Un front qui ne dort jamais
Le matin du 13 janvier, le généralat ukrainien a publié un rapport qui ferait trembler n’importe quel observateur. 72 engagements de combat enregistrés depuis l’aube. Ce n’est pas une bataille. C’est un déluge continu d’acier et de feu qui s’abat sur l’Ukraine. Dans le secteur de Pokrovsk, les forces russes ont tenté de percer à Shakhove, Fedorivka, Rodynske, Myrnohrad, Pokrovsk même, Udachne, Kotlyne, et vers Filiia et Novopavlivka. Ces noms ne vous disent peut-être rien. Mais pour ceux qui y vivent, ce sont des maisons, des écoles, des vies. Les défenseurs ukrainiens ont déjà repoussé 26 attaques. Deux autres se poursuivent. Pendant que j’écris ces mots, des hommes se battent. Des hommes risquent leur vie.
Dans le secteur de Kostiantynivka, dix attaques russes ont été stoppées. Dix. Oleksandro-Shultyne, Pleshchiivka, Ivanopillia, Berestok, Yablunivka, et vers Sofiivka. Chacun de ces lieux a vu des soldats russes avancer, les armes à la main, avec pour ordre de prendre ces positions. Et chaque fois, les Ukrainiens ont tenu. Ils ont tenu coûte que coûte. Dans le secteur d’Huliaipole, huit attaques ont été repoussées. Quatre se poursuivent encore. Dans le secteur d’Oleksandrivka, cinq attaques. Dans le secteur de Sloviansk, deux. Dans le secteur de Kramatorsk, deux encore. Chaque chiffre représente des vies. Chaque chiffre représente des familles qui attendent. Chaque chiffre représente des mères en Russie qui prient pour que leur fils revienne, et des mères en Ukraine qui prient pour que leur fils survive.
La guerre s’infiltre partout
Les Ukrainiens nous disent que les Russes changent de tactique. Ils n’envoient plus de grandes colonnes blindées comme au début de la guerre. Maintenant, ils envoient de petites équipes. Des équipes de cinq hommes. Vêtus de capteurs anti-thermiques pour ne pas être vus par les drones. Ils rampent. Ils se cachent. Ils s’infiltrent. C’est une guerre de rues maintenant. Une guerre où chaque immeuble peut abriter un tireur embusqué, où chaque sous-sol peut cacher une équipe de reconnaissance. Les soldats ukrainiens du 7e corps de réaction rapide des forces aéroportées nous rapportent que les Russes intensifient leurs missions d’infiltration dans Pokrovsk, au nord de la ligne de chemin de fer Donetska. Ils essaient d’accumuler des forces pour attaquer vers Hryshyne.
Le 12 janvier, déjà, les Russes avaient attaqué près et dans Pokrovsk même. Au nord de la ville près de Rodynske. Au nord-est près de Zatyshok et Sukhetske. À l’est près de Myrnohrad. Au sud-ouest près de Kotlyne, Udachne et Molodetske. Au nord-ouest près de Hryshyne. C’est un encerclement méthodique. Une nasse qui se resserre. Les Russes n’ont pas avancé ce jour-là, selon l’Institute for the Study of War. Mais ils continuent de tester les défenses ukrainiennes. Ils continuent de chercher le point faible. Ils continuent d’envoyer des hommes mourir pour gagner quelques mètres de terrain.
Et moi, là, derrière mon écran, je me sens impuissant. Je lis ces rapports, je regarde ces cartes avec ces flèches rouges et bleues, et je pense aux hommes qui sont là-bas. Aux hommes qui rampent dans la boue, qui ont peur, qui sont peut-être en train de mourir pendant que je bois mon café. Il y a des moments où cette guerre me semble si lointaine, si abstraite. Et puis je réalise que chaque soldat russe dans cette équipe de cinq hommes, il a une mère. Il a peut-être une femme qui l’attend. Des enfants qui dessinent des papillons comme Anya. Et il meurt dans une ville qu’il ne connaît pas, pour une raison qu’il ne comprend peut-être pas. Comment on en arrive là ? Comment l’humanité en arrive-là ?
Section 3 : Le sacrifice humain derrière les statistiques
Des vies brisées par la guerre
Raisa Epshtein a survécu à un AVC récent. Quatre-vingt-trois ans et une santé fragile. Pourtant, elle a dû fuir. Elle a dû tout quitter. « J’ai tout laissé derrière moi, » nous dit-elle. « C’est un cauchemar. La nuit, on tremblait et on sursautait à chaque explosion. Tout est fermé : le marché, les magasins, les pharmacies sont fermés depuis longtemps. C’est terrifiant, tout le monde est sur les nerfs. Ma ville est détruite, les maisons et les vies sont perdues sous mes yeux. » Ces mots, ils me brisent le cœur. Une femme de 83 ans qui a vu tant de choses dans sa vie, qui a survécu à l’histoire de son pays, qui a construit une vie, élevé des enfants, et maintenant elle doit tout quitter. Elle doit tout abandonner.
Les équipes de Médecins Sans Frontières sont présentes sur la gare de Pokrovsk. Ils soignent les évacués. Olha Tatsenko, une paramédicale de MSF, témoigne : « Il y a des passagers avec diverses maladies chroniques, qui peuvent s’aggraver sous un stress sévère. Les gens souffrent de maux de tête, d’hypertension artérielle, et de surcharge émotionnelle. Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve. Après un examen, une femme a été hospitalisée. Elle avait une tension artérielle extrêmement basse et a besoin d’examens supplémentaires à l’hôpital, y compris un électrocardiogramme et une échographie, pour en déterminer la cause. » Cette femme, cette inconnue sur un quai de gare, représente des milliers d’autres. Des milliers de personnes dont la santé se dégrade sous le poids de la guerre. Des milliers de vies brisées.
L’exode qui ne s’arrête jamais
Les trains d’évacuation s’arrêtent à Dnipro, la grande ville la plus proche du front. Certains évacués se dirigent vers des parents dans des régions plus sûres. D’autres cherchent refuge dans des abris pour personnes déplacées dans la partie ouest du pays. Mais aucun ne sait quand il pourra rentrer. Aucun ne sait s’il pourra un jour rentrer. Les autorités locales nous disent que plus de 59 000 personnes vivent dans la région de Pokrovsk. La plupart fuient la guerre en train, avec des wagons entièrement occupés. Des familles entières, souvent accompagnées de leurs animaux domestiques. Imaginez cette scène. Des wagons bondés. Des enfants qui pleurent. Des personnes âgées qui ont mal. Des chats qui miaulent. Des chiens qui aboient. Et le bruit constant, lointain, des explosions.
Un jour, Pokrovsk était une ville comme les autres. Des enfants allaient à l’école. Des gens travaillaient. Des familles dînaient ensemble. Le lendemain, c’est devenu un champ de bataille. Et maintenant, c’est une ville fantôme en devenir. Les magasins sont fermés. Les pharmacies sont fermées. Le marché est fermé. Il n’y a plus de vie normale. Il n’y a plus que la guerre. Juste la guerre et les bruits de la guerre et la peur qui ne s’en va jamais. Et chaque jour qui passe, la ligne de front avance un peu plus. Chaque jour qui passe, l’encerclement se resserre un peu plus. Et chaque jour qui passe, Raisa Epshtein et des milliers comme elle s’éloignent un peu plus de leur maison, de leur vie, de leur être.
Je regarde les photos des trains de Pokrovsk et je vois le regard de ces gens. Le regard vide. Le regard de ceux qui ont tout perdu. Le regard de ceux qui ne savent plus où est chez eux. Et je me demande : est-ce que cette guerre finira un jour ? Est-ce que ces gens pourront un jour rentrer chez eux ? Est-ce que les enfants qui fuient aujourd’hui se souviendront un jour de Pokrovsk comme de leur ville, ou juste comme un lieu de guerre, de peur, d’exil ? Et les soldats russes qui meurent là-bas, est-ce que quelqu’un leur dira un jour pourquoi ? Pourquoi ils sont morts ? Pourquoi ils ont dû laisser leur mère, leur femme, leurs enfants, pour venir mourir dans une ville inconnue ? Qui répondra à ces questions ?
Section 4 : Une machine de guerre qui ne s'arrête jamais
La Russie investit tout dans la guerre
Pendant que les Ukrainiens se battent pour défendre chaque pouce de terre, la Russie investit massivement dans sa machine de guerre. Le 12 janvier, Vladimir Putin a rencontré Denis Manturov, premier vice-premier ministre russe. Manturov a souligné la croissance du développement industriel de la Russie en 2025, principalement dans la base industrielle de défense russe. Il a affirmé que l’investissement dans le secteur manufacturier avait augmenté de 23 %, soit environ cinq billions de roubles, ce qui équivaut à environ 64 milliards de dollars, au cours des neuf premiers mois de 2025. C’est de l’argent. Beaucoup d’argent. De l’argent qui ne va pas à l’éducation, à la santé, aux infrastructures. De l’argent qui va à la guerre.
Manturov a déclaré que la base industrielle de défense russe emploie 3,8 millions de personnes, ayant ajouté 800 000 travailleurs supplémentaires au cours des trois dernières années. 3,8 millions de personnes. Imaginez. Une ville entière dédiée à la fabrication d’armes. Une ville entière dont le travail est de tuer. Le gouvernement russe a lutté pour trouver des financements pour sa base industrielle de défense au milieu de lourdes sanctions occidentales et restrictions. Il a introduit une série de mesures pour augmenter le capital disponible, notamment par le biais du Fonds de développement industriel, de subventions hors budget et de politiques forçant les banques à fournir des prêts préférentiels aux entreprises de l’industrie de la défense. Ils font tout. Tout pour continuer la guerre.
Le prix que paient les Russes eux-mêmes
Mais cette guerre a un prix. Et ce prix, ce sont les Russes eux-mêmes qui le paient. La priorité accordée par Putin à la base industrielle de défense russe coûte cher au peuple russe. Les banques russes font passer les pressions de prêt de la base industrielle de défense sur les consommateurs. Les pénuries de main-d’œuvre russes et la concurrence entre les secteurs de la défense et civils ont fait augmenter les salaires moyens dans l’ensemble des industries russes, alimentant l’inflation et provoquant des hausses de prix. Plusieurs grands fabricants civils russes ont introduit une semaine de travail de quatre jours et ont annoncé des licenciements dans la seconde moitié de 2025 en raison de la baisse de la demande.
Les civils russes ont du mal à se permettre de se loger, la plupart des taux de logement commercial en Russie étant estimés à 20 % ou plus en janvier 2026. Putin a également signé une loi en novembre 2025 augmentant la taxe sur la valeur ajoutée, une taxe fédérale imposée à la plupart des biens et services russes domestiques, de 20 à 22 %. 2 % de plus sur tout. Qui paie ? Le peuple russe. Qui souffre ? Le peuple russe. Pendant que les généraux russes envoient des hommes mourir à Pokrovsk, les mères russes ne peuvent plus se permettre d’acheter des vêtements pour leurs enfants. Pendant que les usines russes fabriquent des missiles qui tombent sur les villes ukrainiennes, les familles russes se battent pour payer leur loyer. C’est la folie. C’est l’absurdité absolue.
Et là, je ne peux pas m’empêcher de penser à la mère russe qui attend le retour de son fils. Le fils qui est peut-être mort dans l’une de ces 28 attaques à Pokrovsk. Elle ne le sait pas encore. Elle attend. Elle espère. Elle prie. Pendant ce temps, son gouvernement lui demande de payer plus d’impôts pour financer la guerre qui a tué son fils. Elle ne peut plus payer son loyer. Elle ne peut plus acheter de nourriture suffisante. Son fils est mort pour rien. Pour une poignée de mètres de terrain dans une ville dont elle n’a jamais entendu parler. Comment peut-on accepter ça ? Comment peut-on laisser ça continuer ? Où est la justice ? Où est l’humanité ?
Section 5 : La nuit des drones qui ne dorment jamais
156 drones dans le ciel nocturne
La nuit du 11 au 12 janvier, alors que Raisa Epshtein et des milliers d’autres personnes dormaient peut-être dans des trains bondés ou dans des abris improvisés, les forces russes ont lancé une série de frappes de drones contre l’Ukraine. L’armée de l’air ukrainienne a rapporté que les forces russes avaient lancé 156 drones de type Shahed, Gerbera et autres, dont environ 110 étaient des drones de type Shahed. 156 drones. Imaginez ce chiffre. 156 engins mortels traversant le ciel nocturne, chacun avec pour mission de tuer.
Les drones ont été lancés depuis plusieurs directions : les villes de Koursk, Orel et Briansk, Millerovo dans l’oblast de Rostov, Primorsko-Akhtarsk dans le kraï de Krasnodar, et le cap Chauda occupé en Crimée. Une attaque coordonnée depuis plusieurs fronts. Les forces ukrainiennes ont abattu 135 drones. 16 drones ont frappé 11 lieux. Les débris de drones sont tombés à deux endroits. Mais les dégâts étaient faits. Les responsables ukrainiens ont signalé que les forces russes avaient frappé des infrastructures énergétiques, résidentielles et non résidentielles dans les oblasts de Kyiv, Odesa et Chernihiv.
Les nouvelles horreurs de la guerre des drones
La guerre des drones évolue. Les forces russes continuent d’adapter leurs drones à longue portée pour contrer les avions et hélicoptères ukrainiens et pour causer des dommages aux civils ukrainiens. La direction principale du renseignement militaire ukrainien a confirmé que les forces russes avaient équipé des drones Geran-2 avec des systèmes de défense aérienne portatifs Verba. Les drones avec MANPADS peuvent continuer leur mission principale de frappe après avoir tiré un missile de défense aérienne, car l’opérateur assure le guidage de la cible. C’est une innovation effrayante. Un drone qui peut à la fois frapper et défendre. Un drone qui peut tuer deux fois.
Un expert ukrainien en guerre électronique et radio, Serhii « Flash » Beskrestnov, a signalé que les autorités ukrainiennes avaient observé des drones de type Shahed larguant des mines antichars PTM-3 avec des détonateurs magnétiques près du site cible, s’attendant à ce que les équipes d’urgence ukrainiennes approchent de la zone. Beskrestnov a noté que ce n’est pas une nouvelle adaptation russe, mais que la neige profonde dissimule les mines sur le sol. Imaginez. Une équipe de secours arrive pour aider les victimes d’une frappe de drone. Ils marchent sur une mine dissimulée dans la neige. Ils meurent. C’est la cruauté. C’est l’inhumanité. C’est la guerre dans toute son horreur.
156 drones dans la nuit. 156 machines de mort qui traversent le ciel pendant que les gens dorment. Pendant que Raisa Epshtein essaie de dormir dans son wagon, 156 drones survolent l’Ukraine. Chacun porte une charge explosive. Chacun peut tuer. Chacun peut détruire une maison. Et les Russes ont trouvé encore pire. Des mines larguées par des drones. Des pièges pour ceux qui viennent aider. Comment peut-on être aussi cruel ? Comment peut-on faire ça à des êtres humains ? Comment peut-on dormir la nuit après avoir donné un tel ordre ? Je n’ai pas de réponse. Je n’ai que des questions. Et la colère. Une colère qui me brûle les entrailles.
Section 6 : L'Ukraine frappe aussi
La réponse ukrainienne
L’Ukraine ne subit pas passivement. Les forces ukrainiennes ont probablement continué leur campagne de frappes à longue portée contre les infrastructures énergétiques russes dans la nuit du 11 au 12 janvier. Astra, une opposition russe, a rapporté que les forces ukrainiennes avaient frappé la centrale électrique thermique d’État de Novocherkassk à Novocherkassk, dans l’oblast de Rostov, provoquant un incendie. Des images géolocalisées publiées le 12 janvier montrent une probable frappe de drone ukrainien contre la centrale thermique d’Orel, dans la ville d’Orel.
C’est la guerre. C’est la guerre moderne. Les deux côtés frappent. Les deux côtés infligent des dégâts. Les deux côtés tuent. Mais il y a une différence. L’Ukraine se défend. L’Ukraine lutte pour sa survie. La Russie ? La Russie attaque. La Russie envahit. La Russie veut détruire. Il y a une différence morale. Il y a une différence fondamentale. L’Ukraine ne veut pas conquérir la Russie. L’Ukraine veut juste vivre. L’Ukraine veut juste que son peuple puisse rentrer chez lui. L’Ukraine veut juste que Raisa Epshtein puisse retourner dans sa maison de Myrnohrad.
Les alliés de l’Ukraine ne lâchent rien
Les partenaires occidentaux de l’Ukraine continuent de fournir des armes et des équipements militaires à l’Ukraine. Le fabricant d’armes allemand Rheinmetall a rapporté le 12 janvier que l’Ukraine recevra ses cinq premiers véhicules de combat d’infanterie Lynx KF41 dans le cadre d’un contrat de décembre 2025 dès le début de 2026. Le ministère britannique de la défense a rapporté le 11 janvier que le Royaume-Uni développe le missile balistique à courte portée Nightfall, avec une portée probable de plus de 500 kilomètres, une ogive de 200 kilogrammes et la capacité d’opérer dans des zones à forte interférence électromagnétique.
Le ministère britannique de la défense a noté que les forces ukrainiennes seront en mesure de lancer le missile à partir d’une gamme de véhicules, de tirer plusieurs missiles en succession rapide et de se retirer rapidement. Le ministère britannique a noté que le Royaume-Uni produira 10 systèmes de missiles par mois à un prix maximal de 800 000 livres sterling (environ 1 million de dollars) par missile. Ce n’est pas gratuit. Mais c’est nécessaire. C’est la vie ou la mort. C’est la liberté ou la servitude. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré le 11 janvier qu’il avait rencontré le commandant des forces terrestres ukrainiennes, le colonel général Oleksandr Syrskyi, pour discuter des approvisionnements en défense aérienne en provenance des partenaires de l’Ukraine.
Je me demande parfois si le monde comprend vraiment ce qui se passe en Ukraine. Si les gens à Paris, à New York, à Tokyo, comprennent que ce n’est pas juste une guerre lointaine. Que c’est une guerre pour la démocratie. Que c’est une guerre pour la liberté. Que si l’Ukraine tombe, demain ce sera peut-être un autre pays. Et puis encore un autre. Jusqu’à ce que nous soyons tous menacés. Raisa Epshtein ne le sait peut-être pas, mais elle se bat pour nous tous. Les soldats ukrainiens qui meurent à Pokrovsk meurent pour nous tous. Et nous, qu’est-ce qu’on fait ? On regarde les nouvelles pendant qu’on dîne. On s’indigne quelques secondes. Et puis on passe à autre chose. Est-ce suffisant ? Je ne le crois pas.
Section 7 : Le silence entre les explosions
Les moments de calme
Il y a des moments de calme, dans cette guerre. Des moments où les explosions s’arrêtent. Des moments où les drones ne volent plus. Des moments où les canons se taisent. Dans ces moments, on peut entendre le vent qui souffle sur les ruines de Pokrovsk. On peut entendre les oiseaux qui chantent, comme si de rien n’était. On peut entendre une mère qui berce son enfant dans un abri. On peut entendre un vieux qui soupire. C’est dans ces moments qu’on réalise à quel point la folie est absurde. À quel point la guerre est une aberration.
Dans ces moments, je pense à ce que Pokrovsk devait être avant. Les enfants qui couraient dans les rues. Les magasins ouverts. Les cafés où les gens discutaient. Les écoles où les professeurs enseignaient. Les parcs où les familles pique-niquaient. Tout ça a disparu. Ou presque. Il ne reste que des souvenirs. Et même ces souvenirs s’estompent. Les enfants qui ont dû fuir ne se souviendront peut-être jamais de Pokrovsk comme d’un lieu de bonheur. Ils ne se souviendront que de la peur. Des explosions. Des trains surchargés. Des visages inconnus. C’est ce que la guerre fait à la mémoire. Elle efface le bonheur pour ne laisser que la peur.
La beauté qui résiste
Et pourtant, il y a de la beauté. Même dans l’horreur. Il y a des gens qui aident. Des gens qui soignent. Des gens qui accueillent. Des gens qui partagent. Des gens qui refusent de laisser la noirceur gagner. Des médecins comme ceux de Médecins Sans Frontières qui restent sur place pour aider les évacués. Des soldats ukrainiens qui se battent jour et nuit pour défendre leur terre. Des civils qui ouvrent leur maison aux déplacés. Des inconnus qui s’entraident sur les quais de gare. C’est ça, l’humanité. C’est ça, la beauté qui résiste. C’est ça, la lumière dans l’obscurité.
Raisa Epshtein, 83 ans, qui a survécu à un AVC, qui a tout quitté, qui a laissé sa maison derrière elle, elle est encore là. Elle est encore debout. Elle ne renonce pas. Elle ne se laisse pas abattre. Elle est la preuve que même dans l’obscurité totale, l’humain peut résister. Que même quand tout semble perdu, l’espoir peut survivre. Que même quand la guerre a tout détruit, la dignité peut rester intacte. Et c’est ça, peut-être, la vraie victoire. Pas celle qui se compte en mètres de territoire. Mais celle qui se compte dans les cœurs qui continuent de battre, dans les âmes qui continuent d’espérer, dans les êtres qui continuent d’être humains malgré tout.
Il y a des jours où je perds espoir. Des jours où je me dis que cette guerre ne finira jamais. Que la folie gagne. Que la noirceur va tout engloutir. Et puis je pense à Raisa. Je pense à ces médecins sur le quai de gare. Je pense à ces soldats qui se battent. Et je comprends que l’humanité n’a pas encore perdu. Qu’il y a encore de la lumière. Qu’il y a encore de la beauté. Et ça, ça me donne envie de continuer. De raconter. De témoigner. De ne jamais oublier. De ne jamais laisser les victimes sombrer dans l’oubli. Parce que si on oublie, alors la guerre aura gagné. Si on oublie, alors tout ça aura été pour rien. Et ça, je ne peux pas l’accepter. Jamais.
Section 8 : L'assaut final qui approche
La pression monte
Les rapports s’accumulent. Les attaques se multiplient. L’encerclement se resserre. L’ISW rapporte que les forces russes continuent leurs opérations offensives dans la direction de Pokrovsk mais n’avancent pas. Pas encore. Mais pour combien de temps ? Les soldats russes attaquent près et dans Pokrovsk même. Au nord près de Rodynske. Au nord-est près de Zatyshok et Sukhetske. À l’est près de Myrnohrad. Au sud-ouest près de Kotlyne, Udachne et Molodetske. Au nord-ouest près de Hryshyne. C’est un cercle qui se referme. Lentement, inexorablement, mais inévitablement.
Les Ukrainiens du 7e corps de réaction rapide des forces aéroportées rapportent que les forces russes ont intensifié leurs missions d’infiltration dans Pokrovsk, au nord de la ligne de chemin de fer Donetska. Le corps rapporte que les attaques russes près de la zone industrielle dans la banlieue nord-ouest de Pokrovsk visent à accumuler des forces pour attaquer vers Hryshyne. C’est un plan. Un plan méthodique. Un plan calculé. Un plan qui exige des vies. Beaucoup de vies. Des vies russes. Des vies ukrainiennes. Des vies qui comptent. Des vies qui méritent d’être vécues.
Les soldats de première ligne
Je pense à ces soldats ukrainiens sur la ligne de front. Aux hommes qui se tiennent dans les tranchées, dans le froid, dans la boue, attendant la prochaine attaque. Aux hommes qui ont vu leurs camarades mourir. Aux hommes qui ont tué. Aux hommes qui ont de plus en plus peur, mais qui ne reculent pas. Aux hommes qui savent que chaque jour peut être le dernier. Aux hommes qui pensent à leur femme, à leurs enfants, à leur mère, à tout ce qu’ils laissent derrière eux chaque fois qu’ils vont au combat.
Je pense aussi aux soldats russes. Pas aux généraux qui donnent les ordres depuis Moscou. Pas aux politiciens qui votent des budgets pour la guerre. Mais aux simples soldats. Aux hommes qui sont peut-être là contre leur gré. Aux hommes qui ont peur. Aux hommes qui veulent rentrer chez eux. Aux hommes qui meurent dans des villes qu’ils ne connaissent pas, pour des raisons qu’ils ne comprennent pas. Aux mères qui attendent un appel qui ne viendra jamais. Aux épouses qui deviennent veuves sans le savoir. Aux enfants qui grandiront sans père. C’est ça, la vraie guerre. Pas les cartes stratégiques. Pas les chiffres de production d’armes. C’est ça : des êtres humains qui souffrent, qui meurent, qui pleurent.
Et là, j’en ai marre. Vraiment marre. Marre de cette guerre. Marre de cette folie. Marre de voir des gens mourir pour rien. Marre de voir des maisons détruites. Marre de voir des enfants traumatisés. Marre de voir des grand-mères comme Raisa devoir tout quitter. Marre de lire des rapports qui disent « les forces russes ont continué les opérations offensives mais n’avancent pas » comme s’il s’agissait d’un jeu. Ce n’est pas un jeu. Ce sont des vies. Des êtres humains. Des êtres qui aiment, qui souffrent, qui ont peur, qui veulent vivre. Combien encore ? Combien encore de vies sacrifiées ? Combien encore de mères qui pleurent ? Combien encore d’enfants qui n’auront jamais de père ? Combien encore ?
Section 9 : L'avenir incertain
Que sera demain ?
Personne ne sait. Personne ne peut dire ce qui va se passer à Pokrovsk dans les jours, les semaines, les mois qui viennent. Personne ne peut dire si la ville tiendra. Personne ne peut dire si les Russes finiront par briser les défenses ukrainiennes. Personne ne peut dire si Raisa Epshtein pourra un jour rentrer chez elle. Personne ne peut dire si les enfants qui fuient aujourd’hui connaîtront un jour une vie normale. Tout est incertain. Tout est flou. Tout est effrayant.
Ce qui est certain, c’est que les Ukrainiens ne se rendront pas. Pas facilement. Pas sans combat. Ils ont déjà prouvé qu’ils pouvaient repousser 26 attaques en une seule journée. Ils ont déjà prouvé qu’ils pouvaient tenir malgré des nombres supérieurs. Ils ont déjà prouvé que leur volonté était plus forte que les blindages russes. Mais la volonté a des limites. La volonté s’érode avec le temps. La volonté faiblit face à l’épuisement. La volonté ne suffit pas toujours contre une machine de guerre qui ne s’arrête jamais.
La responsabilité du monde
Et nous ? Le reste du monde ? Que faisons-nous ? Nous regardons. Nous commentons. Nous condamnons. Mais est-ce suffisant ? Les alliés de l’Ukraine envoient des armes. C’est bien. C’est nécessaire. Mais est-ce assez ? Les missiles Nightfall britanniques, les véhicules Lynx allemands, sont importants. Mais ils ne suffisent pas à arrêter cette guerre. Ils ne suffisent pas à faire revenir la paix. Ils ne suffisent pas à permettre à Raisa Epshtein de rentrer chez elle.
La Russie investit des dizaines de milliards dans sa machine de guerre. Elle mobilise des millions de travailleurs. Elle sacrifie l’économie de son peuple pour nourrir le conflit. Pendant ce temps, l’Ukraine lutte pour sa survie. Pendant ce temps, le monde hésite. Pendant ce temps, les gens meurent. Chaque jour qui passe sans que la guerre s’arrête, c’est des vies perdues. C’est des maisons détruites. C’est des traumatisés pour la vie. C’est un héritage de douleur qui durera des générations. Nous avons une responsabilité. Nous, qui sommes loin. Nous, qui sommes en sécurité. Nous avons la responsabilité de ne pas oublier. De ne pas laisser passer. De ne pas accepter l’inacceptable.
Je demande parfois si mes mots servent à quelque chose. Si raconter cette histoire, si témoigner de cette douleur, si crier cette colère, ça change quoi. Et puis je me dis que si une personne, une seule personne, lit ces mots et comprend. Si une personne, une seule personne, décide d’agir. Si une personne, une seule personne, refuse d’oublier. Alors ça n’aura pas été vain. Alors ça aura servi à quelque chose. Parce que l’oubli, c’est la pire des choses. L’oubli, c’est laisser les morts mourir une deuxième fois. L’oubli, c’est permettre aux bourreaux de continuer en toute impunité. Donc je continuerai à écrire. Je continuerai à témoigner. Je continuerai à crier. Tant que la guerre durera. Tant que l’injustice existera. Tant qu’il y aura des Raisa Epshtein qui doivent tout quitter.
Conclusion : Ce qui reste quand tout est détruit
La mémoire qui résiste
Raisa Epshtein a 83 ans. Elle a tout quitté. Sa maison de Myrnohrad. Ses fleurs dans le jardin. Ses souvenirs gravés dans les murs. Elle est partie avec seulement ce qu’elle pouvait porter. Quelques vêtements. Quelques photos. Peut-être un petit objet qui lui rappelle sa vie d’avant. Maintenant, elle est dans un train. Elle ne sait pas où elle va. Elle ne sait pas ce que l’avenir lui réserve. Mais elle est encore là. Elle est encore debout. Elle porte avec elle non seulement ses possessions, mais aussi la mémoire de ce que Pokrovsk était avant.
Cette mémoire, c’est ça qui reste quand tout est détruit. Quand les maisons sont en ruines, quand les rues sont dévastées, quand les écoles sont bombardées, il reste la mémoire. La mémoire des enfants qui jouaient dans les parcs. La mémoire des familles qui dînaient ensemble. La mémoire des voisins qui s’entraidaient. La mémoire de la vie normale, de la vie tranquille, de la vie humaine qui existait avant que la guerre ne l’efface. Cette mémoire, personne ne peut la détruire. Pas les missiles. Pas les drones. Pas les chars. Cette mémoire vit dans les cœurs de ceux qui ont dû fuir. Elle vit dans les récits qu’ils raconteront. Elle vit dans les photos qu’ils ont emportées. Elle vit dans les larmes qu’ils ont pleurées.
La question qui reste sans réponse
72 affrontements en une seule journée. 28 tentatives d’assaut sur Pokrovsk. 3,8 millions de Russes qui travaillent à fabriquer des armes. Des millions d’Ukrainiens qui ont dû fuir. Des milliers de morts. Des dizaines de milliers de blessés. Des centaines de milliers de traumatisés. Et Raisa Epshtein, 83 ans, dans un train surchargé, qui a tout laissé derrière elle. Tout ça pour quoi ? Pour une poignée de mètres de territoire ? Pour l’ego d’un dictateur ? Pour une idée démente de grandeur ? Je ne comprends pas. Je ne comprendrai jamais. Et cette incompréhension me hante. Comment l’humanité en est-elle arrivée là ? Comment des êtres humains peuvent-ils faire ça à d’autres êtres humains ? Combien encore de Raisa devront tout quitter ? Combien encore de soldats devront mourir ? Combien encore de mères devront pleurer ? La guerre finira-t-elle un jour ? Et quand elle finira, que restera-t-il de nous ? De notre humanité ? De notre capacité à nous aimer les uns les autres ? De notre capacité à vivre ensemble en paix ? Je n’ai pas de réponse. Je n’ai que des questions. Et ces questions, elles ne me quitteront jamais. Jamais.
Sources
Sources primaires
Ukrinform, « War update: 72 clashes along frontline since dawn, enemy’s main offensive effort concentrated on Pokrovsk », 13 janvier 2026
Sources secondaires
Institute for the Study of War, « Russian Offensive Campaign Assessment, January 12, 2026 », 12 janvier 2026
Médecins Sans Frontières, « Ukraine: Mass evacuation from Pokrovsk as fighting approaches », 23 août 2024
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