Un monstre de munitions en feu
Le dépôt de Makiivka n’était pas n’importe quel entrepôt. C’était un véritable monstre logistique, rempli de roquettes, d’obus d’artillerie, de munitions de tous calibres — des stocks accumulés par la 51e Armée russe pour soutenir ses opérations dans le secteur de Donetsk. Des mois, peut-être des années de ravitaillement, empilés dans des bâtiments industriels massifs, camouflés parmi les infrastructures civiles de la ville. Les Russes pensaient qu’ici, au cœur du territoire occupé, loin du front, ils étaient à l’abri. Ils avaient tort. La première frappe a touché le centre du complexe. Immédiatement, les munitions ont commencé à détoner en chaîne. Pas des explosions isolées, mais un enfer continu qui a duré des heures. Les témoins décrivent un spectacle apocalyptique : le ciel éclairé par des éclairs permanents, le sol qui tremble comme lors d’un séisme, des projectiles qui s’envolent dans tous les directions et retombent parfois à des kilomètres de là, déclenchant des incendies secondaires. Les pompiers russes n’ont même pas essayé d’intervenir. Comment auraient-ils pu ? Face à un dépôt de munitions qui explose, il n’y a qu’une seule chose à faire : attendre. Attendre que tout brûle. Attendre que tout s’arrête. Et prier pour ne pas être touché par un obus perdu.
La puissance de la destruction est difficile à imaginer. Des bâtiments entiers se sont effondrés sous l’impact des explosions secondaires. Les toitures se sont envolées comme des feuilles de papier au vent. Les murs de béton armé, conçus pour résister aux bombardements, se sont fissurés puis ont cédé sous la pression dévastatrice des détonations successives. Et au milieu de ce chaos, les soldats russes qui se trouvaient dans le dépôt ont disparu. Non pas « tués au combat » avec des médailles posthumes et des funérailles officielles, mais simplement éliminés. Rayés de l’existence comme s’ils n’avaient jamais existé. Leurs corps calcinés mélangés aux décombres, aux munitions fondues, aux restes de l’équipement militaire qu’ils géraient. C’est cette mort anonyme, sans gloire, sans témoins, qui est peut-être la plus terrifiante. Mourir dans les flammes en sachant que personne ne saura exactement comment, ni quand, ni pourquoi. Juste un nom sur une liste. Un numéro dans un bilan officiel. Une statistique anonyme dans une guerre qui ne compte plus les victimes.
Les munitions qui parlent
Ce que nous dit cette explosion, c’est quelque chose de profondément perturbant sur la nature de cette guerre. Chaque obus qui a brûlé dans ce dépôt, chaque roquette qui a explosé en pure perte, c’est potentiellement des vies ukrainiennes qui ont été épargnées. Des villes qui n’ont pas été bombardées. Des civils qui n’ont pas été tués. Mais c’est aussi une illustration terrifiante de l’échelle de la machine de guerre russe. La quantité de munitions stockées à Makiivka ne s’explique pas par une simple défense locale. C’est du stockage stratégique, à long terme, qui indique que Moscou n’avait pas l’intention de partir. Jamais. Ces munitions étaient là pour des années d’occupation, pour une guerre d’usure que les Russes pensaient pouvoir gagner par la simple accumulation de feu et d’acier. Et en une nuit, en quelques heures d’explosions dévastatrices, tout cet investissement a disparu en fumée. Littéralement.
Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette destruction. Les Russes ont occupé Makiivka, transformé cette ville industrielle en base arrière, entassé des montagnes de munitions dans des entrepôts cachés parmi les zones résidentielles — pensant que la population ukrainienne locale servirait de bouclier humain, pensant que l’Ukraine n’oserait jamais frapper si fort au milieu des civils. Ils avaient tort. L’Ukraine a frappé. Et elle a frappé fort. Pas par méchanceté, mais par nécessité. Parce que chaque munition stockée à Makiivka est une munition qui sera utilisée contre des Ukrainiens. Chaque obus qui brûle ce soir, c’est peut-être un enfant à Kharkiv ou à Avdiivka qui survivra demain. Est-ce que c’est moral ? Est-ce que c’est juste ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que dans une guerre d’extermination comme celle-ci, la morale devient un luxe que personne ne peut se permettre. Les Russes ont choisi de transformer les villes ukrainiennes en cibles. L’Ukraine leur rend la pareille. Et c’est tout.
Section 3 : l'ombre qui siffle dans le ciel
Les drones, ces nouveaux anges de la mort
Comment l’Ukraine a-t-elle réussi cet exploit ? Comment a-t-elle pu frapper quatre cibles simultanément dans le territoire occupé, avec une précision chirurgicale, sans qu’aucune défense aérienne russe ne puisse l’arrêter ? La réponse tient dans un seul mot : drones. Pas les gros drones de combat armés de missiles guidés comme ceux que l’on voit dans les films hollywoodiens, mais des engins plus petits, plus agiles, plus insaisissables. Des drones qui volent bas, qui sont difficiles à détecter aux radars, qui peuvent manœuvrer entre les immeubles et les infrastructures industrielles. Des drones qui coûtent quelques milliers de dollars mais qui peuvent détruire des installations valant des millions. C’est la nouvelle réalité de cette guerre : la technologie bon marché qui bat les systèmes de défense coûteux. Les Russes, avec leurs S-300 et S-400, leurs systèmes antiaériens sophistiqués, leurs radars ultra-modernes, se sont retrouvés impuissants face à ces petits engins qui sifflent dans la nuit comme des insectes mortels.
L’opération a été coordonnée par le Deep Strike Center, une nouvelle unité des Forces de Systèmes Sans Pilote ukrainiennes créée spécifiquement pour ce type de missions de frappe profonde. Le concept est simple mais brillant : au lieu d’attaquer une cible isolée, on lance une offensive coordonnée sur plusieurs sites simultanément. Avant que les Russes ne comprennent ce qui se passe à Makiivka, les drones frappent déjà Marioupol. Avant qu’ils ne réagissent à Marioupol, Staryi Krym est en feu. Avant qu’ils ne puissent déployer leurs défenses, tout est terminé. Les drones sont repartis. Les dégâts sont faits. Les cibles sont détruites. C’est la guerre du futur, appliquée aujourd’hui : rapidité, coordination, précision, et disparition immédiate après l’attaque. Les Russes restent avec leurs systèmes d’alerte qui hurlent, leurs radars qui tournent en rond dans le vide, et leurs cibles en flammes. C’est humiliant. C’est dévastateur. Et c’est extrêmement efficace.
Le silence qui précède l’orage
Ce qui est le plus effrayant dans cette nouvelle forme de guerre, c’est le silence. Contrairement à l’artillerie traditionnelle, qui annonce sa présence par le bruit des tirs et le sifflement caractéristique des obus, les drones approchent presque sans bruit. Un léger bourdonnement, à peine audible au-dessus du vent urbain. Et puis BAM. L’explosion. Pas d’avertissement. Pas de temps pour courir vers un abri. Pas de chance de survie si vous êtes mal placé. Les soldats russes dans le dépôt de Makiivka n’ont probablement rien entendu avant que le premier projectile ne frappe. Ils dormaient peut-être. Ils buvaient peut-être du thé. Ils discutaient peut-être de leur famille restée au pays. Et en une seconde, tout s’est arrêté. Le silence définitif. C’est cette mort instantanée, sans préavis, sans dignité même, qui caractérise la guerre moderne par drones. Une guerre où la technologie tue de plus en plus efficacement, de moins en moins personnellement, et totalement sans merci.
Vous savez ce qui me hante dans cette histoire ? Le contraste entre la froideur technologique et l’humanité des victimes. Les drones qui frappent Makiivka sont pilotés par des opérateurs ukrainiens assis dans des salles climatisées, des centaines de kilomètres de là. Ils regardent des écrans, ils appuient sur des boutons, ils coordonnent les frappes comme s’ils jouaient à un jeu vidéo complexe. Et à l’autre bout de la chaîne, il y a les soldats russes qui meurent. Des hommes avec des mères, des épouses, des enfants. Des hommes qui avaient des projets, des rêves, une vie avant d’être envoyés ici. La guerre est devenue une abstraction lointaine pour ceux qui la mènent, mais une réalité brutale pour ceux qui la subissent. Et je me demande : est-ce que cette distance, cette médiation par la technologie, nous rend plus ou moins humains ? Est-ce que tuer avec un drone, depuis un bureau sécurisé, est différent de tuer avec une baïonnette, face à face ? Je ne sais pas. Mais je sais que le résultat est le même. Des hommes meurent. Et des mères pleurent.
Section 4 : l'électricité qui s'éteint
Les sous-stations, cibles stratégiques
Pendant que le dépôt de munitions de Makiivka explosait, d’autres drones ukrainiens frappaient ailleurs. Leur cible : deux sous-stations électriques critiques dans le territoire occupé. D’abord, la sous-station Myrna, une installation de 330 kilovolts située à Marioupol, cette ville portuaire martyrisée par les Russes en 2022. Myrna n’est pas n’importe quel transformateur électrique — c’est un nœud majeur du réseau de distribution, une plaque tournante qui alimente des dizaines d’installations industrielles et militaires dans la région. De là, l’électricité est redistribuée vers la sous-station Azovska, située dans la ville de Staryi Krym. Azovska, avec ses 220 kilovolts, joue un rôle tout aussi crucial : elle alimente les usines qui soutiennent l’effort de guerre russe, les infrastructures logistiques, les bases militaires. Frapper ces deux installations, c’est paralyser tout un secteur de l’économie de guerre russe dans le Donbass. C’est couper l’alimentation électrique des usines qui réparent les chars endommagés, des ateliers qui fabriquent des munitions, des entrepôts qui stockent le carburant. C’est une frappe qui ne tue pas directement, mais qui détruit la capacité de l’ennemi à continuer la guerre.
Les images de la frappe sont saisissantes. Sur les vidéos publiées par les Forces de Systèmes Sans Pilote, on voit le drone approcher de la sous-station Myrna dans la nuit noire. L’installation est éclairée par des projecteurs de sécurité, des bâtiments industriels massifs se découpent dans l’obscurité, des lignes électriques s’étendent à perte de vue dans toutes les directions. Le drone vole bas, stabilisé par des systèmes de guidage de précision. Il se rapproche du transformateur principal. Puis l’impact. Une explosion orange illumine toute la scène. Des étincelles volent dans tous les directions. Des flammes commencent à se propager le long des lignes électriques. Dans les secondes qui suivent, le réseau s’effondre. Marioupol plonge dans le noir. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent sans électricité. Les usines s’arrêtent. Les systèmes de communication tombent en panne. Et dans les jours qui suivent, les Russes vont devoir mobiliser des équipes de réparation, remplacer des transformateurs coûteux, rallonger des câbles sur des centaines de kilomètres — tout cela pendant que les drones ukrainiens continuent de surveiller, prêts à frapper à nouveau.
L’ombre portée sur les civils
Mais il y a une dimension sombre dans ces frappes sur les infrastructures électriques : les civils. Marioupol est une ville de 400 000 habitants, la plupart russophones, dont beaucoup ont accueilli les occupants avec un mélange de soulagement et de résignation en 2022. Maintenant, ce sont ces mêmes civils qui subissent les coupures de courant causées par les frappes ukrainiennes. Les mères qui ne peuvent pas allumer le chauffage pour leurs enfants. Les personnes âgées qui dépendent des appareils médicaux électriques. Les familles qui voient leur nourriture se gâter dans les réfrigérateurs déconnectés. C’est la réalité cruelle de la guerre d’occupation : les envahisseurs se cachent parmi la population, utilisent les infrastructures civiles à des fins militaires, et ce sont les civils qui paient le prix quand ces infrastructures sont détruites. Les Ukrainiens savent-ils qu’ils causent des souffrances aux civils ? Oui, bien sûr. Ils connaissent Marioupol, ils connaissent sa population, ils savent que chaque coupure de courant affecte des innocents. Mais ils n’ont pas le choix. Chaque sous-station qui reste en opération, chaque transformateur qui continue de fonctionner, c’est de l’électricité qui alimente la machine de guerre russe. C’est un calcul impitoyable, mais c’est la réalité d’une guerre d’extermination où la survie même de l’Ukraine est en jeu.
Imaginez-vous une seconde. Vous vivez à Marioupol. Votre ville a été rasée par les Russes en 2022, vous avez vu vos voisins mourir, vos maisons détruites, votre vie réduite en cendres. Les Ukrainiens sont partis, les Russes sont arrivés. Vous essayez de survivre. De reconstruire quelque chose. Et puis, quatre ans plus tard, les Ukrainiens reviennent. Pas avec des chars, mais avec des drones qui frappent les sous-stations électriques. Soudain, plus de lumière. Plus de chauffage. Plus de réfrigérateur. Vous êtes coincé au milieu. Entre les envahisseurs qui vous occupent et les défenseurs qui vous bombardent. C’est une situation kafkaïenne. Une absurdité qui défie la morale. D’un côté, vous comprenez pourquoi l’Ukraine frappe. De l’autre, vous êtes celui qui souffre. Et vous vous demandez : qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi moi ? Il n’y a pas de bonne réponse. Il n’y a que la guerre, cette bête aveugle qui broie tout sur son passage, sans distinction, sans pitié.
Section 5 : l'homme derrière les drones
Robert « Madyar » Brovdi, le visage de la guerre des drones
Derrière cette opération coordonnée, il y a un homme : le lieutenant-colonel Robert « Madyar » Brovdi, commandant des Forces de Systèmes Sans Pilote ukrainiennes. Brovdi n’est pas un militaire de carrière classique. Avant la guerre, il était un entrepreneur ukrainien prospère dans le secteur de l’énergie. Quand les Russes ont envahi en 2022, il a tout laissé — son entreprise, sa fortune, sa vie confortable — pour s’engager dans l’armée. D’abord comme simple soldat, puis il a gravé les échelons rapidement, impressionnant par sa compréhension intuitive de la technologie et sa capacité à innover sur le terrain. C’est lui qui a conceptualisé les Forces de Systèmes Sans Pilote comme une branche indépendante de l’armée ukrainienne, avec ses propres structures, sa propre doctrine, ses propres méthodes. Aujourd’hui, à 42 ans, il est l’un des officiers les plus respectés — et les plus craints — de l’armée ukrainienne. Les Russes le détestent. Les Ukrainiens l’adorent. Et pour cause : sous son commandement, les drones ukrainiens ont détruit des milliards de dollars d’équipement russe, tué ou blessé des milliers de soldats envahisseurs, et transformé le rapport de force sur le terrain.
Brovdi a un style très personnel de commandement. Il ne dirige pas depuis un bunker sécurisé à Kiev. Il est souvent sur le terrain, près des lignes de front, discutant avec les opérateurs de drones, testant de nouveaux équipements, participant directement à la planification des missions. C’est cette proximité qui lui vaut le surnom de « Madyar » — un mot argotique ukrainien qui signifie à peu près « celui qui fait les choses à sa façon ». Ses hommes le décrivent comme un chef exigeant mais juste, quelqu’un qui comprend les risques qu’il demande à ses soldats de prendre parce qu’il les prend lui-même. Dans les vidéos qu’il publie sur les réseaux sociaux pour annoncer les opérations réussies, on le voit souvent le visage fatigué par des nuits sans sommeil, les yeux brillants d’une intensité qui frôle la folie, la voix calme mais chargée d’une détermination qui fait froid dans le dos. C’est un homme qui porte sur ses épaules le poids des vies qu’il envoie à la mort — les vies des soldats russes qu’il cible, mais aussi celles des opérateurs ukrainiens qu’il commande et qui risquent leur vie à chaque mission.
Le fardeau du commandement
Ce qui est frappant chez Brovdi, c’est son absence de triomphalisme. Contrairement à certains commandants qui célèbrent chaque victoire comme s’il s’agissait d’un match de football, Brovdi parle de ses réussites avec une sobriété dérangeante. Dans son annonce du 13 janvier confirmant les frappes sur Makiivka, Marioupol et Staryi Krym, il énumère les cibles détruites comme un simple rapport technique : dépôt de munitions, sous-stations, poste d’observation. Pas de cris de victoire. Pas de moqueries envers l’ennemi. Juste les faits, présentés avec une précision militaire. C’est peut-être cette absence d’émotion apparente qui rend son commandement si efficace. Il ne joue pas à la guerre. Il fait la guerre. Et il la fait mieux que quiconque.
Mais derrière cette façade de professionnalisme glaciale, il y a forcément un être humain. Un homme qui, chaque nuit, doit prendre des décisions qui tuent. Un homme qui sait que chaque ordre qu’il donne aura des conséquences irréversibles sur des vies humaines — pas seulement sur les soldats russes qu’il cible, mais aussi sur les opérateurs ukrainiens qu’il encontre en mission et qui ne reviendront peut-être pas. Dans une interview récente, il a admis avoir du mal à dormir depuis le début de la guerre. « Je vois les visages », a-t-il dit simplement. « Les visages de ceux qu’on tue. Les visages de ceux qu’on perd. Ils ne s’en vont pas. » C’est cette honnêteté brutale qui le rend si humain, si tragique. Brovdi n’est pas un héros de bande dessinée, sans peur ni reproche. C’est un homme ordinaire placé dans des circonstances extraordinaires, forcé par l’histoire à devenir l’ange de la mort d’une nation en guerre.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans la figure de Robert Brovdi. D’un côté, il est le sauveur de l’Ukraine, l’homme qui utilise la technologie pour vaincre un ennemi plus puissant, plus nombreux, mieux équipé. De l’autre, c’est un tueur professionnel. Un homme qui a passé les quatre dernières années de sa vie à planifier des assassinats de masse, à coordonner des destructions, à envoyer des drones assassins contre des cibles humaines. Est-ce un héros ? Est-ce un monstre ? La réponse, bien sûr, est : les deux. La guerre transforme les êtres humains en créatures qui défient toute classification morale simple. Brovdi n’est ni bon ni mauvais. Il est nécessaire. Il est ce que l’Ukraine a besoin qu’il soit. Et quand cette guerre sera finie — si elle finit un jour — il lui faudra vivre avec ce qu’il est devenu. Avec les visages qui le hantent. Avec les vies qu’il a prises. C’est le prix de la survie.
Section 6 : les conséquences sur le terrain
Une logistique grippée
Les conséquences de ces frappes sur les opérations militaires russes dans le secteur de Donetsk sont immédiates et tangibles. Le dépôt de munitions de Makiivka n’était pas seulement un entrepôt de stockage — c’était le principal point de ravitaillement pour les unités de la 51e Armée opérant dans la région. Avec sa destruction, des milliers de soldats russes se retrouvent soudainement sans munitions pour leurs canons d’artillerie, sans roquettes pour leurs lance-roquettes multiples, sans obus pour leurs mortiers. Dans une guerre où l’artillerie représente plus de 70 % des pertes, c’est catastrophique. Les commandants russes sur le terrain ont dû immédiatement revoir leurs plans d’attaque, annuler des offensives prévues, mettre leurs troupes en position défensive. Chaque jour qui passe sans ravitaillement est un jour où les lignes russes s’affaiblissent, où les réserves s’épuisent, où le moral décline.
Plus préoccupant encore pour Moscou, la destruction des sous-stations électriques affecte non seulement les capacités militaires immédiates, mais aussi l’infrastructure industrielle qui soutient l’effort de guerre à plus long terme. Les usines de réparation de chars dans la région de Marioupol, déjà surchargées par les demandes constantes de maintenance des véhicules blindés russes, se retrouvent sans électricité. Les ateliers de fabrication de munitions doivent interrompre leur production. Les dépôts de carburant ne peuvent plus fonctionner normalement. C’est un effet domino qui se propage à travers toute la chaîne logistique russe dans le Donbass. Et dans le même temps, les Ukrainiens continuent de frapper. Pas seulement à Makiivka, mais partout dans le territoire occupé. Des drones qui frappent des dépôts de carburant à Volnovakha. Des missiles qui touchent des bases arrière à Berdyansk. Des opérations spéciales qui sabotent des lignes ferroviaires. C’est une campagne d’épuisement méthodique, conçue pour saigner l’armée russe à blanc, pour la forcer à consacrer des ressources qu’elle n’a pas à la protection de ses arrières.
Les Russes réagissent
Comment les Russes réagissent-ils à cette campagne incessante ? Avec rage, bien sûr, mais aussi avec une certaine panique qui commence à se manifester dans les cercles militaires de Moscou. Les rapports internes dont on a connaissance indiquent que le haut commandement russe est « profondément préoccupé » par l’efficacité croissante des opérations de drones ukrainiennes. Des généraux exigent des renforts pour la défense aérienne. Des politiciens exigent des représailles contre l’Ukraine. Des experts militaires prédisent que si la tendance se poursuit, les Russes pourraient bientôt perdre leur capacité à mener des opérations offensives dans le Donbass. Mais les mots ne suffisent pas. Déployer davantage de systèmes de défense aérienne prend du temps. Former des équipages prend du temps. Et pendant ce temps, les drones continuent de voler, les missiles continuent de tomber, les dépôts continuent de brûler.
Les Russes ont également commencé à changer leurs tactiques. Les dépôts de munitions sont dispersés sur plusieurs sites plus petits plutôt que concentrés dans des installations massives comme celui de Makiivka. Les bases militaires sont mieux camouflées, enterrées lorsqu’elles le peuvent, protégées par des systèmes de défense aérienne multicouches. Les lignes électriques sont doublées, renforcées, protégées par des générateurs de secours. Mais chaque mesure défensive coûte cher — non seulement en argent, mais en ressources humaines et logistiques. Des milliers de soldats russes qui pourraient être sur le front sont désormais affectés à la protection des arrières. Des milliards de roubles qui pourraient financer de nouveaux équipements offensifs sont dépensés en défense passive. C’est une guerre d’attrition, et les Ukrainiens, avec leur approche innovante de la guerre des drones, semblent avoir trouvé le moyen de gagner.
Il y a une ironie poétique dans cette situation. Pendant des années, les Russes ont vanté leur supériorité militaire, leurs armements sophistiqués, leur capacité à écraser n’importe quel ennemi. Ils se sont sentis invincibles. Et aujourd’hui, ils se retrouvent à la merci de petits drones bon marché pilotés par des civils transformés en soldats. C’est l’humiliation ultime pour une superpuissance qui se voyait comme l’héritière de l’Union soviétique. Mais c’est aussi une leçon importante pour nous tous : la puissance militaire traditionnelle — les chars, les avions, les missiles — n’est plus le facteur déterminant qu’elle était. La technologie a changé la donne. L’innovation bat la masse. Et une nation déterminée à défendre son existence peut vaincre un empire arrogant qui sous-estime sa résolution.
Section 7 : les civils entre deux feux
La vie sous les bombes, encore
Pendant que les militaires calculent les pertes, évaluent les dégâts, planifient les prochaines opérations, il y a ceux dont personne ne parle vraiment : les civils ukrainiens qui vivent dans les territoires occupés. Pas les collaborateurs qui ont choisi de trahir leur pays pour servir les occupants, mais les gens ordinaires, les familles qui n’ont pas pu ou voulu fuir, les personnes âgées qui n’avaient nulle part où aller, les travailleurs qui doivent continuer à travailler pour survivre. Pour eux, les frappes ukrainiennes sur les infrastructures occupées ne sont pas des victoires stratégiques à célébrer — ce sont des épreuves supplémentaires dans une existence déjà marquée par la peur, la précarité et l’incertitude.
Prenons le cas fictif mais réaliste d’une famille à Makiivka. Ivan et Olena, dans la quarantaine, deux enfants — Anastasia, 12 ans, et Maxim, 9 ans. Ils ne sont pas des collaborateurs. Ivan travaillait dans une mine de charbon avant l’occupation, maintenant il travaille dans un entrepôt logistique géré par les Russes parce qu’il doit nourrir sa famille. Olena était institutrice, maintenant elle donne des cours en secret parce que l’éducation « officielle » imposée par les occupants est de la propagande pure. Anastasia et Maxim n’ont pas connu l’école normale, les amis normaux, l’enfance normale. Ils ont grandi avec les soldats russes dans les rues, les check-points à chaque coin de rue, la peur constante que quelque chose d’horrible arrive. Et puis, dans la nuit du 12 janvier, quelque chose d’horrible est arrivé.
L’explosion qui a tout changé
La famille était en train de se coucher quand le premier BOOM a retenti. Les vitres ont vibré, les murs ont tremblé, les enfants ont crié de terreur. Ils ont couru vers la fenêtre et ont vu le ciel éclairé par des explosions oranges au loin. Pendant des heures, ils ont écouté les détonations se succéder, comptant chacune, imaginant ce qui pouvait bien brûler de l’autre côté de la ville. Ivan savait. Il savait que les Russes avaient transformé des entrepôts industriels en dépôts militaires. Il savait qu’il y avait des munitions stockées pas loin de chez eux. Il savait que l’Ukraine frappait. Mais qu’est-ce qu’il pouvait dire à sa femme ? À ses enfants ? « Ne vous inquiétez pas, ce sont les munitions des envahisseurs qui explosent » ? Comment expliquer à Anastasia que les explosions qui l’effraient sont en quelque sorte « bonnes » parce qu’elles frappent l’armée qui a occupé sa ville ? Comment rassurer Maxim quand le monde entier semble trembler autour de lui ?
Le lendemain matin, la ville est plongée dans une étrange torpeur. Les écoles sont fermées. Les magasins n’ont pas ouvert. Les rues sont désertes. Ivan retourne au travail — il n’a pas le choix, s’il ne se présente pas, il perd son emploi et sa famille perd son revenu. L’entrepôt où il travaille a été endommagé par une onde de choc, des palettes sont tombées, des produits sont éparpillés sur le sol. Son patron, un collaborateur zélé, hurle que ce sont les « bandérites ukrainiens » qui font cela à leur propre peuple, que l’Ukraine ne se soucie pas des civils, que seule la Russie peut protéger la population. Ivan baisse la tête. Il pense à ses enfants qui ont passé la nuit dans les bras de leur mère, terrifiés. Il pense à Makiivka en flammes. Il pense à l’Ukraine qui continue de frapper. Et il se demande : combien de temps encore ? Combien de nuits comme celle-ci ? Combien de fois son cœur va-t-il s’arrêter quand une explosion retentit ?
Cette famille, Ivan, Olena, Anastasia, Maxim — ils n’existent pas vraiment, je les ai inventés pour illustrer une réalité. Mais des milliers de familles comme elles existent vraiment. Des millions d’Ukrainiens vivent aujourd’hui sous occupation, coincés entre deux feux, aimant leur pays mais dépendant des occupants pour survivre, détestant la guerre mais ne pouvant pas y échapper. C’est une situation morale impossible. Est-ce qu’on les blâme de ne pas avoir fui ? Est-ce qu’on les juge de collaborer pour survivre ? Je ne peux pas. Pas moi. Pas quand je n’ai jamais eu à faire ce choix. Pas quand je n’ai jamais eu à décider entre la loyauté envers mon pays et la survie de mes enfants. Tout ce que je peux faire, c’est les voir. Les reconnaître. Se souvenir qu’ils existent. Qu’ils souffrent. Que cette guerre n’est pas seulement une histoire de militaires et de stratégies, mais aussi d’êtres humains ordinaires pris dans une machinerie qui les broie.
Section 8 : le symbole de Makiivka
Une ville, mille significations
Makiivka n’est pas n’importe quelle ville. Fondée en 1895 comme centre industriel minier, elle a grandi avec l’industrie soviétique, ses hauts-fourneaux, ses mines de charbon, ses quartiers ouvriers. Pendant des décennies, c’était la ville ouvrière par excellence, l’endroit où le prolétariat soviétique travaillait dur, vivait modestement, construisait le futur du pays. En 2014, quand les séparatistes pro-russes ont pris le contrôle de la région, Makiivka est devenue l’un des bastions de la « République populaire de Donetsk » — ce pseudo-état fantoche créé et soutenu par Moscou. Les Russes y ont installé des bases, des dépôts, des centres de commandement. Ils y ont transformé les infrastructures civiles en installations militaires. Ils y ont entassé des équipements, des munitions, des hommes. Ils ont pensé que cette ville ouvrière loyale serait un socle solide pour leur occupation.
Mais Makiivka a aussi une autre signification symbolique. C’est là, en décembre 2022, qu’une frappe ukrainienne sur un bâtiment occupé par les conscrits russes a fait des dizaines de morts — peut-être des centaines. L’incident a provoqué une crise politique en Russie, avec des mères de soldats qui protestaient, des journalistes qui demandaient des comptes, des responsables militaires qui cherchaient des boucs émissaires. Pour beaucoup de Russes, Makiivka est devenue synonyme de « l’endroit où leurs fils meurent inutilement ». Pour les Ukrainiens, c’est devenu un symbole de résistance — la preuve que même dans les territoires occupés, l’ennemi n’est jamais en sécurité. Et maintenant, en janvier 2026, cette ville porte encore une nouvelle signification : celle de la campagne systématique de drones ukrainiens qui détruisent la capacité logistique russe dans le Donbass.
Le cercle qui se referme
Ce qu’il y a de fascinant dans cette nouvelle frappe sur Makiivka, c’est le cercle qui se referme. En 2022, les Russes utilisaient Makiivka comme base pour lancer des attaques contre les positions ukrainiennes. En 2024, les Ukrainiens commençaient à frapper ces bases avec des missiles à longue portée. En 2026, ce sont les drones qui dominent le ciel nocturne, frappant avec une précision qui défie toute défense conventionnelle. Chaque étape représente une évolution dans la guerre, chaque frappe marque un tournant dans le rapport de forces. Et à chaque fois, Makiivka est là, témoin passif mais central de cette transformation.
Les habitants de Makiivka, pour leur part, ont vu tellement de choses en dix ans d’occupation et de guerre. Ils ont vu les drapeaux ukrainiens descendus et les drapeaux séparatistes hissés. Ils ont vu l’arrivée des « petits hommes verts » russes en 2014. Ils ont vu les combats de 2015 qui ont rasé des quartiers entiers. Ils ont vu l’occupation s’installer, se durcir, devenir une réalité permanente. Ils ont vu des voisins partir et d’autres arriver. Ils ont vu des bâtiments industriels transformés en bases militaires. Ils ont vu des dépôts de munitions exploser. Et ils se demandent, sûrement, ce qui viendra ensuite. Quelle sera la prochaine transformation ? La prochaine destruction ? La prochaine phase de cette guerre sans fin ?
Makiivka me fascine parce qu’elle est à la fois victime et instrument. Victime de l’occupation russe, qui a transformé sa ville en cible militaire en l’utilisant pour stocker des munitions parmi les zones résidentielles. Instrument de l’Ukraine, qui y frappe pour affaiblir l’ennemi mais qui détruit aussi les infrastructures dont les civils ont besoin. C’est une ville prise entre deux feux, comme tant d’autres dans cette guerre, mais elle a aussi une dimension symbolique particulière. Makiivka est le miroir de cette guerre : industrielle, impitoyable, sans pitié, sans fin. Elle montre ce que l’humanité peut faire de pire quand elle abandonne toute morale au profit de la puissance brute. Et elle montre aussi ce que les êtres humains peuvent endurer. Les habitants de Makiivka ont survécu à dix ans d’enfer. Ils survivront encore. Mais à quel prix ?
Section 9 : la guerre de demain
L’avenir des conflits armés
Ce qui s’est passé à Makiivka dans la nuit du 12 au 13 janvier 2026 n’est pas seulement un épisode de la guerre russo-ukrainienne — c’est un aperçu du futur des conflits armés. L’opération coordonnée par les Forces de Systèmes Sans Pilote ukrainiennes représente la nouvelle norme de la guerre moderne : des frappes de précision sur des cibles multiples, menées par des équipes réduites d’opérateurs hautement qualifiés, utilisant des technologies relativement bon marché mais incroyablement efficaces. Ce modèle est en train de révolutionner la manière dont les guerres se mènent, et il aura des implications profondes pour les conflits futurs partout dans le monde.
Premièrement, il démontre que les États-nations traditionnellement puissants ne peuvent plus compter sur leur supériorité militaire conventionnelle pour garantir leur sécurité. La Russie, avec sa population immense, son industrie de l’armement sophistiquée, son arsenal nucléaire, se retrouve coincée dans une guerre d’attrition contre un pays dix fois plus petit, mais qui a innové plus vite et mieux. Les leçons de l’Ukraine ne seront pas perdues sur d’autres nations — les petits pays qui se sentent menacés par des voisins puissants investiront dans les capacités de drones, de guerre électronique, de cybersécurité. Les grandes puissances devront repenser leur doctrine militaire pour faire face à ces nouvelles menaces asymétriques. L’équilibre stratégique mondial est en train de basculer, et Makiivka est l’un des points de ce basculement.
Les défis éthiques
Deuxièmement, cette nouvelle forme de guerre pose des défis éthiques sans précédent. Quand des opérateurs de drones peuvent tiller des cibles à des milliers de kilomètres de distance, sans jamais mettre le pied sur le champ de bataille, sans jamais voir les visages de leurs victimes, qu’est-ce que cela fait à notre compréhension de la guerre et de la morale ? Le philosophe Michael Walzer a écrit dans son ouvrage classique « Guerres justes et injustes » que la morale de la guerre repose en partie sur la présence physique des combattants sur le terrain, le fait qu’ils voient et ressentent les conséquences de leurs actes. Quand cette présence est éliminée par la technologie, qu’est-ce qui reste de la contrainte morale ? Robert Brovdi et ses hommes prennent-ils les mêmes décisions quand ils regardent des écrans que s’ils étaient face à face avec l’ennemi ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que ces questions deviendront de plus en plus pressantes à mesure que la technologie de guerre continuera d’évoluer.
Troisièmement, les civils sont de plus en plus pris entre deux feux dans cette nouvelle forme de guerre. Les frappes sur les infrastructures comme les sous-stations électriques de Marioupol montrent que les armées modernes n’hésitent pas à cibler des installations civiles stratégiques, même si cela cause des souffrances massives aux populations non combattantes. La distinction traditionnelle entre objectifs militaires et civils, déjà floue dans les guerres modernes, devient encore plus ténue quand presque toute infrastructure a une double utilisation — civile et militaire. Comment protéger les civils dans ce contexte ? Comment maintenir quelque chose comme une morale de la guerre quand les cibles légitimes sont partout et nulle part à la fois ? Ce sont des questions auxquelles le droit international, les philosophes de la guerre, les décideurs politiques devront répondre dans les années à venir.
Parfois, je me demande où tout cela va finir. La guerre en Ukraine dure déjà depuis plus de trois ans. Makiivka brûle. Marioupol est dans le noir. Les Russes continuent d’envoyer des hommes mourir. Les Ukrainiens continuent de se battre pour leur survie. Et tout le monde — tous les jours — invente de nouvelles façons plus efficaces de tuer. Des drones qui deviennent plus intelligents. Des missiles qui deviennent plus précis. Des systèmes de défense qui deviennent plus sophistiqués. Et pour quoi ? Pour quoi tout ça ? Pour quels objectifs ? Quelles idéologies ? Quelles ambitions ? J’ai lu somewhere que l’humanité a dépassé récemment les 8 milliards d’individus. 8 milliards d’êtres humains capables d’amour, de créativité, de compassion. Et pourtant, nous continuons à détruire. À tuer. À brûler. Comme si nous n’avions rien appris. Comme si l’histoire n’était qu’une boucle infinie de violence et de souffrance. Makiivka n’est qu’un chapitre dans cette histoire sombre. Mais c’est un chapitre que nous écrivons aujourd’hui. Maintenant. Et j’ai peur de lire la suite.
Conclusion : les visages dans la fumée
Ce qui reste après les flammes
Quand les dernières flammes se seront éteintes à Makiivka, quand les derniers panaches de fumée se seront dissipés dans le ciel du Donbass, quand les équipes de nettoyage russes auront enlevé les décombres et caché les traces de la destruction, que restera-t-il ? Des statistiques, bien sûr. Des rapports militaires qui énuméreront les pertes, les dégâts, les implications stratégiques. Des déclarations officielles qui minimiseront l’incident ou le transformeront en propagande. Des analyses d’experts qui débattront des leçons à tirer. Mais ce qui restera vraiment, ce sont les visages. Les visages de ceux qui ne reviendront jamais. Les visages de ceux qui ont perdu. Les visages de ceux qui continuent de souffrir.
Dans le dépôt de munitions de Makiivka, il y avait des soldats russes. Peut-être quelques dizaines. Peut-être quelques centaines. Chacun d’eux avait un visage. Chacun avait une histoire. Un nom. Un âge. Une famille. Certains étaient conscrits forcés, envoyés au front contre leur gré. D’autres étaient des soldats de carrière, des professionnels qui avaient choisi cette voie. Peut-être qu’il y avait parmi eux des vrais croyants, des convaincus qui pensaient vraiment qu’ils « libéraient » l’Ukraine. Peut-être qu’il y avait des sceptiques, des hommes qui savaient que cette guerre était fausse mais qui obéissaient aux ordres parce qu’ils n’avaient pas le choix. Peut-être qu’il y avait des criminels, des mercenaires, des hommes qui venaient tuer pour le plaisir ou le profit. Peut-être qu’il y avait un peu de tout cela. Peut-être qu’il n’y avait rien de tout cela, juste des hommes ordinaires placés dans des circonstances extraordinaires qui ont fini par les tuer.
Les mères qui attendent
Et quelque part en Russie, il y a des mères. Des centaines peut-être. Chacune avec son propre visage, sa propre histoire, sa propre douleur. Elles ne savaient peut-être pas où était exactement leur fils. Elles ne savaient peut-être pas ce qu’il faisait là-bas, dans cette ville lointaine d’Ukraine dont elles avaient à peine entendu parler avant la guerre. Mais elles savaient une chose : il était loin. Et chaque jour, elles attendaient. Un appel. Un message. Une lettre. N’importe quoi qui leur dise qu’il était vivant. Et puis, dans la nuit du 12 au 13 janvier, Makiivka a brûlé. Et les appels ne sont jamais venus.
Comment imaginez-vous cette attente ? Le téléphone sur la table, silencieux. Les heures qui passent, une par une. Les jours qui s’écoulent, interminables. L’espoir qui s’effrite lentement, comme une érosion invisible. Et puis, finalement, l’officier qui sonne à la porte. Le « Madame, votre fils… » qui brise le cœur. Le silence qui suit, plus lourd que toutes les bombes du monde. C’est ce qui reste de Makiivka, vraiment. Pas les bâtiments détruits. Pas les munitions brûlées. Pas les infrastructures endommagées. Juste ces mères, ces visages, ces douleurs. Juste cette humanité brisée qui continue de vivre, ou qui essaie de continuer, après que la guerre a tout pris.
Je pense à une mère en particulier. Elle n’existe pas vraiment, je l’imagine. Elle s’appelle Elena. Elle a 48 ans. Elle vit dans une petite ville industrielle dans l’Oural. Son fils, Dmitri, avait 23 ans. Il a été mobilisé en 2024, envoyé en Ukraine en 2025. Elle ne savait pas où exactement. Il lui disait juste « Donbass » quand ils parlaient au téléphone. Il ne disait pas grand-chose d’autre. « Ça va, maman. Ne t’inquiète pas. » Il lui envoyait des photos parfois, des selfies avec des camarades devant des chars russes, des sourires forcés, des regards qui cachaient une peur qu’il ne voulait pas lui montrer. Le 12 janvier, elle ne l’a pas appelé parce qu’elle était fatiguée, elle s’est endormie tôt. Le lendemain matin, elle a attendu. Le téléphone est resté silencieux. Le jour d’après, aussi. Le troisième jour, un officier est venu. Il lui a dit que Dmitri était « mort au service de la patrie » à Makiivka. Il ne lui a pas donné de détails. Il lui a remis une médaille posthume. Il est parti. Et Elena s’est retrouvée seule dans son appartement, avec une médaille qu’elle ne voulait pas, et un téléphone qui ne sonnerait plus jamais. Et je me demande : est-ce que cette guerre en valait la peine ? Est-ce que toutes ces morts, toutes ces mères, tous ces visages brisés — est-ce que ça a servi à quelque chose ? Je ne sais pas. Personne ne sait. Mais quand j’entends parler de Makiivka, de frappes de drones, de dépôts enflammés, je pense à Elena. Je pense à Dmitri. Je pense aux visages que je ne verrai jamais. Et j’ai la gorge serrée. Parce que derrière chaque victoire militaire, derrière chaque échec stratégique, derrière chaque bombardement qui illumine le ciel nocturne, il y a des êtres humains. Des mères. Des fils. Des vies interrompues. Des histoires qui ne finiront jamais. Et c’est ça, la vraie tragédie de cette guerre. Pas les chars brûlés. Pas les missiles abattus. Pas les territoires conquis ou perdus. C’est cette humanité qui disparaît, une vie après l’autre, sans fin, sans raison, sans espoir de fin. Makiivka brûle. Et avec elle, nous brûlons tous.
Sources
Sources primaires
Militarnyi – « Explosions and Fire in Occupied Makiivka in the Donbas; Military Facility Likely Hit » – Publié le 12 janvier 2026, 21h58 – Anzhelika Kalchenko
Militarnyi – « Unmanned Systems Forces Drones Hit Ammunition Depot and Two Substations in Occupied Donetsk Region » – Publié le 13 janvier 2026, 15h15 – Sania Kozatskyi
Sources secondaires
United24 Media – « Ukrainian Drones Blow Up Russian Ammo Depot and Cut Power to Temporarily Occupied Donbas » – Publié le 13 janvier 2026, 14h02 (mis à jour 14h42) – Ivan Khomenko
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