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La BBC veut enterrer le procès à 10 milliards de dollars lié à Trump: quand un média joue les juges
Crédit: Custom

Une motion pour couper court

Quand une institution comme la BBC demande à un tribunal de rejeter une plainte visant des dommages massifs, ce n’est pas une formalité anodine. C’est une manœuvre de survie. Le message, derrière la procédure, est brutal: stopper l’hémorragie avant même que le dossier n’entre dans le cœur du récit judiciaire. Dans cette affaire où Trump est au centre d’un procès réclamant 10 milliards de dollars, la stratégie de défense prend la forme la plus nette du droit: contester la recevabilité, attaquer la base légale, dire au juge que cette histoire ne doit pas se raconter devant un jury. Le grand public retient le choc du montant. Les juristes, eux, regardent l’architecture: compétence, fondement, éléments constitutifs, immunités possibles, standard de preuve. Et la BBC, média mondial, sait une chose: un procès n’est pas seulement une salle d’audience, c’est une scène. Même si l’on gagne à la fin, le trajet peut coûter cher: temps, réputation, distraction, et l’image persistante d’être “sur le banc des accusés”. Voilà pourquoi cette tentative de rejet n’est pas un détail technique. C’est une tentative d’éteindre l’incendie avant que les flammes ne deviennent visibles dans chaque titre, chaque débat, chaque extrait arraché au contexte.

Ce qui rend cette démarche si électrique, c’est la rencontre de deux forces qui s’aimantent et se repoussent: d’un côté, une figure politique dont chaque litige se transforme en guerre culturelle; de l’autre, un diffuseur public dont la crédibilité se mesure à la rigueur, mais dont l’ombre grandit dès qu’il est happé par la machine judiciaire. En demandant le rejet, la BBC ne plaide pas seulement une thèse juridique; elle tente aussi de reprendre la main sur le calendrier et sur le récit. Un procès de cette ampleur, surtout lorsqu’il touche Trump, aspire tout l’oxygène médiatique. Il transforme chaque document en grenade potentielle, chaque audience en épisode, chaque procédure en verdict parallèle rendu sur les réseaux. Or, la justice n’avance pas au rythme des notifications. Elle avance à coups de motions, de mémoires, d’arguments ciselés, et de décisions parfois sèches. La motion de rejet vise précisément cette sécheresse: obtenir une fin rapide, nette, avant l’ouverture de la boîte de Pandore. Et si la demande échoue, elle sert aussi à baliser le terrain, à fixer des positions, à préparer l’étape suivante. Dans ce bras de fer, l’enjeu n’est pas uniquement l’argent réclamé. L’enjeu, c’est la capacité d’une institution à ne pas se laisser définir par une plainte, même quand cette plainte hurle un chiffre qui claque comme une sirène.

Quand la procédure devient une bataille

La tentation est grande de réduire l’affaire à une opposition simple: un plaignant célèbre contre un média puissant. Mais ce serait manquer l’essentiel. Une demande de rejet, c’est un filtre. C’est le moment où le tribunal est invité à dire: même si tout ce que vous affirmez était vrai, est-ce que la loi permet d’en faire un procès? Ce mécanisme protège contre les actions spectaculaires qui cherchent autant l’effet public que la victoire juridique. Et dans une affaire associée à Trump, la frontière entre l’arène judiciaire et l’arène politique devient poreuse. La BBC le sait: laisser l’affaire s’installer, c’est accepter que le débat se déplace. On ne parlera plus seulement de contenu, de méthode, de standards éditoriaux; on parlera de “camp”, de “biais”, de “complot”, de “persécution”. La procédure, alors, devient une bataille pour empêcher l’emballement. Le droit offre des portes de sortie: absence de fondement, défaut de compétence, protections liées à la liberté de la presse selon les juridictions, exigences élevées en matière de diffamation, ou autres points techniques. Mais ce qui frappe, c’est la logique: obtenir une décision qui coupe le son avant que le procès ne devienne un concert de citations et de sous-entendus. La justice, dans ces affaires, ne tranche pas seulement un litige. Elle tranche ce qui mérite d’être raconté au grand jour.

Il y a aussi une réalité plus rugueuse, plus humaine: le coût du temps. Une grande organisation peut encaisser des honoraires et mobiliser des équipes, mais elle ne récupère pas les mois perdus, les réunions saturées de risque, l’attention détournée des missions quotidiennes. La BBC n’est pas une marque quelconque; elle porte un héritage, une idée de service, une promesse d’information. Quand elle demande au juge de rejeter, elle tente de protéger cette promesse contre l’usure lente d’une procédure longue. Car un procès, même sans condamnation, dépose des traces. Chaque étape devient matière à interprétation: pourquoi cette demande? pourquoi cette réponse? pourquoi ce délai? Le public ne lit pas toujours les documents; il lit les titres. Et les titres ont une mémoire sélective. Dans un dossier où plane un montant aussi vertigineux, la nuance souffre. Tout devient “énorme”, “historique”, “explosif”. La BBC essaie donc de déplacer la discussion du spectaculaire vers le strict: que dit la loi, que permet la procédure, que peut-on prouver, et est-ce le bon forum? C’est une stratégie classique, mais dans ce contexte elle prend une dimension presque vitale: réduire l’affaire à ce qu’elle est juridiquement, pour éviter qu’elle ne devienne autre chose symboliquement.

Un chiffre qui dévore le débat

Le montant réclamé frappe l’imaginaire parce qu’il écrase tout le reste. 10 milliards de dollars, c’est un nombre qui transforme une dispute en cataclysme. Il devient un raccourci: l’affaire serait forcément gigantesque, donc forcément vraie, donc forcément grave. Or, le droit n’obéit pas à l’hypnose des chiffres. Le tribunal ne juge pas la taille du montant, il juge la solidité des arguments. Mais dans l’espace public, ce chiffre agit comme un aimant. Il attire les commentateurs, polarise les audiences, et risque de faire passer la question essentielle au second plan: qu’est-ce qui est allégué précisément, quelles sont les bases légales, et quels sont les seuils de preuve? La BBC, en cherchant à faire rejeter, tente de casser cette magie noire du montant. Elle veut ramener l’affaire à une mécanique: des éléments à démontrer, des règles, des standards. C’est moins glamour. C’est plus dur. Et c’est là que se joue la vérité judiciaire, pas dans la fascination. Parce qu’un procès médiatisé n’est jamais neutre: il modifie la perception de ceux qui le regardent, bien avant toute décision. Le rejet, s’il est obtenu, devient un bouclier: une phrase de juge qui met fin à l’histoire, ou au moins à sa version la plus incendiaire.

Mais si la tentative échoue, l’incendie change de nature. Le dossier s’ouvre davantage. Les échanges s’épaississent. Le public comprend que la plainte a franchi un premier seuil. Et dans une affaire où Trump est impliqué, chaque étape se charge d’une signification qui dépasse le juridique. Les partisans y voient une validation; les adversaires, une inquiétude; les indécis, un brouillard de plus. La BBC joue donc une partie serrée: gagner vite, ou au minimum limiter le terrain des débats, éviter que le procès ne devienne un tribunal de la réputation. Dans ce type de confrontation, la question n’est pas seulement “qui a raison?”, mais “qu’est-ce qui restera?”. Un procès laisse des archives, des extraits, des mots prononcés sous serment, des formules reprises à l’infini. Et les médias, paradoxalement, savent mieux que quiconque le pouvoir corrosif d’une phrase sortie du contexte. En demandant le rejet, la BBC cherche à empêcher que l’affaire n’accouche d’un stock de fragments qui circuleront sans fin. La procédure devient alors une bataille pour la mémoire publique: empêcher que le chiffre et la colère dictent la lecture du réel, et imposer, à la place, la lenteur froide du droit.

Mon cœur se serre quand je vois à quel point un dossier peut basculer, non pas sur une preuve, mais sur un climat. Parce que derrière les mots “motion”, “rejet”, “procédure”, il y a une chose très simple: la peur de perdre le contrôle du récit. Et cette peur, elle est humaine. Elle traverse les institutions comme elle traverse les individus. Quand un procès vise une somme qui sonne comme une apocalypse, la conversation publique se détraque; elle devient réflexe, camp contre camp, réflexe contre nuance. Je ne défends pas une partie, je défends une exigence: que la justice reste un lieu où l’on démontre, pas un écran où l’on projette. La BBC veut éteindre l’incendie avant le verdict, et je comprends la logique froide. Mais je redoute la logique chaude, celle qui transforme chaque étape en munition. Si l’on laisse le bruit gagner, on finit par oublier la seule question qui compte: qu’est-ce qui est vrai, et qu’est-ce qui est prouvable, ici et maintenant?

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur la requête de la BBC visant le rejet du procès à 10 milliards de dollars (12 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur la procédure judiciaire et les arguments des parties (12 décembre 2025)

Associated Press (AP) – Compte rendu des documents déposés au tribunal et réactions (13 décembre 2025)

U.S. District Court (dossier/registre du tribunal) – Mention au dossier de la motion to dismiss et pièces de procédure (13 décembre 2025)

Sources secondaires

Financial Times – Analyse des enjeux juridiques et réputationnels pour la BBC et l’effet sur le paysage médiatique (14 décembre 2025)

The Guardian – Mise en contexte et analyse du litige, précédents et implications politiques (14 décembre 2025)

Politico – Décryptage de la stratégie procédurale et lecture politique côté Trump (15 décembre 2025)

Lawfare – Analyse juridique des fondements de la demande de rejet et des standards applicables (15 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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