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Trump remet le Groenland dans sa ligne de mire: une offensive politique qui inquiète l’Europe
Crédit: Custom

Quand Washington regarde vers la glace

Le Groenland revient dans la bouche de Donald Trump comme un mot qui dérange, un mot qui claque. On se souvient de l’épisode de 2019, quand le président américain avait publiquement évoqué l’idée d’acheter l’île, déclenchant un refus net de la Première ministre danoise Mette Frederiksen, qui avait qualifié l’idée d’« absurde ». Trump avait alors annulé une visite d’État au Danemark. Cette séquence n’était pas un gag. C’était un signal. Derrière la provocation, il y a une vieille logique américaine: sécuriser l’Arctique, verrouiller les routes, surveiller les rivaux. Le Groenland n’est pas un décor blanc, c’est un espace stratégique où l’histoire militaire pèse encore. La base de Thulé, aujourd’hui Pituffik Space Base, est un maillon concret du dispositif américain, un radar tourné vers le nord, un œil sur les trajectoires. Dans ce contexte, « renforcer ses efforts » signifie remettre du poids politique sur une zone que la fonte des glaces rend plus accessible et donc plus convoitée. Il ne s’agit pas seulement d’un territoire lointain. Il s’agit d’un futur qui se réchauffe, et d’un présent où la puissance se mesure aussi en latitude.

Ce retour d’intérêt s’inscrit dans un moment où la compétition entre grandes puissances se déplace vers les marges. Le Groenland est une région autonome au sein du royaume du Danemark, mais l’île occupe une place centrale dans la géographie de la sécurité nord-atlantique. Les États-Unis n’ont pas attendu Trump pour y investir: l’accord de défense de 1951 avec le Danemark a encadré la présence américaine, et les infrastructures liées à l’alerte avancée ont longtemps structuré le rapport au territoire. Ce que Trump remet sur la table, c’est la brutalité du langage: dire tout haut ce que d’autres enveloppent. Quand un leader répète qu’il veut « plus » de Groenland, il rappelle que l’Arctique est devenu un théâtre. La Russie y déploie des capacités militaires et revendique des routes; la Chine se décrit comme un « État proche de l’Arctique » et cherche des accès économiques. Dans ce jeu, l’île devient une pièce lourde. Et les mots de Trump, qu’on le veuille ou non, réveillent cette vérité: les cartes se redessinent au rythme de la glace qui cède, et les empires aiment les régions où les règles semblent encore écrites au crayon.

Une île, des ressources, des rivalités

Ce qui attire, ce n’est pas seulement la position. Ce sont les promesses, parfois surestimées, parfois très réelles, que l’on projette sur le sous-sol groenlandais. Les débats publics évoquent régulièrement les terres rares, l’uranium, d’autres minerais critiques, ces matières premières qui font tourner les batteries, les aimants, l’industrie de défense et la transition énergétique. Le Groenland a déjà servi de symbole dans les discussions occidentales sur la dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine. Mais la réalité est complexe: extraire dans l’Arctique coûte cher, les infrastructures manquent, et l’acceptabilité sociale et environnementale est un mur, pas un détail. Pourtant, les puissances raisonnent en décennies. Elles lisent la carte comme un bilan comptable du futur. Trump, lui, transforme cette projection en slogan, en impulsion. Et ce style brut a un effet: il oblige les capitales à réagir, à clarifier ce qu’elles veulent, à reconnaître ce qu’elles craignent. Le Groenland devient alors un miroir: celui de l’avidité mondiale, et celui de notre incapacité à parler calmement d’un espace où la crise climatique n’est pas une abstraction mais un accélérateur géopolitique.

Il faut aussi entendre la voix groenlandaise, souvent étouffée par le duel Washington-Copenhague. Le gouvernement local martèle depuis des années un objectif d’émancipation, tout en jonglant avec une dépendance économique au Danemark. La pression extérieure n’aide pas: quand une grande puissance parle d’un territoire comme d’un objet, elle ravive des blessures coloniales et une peur d’être à nouveau utilisé. Les États-Unis, de leur côté, ont déjà augmenté leur engagement diplomatique ces dernières années, notamment en rouvrant un consulat à Nuuk en 2020, un geste politique clair, validé sous l’administration Trump. Ce n’était pas un ruban coupé pour la photo. C’était un jalon. En parallèle, l’intérêt pour les infrastructures, la connectivité, et la coopération arctique s’est intensifié dans le langage stratégique américain. « Renforcer » peut signifier consolider des partenariats, financer, influencer, empêcher d’autres d’entrer. La rivalité n’est pas toujours un navire de guerre à l’horizon; parfois, c’est un contrat, un câble, une présence continue. Dans ce brouillard froid, l’île est courtisée, et cette cour ressemble trop souvent à une prise.

Trump et la diplomatie au bulldozer

Trump n’est pas le premier à comprendre l’importance de l’Arctique, mais il est celui qui l’a formulée de la manière la plus brutale, la plus médiatique, la plus transactionnelle. L’idée d’acheter le Groenland en 2019 n’a pas surgi de nulle part: les États-Unis ont déjà acheté des territoires, comme l’Alaska en 1867. Sauf qu’ici, la comparaison déraille: le Groenland n’est pas une marchandise, et l’époque n’est plus celle où l’on découpe la carte à la table des puissants. Le choc de 2019 a montré deux choses. D’abord, l’Amérique reste tentée par une logique de propriété quand elle parle sécurité. Ensuite, le Danemark et le Groenland ont immédiatement rappelé une évidence juridique et politique: l’île n’est pas à vendre. Depuis, chaque geste, chaque phrase qui s’y rapporte résonne plus fort. Quand Trump « renforce ses efforts », la question n’est pas seulement ce qu’il veut faire, mais comment il veut l’imposer dans la conversation. Sa méthode, c’est l’angle mort assumé: la nuance lui semble une faiblesse. Or dans l’Arctique, la nuance est un outil de survie.

Les conséquences de ce style dépassent sa personne. Une diplomatie au bulldozer peut pousser les alliés à se raidir, à chercher des garanties, à multiplier les lignes rouges. Elle peut aussi, paradoxalement, accélérer certaines décisions: renforcer la présence américaine, clarifier la coopération militaire, investir pour éviter que la Chine ne prenne pied. Mais à quel prix politique? Le Groenland n’est pas une case « à sécuriser »; c’est une société, une culture, un territoire immense avec des communautés dispersées, et un environnement fragile. Quand l’obsession revient, elle risque de réduire cette réalité à une seule dimension: la puissance. Or l’Arctique est déjà un laboratoire du réchauffement, et l’appétit stratégique peut y aggraver les tensions. La force de Trump, c’est de rendre visible ce que d’autres dissimulent. Sa faiblesse, c’est de croire que rendre visible suffit à rendre légitime. Le Groenland, lui, n’a pas besoin d’un propriétaire. Il a besoin d’être respecté comme sujet politique, pas comme une opportunité. Et c’est là que l’Amérique se joue: dans sa capacité à écouter au lieu d’acheter, à coopérer au lieu de posséder.

Mon cœur se serre quand je vois à quel point un territoire peut être réduit à une ligne sur une carte, à une promesse de minerais, à un point d’appui militaire. Le Groenland, ce n’est pas un trophée pour discours de campagne. C’est un lieu où des gens vivent, où l’hiver n’est pas une métaphore, où le climat change plus vite que nos consciences. Et pourtant, dès que Trump remet la main sur ce sujet, je sens remonter cette vieille musique: la puissance parle fort, et les plus petits doivent expliquer qu’ils existent. Je ne peux pas m’y faire. Parce que derrière les mots « intérêt stratégique », il y a souvent une indifférence soigneusement emballée. Je ne dis pas que les États-Unis n’ont pas de raisons de regarder vers le nord. Je dis que la façon de regarder compte. Un regard peut protéger. Un regard peut aussi avaler. Ce dossier devrait nous obliger à une question simple, brutale: quand un pays riche « renforce ses efforts », qui décide du prix, et qui en paie la trace dans la glace?

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur les déclarations de Donald Trump et les réactions à Nuuk (12 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur la position du gouvernement groenlandais (Naalakkersuisut) et du Danemark (13 décembre 2025)

AP (Associated Press) – Reportage de terrain sur les réactions au Groenland et les enjeux stratégiques (15 décembre 2025)

Naalakkersuisut (Gouvernement du Groenland) – Communiqué/prise de position officielle sur les relations avec les États-Unis (16 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse: pourquoi le Groenland revient au centre de l’agenda américain (17 décembre 2025)

France 24 – Décryptage: enjeux géopolitiques et routes arctiques autour du Groenland (18 décembre 2025)

The Economist – Analyse: rivalités dans l’Arctique et intérêt américain pour le Groenland (19 décembre 2025)

CSIS (Center for Strategic and International Studies) – Note d’analyse sur l’importance stratégique du Groenland pour les États-Unis (20 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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