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Israël “garant de l’avenir” : les Druzes imposent un tabou, la Syrie doit être découpée en régions autonomes
Crédit: Adobe Stock

Les frappes, puis le téléphone rouge

Quand des frappes russes s’abattent sur l’Ukraine, la première onde de choc ne se voit pas toujours sur les cartes. Elle traverse les couloirs des hôpitaux, les cages d’escalier, les salles de classe transformées en abris, et elle finit par se cogner aux murs feutrés de la diplomatie. Cette fois, Kyiv a choisi de ne pas laisser l’écho se perdre: l’Ukraine a annoncé la convocation d’une réunion d’urgence de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, après de nouvelles attaques menées par la Russie. Le geste est politique, mais il est aussi profondément humain: il dit qu’un pays frappé refuse de n’être qu’un décor de ruines dans le cycle des dépêches. Il exige une scène, des micros, des procès-verbaux, des engagements écrits. L’OSCE, forum paneuropéen né pour réduire les risques de conflit, n’a pas d’armées à déployer; elle a des mots, des mécanismes, des procédures. Et quand les missiles tombent, les procédures deviennent une ligne de front symbolique: faire constater, faire consigner, faire répondre. L’Ukraine joue cette carte parce que l’alternative est insupportable: l’accoutumance, la fatigue, le silence.

Le fait est vérifiable et limpide: l’Ukraine a sollicité cette session extraordinaire au sein de l’OSCE précisément à la suite de frappes attribuées à la Russie. Ce n’est pas une manœuvre de salon; c’est une manière d’arracher l’événement à l’instant, d’obliger des États à regarder ensemble la même réalité, au même moment. Dans cette organisation, chaque mot pèse parce qu’il engage une mémoire collective: ce qui est dit, inscrit, contredit, devient une archive. Et dans une guerre où l’information est une cible, l’archive compte. L’Ukraine cherche à activer un réflexe: celui d’une communauté de sécurité qui se prétend vigilante. L’OSCE, qui réunit des dizaines d’États de l’espace euro-atlantique et eurasiatique, a été conçue pour que les crises ne s’installent pas comme une météo. Alors Kyiv frappe à la porte, exige le débat, et rappelle que l’inaction n’est pas neutre. Derrière l’annonce, il y a un choix stratégique: porter l’affaire dans une enceinte multilatérale où la Russie est présente, où les alliés sont comptés, et où l’embarras se mesure en phrases prononcées à haute voix.

L’OSCE, tribunal sans marteau

Comprendre l’appel de l’Ukraine, c’est comprendre ce qu’est l’OSCE: un cadre diplomatique qui ne condamne pas à coups de sanctions automatiques, mais qui éclaire, documente, et parfois déstabilise par la simple force de l’exposition. Ce n’est pas l’ONU, ce n’est pas une alliance militaire; c’est une enceinte où la sécurité se discute à travers des principes, des engagements, et une surveillance du terrain quand elle est possible. Depuis l’invasion à grande échelle de 2022, le rôle de l’OSCE en Ukraine a été profondément bouleversé, notamment après la fin de la Mission spéciale d’observation. Pourtant, même affaiblie, l’organisation reste un espace où les États peuvent être placés face à leurs contradictions. Une réunion d’urgence n’arrête pas une frappe. Mais elle force des capitales à se positionner, à parler, à ne pas se réfugier dans la prudence confortable. Kyiv mise sur cette mécanique: transformer l’événement militaire en enjeu politique immédiat, et rappeler que la sécurité européenne ne se résume pas à des frontières, mais à des vies prises dans la trajectoire des armes.

La Russie, elle, connaît parfaitement cette arène. Elle y siège. Elle y répond. Elle y conteste. Et c’est précisément ce qui rend l’exercice intéressant et brutal: l’Ukraine convoque une scène où l’agresseur présumé ne peut pas simplement être “déploré” à distance. Ici, il est présent dans la pièce, ne serait-ce que par ses représentants. Cela ne garantit aucune justice, mais cela crée une tension publique. La diplomatie ressemble parfois à une pièce où chacun lit son texte; mais quand les frappes sont fraîches, les lignes tremblent. Ce que Kyiv demande, au fond, c’est que l’OSCE se comporte comme une organisation de sécurité et pas comme un club d’habitudes. Une réunion exceptionnelle, c’est un signal envoyé aux partenaires: l’Ukraine refuse que l’on normalise la violence comme un bruit de fond. Et c’est aussi un message interne: nous cherchons des leviers partout, même là où les résultats sont incertains. La guerre est un monstre qui dévore les certitudes; alors on s’accroche à ce qui reste: des mécanismes, des règles, des tables rondes où l’on peut encore dire non, et le faire consigner.

Kyiv exige une réponse, pas un soupir

Il y a une différence entre “prendre note” et “agir”, et c’est cette différence que l’Ukraine veut rendre impossible à ignorer. En convoquant une réunion d’urgence de l’OSCE, Kyiv rappelle un fait simple: les frappes ne sont pas une abstraction, elles sont un acte qui engage la sécurité de tout un continent. Dans le langage diplomatique, l’urgence est un mot rare parce qu’il oblige. Il oblige à interrompre l’agenda, à déplacer des priorités, à admettre qu’un événement dépasse la routine. L’Ukraine utilise ce mot comme un levier: si l’OSCE prétend être un pilier de la stabilité, elle doit au moins créer un espace de confrontation politique immédiate. Les frappes russes, quelles qu’en soient les cibles exactes au moment de l’annonce, s’inscrivent dans une logique de pression et d’épuisement. Et face à une stratégie d’épuisement, la pire réponse est la lassitude. Kyiv le sait. Alors elle tente de casser le rythme: ne pas laisser l’attaque se dissoudre dans le flux, mais l’arrimer à une réunion, à des minutes, à des prises de parole. Cela ne remplace pas les défenses aériennes, mais cela travaille l’opinion, la cohérence des partenaires, et la capacité des institutions à nommer ce qui se passe.

Cette convocation dit aussi quelque chose de la solitude que la guerre impose. Quand un pays est frappé, il ne demande pas seulement des systèmes ou des munitions; il demande qu’on le regarde sans détour. L’OSCE peut sembler lointaine, bureaucratique, parfois impuissante. Pourtant, dans une crise prolongée, le multilatéral devient un champ de bataille secondaire où se joue la durée: la capacité à maintenir l’attention, à préserver un langage commun, à empêcher les euphémismes de gagner. L’Ukraine, en appelant l’organisation, pousse les États membres à répondre à une question qui brûle: que vaut une architecture de sécurité si elle reste muette quand un de ses membres subit des frappes et que l’autre est accusé de les avoir menées? La réunion ne rendra pas les nuits plus silencieuses, mais elle peut rendre le silence politique plus coûteux. Et parfois, c’est ainsi que l’histoire avance: non par une décision spectaculaire, mais par l’accumulation d’actes qui empêchent la normalisation du pire.

Je ne peux pas rester indifférent quand un pays doit appeler au secours une organisation créée pour empêcher que l’Europe ne retombe dans la loi du plus fort. Ce mot, “urgence”, n’est pas un effet de style; c’est un aveu de vulnérabilité et un refus de se taire. Je pense à ce que signifie, concrètement, demander une réunion pendant que l’on compte les dégâts et que l’on répare, encore, les vitres, les lignes, les vies. La diplomatie, on la moque parce qu’elle ne stoppe pas un missile. C’est vrai. Mais la diplomatie est aussi ce qui empêche la violence de devenir une simple habitude, un bulletin météo. L’Ukraine convoque l’OSCE pour que les États cessent de regarder ailleurs entre deux communiqués. Et nous, lecteurs, citoyens, voisins, nous avons une responsabilité: ne pas confondre fatigue et lucidité. On peut être épuisé, et rester clair. Clair sur ce qu’une frappe signifie. Clair sur ce que le silence autorise.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur des réactions druzes et la position israélienne concernant la Syrie (12 décembre 2025)

AFP – Point de situation sur les Druzes, Israël et les débats autour d’une autonomie régionale en Syrie (13 décembre 2025)

Associated Press (AP) – Reportage de terrain sur les Druzes entre Syrie et Israël et les implications politiques (15 décembre 2025)

Ministère des Affaires étrangères d’Israël – Communiqué/briefing sur la politique d’Israël vis-à-vis de la Syrie et des minorités (16 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse : enjeux régionaux d’une éventuelle fragmentation de la Syrie et rôle d’Israël (17 décembre 2025)

France 24 – Décryptage : minorités en Syrie, Druzes et scénarios d’autonomie (18 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur la gouvernance locale, les autonomies de facto et les risques de partition en Syrie (19 décembre 2025)

Middle East Eye – Analyse/entretien : positionnements druzes et lecture israélienne du dossier syrien (20 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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