Quand Washington menace, Pékin répond
La pression sur La Havane n’a rien d’un souvenir de manuel scolaire. Elle revient, tenace, sous forme de restrictions économiques, de signaux politiques, de mises en garde répétées qui rappellent à Cuba qu’il suffit d’un décret, d’une décision administrative, d’un durcissement de sanctions pour compliquer encore une vie quotidienne déjà fragile. Le cœur du dispositif, c’est l’embargo américain, en vigueur depuis le début des années 1960, renforcé à plusieurs reprises et toujours contesté par une majorité d’États à l’Assemblée générale des Nations unies. En novembre 2023, l’AGNU a de nouveau condamné ce blocus à une écrasante majorité, un vote devenu rituel, presque tragique par sa répétition: le monde dit non, mais la mécanique continue. Dans cette atmosphère, Pékin avance avec une posture claire: défendre la souveraineté cubaine, dénoncer les mesures unilatérales, et rappeler que la pression extérieure ne peut pas être une politique acceptable. Ce soutien n’est pas seulement une phrase lancée au micro; il s’inscrit dans une diplomatie qui s’affiche, qui se répète, qui cherche à installer une idée simple: Cuba n’est pas seule, et les États-Unis ne dictent pas tout.
Le signal le plus net vient des échanges officiels et des déclarations publiques, où la Chine place la relation avec Cuba dans une grammaire qu’elle maîtrise: respect mutuel, non-ingérence, coopération « gagnant-gagnant ». En juin 2023, lors d’une visite à Pékin du président cubain Miguel Díaz-Canel, les autorités chinoises ont réaffirmé leur appui à Cuba face aux sanctions, et ont présenté la relation bilatérale comme une solidarité entre partenaires. Ce type de rencontre ne renverse pas l’économie cubaine en un claquement de doigts, mais il compte parce qu’il construit un paravent politique. Pékin sait que Washington observe. Pékin sait que chaque poignée de main photographiée devient un message. La Chine ne se contente pas d’un discours abstrait: elle évoque la nécessité de lever les mesures coercitives, elle critique la logique de strangulation, elle met en scène la stabilité des liens. Et dans un monde où les alliances se lisent aussi comme des rapports de force, ce soutien agit comme une lame: il coupe la solitude que l’on voudrait imposer à La Havane, et il oblige les adversaires à recalculer leurs angles d’attaque.
Sanctions, symboles, et bataille du récit
La guerre autour de Cuba se joue aussi dans les mots. « Menaces », « sécurité », « démocratie », « droits humains »: chaque camp politise le vocabulaire, chaque camp cherche à gagner l’opinion. Les États-Unis maintiennent Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme, une inscription qui pèse lourd sur les transactions, les assurances, l’accès au crédit, la réputation financière. Cuba conteste et dénonce une mesure punitive, tandis que Pékin la présente comme un abus d’outil politique. Dans ce duel, la Chine n’est pas spectatrice: elle s’installe comme contradicteur, elle conteste la légitimité des sanctions extraterritoriales, et elle fait du cas cubain un exemple de ce qu’elle combat partout: l’idée qu’un pays puisse décider seul de la normalité pour les autres. À l’ONU, le message chinois suit une ligne constante: la coercition économique est injuste, contre-productive, et contraire à l’esprit de la Charte. Ce n’est pas romantique. C’est stratégique. Mais c’est aussi un souffle pour un pays qui étouffe sous les contraintes financières et commerciales.
La bataille du récit s’alimente aussi des crises récentes. Après les manifestations de juillet 2021 à Cuba, Washington a durci certains dispositifs, au nom d’une réponse politique. La Havane a parlé de déstabilisation et de pression extérieure. Pékin, lui, a dénoncé l’instrumentalisation de la situation et a plaidé pour un traitement qui respecte le choix du peuple cubain, sans ingérence. Ce qui frappe, c’est la manière dont la Chine lie systématiquement Cuba à un principe plus vaste: la défense d’un ordre international où les grandes puissances ne peuvent pas transformer des outils économiques en armes. À force, ce discours forme une armature: il permet à Cuba de sortir du face-à-face exclusif avec Washington et d’élargir l’arène. Et quand Pékin parle de « mesures unilatérales », il ne vise pas seulement l’archipel; il vise la méthode. Il vise une manière de gouverner le monde. Cuba devient alors un point de fixation, un miroir: si la coercition reste la norme ici, elle le sera ailleurs. C’est cette peur-là, froide et lucide, qui donne au soutien chinois une intensité politique particulière.
Pékin protège, Cuba respire, Washington scrute
Le soutien chinois se lit dans des gestes diplomatiques, mais aussi dans la continuité d’une relation économique réelle. La Chine figure parmi les partenaires commerciaux importants de Cuba, et elle a été associée à des projets d’infrastructures et de coopération technologique au fil des années. Tout n’est pas spectaculaire, tout n’est pas transparent, et il faut éviter la légende facile d’un sauvetage immédiat. Mais une chose est certaine: dans un contexte où l’accès aux financements est entravé, où les paiements internationaux se compliquent, où chaque transaction devient un parcours d’obstacles, la simple existence d’un partenaire qui maintient le contact compte. Elle compte pour l’État cubain, qui cherche des marges. Elle compte pour les entreprises, qui cherchent des équipements, des pièces, des alternatives. Et elle compte pour le message envoyé: Cuba n’est pas réduite à un isolement total. Pékin le sait, et joue sur ce registre avec précision, en parlant de coopération, de développement, de stabilité, comme pour opposer à la pression une autre promesse: celle d’un avenir qui ne passe pas par l’alignement sur Washington.
Dans cette triangulation, Washington scrute parce que Cuba n’est jamais seulement Cuba dans la géopolitique américaine. C’est un symbole domestique, un thème électoral, une cicatrice historique, une frontière idéologique à portée de main. Et la Chine, en s’y affichant, touche un nerf. Les tensions sino-américaines sur le commerce, la technologie, la sécurité et l’influence globale donnent à chaque rapprochement sino-cubain une valeur amplifiée. Pékin le comprend et choisit ses mots: appui à la souveraineté, opposition aux sanctions, défense du multilatéralisme. Rien n’est dit au hasard. Car soutenir Cuba, ce n’est pas seulement tendre une main à La Havane; c’est aussi signifier à Washington que l’époque du monopole régional est contestée. Cela ne veut pas dire que Cuba devient un pion sans volonté. Cela veut dire que Cuba tente de respirer dans un étau, et que la Chine s’offre comme l’une des valves possibles. La question qui brûle reste la même: jusqu’où peut aller cette protection sans déclencher une escalade verbale ou pratique? L’équilibre est fragile. Mais le silence serait pire. Et Pékin, ici, refuse le silence.
Mon cœur se serre quand je pense à ce que signifie, concrètement, « vivre sous pression ». Ce n’est pas une formule de diplomate. C’est une contrainte qui se glisse dans les pharmacies, dans les ports, dans les factures, dans les délais. On débat de stratégie, de sphères d’influence, de lignes rouges, pendant que la réalité, elle, se compte en ruptures d’approvisionnement et en portes qui se ferment. Je n’idéalise pas Pékin, je ne blanchis pas les zones d’ombre, je sais que la puissance a ses intérêts et que la solidarité peut avoir un prix. Mais je refuse qu’on banalise l’idée qu’un pays puisse être étranglé jusqu’à céder. Quand la Chine dit « non » aux sanctions unilatérales et réaffirme le droit de Cuba à choisir sa route, j’entends au moins une chose: le monde n’est pas obligé de se résigner à la loi du plus fort. Et cette simple résistance, même imparfaite, a la force d’un souffle. Un souffle pour ceux qui étouffent.
Washington menace, Cuba encaisse, le monde regarde
Le blocus qui serre encore la gorge
Il faut appeler les choses par leur nom: la relation entre Washington et La Havane n’est pas un simple désaccord diplomatique, c’est une mécanique de pression qui dure depuis des décennies. Le blocus américain, renforcé par des couches de sanctions et de restrictions, ne reste pas dans les dossiers feutrés des chancelleries. Il descend dans les rayons vides, dans les coupures d’électricité, dans la difficulté d’importer des pièces détachées, des médicaments, des intrants agricoles. Les États-Unis ne se contentent pas d’édicter des règles pour eux-mêmes; ils projettent leur pouvoir à l’extérieur via des mesures à portée extraterritoriale qui refroidissent banques, assureurs et transporteurs. Ce n’est pas une abstraction: dès qu’un acteur économique craint d’être pénalisé, il se retire, et c’est Cuba qui paie la note. Dans ce théâtre de nerfs, les “menaces” ne se limitent pas à des mots. Elles vivent dans l’incertitude calculée, dans la peur d’un contrat annulé à la dernière minute, dans l’ombre d’une administration qui peut durcir ou relâcher l’étau. Voilà le cœur du rapport de force: la contrainte comme instrument politique, et une île qui, elle, n’a pas le luxe d’appuyer sur un bouton pour changer d’air.
Le plus saisissant, c’est la façon dont cette pression se combine à un moment mondial déjà inflammable: chaînes d’approvisionnement fragiles, inflation importée, concurrence stratégique entre grandes puissances. Quand Washington met en avant la sécurité nationale ou la “démocratie” pour justifier sa ligne dure, La Havane répond en parlant de souveraineté et d’asphyxie économique. Entre les deux, le monde regarde et calcule. Beaucoup de gouvernements ne veulent pas se fâcher avec les États-Unis, mais beaucoup constatent aussi qu’une politique d’isolement prolongée n’a pas “réglé” Cuba; elle l’a surtout enfermé dans une économie de survie. Ce qui se joue est brutal: chaque tour de vis devient un signal envoyé à d’autres capitales sur la capacité américaine à sanctionner, à punir, à dissuader. Et Cuba, prise dans cet étau, se retrouve souvent présentée comme un symbole plutôt que comme un pays réel, peuplé de vies ordinaires qui n’ont pas demandé à devenir un champ d’expérimentation géopolitique. C’est ici que l’actualité prend un relief dur: quand des menaces sont attribuées à Washington, elles se lisent aussi comme une manière de rappeler à l’hémisphère qui tient le levier. La question n’est pas seulement “qui a raison”, mais “qui encaisse”, et à quel prix humain, économique, moral.
La Chine avance, Washington surveille
Face à cette pression, Pékin ne joue pas les figurants. La Chine affirme depuis longtemps son soutien à Cuba, en défendant le principe de non-ingérence et en critiquant les sanctions unilatérales. Ce soutien a une dimension politique, mais aussi une dimension pratique: coopération économique, commerce, projets d’infrastructure, échanges technologiques, et parfois des gestes diplomatiques qui comptent parce qu’ils brisent l’isolement. Pour Cuba, avoir une grande puissance qui vous parle sans vous sermonner n’est pas un détail, c’est une bouffée d’oxygène dans une pièce où l’air manque. Pour la Chine, c’est aussi un message: elle se pose en partenaire des pays qui contestent l’architecture d’un monde dominé par les injonctions américaines. C’est là que tout se durcit: chaque accord, chaque visite, chaque déclaration prend une valeur symbolique disproportionnée, comme si un contrat commercial devenait aussitôt un acte d’alignement stratégique. Washington le sait, et observe. Pas seulement parce que Cuba se trouve à proximité du territoire américain, mais parce que l’affirmation chinoise, partout sur la planète, érode la capacité des États-Unis à imposer leurs lignes rouges sans discussion.
Mais réduire le soutien chinois à une simple provocation serait trop facile, et trop confortable. Cuba cherche des partenaires parce qu’elle en a besoin, parce qu’elle tente de tenir debout dans un environnement où l’accès normal aux financements, aux marchés et aux services internationaux peut se fermer sur un coup de tampon. Pékin, de son côté, agit aussi par intérêt: sécuriser des relations, ouvrir des débouchés, gagner des alliés diplomatiques, et montrer que son modèle de coopération peut séduire. La vérité coupante, c’est que l’île devient un miroir des rivalités globales. Dans ce miroir, on voit l’Amérique défendre sa sphère d’influence; on voit la Chine contester la logique d’encerclement; et on voit Cuba, souvent réduite au rôle de pion, tenter de préserver une marge de manœuvre. Le monde regarde parce que ce face-à-face a des implications au-delà des Caraïbes: il touche à la question du droit de commercer, de choisir ses partenaires, de respirer sans permission. Quand Pékin réaffirme son appui face aux menaces attribuées aux États-Unis, il ne s’agit pas seulement de Cuba. Il s’agit d’un précédent, d’une méthode, d’un bras de fer où la puissance se mesure à la capacité de tenir, de résister, et de rallier.
Une île sous tension, des lignes rouges
Cuba encaisse, oui, mais Cuba s’adapte aussi, et cette adaptation a un coût. À mesure que la pression se maintient, les marges se rétrécissent: réformes économiques difficiles, dépendance accrue à certains partenaires, arbitrages permanents entre urgence sociale et contraintes budgétaires. Dans cet environnement, chaque annonce venue de Washington résonne comme un avertissement: durcissement, maintien de listes, restrictions de voyage ou de transactions, signaux politiques à destination de l’électorat intérieur. Tout cela se traduit en incertitude, et l’incertitude tue l’investissement plus sûrement qu’un discours enflammé. Le monde regarde parce que les sanctions ne sont plus une exception; elles deviennent une grammaire internationale. Aujourd’hui Cuba, hier l’Iran, ailleurs la Russie, demain un autre. Et à force d’utiliser l’arme économique, on banalise l’idée que la finance mondiale est un terrain de bataille. Ce glissement inquiète, y compris chez ceux qui n’ont aucune sympathie particulière pour le gouvernement cubain: car il installe une règle implicite, celle du plus fort, celle qui punit au-delà des frontières.
Dans ce contexte, la présence chinoise est perçue comme une ligne rouge par certains à Washington, et comme une nécessité par La Havane. Le drame est là: deux puissances posent leurs conditions, et l’île se retrouve à vivre sous une double exposition, entre risque d’isolement et risque de surenchère. L’histoire récente a montré que la détente, quand elle existe, peut ouvrir des espaces; et que le retour à la confrontation peut les refermer brutalement. La géopolitique, ici, n’est pas une carte; c’est une température. Elle monte, elle descend, elle brûle ceux qui n’ont pas de bouclier. Ce que le monde voit, c’est une scène où la souveraineté devient une bataille d’interprétation: pour les uns, elle justifie la fermeté; pour les autres, elle impose la fin des pressions. Et pendant que les capitales argumentent, les conséquences s’accumulent en silence. On peut débattre des systèmes politiques, des alliances, des idéologies. Mais on ne peut pas faire semblant d’ignorer l’effet concret d’un étranglement prolongé, ni l’effet tout aussi concret d’un soutien extérieur qui redessine les rapports de force. Voilà pourquoi cette séquence compte: elle révèle jusqu’où les grands sont prêts à aller, et combien les petits doivent payer pour exister.
Cette réalité me frappe parce qu’elle met à nu la part la plus froide de la politique internationale: on parle de principes, et ce sont des corps qui portent la facture. Quand Washington “menace”, le mot a l’air propre, presque administratif. Pourtant, derrière, il y a des contrats qui s’évaporent, des navires qui hésitent, des banques qui reculent, et une population coincée dans l’attente. Et quand la Chine “soutient”, on voudrait croire à un simple geste d’amitié, mais l’intérêt stratégique n’est jamais loin. Je ne peux pas regarder Cuba comme un symbole utile aux uns et aux autres. Une île n’est pas un panneau publicitaire pour grandes puissances. La souveraineté ne devrait pas être un privilège accordé par un voisin plus riche. Elle devrait être un fait, point final. Ce qui me dérange, profondément, c’est cette habitude du monde à s’émouvoir par vagues, puis à détourner les yeux quand l’étranglement devient routine. Les menaces s’empilent, la vie continue, et l’indifférence gagne. C’est là que l’on perd quelque chose de précieux: la capacité de dire qu’aucune stratégie ne vaut qu’on banalise la souffrance.
Pourquoi la Chine mise gros sur Cuba
Un verrou géopolitique à deux rives
Quand Pékin parle de Cuba, ce n’est pas une carte postale révolutionnaire ni une nostalgie exotique. C’est une pièce sur un plateau où l’ombre de Washington est partout. L’île, à moins de deux cents kilomètres de la Floride, rappelle une évidence brute: la géographie est parfois une provocation. Pour la Chine, soutenir La Havane, c’est aussi contester l’idée qu’un seul pays déciderait qui a le droit de commercer, d’investir, de respirer. Le langage officiel parle de « respect de la souveraineté » et d’« opposition aux sanctions unilatérales »; la logique, elle, est plus froide et plus directe: si les États-Unis utilisent l’outil économique comme une arme, alors défendre Cuba devient une manière de refuser la normalisation de cette arme. Dans les enceintes internationales, Cuba vote souvent aux côtés de la Chine sur des textes sensibles, notamment quand il est question d’ingérence et de mesures coercitives. Ce n’est pas de la romance diplomatique; c’est de la réciprocité. Et dans un monde où les alliances se reconfigurent au rythme des sanctions, des contre-sanctions et des menaces, la Chine sait qu’un petit pays, placé au mauvais endroit sur la carte, peut devenir un symbole disproportionné. Cuba est ce symbole. Un test. Un défi lancé au monopole de la pression.
Cette mise n’a rien d’abstrait. Elle s’inscrit dans des gestes concrets: visites officielles, déclarations publiques, coopération économique, et une continuité politique qui résiste aux cycles médiatiques. Au fil des années, la Chine a répété qu’elle s’opposait au blocus imposé par les États-Unis, dénonçant un dispositif qui étouffe l’économie cubaine en limitant l’accès aux financements, en compliquant les achats de matériel, en refroidissant les investisseurs. À La Havane, cette solidarité sert de bouclier diplomatique; à Pékin, elle sert d’argument: si l’on tolère qu’un pays soit puni pour ses choix politiques, alors aucune capitale n’est à l’abri. La relation sino-cubaine devient donc un récit utile à la Chine elle-même, une preuve qu’elle peut tenir une ligne sur le long terme, même quand les coûts existent. Car il y a des coûts: la friction avec les États-Unis, la suspicion sur les motivations réelles, la lecture sécuritaire que Washington fait de toute présence chinoise dans son voisinage. Mais précisément, Pékin a compris que le voisinage américain est une scène où l’on se mesure sans tirer un coup de feu. Cuba, dans cette pièce, n’est pas un pion jetable; c’est un point d’appui politique. Et c’est pour cela que la Chine continue: pas par charité, mais parce que cette île force le monde à regarder la question centrale en face. Qui décide des règles?
Commerce, énergie, infrastructures: le nerf
La Chine ne « mise » pas uniquement sur une posture. Elle mise sur des tuyaux, des câbles, des ports, des routes, des centrales, des importations et des exportations. Dit autrement: sur la matière. Le commerce sino-cubain existe depuis des décennies, et Pékin figure parmi les partenaires économiques majeurs de l’île. Dans les périodes de crise, quand les pénuries frappent et que les accès au crédit se rétrécissent, la capacité de la Chine à maintenir des lignes de coopération devient un levier considérable. Les secteurs évoqués publiquement touchent souvent à l’énergie, aux télécommunications, aux équipements industriels, et à l’approvisionnement en biens qui finissent par avoir un impact immédiat sur la vie quotidienne. Ce n’est pas spectaculaire, c’est plus implacable: un transformateur électrique, un lot de pièces détachées, des bus, des panneaux solaires, des équipements médicaux, ce sont des objets qui ne font pas toujours la une mais qui changent le niveau de tension d’un pays. Pour Pékin, ces projets répondent à une logique d’influence: là où d’autres imposent des conditions politiques, la Chine met en avant la non-ingérence et le partenariat. Ce discours séduit, parce qu’il propose un horizon praticable. Et il sert aussi un intérêt chinois: ancrer sa présence économique dans la Caraïbe, diversifier ses relations en Amérique latine, et démontrer que sa diplomatie peut produire des résultats tangibles.
La dimension financière est tout aussi tranchante. Cuba a besoin d’accès aux financements, d’accords de crédit, de mécanismes de paiement moins vulnérables aux pressions américaines, et de partenaires capables de supporter un environnement de risque. La Chine, elle, a besoin de prouver qu’elle peut soutenir des partenaires sous contrainte sans que tout s’effondre au premier avertissement de Washington. Cette relation devient donc un laboratoire: comment commercer quand les circuits bancaires deviennent hostiles? Comment investir quand des sanctions ou des menaces planent sur les assureurs, les transporteurs, les intermédiaires? Chaque transaction réussie est un signal envoyé à d’autres capitales: il existe des alternatives, même si elles sont complexes. Cela n’efface pas les difficultés structurelles de l’économie cubaine, ni les débats internes sur les réformes, ni les attentes d’une population épuisée. Mais cela installe une réalité stratégique: Pékin occupe un espace que d’autres laissent vide. Et plus cet espace est essentiel — l’électricité, la logistique, la connectivité — plus l’influence devient durable. Parce qu’une centrale se répare sur dix ans, pas sur un tweet. Parce qu’un réseau de télécommunication façonne un pays au quotidien. La Chine mise gros parce que l’infrastructure, une fois posée, parle à sa place.
Soft power, souveraineté et récit mondial
Il y a, derrière la relation Chine-Cuba, une bataille de récit. Pas un slogan creux: une bataille pour définir ce que signifie « souveraineté » dans un monde où l’économie sert de frontière. Pékin et La Havane se retrouvent sur un point central: refuser qu’un État s’arroge le droit d’imposer des mesures extraterritoriales et de dicter le comportement des entreprises étrangères. Cette proximité se nourrit d’une histoire longue, d’une mémoire de pressions, d’embargos, de menaces répétées, et d’une volonté affichée de ne pas plier. Pour la Chine, soutenir Cuba, c’est aussi se présenter comme le défenseur des pays ciblés par des sanctions, en particulier dans le Sud global. C’est un message adressé à l’Amérique latine, à l’Afrique, à l’Asie: « Nous ne vous demandons pas de choisir un camp, nous vous offrons un partenaire. » Ce message est discuté, parfois contesté, mais il existe, et il a une force parce qu’il se greffe sur des frustrations réelles envers l’ordre international dominé par l’Occident. À chaque déclaration chinoise condamnant les mesures coercitives, Pékin gagne un peu de crédit auprès de ceux qui craignent d’être les prochains sur la liste.
Ce soft power ne se limite pas aux discours. Il passe par les échanges universitaires, la coopération sanitaire, les programmes de formation, la présence médiatique, la diplomatie culturelle. Là encore, l’enjeu n’est pas la tendresse: c’est la normalisation d’un monde multipolaire où les États-Unis ne sont plus l’unique centre de gravité. Cuba offre à la Chine une vitrine singulière, parce que l’île est un symbole historique de résistance à Washington. S’adosser à Cuba, c’est dire: « même ici, dans la cour arrière américaine, nous existons ». Et cela irrite, forcément. La réaction américaine, quand elle durcit le ton, alimente parfois ce que Pékin veut démontrer: que les États-Unis recourent à la pression au lieu de convaincre. Dans ce jeu, Cuba n’est pas seulement un partenaire; c’est un miroir tendu au monde. La question posée est brutale: accepte-t-on qu’un pays soit asphyxié pour servir d’exemple? La Chine, en s’affichant aux côtés de La Havane, transforme cette question en scène internationale. Ce n’est pas une parenthèse diplomatique. C’est une stratégie de longue haleine, construite sur l’idée que le récit de la souveraineté finit par devenir une monnaie politique.
Chaque fois que je lis ces chiffres, je pense à ce que l’on ne compte jamais: la fatigue d’un peuple coincé entre les grands, le coût invisible d’une menace répétée, la lenteur des jours quand l’économie se grippe. On parle de stratégie comme on parle d’une partie d’échecs, et l’on oublie que les pièces ont un visage. La Chine soutient Cuba, et ce soutien a ses raisons: contester la pression américaine, ancrer des intérêts, construire un récit de souveraineté. Mais moi, je reviens toujours à la même image: une île qui refuse de disparaître, et des puissances qui la regardent comme un message. C’est cela qui me heurte. Parce qu’au fond, ce bras de fer dit quelque chose de notre époque: la force ne se mesure plus seulement aux armes, mais à la capacité d’étrangler ou d’oxygéner une économie. Alors oui, Pékin mise gros. Et Washington menace. Et Cuba encaisse. La question, la seule qui compte, est simple et terrible: combien de temps le monde acceptera-t-il que la géopolitique se fasse avec des vies comme variable d’ajustement?
L’embargo étrangle: la politique qui affame
Un siège économique qui frappe l’assiette
L’embargo américain contre Cuba n’est pas une formule diplomatique abstraite, c’est un mécanisme qui se glisse jusque dans l’assiette, dans la pharmacie, dans l’atelier où l’on répare faute de pouvoir remplacer. Le cadre juridique existe depuis le début des années 1960 et il s’est durci par étapes, notamment avec la loi Torricelli (1992) puis la loi Helms-Burton (1996), qui a cherché à étendre la pression au-delà des frontières des États-Unis. Cette architecture n’écrit jamais noir sur blanc le mot “faim”, mais elle en dessine les contours: restrictions financières, obstacles aux transactions, peur des sanctions pour les banques et les entreprises étrangères, raréfaction des fournisseurs. Quand le commerce se grippe, ce ne sont pas des colonnes de chiffres qui tombent, ce sont des produits qui disparaissent des étagères, des équipements qui restent bloqués, des délais qui deviennent des mois. Le débat politique, lui, se nourrit de slogans. Mais la réalité, elle, se mesure aux complications quotidiennes: payer plus cher, attendre plus longtemps, improviser avec moins. La politique étrangère se transforme alors en punition collective, sans uniforme, sans sirènes, mais avec une efficacité froide.
En octobre 2023, l’Assemblée générale des Nations unies a de nouveau condamné cette politique: 187 États ont voté pour la levée de l’embargo, contre 2 voix et une abstention. Ce vote ne change pas à lui seul la vie dans les rues de La Havane, mais il dit quelque chose d’essentiel: l’isolement n’est pas celui de Cuba, il est aussi celui d’une méthode. Les États-Unis affirment poursuivre des objectifs politiques; Cuba dénonce une stratégie d’asphyxie; et au milieu, il y a l’économie réelle, celle qui dépend des circuits bancaires internationaux et des pièces détachées, des intrants agricoles et des médicaments. La décision américaine, en janvier 2021, de replacer Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme a ajouté une couche de risque financier: même ceux qui voudraient commercer hésitent, parce que la sanction peut frapper à distance. Dans ce paysage, la Chine répète qu’elle s’oppose aux mesures unilatérales et qu’elle soutient Cuba face aux pressions; ce soutien prend un sens particulier parce que l’embargo n’est pas seulement une barrière, c’est un climat de crainte qui refroidit les transactions. Et quand l’argent se fige, la vie se fige aussi.
La peur des sanctions, monnaie invisible
On sous-estime souvent le cœur du dispositif: il ne s’agit pas uniquement d’interdire, mais de faire hésiter. La logique des sanctions repose sur un effet de halo, ce que les spécialistes appellent “overcompliance”: des acteurs privés, des banques, des transporteurs, choisissent de s’éloigner au maximum pour éviter le moindre risque juridique. Dans l’extraterritorialité, tout devient soupçon. Une transaction banale peut sembler toxique, une lettre de crédit devient un casse-tête, et l’accès aux financements se resserre. C’est là que les textes comme Helms-Burton, avec leurs dispositions visant des entreprises étrangères, prennent leur dimension la plus concrète: l’incertitude se transforme en frein. Ce n’est pas une scène spectaculaire, c’est une lente corrosion de la capacité à acheter, à assurer, à expédier. Dans un pays insulaire, dépendant des importations pour une part importante de son approvisionnement, cette corrosion devient une question de sécurité économique. Et quand le commerce est entravé, le marché parallèle s’élargit, les prix s’emballent, l’inégalité s’installe comme une seconde sanction, interne celle-là. Le siège économique n’a pas besoin d’un seul coup de massue; il avance par petites entailles, chaque jour.
Dans ce contexte, le soutien de Pékin à La Havane n’est pas un simple geste rhétorique: il s’inscrit dans une bataille de principes, celle du refus des mesures unilatérales et de la défense d’un commerce international moins dépendant de la menace. La Chine, qui entretient des relations diplomatiques avec Cuba depuis 1960, met régulièrement en avant, dans ses déclarations publiques, son opposition à l’embargo et sa volonté de coopération. Sur le terrain, cette coopération ne supprime pas les contraintes structurelles: l’île doit toujours naviguer dans un système financier mondial où le dollar pèse lourd et où les banques craignent les représailles. Mais elle offre une respiration, un partenaire qui ne conditionne pas son dialogue à une soumission politique préalable. Les États-Unis, eux, maintiennent un ensemble de restrictions qui pèsent sur les échanges et les services, et ces restrictions, qu’on les juge légitimes ou non, produisent une conséquence prévisible: elles amplifient la dépendance de Cuba à des alliés prêts à braver l’orage. On comprend alors la mécanique politique: plus la pression se durcit, plus elle consolide certains choix géopolitiques. Le message envoyé est brutal: “choisissez un camp”. Le prix payé, lui, est social.
Diplomatie des menaces, vies sous pression
Les menaces attribuées à Washington, qu’elles soient verbales, réglementaires ou économiques, ne restent pas confinées dans les chancelleries. Elles descendent. Elles s’infiltrent dans les budgets, dans les décisions d’importation, dans le calcul cynique de ce qui peut attendre. Un pays peut survivre à une crise, même sévère, s’il peut commercer, emprunter, réparer. Mais quand les canaux se bouchent, la crise devient un état permanent. Le problème n’est pas seulement l’absence de telle marchandise, c’est l’impossibilité d’organiser la normalité. Les sanctions et les restrictions créent une économie de l’urgence: on remplace l’entretien par le bricolage, on reporte l’investissement, on vit sur la corde. Et politiquement, cette tension nourrit une rhétorique de confrontation: chaque camp brandit la morale, la démocratie, la souveraineté. Pourtant, le résultat se lit dans une équation simple: moins d’accès aux marchés, moins d’accès aux financements, moins de capacité à stabiliser l’approvisionnement. Ce n’est pas une “erreur” collatérale, c’est un effet intégré. Quand l’ONU vote massivement contre l’embargo, elle pointe aussi cette dimension humaine: l’outil politique a des conséquences sociales, et elles durent.
La Chine, de son côté, ancre son soutien dans un discours constant: respect de la souveraineté, opposition à l’unilatéralisme, appel à lever les mesures coercitives. Ce positionnement sert ses intérêts stratégiques, oui, mais il répond aussi à une lecture du monde où l’asphyxie économique est un précédent dangereux. Et Cuba, sous pression, se retrouve à chercher des voies de contournement, des partenariats, des arrangements logistiques. Dans ce jeu, personne n’est innocent, et personne n’est à l’abri d’un calcul. Mais il y a un seuil qu’on ne devrait pas franchir: celui où une politique étrangère transforme la nourriture, l’énergie, les médicaments en variables d’ajustement. Les textes juridiques, les listes, les licences, les interdictions, tout cela a l’air technique; en réalité, c’est une manière de décider qui respire facilement et qui respire difficilement. On peut débattre des gouvernements, des modèles, des alliances. On ne devrait pas accepter que la souffrance civile devienne un levier. Parce qu’à force d’étrangler, on ne convainc pas: on endurcit, on radicalise, on fracture.
Il m’est impossible de ne pas ressentir une colère froide quand j’entends l’embargo décrit comme une simple “option” parmi d’autres, comme un bouton sur un tableau de bord géopolitique. Je pense à ce que veut dire, concrètement, compliquer l’accès à des transactions, à des équipements, à des intrants. Ce n’est pas un débat dans une salle climatisée, c’est un poids sur des épaules déjà chargées. Je ne suis pas naïf: les États défendent leurs intérêts, la Chine aussi, Cuba aussi. Mais quand une politique se prolonge décennie après décennie, quand elle survit à ses justifications initiales, elle ressemble moins à une stratégie qu’à une habitude de punir. Et l’habitude, en politique, est une drogue. On s’y accroche parce qu’elle évite de repenser, de négocier, de risquer l’échec. Je refuse de m’habituer à cette idée qu’on peut “faire pression” en serrant la gorge d’une société entière. À la fin, ce ne sont pas les dirigeants qui comptent les heures perdues, ce sont les gens qui comptent ce qui manque.
Diplomatie de Pékin: soutien, prêts, lignes rouges
Le soutien chinois, froid et calculé
Quand Pékin parle de Cuba, le ton est rarement sentimental. Il est stratégique, pesé au gramme près. Depuis des années, la Chine répète une ligne qui ressemble à un avertissement poli: elle s’oppose aux sanctions unilatérales et aux pressions exercées de l’extérieur. Dans la pratique, cela vise d’abord le régime d’embargo imposé par Washington, durci sous l’administration Trump puis largement maintenu sous Joe Biden, malgré des ajustements ponctuels annoncés en 2022. Pékin ne s’en cache pas: pour elle, Cuba incarne une question de principe, celle de la souveraineté et de la non-ingérence, deux mots qui reviennent comme un marteau dans les communiqués du ministère chinois des Affaires étrangères. Ce soutien n’est pas un geste isolé, mais une pièce dans un affrontement plus large, où la Chine s’érige en défenseur d’un ordre international qui ne devrait pas être dicté par une seule capitale. Le message, implicite mais dur, est le suivant: si les États-Unis brandissent la menace, la Chine brandit la règle. Et derrière la règle, il y a une puissance qui sait compter ses intérêts.
Les faits dessinent une continuité: échanges politiques réguliers, visites de haut niveau, déclarations de solidarité, et une insertion de Cuba dans les cadres chinois comme l’Initiative la Ceinture et la Route, que La Havane a rejointe en 2018. Cela ne nourrit pas que des symboles; cela ouvre des canaux, des financements possibles, des projets d’infrastructures, et une promesse de respiration pour une économie cubaine asphyxiée par la crise interne et les contraintes extérieures. Le soutien chinois se manifeste aussi dans les enceintes multilatérales, notamment à l’ONU, où l’Assemblée générale condamne chaque année, à une écrasante majorité, l’embargo américain: Pékin s’aligne sur cette condamnation et s’en sert pour accuser Washington d’isolement moral. La Chine sait que Cuba, petite île, porte un poids symbolique immense dans les Amériques. Elle sait aussi qu’à quelques centaines de kilomètres de la Floride, chaque geste devient un signal. Et c’est précisément ce que Pékin envoie: un signal de présence et de résistance diplomatique, sans jamais franchir le seuil d’une alliance militaire affichée.
Prêts, énergie, réseaux: l’aide concrète
La diplomatie ne vaut que si elle se traduit en capacités réelles. Sur ce terrain, Pékin avance avec une méthode qui ressemble à une serrure: on ne force pas, on ouvre. Les relations économiques sino-cubaines s’appuient sur un historique ancien, mais elles prennent une autre dimension quand l’île manque d’énergie, de pièces détachées, de devises et de marge de manœuvre. La Chine a été identifiée comme l’un des partenaires majeurs de Cuba dans le commerce et l’équipement, notamment via des livraisons de biens, des coopérations technologiques, et des projets liés aux télécommunications et aux réseaux. L’enjeu est vital: sans électricité stable, sans modernisation des infrastructures, le quotidien se dégrade et l’État perd du terrain. Pékin le sait. Il ne s’agit pas seulement d’exporter des machines; il s’agit de consolider un partenaire qui compte, politiquement, dans un espace que Washington considère traditionnellement comme son arrière-cour. Dans cette logique, les financements et les crédits, lorsqu’ils existent, ne sont jamais neutres: ils achètent du temps, créent des dépendances réciproques, installent une géographie de la confiance qui se mesure en contrats, en ports, en câbles, en maintenance.
Il faut pourtant éviter les fantasmes. La Chine n’écrit pas un chèque sans conditions morales; elle calcule des risques. Cuba, frappée par des difficultés structurelles, reste un terrain complexe pour des investisseurs qui cherchent des retours rapides. C’est là que la logique chinoise se distingue: elle peut accepter une rentabilité lente si elle obtient un gain géopolitique, une fenêtre d’accès, un partenaire qui vote, qui parle, qui tient. Et quand Pékin critique les sanctions, elle les décrit aussi comme un obstacle direct au développement et aux échanges normaux, renforçant l’argument que l’asphyxie économique n’est pas un accident mais une politique. Ce discours épouse la position cubaine, tout en servant une bataille plus grande: contester l’usage de la finance et du commerce comme arme. Dans le même mouvement, la Chine se place en alternative, pas forcément comme sauveur, plutôt comme option. Option de crédit, option de technologie, option de débouchés. Pour une île qui voit ses marges se rétrécir, une option, parfois, c’est déjà une ligne de vie.
Lignes rouges: Cuba, théâtre du bras de fer
Dans ce dossier, la notion de “ligne rouge” ne se proclame pas; elle se devine. Pékin ne veut pas d’escalade ouverte avec Washington sur le sol cubain, mais elle refuse aussi que l’on traite Cuba comme un pion que l’on peut étouffer impunément. Sa rhétorique s’accroche à la non-ingérence, mais derrière, il y a une logique de dissuasion politique: rappeler que les menaces, les pressions, et les tentatives d’isolement n’ont pas de légitimité internationale. Ce n’est pas une posture abstraite. Dès qu’un épisode ravive l’idée d’une confrontation dans la région, la Chine réagit en insistant sur le respect de la souveraineté cubaine et sur la nécessité de relations internationales basées sur la Charte des Nations unies. Ce lexique a l’air classique, presque administratif. Il est en réalité une arme: il cherche à délégitimer les méthodes américaines et à présenter Pékin comme l’acteur du “droit”, même quand ses propres intérêts sont évidents. Cuba devient alors un miroir: si Washington impose, Pékin se pose en protecteur du principe.
Mais il existe un autre niveau, plus brûlant: celui des perceptions et du soupçon. En 2023, des informations de presse américaines ont évoqué la possibilité d’installations ou de coopérations sensibles entre la Chine et Cuba, ce qui a déclenché des réactions politiques fortes à Washington. Pékin a nié, La Havane a dénoncé des “calomnies”. Ce genre d’épisode dit tout: Cuba n’est pas seulement un pays en difficulté, c’est un point de friction où l’imaginaire de la guerre froide rencontre la compétition technologique contemporaine. Les “lignes rouges” se situent là, dans la crainte américaine de voir une puissance rivale s’ancrer près de ses côtes, et dans la volonté chinoise de montrer qu’elle ne se laissera pas dicter où elle peut parler, commercer, coopérer. La tragédie, c’est que cette partie se joue sur le dos d’une population qui veut surtout vivre normalement. Quand les grandes puissances se jaugent, elles parlent de sécurité; les gens, eux, parlent de lumière qui s’éteint, de pénuries, de départs. Pékin brandit des principes, Washington brandit des sanctions, et Cuba se retrouve au centre, pas comme acteur libre, mais comme terrain où l’on teste la force des autres.
Face à ces pertes, je ne parle pas seulement d’argent ou de contrats. Je parle de temps volé, de nuits sans courant, de repas improvisés, de trajectoires brisées par une économie qui suffoque. La diplomatie, vue de loin, ressemble à des poignées de main et à des communiqués polis. Vue de près, elle se traduit en ampoules qui ne s’allument pas, en bus qui ne passent pas, en hôpitaux qui manquent de tout. Et quand Pékin soutient Cuba, ce n’est ni un conte de fées ni une charité. C’est une opération de puissance, assumée, qui peut néanmoins offrir une marge d’air à un pays pris dans l’étau. Ce qui me heurte, c’est la facilité avec laquelle les menaces deviennent un langage banal. Comme si l’on pouvait serrer une île à la gorge pour “faire pression” et continuer de se regarder dans la glace. Les principes invoqués par la Chine ne suffisent pas à nourrir un peuple, mais ils rappellent au moins une chose: l’asphyxie est un choix politique. Et un choix politique, ça se combat.
Le bras de fer USA-Chine passe par l’île
Une île, trois empires en tension
Cuba n’est pas qu’un point sur une carte. C’est un carrefour nerveux où s’entrechoquent la mémoire de la Guerre froide, les lignes rouges d’aujourd’hui et l’obsession des grandes puissances pour le contrôle des routes, des flux, des symboles. Quand Washington parle de « sécurité nationale » à propos de La Havane, il ne parle pas seulement de distances maritimes ou de radars. Il parle d’un récit: l’idée que l’espace politique de l’hémisphère doit rester sous influence américaine. Et c’est précisément ce récit que Pékin fissure en s’affichant aux côtés de Cuba, avec des déclarations de soutien, des visites officielles, des promesses de coopération. En mai 2024, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodríguez a rencontré son homologue Wang Yi à Pékin, et la Chine a réaffirmé son opposition aux sanctions unilatérales et sa solidarité avec l’île. Les mots comptent. Dans ce duel, chaque formule diplomatique est un coup porté, chaque poignée de main est une image qui circule et qui dit: Cuba n’est pas isolée. Le message est clair, et il inquiète à Washington: une présence chinoise, même économique et politique, suffit à réveiller les réflexes les plus durs.
Les États-Unis ne menacent pas toujours par des ultimatums tonitruants; ils menacent aussi par la mécanique froide des lois, des listes et des restrictions. L’embargo — que La Havane appelle « blocus » — n’est pas une rumeur, c’est un dispositif légal et financier qui pèse sur la capacité d’importer, de payer, d’assurer des cargaisons, d’attirer des investissements. L’Assemblée générale de l’ONU, année après année, vote massivement pour demander sa levée; en novembre 2023, la résolution a encore été adoptée à une écrasante majorité, isolant Washington et un petit nombre d’alliés. Pékin s’empare de ce fait, le brandit comme une preuve: les États-Unis se posent en arbitres, mais le monde, lui, voit une punition prolongée. Dans ce contexte, le soutien chinois à Cuba devient un outil de politique globale. Pour la Chine, défendre La Havane, c’est contester l’idée même qu’un pays puisse être étranglé pour avoir choisi une autre trajectoire. Pour Washington, c’est une provocation stratégique, parce que l’île incarne une proximité physique et psychologique: si la Chine y gagne du terrain, c’est l’autorité américaine qui recule. Et ce recul, même symbolique, est une blessure.
Sanctions américaines, réponse chinoise calculée
Le bras de fer passe par des décisions concrètes, pas seulement par des discours. Les États-Unis maintiennent Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme depuis janvier 2021, un statut qui complique les transactions et refroidit les acteurs économiques. À cela s’ajoutent des sanctions ciblées et des restrictions de visas, annoncées périodiquement par le département d’État et le département du Trésor, souvent justifiées par des questions de droits humains ou de coopération sécuritaire. Dans ce paysage, la Chine avance avec une logique qui se veut patiente: elle insiste sur la souveraineté, sur la non-ingérence, sur le refus des « mesures coercitives unilatérales ». Ce vocabulaire n’est pas neutre. Il s’aligne sur une stratégie plus large où Pékin cherche à fédérer des pays du Sud global autour d’un rejet des sanctions occidentales. Ce qui se joue à Cuba résonne ailleurs: si la Chine peut aider un pays sous pression américaine à respirer, elle gagne un argument planétaire. Et elle le gagne sans déployer de troupes, simplement par l’économie, la diplomatie, les réseaux, la technologie, les forums multilatéraux. Ce soutien n’efface pas les difficultés internes de Cuba, mais il réduit l’effet recherché par Washington: l’isolement total.
Il faut regarder aussi l’ombre portée des accusations et contre-accusations. En 2023, des médias américains ont évoqué des discussions autour d’installations de renseignement à Cuba liées à la Chine, alimentant un climat de suspicion. Pékin a rejeté ces récits, et La Havane a dénoncé des campagnes visant à justifier un durcissement. Résultat: la perception, à Washington, que la Chine pourrait transformer une coopération civile en avantage stratégique, même sans preuves publiques détaillées. Dans cette zone grise, les mots « menace » et « présence » deviennent interchangeables, et c’est là que le bras de fer se durcit. La Chine, elle, joue sur un autre registre: elle se présente comme partenaire de développement, comme soutien à des secteurs clés, comme voie d’accès à des financements, à des équipements, à des échanges. Ce n’est pas de l’altruisme; c’est une démonstration de capacité. Dans un monde où l’influence se mesure aussi à la capacité d’offrir des alternatives, Cuba devient un test. Et pour les États-Unis, c’est une alarme: si l’île trouve des appuis ailleurs, l’embargo perd de sa force coercitive. Même partiellement. Même lentement. Même à coups de gestes discrets.
La proximité géographique, le choc politique
Pourquoi Cuba cristallise-t-elle autant? Parce qu’elle touche un nerf historique américain: la conviction que la stabilité régionale se confond avec la primauté de Washington. La proximité de l’île avec les États-Unis transforme chaque rapprochement sino-cubain en épisode hautement politique. Le débat ne se limite pas aux cargos, aux accords, aux communiqués. Il concerne l’architecture de sécurité et la capacité des États-Unis à empêcher l’installation de rivaux près de leurs côtes. L’histoire pèse, et elle pèse lourd: la crise des missiles de 1962 a laissé une empreinte durable, une mémoire de l’inacceptable. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de répéter 1962, mais la comparaison surgit dès que le mot « Chine » rencontre le mot « Cuba ». Pékin le sait, et c’est précisément pour cela que son soutien est doublement efficace: il est utile à La Havane et symboliquement irritant pour Washington. Dans les relations internationales, l’irritation est une monnaie. Elle signale une limite, elle teste une réaction, elle mesure un rapport de force. Et Cuba devient l’endroit où l’on mesure, à huis clos, la tolérance américaine à l’idée d’un monde multipolaire.
Mais réduire Cuba à un simple pion serait une violence de plus. L’île n’est pas qu’un terrain de confrontation; c’est une société sous tension économique, frappée par des pénuries, des difficultés énergétiques, une émigration massive, et un besoin urgent de marge de manœuvre. Quand la Chine affiche son soutien, Cuba y voit un espace pour respirer, négocier, diversifier, éviter de dépendre d’un seul interlocuteur. Les États-Unis, eux, insistent sur des réformes politiques et sur la libération de prisonniers, tout en maintenant l’ossature des sanctions. Ce mélange produit un résultat brutal: la pression reste, et la sortie de crise demeure étroite. Alors l’île se tourne vers ceux qui offrent des options. Le bras de fer USA-Chine passe par là: par la capacité à rendre l’avenir moins asphyxiant. Pékin n’a pas besoin de promettre un paradis; il lui suffit d’incarner une alternative. Washington n’a pas besoin de menacer explicitement; il lui suffit de rappeler qu’il contrôle encore des leviers bancaires, commerciaux, diplomatiques. Entre ces forces, Cuba tente de ne pas rompre. Et le monde regarde, parce que dans cette lutte autour d’une île, c’est l’ordre international qui se raconte, sans fard.
Comment ne pas être touché quand on voit une île devenir, encore et encore, un écran sur lequel des puissances projettent leurs angoisses et leurs ambitions. Je lis les communiqués, je regarde les photos de rencontres officielles, et je pense à ce que ces images cachent: des files d’attente, des factures impossibles, des familles qui se déchirent entre départ et survie. Je ne confonds pas la diplomatie avec la charité. La Chine défend ses intérêts, les États-Unis défendent leur périmètre, et Cuba se bat pour ne pas être écrasée au milieu. Ce qui me heurte, c’est la facilité avec laquelle on prononce le mot « pression » comme s’il s’agissait d’un concept abstrait. La pression, ce sont des choix qui se ferment, des banques qui hésitent, des cargaisons qui n’arrivent pas, des vies qui s’usent. Je voudrais que ceux qui parlent de stratégie disent aussi ce que cela coûte, humainement, quand une nation sert de champ d’essai à une rivalité mondiale.
Souveraineté cubaine: résister ou plier
Quand l’embargo devient un mode d’emploi
À Cuba, la souveraineté n’est pas un mot de discours. C’est une question de pain, de carburant, de médicaments, de pièces de rechange. Quand Washington maintient l’embargo et durcit ses effets extraterritoriaux, il ne se contente pas de poser une ligne politique: il installe un climat d’asphyxie où chaque transaction devient suspecte, où chaque banque hésite, où chaque assureur recule. Le Département d’État continue d’inscrire Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme, une désignation qui, au-delà du symbole, refroidit les flux financiers et renchérit le moindre achat. Les autorités américaines parlent de pression pour la démocratie; La Havane parle de siège. Entre les deux, une réalité brutale: l’économie cubaine, fragilisée par des faiblesses internes et des chocs externes, encaisse un verrouillage qui rend la marge de manœuvre politique plus étroite encore. Et dans ce contexte, le soutien de Pékin prend un relief particulier, non pas comme un miracle, mais comme une respiration diplomatique: rappeler qu’un pays peut chercher des partenaires sans demander la permission. Le choix, pourtant, n’est jamais propre. Il se fait sous contrainte, sous la menace sourde des sanctions secondaires et des coupures d’accès aux circuits dominés par les États-Unis.
Cette contrainte nourrit un dilemme qui colle à la peau de l’île: résister et payer cher, ou plier et perdre plus que des chiffres. Pékin, de son côté, martèle depuis des années un principe de non-ingérence et affirme soutenir la capacité de Cuba à choisir sa voie, une formulation qui vise autant l’ONU que les chancelleries occidentales. Dans les votes annuels de l’Assemblée générale, la condamnation de l’embargo recueille une quasi-unanimité internationale; en pratique, l’unilatéralisme américain reste en place, et la puissance de dissuasion du dollar fait le reste. La Chine ne peut pas effacer l’effet de cette architecture, mais elle peut aider à contourner certaines impasses: coopération économique, échanges commerciaux, assistance technique, et surtout un parapluie politique quand la rhétorique des « menaces » surgit. Le discours chinois met en avant la Charte des Nations unies et l’égalité souveraine des États; le discours américain, lui, insiste sur la pression comme levier. Entre ces deux narratifs, Cuba cherche à rester sujet de son histoire. Le danger, c’est que la souveraineté devienne une posture vidée par la nécessité quotidienne, et que le mot « choix » finisse par signifier « choisir la manière dont on souffre ».
La Chine, partenaire ou paravent stratégique
Le soutien chinois à Cuba s’inscrit dans une grammaire de politique étrangère bien rodée: multiplier les partenaires, défendre le principe de non-sanction unilatérale, et occuper l’espace laissé par des relations verrouillées avec Washington. Pour La Havane, cette relation offre des opportunités tangibles, mais elle impose aussi une vigilance: dépendre d’un seul acteur, quel qu’il soit, peut devenir une autre forme de fragilité. Pékin avance avec des mots de souveraineté, mais aussi avec des intérêts: marchés, influence, visibilité dans les Caraïbes, et démonstration que l’isolement imposé par les États-Unis n’est pas total. La question n’est pas de diaboliser. Elle est de regarder froidement: le soutien d’une grande puissance n’est jamais une œuvre de charité, c’est une relation où l’équilibre se négocie au quotidien. Cuba, qui a une longue mémoire des tutelles, le sait mieux que quiconque. Alors la diplomatie cubaine marche sur une corde raide: accueillir l’appui chinois sans laisser sa politique se transformer en annexe, préserver une capacité de décision tout en cherchant des ressources vitales. C’est là que la souveraineté se mesure: non au volume des déclarations, mais à la capacité de dire oui sans se vendre, et de dire non sans mourir.
Washington, de son côté, lit souvent ce rapprochement à travers un prisme de rivalité globale. Dès que Pékin gagne du terrain, l’ombre du « défi stratégique » s’allonge et les termes se durcissent. Mais à Cuba, la rivalité entre puissances n’est pas un jeu abstrait: elle se traduit en restrictions bancaires, en cargaisons bloquées, en entreprises qui renoncent par peur de représailles. Quand les États-Unis parlent de menaces, ils envoient aussi un message aux acteurs économiques: attention, zone minée. Et quand la Chine affiche son soutien, elle envoie un autre message: il existe des routes alternatives, même si elles sont longues et coûteuses. La souveraineté cubaine se joue dans cet espace étroit où les routes alternatives ne doivent pas devenir des corridors imposés. Car il y a une différence entre avoir des partenaires et être pris dans un duel qui vous dépasse. La Havane réclame le droit élémentaire de commercer et de décider; Pékin affirme défendre ce droit; Washington prétend conditionner ce droit à un changement politique. Voilà le nœud. Et il serre.
Résister sans se figer, plier sans disparaître
« Résister ou plier » n’est pas une formule romantique. C’est un diagnostic politique. Résister, pour Cuba, signifie maintenir un cap d’indépendance malgré les pressions, mais aussi reconnaître que la résilience n’est pas une politique économique. Plier, ce serait accepter que la souveraineté se négocie contre une respiration immédiate, au prix d’un précédent: si la pression paie une fois, elle paiera encore. La Chine, en soutenant Cuba face aux menaces attribuées aux États-Unis, renforce l’idée qu’il existe une solidarité entre États qui rejettent les sanctions unilatérales. Mais cette solidarité ne remplace pas les réformes internes, la lutte contre l’inefficacité, les arbitrages douloureux sur la production, l’énergie, l’agriculture. Le piège serait de transformer l’appui extérieur en alibi, et la pression extérieure en excuse unique. La souveraineté se défend aussi par la compétence, par la capacité d’un État à ne pas s’enfermer dans une économie de pénurie. Or le débat est empoisonné: dès qu’on parle d’ajustements, on suspecte la capitulation; dès qu’on parle de résistance, on accuse l’immobilisme. La vérité, elle, est plus dure: il faut inventer une résistance qui change, et un changement qui ne se rende pas.
Dans ce contexte, l’appui de Pékin agit comme un révélateur. Il met à nu la question centrale: Cuba veut-elle pouvoir choisir ses alliances sans être punie? Si la réponse est oui, alors la souveraineté exige une scène internationale où la coercition économique n’est pas la règle. Les votes de l’ONU contre l’embargo montrent une réprobation mondiale, mais ils ne cassent pas la mécanique des sanctions. Les entreprises regardent d’abord le risque, pas la morale. Et ce risque, il est fabriqué. Quand la Chine défend Cuba, elle défend aussi une idée d’ordre international où la puissance américaine ne dicte pas seule les frontières du commerce licite. Washington réplique au nom de ses intérêts et de sa lecture des droits humains. Entre ces blocs, Cuba cherche à ne pas devenir un pion. Résister, ce n’est pas s’arc-bouter sur des slogans, c’est protéger la capacité de décider, même quand on est faible. Plier, ce n’est pas seulement céder, c’est accepter la logique de la punition comme méthode. Et c’est là que la souveraineté cesse d’être un drapeau: elle devient une lutte quotidienne, rugueuse, parfois ingrate, mais indispensable.
La colère monte en moi quand j’entends le mot « menace » jeté sur Cuba comme on jette une chaîne sur une porte. Qui menace qui, au juste? Un petit pays qui cherche des partenaires pour acheter, vendre, respirer, ou une puissance qui tient les robinets financiers et décide qui a le droit de commercer sans être puni? Je refuse de confondre la critique légitime d’un système politique avec l’organisation d’une suffocation économique. Je refuse que la souveraineté devienne un luxe réservé à ceux qui possèdent une monnaie hégémonique. Le soutien de la Chine à Cuba, on peut le discuter, l’analyser, le comparer à d’autres alliances. Mais il met le doigt sur une plaie: l’obsession de faire plier par la faim, par la peur bancaire, par l’isolement. À force de presser, on ne fabrique pas des démocrates, on fabrique des survivants. Et quand un peuple survit, il n’a plus l’énergie pour rêver. C’est cela, le scandale: voler l’avenir en prétendant sauver le présent.
Sur le terrain, la crise frappe des vies entières
Les étagères vides, la dignité debout
À Cuba, la crise ne se mesure pas seulement en tableaux macroéconomiques ou en communiqués diplomatiques. Elle se lit dans la fatigue des files d’attente, dans l’angoisse sèche d’un budget qui craque, dans les pharmacies où l’on cherche des médicaments comme on chercherait de l’air. Les autorités cubaines imputent une grande partie de cette asphyxie aux sanctions américaines, durcies à partir de 2017 et encore renforcées sous l’administration Trump, puis largement maintenues sous l’administration Biden, malgré quelques ajustements ciblés. Cette pression n’est pas une abstraction. Elle pèse sur les importations, sur l’accès aux financements, sur les transactions bancaires qui se compliquent au moindre soupçon de lien avec l’île. La mécanique est froide, mais ses effets sont brûlants: quand une opération est bloquée, ce n’est pas un dossier qui souffre, c’est une livraison qui n’arrive pas. Dans ce contexte, le soutien affiché par la Chine à Cuba prend une dimension concrète, presque tactile, parce qu’il touche à ce qui manque: l’énergie, les infrastructures, la capacité de tenir.
Sur le terrain, cette géopolitique s’invite dans la conversation quotidienne. Pékin répète, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, que les sanctions imposées par Washington doivent cesser, et défend le droit de Cuba à choisir sa voie. Ce langage, Cuba l’entend comme un bouclier politique. Il compte, parce qu’il rompt l’isolement. Mais il ne remplit pas un réfrigérateur. Alors, l’attention se déplace vers les gestes plus visibles: projets de coopération, promesses de partenariat, annonces d’assistance. Là encore, il faut rester rigoureux: tout soutien a des limites, et Cuba traverse aussi des difficultés structurelles internes, reconnues par ses propres responsables. La crise énergétique, les coupures, les tensions sur l’approvisionnement ne tombent pas du ciel; elles se nourrissent d’années de sous-investissement, de contraintes financières, de chocs externes. Pourtant, quand un pays puissant affirme publiquement qu’il ne lâchera pas l’île, cela change l’air ambiant. Cela dit aux habitants: vous n’êtes pas seuls. Et cette phrase, parfois, fait tenir une journée de plus.
Sanctions, banques frileuses, vies serrées
Le nerf de la crise, c’est aussi la peur. Pas celle qui fait crier, celle qui fait reculer. La peur des banques, des assureurs, des transporteurs, dès qu’une opération touche Cuba. L’embargo américain, en vigueur depuis le début des années 1960 et renforcé par des textes comme la loi Helms-Burton de 1996, ne se limite pas aux frontières des États-Unis. Il a un effet extraterritorial qui refroidit des partenaires potentiels, parce qu’aucune grande institution ne veut risquer l’amende, l’exclusion du marché américain, ou la suspicion réglementaire. Ce phénomène, documenté depuis des années par les autorités cubaines et discuté dans les enceintes internationales, transforme chaque achat en parcours d’obstacles. Cela signifie plus de délais, plus d’intermédiaires, plus de coûts, donc moins de biens qui arrivent et moins de marge pour amortir les chocs. L’économie se contracte, les ménages arbitrent, les services publics se tendent. Sur le terrain, le résultat est simple: la vie devient plus chère, plus compliquée, plus incertaine, même quand on travaille, même quand on se bat.
Dans ce décor, la Chine se positionne comme un partenaire politique et économique qui conteste la logique de pression. Pékin s’aligne régulièrement sur la position, largement majoritaire à l’Assemblée générale de l’ONU, qui condamne le blocus américain contre Cuba. Ce vote annuel n’a pas de force contraignante, mais il dessine une vérité: la planète, presque entière, demande une autre voie. Pourtant, sur l’île, les familles ne vivent pas dans les résolutions, elles vivent dans les conséquences. L’appui chinois peut aider par des investissements, de la coopération technique, des projets d’infrastructures, et il offre à La Havane une respiration diplomatique face aux menaces et à la rhétorique de confrontation. Mais il ne faut pas vendre du miracle. Les besoins sont vastes, et la situation cubaine reste exposée aux chocs mondiaux, aux prix de l’énergie, aux tensions logistiques. Ce qui frappe, c’est l’écart entre la dureté du quotidien et la lenteur des solutions. Quand la politique avance en semaines, la vie, elle, avance en heures. Et chaque heure compte.
Quand la géopolitique entre à la maison
Il y a des phrases qui paraissent lointaines, jusqu’au jour où elles entrent dans la cuisine. « Menaces » américaines, « soutien » chinois: ces mots circulent dans les médias, mais à Cuba, ils se traduisent en décisions qui touchent l’électricité, les transports, les pièces détachées, la capacité à maintenir une chaîne d’approvisionnement. Les autorités américaines justifient leurs sanctions par des objectifs politiques et de droits humains; les autorités cubaines dénoncent une stratégie d’étranglement économique. Entre ces deux discours, la population n’a pas le luxe du débat théorique permanent. Elle fait avec ce qui arrive, ou plutôt avec ce qui n’arrive pas. La Chine, elle, insiste sur la souveraineté et sur le refus des sanctions unilatérales. Ce positionnement est cohérent avec sa ligne internationale, mais il prend à Cuba un relief particulier: il sert de contrepoids symbolique à la puissance américaine. Sur le terrain, ce contrepoids devient une question intime: est-ce que cela permettra d’alléger, un peu, l’étau?
La réponse n’est jamais binaire. Le soutien d’un grand acteur ne gomme pas les fragilités internes, il ne remplace pas une réforme, il ne fait pas disparaître les contraintes. Mais il peut ouvrir des portes que d’autres ferment. Il peut rendre possibles des achats, des projets, des coopérations qui, autrement, s’éteindraient sous la pression des risques. Il peut aussi envoyer un message à Washington: la politique de coercition ne dictera pas seule l’avenir de l’île. Cette dimension politique a un poids, parce qu’elle joue sur la stabilité et sur la perception du futur. Quand l’horizon se réduit, la société se tend. Quand l’horizon s’élargit, même un peu, les gens respirent mieux. Et respirer, ce n’est pas un luxe. Ce qui frappe à Cuba, c’est cette tension permanente entre l’endurance et l’usure. Les familles s’adaptent, encore, toujours. Mais l’adaptation a un coût humain, silencieux. Dans ce silence, chaque promesse de soutien est scrutée, pesée, attendue. Pas comme une victoire géopolitique. Comme une chance de tenir.
L’espoir persiste malgré tout, et je le dis sans romantiser la douleur. Je le dis parce qu’à force de couvrir les rapports de force entre Chine, Cuba et États-Unis, on risque d’oublier la matière humaine que ces mots écrasent. Une sanction, ce n’est pas seulement une ligne juridique; c’est une transaction qui s’enlise, une cargaison qui n’arrive pas, une panne qui dure. Un soutien, ce n’est pas seulement une photo diplomatique; c’est la possibilité d’éviter un effondrement, de garder un service debout, de ne pas céder à la fatalité. Je regarde cette île qu’on résume trop souvent à des slogans, et je vois surtout une société qui cherche de l’air dans une pièce verrouillée. Je n’ai pas le droit d’inventer des héros, ni des miracles. Mais j’ai le devoir de dire ceci: quand les puissants se menacent, ce sont les vies ordinaires qui encaissent. Et pourtant, la dignité continue de marcher, même quand la route est coupée.
Amérique latine: l’alignement n’est plus automatique
Le Sud n’obéit plus à Washington
Pendant des décennies, l’Amérique latine a vécu sous une ombre familière: celle d’une puissance voisine qui parle fort, sanctionne vite, et s’étonne ensuite d’être contestée. Mais quelque chose s’est fendu. On le voit dans la façon dont plusieurs capitales de la région refusent désormais le réflexe pavlovien de “s’aligner” sur la lecture américaine des crises internationales, y compris lorsqu’il s’agit de Cuba et de la pression exercée par les États-Unis. Le décor n’est plus celui d’un ordre docile: c’est un théâtre de souverainetés nerveuses, parfois contradictoires, mais décidées à ne plus se laisser dicter une seule trajectoire. Le vote des pays d’Amérique latine aux Nations unies, les débats autour des sanctions, et la diversification des partenariats racontent tous la même histoire: la région explore ses marges de manœuvre, même quand elle sait qu’elles ont un coût.
Ce basculement ne tombe pas du ciel. L’embargo américain contre La Havane, maintenu à travers les administrations, reste un symbole durable de politique coercitive, régulièrement condamné par une large majorité des États membres à l’Assemblée générale de l’ONU. Dans ce contexte, le soutien affiché par la Chine à Cuba n’est pas seulement un geste bilatéral: il agit comme un révélateur. Pékin parle de respect de la souveraineté et de rejet des mesures unilatérales; Washington parle de sécurité et de démocratie. Entre ces discours, des pays latino-américains cherchent leur propre équilibre: ne pas rompre avec le marché nord-américain, mais ne plus être enfermés dans une seule dépendance. L’alignement automatique se fissure quand l’on comprend qu’il peut devenir une camisole stratégique.
Cuba, test grandeur nature de souveraineté
Pour l’Amérique latine, Cuba est plus qu’une île: c’est une question qui griffe la mémoire politique du continent. On peut critiquer le système cubain, débattre de ses libertés, de son économie, de ses impasses; mais la logique de sanctions et de menaces extérieures réveille une méfiance ancienne envers l’ingérence. C’est là que le soutien de la Chine s’insère, et qu’il devient explosif sur le plan symbolique. Pékin ne se contente pas de commercer: il se présente comme un partenaire qui n’exige pas d’alignement idéologique public, et qui dénonce les pressions. Face à des États-Unis qui maintiennent un dispositif de sanctions, l’offre chinoise ressemble, pour certains gouvernements, à une soupape. Pas forcément un choix de cœur. Un choix de marge.
Ce que l’on appelle “menaces américaines” n’a pas besoin d’être théâtralisé pour être compris: restrictions financières, sanctions, et signal politique constant envoyé aux acteurs économiques qui hésitent à traiter avec La Havane. Résultat: toute la région observe un mécanisme qui dépasse Cuba. Aujourd’hui c’est l’île; demain, une autre capitale pourrait se retrouver sous le même projecteur. Alors les calculs changent. Les chancelleries latino-américaines, même celles qui entretiennent des relations étroites avec Washington, savent que la multipolarité est déjà là, dans le commerce, dans les infrastructures, dans les prêts, dans la technologie. Elles savent aussi que la Chine est devenue un acteur majeur dans les échanges de nombreux pays de la région, et que cette réalité donne des leviers. Ce n’est pas une déclaration de guerre à Washington. C’est une revendication silencieuse: décider sans demander la permission.
La Chine avance, la région arbitre
La présence chinoise en Amérique latine n’est ni un fantasme, ni une promesse de salut automatique. Elle est concrète: investissements, commerce, diplomatie, et discours répété sur la non-ingérence. Quand la Chine soutient Cuba face aux pressions attribuées aux États-Unis, elle ne fait pas seulement un acte de solidarité; elle marque un territoire politique: celui d’un monde où les sanctions unilatérales sont contestées et où les alliances ne sont plus des chaînes. Dans la région, ce message résonne parce qu’il touche un nerf: l’aspiration à exister sans tuteur. Mais cette ouverture n’efface pas les inquiétudes: dépendance aux matières premières, asymétrie commerciale, risques d’endettement, et tensions avec les priorités industrielles locales. L’alignement n’est plus automatique, oui, mais l’arbitrage reste difficile.
Ce qui change, au fond, c’est la capacité de dire “non” sans sombrer. Autrefois, beaucoup d’États latino-américains se retrouvaient face à une alternative binaire: suivre Washington, ou subir l’isolement. Aujourd’hui, ils peuvent jouer sur plusieurs tableaux, négocier, temporiser, et parfois refuser. Le soutien chinois à Cuba devient une pièce de ce puzzle: il donne à La Havane de l’oxygène diplomatique, et il rappelle aux voisins que la contrainte américaine n’est pas l’unique horizon. Cela ne signifie pas que la Chine agit par altruisme; cela signifie que la région peut exploiter cette rivalité pour élargir son espace politique. Dans un continent où la mémoire des interventions reste vive, la simple possibilité de choisir change l’attitude. Le message est brutal: l’époque où l’Amérique latine levait la main sur commande s’éloigne. Et personne ne pourra faire semblant de ne pas l’avoir vu.
Ma détermination se renforce quand je vois à quel point on a voulu faire passer l’alignement pour une vertu, alors qu’il a souvent été une peur bien habillée. L’Amérique latine n’est pas un décor, ni un arrière-cour, ni une zone tampon où l’on teste des politiques de sanctions comme on teste des armes. Quand la Chine soutient Cuba face aux pressions américaines, je n’y vois pas un conte moral où l’un serait pur et l’autre coupable; je vois un miroir tendu à toute la région. Ce miroir dit: “Vous avez le droit d’exister par vous-mêmes.” Et cette phrase dérange parce qu’elle est simple. Oui, Pékin défend ses intérêts. Oui, Washington défend les siens. Mais la question qui me brûle est ailleurs: quand est-ce que les peuples de la région cessent d’être l’objet des stratégies des autres pour devenir le sujet de leur propre histoire? Je refuse que la souveraineté soit un mot décoratif. Je veux qu’elle soit une décision.
Conclusion
Deux îles, deux géants, même étau
Au bout de ce récit, il reste une vérité sèche: Cuba vit sous pression, et la Chine a choisi de ne pas détourner le regard. Ce soutien n’est pas un geste poétique, c’est un acte politique inscrit dans une rivalité mondiale. D’un côté, Washington maintient un régime de sanctions et de restrictions qui pèse sur la vie quotidienne des Cubains, et dont La Havane réclame la levée depuis des décennies. De l’autre, Pékin répète, dans ses communiqués et ses rencontres bilatérales, qu’il défend la souveraineté cubaine, le droit d’un pays à choisir son système, et la fin des mesures coercitives unilatérales. Ce bras de fer se lit aussi dans les votes et les débats aux Nations unies: l’Assemblée générale a, année après année, condamné l’embargo américain, avec des majorités écrasantes qui isolent diplomatiquement les États-Unis même si ces résolutions ne sont pas contraignantes. Derrière les formules, ce sont des chaînes logistiques brisées, des transactions compliquées, des achats plus chers, des délais plus longs. Et dans cet espace étroit, la Chine se présente comme un partenaire qui apporte de l’oxygène économique et un bouclier rhétorique quand les menaces montent.
Il faut regarder ce face-à-face sans naïveté et sans cécité. La Chine n’agit pas par charité; elle agit par intérêt, par influence, par stratégie, parce que Cuba est un symbole et un point d’appui dans un monde où les alliances se recomposent. Mais l’intérêt n’annule pas le fait brutal que ce soutien compte, concrètement, dans la capacité d’un pays à tenir debout quand l’horizon se rétrécit. Les accords économiques, les projets d’infrastructure, la coopération dans les télécommunications ou l’énergie, et les déclarations publiques contre les sanctions dessinent une réalité: Pékin veut montrer qu’il existe une alternative aux diktats, et La Havane veut prouver qu’elle n’est pas seule. Les États-Unis, eux, parlent de sécurité, de démocratie, de défense de leurs intérêts régionaux; Cuba parle de siège, de harcèlement, de punition collective; la Chine parle de non-ingérence. Trois récits qui s’entrechoquent. Au milieu, des vies. Des familles. Des hôpitaux qui ont besoin de stabilité, des entreprises qui ont besoin de pièces, un État qui a besoin de marges. Et ce que cette conclusion impose, c’est de reconnaître que la géopolitique n’est jamais abstraite: elle se mesure en jours perdus, en prix qui flambent, en fatigue sociale, en patience qui s’use.
Les chiffres ne mentent pas longtemps
Les faits, eux, sont têtus, et ils finissent toujours par rattraper les discours. Les votes de l’Assemblée générale de l’ONU condamnant l’embargo, répétés sur des décennies, disent une chose simple: une grande partie du monde considère que cette politique échoue moralement et politiquement, même si elle persiste juridiquement et pratiquement. Les États-Unis gardent leur ligne, en s’appuyant sur leur droit interne et leur lecture de la situation cubaine. Cuba, de son côté, comptabilise les dommages économiques qu’elle attribue à ces restrictions et martèle que le pays est empêché de commercer normalement, d’accéder au financement, d’acheter sans surcoût. La Chine, elle, utilise ce dossier comme une vitrine: dénoncer les mesures unilatérales, rappeler la Charte des Nations unies, et se poser en défenseur d’un ordre international où Washington ne décide pas seul. Voilà le triangle. Voilà le mécanisme. Et au centre, une question qui dérange: combien de temps une société peut-elle supporter qu’une dispute de puissances s’invite dans ses pharmacies, ses ports, ses contrats, ses factures?
On peut refuser les slogans et garder l’essentiel: la pression américaine est réelle, visible dans les sanctions, et la réponse chinoise est réelle, visible dans le soutien diplomatique et la coopération. Le reste, c’est du bruit, des postures, des menaces plus ou moins explicites, des accusations et des démentis qui se renvoient la balle. Mais une conclusion digne de ce nom ne doit pas se contenter d’opposer un camp au autre comme dans un match. Elle doit rappeler que l’enjeu, c’est la capacité des pays à vivre sans être étranglés. Quand Pékin affirme soutenir Cuba face aux pressions, il envoie aussi un message aux autres capitales: “Nous sommes là, et nous contestons l’hégémonie.” Quand Washington serre la vis, il envoie un autre message: “Nous fixons les lignes rouges dans notre voisinage.” Dans ce duel, les principes servent de drapeaux, mais les intérêts tracent la route. Et la route, aujourd’hui, traverse une planète fragmentée où chaque décision devient un précédent. La question n’est plus seulement Cuba. C’est le modèle de relations internationales qui se joue, et la place qu’on laisse aux pays qui ne veulent pas choisir entre la soumission et l’isolement.
L’avenir se joue dans le silence
Alors, que reste-t-il pour demain? Une évidence: la Chine continuera de soutenir Cuba tant que ce soutien servira son récit de puissance responsable et son implantation dans la région, et tant que La Havane offrira un partenaire politique fiable. Les États-Unis, eux, ajusteront leur posture au rythme de leurs débats internes, de leurs priorités stratégiques, et de la perception du risque dans l’hémisphère. Entre ces lignes, Cuba tente de gagner du temps, d’arracher de l’investissement, de sécuriser des approvisionnements, de maintenir une stabilité sociale fragile. Les perspectives ne se résument pas à une victoire ou à une défaite; elles ressemblent à une série de compromis imparfaits, de négociations indirectes, de projets qui avancent puis se heurtent à des obstacles réglementaires, financiers, diplomatiques. Pourtant, il existe une brèche: celle de la coopération pragmatique, de la désescalade, de l’idée simple que punir un pays ne transforme pas magiquement sa réalité politique, mais transforme immédiatement la vie de ceux qui y vivent. Si les puissances veulent être prises au sérieux, elles devraient commencer par accepter que la dignité d’un peuple ne se négocie pas comme une marchandise.
La chute, elle, doit être mémorable parce qu’elle est humaine. Ce dossier parle de frontières invisibles, de pressions économiques, d’alliances affichées. Mais il parle surtout d’un pays qui refuse d’être réduit à un pion. La Chine soutient Cuba, oui, et ce soutien est aussi un miroir tendu au monde: un rappel que les sanctions unilatérales, même répétées, ne fabriquent pas automatiquement la justice. Les États-Unis ont le pouvoir de durcir, de desserrer, de conditionner; Cuba a la capacité de résister, de se réformer, de négocier; la Chine a l’appétit d’étendre son influence. Ce triangle continuera de produire des étincelles. Mais l’avenir n’est pas écrit à Washington, à Pékin ou à La Havane seulement. Il s’écrit aussi dans les institutions internationales, dans les circuits du commerce, dans les choix de chaque État qui accepte ou refuse la logique du blocus et des représailles. Il s’écrit dans le courage de regarder la réalité en face: une politique extérieure se juge à son effet sur les corps, pas à la beauté de ses déclarations. Et si un espoir tient debout, il tient dans cette idée: la pression n’a pas toujours le dernier mot, surtout quand la solidarité devient une stratégie.
Cette injustice me révolte parce qu’elle a l’air propre sur le papier et sale dans la vie. On appelle cela “sanctions”, “pression”, “levier”. Moi, j’entends surtout le bruit sourd d’une société qu’on épuise à distance, en prétendant lui offrir une leçon. Je ne romantise pas les gouvernements, je ne blanchis pas les erreurs, je ne confonds pas souveraineté et perfection. Mais je refuse qu’un peuple soit pris en otage d’un duel de puissances où chacun brandit ses principes comme une lame, puis détourne les yeux quand les conséquences tombent. La Chine soutient Cuba, et ce soutien est aussi un défi lancé à l’ordre établi; il porte ses calculs, ses intérêts, ses angles morts. Pourtant, dans un monde qui punit facilement, voir un État dire “non” à l’étranglement me force à poser une question simple: à quel moment a-t-on décidé que la souffrance collective était un outil acceptable? Je veux une politique internationale qui n’utilise pas la faim, la pénurie et l’isolement comme arguments. Je veux qu’on rende à la dignité sa place, au centre, pas en note de bas de page.
Sources
Sources primaires
Reuters – Dépêche sur la position de Pékin et La Havane face aux pressions américaines (12 décembre 2025)
AFP – Dépêche sur les déclarations officielles Chine–Cuba et la réaction de Washington (13 décembre 2025)
Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine (MFA) – Point presse / déclaration de la porte-parole sur Cuba et les États-Unis (11 décembre 2025)
Ministère des Relations extérieures de Cuba (MINREX) – Communiqué sur le soutien chinois et les « menaces » attribuées aux États-Unis (11 décembre 2025)
Sources secondaires
BBC News – Analyse des enjeux géopolitiques du rapprochement Chine–Cuba et de la politique américaine (14 décembre 2025)
France 24 – Décryptage des tensions Washington–La Havane et du rôle de Pékin (15 décembre 2025)
International Crisis Group – Note d’analyse sur les dynamiques régionales et les risques d’escalade diplomatique (16 décembre 2025)
Center for Strategic and International Studies (CSIS) – Analyse sur la stratégie chinoise dans les Caraïbes et les implications pour les États-Unis (17 décembre 2025)
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