Le plus grand sommet depuis le début de la guerre
Le sommet de Paris a été le plus grand rassemblement de la « Coalition des volontaires » depuis sa création. Trente-cinq délégations nationales. Des représentants de l’Union européenne, de l’OTAN, des puissances européennes majeures — France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pologne — mais aussi des pays plus petits, du Canada à la Turquie, de la Suède à l’Espagne. Une démonstration de force diplomatique qui, à elle seule, envoie un message : l’Ukraine n’est pas seule. Du moins, pas sur le papier.
Mais la présence la plus significative était peut-être celle des émissaires américains. Steve Witkoff, envoyé spécial du président Trump pour l’Ukraine, et Jared Kushner — gendre du président et conseiller influent — étaient dans la salle pour la première fois lors d’un sommet de la Coalition. Leur présence signalait une chose : l’administration Trump, malgré ses déclarations erratiques sur l’Ukraine, reste impliquée dans le processus. Du moins pour l’instant. Le général Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe, participait également aux discussions — un signe que les dimensions militaires du dossier sont prises au sérieux.
La Déclaration de Paris : ce qui a été signé
La Déclaration de Paris adoptée à l’issue du sommet formule plusieurs engagements concrets. D’abord, la participation à un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu dirigé par les États-Unis, utilisant drones, capteurs et satellites — mais pas de troupes américaines au sol. Ensuite, un soutien militaire à long terme aux forces armées ukrainiennes : armes, équipements, formation, renseignement. Et surtout, l’engagement de préparer le déploiement d’une force multinationale en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu — une force européenne, avec la participation de membres non-européens de la Coalition et le « soutien proposé » des États-Unis.
Parallèlement, une déclaration trilatérale séparée a été signée par l’Ukraine, la France et le Royaume-Uni. Ce document formalise l’intention de déployer des troupes françaises et britanniques sur le territoire ukrainien. « C’est un élément vital de notre engagement ferme à soutenir l’Ukraine sur le long terme », a déclaré Keir Starmer. « Cela ouvre la voie à un cadre juridique permettant aux forces britanniques, françaises et partenaires d’opérer sur le territoire ukrainien — protégeant l’espace aérien et le domaine maritime de l’Ukraine, et aidant à reconstruire ses forces armées pour l’avenir. »
Vous voyez ce que ça représente? Des soldats français et britanniques, sur le sol ukrainien, face à la Russie. Des drapeaux tricolores et des Union Jack à quelques dizaines de kilomètres des lignes de front. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas abstrait. Ce sont des hommes et des femmes en uniforme qui accepteraient de se mettre entre les missiles russes et les civils ukrainiens. Est-ce que l’Europe est vraiment prête à ça? Est-ce que les parlements britanniques et français voteront pour envoyer leurs enfants face aux canons de Poutine? La question reste ouverte. Et elle fait froid dans le dos.
Combien de soldats? La réalité derrière les promesses
15 000 hommes — ou le mirage des grands nombres
Les chiffres qui circulent donnent le vertige. Selon le Times britannique, citant des sources militaires, la France et le Royaume-Uni pourraient déployer ensemble environ 15 000 soldats en Ukraine — soit 7 500 de chaque pays. C’est beaucoup moins que les chiffres évoqués précédemment au sein de la Coalition, où certains officiels parlaient de 30 000 à 60 000 troupes. Et même ce chiffre de 15 000 pourrait s’avérer optimiste : les mêmes sources du Times soulignent que déployer 7 500 hommes représenterait un défi majeur pour le Royaume-Uni, qui ne compte qu’environ 71 000 militaires d’active dans son armée régulière.
Le président Macron a parlé de « plusieurs milliers » de soldats français, sans préciser davantage. Le premier ministre Starmer a souligné que toute décision finale reviendrait au Parlement. En d’autres termes : personne ne s’engage sur un chiffre précis. Personne ne sait exactement combien de soldats seront déployés, où ils seront stationnés, et quelles seront leurs règles d’engagement. Ce qui a été signé à Paris est un cadre, une intention, une direction — pas un plan opérationnel.
L’Allemagne et l’Italie disent non — pour l’instant
Tous les membres de la Coalition n’ont pas la même position. L’Allemagne, qui possède l’une des plus grandes armées d’Europe, a clairement exclu le déploiement de la Bundeswehr sur le sol ukrainien. Le chancelier Friedrich Merz a déclaré que Berlin continuerait à fournir un soutien politique, financier et militaire à l’Ukraine, mais que l’envoi de troupes allemandes sur le territoire ukrainien n’était « pas envisagé ». En revanche, un déploiement dans des pays de l’OTAN frontaliers de l’Ukraine — comme la Pologne ou la Roumanie — pourrait être possible, sous réserve des mandats gouvernementaux et parlementaires appropriés.
La Pologne, voisine directe de l’Ukraine et l’un des plus fervents soutiens de Kyiv, a adopté une position similaire : Varsovie n’enverra pas ses troupes en Ukraine, préférant se concentrer sur le soutien logistique, organisationnel et infrastructurel aux pays qui participeront à une éventuelle mission. L’Italie a également exclu toute participation de ses forces armées. La première ministre Giorgia Meloni l’a dit explicitement après le sommet : le déploiement de troupes italiennes en Ukraine dans le cadre des garanties de sécurité n’est pas envisagé.
Et nous voilà face à la réalité crue de l’Europe : une coalition de volontaires où tout le monde n’est pas vraiment volontaire. La France dit oui. Le Royaume-Uni dit oui. Mais l’Allemagne dit « peut-être plus tard, peut-être ailleurs ». L’Italie dit non. La Pologne — la Pologne! — dit qu’elle ne veut pas mettre ses soldats sur le sol ukrainien. Je comprends les raisons politiques. Je comprends les contraintes parlementaires. Mais je ne peux pas m’empêcher de me demander : si l’Europe hésite autant à défendre l’Ukraine, comment peut-elle prétendre dissuader la Russie? Comment peut-on menacer Poutine avec un poing à moitié fermé?
Le facteur américain : le « backstop » sans lequel rien n'est possible
Washington au cœur de toutes les équations
Tous les observateurs s’accordent sur un point : sans engagement clair des États-Unis, aucune mission militaire européenne en Ukraine n’est viable. Le président Zelensky l’a répété à maintes reprises : un « backstop » américain — une garantie de soutien politique et militaire de Washington — est essentiel comme fondation de tout système de garanties de sécurité pour l’Ukraine. L’analyste militaire autrichien Markus Reisner, colonel de l’armée autrichienne, l’a confirmé dans ses commentaires à Ukrinform : « La question clé reste de savoir dans quelle mesure les États-Unis seraient engagés de manière contraignante aux côtés des forces multinationales en Ukraine, tant en temps de paix qu’en cas de guerre future. »
Le problème, c’est que personne ne sait exactement ce que Washington est prêt à garantir. L’envoyé spécial Steve Witkoff a déclaré après le sommet que Trump « soutient fermement les protocoles de sécurité » et que ces garanties sont « importantes pour que le peuple ukrainien sache que quand ça se termine, ça se termine pour toujours ». Jared Kushner a ajouté que « si les Ukrainiens acceptent un accord final, ils doivent savoir qu’après l’accord, ils sont en sécurité ». Des mots rassurants. Mais sous l’administration Trump, tout engagement représente ce que Reisner qualifie de « risque difficile à prévoir ».
Le scénario cauchemar : et si Washington ne répond pas?
Le colonel Reisner pose la question que tout le monde évite : « Que se passerait-il si les forces européennes déployées en Ukraine étaient attaquées et que les États-Unis n’intervenaient pas activement? » Sans implication américaine, argue-t-il, les Européens auraient du mal à se défendre compte tenu de leurs capacités militaires limitées. « L’Europe possède-t-elle des milliers de missiles balistiques et de croisière, ou des dizaines de milliers de drones de frappe, comme moyen de dissuasion conventionnel contre la Russie? » La réponse, on le sait, est non.
Le général américain à la retraite Ben Hodges, ancien commandant des forces américaines en Europe, a souligné les risques d’une mission purement symbolique. Selon lui, une présence multinationale efficace devrait comprendre « des milliers de soldats bien entraînés avec une autorité et des capacités claires pour répondre immédiatement aux provocations russes anticipées ». « La Coalition des volontaires doit avoir un vrai pouvoir et des règles d’engagement qui permettent une réponse immédiate à toute violation », a-t-il déclaré au Guardian. « Les commandants ne peuvent pas appeler Paris ou Londres à chaque fois pour demander comment réagir à un drone russe. »
Imaginez la scène. Un matin d’hiver, quelque part dans l’ouest de l’Ukraine. Des soldats français patrouillent autour d’un « hub militaire ». Soudain, un drone russe traverse leur secteur. Puis un autre. Puis un missile. Les hommes se regardent. Ils appellent le commandement. Le commandement appelle Paris. Paris appelle Washington. Washington ne répond pas. Ou pire : Washington répond « ce n’est pas notre problème ». Vous pensez que c’est de la science-fiction? C’est exactement le scénario que les experts militaires redoutent. C’est exactement la question à laquelle personne, à Paris, n’a vraiment répondu.
La menace russe : « Cibles légitimes »
Moscou hausse le ton
La réponse de la Russie n’a pas tardé. Deux jours après le sommet de Paris, le ministère russe des Affaires étrangères a publié une mise en garde sans ambiguïté : les forces étrangères déployées en Ukraine, ainsi que les infrastructures qui leur sont associées, seraient considérées comme des « cibles de combat légitimes » pour les forces armées russes. « Le ministère russe des Affaires étrangères avertit que le déploiement d’unités militaires, d’installations militaires, d’entrepôts et d’autres infrastructures des pays occidentaux sur le territoire de l’Ukraine sera qualifié d’intervention étrangère », a déclaré la porte-parole Maria Zakharova.
Ce n’est pas une surprise. La Russie a répété cette position depuis des mois : tout déploiement de troupes de l’OTAN en Ukraine serait inacceptable et serait traité en conséquence. Vladimir Poutine lui-même a exclu toute présence de forces de pays de l’OTAN sur le sol ukrainien comme condition d’un accord de paix. Mais le fait que Moscou réitère cette menace immédiatement après le sommet de Paris envoie un message clair : la Russie prend ces annonces au sérieux. Et elle veut s’assurer que l’Europe comprenne ce qu’elle risque.
Le risque d’escalade directe
Les experts préviennent qu’une attaque — même par missiles ou drones — sur des unités françaises ou britanniques déployées en Ukraine ne déclencherait pas automatiquement l’Article 5 du traité de l’OTAN. Puisque ces forces opéreraient hors du territoire de l’OTAN et sans mandat de l’Alliance, tout incident serait traité comme bilatéral. C’est précisément pour cette raison que les garanties américaines — y compris la dissuasion étendue, y compris la dimension nucléaire — sont centrales à tout le concept. Sans elles, les soldats européens en Ukraine seraient essentiellement exposés sans filet de sécurité.
« Il est encore difficile d’imaginer des forces armées européennes déployées en Ukraine sans le soutien américain, avec ses capacités militaires uniques, et sans garantie d’intervention militaire américaine en cas d’attaque russe à grande échelle », a déclaré le colonel Markus Reisner. « En l’absence d’un mandat pertinent de l’ONU, une telle mission serait basée sur des engagements bilatéraux entre l’Ukraine et les États européens individuels. Elle serait également en dehors du champ d’application de l’Article 5 de l’OTAN, puisque les troupes seraient stationnées en Ukraine, c’est-à-dire en dehors du territoire de l’OTAN. »
« Cibles légitimes. » Deux mots. Deux mots qui résument tout le dilemme de cette guerre. Des soldats français ou britanniques qui mettent le pied en Ukraine deviennent automatiquement des cibles pour l’armée russe. Légitimement, selon Moscou. Et si l’un d’eux meurt? Si un missile russe tue un caporal français près de Lviv? Que se passe-t-il ensuite? L’Europe déclare la guerre à la Russie? Paris bombarde Moscou? Bien sûr que non. Mais alors, quelle est la valeur réelle de ces « garanties de sécurité »? Quelle est la crédibilité d’une dissuasion que l’adversaire sait limitée?
L'Ukraine au centre : l'armée nationale comme première ligne
Pas de substitution, mais un renfort
Un point sur lequel tous les participants au sommet de Paris s’accordent : l’armée ukrainienne restera la première ligne de défense et de dissuasion. La Déclaration de Paris le souligne explicitement : les forces armées ukrainiennes « resteront la première ligne de défense et de dissuasion », tandis que la Coalition s’engage à leur fournir « une assistance militaire critique à long terme et des armements ». Personne ne parle de remplacer les soldats ukrainiens par des Européens. L’objectif est de renforcer, d’appuyer, de dissuader — pas de se substituer.
Selon la vision du président Macron, tout éventuel contingent multinational serait déployé dans des « emplacements stratégiquement importants au cœur du territoire ukrainien » — loin de la ligne de contact — et remplirait des fonctions de dissuasion, de soutien, de formation et de reconstitution des forces armées ukrainiennes. Le premier ministre Starmer a précisé que Paris et Londres entendent établir un réseau de « hubs militaires » en Ukraine, ainsi que construire des installations protégées pour le stockage d’armes et d’équipements militaires.
Le modèle de la « présence avancée renforcée »
Gustav Gressel, maître de conférences à l’Académie nationale de défense autrichienne et ancien chercheur senior au Conseil européen des relations étrangères, estime qu’une dissuasion crédible de la Russie ne serait possible qu’avec un modèle différent — similaire à la présence avancée renforcée (EFP) de l’OTAN. Lancé au sommet de Varsovie de 2016 après l’annexion de la Crimée, ce modèle intègre des unités alliées aux structures de défense nationale des États du flanc est de l’OTAN. Son objectif : dissuader toute agression russe potentielle contre les membres de l’Alliance tout en démontrant visiblement la solidarité de l’OTAN.
« Ce pourrait être une structure similaire à l’EFP », a déclaré Gressel. « Les forces européennes seraient intégrées aux structures ukrainiennes — tout comme la brigade allemande en Lituanie est intégrée à l’armée lituanienne et au système de planification de défense. Dans ce cas, l’Ukraine serait de facto membre de l’OTAN, même si elle ne l’est pas encore de jure. » C’est une vision ambitieuse. Peut-être trop ambitieuse pour le moment. Mais elle illustre ce qui serait nécessaire pour que les garanties de sécurité ne soient pas seulement des mots sur du papier.
Vous savez ce qui me frappe dans tout ça? C’est que quatre ans après le début de l’invasion, on en est encore à discuter de « si » et de « comment ». Quatre ans. Des dizaines de milliers de morts. Des villes rasées. Des millions de réfugiés. Et l’Europe en est encore à se demander si elle est prête à envoyer des soldats. Si les parlements voteront pour. Si les États-Unis seront là pour couvrir les arrières. Je ne dis pas que c’est facile. Je ne dis pas que les risques ne sont pas réels. Mais je me demande : combien d’années encore faudra-t-il avant que l’Europe soit vraiment prête?
Les négociations de paix : le contexte géopolitique explosif
Le plan en 20 points et la question territoriale
Le sommet de Paris s’inscrit dans un contexte diplomatique intense. Un plan de paix en 20 points, élaboré avec l’administration Trump, serait « à 90% prêt » selon Zelensky. Les garanties de sécurité, a-t-il déclaré après sa rencontre avec Trump à Mar-a-Lago en décembre, seraient « à 100% convenues ». Mais le diable est dans les détails — et le détail le plus épineux reste la question territoriale. La Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien et exige le contrôle total de la région du Donbas comme condition d’un accord. L’Ukraine refuse de céder du terrain, arguant que toute concession encouragerait Moscou.
Les équipes de négociation ukrainienne et américaine ont abordé les « questions les plus difficiles » lors de la deuxième journée des discussions à Paris, notamment le sort de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia occupée par les Russes et le contrôle des territoires de l’est de l’Ukraine. « Une autre session de pourparlers avec les envoyés du président des États-Unis aura lieu », a écrit Zelensky sur Facebook, « et ce sera déjà la troisième session de ce type en deux jours. Les questions les plus difficiles du cadre de base pour mettre fin à la guerre seront discutées. »
L’ombre du Venezuela et les tensions transatlantiques
Le sommet de Paris s’est tenu dans une atmosphère géopolitique particulièrement chargée. L’opération militaire américaine au Venezuela — avec la capture du président Nicolás Maduro, allié de Poutine — a ébranlé certains pays européens et ajouté un nouvel élément d’incertitude transatlantique. Les déclarations de Trump concernant le Groenland et le Canada ont créé des tensions avec des alliés traditionnels. Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui devait initialement diriger la délégation américaine à Paris, a changé ses plans après l’intervention au Venezuela.
Cette situation soulève des questions sur la fiabilité des engagements américains. Comme l’a noté le colonel Reisner : « Sous Trump, les États-Unis ont démontré ce qu’ils sont prêts et capables de faire militairement, notamment au Venezuela. Trump l’a renforcé avec des déclarations ultérieures concernant Cuba et le Groenland. Les capacités militaires américaines ont été démontrées de manière convaincante. Cependant, la réputation des États-Unis auprès de leurs alliés européens a souffert. Cela pose la question de savoir sur quels traités ou engagements on peut compter à l’avenir. »
L’ironie de la situation n’échappe à personne. Au moment même où l’Europe discute de garanties de sécurité avec les États-Unis, Washington capture un président d’Amérique latine allié de Moscou, menace d’envahir le Groenland, et parle d’annexer le Canada. Quelle confiance l’Europe peut-elle avoir dans un allié aussi imprévisible? Quelle valeur ont des « engagements contraignants » avec une administration qui semble considérer le droit international comme une suggestion plutôt qu’une règle? Ce sont des questions inconfortables. Mais ce sont les questions que se posent, en privé, les dirigeants européens qui ont signé la Déclaration de Paris.
Les capacités européennes : le miroir de nos faiblesses
Une armée britannique à bout de souffle
Les chiffres sont impitoyables. L’armée régulière britannique compte 71 000 militaires d’active. Envoyer 7 500 soldats en Ukraine — le chiffre évoqué par le Times — représenterait plus de 10% de l’effectif total. Et pas n’importe quels 10% : les mieux entraînés, les plus opérationnels, les plus indispensables. Le général à la retraite Richard Shirreff, ancien commandant adjoint suprême des forces alliées en Europe, a prévenu à plusieurs reprises que l’armée britannique est « trop petite, trop faible » pour ses ambitions. Alors pour défendre l’Ukraine contre la Russie? La question se pose cruellement.
La France n’est pas dans une situation beaucoup plus confortable. Avec environ 203 000 militaires d’active, elle dispose de forces plus importantes, mais déjà engagées sur de multiples théâtres : l’Afrique (même si le retrait est en cours), le Moyen-Orient, le territoire national. Envoyer « plusieurs milliers » de soldats en Ukraine, comme l’a évoqué Macron, c’est faisable. Mais les maintenir sur place pendant des années, face à une Russie hostile et armée jusqu’aux dents? C’est une autre histoire. Une histoire que personne, à Paris comme à Londres, ne semble vouloir écrire jusqu’au bout.
L’Europe sans parapluie nucléaire américain
Le colonel Markus Reisner pose la question qui fâche : « L’Europe possède-t-elle des milliers de missiles balistiques et de croisière, ou des dizaines de milliers de drones de frappe, comme moyen de dissuasion conventionnel contre la Russie? » La réponse est non. Évidemment non. L’Europe a passé trente ans à réduire ses budgets militaires, à fermer des bases, à démanteler des régiments. Pendant que la Russie construisait des missiles hypersoniques et accumulait des drones Shahed, l’Europe se demandait si elle avait vraiment besoin d’une armée.
Et maintenant? Maintenant on parle d’envoyer ces armées affaiblies face à la machine de guerre russe. Sans le parapluie nucléaire américain. Sans la certitude que Washington interviendra si ça tourne mal. Le commentaire de Trump sur le Danemark qui « envoie une autre équipe de traîneaux à chiens au Groenland » résume cruellement la perception américaine des capacités militaires européennes. Humiliant? Peut-être. Faux? Pas vraiment.
Vous voulez que je vous dise ce qui me terrifie dans cette histoire? Ce n’est pas la menace russe. C’est notre propre faiblesse. L’Europe a passé trente ans à croire que la paix était acquise, que les dividendes de la guerre froide dureraient éternellement, que les Américains seraient toujours là pour nous protéger. Et maintenant? Maintenant on se réveille avec une armée en miettes et on parle d’affronter la Russie. C’est comme entrer dans un ring de boxe après avoir passé trente ans sur le canapé. On peut avoir le courage. On peut avoir la volonté. Mais est-ce qu’on a encore les moyens?
Ce qui reste à faire : le chemin vers une vraie dissuasion
Des engagements à concrétiser
Malgré les avancées du sommet de Paris, le chemin vers un déploiement effectif de troupes européennes en Ukraine reste semé d’obstacles. Les parlements nationaux devront approuver tout engagement de forces — au Royaume-Uni comme en France. Les modalités précises — taille du contingent, zones de déploiement, règles d’engagement — restent à définir. Les engagements contraignants évoqués dans la Déclaration de Paris doivent encore être « finalisés », selon le texte lui-même. Et tout cela reste conditionné à l’établissement d’un cessez-le-feu — un scénario qui, pour l’instant, demeure hypothétique.
Même si un cessez-le-feu était conclu, approuvé par les parlements nationaux, et soutenu par un « backstop » américain suffisamment robuste, la présence future de troupes étrangères — compte tenu des contraintes sur les effectifs, les zones de déploiement et les règles d’engagement — risque de rester largement politique et symbolique. La question de savoir si un contingent franco-britannique limité dans l’ouest de l’Ukraine, complété par une petite présence allemande en Pologne ou en Roumanie, pourrait constituer une véritable dissuasion face à une Russie révisionniste reste ouverte.
Les conditions d’une dissuasion crédible
Pour que les garanties de sécurité soient efficaces, plusieurs conditions doivent être remplies. D’abord, un engagement américain clair et contraignant — pas seulement des mots, mais des garanties juridiques et militaires tangibles. Ensuite, des forces suffisantes avec des règles d’engagement robustes — pas une présence symbolique, mais une capacité réelle de réponse immédiate. Enfin, une intégration profonde avec les structures de défense ukrainiennes — sur le modèle de l’EFP, comme le suggère Gustav Gressel.
La déclaration trilatérale entre l’Ukraine, la France et le Royaume-Uni — ainsi que les expressions d’intérêt d’autres pays européens — représente « un pas visible en avant et une preuve de la préparation croissante de l’Europe à agir », selon le colonel Reisner. Mais ce n’est qu’un premier pas. Le chemin vers une vraie dissuasion est long, complexe, et parsemé de risques politiques et militaires que personne ne maîtrise entièrement.
Au fond, tout se résume à une question de volonté. L’Europe a-t-elle la volonté de défendre l’Ukraine? Pas avec des mots. Pas avec des déclarations. Avec des soldats. Avec des missiles. Avec le risque — réel, tangible, effrayant — de voir ses propres citoyens mourir face aux armes russes. Le sommet de Paris suggère que cette volonté existe — au moins chez certains. Macron y croit. Starmer y croit. Zelensky y croit désespérément. Mais entre la volonté politique et la réalité militaire, il y a un gouffre. Et ce gouffre, pour l’instant, personne ne sait comment le combler.
Conclusion : L'aube d'une nouvelle ère — ou juste un lever de rideau?
Ce que Paris change, et ce qui reste à prouver
Le sommet de Paris du 6 janvier 2026 restera peut-être dans l’histoire comme le moment où l’Europe a franchi un cap. Pour la première fois, des dirigeants occidentaux ont formellement déclaré leur intention de déployer des soldats sur le sol ukrainien pour garantir la sécurité du pays après un cessez-le-feu. C’est un engagement sans précédent. Un signal fort envoyé à Moscou : l’Ukraine ne sera pas abandonnée. Du moins, c’est ce qu’on voudrait croire.
Mais les mots ne suffisent pas à arrêter les missiles. Les déclarations d’intention ne remplacent pas les divisions blindées. Et les « engagements contraignants » n’ont de valeur que si quelqu’un est prêt à les honorer quand les balles commencent à siffler. L’Europe a fait un pas important à Paris. Maintenant, il reste à prouver que ce pas n’était pas juste un mouvement politique, mais le début d’une transformation réelle de la posture de sécurité européenne. Les prochains mois — les prochaines années — nous le diront.
Je reviens à cette salle dorée de l’Élysée. À ces poignées de main. À ces sourires pour les photographes. À ces discours sur la « paix durable » et les « garanties robustes ». Et je me demande : qu’est-ce que tout ça signifie vraiment pour le soldat ukrainien dans sa tranchée de Bakhmout ce soir? Pour la mère de Kharkiv qui attend dans l’abri avec ses enfants? Pour le vieux de Marioupol qui a tout perdu et qui ne comprend pas pourquoi le monde a mis quatre ans à réagir? Les promesses de Paris sont importantes. Elles sont historiques, même. Mais elles ne réchauffent pas les corps. Elles n’arrêtent pas les bombes. Et tant qu’il n’y aura pas de soldats européens réellement déployés, réellement prêts à se battre, réellement soutenus par Washington — ces promesses resteront ce qu’elles sont : des mots. De beaux mots. Mais juste des mots. L’histoire jugera si l’Europe a été à la hauteur de ce moment. Pour l’instant, le verdict n’est pas encore rendu.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – « Foreign troops in Ukraine: what the ‘Coalition of the Willing’ Paris summit clarified », 12 janvier 2026. Conseil de l’Union européenne – « Paris Declaration – Robust Security Guarantees for a Solid and Lasting Peace in Ukraine », 6 janvier 2026. Al Jazeera – « US backs security guarantees for Ukraine, as France and UK pledge troops », 6 janvier 2026. CNN – « Russia says any foreign forces in Ukraine would be ‘legitimate targets’ », 8 janvier 2026.
Sources secondaires
ABC News – « European nations commit to troops in Ukraine as part of ‘milestone’ peace talks in Paris », 7 janvier 2026. The Moscow Times – « Western Allies Agree Ukraine Guarantees After Paris ‘Progress’ », 6 janvier 2026. NPR – « The U.K. and France would install ‘military hubs’ in Ukraine as part of a peace plan », 6 janvier 2026. Euronews – « Coalition of the Willing meets in Paris to discuss security guarantees for Ukraine », 6 janvier 2026. France 24 – « Ukraine’s European, US allies gather in Paris to discuss security guarantees », 6 janvier 2026. NBC News – « U.S. backs security guarantees for Ukraine at summit of Kyiv’s allies in Paris », 7 janvier 2026. PBS News – « Ukraine’s allies meet in Paris, but progress uncertain as Russia shows no signs of budging », 6 janvier 2026. Meduza – « Zelensky arrives in Paris for ‘Coalition of the Willing’ summit on security guarantees », 6 janvier 2026.
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.