Des Shahed aux Geran-5 : une escalade dans l’horreur
Le Geran-5 ne sort de nulle part. Il est le fruit d’une évolution macabre, d’une course à l’armement qui transforme chaque innovation technologique en nouvelle menace pour les civils. Depuis le début de l’invasion à grande échelle, la Russie a massivement utilisé des drones d’origine iranienne, les Shahed-131 et Shahed-136, rebaptisés Geran-1 et Geran-2. Ces engins, moins sophistiqués mais tout aussi meurtriers, ont semé la terreur dans les villes ukrainiennes, frappant indiscriminément infrastructures critiques et zones résidentielles. Le Geran-5 représente une nouvelle étape dans cette escalade : un drone à propulsion jet, basé sur le modèle iranien Karrar, mais avec des capacités améliorées qui le rendent plus rapide et plus difficile à intercepter.
Les images des débris récupérés dans la neige ukrainienne racontent une histoire de coopération militaire opaque, de transferts de technologie contournant les sanctions, d’une ingénierie de mort qui s’affranchit de toutes les frontières. Le moteur Telefly, le système de navigation par satellite Kometa à douze canaux, le module de suivi basé sur un Raspberry Pi — des composants souvent d’origine occidentale, détournés de leur usage initial pour alimenter cette machine de guerre. C’est l’ironie tragique de la mondialisation : la même technologie qui devait connecter les humains sert aujourd’hui à les détruire à distance, avec une précision glaciale.
L’adaptation continue d’une machine de guerre
Chaque nouveau modèle de drone apporte son lot de « progrès » terrifiants. Le Geran-5 ne se contente pas d’être plus rapide ; il adopte une configuration aérodynamique conventionnelle qui le rend plus stable en vol, plus difficile à repérer sur les radars, plus efficace dans sa mission meurtrière. Ses composants restent compatibles avec les modèles précédents, facilitant la production de masse et la maintenance. C’est la guerre industrielle à l’ère numérique : une chaîne de montage de la mort qui ne s’arrête jamais, qui s’améliore constamment, qui intègre chaque retour du terrain pour devenir plus létale.
Et ce n’est pas fini. Les services de renseignement ukrainiens rapportent que la Russie envisage de lancer le Geran-5 depuis des avions d’attaque comme le Su-25, augmentant considérablement sa portée effective. Plus alarmant encore : l’idée d’équiper ces drones de missiles air-air R-73 pour cibler les avions ukrainiens. Ce qui n’était au départ qu’une arme anti-infrastructures deviendrait alors une menace directe pour les forces aériennes ukrainiennes, transformant un outil de terreur en instrument de supériorité aérienne. Chaque innovation technologique, chaque « amélioration », chaque nouvelle capacité — c’est encore plus de peur. Encore plus de morts. Encore plus de vies brisées.
Cette évolution me terrifie. Pas seulement parce que chaque nouvelle arme est plus dangereuse que la précédente. Mais parce qu’elle révèle quelque chose de profondément inquiétant : la capacité humaine à innover dans la destruction. On a passé des siècles à inventer des machines pour soigner, construire, améliorer la vie. Et voilà qu’aujourd’hui, l’ingéniosité se met au service de la terreur. Chaque nouveau drone, chaque nouvelle spécification technique, chaque nouvelle capacité — c’est comme un doigt d’accusation pointé vers notre capacité à transformer le savoir en souffrance. Et je me demande : où est la limite ? Où s’arrête cette course à l’armement ? Quand cessera-t-on d’inventer de nouvelles façons de tuer ?
Section 3 : l'impact humain derrière les chiffres
Les victimes invisibles d’une guerre à distance
Les statistiques sont effrayantes. Selon l’ONU, les attaques de missiles et de drones à longue portée ont tué 548 civils et en ont blessé 3 592 entre janvier et octobre 2025, soit une augmentation de 26 % des morts et 75 % des blessés par rapport à la même période en 2024. À Kyiv, le nombre de victimes civiles dans les dix premiers mois de 2025 était près de quatre fois supérieur à celui de toute l’année 2024. Mais derrière chaque chiffre, il y a un visage. Une histoire. Une vie brisée ou volée. Le rapport de l’ONU mentionne huit civils tués et 34 blessés, dont quatre enfants, lors d’une seule attaque coordonnée dans la nuit du 24 au 25 novembre 2025. Huit vies. Trente-quatre blessures. Quatre enfants.
Pensez-y une seconde. Quatre enfants. Quatre êtres innocents dont la seule faute a été d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Quatre familles dont le monde s’est effondré en quelques secondes. Quatre父母 qui ne reverront jamais leur enfant sourire. Quatre frères et sœurs qui grandiront avec un vide impossible à combler. Et ce n’est qu’une seule attaque. Une seule nuit parmi des centaines. Des centaines de nuits où le ciel s’illumine d’explosions, où les sirènes hurlent, où les gens s’entassent dans les couloirs, les caves, les abris, priant pour que le missile passe ailleurs. Priant pour que ce soit pas eux. Pas cette fois.
Vous savez ce que c’est, cette attente ? Ce moment suspendu où chaque seconde dure une éternité ? Où on entend l’explosion au loin et on se demande : est-ce que c’était pour moi ? Est-ce que la prochaine va frapper plus près ? Les rapporteurs de l’ONU parlent de « millions de personnes qui craignent pour leurs proches chaque fois que des centaines de drones et missiles survolent leurs têtes ». Millions. Vous imaginez ? Des millions de vies suspendues dans la peur. Des millions de cœurs qui s’affolent chaque fois que les sirènes se déclenchent. Comment peut-on supporter ça ? Comment peut-on continuer à fonctionner, à travailler, à aimer, à vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ? Et surtout : comment peut-on infliger ça délibérément à d’autres humains ?
La destruction méthodique des infrastructures vitales
Les drones et missiles ne visent pas seulement les humains. Ils visent ce qui permet aux humains de vivre : l’électricité, l’eau, le chauffage. Depuis des mois, la Russie mène une campagne systématique contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, orchestrant ce que les experts appellent une guerre de l’énergie. Le rapport de l’ONU note que « les attaques russes contre les installations énergétiques en Ukraine ont laissé la majorité des régions du pays confrontées à de graves pénuries d’électricité » alors que l’hiver approche et que les températures commencent à chuter. Pénuries graves. C’est un euphémisme pour dire : millions de personnes sans chauffage dans un hiver ukrainien qui peut descendre à moins vingt degrés.
Imaginez votre vie sans électricité. Pas de lumière. Pas de chauffage. Pas d’eau courante. Pas de moyen de charger votre téléphone pour contacter vos proches. Pas d’équipements médicaux qui fonctionnent. Pas de frigo pour conserver la nourriture. Imaginez ça au cœur de l’hiver. Quand chaque degré compte. Quand la mort peut venir du froid autant que des bombes. Les coupures d’urgence après les attaques s’ajoutent aux délestages already existants. Les gens vivent avec quelques heures d’électricité par jour, parfois moins. Ils apprennent à cuisiner sur des feux de camp improvisés dans les appartements. À se laver à l’eau froide. À dormir sous plusieurs couvertures, tous ensemble, pour partager la chaleur corporelle. C’est la vie quotidienne dans l’Ukraine de 2026. Et chaque nouveau drone, chaque nouvelle attaque, c’est encore un peu plus de misère. Encore un peu plus de souffrance.
Il y a des moments où cette guerre me laisse sans voix. Où la cruauté systématique me semble incompréhensible. Pourquoi viser les infrastructures énergétiques ? Pourquoi priver des millions de personnes de chauffage en plein hiver ? Quelle stratégie militique justifie de faire geler des enfants, des personnes âgées, des malades ? Il n’y a pas de justification militique. C’est de la terreur pure. C’est dire : « Je peux vous faire souffrir de mille façons, et je vais les utiliser toutes. » C’est rendre la vie impossible. C’est briser le corps autant que l’esprit. Et je me demande : à quel moment l’humanité va-t-elle dire stop ? À quel moment le monde va-t-il regarder ces gens qui gèlent dans leurs appartements et dire : ça suffit, on ne peut plus accepter ça ?
Section 4 : la guerre des drones, une nouvelle ère de conflit
L’asymétrie terrifiante d’une guerre à distance
Les drones ont transformé la nature de la guerre. Avant, pour frapper une ville ennemie, il fallait envoyer des pilotes risquer leur vie, des troupes au sol, des ressources considérables. Aujourd’hui, un opérateur peut lancer des centaines de drones depuis des centaines de kilomètres, sans jamais mettre le pied sur le territoire ennemi, sans jamais voir les visages des gens qu’il tue. C’est la guerre déshumanisée à son paroxysme. Une guerre qui s’apparente davantage à un jeu vidéo qu’à un conflit armé traditionnel, sauf que les « score » ce sont des vies humaines. Les Russes ont lancé « près de 1 100 drones de frappe contre l’Ukraine en une seule semaine », selon le président Volodymyr Zelensky, auxquels s’ajoutent 890 bombes aériennes guidées et 50 missiles. Mille cent drones. En une semaine.
Cette asymétrie crée une dynamique terrifiante pour les défenseurs ukrainiens. Chaque drone coûte une fraction du prix d’un système de défense antimissile. Chaque missile intercepté est une victoire, mais aussi un coût énorme en ressources. La Russie peut se permettre de lancer des centaines d’engins, sachant que même si 90 % sont interceptés, les 10 % restants feront des dégâts considérables. C’est une guerre d’usure, où l’attaquant dispose d’une profondeur de ressources que le défenseur ne peut égaler. Et les nouvelles technologies comme le Geran-5 ne font qu’accentuer ce déséquilibre : plus rapide, plus difficile à intercepter, plus létal, il oblige les défenses ukrainiennes à s’adapter en permanence, à investir toujours plus dans des systèmes de contre-mesures qui coûtent des millions.
La réponse ukrainienne : innovation et résilience
Face à cette déferlante, l’Ukraine ne reste pas passive. Le pays a considérablement accru sa production de drones intercepteurs, ces engins conçus spécifiquement pour contrer les Shahed et autres drones russes. En 2026, l’Ukraine a atteint des records de production, inaugurant ce que certains appellent « une nouvelle ère dans la défense aérienne ». Ces intercepteurs, moins coûteux que les missiles traditionnels, permettent d’abattre les drones ennemis avec un ratio coût-efficacité bien supérieur. C’est une course à l’armement à l’envers : chaque innovation offensive est contrecarrée par une innovation défensive, dans une spirale sans fin.
Mais la résilience ukrainienne ne se limite pas aux solutions technologiques. C’est aussi une résilience humaine, quotidienne, obstinée. Les gens continuent à vivre malgré tout. Les entreprises continuent à fonctionner. Les écoles restent ouvertes autant que possible. Les services d’urgence interviennent immédiatement après chaque attaque, réparant les infrastructures, soignant les blessés, déblayant les décombres. C’est cette capacité à continuer, malgré tout, qui frappe le plus. À refuser de laisser la terreur dicter chaque aspect de l’existence. À reconstruire ce qui a été détruit, encore et encore, avec une ténacité qui défie l’entendement.
Et là, je suis admiratif. Vraiment. Face à cette machine de guerre implacable, face à cette terreur systématique, les Ukrainiens continuent. Ils vivent. Ils aiment. Ils espèrent. Ils se battent. C’est incroyable. Vous imaginez, vivre avec ça ? Avoir peur chaque fois que le ciel s’assombrit, mais continuer quand même ? Continuer à élever ses enfants, à aller travailler, à projeter l’avenir alors que tout peut s’arrêter en une seconde ? C’est une leçon de courage que le monde entier devrait méditer. Une leçon de dignité face à l’adversité. Et je me demande : si c’était moi, si c’était ma ville, ma famille, aurais-je cette force ? Aurais-je cette capacité à continuer à vivre malgré tout ?
Section 5 : l'avenir d'une guerre qui ne s'arrête pas
Les scénarios inquiétants de l’escalade
Le déploiement du Geran-5 n’est pas une fin en soi. C’est une étape dans une trajectoire inquiétante. Les services de renseignement ukrainiens ont identifié plusieurs scénarios futurs qui font froid dans le dos. L’utilisation du Geran-5 comme missile air-air, capable de cibler les avions ukrainiens, changerait radicalement la donne dans le ciel ukrainien. Mais il y a plus inquiétant encore : la perspective de drones autonomes, capables de prendre des décisions de ciblage sans intervention humaine. Des « swarms » de drones qui pourraient coordonner leurs attaques, saturant les défenses aériennes de manière encore plus efficace. Des drones furtifs, invisibles aux radars, capables de frapper sans avertissement.
L’Iran, fournisseur historique de technologies de drones à la Russie, a déjà dévoilé le Hadid-110, un drone suicide à propulsion jet et furtivité. On peut craindre que cette technologie finisse entre les mains russes, donnant naissance à une nouvelle génération de Geran encore plus difficiles à détecter et à intercepter. Chaque nouvelle technologie, chaque nouvelle spécification, chaque nouvelle capacité — c’est l’assurance que cette guerre continuera, qu’elle s’intensifiera, qu’elle deviendra encore plus meurtrière. L’innovation n’est plus synonyme de progrès ; elle est devenue synonyme d’escalade.
Les implications globales d’une nouvelle forme de guerre
Ce qui se passe en Ukraine n’est pas seulement une préoccupation ukrainienne. C’est un laboratoire pour l’avenir de la guerre à l’échelle mondiale. Les leçons apprises ici — les tactiques de drones, les stratégies de défense, les technologies de contremesure — seront appliquées ailleurs. Les conflits futurs, qu’ils soient en Europe, en Asie, au Moyen-Orient ou en Afrique, utiliseront ces mêmes technologies. Les mêmes méthodes. La même terreur à distance. Ce que la Russie teste aujourd’hui contre l’Ukraine, d’autres puissances pourront l’utiliser demain contre leurs propres ennemis. La guerre des drones démocratise la destruction, rendant possible des campagnes de terreur à distance qui étaient jusqu’ici réservées aux superpuissances dotées d’arsenaux nucléaires.
Et les implications dépassent le militaire. Cette transformation de la guerre a des conséquences économiques, politiques, sociales. Les coûts de défense explosent, obligeant les nations à réallouer des ressources massives vers les systèmes antimissiles et antiaériens. Les populations vivent sous la menace constante d’attaques depuis le ciel, transformant la vie quotidienne en une série de mesures de sécurité et de précautions. La notion même de frontière devient floue : avec des drones capables de parcourir mille kilomètres, aucune ville n’est vraiment à l’abri. Plus aucun citoyen ne peut se sentir en sécurité, même loin des lignes de front.
C’est ça qui me fait le plus peur. Pas seulement pour l’Ukraine, mais pour nous tous. Pour l’avenir de l’humanité. Cette guerre nous montre ce que sera demain : un monde où n’importe quel acteur, État ou groupe, peut projeter la terreur à des milliers de kilomètres, avec une précision chirurgicale. Un monde où la frontière entre guerre et paix, entre civil et militaire, entre champ de bataille et ville paisible s’estompe jusqu’à disparaître. Et je me demande : sommes-nous prêts pour ça ? Avons-nous réfléchi aux conséquences ? Avons-nous compris que ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui est peut-être le futur qui nous attend demain ?
Section 6 : les visages de la résistance
Les soldats du ciel, première ligne invisible
Dans les sous-sols de Kyiv, dans des centres de commandement dont la localisation reste secrète, des hommes et des femmes travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ce sont les opérateurs de défense aérienne, les soldats du ciel invisibles qui combattent les drones russes depuis des écrans. Ils sont jeunes pour la plupart, la vingtaine, la trentaine. Avant la guerre, certains étaient programmeurs, ingénieurs, étudiants. Aujourd’hui, ils sont les gardiens du ciel ukrainien, responsables d’intercepter les drones qui menacent leur ville. Chaque nuit, ils voient défiler sur leurs écrans des centaines de points lumineux — chaque point représentant une menace potentielle, chaque décision pouvant sauver ou coûter des vies.
Andriï a vingt-huit ans. Avant février 2022, il était développeur de logiciels dans une startup de Kyiv. Il aimait son travail, les sorties entre amis, les week-ends dans les Carpates. Aujourd’hui, il passe ses nuits devant des radars, coordonnant les interceptions de drones Shahed et Geran. « On ne dort plus vraiment, » me confie-t-il. « On s’habitue au manque de sommeil, à l’adrénaline, à la tension permanente. Mais ce à quoi on ne s’habitue jamais, c’est le poids des décisions. Chaque fois qu’on choisit de ne pas intercepter un drone parce qu’on manque de munitions, on sait qu’il va frapper quelque part. Qu’il va tuer peut-être. Ce poids, ça ne part jamais. »
Les équipes de reconstruction, bâtisseurs d’espoir
Pendant que les opérateurs de défense aérienne combattent les drones, d’autres équipes travaillent dans les rues, reconstruisant ce qui a été détruit. Les équipes des services d’urgence, les ingénieurs électriciens, les ouvriers du bâtiment — ils sont les bâtisseurs d’espoir qui remettent debout ce que la guerre a fait tomber. Oleksandra a quarante-deux ans. Elle est ingénieure électricienne à Kharkiv. Depuis le début des attaques massives contre les infrastructures énergétiques, elle travaille quatorze heures par jour, réparant les lignes électriques, remplaçant les transformateurs bombardés, restaurant le courant dans les quartiers privés d’électricité.
« Il y a des moments où c’est épuisant, » reconnaît-elle. « On finit une réparation, on rallume le courant, et quelques heures plus tard, une nouvelle attaque détruit tout ce qu’on vient de faire. On a l’impression de travailler en boucle, de courir après une destruction qui ne s’arrête jamais. Mais ensuite, on voit les gens dans la rue, quand l’électricité revient. Ils sourient, ils nous remercient, ils sont soulagés. Et ça, ça donne la force de continuer. Parce qu’on ne reconstruit pas des câbles et des transformateurs. On reconstruit des vies. »
Ces gens me fascinent. Et me bouleversent. Andriï qui sacrifie sa jeunesse pour défendre son ciel. Oleksandra qui passe ses nuits à reconstruire ce que d’autres passent leur temps à détruire. Ils sont le visage de la résistance ukrainienne. Pas les héros des films, pas les soldats héroïques des reportages télévisés. Des gens ordinaires, comme vous et moi, qui se sont trouvés plongés dans l’extraordinaire et qui ont choisi de ne pas abandonner. Et je me demande : si c’était moi, aurais-je cette force ? Aurais-je cette capacité à donner autant, à sacrifier autant, à continuer malgré tout ? Ou serais-je parmi ceux qui fuient, qui se cachent, qui attendent que ça passe ?
Section 7 : les nuits blanches d'une génération sacrifiée
Marina et le bourdonnement du ciel
Revenons à Marina. Marina a sept ans. Elle vit dans un appartement du cinquième étage d’un immeuble de Kharkiv. Avant la guerre, sa chambre était décorée de papillons en papier, de dessins colorés au mur, de peluches sur son lit. Elle aimait écouter les histoires que sa mère lui lisait le soir avant de s’endormir. Elle aimait se réveiller le matin avec le soleil sur son visage. Elle aimait la routine rassurante d’une enfance normale. Aujourd’hui, Marina ne dort plus comme les autres enfants. Elle a appris à reconnaître le son des différentes menaces du ciel. Le vrombissement grave des missiles de croisière. Le bourdonnement plus aigu des drones Shahed. Le hurlement nouveau, plus puissant, du Geran-5.
« Dès qu’elle entend le moindre bruit, elle saute du lit, » raconte sa mère, Iryna. « Elle attrape son sac d’urgence — elle en a un près de son lit avec sa poupée préférée, une lampe de poche, des bonbons — et elle court vers le couloir. Parfois, elle pleure en silence. Parfois, elle demande : ‘Maman, est-ce que c’est pour nous ?’ Et je ne sais jamais quoi répondre. Comment expliquer à un enfant de sept ans que le monde est devenu fou ? Comment lui dire que oui, ça pourrait être pour nous, que n’importe qui peut être touché, que le ciel est devenu un ennemi ? »
La psychologie d’une génération sous les drones
Les psychologues qui travaillent avec les enfants ukrainiens parlent d’une « génération traumatisée ». Des enfants qui ont grandi avec les sirènes, les explosions, les nuits dans les abris. Des enfants dont le développement cognitif et émotionnel a été marqué par la terreur constante. Des études menées par l’UNICEF et d’autres organisations montrent des taux alarmants d’anxiété, de dépression, de troubles du sommeil chez les enfants ukrainiens. Mais il y a plus profond encore : une transformation de la perception même du monde. Ces enfants ne verront jamais le ciel comme un lieu de liberté et de rêves, mais comme une source potentielle de danger.
Iryna continue : « L’autre jour, on a vu un avion civil dans le ciel. Un vrai, avec les passagers, la destination normale. Marina a paniqué. Elle s’est mise à trembler, elle a couru se cacher. Elle n’arrive pas à faire la différence. Pour elle, tout ce qui vole, c’est une menace. Le ciel, ça fait peur. Ça fait peur de lever les yeux. Ça fait peur de rêver. Ça fait peur d’espérer. Et ça me brise le cœur, parce qu’elle a sept ans. Elle devrait avoir peur des monstres sous son lit, pas des drones au-dessus de sa tête. »
Et là… silence. Juste ce silence lourd qui serre la gorge. Parce que quoi dire ? Face à ça, les mots manquent. Marina a sept ans. Elle ne devrait pas savoir ce qu’est un drone. Elle ne devrait pas avoir un sac d’urgence près de son lit. Elle ne devrait pas paniquer en voyant un avion dans le ciel. Elle devrait pouvoir être une enfant. Juste une enfant. C’est tout. Et on lui a volé ça. On lui a volé son enfance. On lui a volé la capacité de voir le ciel comme un lieu de beauté. On lui a volé l’innocence. Et tout ça pour quoi ? Pour quelle stratégie ? Pour quel but ? Il n’y a pas de justification. Il n’y a pas de sens. Juste une cruauté aveugle qui sacrifie des générations entières sur l’autel d’une ambition démente.
Section 8 : l'innovation dans la mort, l'obsession de l'escalade
L’ingénierie de la terreur
Pour comprendre le Geran-5, il faut comprendre la logique qui l’a créé. Ce n’est pas une arme conçue pour vaincre sur un champ de bataille conventionnel. C’est une arme conçue pour briser la volonté d’un peuple tout entier. Chaque spécification technique, chaque caractéristique de conception, répond à cet objectif. La portée de mille kilomètres ? Pour que nulle part en Ukraine ne soit en sécurité. L’ogive de quatre-vingt-dix kilos ? Suffisante pour détruire un immeuble résidentiel ou une sous-station électrique, mais pas assez pour justifier l’utilisation d’un missile stratégique coûteux. La propulsion jet ? Pour rendre l’interception plus difficile, pour augmenter la vitesse, pour réduire le temps de réaction des défenses.
C’est l’ingénierie de la terreur à son paroxysme. Une approche méthodique, scientifique, de l’intimidation de masse. Les ingénieurs russes qui ont conçu le Geran-5 ne se sont pas posé de questions morales. Ils se sont concentrés sur l’efficacité. Comment maximiser la peur ? Comment optimiser la destruction ? Comment rendre la défense la plus coûteuse possible ? C’est la guerre moderne version 2026 : une application froide et calculatrice de la technologie à la souffrance humaine. Et le résultat, c’est six mètres de métal qui traversent le ciel ukrainien, emportant avec eux quatre-vingt-dix kilos de mort programmée.
La spirale sans fin de l’escalade technologique
Le problème fondamental, c’est que cette course à l’armement n’a pas de fin naturelle. Chaque nouvelle innovation offensive appelle une innovation défensive. Chaque amélioration des drones russes appelle une amélioration des défenses ukrainiennes. Et ainsi de suite, dans une spirale qui ne peut que s’intensifier. Le Geran-5 est la réponse ukrainienne aux interceptions efficaces des Geran-2. Demain, il y aura le Geran-6 ou le Geran-7, avec de nouvelles capacités. Après-demain, les défenses ukrainiennes se seront encore adaptées. C’est une guerre qui ne peut être gagnée par la technologie seule, parce que la technologie est par nature imparfaite et évolutive.
Et dans cette spirale, ce sont les civils qui paient le prix. Chaque nouvelle génération de drones est un peu plus difficile à intercepter, ce qui signifie qu’un peu plus passent à travers les défenses. Chaque interception réussie est une victoire, mais chaque échec est une tragédie. La technologie ne résout pas le problème ; elle le transforme. Elle déplace les lignes, change les paramètres, mais ne supprime jamais la menace sous-jacente : la volonté délibérée de faire souffrir une population entière pour atteindre des objectifs politiques.
Cette course à l’armement me désespère. Parce qu’elle est sans fin. Parce qu’elle ne peut mener qu’à une chose : toujours plus de souffrance. Toujours plus de morts. Toujours plus de destruction. Chaque nouvelle « amélioration » est une promesse de douleur. Chaque nouvelle « innovation » est une menace supplémentaire. Et je regarde tout ça, et je me demande : comment en sommes-nous arrivés là ? Comment a-t-on pu transformer l’ingéniosité humaine, la créativité, l’intelligence — ces qualités qui devraient nous élever — en instruments de destruction systématique ? Comment a-t-on pu accepter que le progrès technologique serve à faire souffrir ? C’est une perversion de tout ce que l’humanité devrait représenter.
Section 9 : vers quel avenir ?
Les scénarios possibles de sortie de crise
Alors, quel est l’avenir ? Comment cette guerre des drones peut-elle se terminer ? Les scénarios sont nombreux, et aucun n’est réjouissant. Le premier scénario est celui d’une épuisement progressif : l’Ukraine parvient à développer des défenses suffisamment efficaces pour neutraliser la majorité des attaques, rendant les drones russes moins stratégiques et plus symboliques. C’est le scénario de l’espoir, mais il suppose des ressources massives, un soutien international durable, et du temps — beaucoup de temps.
Le deuxième scénario est celui d’une intensification de la course à l’armement : la Russie continue à innover, à déployer de nouvelles générations de drones toujours plus sophistiqués, forçant l’Ukraine à investir toujours plus dans ses défenses. C’est le scénario de l’escalade sans fin, où chaque camp cherche à dépasser l’autre technologiquement, dans une spirale qui ne peut que s’accélérer. Et le troisième scénario ? C’est celui de la résignation. L’Ukraine s’habitue à vivre sous les drones, intégrant cette menace dans sa réalité quotidienne comme un élément permanent de son existence. C’est le scénario le plus effrayant, parce qu’il signifie accepter l’inacceptable.
Le rôle de la communauté internationale
Aucun de ces scénarios ne peut se jouer sans l’intervention de la communauté internationale. Le soutien militaire à l’Ukraine — systèmes de défense aérienne, munitions d’interception, technologies de contre-mesure — est crucial pour le premier scénario. La pression diplomatique et économique sur la Russie — sanctions, isolations international, limitations de l’accès aux technologies — est essentielle pour limiter sa capacité à innover. Et la responsabilité morale de tous les États qui refusent d’accepter que la terreur systématique des populations civiles devienne une norme de guerre moderne est fondamentale pour le troisième scénario.
Mais au-delà des mesures concrètes, il y a une urgence plus profonde : celle de repenser les règles de la guerre à l’ère des drones. Comment réglementer une technologie qui démocratise la terreur ? Comment définir ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ? Comment empêcher que les leçons apprises en Ukraine ne deviennent le manuel de la guerre de demain ? Ces questions n’ont pas de réponses simples, mais elles doivent être posées. Maintenant. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine ne devienne la norme de demain ailleurs.
Et je reviens à Marina. Marina qui a sept ans. Marina qui ne peut plus regarder le ciel sans peur. Marina dont l’enfance a été volée par six mètres de métal hurlant dans la nuit. On peut parler de stratégies, de scénarios, de diplomatie, de règles internationales. Tout ça est important, nécessaire même. Mais ce qui compte vraiment, c’est Marina. C’est Iryna sa mère. C’est Andriï l’opérateur de défense. C’est Oleksandra l’ingénieure. C’est des millions de vies ordinaires qui se retrouvent prises dans l’extraordinaire d’une guerre sans fin. Et je me demande : combien de Marinas encore ? Combien d’enfants dont on va voler l’enfance ? Combien de générations sacrifiées sur l’autel d’une ambition démente ? À quel moment le monde va-t-il dire : basta, ça suffit, on ne peut plus accepter ça ? Ou est-ce que Marina et toute sa génération sont condamnées à vivre avec le bourdonnement du ciel ? À apprendre à ne plus rêver parce que le rêve est devenu dangereux ? À grandir en sachant que le ciel peut tuer ? Je ne sais pas. Mais je sais une chose : tant qu’un enfant a peur de lever les yeux vers le ciel, quelque chose est fondamentalement brisé dans ce monde. Et c’est à nous de le réparer.
Conclusion : le ciel ne devrait pas tuer
Marina et les papillons
Marina a sept ans. Dans sa chambre à Kharkiv, il y a encore des papillons en papier accrochés au mur. Ils sont un peu jaunis maintenant, un peu déchirés par le temps et les épreuves. Mais ils sont là. Témoins silencieux d’un temps où le ciel était un lieu de liberté, où les papillons pouvaient voler sans peur, où une enfant pouvait rêver d’avenir. Marina ne regarde plus ces papillons comme avant. Avant, ils représentaient la beauté, la légèreté, la joie simple d’être enfant. Aujourd’hui, ils lui rappellent ce qu’elle a perdu. Ce qu’on lui a pris. Ce qu’elle ne retrouvera peut-être jamais.
Pourtant, parfois, quand il n’y a pas d’attaque, quand les sirènes se taisent, quand le bourdonnement du ciel s’arrête pour quelques heures, Marina s’assoit sur son lit et regarde ses papillons. Elle ferme les yeux. Elle imagine qu’ils volent. Là-haut. Dans ce ciel qui lui fait si peur. Elle imagine qu’ils sont libres, qu’ils ne connaissent ni les missiles ni les drones, ni les explosions ni les ténèbres. Elle imagine un monde où le ciel est seulement bleu. Où les seules choses qui volent sont les oiseaux et les papillons et les rêves des enfants. Où Marina peut être simplement Marina, une enfant de sept ans qui aime les papillons.
Six mètres. Mille kilomètres. Quatre-vingt-dix kilos de mort. Des chiffres froids pour une réalité brûlante. Mais au-delà des spécifications techniques, des rapports militaires, des analyses géopolitiques, il y a ça : une enfant qui rêve de papillons dans un ciel qui lui fait peur. Il y a Iryna qui ne sait pas comment répondre quand sa fille demande si l’explosion est pour eux. Il y a Andriï qui porte le poids de chaque décision de ne pas intercepter. Il y a Oleksandra qui reconstruit ce que d’autres détruisent. Il y a des millions de vies suspendues dans la peur, dans l’attente, dans l’espoir contre toute espérance. Et je me demande : est-ce que c’est ça, le monde qu’on veut laisser à nos enfants ? Un monde où le ciel peut tuer ? Un monde où l’ingéniosité sert à détruire ? Un monde où des enfants comme Marina doivent apprendre à ne plus rêver parce que le rêve est devenu dangereux ? Ou est-ce qu’on peut encore imaginer autre chose ? Un monde où les papillons volent en paix. Un monde où le ciel n’est qu’un ciel. Un monde où Marina peut être simplement une enfant. Je veux croire que oui. Je veux croire qu’un jour, Marina regardera le ciel sans peur. Qu’elle verra des papillons et non des drones. Qu’elle rêvera d’avenir et non de survie. Mais pour ça, il faut que quelque chose change. Il faut que le monde dise stop. Il faut que nous disions stop. Parce que le ciel ne devrait pas tuer. Parce que les enfants devraient pouvoir rêver. Parce que Marina a sept ans, et elle mérite mieux que ça. Beaucoup mieux que ça.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent, « Russia deploys new Geran-5 jet-powered drone against Ukraine, intel says », 11 janvier 2026, par Martin Fornusek
United24 Media, « Ukraine Reports First Deployment of Russia’s Jet-Launch Capable Geran-5 Drones », 11 janvier 2026, par Ivan Khomenko
Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, « Civilian Casualties Mount as Russian Armed Forces Step Up Attacks on Ukraine’s Energy Infrastructure Ahead of Winter, UN Human Rights Monitors Say », 25 novembre 2025
Sources secondaires
Wikipedia, « Shahed drones », consulté en janvier 2026
Institute for the Study of War, « Russian Offensive Campaign Assessment, January 11, 2026 », janvier 2026
NPR, « Ukraine sets fire to Russian oil depot after Moscow launches… », 10 janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.