Un missile conçu pour l’apocalypse
L’Oreshnik — « noisetier » en russe, un nom presque poétique pour une arme de destruction — n’est pas un missile ordinaire. C’est un missile balistique de moyenne portée capable d’atteindre des cibles situées entre 3 000 et 5 500 kilomètres. Sa particularité terrifiante : il peut emporter des ogives nucléaires. Quand Vladimir Poutine a dévoilé cette arme en novembre 2024 lors d’une première frappe sur Dnipro, il a pris soin de préciser qu’elle était « quatre fois plus puissante que la bombe d’Hiroshima ». Que l’Europe n’avait pas de systèmes d’alerte précoce. Qu’elle serait « vitrifiée » en cas d’escalade.
Cette fois, le 8 janvier, c’est Lviv qui a été frappée. Pas au hasard. Lviv se trouve à 70 kilomètres de la Pologne, membre de l’OTAN. Le missile a été tiré depuis le polygone de Kapustin Yar, dans la région d’Astrakhan, à quelque 1 400 kilomètres de sa cible. Le ministère russe de la Défense a revendiqué avoir détruit l’usine de réparation aéronautique de Lviv, affirmant qu’elle entretenait des chasseurs F-16 et MiG-29 transférés par l’Occident. La Russie a présenté cette attaque comme une « réponse » à une supposée frappe ukrainienne sur la résidence de Poutine à Valdaï le 29 décembre 2025 — une allégation que Kiev et Washington ont catégoriquement démentie.
Le message derrière la frappe
Les experts militaires sont unanimes : cette frappe relève davantage du signal politique que de la logique tactique. Pourquoi utiliser un missile coûteux, sophistiqué, capable de porter des têtes nucléaires, pour frapper une cible que des drones Shahed auraient pu atteindre à moindre coût ? Parce que le message compte plus que la destruction. « C’est un message clair destiné à Trump, Macron, Merz et aux dirigeants européens », a déclaré le maire de Lviv, Andriy Sadovyi. « La frappe a été effectuée à la frontière de l’Union européenne. Un missile similaire pourrait atteindre les capitales européennes en six à sept minutes. »
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, n’a pas mâché ses mots : « La Russie tente de nous forcer à abandonner notre soutien à l’Ukraine, mais nous ne serons pas intimidés. » La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a qualifié le tir d’Oreshnik d’« escalade claire contre l’Ukraine et d’avertissement à l’Europe et aux États-Unis ». Elle a ajouté, amère : « Poutine ne veut pas la paix. La réponse de la Russie à la diplomatie, ce sont plus de missiles et plus de destruction. »
Six à sept minutes. C’est le temps qu’il faudrait à ce missile pour atteindre Paris, Berlin, Varsovie. Le temps d’un café. Le temps de regarder une vidéo sur son téléphone. Le temps de dire au revoir à ses enfants sans même savoir que c’est la dernière fois. Et pendant que nous calculons ces minutes avec un frisson dans le dos, les Ukrainiens, eux, vivent cette menace chaque nuit depuis trois ans. Chaque soir, le sifflement des alertes. Chaque matin, le compte des morts. Qu’est-ce qu’il faudra pour que nous comprenions que leur guerre est aussi la nôtre ?
Section 3 : La terreur comme stratégie délibérée
Frapper les civils pour briser la volonté
La réunion du Conseil OTAN-Ukraine du 12 janvier a mis en lumière une réalité glaçante : la Russie ne cherche plus à vaincre l’Ukraine sur le champ de bataille. Elle cherche à la détruire de l’intérieur. Les représentants ukrainiens ont détaillé la stratégie russe : des frappes systématiques sur les infrastructures énergétiques critiques visant à provoquer une « catastrophe humanitaire » pendant l’hiver. Priver les civils d’électricité. De chauffage. D’eau. Dans un pays où les températures descendent à moins quinze, moins vingt degrés.
Le vice-ministre de la Défense Sergiy Boyev a présenté des chiffres accablants : en 2025, la Russie a considérablement augmenté le nombre de missiles et de drones utilisés contre l’Ukraine. L’attaque du 8-9 janvier impliquait à elle seule 36 missiles et 242 drones de différents types, dont 8 missiles balistiques Iskander et 10 missiles de croisière Kalibr. C’était l’une des plus massives depuis le début de l’invasion. Et ce n’était que le début d’une nouvelle vague.
L’énergie comme arme de guerre
La sous-secrétaire générale des Nations Unies aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, l’a dit devant le Conseil de sécurité : « Le début de l’année 2026 n’a apporté ni paix ni répit à l’Ukraine, mais des combats renouvelés et la dévastation. » Selon les estimations de l’ONU, 10,8 millions de personnes en Ukraine ont besoin d’aide humanitaire. L’appel humanitaire pour 2026 s’élève à 2,31 milliards de dollars.
Le 7 janvier, les régions de Zaporijia et Dnipropetrovsk ont été frappées. Plus d’un million de personnes se sont retrouvées sans électricité. À Zaporijia, ce fut le premier blackout total de la région « depuis des années », selon le gouverneur Ivan Fedorov. Les équipes de réparation travaillent jour et nuit, mais comment réparer plus vite que la Russie ne détruit ? L’attaque de Noël — le 25 décembre 2025 — avait déjà été qualifiée de « treizième assaut coordonné à grande échelle sur les infrastructures énergétiques de l’Ukraine cette année ». Un travailleur du secteur énergétique y a perdu la vie.
Treize attaques massives en un an. Treize fois où des familles entières ont vu les lumières s’éteindre. Treize fois où des grands-mères ont dû choisir entre manger et se chauffer. Treize fois où des enfants ont pleuré de froid dans le noir. Et on nous demande d’être « mesurés » dans nos réactions. D’éviter l’« escalade ». Mais l’escalade, elle est là. Elle se compte en mégawatts perdus, en vies brisées, en corps gelés retrouvés au matin. Combien de blackouts faudra-t-il pour que nous cessions de tergiverser ?
Section 4 : L'appel désespéré de Kyiv pour ses boucliers du ciel
Patriot et NASAMS : les noms de l’espoir
Lors de la réunion du 12 janvier, le vice-ministre de la Défense Sergiy Boyev a exposé les besoins urgents de l’Ukraine avec une clarté implacable : des missiles intercepteurs pour les systèmes de défense aérienne, « en particulier les systèmes Patriot et NASAMS ». Il a également appelé les alliés à investir dans le programme PURL et à développer la production de défense, y compris le développement de drones intercepteurs.
Le système Patriot — pour « Phased Array Tracking Radar to Intercept on Target » — est le système de défense aérienne le plus avancé de l’arsenal américain. Capable d’intercepter des missiles balistiques tactiques, des missiles de croisière et des avions de combat, il représente la meilleure protection contre les armes les plus meurtrières de l’arsenal russe. Un officier ukrainien de défense aérienne a confirmé que les systèmes Patriot sont désormais déployés pour défendre les secteurs à haut risque, notamment Kyiv et les corridors logistiques stratégiques.
Une course contre la montre et contre les stocks
Mais les Patriot ne suffisent pas sans munitions. Un missile intercepteur PAC-3 coûte environ 4 millions de dollars. Et pour abattre un seul missile balistique, il faut parfois deux ou trois intercepteurs. L’équation est cruelle : pour maintenir le niveau actuel d’interception des attaques russes, l’Ukraine aurait besoin d’environ 4 800 missiles sol-air par an, selon les experts du blog norvégien Norsk luftvern. Or, la production mondiale totale de missiles Patriot intercepteurs (PAC-2 et PAC-3) s’élève actuellement à environ 850 unités par an.
L’Allemagne a livré deux systèmes Patriot supplémentaires au 1er janvier 2026, accompagnés d’accords de maintenance à long terme d’une valeur de plus de 1,2 milliard d’euros. Mais ce n’est pas assez. Les systèmes de moyenne portée comme l’IRIS-T et le NASAMS ont démontré une efficacité proche de 100 % contre les missiles de croisière russes. Cependant, ils ne peuvent pas intercepter de manière fiable les missiles balistiques à haute vélocité comme l’Iskander ou le Kinzhal — ou l’Oreshnik.
Quatre millions de dollars le missile. C’est le prix d’une vie humaine traduit en acier et en technologie. Quatre millions pour peut-être — peut-être — abattre une roquette russe qui n’en coûte qu’une fraction. Et parfois, il en faut trois pour être sûr. Trois missiles de quatre millions pour sauver un immeuble d’habitation, une école, un hôpital. Vous vous rendez compte de ce calcul obscène ? Nous mesurons la valeur des vies ukrainiennes en millions de dollars et en pourcentages de réussite d’interception. Pendant ce temps, la Russie produit des drones Shahed à quelques dizaines de milliers de dollars pièce et les envoie par centaines chaque nuit.
Section 5 : Le déséquilibre fatal entre attaque et défense
Une équation économique impossible
Le problème auquel fait face l’Ukraine dépasse la simple question des stocks. C’est un déséquilibre structurel entre le coût de l’attaque et le coût de la défense. Les experts du Foreign Policy Council Ukrainian Prism ont analysé les chiffres : un missile intercepteur Patriot PAC-3 coûte 3,8 millions de dollars. Un missile NASAMS AIM-9X coûte un peu plus d’un million de dollars. Un missile IRIS-T SL est estimé à 485 000 dollars.
Face à cela, la Russie lance des drones Shahed iraniens par centaines — des engins qui coûtent quelques dizaines de milliers de dollars pièce. Le calcul est simple et terrifiant : obliger l’Ukraine à épuiser ses intercepteurs coûteux sur des cibles bon marché, puis frapper avec les missiles les plus dévastateurs quand les défenses sont saturées. Fabian Hoffmann, expert en politique de défense à l’Université d’Oslo, l’a dit clairement : toute stratégie visant à contrer les attaques de missiles à grande échelle uniquement par des systèmes de défense aérienne sera « économiquement inefficace ».
L’Oreshnik, l’arme impossible à arrêter
Et puis il y a l’Oreshnik. Ce missile qui voyage à Mach 10 — dix fois la vitesse du son — sur une trajectoire balistique qui le fait monter dans l’espace avant de redescendre en piqué vers sa cible. Ses têtes multiples se dispersent en une pluie de destruction, chaque ogive frappant un point différent. Oksana Miron, experte en défense interviewée par CBC News, ne mâche pas ses mots : « L’Ukraine ne peut pas intercepter l’Oreshnik. Elle n’a pas d’intercepteurs hypersoniques, et elle serait incapable de cibler l’arme pendant qu’elle traverse l’espace. C’est comme si je tirais une balle et que vous essayiez de l’intercepter en lançant une pierre. Vous pourriez avoir de la chance, mais les chances sont proches de zéro. »
Des rapports indiquent que certains systèmes américains et israéliens pourraient théoriquement intercepter ce type de missile, mais leur efficacité reste à prouver. « Il faudrait une défense aérienne multicouche », précise Miron. « Mais de manière générale, il est très difficile de faire quoi que ce soit contre lui. »
Impossible à intercepter. Ces trois mots résonnent comme une sentence de mort. Et Poutine le sait. C’est pour ça qu’il utilise l’Oreshnik — pas pour détruire une usine ou un dépôt, mais pour envoyer un message : « Regardez ce que je peux faire. Regardez ce que je peux vous faire. » C’est du terrorisme d’État élevé au rang de politique étrangère. Et le pire ? Ça marche. Regardez-nous, paralysés par la peur de l’escalade, pendant que les Ukrainiens meurent sous des missiles que nous leur avons promis d’arrêter.
Section 6 : L'hiver le plus sombre depuis trois ans
Des millions de vies dans le noir et le froid
Le PDG de Naftogaz, le géant pétrolier et gazier ukrainien, Sergii Koretskyi, a décrit la situation lors d’une interview : « Ce que je vois de ma fenêtre — c’est une ville absolument sombre avec seulement quelques lumières. Je suis sûr que les gens reconnaissent cet hiver comme le plus difficile depuis le début de l’invasion à grande échelle. Nous constatons des coupures de courant de quatre à dix heures par jour. » Même dans les bureaux de Naftogaz à Kyiv, ce sont les générateurs de secours qui maintiennent les lumières allumées.
Les villes ukrainiennes ont préparé des systèmes d’alimentation de secours pour les infrastructures critiques — chauffage, approvisionnement en eau, assainissement — pour les maintenir même en cas de pannes à grande échelle. Mais ce n’est pas suffisant. Volodymyr Omelchenko, expert en énergie au centre de réflexion Razumkov, prévient : au lieu des 18 GW nécessaires pour répondre à la consommation lors des journées les plus froides à -10°C, l’Ukraine ne disposera au mieux que de 12-13 GW. Le déficit est colossal.
La course pour réparer avant la prochaine frappe
Le vice-ministre de l’Énergie Roman Andarak a briefé les participants de la réunion OTAN-Ukraine sur les mesures que l’Ukraine prend pour assurer le fonctionnement stable de son système énergétique. Il a également exposé les besoins prioritaires : protection, réparation et restauration des installations énergétiques endommagées, ainsi que renforcement de la résilience du système. Mais comment réparer quand les attaques ne cessent jamais ?
L’attaque de Noël a ciblé des centrales thermiques et hydroélectriques, causant des dommages graves dans de multiples installations. Des coupures d’urgence ont été mises en œuvre à l’échelle nationale par Ukrenergo, l’opérateur du réseau électrique ukrainien. L’électricité a été rétablie dans la plupart des zones, mais des coupures tournantes de quatre heures ou plus continuent dans de nombreuses parties du pays, y compris à Kyiv. La région de Kharkiv a été particulièrement touchée, avec des missiles endommageant des centrales de cogénération et des chaufferies qui fournissent chauffage centralisé et eau chaude.
Imaginez. Imaginez une seconde. Vous êtes à Kharkiv, il fait moins quinze dehors. Le chauffage vient de s’arrêter. L’eau ne coule plus. Votre téléphone vous dit que l’électricité reviendra dans six heures. Peut-être. Si la prochaine attaque ne détruit pas le transformateur qui vient d’être réparé. Vous enroulez vos enfants dans toutes les couvertures que vous avez. Vous les serrez contre vous. Vous priez — ou vous maudissez, selon votre foi. Et vous attendez. Dans le noir. Dans le silence. Sauf que le silence n’est jamais vraiment silence en Ukraine. Il y a toujours le sifflement des alertes. Le grondement lointain des explosions. Le battement de votre propre cœur qui refuse de se calmer.
Section 7 : Les enfants de Lviv qui ne verront plus le printemps
Le prix humain d’un missile
Sept personnes sont mortes dans l’attaque de Lviv. Le ministre de l’Intérieur Ihor Klymenko l’a confirmé dans un message qui restera gravé : « Dont trois enfants. » Trois enfants. Trois vies qui commençaient. Trois rires qui ne résonneront plus dans les cours d’école de Lviv. Trois places vides à des tables familiales. Trois tombes qu’il faudra creuser dans la terre gelée de janvier.
Pendant ce temps, la Russie affirmait avoir « neutralisé » une usine de réparation aéronautique. Une cible militaire légitime, selon Moscou. Mais les enfants n’étaient pas dans l’usine. Les enfants dormaient dans leurs lits. Les enfants faisaient confiance aux adultes pour les protéger. Et nous avons échoué. Nous tous. Collectivement. Inexcusablement.
L’école sous les bombes
À Kyiv, dans le district de Desnyanskyi, un drone s’est écrasé sur le toit d’un immeuble résidentiel. Les deux premiers étages d’un autre bâtiment ont été endommagés. Dans le district de Dnipro, des débris de drone ont endommagé un immeuble et déclenché un incendie. Dmytro Karpenko, 45 ans, s’est précipité pour aider son voisin dont la maison brûlait après que ses propres fenêtres ont volé en éclats. « Ce que fait la Russie montre bien sûr qu’ils ne veulent pas la paix », a-t-il dit. « Mais les gens veulent vraiment la paix. Les gens souffrent. Les gens meurent. »
Chaque nuit, les alertes retentissent. Chaque matin, les parents vérifient que leurs enfants respirent encore. C’est devenu la normalité. Une normalité que personne ne devrait jamais avoir à vivre. Une normalité que nous, en Europe occidentale, nous regardons sur nos écrans avec une distance confortable, avant de retourner à nos vies intactes.
Trois enfants. J’écris ces mots et ma main tremble. Pas de métaphore ici. Pas de figure de style. Ma main tremble vraiment. Parce que je pense à mes propres enfants, endormis dans leurs lits, en sécurité. Et je pense aux mères de Lviv qui ont couru vers les décombres en hurlant des prénoms. Qui ont creusé à mains nues dans les gravats. Qui ont trouvé… Je ne peux pas continuer cette phrase. Certaines images ne méritent pas d’être écrites. Elles méritent d’être empêchées. Et nous ne les avons pas empêchées.
Section 8 : L'Europe au pied du mur de son propre miroir
Des condamnations sans munitions
Les alliés, lors de la réunion du 12 janvier, ont « vigoureusement condamné les attaques russes comme des actes de terreur flagrante contre la population civile ukrainienne » et ont « réaffirmé leur soutien indéfectible à l’Ukraine et leur volonté de fournir l’assistance nécessaire », selon le communiqué du ministère ukrainien des Affaires étrangères. Des mots forts. Des mots appropriés. Mais Kaja Kallas a mis le doigt sur l’hypocrisie de notre position : « Ce schéma mortel de frappes russes majeures récurrentes se répétera jusqu’à ce que nous aidions l’Ukraine à le briser. »
Les dirigeants du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne ont qualifié la frappe d’Oreshnik d’« escalatoire et inacceptable ». Le Premier ministre canadien Mark Carney l’a qualifiée d’« escalade claire et dangereuse ». Mais pendant que nous escaladons dans nos condamnations, la Russie escalade dans ses destructions. Et les missiles Patriot que l’Ukraine réclame depuis des mois restent dans des entrepôts occidentaux, attendant des décisions politiques qui ne viennent pas.
Le calcul glacial de notre inaction
L’article de l’Atlantic Council est sans appel : « Sans un soutien occidental substantiel — en particulier des systèmes de défense aérienne, des transformateurs et une aide financière pour les réparations d’urgence — les blackouts seront probablement plus réguliers, les gens souffriront du froid, et l’activité économique pourrait ralentir. » Mais le rapport va plus loin : « La sécurité du système énergétique de l’Ukraine cet hiver dépend du soutien que Kyiv reçoit de ses alliés. Renforcer les défenses aériennes de l’Ukraine pour couvrir les lacunes existantes pourrait prévenir d’autres dommages et réduire le risque d’un effondrement total du réseau. »
Nous savons ce qu’il faut faire. Nous avons les moyens de le faire. Et pourtant, nous ne le faisons pas assez vite. Chaque jour de retard se mesure en vies perdues. Chaque hésitation se traduit en heures de blackout. Chaque calcul politique se paie en corps gelés. L’Europe se regarde dans le miroir ukrainien et n’aime pas ce qu’elle voit : une puissance économique incapable de protéger ceux qu’elle prétend soutenir.
« Soutien indéfectible ». Je relis ces mots dans le communiqué officiel et j’ai envie de rire. Ou de pleurer. Ou les deux. Soutien indéfectible ? Alors pourquoi les missiles Patriot arrivent-ils au compte-gouttes ? Pourquoi les stocks d’intercepteurs sont-ils insuffisants ? Pourquoi parlons-nous encore de « préoccupations » quand des enfants meurent dans leurs lits ? Il y a des moments où les mots deviennent des insultes. « Soutien indéfectible » en est un. Les Ukrainiens n’ont pas besoin de notre soutien rhétorique. Ils ont besoin de missiles. Maintenant. Aujourd’hui. Cette nuit.
Section 9 : Le prix de notre hésitation se compte en vies
L’Ukraine comme laboratoire de la guerre totale
Les experts du site Re-Russia l’ont compris : la Russie teste en Ukraine « un modèle de guerre aérienne qui pourrait être utilisé dans un conflit avec les pays de l’OTAN ». Chaque attaque massive, chaque combinaison de drones et de missiles, chaque utilisation de l’Oreshnik est une répétition générale. Moscou apprend. Moscou s’adapte. Moscou perfectionne. Et nous, nous regardons. Nous prenons des notes. Nous publions des rapports. Pendant que les Ukrainiens paient le prix de notre éducation stratégique avec leur sang.
Le déploiement de l’Oreshnik au Bélarus fin décembre 2025 renforce la capacité de Moscou à cibler l’Europe dans un potentiel futur conflit. Le missile peut atteindre Paris en 20 minutes. Berlin plus vite encore. Varsovie en quelques instants. Ce n’est plus de la science-fiction. Ce n’est plus une menace théorique. C’est un missile opérationnel, déployé, prêt à l’emploi, qui vient de frapper à 70 kilomètres de la frontière de l’UE.
Quand les calculs politiques tuent
La production mondiale d’intercepteurs Patriot devrait atteindre 1 130 unités en 2027 et 1 470 en 2029. Mais seulement la moitié ira à l’Europe. Si les pays européens de l’OTAN reçoivent en moyenne 400-500 intercepteurs Patriot par an dans les années à venir, cela leur permettrait de détruire « au maximum 200-250 missiles balistiques russes par an », note Fabian Hoffmann. Face à une Russie qui peut lancer des centaines de missiles en une seule nuit, l’arithmétique est impitoyable.
Le ministère ukrainien de la Défense a rappelé que le système Patriot peut intercepter les missiles hypersoniques russes Zircon et Kinzhal, qui peuvent atteindre des vitesses de 11 000 à 16 000 km/h. Mais il faut des batteries. Il faut des missiles. Il faut une volonté politique. Et pendant que nous débattons, la Russie frappe. Chaque nuit. Sans relâche. Sans hésitation.
Vingt minutes. C’est le temps qu’il faudrait à l’Oreshnik pour atteindre Paris depuis le Bélarus. Vingt minutes entre le moment où Poutine appuie sur le bouton et le moment où la tour Eiffel tremble. Et nous pensons encore que cette guerre ne nous concerne pas ? Que nous pouvons rester spectateurs confortables d’un massacre qui se déroule à quelques centaines de kilomètres de nos frontières ? Les Ukrainiens ne sont pas seulement en train de défendre leur pays. Ils sont en train de défendre le nôtre. Et nous les laissons le faire avec des moyens insuffisants.
Conclusion : L'heure des comptes approche
Le verdict de l’histoire s’écrit maintenant
La réunion du Conseil OTAN-Ukraine du 12 janvier 2026 restera dans les archives comme un moment de vérité. Un moment où l’Ukraine a supplié. Où ses représentants ont exposé les faits, les chiffres, l’horreur. Où ils ont demandé des missiles, pas des condoléances. Des intercepteurs, pas des communiqués. Et la réponse des alliés — quelle qu’elle soit dans les semaines et mois à venir — définira notre génération.
Le ministre des Affaires étrangères ukrainien Andrii Sybiha a convoqué des réunions urgentes au Conseil de sécurité de l’ONU, au Conseil OTAN-Ukraine, et coordonné des réponses au sein de l’UE, du Conseil de l’Europe et de l’OSCE. Il a rejeté les affirmations russes de « revanche » pour une prétendue attaque sur la résidence de Poutine, les qualifiant de fausses — ce que les services de renseignement américains ont confirmé. Mais les fausses justifications n’ont jamais arrêté les vrais missiles.
La question qui nous hantera
Cette nuit, pendant que vous lirez ces lignes, des drones Shahed traverseront le ciel ukrainien. Des alertes retentiront dans des dizaines de villes. Des familles descendront dans des abris glacés. Des systèmes de défense aérienne — ceux qui restent, ceux qui ont encore des missiles — tenteront d’abattre ce qu’ils peuvent. Et demain matin, nous compterons les morts. Comme hier. Comme avant-hier. Comme chaque jour depuis trois ans.
Trois enfants à Lviv. Je reviens à eux, parce qu’il le faut. Parce qu’ils méritent qu’on se souvienne. Parce que leurs noms — que je ne connais pas, que peut-être personne en Occident ne connaîtra jamais — comptent plus que toutes les statistiques, tous les chiffres, toutes les analyses stratégiques que j’ai pu écrire dans cet article. Trois enfants qui dormaient. Trois enfants qui faisaient confiance au monde des adultes. Trois enfants qui ne demandaient rien d’autre que de grandir. Et quelque part, dans un bunker du Kremlin, quelqu’un a appuyé sur un bouton. Treize mille kilomètres par heure. Soixante-dix kilomètres de la Pologne. Sept morts. Trois enfants. Et nous, de l’autre côté de nos écrans, qu’est-ce qu’on fait ? On écrit des articles. On publie des communiqués. On exprime notre « profonde préoccupation ». Mais est-ce qu’on envoie les missiles ? Est-ce qu’on les envoie vraiment ? Parce que si la réponse est non — si la réponse est « pas assez » ou « pas assez vite » — alors nous aussi, nous aurons du sang sur les mains. Pas celui de nos enfants. Celui des leurs. Et l’histoire ne nous pardonnera pas.
Sources
Sources primaires
Ministère ukrainien des Affaires étrangères, communiqué officiel sur la réunion du Conseil OTAN-Ukraine, 12 janvier 2026. Ukrinform, « NATO-Ukraine Council meeting: Kyiv requested Patriot, NASAMS missiles », 12 janvier 2026. Ministère russe de la Défense, déclaration sur la frappe Oreshnik, 12 janvier 2026. Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), briefing au Conseil de sécurité, 13 janvier 2026.
Sources secondaires
The Moscow Times, « Russian Army Claims Oreshnik Missile Struck Aircraft Repair Plant in Lviv Region », 12 janvier 2026. France 24, « Russia says hypersonic Oreshnik missile hit Ukrainian aircraft repair plant », 12 janvier 2026. CBC News, « Russia is using its hypersonic missile to send a political message », 9 janvier 2026. Al Jazeera, « Russia hits Ukraine with Oreshnik hypersonic missile: Why it matters », 10 janvier 2026. PBS News, « Russia uses its new hypersonic missile in major attack on Ukraine and warning to the West », 9 janvier 2026. Euronews, « Russia uses advanced hypersonic Oreshnik ballistic missile to strike Ukraine », 9 janvier 2026. UN News, « Ukraine: Deadly Russian strikes push civilians deeper into winter crisis », 13 janvier 2026. Atlantic Council, « Ukraine faces its most perilous winter yet », 2025. Congressional Research Service, « PATRIOT Air and Missile Defense System for Ukraine », 14 juillet 2025. Army Recognition, « Germany delivers more Patriot air defense missile systems to Ukraine », novembre 2025.
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