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Washington laisse une brèche, Moscou s’y engouffre: jour 1419, les sanctions américaines tournent à la farce
Crédit: Custom

Quand la sanction laisse passer l’argent

Les sanctions américaines sont conçues comme un étau. Elles visent les banques, les oligarques, les exportations critiques, les technologies sensibles. Sur le papier, l’arsenal paraît massif, méticuleux, presque clinique. Dans les faits, la Russie cherche les coutures, les zones grises, les chaînons faibles. Et il en existe une, notable, documentée depuis des mois par des autorités américaines elles-mêmes: la capacité de Moscou à contourner l’interdiction d’accès à certains biens et circuits financiers grâce à des intermédiaires, des sociétés écrans et des routes commerciales détournées. Ce n’est pas une “petite triche” de comptable. C’est un mécanisme qui peut nourrir une économie de guerre, maintenir des lignes de production, remplacer des pièces devenues introuvables, et donc prolonger la violence.

Le nerf de cette faille, ce sont les flux. Pas seulement les flux de dollars, mais ceux des composants, des machines, des services. Les États-Unis ont multiplié les désignations de l’OFAC et élargi les contrôles du Bureau of Industry and Security. Pourtant, des rapports officiels américains ont reconnu que des microélectroniques occidentales continuaient de se retrouver dans des équipements russes, via des pays tiers, des revendeurs, des expéditions fractionnées. Le problème n’est pas que Washington “ne fait rien”. Le problème, c’est que le commerce mondial est un labyrinthe, et que chaque brèche non colmatée devient une autoroute. La sanction, sans application robuste et sans coopération internationale constante, se transforme en texte dur… et en pratique poreuse.

Des tiers qui servent de sas

Le contournement s’appuie rarement sur une seule manœuvre. Il fonctionne par accumulation de ruses ordinaires: une marchandise déclarée autrement, un lot scindé en petites quantités, une société créée pour quelques mois, un paiement qui transite par une place financière éloignée. Des agences américaines, dont le Département du Trésor et le Département du Commerce, ont publiquement alerté sur le risque de réexportations vers la Russie via des juridictions non alignées sur le régime de sanctions. Ces avertissements ne sont pas des slogans. Ce sont des signaux de danger envoyés aux entreprises: si vous fermez les yeux sur le destinataire final, si vous négligez le “end-use”, vous devenez une pièce de la machine.

Cette architecture de contournement exploite aussi une réalité brutale: la coalition des sanctionneurs n’est pas le monde entier. Les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon, le Canada serrent la vis. Mais d’autres États gardent des liens commerciaux, parfois par opportunisme, parfois par prudence géopolitique, parfois par intérêt économique. Résultat: la Russie peut acheter plus cher, plus lentement, avec plus de friction, mais elle peut encore acheter. Les sanctions deviennent alors une course: d’un côté, l’identification des filières; de l’autre, leur mutation permanente. Une entreprise sanctionnée change de nom. Un réseau déplacé change de route. Et pendant que les formulaires se mettent à jour, la guerre, elle, ne suspend pas ses livraisons.

La guerre profite de chaque zone grise

Dire qu’il existe une faille ne revient pas à dire que les sanctions ne servent à rien. Les mesures américaines ont pesé sur l’accès de la Russie aux capitaux, sur certaines importations stratégiques, sur des secteurs ciblés. Mais une faille “notable” signifie autre chose: elle indique que l’outil, aussi puissant soit-il, reste vulnérable aux systèmes d’évitement. Et dans une guerre longue, l’effet cumulé d’une vulnérabilité devient une ressource. Chaque transaction qui passe, chaque composant qui arrive, chaque service contourné, c’est une respiration arrachée à l’étau. Ce n’est pas abstrait. Cela se traduit en capacité industrielle, en maintenance, en logistique, en continuité.

Au jour 1419 de l’invasion, l’enjeu n’est plus seulement de punir. Il est de réduire la capacité de la Russie à soutenir son effort militaire sans transformer la sanction en théâtre. Les autorités américaines ont déjà réagi à des contournements par des actions de “secondary sanctions” et par des avertissements aux acteurs privés, en visant des réseaux transnationaux. Mais l’efficacité dépend d’une discipline collective: contrôles renforcés, traçabilité, partage d’informations, coopération douanière. Sans cela, la sanction ressemble à une porte blindée… posée dans un mur fissuré. Et ce mur fissuré, c’est la mondialisation elle-même: une mécanique immense, rapide, inventive, dans laquelle la guerre apprend, s’adapte, et se nourrit des angles morts.

Mon cœur se serre quand j’entends le mot “faille” accolé aux sanctions. Parce qu’une faille, ce n’est pas un détail technique réservé aux juristes de Washington ou aux compliance officers fatigués. Une faille, c’est un passage. Et dans une guerre, un passage, c’est du temps gagné pour celui qui frappe, c’est de l’oxygène pour l’agresseur, c’est une durée supplémentaire imposée à ceux qui subissent. Je pense à la promesse implicite des sanctions: faire reculer la violence sans tirer un seul coup de feu. Je pense à l’énergie politique qu’elles exigent, à la foi qu’on place dans des décrets, des listes, des gels d’avoirs. Et puis je vois cette réalité: le commerce n’a pas de conscience, il a des routes. Il suffit d’un intermédiaire, d’un silence, d’un contrôle bâclé, pour que l’interdit devienne livraison. Cela me met en colère, parce que la rigueur ici n’est pas un luxe bureaucratique. C’est une question de vies.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur une faille dans l’application des sanctions américaines et ses effets sur les flux russes (14 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur les réponses de Washington et les mécanismes de contournement présumés (14 décembre 2025)

U.S. Department of the Treasury (OFAC) – Communiqué / mise à jour sur les sanctions et exemptions/licences générales (15 décembre 2025)

Ministère de l’Économie de l’Ukraine – Déclaration sur l’impact des sanctions et demandes de durcissement (15 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse : comment la Russie exploite des zones grises des sanctions américaines (16 décembre 2025)

Financial Times – Enquête/analyse sur les chaînes d’approvisionnement et la conformité des entreprises face aux sanctions (16 décembre 2025)

CSIS (Center for Strategic and International Studies) – Note d’analyse sur l’efficacité des sanctions et les failles réglementaires (17 décembre 2025)

RUSI (Royal United Services Institute) – Briefing sur les tactiques de contournement et les implications pour la guerre en Ukraine (17 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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