Une taxe pour punir les tiers
La menace est simple, presque brutale dans sa mécanique: une surtaxe de 25 % brandie comme une massue contre les pays qui commercent avec l’Iran. Dans l’histoire du commerce international, ce genre de geste porte un nom que les diplomates prononcent avec prudence mais que les juristes reconnaissent vite: une mesure extraterritoriale. Elle ne vise pas seulement Téhéran; elle vise aussi ceux qui gardent des relations économiques avec lui, qu’il s’agisse d’acheter du pétrole, de vendre des biens industriels ou de financer des transactions autorisées par leur propre droit national. Ce n’est plus un face-à-face. C’est une punition en ricochet, qui transforme des partenaires commerciaux en otages d’une stratégie intérieure américaine.
La Chine, elle, n’a pas pris de gants. Pékin a dénoncé des « sanctions unilatérales illicites », rappelant une ligne constante: les différends internationaux ne devraient pas être réglés par des pressions économiques décidées par un seul État, au mépris des cadres multilatéraux. Derrière la formule, il y a une bataille sur le droit et sur la puissance. Car si un pays peut dicter aux autres avec qui ils ont le droit d’échanger, alors la notion même de souveraineté commerciale se fissure. Et quand cette fissure s’élargit, ce sont les règles du jeu mondial qui se transforment en champ de mines.
Le commerce mondial sous menace directe
Une telle surtaxe ne se contente pas de faire grimper des prix. Elle injecte de la peur dans les chaînes d’approvisionnement, de l’incertitude dans les contrats, du soupçon dans chaque virement bancaire. Les entreprises ne lisent pas seulement les lois; elles lisent les signaux politiques, parce qu’un signal peut suffire à bloquer une cargaison, à retarder une assurance, à faire fuir une banque correspondante. Le résultat, c’est que l’économie devient un théâtre de dissuasion. Les pays « tiers » se retrouvent sommés de choisir, non pas entre deux produits ou deux fournisseurs, mais entre deux risques: perdre l’accès au marché américain ou maintenir un commerce avec l’Iran. Dans cet espace comprimé, la rationalité économique recule, remplacée par la gestion de crise permanente.
La réaction chinoise s’inscrit dans un bras de fer plus large: la défense d’un ordre commercial moins dépendant de menaces tarifaires et de sanctions décidées en dehors des enceintes multilatérales. Pékin sait qu’un précédent compte autant qu’une mesure. Aujourd’hui, l’Iran. Demain, un autre pays. Après-demain, un autre secteur. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la relation Chine–Iran, mais la capacité des États à maintenir des échanges sans être contraints par une politique de coercition économique. Quand une menace tarifaire devient un outil pour « discipliner » les partenaires, la règle n’est plus la concurrence; c’est l’alignement. Et l’alignement, dans l’histoire, finit toujours par coûter cher.
Sanctions unilatérales, droit et puissance
Le mot « illicite » lâché par la Chine n’est pas une simple posture. Il renvoie à une controverse juridique et politique ancienne: jusqu’où un État peut-il étendre ses mesures coercitives au-delà de ses frontières? Les sanctions unilatérales, par définition, ne sont pas adoptées collectivement. Elles reposent sur une décision nationale, souvent justifiée par la sécurité, la lutte contre le terrorisme ou la non-prolifération. Mais lorsqu’elles ciblent des acteurs étrangers qui opèrent hors du territoire national, elles se heurtent à l’idée que le commerce international est régi par des règles partagées, pas par le droit du plus fort. La Chine, en dénonçant ces pratiques, cherche aussi à protéger un principe: les différends doivent être réglés par la négociation, pas par la strangulation économique.
Ce débat a une portée concrète. Une surtaxe de cette nature, appliquée aux pays qui commercent avec l’Iran, revient à transformer le tarif douanier en arme diplomatique contre des gouvernements et des entreprises qui n’ont pas violé leurs propres lois. Elle crée une géographie de la peur: les routes commerciales se redessinent non selon l’efficacité, mais selon l’exposition au risque américain. Et dans cette géographie, certains États peuvent être poussés à rompre des relations économiques qu’ils jugent légitimes, simplement pour éviter la sanction. C’est une manière de gouverner à distance. Une manière de dire: « vos choix ne vous appartiennent pas ». La Chine refuse ce principe, parce qu’il menace, à terme, la stabilité du système qu’elle utilise aussi pour commercer et projeter sa puissance.
Mon cœur se serre quand je vois à quel point un chiffre peut devenir une menace, une frontière mentale, un verrou posé sur la gorge du commerce mondial. Une taxe annoncée, et soudain des gouvernements doivent recalculer leur courage, des entreprises doivent réécrire leurs plans, des familles peuvent payer plus cher ce qui voyage d’un port à l’autre. On parle de pourcentages comme on parle d’armes propres. Mais rien n’est propre dans une politique qui exige l’obéissance des autres sous peine de punition. Je ne romantise pas l’Iran, je ne blanchis aucune responsabilité. Je regarde seulement la méthode: la pression extraterritoriale, l’intimidation économique, l’idée qu’un pays peut dicter aux autres avec qui ils ont le droit de commercer. Et je me demande ce qu’il restera, demain, de la souveraineté si l’on accepte ce chantage comme une normalité. À force de plier le monde, on finit par le casser.
Pékin contre-attaque : « sanctions illicites » en pleine face
La riposte chinoise, nette et froide
Quand Donald Trump brandit la menace de tarifs douaniers de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, Pékin ne répond pas par une pirouette. Pékin répond par une condamnation. Le vocabulaire est lourd, volontairement tranchant: « sanctions unilatérales illicites ». Ce choix de mots n’est pas une simple posture de communication. Il vise le cœur du conflit: qui décide des règles du commerce mondial, qui a le droit de punir, et au nom de quelle légitimité. Dans la lecture chinoise, l’outil tarifaire devient une arme extraterritoriale, un levier qui dépasse les frontières américaines et cherche à discipliner des tiers. Le message, lui, est clair: la Chine refuse qu’un pays transforme son marché en tribunal et son dollar en menottes.
Cette réaction s’inscrit dans une ligne constante: Pékin conteste l’usage de mesures punitives prises sans mandat multilatéral, et surtout sans le vernis d’une décision collective. La dispute n’est pas seulement juridique; elle est stratégique. En visant les partenaires de l’Iran, la menace américaine cherche à isoler Téhéran, mais elle touche aussi toutes les capitales qui font des calculs d’énergie, de logistique, d’exportations et de stabilité. La Chine le sait, et c’est précisément pour cela qu’elle hausse le ton. Derrière l’expression « illicites », il y a une accusation: celle d’une pression qui tord le commerce international en instrument de politique intérieure et de rapport de force. Et derrière la riposte, il y a une inquiétude plus vaste: si cette logique s’impose aujourd’hui sur l’Iran, sur qui s’imposera-t-elle demain?
Tarifs comme bâton, commerce sous menace
La menace de droits de douane n’est jamais un simple chiffre. Un taux, même annoncé comme un pourcentage unique, se répercute comme une onde: il change le prix final, il déplace des flux, il pousse des entreprises à reconfigurer des contrats, parfois à renoncer. Et quand ce taux est brandi contre des pays « coupables » de commercer avec l’Iran, le signal devient encore plus agressif: il ne s’agit plus seulement de protéger une industrie nationale, il s’agit de punir un comportement géopolitique. Pékin qualifie cela de sanctions unilatérales parce que l’outil douanier est ici détourné vers une logique de coercition. Le commerce, au lieu d’être un espace de règles et d’arbitrage, devient un champ où la puissance fixe ses conditions, sans négociation égale, sans cadre partagé.
La Chine n’ignore pas que Washington dispose d’un poids énorme. Mais elle refuse la normalisation de cette méthode: faire payer à des tiers le prix d’une relation avec un pays ciblé. Les pays commerçant avec l’Iran se retrouvent, dans cette architecture, coincés entre deux impératifs: maintenir des échanges jugés nécessaires, notamment sur des matières premières et des équilibres régionaux, ou éviter des représailles économiques. Pékin parle d’« illicite » pour frapper là où l’image américaine se veut souvent respectable: le droit, la règle, le contrat. C’est un renversement rhétorique assumé. Et c’est aussi un avertissement: si la pression tarifaire devient un réflexe, alors les ripostes, elles aussi, deviendront un réflexe. La mécanique de l’escalade n’a pas besoin de canons; elle se nourrit de signatures, de formulaires, de barrières qui s’élèvent.
Bras de fer Chine-Iran, enjeu mondial
Il serait trop facile de réduire l’affaire à un duel verbal entre Pékin et Trump. L’enjeu est plus vaste, parce que l’Iran est un nœud où se croisent sécurité régionale, approvisionnement énergétique, sanctions, et diplomaties concurrentes. La Chine, en s’opposant à la menace de tarifs contre les partenaires de Téhéran, défend aussi un principe: le droit de maintenir des échanges sans subir une pénalité décidée ailleurs. Ce n’est pas une défense romantique de l’Iran. C’est une défense d’un espace de manœuvre. Pékin sait que l’extraterritorialité des sanctions, qu’elles prennent la forme de restrictions financières ou de taxes à l’importation, fragilise la capacité de nombreux acteurs à mener une politique autonome. À ce niveau, l’argument n’est pas seulement moral; il est vital pour une puissance qui veut sécuriser ses routes commerciales et ses approvisionnements.
Et puis il y a la scène globale. Quand une grande économie annonce qu’elle sanctionnera, via des droits de douane, des pays tiers pour leurs échanges avec l’Iran, elle teste une limite: jusqu’où les autres accepteront-ils d’être entraînés? La Chine répond en posant un mot qui accuse: illicite. Ce mot vise à délégitimer la menace avant qu’elle ne se traduise en actes. C’est une bataille de récit, mais c’est aussi une bataille de droit, parce que l’idée d’un commerce réglé par des décisions nationales qui s’imposent au reste du monde fissure l’architecture internationale. Si chacun se met à punir les relations des autres, alors le commerce n’est plus un pont; il devient une frontière mobile. Et cette frontière, aujourd’hui, se dessine entre la Chine, l’Iran, et tous ceux qui refusent d’être sommés de choisir sous la pression.
Cette réalité me frappe parce qu’elle met à nu une vérité brutale: dans l’économie mondiale, la morale est souvent un prétexte, et la puissance dicte le calendrier. Quand un dirigeant agite des tarifs comme une sanction contre des pays qui commercent avec l’Iran, je n’entends pas seulement une annonce économique. J’entends une injonction: « alignez-vous, ou payez ». Et quand la Chine réplique en parlant de « sanctions unilatérales illicites », je vois une fracture qui s’élargit, pas une querelle de mots. Ce qui me dérange, c’est la facilité avec laquelle on transforme des décisions de douane en instruments de discipline, comme si des millions de travailleurs, de consommateurs, d’entrepreneurs n’étaient que des pions dans une partie géante. On nous vend la fermeté; on récolte l’instabilité. À force de gouverner par la menace, on fabrique un monde où la confiance recule, où chaque contrat devient réversible, et où la politique étrangère se fait à coups de taxes. Ce monde-là n’a rien d’abstrait. Il s’imprime sur les prix, les emplois, et la peur du lendemain.
L’Iran dans le viseur, les partenaires pris en otage
La taxe comme arme diplomatique brute
Quand Donald Trump brandit la menace d’un tarif douanier de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, il ne parle pas seulement de droits de douane. Il parle d’une punition extraterritoriale, d’un instrument pensé pour faire plier non seulement Téhéran, mais aussi tous ceux qui refusent de couper les ponts. Le mécanisme est simple, presque brutal dans sa clarté: vous échangez avec l’Iran, vous payez à l’entrée du marché américain. Et l’effet recherché est immédiat: installer la peur, pousser les entreprises, les banques, les transporteurs et les assureurs à se retirer avant même que la sanction ne tombe. C’est la logique du “risque” qui fait le sale boulot, bien plus vite que le texte officiel.
La Chine, elle, répond avec une formule qui vise juste: « sanctions unilatérales illicites ». Derrière ces mots, il y a une bataille de principes et une bataille d’intérêts. Pékin refuse l’idée qu’un pays impose sa loi au reste du monde par la taille de son marché. Ce refus n’est pas romantique; il est stratégique. La Chine sait que si cette méthode devient norme, elle pourra demain être utilisée contre n’importe quel partenaire, n’importe quel secteur, n’importe quelle chaîne d’approvisionnement. Et l’Iran, déjà isolé, devient le terrain d’essai d’une diplomatie qui ne négocie pas: elle coerce. Les partenaires, eux, sont sommés de choisir un camp, même lorsqu’ils veulent seulement commercer.
Partenaires sommés de choisir un camp
Dans cette affaire, l’Iran est la cible officielle, mais les pays qui commercent avec lui deviennent des otages économiques. Un État peut décider de sa politique étrangère; une entreprise, elle, doit payer ses factures, sécuriser ses cargaisons, garder l’accès au financement international. Quand la menace d’un tarif punitif surgit, le choix se transforme en calcul de survie. Ce n’est plus “faut-il commercer?”, c’est “peut-on encore commercer sans être écrasé ailleurs?”. Les sanctions et les mesures douanières extraterritoriales fonctionnent ainsi: elles fabriquent une zone grise où l’incertitude coûte déjà de l’argent. La simple perspective d’un prélèvement massif suffit à refroidir des contrats, à casser des calendriers, à provoquer des ruptures d’approvisionnement. Le commerce n’aime pas le brouillard; il se retire quand la visibilité disparaît.
La réponse chinoise insiste sur l’illégitimité du procédé parce qu’elle renvoie à une question plus large: qui écrit les règles du commerce mondial? Quand Pékin dénonce des sanctions unilatérales, il dit aussi qu’un rapport de force ne devrait pas se déguiser en moralité. Washington, de son côté, présente souvent ces outils comme des leviers de sécurité. Mais l’impact réel touche des acteurs tiers, parfois éloignés de la décision politique, et transforme la mondialisation en champ de mines. Les pays intermédiaires, ceux qui cherchent à garder des relations multiples, se retrouvent coincés entre un marché américain capable de sanctionner et des besoins énergétiques, industriels ou diplomatiques qui ne disparaissent pas par décret. La conséquence est une diplomatie de l’ultimatum: vous êtes “avec” ou “contre”, et cette simplification violente fracture les marges de manœuvre.
Quand l’économie mondiale sert de tribunal
Ce qui se joue, c’est l’idée que l’économie mondiale peut servir de tribunal sans juge commun. Les tarifs douaniers punitifs, comme les sanctions, deviennent des verdicts imposés. Et dans ce modèle, la taille du marché remplace la légitimité: on n’a pas besoin d’un consensus international, on a besoin d’un accès aux consommateurs, aux capitaux, aux technologies. La Chine le comprend parfaitement, parce qu’elle a elle-même construit une puissance fondée sur les chaînes de valeur. Lorsqu’elle s’oppose à la menace de Trump, elle défend une vision où les différends devraient se régler par des cadres collectifs, pas par des coups de massue bilatéraux. Ce n’est pas seulement un débat juridique; c’est une lutte pour empêcher qu’une décision nationale devienne une règle universelle.
Dans le viseur, l’Iran incarne un dossier explosif, chargé de tensions diplomatiques. Mais l’onde de choc dépasse largement Téhéran. Les pays commerçant avec l’Iran, en particulier ceux qui tentent de diversifier leurs partenaires, se voient rappeler que l’interdépendance peut se transformer en arme. Une taxe annoncée, même avant d’être appliquée, agit comme une sanction psychologique: elle pousse à la conformité par anticipation. Et c’est là que la formule chinoise, “sanctions unilatérales illicites”, prend tout son poids. Elle accuse une pratique de confondre puissance et droit. Elle avertit aussi que l’arme utilisée contre l’Iran peut servir demain contre d’autres. Aujourd’hui, on exige l’isolement d’un pays; demain, on exigera l’alignement sur une doctrine, sur une alliance, sur une ligne rouge mouvante. L’économie devient un champ de bataille, et les partenaires, des pions pressés de se sacrifier.
Chaque fois que je lis ces chiffres, je pense à la facilité avec laquelle une économie peut être écrasée sans qu’un seul coup de feu ne parte. Un tarif de 25 %, ce n’est pas seulement une ligne dans un discours: c’est une main posée sur la gorge des échanges. On appelle cela “politique commerciale”, mais le résultat ressemble souvent à une mise en demeure adressée au monde entier. Et quand la Chine parle de sanctions unilatérales illicites, elle ne fait pas que défendre son intérêt; elle met un mot sur une dérive qui nous concerne tous: l’idée qu’un acteur, parce qu’il est puissant, peut décider qui a le droit de vendre, d’acheter, d’assurer, de financer. Je ne romantise pas l’Iran, je ne blanchis aucun régime. Je regarde le procédé, froidement, et je vois une méthode qui fabrique de la peur, qui punit par ricochet, qui transforme des partenaires en otages. On ne construit pas un ordre international sur des ultimatums. On construit un ressentiment durable.
Guerre commerciale : l’arme des tarifs comme punition
Quand la douane devient un tribunal
Il suffit d’un chiffre lancé comme une menace pour que l’économie mondiale se raidisse. Quand Donald Trump agite l’idée de tarifs douaniers frappant les pays qui commercent avec l’Iran, il ne parle pas seulement de taxes. Il brandit une punition. Une amende sans procès. Une condamnation sans juge. Le geste est ancien, la méthode est brutale: faire payer ceux qui ne se plient pas à la ligne américaine, même quand ils n’ont pas signé la règle du jeu. Dans ce bras de fer, la Chine riposte avec un mot qui brûle: « sanctions unilatérales illicites ». Ce n’est pas une formule creuse. C’est une accusation. Pékin dit, en substance: vous n’avez pas le droit de transformer votre marché en piège pour le reste du monde. Et derrière cette querelle de vocabulaire, il y a une mécanique qui écrase. Les entreprises calculent les risques, les banques ferment des portes, les assureurs augmentent les primes. Le commerce devient un champ miné où chaque contrat avec Téhéran peut déclencher une onde de choc à Washington. Le tarif n’est pas un outil technique. C’est un avertissement politique, qui traverse les océans et force chacun à choisir un camp.
Ce type de pression n’arrive pas dans le vide. Depuis des années, les États-Unis utilisent des sanctions et des mesures commerciales pour isoler l’Iran, notamment après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, annoncé en mai 2018. La logique est claire: réduire les recettes iraniennes, limiter l’accès aux marchés et aux systèmes financiers, pousser le pays à céder. Mais quand on menace aussi les partenaires de l’Iran, on franchit une frontière: on passe du face-à-face à la coercition globale. C’est précisément ce que la Chine dénonce, en s’appuyant sur un principe: les relations commerciales entre pays souverains ne devraient pas être dictées par un seul État. Les conséquences, elles, sont palpables. Les chaînes d’approvisionnement hésitent, les contrats d’énergie se renégocient à la hâte, et la moindre cargaison devient un test de loyauté. Dans ce climat, le tarif cesse d’être une ligne dans un tableau douanier. Il devient un projectile. Et quand un projectile part, il ne choisit pas toujours sa cible: il frappe parfois l’ouvrier au bout de la chaîne, le consommateur qui paie plus cher, l’entreprise qui renonce à investir. La punition se diffuse. Silencieuse. Tenace.
Sanctions extraterritoriales: la peur comme outil
Ce que Trump menace d’activer, c’est l’idée de l’extraterritorialité: vous n’êtes pas sur mon territoire, mais je vous impose ma règle parce que vous dépendez de mon marché, de mon dollar, de mes banques. Ce pouvoir-là ne s’exerce pas avec des chars. Il s’exerce avec des formulaires, des audits, des refus de paiement, des comptes gelés. Les États-Unis ont bâti une architecture où l’accès au système financier international passe souvent par des rails qu’ils contrôlent. Résultat: même des entreprises non américaines se plient, par prudence, par peur de perdre l’accès au marché américain. Quand Pékin parle de sanctions unilatérales illicites, il vise cette logique: une seule capitale prétend décider qui a le droit d’acheter du pétrole iranien, qui a le droit d’assurer un navire, qui a le droit de financer une importation. La Chine n’ignore pas la dimension politique de ses échanges avec l’Iran, notamment dans l’énergie. Mais elle conteste l’idée qu’un pays puisse étendre sa loi au reste du monde comme on étend une ombre. Dans cette bataille, la peur devient un levier économique. Et quand la peur gouverne, les marchés ne sont plus libres: ils sont disciplinés.
La rhétorique des tarifs ajoute une couche de violence: elle transforme une relation commerciale en instrument de représailles. On ne taxe plus pour réguler, on taxe pour punir. On taxe pour forcer l’alignement. Ce n’est pas un débat théorique: c’est une réalité qui pousse les acteurs à réorganiser leurs flux, parfois en contournant, parfois en renonçant. Les pays qui commercent avec l’Iran se retrouvent sommés de choisir entre un partenaire énergétique et l’accès au marché américain. C’est une forme de chantage géoéconomique, et la Chine le sait. Pékin a déjà affronté des vagues tarifaires pendant la guerre commerciale lancée à partir de 2018, avec des droits de douane qui ont visé des centaines de milliards de dollars d’échanges. Cette mémoire pèse. Elle nourrit une posture de résistance: refuser que les règles du commerce mondial soient dictées par l’humeur d’une campagne électorale ou par une logique de punition. Et pendant que les capitales échangent des déclarations, les entreprises, elles, traduisent la menace en procédures: due diligence renforcée, clauses de résiliation, routes maritimes réévaluées. La sanction n’est plus un événement. Elle devient un environnement.
Le commerce mondial pris en otage
Quand on brandit des tarifs douaniers contre des pays tiers pour leurs échanges avec l’Iran, on abîme une idée fondamentale: le commerce comme espace de règles prévisibles. À la place, on installe l’arbitraire. Aujourd’hui, c’est l’Iran. Demain, un autre dossier. Le message implicite est glaçant: si vous commercez avec ceux que Washington désigne, vous paierez. Pékin répond en invoquant la légalité, mais aussi l’équilibre. La Chine défend sa capacité à acheter, vendre, négocier sans être sommée de rendre des comptes à une puissance étrangère. Ce bras de fer s’inscrit dans une tension plus large entre deux visions: d’un côté, l’utilisation de l’accès au marché américain comme carotte et bâton; de l’autre, la revendication d’un ordre commercial moins centré sur une seule capitale. Les conséquences, elles, se lisent dans les flux: les itinéraires se déplacent, les intermédiaires se multiplient, la transparence recule. Quand la pression augmente, les circuits deviennent plus opaques. Et cette opacité nourrit les risques: fraudes, surcoûts, conflits juridiques. On prétend restaurer l’ordre, on fabrique du désordre.
Il y a aussi une autre réalité, plus intime, plus concrète: les tarifs finissent toujours par toucher des vies ordinaires. Une taxe à l’entrée, c’est un prix qui grimpe quelque part. Une chaîne logistique qui se détourne, c’est un délai, un surcoût, parfois une rupture d’approvisionnement. Les sanctions et les menaces tarifaires n’écrivent pas seulement des communiqués; elles redessinent la carte des opportunités et des pénuries. Dans le cas iranien, l’enjeu énergétique est central, et la Chine est un acteur majeur du marché mondial. Menacer les partenaires de l’Iran, c’est créer une tension supplémentaire sur les marchés, alimenter la volatilité, et transformer l’incertitude en norme. Pékin, en parlant d’unilatéralisme, met le doigt sur une fracture: qui décide des règles, et au nom de quoi? Le commerce mondial n’est pas un ring privé. Quand on le traite comme tel, on invite les autres à riposter, à bâtir des alternatives, à contourner. Et ce mouvement, une fois lancé, est difficile à arrêter. Les tarifs ne sont pas seulement des chiffres sur une facture. Ils sont une déclaration de guerre économique, avec des dégâts collatéraux que personne ne signe, mais que tout le monde subit.
Il m’est impossible de ne pas ressentir une colère froide devant cette manière de transformer la douane en instrument de domination. On prétend parler de commerce, mais on parle de soumission. On prétend protéger des intérêts nationaux, mais on impose une discipline mondiale par la menace. Je regarde ces annonces, ces formules martelées, et je vois surtout un monde où la règle recule au profit du rapport de force. La Chine a raison de nommer le problème quand elle dénonce des sanctions unilatérales qui s’étendent au-delà des frontières: ce n’est pas seulement une querelle entre grandes puissances, c’est un précédent. Aujourd’hui, on punit ceux qui commercent avec l’Iran; demain, on punira ceux qui déplaisent sur un autre dossier, avec une autre cible, un autre prétexte. Je ne romantise pas l’Iran, je ne blanchis aucun régime. Je dis simplement qu’un ordre international ne tient pas quand il dépend de menaces changeantes. Un tarif brandi comme une matraque ne rétablit pas la justice. Il installe la peur, et la peur ne construit rien de durable.
Le droit international piétiné, à découvert
Quand l’extraterritorialité devient une arme
Ce que Pékin désigne comme des sanctions unilatérales illicites vise un mécanisme précis, froid, méthodique: l’extension d’un droit national au-delà de ses frontières, jusqu’à dicter la conduite d’États tiers. Quand Donald Trump brandit la menace de tarifs douaniers de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, ce n’est pas seulement une posture de campagne ou un coup de menton. C’est une manière de transformer l’accès au marché américain en levier disciplinaire. Et derrière ce levier, il y a une idée qui heurte de front l’architecture du droit international: un pays s’arroge le pouvoir de punir des relations commerciales licites entre deux autres. La Chine ne défend pas seulement l’Iran par réflexe géopolitique; elle défend aussi, au moins dans le discours, un principe de base: la souveraineté économique ne devrait pas se négocier sous menace. Dans ce bras de fer, le mot « illicite » n’est pas décoratif. Il renvoie à l’absence de mandat multilatéral, à la différence fondamentale entre une mesure décidée par le Conseil de sécurité de l’ONU et une sanction décidée seul, puis projetée comme une ombre sur des ports, des banques, des assurances, des chaînes logistiques entières.
Le cœur du problème, c’est la peur organisée. Une menace tarifaire n’a pas besoin d’être appliquée pour faire des dégâts: elle injecte de l’incertitude, elle gèle des contrats, elle renchérit les financements, elle pousse des entreprises à se retirer avant même que la règle ne s’écrive. C’est là que l’extraterritorialité frappe le plus fort: elle délègue l’exécution au secteur privé, qui se protège en coupant des liens. La Chine, en parlant de sanctions unilatérales, met le doigt sur cette délégation sournoise: ce n’est plus un tribunal, ce n’est plus une procédure transparente, c’est une menace commerciale qui fait jurisprudence par intimidation. Or le commerce international repose sur des engagements, des règles, des mécanismes de règlement des différends qui, en théorie, limitent l’arbitraire. Quand un acteur majeur annonce qu’il punira ceux qui traitent avec un autre acteur majeur, il ne vise pas seulement Téhéran; il vise le système qui permet à des États de ne pas vivre au crochet d’un seul marché. Ce que Pékin conteste, c’est la transformation d’une politique étrangère en taxe globale, imposée sans vote multilatéral et sans garde-fous, comme si l’économie mondiale était un territoire privé.
Le multilatéralisme mis au banc d’essai
Dans le langage diplomatique chinois, l’expression sanctions unilatérales illicites n’arrive jamais seule. Elle s’inscrit dans une ligne: défendre le multilatéralisme comme principe, et dénoncer les contournements. Ici, la menace de tarifs contre des pays commerçant avec l’Iran soulève une question simple, brutale: qui fixe les règles, et au nom de quoi? Le droit international public fonctionne, imparfaitement, sur des consentements, des traités, des organisations et des procédures. Il n’empêche pas les rapports de force; il tente de les canaliser. Mais quand une puissance annonce qu’elle frappera des partenaires pour leurs échanges avec un troisième pays, elle introduit une logique de punition par association. Cette logique rend la frontière entre commerce et coercition presque invisible. Et c’est précisément ce brouillage que Pékin exploite pour se poser en gardien des règles. La Chine et l’Iran ont des intérêts convergents, certes, mais l’argument brandi vise plus large: si l’extraterritorialité devient normale aujourd’hui contre l’Iran, contre qui demain? Contre quel secteur, quelle banque, quelle entreprise, quel port? La mécanique, une fois acceptée, ne s’arrête pas à une cible; elle devient une méthode.
Le paradoxe, c’est que ce débat se déroule sur un terrain où les institutions existent déjà. Les différends commerciaux ont des enceintes, des arbitrages possibles, des procédures. La menace de tarifs hors de ces cadres ressemble alors à une manière de dire: « Je n’attends pas la règle, je suis la règle. » Et cela déstabilise ceux qui vivent du commerce, parce que les chaînes d’approvisionnement, elles, ne votent pas; elles se fissurent. Les pays qui commercent avec l’Iran se retrouvent pris entre deux calculs: préserver des relations économiques et énergétiques d’un côté, éviter une riposte américaine de l’autre. La Chine sait que cette mise en balance est une victoire pour celui qui menace, même sans tirer. D’où la riposte verbale, tranchante, qui cherche à délégitimer la méthode. En qualifiant ces sanctions d’illicites, Pékin tente de déplacer la bataille: du terrain de la puissance brute vers celui de la légitimité. Car dans un monde où tout circule, la légitimité devient une monnaie rare. Et quand elle manque, le commerce se transforme en champ de bataille, avec des dommages collatéraux qui ne se lisent pas dans un discours, mais dans des prix, des assurances annulées, des routes maritimes réorganisées à la hâte.
La loi du plus fort, en vitrine
Il y a quelque chose de glaçant dans la simplicité d’une menace de tarifs douaniers: un pourcentage jeté comme une pierre, et des économies entières qui doivent recalculer leur respiration. Le droit international, lui, avance avec des textes, des jurisprudences, des compromis; il est lent, souvent frustrant. La puissance, elle, est rapide. Elle parle en ultimatums. Et c’est ce décalage qui donne l’impression d’un droit piétiné, exposé en plein jour, sans même le respect des formes. Dans ce contexte, l’accusation chinoise vise l’idée de punir des États tiers pour leurs relations avec l’Iran. Ce n’est pas une discussion abstraite: derrière, il y a des contrats de pétrole, des infrastructures, des échanges industriels, des systèmes de paiement, des banques qui évaluent le risque de se faire couper l’accès au dollar ou aux marchés occidentaux. La menace ne touche pas seulement les capitales; elle traverse les bilans, les emplois, la stabilité de monnaies, la capacité à importer des biens essentiels. Pékin le sait, et sa réaction cherche à montrer que l’on n’est plus dans une simple divergence politique, mais dans une coercition économique qui se présente comme morale, alors qu’elle est d’abord stratégique.
Ce qui rend ce moment dangereux, c’est son potentiel d’effet domino. Si les sanctions et les tarifs deviennent un instrument ordinaire, chaque crise internationale risque de se traduire par des pénalités qui s’étendent en cercles concentriques. Le commerce mondial perd alors son statut d’espace de coopération et devient une série de couloirs sous surveillance. La Chine oppose des mots, mais ces mots portent un avertissement: accepter ces pratiques, c’est accepter que la relation économique soit conditionnée par l’alignement politique. Et ce basculement a un coût humain, même quand il s’écrit en langage technocratique. Car quand l’incertitude s’installe, ce sont les plus vulnérables qui encaissent d’abord: inflation importée, investissements gelés, budgets publics sous tension, transitions énergétiques retardées. Dans ce théâtre, Trump utilise la menace d’un tarif de 25 % comme signal de force; Pékin réplique en brandissant le droit et la légitimité. Mais le public, lui, regarde un système qui se fissure: la règle commune recule, et la négociation se fait sous la lame. C’est cela, le droit international piétiné à découvert: non pas l’absence de lois, mais la démonstration qu’on peut les contourner en les rendant impuissantes face à la pression.
Face à ces pertes, je ne parle pas seulement d’argent ou de courbes de commerce mondial. Je parle de la perte la plus corrosive: celle de la confiance dans une règle commune. Quand une puissance annonce qu’elle taxera ceux qui commercent avec l’Iran, elle n’écrit pas un simple chapitre de politique économique; elle normalise l’idée que la contrainte remplace la discussion. Et je sens, dans cette normalisation, une fatigue collective: celle des pays qui doivent choisir entre leurs intérêts légitimes et la peur d’être punis. La Chine a raison sur un point essentiel quand elle dénonce des sanctions unilatérales: le monde ne tient pas debout si chacun transforme sa puissance en droit. Je ne suis pas naïf. Je sais que le droit international n’est pas un bouclier parfait, qu’il a été contourné, trahi, manipulé. Mais précisément: si on renonce à l’exiger, il ne reste que le rapport de force nu. Et ce rapport-là, tôt ou tard, broie des vies loin des tribunes.
La Chine calcule froid, Washington frappe fort
Deux puissances, une facture mondiale
Quand Washington brandit la menace de droits de douane punitifs sur les pays qui commercent avec l’Iran, ce n’est pas seulement un slogan de campagne ou une posture de négociation. C’est un signal envoyé aux banques, aux armateurs, aux assureurs, aux industriels, à tout l’écosystème qui fait circuler l’énergie et les marchandises. La Chine, elle, répond avec une formule qui claque comme un verdict juridique: « sanctions unilatérales illicites ». Derrière ces mots, Pékin rappelle un principe simple: le commerce international n’est pas censé être gouverné par la peur d’un seul. Et pourtant, la réalité est plus brutale que le droit. Le système financier mondial reste profondément arrimé au dollar, et chaque menace américaine résonne dans les salles de marché comme une alarme incendie. Les acteurs économiques n’attendent pas un décret; ils anticipent, ils coupent les risques, ils se retirent avant l’impact.
La Chine calcule, parce qu’elle n’a pas le luxe de l’improvisation. Son appareil d’État, ses entreprises publiques et ses raffineurs doivent sécuriser des approvisionnements, stabiliser des prix, préserver des chaînes logistiques. Washington frappe, parce qu’il sait que l’outil tarifaire et l’extraterritorialité des mesures américaines peuvent faire plier des entreprises bien au-delà de ses frontières. La tension ne porte pas seulement sur l’Iran; elle porte sur la capacité de l’Amérique à transformer un objectif géopolitique en coût économique pour des pays tiers. Pékin, en dénonçant l’illégalité, tente de déplacer le combat sur le terrain des règles. Mais face à une politique de puissance, les règles deviennent souvent des boucliers en papier si elles ne s’accompagnent pas d’options concrètes: mécanismes de paiement alternatifs, assurances hors dollar, corridors maritimes, et surtout une volonté politique d’assumer les représailles.
Le mot « illicite » vise le cœur
Le choix des termes n’est pas décoratif. Quand la Chine parle de sanctions unilatérales, elle accuse l’autre camp de décider seul, sans mandat multilatéral, sans consensus, sans légitimité partagée. Quand elle ajoute « illicites », elle vise le centre de gravité moral du discours américain: l’idée que la contrainte serait naturellement juste dès lors qu’elle vient de Washington. Pékin renverse l’angle. Il ne s’agit plus de punir l’Iran; il s’agit de punir ceux qui échangent avec lui, d’étendre la sanction comme une marée noire sur des économies tierces. Pour la Chine, c’est un test grandeur nature de la souveraineté économique des États: un pays peut-il encore décider de son commerce sans craindre une pénalité qui s’abat depuis l’autre côté du Pacifique?
Cette bataille de vocabulaire cache une bataille de nerfs. Les menaces de tarifs douaniers fonctionnent comme des panneaux « danger » plantés sur les routes du commerce: certains continuent, d’autres font demi-tour, beaucoup ralentissent. Pékin le sait. Sa réaction publique sert aussi à rassurer ses propres acteurs économiques, à leur dire que l’État voit le risque, qu’il le conteste, qu’il prépare la riposte. Mais l’équation reste asymétrique: les États-Unis disposent d’un poids financier et réglementaire capable de dissuader sans tirer un seul coup de feu. La Chine dispose d’un marché immense et d’une capacité d’adaptation, mais elle doit choisir ses batailles. En présentant la menace américaine comme illégitime, elle cherche à élargir le front, à attirer d’autres pays qui craignent la même logique: aujourd’hui l’Iran, demain un autre partenaire, après-demain un secteur entier. La peur se propage vite; la solidarité, beaucoup moins.
Tarifs menacés, chaînes sous pression
Une hausse tarifaire annoncée contre des pays qui commercent avec l’Iran ne s’arrête pas aux frontières de l’Iran. Elle traverse les contrats, les calendriers de livraison, les clauses d’assurance, les circuits de paiement. Elle pousse les entreprises à réécrire leurs plans à la hâte, à trouver des intermédiaires, à fragmenter les flux, à accepter des coûts supplémentaires qui finissent par se retrouver quelque part: dans le prix des intrants, dans la marge des exportateurs, dans la facture finale. Pékin, qui raisonne en stabilité, voit là une mécanique qui abîme la confiance, ce carburant invisible sans lequel le commerce mondial se grippe. Et Washington, qui raisonne en levier, voit surtout la capacité de transformer le marché en instrument de pression politique. C’est l’affrontement entre une vision qui veut des règles prévisibles et une vision qui assume la contrainte comme outil normal.
La question qui brûle, et qui dépasse la Chine et l’Iran, est celle de l’extraterritorialité. Jusqu’où une puissance peut-elle projeter ses décisions dans les échanges des autres? Chaque fois que cette logique s’impose, elle pousse les États à chercher des échappatoires: monnaies alternatives, circuits bancaires parallèles, accords bilatéraux, troc énergétique, architecture financière différente. Rien de tout cela ne se construit en un claquement de doigts, et c’est précisément ce qui rend la menace efficace à court terme. Mais à long terme, la répétition de ces coups de force accélère une fragmentation: moins de confiance dans un centre, plus de blocs, plus de frictions, plus de coûts. Pékin calcule froid parce qu’il sait qu’un monde fragmenté peut le servir sur certains axes, mais qu’il peut aussi rendre chaque crise plus dangereuse. Washington frappe fort parce qu’il sait que le choc immédiat fait souvent plier avant que les alternatives n’existent.
Comment ne pas être touché quand on voit, une fois de plus, le commerce mondial transformé en champ de bataille? Je lis ces mots, « sanctions unilatérales illicites », et j’entends surtout une phrase plus nue: « on n’accepte plus d’être puni pour avoir commerçé ». Je ne suis pas naïf. La Chine défend ses intérêts, comme Washington défend les siens. Mais il y a quelque chose de profondément inquiétant dans cette logique qui consiste à faire payer à des pays tiers le prix d’une confrontation. On ne parle pas de concepts abstraits; on parle de routes maritimes, de contrats, d’usines qui tournent, de budgets publics qui se tendent, de ménages qui absorbent les hausses. Et je refuse de considérer cela comme un simple jeu de puissance. À force de normaliser la menace économique, on banalise une violence froide, sans images, mais bien réelle. Elle se voit dans les renoncements, dans les investissements gelés, dans la peur qui s’installe. Et quand la peur gouverne, la vérité rétrécit, la nuance disparaît, et le monde devient plus dur.
Qui paie la note quand la politique s’emballe ?
Les tarifs frappent d’abord les civils
Un tarif, ce n’est pas une abstraction. C’est une main invisible qui serre la gorge du commerce jusqu’à faire grimacer les gens ordinaires. Quand Donald Trump menace d’imposer des droits de douane de 25 % aux pays qui commercent avec l’Iran, il ne vise pas seulement des gouvernements. Il crée une incasse où l’entreprise hésite, où l’assureur renchérit, où la banque ralentit les paiements, où le transporteur ajoute des clauses et des surcharges. Et, au bout de la chaîne, ce sont les ménages qui encaissent, parce que chaque friction devient un prix. La Chine, en dénonçant des sanctions unilatérales illicites, ne parle pas seulement de droit international en salle de conférence. Elle parle aussi de cette mécanique brutale: un acte politique à Washington peut se transformer en coûts concrets à Shanghai, Téhéran ou dans n’importe quel port où l’on charge, décharge, facture, contrôle. Le commerce avec l’Iran, déjà sous pression depuis des années à cause des sanctions américaines, se fait souvent dans un climat de prudence extrême. Ajouter une nouvelle menace, c’est pousser plus d’acteurs vers l’évitement, la complexité, parfois l’opacité. Et l’opacité, en économie, a un nom: c’est la prime de risque. Elle ne tombe pas du ciel; elle se paie.
Ce qui frappe, dans ces annonces martiales, c’est leur capacité à transformer des routes commerciales en champs de mines administratives. La menace de droits de douane ne se contente pas de punir l’échange; elle redessine les trajectoires, réoriente les flux, et laisse sur le bord de la route les plus fragiles. Les grands groupes, eux, ont des juristes, des filiales, des options de reconfiguration. Les petites et moyennes entreprises, elles, comptent chaque marge, chaque délai, chaque contrat. Dans ce contexte, la position chinoise n’est pas seulement un geste de souveraineté; elle s’inscrit dans une bataille plus large sur la légitimité de l’extraterritorialité américaine. Pékin refuse l’idée qu’un pays impose sa loi au reste du monde en passant par la porte du commerce. Car les droits de douane brandis comme une arme produisent des dégâts collatéraux prévisibles: ralentissement des échanges, hausse des coûts logistiques, incertitude pour l’investissement. Les pays qui commercent avec l’Iran deviennent des cibles indirectes, sommées de choisir entre l’accès au marché américain et leurs intérêts propres. Ce chantage par le marché pèse sur des décisions qui devraient relever de la diplomatie, pas du ticket de caisse. Et, pendant que les capitales s’affrontent, la facture se glisse dans la vie quotidienne, discrète, tenace, implacable.
L’extraterritorialité, ce poison discret
La notion de sanctions unilatérales n’est pas qu’une querelle de vocabulaire. Elle décrit une méthode: décider seul, puis exiger que le monde s’aligne. Les États-Unis ont déjà montré, avec le régime de sanctions visant l’Iran, à quel point le dollar et l’accès au système financier américain peuvent servir de levier. Une banque qui touche un paiement lié à l’Iran peut craindre d’être exclue; un armateur peut redouter des interdictions; une entreprise peut se retrouver coupée de partenaires. La menace d’un tarif de 25 % ajoute une couche, plus visible, plus politique, presque spectaculaire. Mais l’effet réel est souvent plus sournois: l’autocensure économique. Des acteurs renoncent avant même d’être sanctionnés, non parce qu’ils ont été condamnés, mais parce qu’ils ont peur. La Chine, en s’opposant à cette logique, signale un refus de l’architecture où un seul État définit ce qui est licite pour tous. Cela touche un nerf à vif: qui écrit les règles du commerce mondial? Et qui, concrètement, doit se plier à la règle quand elle est imposée sans mandat multilatéral? Derrière le conflit, il y a une bataille sur le droit, et sur l’idée même de souveraineté économique.
Le plus brutal, c’est l’illusion de simplicité vendue au public: « on taxera, et ils céderont ». La réalité, elle, est faite de contournements, de reconfigurations, de tensions qui s’installent. Quand des pays commerçant avec l’Iran se voient menacés, ils peuvent chercher des alternatives: changer de fournisseurs, modifier les circuits financiers, multiplier les intermédiaires. Ce n’est pas une victoire propre; c’est une économie qui se tord. Et une économie tordue finit par craquer quelque part: dans une hausse de prix, un investissement annulé, une chaîne d’approvisionnement fragilisée. L’argument chinois sur les sanctions unilatérales illicites vise aussi ce coût systémique: à force de transformer le commerce en instrument de coercition, on abîme la confiance qui permet au commerce d’exister. Les marchés n’aiment pas les ultimatums, ils détestent l’imprévisibilité. Or la menace de tarifs contre des pays tiers introduit une incertitude de second ordre: ce n’est plus seulement « puis-je commercer avec l’Iran? », c’est « puis-je commercer avec l’Iran sans être puni ailleurs? ». Cette question, répétée dans les bureaux des exportateurs et des logisticiens, devient une paralysie. Et la paralysie, c’est le contraire de la prospérité.
Une facture mondiale, sans reçu
Quand la politique commerciale s’emballe, la note ne se présente pas avec un reçu clair. Elle se disperse. Elle se cache dans des délais portuaires, dans des primes d’assurance, dans des contrats renégociés, dans des prix « ajustés » que personne n’attribue officiellement à la décision initiale. C’est là que le débat entre la Chine et Washington devient plus qu’un bras de fer: c’est une question de responsabilité. Qui répond des effets en cascade quand on brandit des tarifs comme une menace? Les administrations changent, les slogans passent, mais les frictions restent. L’Iran, déjà pris dans un étau de sanctions depuis des années, devient un point de tension où chaque geste extérieur durcit le quotidien économique. Et les pays qui commercent avec lui se retrouvent, eux aussi, dans une zone grise: continuer, c’est risquer; renoncer, c’est perdre des marchés, des emplois, des contrats. La Chine, en qualifiant ces mesures de sanctions unilatérales, rappelle qu’un ordre économique stable repose sur des règles partagées, pas sur des punitions à géométrie variable. La menace de droits de douane massifs ne fait pas disparaître le commerce; elle le rend plus cher, plus opaque, plus conflictuel. Et ce surcoût finit par être socialisé, étalé, supporté par ceux qui n’ont pas voté les menaces.
Il y a, dans cette mécanique, un paradoxe cruel: plus on prétend « protéger » son économie, plus on exporte l’instabilité. Les tarifs annoncés ne s’arrêtent pas aux frontières; ils contaminent les décisions d’investissement, la confiance des partenaires, la lisibilité des chaînes de valeur. On l’a vu dans d’autres épisodes de guerre commerciale: une annonce suffit parfois à faire basculer des stratégies industrielles, à geler des commandes, à accélérer des relocalisations coûteuses ou des substitutions imparfaites. Ici, l’ajout d’une dimension iranienne rend l’équation encore plus inflammable, parce qu’elle mêle sécurité, diplomatie et commerce dans un même nœud. La Chine s’oppose, mais elle n’éteint pas à elle seule l’incendie: elle signale que le monde n’accepte plus facilement l’idée d’une punition collective dictée depuis une seule capitale. Reste la question qui dérange: dans ce jeu de pression, qui a les coussins d’air, et qui n’a que sa paie du mois? Les grandes puissances se répondent par communiqués; les travailleurs, eux, répondent par des fins de mois. Et quand l’incertitude devient structurelle, ce n’est pas seulement une crise diplomatique: c’est une vie économique rendue plus dure, plus nerveuse, plus chère.
La colère monte en moi quand je vois à quel point on banalise la souffrance économique derrière des formules propres. On parle de tarifs, de sanctions, de « pression », comme si c’était un tableau blanc où l’on efface et recommence. Mais une menace de droits de douane, c’est une violence froide: elle traverse les ports, les banques, les ateliers, et elle finit par frapper ceux qui n’ont ni micro ni tribune. La Chine dénonce des sanctions unilatérales illicites; je n’ai pas besoin d’être juriste pour entendre l’alarme derrière ces mots. Quand une puissance décide seule, elle transforme le reste du monde en figurants d’un scénario écrit ailleurs. Et l’Iran, déjà étranglé, devient le prétexte d’un message envoyé à tous: obéissez, ou payez. Ce qui me révolte, c’est la facilité avec laquelle on appelle cela « stratégie ». La stratégie, ici, a le visage d’une facture qui grossit sans explication, d’une incertitude qui ronge, d’un futur qui se rétrécit. On ne devrait jamais accepter que la géopolitique se règle sur le dos des gens ordinaires.
Pétrole, banques, assurances : la machine à bloquer
Le pétrole, nerf de la guerre
Quand Washington agite la menace de tarifs douaniers de 25 % contre les pays qui commercent avec l’Iran, il ne vise pas un concept abstrait. Il vise des barils, des contrats, des cargaisons qui font tourner des raffineries et stabilisent des budgets. L’Iran reste un grand producteur d’hydrocarbures, et le pétrole est une monnaie brutale: il paie les salaires, finance les importations, nourrit la capacité d’un État à tenir debout quand il est acculé. Les sanctions américaines sur l’énergie iranienne, notamment rétablies après le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire en 2018, ont déjà montré leur mécanique: réduire les exportations, compliquer les paiements, pousser les acheteurs à se retirer par peur des représailles. Cette nouvelle menace de surtaxes, attribuée à Donald Trump dans cette séquence politique, ressemble à une extension de la même logique: frapper non seulement l’Iran, mais aussi ceux qui osent encore acheter. La Chine, qui dénonce des sanctions unilatérales qualifiées d’« illicites », ne conteste pas seulement une phrase; elle conteste un mode d’emploi qui transforme le commerce mondial en champ de mines.
Dans les faits, le pétrole iranien ne se bloque pas seulement au port. Il se bloque dans les détails: l’accès aux navires, la capacité à affréter, le choix des pavillons, la peur d’être exclu de marchés plus vastes. Les mesures américaines reposent sur un levier central, celui des sanctions secondaires, qui font peser un risque sur des acteurs non américains. Résultat: une entreprise peut être parfaitement légale selon son droit national, et pourtant se retrouver asphyxiée parce qu’elle veut continuer à vendre, acheter, transporter ou financer. C’est là que l’annonce d’un droit de douane punitif change l’équation psychologique: il ne s’agit plus seulement d’éviter une amende, il s’agit d’être potentiellement barré d’un des plus grands marchés du monde. La Chine le sait, comme tous les grands importateurs d’énergie. On parle de chaînes d’approvisionnement entières, pas d’un geste symbolique. Et derrière la géopolitique, il y a des consommateurs qui paient la volatilité, des industries qui calculent leurs marges au centime, et des États qui découvrent que la facture de l’incertitude peut grimper plus vite que le prix du baril.
Banques: la peur comme politique
Le cœur du dispositif, ce ne sont pas uniquement les douanes. Ce sont les banques. Une sanction devient réellement paralysante quand elle transforme un paiement banal en acte à haut risque. Les précédents existent: en 2012, l’Iran a été en grande partie coupé du réseau de messagerie financière SWIFT, un épisode souvent cité comme un tournant dans l’isolement bancaire du pays. Depuis, chaque durcissement américain entretient une même conséquence: la prudence se mue en panique. Les établissements financiers n’aiment pas l’ambiguïté, parce que l’ambiguïté coûte cher. Conformité, audits, menaces de pénalités, risque de perdre l’accès au dollar ou aux correspondants bancaires: la sanction ne frappe pas seulement l’entité visée, elle inocule la crainte dans le système. Dans ce contexte, la Chine qui parle de sanctions unilatérales illicites pointe aussi un enjeu de souveraineté financière: pourquoi une décision nationale devrait-elle s’étendre, de facto, à l’ensemble de la planète? La question n’est pas théorique. Elle se lit dans les virements bloqués, les lettres de crédit refusées, les comptes gelés, les transactions qui s’enlisent jusqu’à devenir impossibles.
Les menaces de Donald Trump sur des tarifs douaniers contre les partenaires commerciaux de l’Iran ajoutent une couche: elles déplacent le risque du bureau du juriste vers la salle de marché, et du service conformité vers la stratégie pays. Ce n’est plus seulement « puis-je faire ce paiement? », c’est « combien me coûtera cette relation si elle déclenche une punition commerciale? ». Pour les banques, ce type de scénario pousse à la sur-réaction: on ferme plus vite qu’on n’ouvre, on refuse plus qu’on n’accepte, on s’éloigne des dossiers “gris” même quand ils sont défendables. Et cela rejaillit sur tout: financement du commerce, importations de médicaments, achats de pièces détachées, contrats industriels. La machine n’a pas besoin d’être visible pour être efficace; elle a seulement besoin d’être crédible. Quand Pékin s’oppose à cette logique, il ne s’agit pas seulement de défendre Téhéran. Il s’agit de défendre l’idée qu’une économie mondiale ne peut pas fonctionner durablement sous la menace permanente d’un interrupteur actionné ailleurs, au gré des cycles politiques.
Assurances: l’arme invisible des mers
On peut avoir un baril et un acheteur. Sans assurance, il reste souvent au quai. Le commerce maritime repose sur des garanties: assurance coque et machine, responsabilité civile, couverture des cargaisons, protection et indemnisation. Quand une sanction plane, les assureurs et réassureurs calculent le pire, parce que leur métier consiste à survivre à la catastrophe. Le risque, ici, ne se limite pas à un accident en mer; il inclut la possibilité de sanctions, de saisies, de contentieux, de réputation. Un navire peut être techniquement apte, une route peut être praticable, mais l’absence de couverture transforme l’expédition en roulette russe. C’est pour cela que les sanctions énergétiques deviennent si puissantes: elles contaminent les services qui rendent la circulation possible. Une menace de tarifs de 25 % sur des pays commerçant avec l’Iran agit comme un signal envoyé aux assureurs: même si votre client est hors des États-Unis, l’environnement devient plus hostile, plus litigieux, plus dangereux. Et face à l’incertitude, la première réponse du secteur est souvent la restriction: clauses renforcées, primes qui explosent, refus net de couvrir.
Dans ce paysage, la dénonciation chinoise des sanctions unilatérales prend une dimension très concrète. Ce que Pékin conteste, c’est la fabrication d’un monde où la liberté de commerce n’est plus régie par des règles collectives, mais par des pressions extraterritoriales. Les assurances se trouvent alors au centre d’un paradoxe: elles sont privées, mais elles subissent une géopolitique qui les dépasse. Elles ne votent pas les décisions, elles en paient le prix et le répercutent. Et cette répercussion finit toujours par toucher des acteurs qui n’ont rien demandé: un importateur qui attend une matière première, une usine qui anticipe une rupture, un consommateur qui voit le coût logistique se glisser dans le prix final. La machine à bloquer fonctionne précisément parce qu’elle agit sur les nerfs du commerce: paiement, transport, couverture. Elle ne fait pas seulement taire un adversaire, elle enseigne la peur à tous les autres. Et quand le commerce se met à marcher sur des œufs, c’est l’économie mondiale entière qui perd en stabilité, en transparence, en prévisibilité.
L’espoir persiste malgré tout, même quand le monde ressemble à une salle des machines où chaque levier peut étouffer un pays. Je refuse de m’habituer à cette idée qu’un baril, un virement, une police d’assurance deviennent des armes par simple décret politique. Je pense à ce que ces blocages signifient en vrai: des échanges qui se ferment, des budgets qui se contractent, des décisions prises loin des quais et loin des familles qui subissent les contrecoups. La Chine a raison de poser le mot qui dérange, unilatéral, parce qu’il dit la solitude imposée aux autres. Mais je n’idéalise personne: chaque puissance défend ses intérêts, parfois sans tendresse. Ce qui m’importe, c’est la ligne rouge: quand l’économie sert à punir sans cadre partagé, on remplace le droit par la crainte, la règle par le rapport de force. Alors oui, je garde une étincelle. Parce que nommer la mécanique, la rendre visible, c’est déjà commencer à la désarmer. Et parce que, tôt ou tard, même les plus durs comprennent qu’un monde paralysé par la peur finit par se retourner contre ceux qui l’ont fabriquée.
L’effet domino sur l’économie mondiale, sans parachute
Un tarif, mille chaînes qui grincent
Quand un ancien président américain menace d’imposer des droits de douane de 25 % aux pays qui commercent avec l’Iran, ce n’est pas une simple posture. C’est une pierre jetée dans un mécanisme déjà tendu, où chaque engrenage mondial tourne avec une marge de sécurité minuscule. La Chine a réagi en dénonçant des « sanctions unilatérales illicites ». Derrière cette formule froide, il y a une réalité brûlante: ce type de menace ne frappe pas seulement l’Iran, ni seulement Pékin. Il frappe les routes maritimes, les contrats de fret, les assurances, les banques, les délais de livraison, les chaînes de valeur. Il frappe le prix final, celui que paie une entreprise qui importe une pièce, celui que paie un ménage quand l’énergie et le transport deviennent plus chers, celui que paie une économie quand la prévisibilité disparaît.
Le monde du commerce n’aime pas le brouillard, parce que le brouillard coûte. Une menace tarifaire de cette ampleur pousse les acteurs à se couvrir: détourner des flux, fractionner des commandes, multiplier les intermédiaires, se replier sur des circuits plus coûteux mais jugés moins risqués. Et chaque contournement rajoute de la friction. La Chine, qui se pose en défenseur d’un ordre commercial fondé sur des règles, met ici le doigt sur le cœur du problème: l’unilatéralisme transforme la politique commerciale en arme. Il suffit d’un signal politique pour que des décisions de financement se figent, que des paiements soient retardés, que des cargaisons soient reclassées. La facture ne se limite jamais au pays visé; elle se propage, en cascade, jusque dans les bilans d’entreprises qui n’ont rien demandé.
Les marchés détestent l’arbitraire stratégique
Les marchés peuvent encaisser une mauvaise nouvelle. Ils encaissent beaucoup moins bien l’idée qu’une règle puisse changer du jour au lendemain, au gré d’un slogan ou d’un rapport de force. Menacer de taxer les pays commerçant avec l’Iran, c’est créer une incertitude systémique: quels partenaires seront jugés coupables, selon quels critères, avec quelles exemptions, et surtout avec quelle durée? Dans ce théâtre, la Chine oppose un mot qui compte: illicites. Elle ne parle pas seulement d’économie, elle parle de légitimité. Et la légitimité est un carburant invisible de la mondialisation. Quand elle se fissure, les entreprises se mettent à douter de tout: du droit, de l’arbitrage, des garanties. Même le dollar et le système financier deviennent un champ de bataille politique, ce qui pousse certains acteurs à chercher d’autres rails de paiement, d’autres banques, d’autres monnaies.
La menace de droits de douane s’inscrit dans une logique de sanctions unilatérales qui déborde l’outil tarifaire. Elle fabrique une géographie de la peur: peur d’être pris dans une enquête, peur de perdre l’accès à un marché, peur d’être coupé d’une chambre de compensation, peur d’une sanction secondaire. Cette peur a un prix. Elle renchérit le capital, parce que le risque augmente. Elle ralentit l’investissement, parce que les projections deviennent fragiles. Elle peut même pousser des pays à sur-réagir, à stocker, à sécuriser des approvisionnements, à mettre des barrières en retour. Ce n’est pas une crise spectaculaire; c’est pire. C’est une érosion lente, une inflation de prudence, une économie qui apprend à marcher sur des œufs.
Quand l’énergie devient une ligne de front
Le commerce avec l’Iran renvoie immédiatement à l’énergie, et l’énergie est le sang de l’économie mondiale. Menacer de pénaliser ceux qui achètent ou échangent avec Téhéran, c’est réintroduire une prime de risque géopolitique sur des marchés déjà nerveux. Même sans chiffre précis à brandir, les mécanismes sont connus: davantage d’incertitude sur les flux, davantage de volatilité sur les prix, davantage de pression sur les coûts de transport et de raffinage, et au bout de la chaîne, davantage de tension sur les budgets des États importateurs. La Chine, en s’opposant à cette logique, rappelle aussi une vérité souvent ignorée: la politique de sanctions n’est pas neutre. Elle reconfigure les routes, pousse à des alliances de circonstance, et peut accélérer la fragmentation du commerce mondial en blocs qui se parlent moins, se comprennent moins, et se punissent plus.
Ce qui rend l’« effet domino » si dangereux, c’est qu’il n’a pas besoin d’un choc unique. Il suffit d’une succession de signaux politiques pour que l’économie mondiale perde son amortisseur. Une annonce de tarifs, une riposte diplomatique, une menace de contre-mesures, et les entreprises basculent en mode survie: elles réduisent l’exposition, elles réduisent l’audace, elles réduisent la confiance. Dans cette affaire, la phrase chinoise sur les « sanctions unilatérales illicites » n’est pas qu’un slogan. C’est une alarme. Parce qu’un système où les règles changent selon la puissance de celui qui parle n’est pas seulement injuste; il est inefficace. Et l’inefficacité, dans une économie mondiale déjà secouée par les tensions géopolitiques, se transforme vite en douleur concrète: emplois fragilisés, budgets publics sous pression, prix plus instables. Voilà le domino: il tombe loin du premier coup.
Ma détermination se renforce quand je vois à quel point on banalise ces menaces comme si elles n’étaient qu’un bruit de fond. On parle de tarifs, de sanctions, de rapports de force, et on oublie que derrière chaque décision unilatérale, il y a un monde qui calcule et qui tremble. La Chine a raison de nommer le problème: quand des sanctions unilatérales prétendent dicter la conduite de pays tiers, on n’est plus dans la régulation, on est dans la contrainte. Et la contrainte finit toujours par déformer la réalité, par forcer des détours, par nourrir la défiance. Je refuse qu’on traite l’économie mondiale comme un ring où l’on distribue des coups sans regarder les spectateurs. La force n’a jamais remplacé durablement la règle, elle la corrompt. Ce que je défends, c’est la clarté: des règles discutées, des désaccords assumés, mais pas ce chantage permanent qui transforme chaque contrat en pari. Parce qu’au bout, c’est la vie quotidienne qui paie.
Conclusion
Quand la loi devient un levier
Au bout du compte, l’affaire n’est pas seulement une querelle de douanes. C’est une bataille sur le droit de respirer économiquement sans être étranglé par des décisions prises ailleurs. La Chine a choisi ses mots comme on pose une plaque de métal entre un poing et un visage: elle dénonce des sanctions unilatérales illicites. Ce vocabulaire n’est pas décoratif. Il renvoie à une idée simple, brutale: si un État décide seul de punir, puis exige que le reste du monde obéisse, il fabrique une règle qui ne dit pas son nom. La menace brandie par Donald Trump de tarifs douaniers de 25 % sur les pays commerçant avec l’Iran s’inscrit dans cette logique de contrainte extraterritoriale. Et ce qui se joue là, c’est la frontière entre l’influence et l’intimidation, entre l’argument politique et l’arme économique.
Parce que derrière ces formules, il y a des chaînes logistiques, des contrats, des cargaisons, des assurances, des banques qui hésitent, des entreprises qui renoncent. Le commerce avec l’Iran n’est pas une abstraction: c’est un flux qui alimente des budgets, des emplois, des importations d’énergie, des équipements industriels. Quand une menace de droits de douane frappe, elle ne vise pas uniquement un gouvernement; elle vise aussi des partenaires qui n’ont pas voté la décision, et qui se retrouvent sommés de choisir un camp sous peine de pénalité. La Chine, en s’opposant publiquement à cette méthode, rappelle que la puissance n’est pas seulement une capacité à sanctionner, mais une capacité à rendre des comptes. Et c’est précisément ce que l’unilatéralisme refuse: la discussion, la règle partagée, la contrainte réciproque.
Le prix humain des guerres commerciales
On pourrait croire que tout cela reste confiné aux colonnes des journaux économiques. Mais les tarifs douaniers ne restent jamais propres. Ils se déposent sur les prix, sur les marges, sur les salaires. Ils se traduisent en projets gelés, en investissements différés, en prudence devenue panique. Quand les grandes puissances utilisent le commerce comme une matraque, ce sont les acteurs les moins protégés qui encaissent. Le dirigeant qui signe un décret ne voit pas la facture d’un importateur coincé, ni la chaîne d’approvisionnement qui se reconfigure à la hâte, ni les familles qui paient plus cher des biens devenus rares. La politique commerciale finit par devenir une politique sociale, sans le dire, sans l’assumer, sans le débat qui devrait l’accompagner.
Dans ce dossier précis, l’affrontement est aussi un message envoyé au monde: « commercez avec l’Iran, et vous paierez ». Cette logique de dissuasion par la peur n’a rien de théorique. Elle pousse des pays et des entreprises à pratiquer l’évitement, à réduire les échanges, à multiplier les détours. Elle rend la planète plus fragmentée, plus méfiante, plus coûteuse. Et elle accélère un mouvement déjà visible: chaque bloc cherche ses circuits, ses monnaies, ses mécanismes de paiement, ses assurances, son autonomie. La Chine ne défend pas seulement un principe; elle défend aussi son espace de manœuvre. Mais cela n’annule pas la question centrale: jusqu’où accepte-t-on que des sanctions unilatérales reconfigurent le commerce mondial sans mandat collectif, sans discussion multilatérale, sans garde-fous?
Choisir la règle plutôt que la force
La conclusion, si elle doit frapper, tient en une phrase: un monde gouverné par la menace est un monde qui rétrécit. Aujourd’hui, la Chine et l’Iran se retrouvent au centre d’un tir de semonce: l’annonce d’un possible tarif de 25 % pour quiconque continue à commercer avec Téhéran. Demain, ce mécanisme peut changer de cible, de prétexte, de drapeau. C’est pour cela que l’expression « sanctions unilatérales illicites » résonne au-delà de la dispute. Elle pose la question de la légitimité, du cadre, de la limite. Sans limites, il ne reste que la loi du plus fort, maquillée en politique économique.
Pourtant, l’avenir n’est pas écrit d’avance. Il existe une différence entre la rivalité et la rupture, entre la fermeté et la punition collective. La voie la plus difficile, et la plus nécessaire, consiste à ramener ces conflits dans l’espace du droit, de la négociation, des institutions, du compromis vérifiable. Cela exige du courage politique, parce que la colère vend mieux que la nuance. Mais la nuance protège. Elle évite que des nations entières soient prises en otage par des décisions unilatérales, que des échanges vitaux deviennent des jetons, que le commerce serve à faire plier plutôt qu’à construire. Si cette crise doit laisser quelque chose, que ce soit une exigence: la puissance doit être encadrée, contestée, mise à l’épreuve. Sinon, le prochain tarif ne sera pas seulement un chiffre; ce sera une fracture de plus dans un monde déjà fendu.
Cette injustice me révolte parce qu’elle ressemble à une punition collective maquillée en stratégie. On habille la contrainte d’un vocabulaire technique, on parle de tarifs, d’outils commerciaux, de pression nécessaire, et l’on oublie ce que cela fait au monde réel: cela installe la peur comme méthode. Je refuse l’idée qu’un pays puisse dicter aux autres avec qui ils ont le droit d’échanger, comme si le commerce mondial était une propriété privée. Quand la Chine dénonce des sanctions unilatérales illicites, je n’entends pas seulement une rivalité de puissances; j’entends un avertissement sur la pente que nous prenons. Si la règle commune se dissout, alors chaque décision devient un bras de fer, chaque contrat un risque politique, chaque cargaison une cible. Et dans ce chaos, ceux qui souffrent d’abord ne sont pas les stratèges, mais les gens ordinaires, coincés dans les contrecoups. Je veux un monde où la force rend des comptes, où la loi protège, où l’on ne brandit pas la faim de l’autre comme un argument.
Sources
Sources primaires
Reuters – Dépêche sur la réaction de Pékin aux menaces de tarifs de Trump liées au commerce avec l’Iran (12 décembre 2025)
AFP – Dépêche sur la position chinoise dénonçant des « sanctions unilatérales » et les enjeux commerciaux avec l’Iran (12 décembre 2025)
Ministère chinois des Affaires étrangères (MFA) – Point presse / déclaration du porte-parole sur les « sanctions unilatérales illicites » (13 décembre 2025)
Ministère iranien des Affaires étrangères – Communiqué / réaction officielle sur les menaces de tarifs et la coopération économique avec les partenaires (13 décembre 2025)
Sources secondaires
BBC News – Analyse des implications diplomatiques et commerciales d’une escalade tarifaire liée à l’Iran (14 décembre 2025)
France 24 – Décryptage des rapports Chine–Iran et des risques de tensions avec Washington (14 décembre 2025)
The Economist – Analyse des effets potentiels sur les chaînes d’approvisionnement et la politique de sanctions (15 décembre 2025)
International Crisis Group – Note d’analyse sur la dynamique des sanctions, le nucléaire iranien et les positions des grandes puissances (16 décembre 2025)
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