Quand les statistiques deviennent des cimetières
La guerre entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie a coûté la vie à des dizaines de millions de personnes. Selon les chiffres officiels soviétiques, devenus canoniques dans l’historiographie russe de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a perdu 26,6 millions d’êtres humains. Ce n’est pas un chiffre. C’est un océan de douleur, une mer de disparus, un continent de deuils. Pour la seule RSS d’Ukraine, les estimations démographiques varient entre 6,7 et 7,4 millions de morts. Sur le territoire de l’Ukraine actuelle, y compris la Crimée, les pertes totales ont atteint 2,7 millions de personnes. Imaginez : une ville comme Montréal, effacée de la carte en quelques années.
Dans l’invasion russe actuelle de l’Ukraine, le bilan humain est d’un ordre de grandeur différent. Au moins 172 000 militaires et 15 000 civils ont été tués, selon des listes nominales confirmées. Les pertes totales ukrainiennes s’élèvent à environ 187 000 personnes, si l’on suppose que les pertes d’officiers sont proportionnelles aux pertes globales. Si l’on inclut les disparus, le chiffre grimpe à environ 300 000 militaires ukrainiens. Du côté russe, les registres de successions documentent environ 280 000 décès militaires confirmés. Autrement dit, d’ici la fin de 2025, la Russie et l’Ukraine ont chacune perdu environ 300 000 soldats. Trois cent mille vies. C’est la population d’une ville de taille moyenne.
Les visages derrière les statistiques
Mais ces chiffres sont trop froids. Ils ne disent pas qui étaient ces hommes. Ils ne racontent pas les histoires d’Andriy, 32 ans, enseignant de mathématiques à Lviv, qui a laissé sa femme enceinte pour défendre son pays. Ils ne racontent pas l’histoire d’Ivan, 24 ans, étudiant en architecture à Moscou, envoyé en Ukraine contre sa volonté, qui a écrit à sa mère la veille de sa mort : « Je ne sais pas pourquoi je suis ici. Je ne veux pas tuer personne. J’ai juste envie de rentrer. » Ils ne racontent pas l’histoire des 15 000 civils ukrainiens confirmés tués — des enfants comme Anya, des grand-mères qui refusaient de quitter leur maison, des pères qui protégeaient leur famille des éclats d’obus.
Vous voulez savoir ce qui me reste de ces chiffres ? Un détail. Un seul. Les listes nominales compilées par des bénévoles russes et ukrainiens. Des centaines de milliers de noms. Des centaines de milliers de visages. Des centaines de milliers de vies interrompues. Je pense à ces listes la nuit. Comment peut-on dormir avec ça en tête ? Comment les dirigeants russes peuvent-ils se regarder dans le miroir chaque matin en sachant qu’ils ont envoyé 300 000 de leurs propres citoyens à la mort pour quoi ? Pour quelques villages dans l’est de l’Ukraine ? Pour satisfaire l’ego d’un homme ? C’est insupportable. C’est inacceptable.
Section 3 : Le mythe brisé de la guerre éclair
Trois jours de promesse, quatre années de cauchemar
Le 24 février 2022, Vladimir Poutine s’est adressé à la nation russe dans les premières heures du matin. Il a annoncé le lancement d’une opération militaire spéciale avec l’objectif, selon sa propre propagande, de « démilitariser et dénazifier l’Ukraine ». La Russie lançait une offensive de trois fronts avec l’intention de capturer Kyiv et le gouvernement ukrainien. Les forces aéroportées russes devaient s’emparer de l’aéroport de Hostomel, tandis qu’une immense colonne blindée avançait vers la capitale. Dans les coulisses, des unités tchétchènes avaient été infiltrées pour éliminer Volodymyr Zelensky. Trois jours. C’est ce que la propagande russe avait promis. Trois jours et l’Ukraine serait à genoux.
Mais les forces ukrainiennes ont opposé une résistance farouche, au grand soulagement du Kremlin. Poutine a fini par retirer ses troupes de ce front face à la menace d’un désastre encore plus grand. L’échec retentissant à capturer Zelensky dans les premières heures de l’assaut a récemment resurgi dans la mémoire des nationalistes russes comme un cauchemar. Les forces russes lancèrent une offensive totale sur l’Ukraine qui, selon leur propre propagande, devait durer « trois jours ». Presque quatre ans plus tard, le conflit reste bloqué, enlisé dans les tranchées du Donbass.
L’aveuglement d’un empire
Le principal erreur était que les services de renseignement russes croyaient que les institutions de l’État ukrainien étaient faibles et corrompues, et ils n’avaient pas anticipé la réaction de Zelensky et de la société ukrainienne en général. Ils pensaient que les civils ukrainiens accueillaient les troupes avec des fleurs. Ils se trompaient. Les civils ukrainiens n’ont pas accueilli les troupes avec des fleurs. Ils les ont accueillis avec des cocktails Molotov, des fusils et une résistance désespérée. Le Kremlin a rapidement procédé à une purge de ses services de renseignement pour les avoir mal informés. Des vagues d’arrestations ont balayé le Service fédéral de sécurité (FSB), y compris l’arrestation du chef de la cinquième direction et de son adjoint, le département responsable de l’espionnage étranger.
Trois jours. Je repense à ce chiffre et j’en tremble de rage. Trois jours de promesse, 1 418 jours de réalité. Comment peut-on être si aveugle ? Si arrogant ? Comment peut-on croire, en 2022, qu’un pays de 40 millions d’habitants va s’effondrer en trois jours comme un château de cartes ? Et surtout : comment, après 1 418 jours d’échec, après 300 000 morts, après des milliers de milliards de dollars détruits, comment peut-on continuer ? Quelque part dans un palais à Moscou, un homme regarde une carte de l’Ukraine et ne voit toujours pas ce que tout le monde voit : l’impasse. La folie. L’impossibilité.
Section 4 : Les tranchées du XXIe siècle
Quand la guerre moderne ressemble à 1916
Le front ressemble davantage aux tranchées de la Première Guerre mondiale qu’à l’opération Bagration ou au Blitzkrieg des années 1940. Les avancées russes en 2025 ont été modestes, au prix de pertes encore plus importantes que les années précédentes. Les forces ukrainiennes restent sur la défensive dans une guerre d’usure, et les villages occupés n’ont pas entraîné de percée stratégique. En fait, la conquête tant vantée de Pokrovsk reste inachevée, bien que Moscou ait déployé environ 170 000 soldats dans la région. À titre de comparaison, l’actuelle Armée allemande compte 180 000 soldats en service actif.
Les drones de reconnaissance ont « dispersé le brouillard de guerre », rendant la concentration des forces et les percées profondes pratiquement impossibles. La densité des troupes est trois fois inférieure à celle de 1943, et la densité de feu est également plus faible. C’est une guerre de position, une guerre d’attrition lente et sanglante où chaque mètre de territoire est payé au prix fort. Les deux camps avancent par millimètres, reculent par kilomètres, puis reprennent le même terrain indéfiniment. C’est le cercle de l’enfer.
L’odeur de la mort dans les tranchées
Dans ces tranchées, les soldats vivent et meurent entourés de boue, de sang et de cadavres. Le crépitement des obus est constant. Les drones survolent leurs têtes comme des vautours impatients. Les nuits sont hantées par les hallucinations de ceux qui n’ont pas dormi depuis des jours. Les jours sont épuisants, une succession d’alertes, de tirs, de blessés à transporter, de camarades à enterrer. Parfois, pendant quelques minutes de calme, un soldat russe et un soldat ukrainien se retrouvent face à face, séparés par quelques dizaines de mètres de terre noire. Ils ne se parlent pas. Ils ne se connaissent pas. Ils ne savent rien l’un de l’autre. Mais ils savent qu’ils font la même guerre. Qu’ils souffrent la même peur. Qu’ils rêvent du même retour à la maison.
Fermez les yeux. Imaginez-vous dans cette tranchée. La boue jusqu’aux genoux. Le froid qui vous glisse les os. Le bruit constant des obus qui explosent autour de vous. Et cette question qui vous taraude l’esprit : « Pourquoi ? » Pourquoi suis-je là ? Pourquoi l’autre est-il là de l’autre côté ? Qu’est-ce qui me pousse à tuer cet homme que je ne connais pas ? Et qu’est-ce qui le pousse à me tuer ? Nous pourrions être amis dans d’autres circonstances. Nous pourrions boire une bière ensemble, discuter de nos familles, rire. Mais ici, maintenant, nous sommes ennemis. Et l’un de nous va mourir aujourd’hui. Peut-être les deux. Et personne ne saura pourquoi.
Section 5 : Le peuple ukrainien, seul contre tous
L’économie de guerre d’un pays qui résiste
En 2024, l’Ukraine a consacré plus de la moitié de son produit intérieur brut à l’effort de guerre. L’aide militaire directe des alliés occidentaux représentait 22 % du PIB ukrainien, soit environ 42 milliards de dollars, avec 27 % supplémentaires provenant de l’aide occidentale plus large. En d’autres termes, l’économie ukrainienne dépend lourdement du soutien extérieur. Sans cette aide, le maintien de la résistance serait extrêmement difficile. Les deux guerres ont également vu la production chuter en raison de l’occupation ennemie, de la destruction des infrastructures et du détournement d’une grande partie de la population, tant les soldats de l’armée que les civils déplacés en tant que réfugiés, loin de l’économie.
La Russie, en revanche, n’a consacré que 7,1 % de son PIB aux dépenses militaires en 2024. Bien que ce chiffre soit le double de son niveau d’avant-guerre de 2021, il reste bien inférieur aux dépenses de guerre observées pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour les alliés de l’Ukraine, la guerre a été relativement gérable : en 1943, les États-Unis ont envoyé une aide équivalant à 6 % de leur PIB, alors qu’en 2024, l’aide à l’Ukraine ne représentait qu’une fraction d’un pour cent du PIB de ses soutiens. En termes absolus, toutefois, les dépenses militaires russes dépassent celles de l’Ukraine et de ses alliés réunis : 150,5 milliards de dollars contre 108,8 milliards.
L’Ukraine, une nation qui s’est sacrifiée
La guerre a transformé l’Ukraine en profondeur. Les villes ont été rasées, les infrastructures détruites, les familles séparées. Mais ce qui frappe le plus, c’est la détermination d’un peuple entier à résister malgré tout. Les femmes et les hommes âgés qui refusent de quitter leurs maisons dans les zones de front. Les enseignants qui continuent à faire cours dans des bunkers. Les médecins qui travaillent 24 heures sur 24 dans des hôpitaux bombardés. Les parents qui couchent leurs enfants dans des stations de métro transformées en abris. C’est un peuple qui a accepté de sacrifier son présent pour préserver son avenir. Un peuple qui, chaque jour, se lève et continue à vivre malgré la peur, malgré les pertes, malgré l’incertitude.
L’Ukraine paie le prix. Seule l’Ukraine paie le prix. C’est elle qui consacre 50 % de son économie à sa survie pendant que la Russie n’en consacre que 7 %. C’est elle qui perd 300 000 soldats pendant que la Russie recrute des mercenaires, des prisonniers, des étrangers pour combler ses rangs. C’est elle qui voit ses villes détruites, ses enfants tués, son avenir volé pendant que la Russie continue de vivre presque comme si de rien n’était. Et je me demande : qu’est-ce que je ferais à leur place ? Est-ce que j’aurais ce courage ? Est-ce que je continuerais à me battre après 1 418 jours ? Ou est-ce que je me briserais ?
Section 6 : Les déplacés, le coût invisible de la guerre
Une migration sans précédent
Bien que les pertes humaines des deux guerres soient fondamentalement différentes, une mesure démographique permet une comparaison significative : le nombre de personnes forcées de fuir leur foyer. À cet égard, le déplacement résultant de la guerre Russie-Ukraine est d’une ampleur encore plus grande que celui de la Grande Guerre patriotique. Le contraste est particulièrement frappant lors de la première année de chaque conflit. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, fin 2022, au moins 7,9 millions de personnes avaient été forcées de quitter l’Ukraine. La première année de la lutte de l’Union soviétique contre les nazis, le chiffre comparable — le bilan net de l’émigration et de l’immigration — était environ la moitié : 3,78 millions de personnes.
Fin 2025, l’ONU a indiqué que 5,86 millions de personnes vivaient toujours en dehors de l’Ukraine en raison de la guerre. La plupart résident temporairement dans l’Union européenne, principalement en Pologne et en Allemagne, tandis que plus d’un demi-million se trouvent hors d’Europe. Certains de ces réfugiés reviendront après la guerre, mais beaucoup ne le feront pas. Le déplacement actuel aura un impact durable sur la démographie ukrainienne. Les chercheurs considèrent qu’une gamme de scénarios est possible. Dans le meilleur des cas, le nombre de personnes quittant définitivement le pays dépassera un million.
Les histoires de ceux qui sont partis
Oksana, 34 ans, a quitté Mariupol avec ses deux enfants en mars 2022. Elle a marché pendant trois jours sous les bombardements, portant son fils de cinq ans dans ses bras et traînant sa fille de sept ans par la main. Son mari, Sergiy, est resté pour défendre la ville. Elle ne l’a jamais revu. Aujourd’hui, elle vit dans un petit appartement en Pologne, travaille comme caissière dans un supermarché, et chaque soir, elle regarde des photos de Mariupol avant la guerre. Elle ne sait jamais si elle retournera un jour. Elle ne sait même pas si elle veut retourner. Mariupol n’existe plus. Son appartement n’existe plus. Son mari n’existe plus. Comment peut-on retourner chez soi quand chez soi a été effacé ?
Presque huit millions de personnes arrachées à chez elles en un an. Huit millions. C’est plus que toute la population de la Suisse. C’est deux fois plus que lors de la première année de la Seconde Guerre mondiale sur le front soviétique. Et je pense à ces huit millions de histoires. Huit millions de « avants » et d' »aprèts ». Huit millions de vies brisées, déchirées, dispersées à travers l’Europe. Je pense à Oksana, à Sergiy, à leurs enfants. Je pense à tous ceux qui ne savent plus où est leur « chez eux ». Qui ne savent plus s’ils auront jamais un « chez eux » à nouveau.
Section 7 : L'ombre des mères russes
Le silence qui tue
Les mères et les épouses du personnel militaire ont joué un rôle crucial dans la fin des conflits passés. Leurs protestations exigeant le retour de leurs maris et de leurs fils étaient fondamentales pour pousser le Kremlin vers la paix. Cependant, l’invasion de l’Ukraine s’avère différente. La répression systématique de ces femmes et des autres manifestations pacifiques a étouffé toutes les voix dissidentes dans une spirale de silence saturée par la propagande de guerre. Des mères qui tentent de savoir où se trouve leur fils sont harcelées, arrêtées, menacées. Des épouses qui organisent des réunions pour se soutenir sont surveillées, infiltrées, punies.
Pourtant, les mères continuent d’attendre. Chaque jour, elles vérifient leur téléphone, elles écrivent aux autorités, elles consultent les listes de noms publiées par des bénévoles. Certaines finissent par apprendre la vérité. D’autres continuent d’espérer. Et dans les coins les plus reculés de la Russie, dans des villages que personne ne connaît, des femmes pleurent en silence leurs fils morts dans une guerre qu’elles ne comprennent pas, pour une cause qu’elles ne soutiennent pas, sous un régime qui leur interdit même de pleurer publiquement.
La voix qui refuse de se taire
Maria, 52 ans, est mère de trois fils. Les deux plus âgés, Dmitri et Alexei, ont été mobilisés en septembre 2022. Dmitri est mort trois mois plus tard près de Bakhmut. Le corps n’a jamais été retrouvé. Alexei a été grièvement blessé six mois plus tard et a passé six mois à l’hôpital. Aujourd’hui, il est partiellement paralysé. Le plus jeune, Ivan, a 20 ans et étudie à l’université. Maria sait que quand il aura 21 ans, il pourra être appelé. Elle ne dort plus la nuit. Elle écrit des lettres à des députés, à des journalistes, à quiconque veut l’entendre. Elle n’a jamais reçu de réponse. Mais elle continue d’écrire. Parce que c’est tout ce qui lui reste. Parce que si elle arrête d’écrire, elle aura l’impression d’avoir abandonné ses fils.
Et puis… plus rien. Le silence. Ce silence qui s’abat sur les mères russes comme une chape de plomb. Interdites de pleurer. Interdites de protester. Interdites même de demander. À l’exception de quelques voix courageuses comme Maria, écrasées par la machine d’État, la plupart se taisent. Par peur. Par désespoir. Par épuisement. Et je pense à ces millions de mères russes qui attendent un appel qui ne viendra jamais. Qui savent déjà que leur fils est mort mais n’osent pas le dire. Qui vivent dans ce silence lourd, toxique, qui dévore l’âme petit à petit. Comment est-ce possible ? Comment peut-on faire ça à des mères ?
Section 8 : L'avenir hypothéqué de la Russie
Une guerre qui dévore les jeunes
La Russie a hypothéqué son avenir avec son invasion de l’Ukraine. L’année dernière, elle a recruté 417 000 soldats, conformément aux années précédentes, selon Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité. Le problème pour le Kremlin, c’est que cette guerre est bien plus meurtrière que d’autres conflits traumatisants du passé récent. Les Russes sont las, et l’économie tient à un fil. Dans les deux guerres tchétchènes, environ 11 000 soldats russes sont morts, selon le Comité de défense de la Douma d’État. En comparaison, lors de la seule conquête de Bakhmut, 19 500 mercenaires du groupe Wagner sont morts, la plupart d’entre eux des prisonniers libérés de prison, auxquels s’ajoutent des milliers d’autres victimes d’autres unités russes.
Ce chiffre est même supérieur aux 15 000 décès soviétiques pendant l’occupation de l’Afghanistan entre 1979 et 1989. Plus la guerre s’éternise, plus les questions se posent parmi les Russes. Selon les propres sondages du Kremlin, les deux tiers de la population mettraient fin au conflit demain, bien qu’une écrasante majorité estime que Poutine seul doit décider de ce qui est le mieux pour la Russie. C’est un paradoxe saisissant : un peuple qui veut la paix mais qui refuse d’exiger la fin de la guerre.
Les cicatrices qui ne guériront jamais
Les pertes ne se limitent pas aux morts. Il y a les blessés, par dizaines, peut-être par centaines de milliers. Ceux qui ont perdu des membres, ceux qui sont aveugles, ceux qui souffrent de traumatismes psychologiques irréversibles. Il y a les familles déchirées, les mariages qui n’ont pas lieu, les enfants qui ne naîtront jamais. Il y a l’économie détruite, les ressources détournées, l’innovation stoppée. Il y a l’isolement international, la dignité perdue, l’avenir compromis. La Russie sortira de cette guerre si elle s’arrête un jour, mais elle ne sera jamais la même. Une génération entière a été marquée par le sang et la violence. Et les cicatrices, elles, ne guériront jamais.
Je regarde ces chiffres et je n’y crois pas. 19 500 morts pour une seule ville. Plus que les guerres de Tchétchénie et l’Afghanistan réunies. C’est un massacre. C’est un génocide de la jeunesse russe. Et pour quoi ? Pour quelques kilomètres carrés de terre dévastée ? Pour satisfaire l’ambition délirante d’un homme ? Le sang de ces jeunes couvrira les mains de la Russie pour les générations à venir. Et quand l’histoire jugera, elle ne demandera pas qui avait raison. Elle demandera seulement : « Pourquoi ? » Pourquoi tant de morts ? Pourquoi tant de souffrance ? Pourquoi ?
Section 9 : L'impasse sans fin
Quand la solution politique devient impossible
La direction du haut commandement, dirigée par l’immuable Valery Gerasimov, chef d’état-major depuis 2012, est également remise en cause. Les humeurs face à une guerre d’usure contre une Ukraine soutenue par l’Occident oscillent entre euphorie et pessimisme, selon les déclarations changeantes de Washington et de l’Europe. Le plus grand succès du Kremlin en 2025 a été d’expulser l’armée ukrainienne de la région russe de Koursk, où les forces de Kyiv avaient mené une incursion en 2024. Le long du reste du front, les avancées ont varié de quelques dizaines de kilomètres à quelques centaines de mètres.
En février, la guerre entrera dans sa cinquième année. Mais la question des concessions territoriales reste un point de blocage majeur. Le président américain Donald Trump a dévoilé un plan de paix en 28 points pour l’Ukraine en novembre dernier, qui impliquait que Kyiv cède non seulement de grandes quantités de territoire que la Russie a occupé pendant près de quatre ans de guerre, mais aussi certains territoires que les forces de Kyiv contrôlent actuellement. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a toutefois déclaré à plusieurs reprises que cela était inacceptable pour l’Ukraine. Les tentatives diplomatiques américaines pour mettre fin à la guerre ont également actuellement calé, la Russie rejetant la semaine dernière un plan prévoyant le déploiement de soldats européens en Ukraine une fois la guerre terminée.
Le cercle de l’absurde
Ainsi la guerre continue. Elle continue parce que personne ne sait comment l’arrêter. Elle continue parce que chaque camp pense pouvoir encore gagner. Elle continue parce que les coûts de la défaite semblent trop élevés pour les deux côtés. Elle continue parce que la diplomatie est bloquée par des exigences incompatibles. Elle continue parce que le monde regarde sans intervenir vraiment. Elle continue parce que les morts continuent de tomber, les villes de brûler, les familles d’être détruites. Elle continue parce que c’est plus facile que de s’arrêter. Elle continue parce que le mal a sa propre logique, sa propre dynamique, sa propre inertie. Et nous, nous continuons à compter les jours.
Je suis fatigué. Je suis juste fatigué. 1 418 jours et on continue à parler de plans de paix, de négociations, de compromis. Pendant ce temps, les obus continuent de tomber. Les enfants continuent de mourir. Les mères continuent de pleurer. Quand est-ce que ça s’arrêtera ? Quand est-ce que quelqu’un aura le courage de dire « stop » ? Quand est-ce que les dirigeants cesseront de traiter des vies humaines comme des pions sur un échiquier ? Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. Et cette incertitude, ce n’est peut-être pas le pire. Le pire, c’est que je ne suis même pas sûr qu’il existe une fin à cette horreur.
Conclusion : Les fantômes de demain
La mémoire qui ne meurt jamais
Quand tout sera fini, si un jour tout est fini, l’Ukraine se relèvera. Elle reconstruira ses villes. Elle replantera ses arbres. Elle soignera ses blessures. Mais il y a des choses que personne ne pourra jamais reconstruire. Les 300 000 soldats ukrainiens morts ne reviendront jamais. Les 15 000 civils tués ne reviendront jamais. Les huit millions de déplacés ne retrouveront peut-être jamais leur chez eux. Les enfants comme Anya, dont l’enfance a été volée par la guerre, ne retrouveront jamais l’innocence perdue. L’Ukraine survivra, mais elle sera marquée à jamais par ces cicatrices invisibles.
La Russie aussi sera marquée. Elle aura perdu 300 000 de ses jeunes. Elle aura sacrifié son économie, sa réputation, son avenir. Elle aura semé la haine et le ressentiment chez son voisin. Elle aura aliené le monde entier. Et elle aura créé une génération de Russes qui ne connaîtront que la guerre, qui ne comprendront que la violence, qui ne rêveront que de vengeance. Une génération perdue, comme la génération de la Première Guerre mondiale qui a conduit la Russie à la révolution et à la guerre civile. Une génération qui pourrait détruire la Russie elle-même.
Le dernier visage
Anya a maintenant onze ans. Elle vit dans un appartement temporaire à Lviv avec sa mère. Elle dessine encore des papillons, mais maintenant ils sont gris. Ses ailes sont brisées. Leurs corps sont émaciés. On dirait qu’ils essaient de voler mais qu’ils ne le peuvent pas. La mère d’Anya regarde sa fille et elle n’a plus de larmes. Elle a tout donné dans les premiers mois de la guerre. Maintenant, elle ne ressent plus grand-chose. Juste une fatigue immense. Une fatigue qui ne partira jamais. Et je me demande : combien d’autres Anya y a-t-il en Ukraine ? En Russie ? Dans le monde ? Des enfants qui n’auront jamais l’enfance qu’ils méritaient. Des enfants qui devront porter le poids de cette guerre toute leur vie. Et moi je me demande : quand est-ce que nous allons arrêter de détruire nos enfants ? Quand est-ce que nous allons enfin comprendre que la guerre ne crée rien d’autre que des fantômes ? Des fantômes qui nous hanteront pour toujours.
Sources
Sources primaires
Meduza.io — « 1,418 days later Russia’s full-scale invasion has outlasted the Soviet Union’s fight against Nazi Germany » — 13 janvier 2026
Sources secondaires
El País (International) — « The invasion of Ukraine has already lasted longer than the Soviet fight against the Nazis in World War II » — 12 janvier 2026
Al Jazeera — « Civilian casualties in Ukraine up sharply in 2025, UN monitor says » — 12 janvier 2026
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