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La Chine verrouille son soutien à Cuba face aux menaces américaines: l’Empire ne dicte pas la loi partout
Crédit: Adobe Stock

Quand Washington menace, Pékin répond

La pression sur La Havane n’a rien d’un souvenir de manuel scolaire. Elle revient, tenace, sous forme de restrictions économiques, de signaux politiques, de mises en garde répétées qui rappellent à Cuba qu’il suffit d’un décret, d’une décision administrative, d’un durcissement de sanctions pour compliquer encore une vie quotidienne déjà fragile. Le cœur du dispositif, c’est l’embargo américain, en vigueur depuis le début des années 1960, renforcé à plusieurs reprises et toujours contesté par une majorité d’États à l’Assemblée générale des Nations unies. En novembre 2023, l’AGNU a de nouveau condamné ce blocus à une écrasante majorité, un vote devenu rituel, presque tragique par sa répétition: le monde dit non, mais la mécanique continue. Dans cette atmosphère, Pékin avance avec une posture claire: défendre la souveraineté cubaine, dénoncer les mesures unilatérales, et rappeler que la pression extérieure ne peut pas être une politique acceptable. Ce soutien n’est pas seulement une phrase lancée au micro; il s’inscrit dans une diplomatie qui s’affiche, qui se répète, qui cherche à installer une idée simple: Cuba n’est pas seule, et les États-Unis ne dictent pas tout.

Le signal le plus net vient des échanges officiels et des déclarations publiques, où la Chine place la relation avec Cuba dans une grammaire qu’elle maîtrise: respect mutuel, non-ingérence, coopération « gagnant-gagnant ». En juin 2023, lors d’une visite à Pékin du président cubain Miguel Díaz-Canel, les autorités chinoises ont réaffirmé leur appui à Cuba face aux sanctions, et ont présenté la relation bilatérale comme une solidarité entre partenaires. Ce type de rencontre ne renverse pas l’économie cubaine en un claquement de doigts, mais il compte parce qu’il construit un paravent politique. Pékin sait que Washington observe. Pékin sait que chaque poignée de main photographiée devient un message. La Chine ne se contente pas d’un discours abstrait: elle évoque la nécessité de lever les mesures coercitives, elle critique la logique de strangulation, elle met en scène la stabilité des liens. Et dans un monde où les alliances se lisent aussi comme des rapports de force, ce soutien agit comme une lame: il coupe la solitude que l’on voudrait imposer à La Havane, et il oblige les adversaires à recalculer leurs angles d’attaque.

Sanctions, symboles, et bataille du récit

La guerre autour de Cuba se joue aussi dans les mots. « Menaces », « sécurité », « démocratie », « droits humains »: chaque camp politise le vocabulaire, chaque camp cherche à gagner l’opinion. Les États-Unis maintiennent Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme, une inscription qui pèse lourd sur les transactions, les assurances, l’accès au crédit, la réputation financière. Cuba conteste et dénonce une mesure punitive, tandis que Pékin la présente comme un abus d’outil politique. Dans ce duel, la Chine n’est pas spectatrice: elle s’installe comme contradicteur, elle conteste la légitimité des sanctions extraterritoriales, et elle fait du cas cubain un exemple de ce qu’elle combat partout: l’idée qu’un pays puisse décider seul de la normalité pour les autres. À l’ONU, le message chinois suit une ligne constante: la coercition économique est injuste, contre-productive, et contraire à l’esprit de la Charte. Ce n’est pas romantique. C’est stratégique. Mais c’est aussi un souffle pour un pays qui étouffe sous les contraintes financières et commerciales.

La bataille du récit s’alimente aussi des crises récentes. Après les manifestations de juillet 2021 à Cuba, Washington a durci certains dispositifs, au nom d’une réponse politique. La Havane a parlé de déstabilisation et de pression extérieure. Pékin, lui, a dénoncé l’instrumentalisation de la situation et a plaidé pour un traitement qui respecte le choix du peuple cubain, sans ingérence. Ce qui frappe, c’est la manière dont la Chine lie systématiquement Cuba à un principe plus vaste: la défense d’un ordre international où les grandes puissances ne peuvent pas transformer des outils économiques en armes. À force, ce discours forme une armature: il permet à Cuba de sortir du face-à-face exclusif avec Washington et d’élargir l’arène. Et quand Pékin parle de « mesures unilatérales », il ne vise pas seulement l’archipel; il vise la méthode. Il vise une manière de gouverner le monde. Cuba devient alors un point de fixation, un miroir: si la coercition reste la norme ici, elle le sera ailleurs. C’est cette peur-là, froide et lucide, qui donne au soutien chinois une intensité politique particulière.

Pékin protège, Cuba respire, Washington scrute

Le soutien chinois se lit dans des gestes diplomatiques, mais aussi dans la continuité d’une relation économique réelle. La Chine figure parmi les partenaires commerciaux importants de Cuba, et elle a été associée à des projets d’infrastructures et de coopération technologique au fil des années. Tout n’est pas spectaculaire, tout n’est pas transparent, et il faut éviter la légende facile d’un sauvetage immédiat. Mais une chose est certaine: dans un contexte où l’accès aux financements est entravé, où les paiements internationaux se compliquent, où chaque transaction devient un parcours d’obstacles, la simple existence d’un partenaire qui maintient le contact compte. Elle compte pour l’État cubain, qui cherche des marges. Elle compte pour les entreprises, qui cherchent des équipements, des pièces, des alternatives. Et elle compte pour le message envoyé: Cuba n’est pas réduite à un isolement total. Pékin le sait, et joue sur ce registre avec précision, en parlant de coopération, de développement, de stabilité, comme pour opposer à la pression une autre promesse: celle d’un avenir qui ne passe pas par l’alignement sur Washington.

Dans cette triangulation, Washington scrute parce que Cuba n’est jamais seulement Cuba dans la géopolitique américaine. C’est un symbole domestique, un thème électoral, une cicatrice historique, une frontière idéologique à portée de main. Et la Chine, en s’y affichant, touche un nerf. Les tensions sino-américaines sur le commerce, la technologie, la sécurité et l’influence globale donnent à chaque rapprochement sino-cubain une valeur amplifiée. Pékin le comprend et choisit ses mots: appui à la souveraineté, opposition aux sanctions, défense du multilatéralisme. Rien n’est dit au hasard. Car soutenir Cuba, ce n’est pas seulement tendre une main à La Havane; c’est aussi signifier à Washington que l’époque du monopole régional est contestée. Cela ne veut pas dire que Cuba devient un pion sans volonté. Cela veut dire que Cuba tente de respirer dans un étau, et que la Chine s’offre comme l’une des valves possibles. La question qui brûle reste la même: jusqu’où peut aller cette protection sans déclencher une escalade verbale ou pratique? L’équilibre est fragile. Mais le silence serait pire. Et Pékin, ici, refuse le silence.

Mon cœur se serre quand je pense à ce que signifie, concrètement, « vivre sous pression ». Ce n’est pas une formule de diplomate. C’est une contrainte qui se glisse dans les pharmacies, dans les ports, dans les factures, dans les délais. On débat de stratégie, de sphères d’influence, de lignes rouges, pendant que la réalité, elle, se compte en ruptures d’approvisionnement et en portes qui se ferment. Je n’idéalise pas Pékin, je ne blanchis pas les zones d’ombre, je sais que la puissance a ses intérêts et que la solidarité peut avoir un prix. Mais je refuse qu’on banalise l’idée qu’un pays puisse être étranglé jusqu’à céder. Quand la Chine dit « non » aux sanctions unilatérales et réaffirme le droit de Cuba à choisir sa route, j’entends au moins une chose: le monde n’est pas obligé de se résigner à la loi du plus fort. Et cette simple résistance, même imparfaite, a la force d’un souffle. Un souffle pour ceux qui étouffent.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur la position de Pékin et La Havane face aux pressions américaines (12 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur les déclarations officielles Chine–Cuba et la réaction de Washington (13 décembre 2025)

Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine (MFA) – Point presse / déclaration de la porte-parole sur Cuba et les États-Unis (11 décembre 2025)

Ministère des Relations extérieures de Cuba (MINREX) – Communiqué sur le soutien chinois et les « menaces » attribuées aux États-Unis (11 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse des enjeux géopolitiques du rapprochement Chine–Cuba et de la politique américaine (14 décembre 2025)

France 24 – Décryptage des tensions Washington–La Havane et du rôle de Pékin (15 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur les dynamiques régionales et les risques d’escalade diplomatique (16 décembre 2025)

Center for Strategic and International Studies (CSIS) – Analyse sur la stratégie chinoise dans les Caraïbes et les implications pour les États-Unis (17 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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