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Trump joue avec le feu: il pousse les Iraniens à continuer de descendre dans la rue
Crédit: Custom

Un message venu d’ailleurs, lame froide

Quand Donald Trump s’adresse aux citoyens iraniens pour leur dire de continuer à protester, il ne parle pas seulement à une foule. Il vise une ligne de fracture. Il sait que l’Iran vit sous tension, que chaque rassemblement, chaque slogan crié dans une rue, chaque vidéo postée puis effacée peut devenir une affaire d’État. Son incitation, relayée depuis l’extérieur, s’inscrit dans une vieille mécanique: la parole d’une puissance étrangère se transforme en carburant symbolique, et ce carburant peut brûler. Dans la République islamique, le pouvoir a souvent présenté les contestations comme des complots téléguidés; un appel public d’un ancien président américain, figure honnie par une partie de l’appareil iranien, offre une pièce facile à exhiber. Et pourtant, sur le terrain, la réalité ne se résume jamais à une étiquette. Les protestations en Iran, quand elles éclatent, s’enracinent dans des colères concrètes: restrictions, répression, frustrations politiques, sentiment d’étouffement. Le message de Trump ajoute une couche: il internationalise la scène, il transforme une lutte intérieure en sujet géopolitique instantané. Ce décalage entre la vie des rues et le bruit des tribunes crée une pression supplémentaire, une torsion. Les mots traversent les frontières plus vite que les conséquences.

Ce qui frappe, c’est la facilité avec laquelle un appel prononcé loin de Téhéran peut être reçu comme une provocation au cœur même de l’État. L’Iran n’est pas un pays où l’on joue avec la contestation comme avec un débat télévisé. Les autorités disposent d’un arsenal sécuritaire et judiciaire solide, et l’histoire récente a montré que les vagues de mobilisation peuvent être suivies d’arrestations, de procès, de coupures d’internet, de surveillance accrue. Dans ce contexte, encourager publiquement les gens à descendre dans la rue n’est pas un geste neutre. C’est une parole qui peut être brandie par le pouvoir pour durcir le récit officiel, pour désigner des ennemis, pour intimider ceux qui hésitent déjà. C’est aussi une parole qui peut galvaniser, donner l’illusion d’un soutien international, offrir une caisse de résonance à ceux qui veulent être vus. Mais cette visibilité a un prix. Elle attire les projecteurs, et parfois les projecteurs se transforment en projectiles politiques. L’appel de Trump s’inscrit donc dans une bataille d’images: qui parle au nom du peuple iranien, qui le protège, qui l’expose. Et dans cette bataille, les premiers à payer ne sont pas ceux qui tweetent; ce sont ceux qui marchent.

Protester en Iran, risquer sa peau

Il faut regarder la réalité en face: en Iran, protester n’est pas un loisir civique, c’est un acte qui peut coûter cher. Quand une contestation prend forme, elle se heurte à un système qui se perçoit assiégé et qui répond souvent par la force, la peur, la procédure. Les manifestants savent qu’ils peuvent être identifiés, filmés, suivis, convoqués. Ils savent que l’espace public est un champ miné, où l’on peut passer de l’anonymat à la cible en quelques heures. Dans ce décor, l’appel de Trump agit comme un mégaphone posé au milieu d’une pièce fermée: il amplifie, mais il rend aussi le son plus repérable. L’autorité iranienne, qui surveille les signaux extérieurs, peut saisir ce message comme preuve d’ingérence, et durcir encore le traitement réservé aux opposants. C’est là que la phrase devient lourde. Elle n’est plus seulement un encouragement, elle devient un élément de dossier potentiel, un argument rhétorique pour justifier la répression. Encourager à continuer, depuis un pays où l’on ne subit pas le même risque immédiat, c’est entrer dans une zone grise morale: soutenir, oui, mais comment, à quel prix pour ceux qui n’ont pas la possibilité de se mettre à l’abri?

Pourtant, l’autre piège serait de réduire les citoyens iraniens à des figurants manipulés par l’étranger. La protestation, quand elle surgit, ne naît pas d’un tweet américain; elle naît d’une vie vécue sous contrainte, d’une lassitude qui s’accumule, d’un sentiment d’injustice qui finit par sortir. Les Iraniens qui descendent dans la rue le font d’abord pour eux-mêmes, pour leur dignité, pour leur futur, pour des droits qu’ils estiment confisqués. C’est précisément ce qui rend l’intervention d’une figure comme Trump si ambivalente. Elle peut être perçue comme un soutien, mais elle peut aussi être vécue comme une confiscation symbolique, comme une tentative de poser un drapeau sur une colère qui ne lui appartient pas. Dans l’arène internationale, Trump est associé à une politique de « pression maximale » contre l’Iran durant sa présidence, marquée par des sanctions économiques lourdes et un affrontement verbal constant. Son appel à poursuivre les protestations n’arrive donc pas sur une page blanche; il arrive chargé d’un passé politique. Et ce passé peut devenir un fardeau pour ceux qu’il prétend encourager. La rue iranienne n’a pas besoin d’un propriétaire; elle a besoin d’air.

La géopolitique adore les braises humaines

Ce que révèle cette séquence, c’est la manière dont la géopolitique transforme des vies en signaux. Un leader américain appelle à la contestation; immédiatement, la question n’est plus seulement « que veulent les Iraniens? », mais « qui tire les ficelles? », « quel camp gagne? », « quel message envoie Washington? ». La souffrance devient un écran sur lequel les puissances projettent leurs stratégies. Or l’Iran et les États-Unis entretiennent depuis des décennies une relation faite de défiance, de sanctions, de négociations avortées et de pics de tension. Dans ce cadre, chaque déclaration publique est une pièce sur l’échiquier. L’appel de Trump à continuer de protester s’inscrit dans ce théâtre: il parle à sa base, il parle aux adversaires de l’Iran, il parle aussi aux autorités iraniennes, en testant leurs nerfs. Mais une rue en colère n’est pas un pion. Une rue en colère, c’est du sang qui circule, des familles qui tremblent, des vies suspendues. Quand la politique étrangère s’empare des protestations, elle peut les amplifier médiatiquement tout en les rendant plus dangereuses localement. C’est une contradiction brutale: la solidarité affichée peut accroître le risque réel.

Il y a aussi une dimension de narration. Trump sait manier le symbole: il se pose en défenseur des peuples contre les régimes, en homme qui « dit tout haut » ce que d’autres murmurent. Cette posture est efficace sur le plan de la communication, mais elle simplifie. Elle oppose le peuple et le pouvoir comme deux blocs, alors que la société iranienne est complexe, traversée de contradictions, de peurs, de compromis. La protestation n’est pas une ligne droite, c’est une succession d’élans et de reflux. En appelant les Iraniens à continuer, Trump propose une histoire: celle d’un peuple qui ne lâche pas, soutenu de l’extérieur. Mais l’histoire réelle peut être plus cruelle: continuer peut signifier s’exposer davantage, perdre un emploi, disparaître derrière une porte, subir une pression familiale, vivre avec le soupçon. Le monde adore les images de courage; il oublie la logistique de la survie. C’est là que l’appel « met le feu »: il attise l’imaginaire de la résistance, et il offre au pouvoir un prétexte pour dire que la résistance est importée. Entre ces deux récits, les citoyens iraniens avancent, souvent seuls, et c’est leur solitude qui devrait nous obséder.

Mon cœur se serre quand j’entends un homme puissant, loin du danger immédiat, pousser d’autres êtres humains à tenir bon dans une rue qui peut se refermer sur eux. Je comprends l’instinct: on veut croire que la parole étrangère protège, qu’elle éclaire, qu’elle force les bourreaux à reculer. Mais je sais aussi ce que la politique fait des corps: elle les utilise. Elle les brandit. Elle les compte. Et puis elle passe au sujet suivant. Je ne veux pas d’une solidarité qui ressemble à une torche agitée au-dessus d’une foule déjà encerclée. Je veux une solidarité qui mesure la peur, qui respecte la complexité, qui n’enferme pas les Iraniens dans le rôle de héros utiles. Quand Trump appelle les citoyens iraniens à continuer de protester, il touche un nerf à vif. Et moi, je pense à ceux qui rentrent chez eux en regardant derrière leur épaule, pas à ceux qui récoltent des applaudissements à distance. La politique internationale aime les slogans; la rue, elle, encaisse les coups.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur l’appel de Donald Trump aux Iraniens à poursuivre les protestations (12 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur les réactions en Iran et à l’international après la déclaration de Trump (12 décembre 2025)

Associated Press (AP) – Reportage de contexte sur les manifestations en Iran et l’impact des prises de position américaines (13 décembre 2025)

Ministère iranien des Affaires étrangères – Communiqué/réaction officielle aux propos de Donald Trump (13 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse : portée politique de l’appel de Trump et implications pour l’Iran (14 décembre 2025)

France 24 – Décryptage : les manifestations en Iran et l’effet des soutiens étrangers (14 décembre 2025)

CNN – Analyse : calcul politique de Trump et conséquences diplomatiques possibles (15 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur la dynamique des protestations en Iran et les facteurs d’escalade (16 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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