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Ukraine piégée sous les frappes russes: Kiev force l’OSCE à une réunion d’urgence, l’Europe ne peut plus détourner les yeux
Crédit: Custom

Quand les sirènes étouffent la ville

La séquence est devenue familière, et c’est justement ce qui glace. La nuit tombe sur l’Ukraine, les alertes aériennes s’allument, et la Russie frappe à nouveau. Les autorités ukrainiennes décrivent des attaques menées par des missiles et des drones, un mélange conçu pour saturer la défense, épuiser les opérateurs, pousser les habitants à vivre au rythme des abris. Les bilans précis varient selon les régions et les heures, parce qu’une frappe ne s’arrête pas quand la première explosion retentit: il y a les incendies, les coupures, les vérifications, les décombres qu’on retourne à la lampe. Ce que l’on sait, et que les institutions internationales ont documenté depuis le début de l’invasion à grande échelle, c’est la pression constante sur les zones urbaines et sur les infrastructures. Dans ces nuits, les mots « normalité » et « routine » deviennent des insultes. Une capitale qui s’endort en guettant le ciel, des familles qui préparent des sacs d’urgence comme on prépare le petit-déjeuner, et cette question qui revient, brutale: combien de temps une société peut-elle tenir avec la peur comme horloge?

Kyiv, au matin, ne se contente pas de compter les impacts. Elle compte aussi les leviers politiques qui restent, et l’un d’eux s’appelle l’OSCE. L’Ukraine a annoncé la convocation d’une réunion d’urgence au sein de cette organisation, précisément parce que ces frappes ne sont pas seulement une affaire militaire: elles touchent aux règles, aux engagements, à l’idée même qu’en Europe, la force ne doit pas décider seule. L’OSCE, avec ses États participants, n’est pas un tribunal et ne dispose pas d’une armée. Mais elle incarne un espace où l’on consigne, où l’on confronte, où l’on oblige chacun à regarder les faits sans détour. Quand l’Ukraine appelle à cette réunion, elle cherche du politique là où la nuit n’a offert que du fracas. Elle force une scène internationale à se rassembler, même si certains y viennent à reculons, même si d’autres y voient une arène stérile. Car le silence, lui, est une permission. Et l’oubli, une victoire gratuite.

Une réunion d’urgence, pour quoi faire

Convoquer une réunion d’urgence de l’OSCE, ce n’est pas un geste décoratif. C’est une tentative de transformer une agression en dossier, une nuit d’attaques en débat formel, une suite d’explosions en question posée à voix haute: que fait-on, maintenant, face à la Russie? Dans l’architecture de l’OSCE, il existe des mécanismes de consultation qui permettent à un État participant de demander des échanges rapides lorsqu’il estime que la sécurité est menacée. L’Ukraine s’en saisit parce qu’elle veut une chose simple et difficile: que les autres États ne puissent pas dire qu’ils ne savaient pas. Les frappes, leurs cibles, leurs conséquences humaines et matérielles deviennent matière à discussion officielle. On y parle de sécurité, de droit international, de risques d’escalade, mais aussi de la réalité concrète: des quartiers plongés dans le noir, des services d’urgence étirés, des infrastructures énergétiques vulnérables. Ce n’est pas la première fois que l’OSCE est sollicitée depuis le début du conflit, et l’organisation a été profondément affectée par la guerre, notamment après la fermeture de sa mission spéciale en Ukraine en 2022. Justement: Kyiv rappelle que, même diminuée, l’OSCE reste une table. Et qu’une table, quand on la renverse, fait du bruit.

À ceux qui haussent les épaules, l’Ukraine répond avec une logique implacable: chaque minute passée sans confrontation diplomatique laisse la place à une banalisation. La réunion d’urgence, c’est un projecteur braqué sur une séquence qui pourrait sinon se dissoudre dans le flux. Et c’est aussi une façon de demander des comptes, même si l’OSCE fonctionne au consensus et que ce consensus, face à la Russie, se heurte à des murs. Le paradoxe est cruel: l’organisation née pour réduire les tensions en Europe se retrouve paralysée par l’un de ses plus grands conflits. Pourtant, la diplomatie n’est pas seulement l’art d’obtenir une décision; c’est aussi l’art d’empêcher l’indifférence. En appelant l’OSCE, l’Ukraine cherche des mots qui obligent, des formules qui engagent, une trace écrite qui survivra aux communiqués. Elle tente d’arracher du temps et de l’attention dans un monde qui se fatigue vite. Et elle met chacun devant un miroir: si l’on accepte que la nuit impose sa loi, que restera-t-il des promesses européennes?

Entre le droit et la fatigue mondiale

Il y a une bataille moins visible que celle des ciels: la bataille contre l’usure. Moscou le sait, et Kyiv le sait aussi. Les frappes nocturnes ne cherchent pas seulement à détruire; elles cherchent à entamer, à faire douter, à rendre la résistance coûteuse jusque dans les gestes ordinaires. Dans ce contexte, la convocation d’une réunion d’urgence à l’OSCE vise aussi à contrer une autre menace: la fatigue internationale. Les crises se succèdent, les opinions publiques se dispersent, et la tentation grandit de réduire l’Ukraine à un dossier parmi d’autres. Or l’OSCE a, dans son ADN, l’idée que la sécurité est indivisible, que ce qui se passe à Kyiv finit par résonner ailleurs. En replaçant les frappes russes dans une enceinte multilatérale, l’Ukraine tente de reconnecter l’événement à un principe: la stabilité européenne ne tient pas si l’on tolère qu’un État redessine par la force ce qu’il n’obtient pas par la négociation. Les mots « souveraineté » et « intégrité territoriale » ne sont pas des abstractions; ce sont des garde-fous. Quand ils cèdent, ce n’est pas seulement une frontière qui bouge, c’est une norme qui s’effondre.

Mais il faut regarder l’autre face, sans fard. L’OSCE n’a pas la puissance de contrainte d’un Conseil de sécurité, et même celui-ci est entravé par les rapports de force. La réunion d’urgence ne stoppe pas un missile, ne détourne pas un drone, ne répare pas une centrale. Elle peut, en revanche, produire de la pression, de la documentation, une accumulation politique qui rend plus difficile la réécriture des faits. Elle peut aider à coordonner des positions, à rappeler des engagements, à faire entrer la Russie dans une scène où l’on répond, où l’on s’expose. C’est maigre face au fracas, oui. Mais ce maigre-là est parfois la différence entre un crime noyé dans le bruit et un acte inscrit dans la mémoire institutionnelle. Kyiv joue cette carte parce que l’alternative est pire: laisser la guerre devenir un arrière-plan permanent, une pluie de chiffres et de ruines que l’on finit par ne plus voir. Et si le monde détourne les yeux, qui viendra relever la tête pour lui?

Mon cœur se serre quand je vois à quel point la nuit est devenue un instrument politique. Une nuit, ce devrait être un repos, une respiration, une promesse de lendemain. Là, elle se transforme en stratégie: frapper quand les familles dorment, quand les villes sont vulnérables, quand l’esprit se brouille. Je pense à ce réflexe absurde que la guerre impose, cette seconde où l’on se demande si l’on descend à l’abri, si l’on attend encore, si l’on a le droit d’espérer que « cette fois » passera. Et je me heurte à une colère froide: nous nous habituons trop vite à l’inacceptable. L’Ukraine convoque l’OSCE parce qu’elle refuse cette habituation, parce qu’elle force une salle à écouter ce que le ciel raconte en explosions. Je ne romantise pas la diplomatie; je sais ses lenteurs, ses phrases prudentes. Mais je sais aussi ceci: quand les institutions se taisent, les armes parlent. Et quand les armes parlent, ce sont toujours des vies ordinaires qui paient la note.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur la convocation par l’Ukraine d’une réunion d’urgence de l’OSCE après des frappes russes (14 décembre 2025)

AFP – Flash/compte rendu sur la demande ukrainienne au sein de l’OSCE et les réactions officielles (14 décembre 2025)

OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) – Communiqué/briefing sur la tenue d’une réunion extraordinaire à la demande d’un État participant (14 décembre 2025)

Ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine – Déclaration sur les frappes et la procédure de convocation d’une réunion d’urgence à l’OSCE (14 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Article d’analyse sur l’escalade militaire et les mécanismes diplomatiques via l’OSCE (15 décembre 2025)

France 24 – Décryptage sur les frappes et les enjeux de la réponse ukrainienne dans les forums internationaux (15 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur la dynamique Russie–Ukraine et le rôle des enceintes multilatérales en Europe (16 décembre 2025)

Institute for the Study of War (ISW) – Évaluation de la situation et implications stratégiques des frappes et des démarches diplomatiques (16 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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