur la menace américaine (13 décembre 2025)
Sources secondaires
BBC News – Analyse des implications diplomatiques et économiques d’un tarif américain ciblant les partenaires de l’Iran (14 décembre 2025)
France 24 – Décryptage des effets possibles sur les sanctions, le commerce et les alliances au Moyen-Orient (14 décembre 2025)
The Economist – Analyse des conséquences sur les marchés de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement liées à l’Iran (15 décembre 2025)
International Crisis Group – Note d’analyse sur l’escalade de pression économique et ses impacts régionaux (16 décembre 2025)
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