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Gaza : une percée dans les négociations, enfin une issue — ou encore une manœuvre de plus ?
Crédit: Adobe Stock

Quand la diplomatie promet, Gaza saigne

Le mot cessez-le-feu est devenu une monnaie émotionnelle. On le prononce, on le brandit, on le signe parfois sur le papier, et pourtant la réalité continue de cogner. Depuis des mois, les négociations autour de Gaza avancent par à-coups, portées par des médiateurs qui parlent de « progrès », de « fenêtres », de « phases ». Ces termes sont propres, presque cliniques. Mais derrière eux, il y a une guerre qui n’attend pas que les communiqués s’alignent. Les faits, eux, sont têtus: les cycles d’annonces et de blocages se répètent, au rythme des discussions sur la libération d’otages, l’entrée de l’aide, la durée d’une trêve, les garanties de sécurité. Les mêmes nœuds, les mêmes lignes rouges. Et pendant que les délégations négocient, Gaza reste un territoire sous pression extrême, où la survie dépend de décisions prises loin des ruines. L’ONU, depuis des mois, alerte sur l’ampleur de la crise humanitaire; des agences comme l’OCHA et l’UNRWA décrivent un effondrement des conditions de vie et des entraves récurrentes à l’acheminement de l’assistance. Les discussions peuvent être « majeures » sur le plan politique, mais sur le terrain, la chronologie est brutale: chaque journée sans accord complet se paie en peur, en faim, en deuil, en fatigue qui s’incruste.

Alors oui, une avancée dans les négociations peut exister. Elle peut même être tangible: une proposition mieux cadrée, un calendrier plus détaillé, un compromis provisoire sur des échanges, un mécanisme de supervision plus précis. Mais il faut regarder ce mot, avancée, sans se mentir. Une avancée n’est pas une paix. Elle n’est pas la fin des bombardements, ni la certitude que l’aide entrera sans obstacles, ni la garantie que les civils retrouveront de l’eau, des soins, un toit. Dans ce dossier, tout est conditionnel. Les médiations menées notamment par le Qatar, l’Égypte et les États-Unis ont déjà produit, par le passé, des étapes concrètes, comme la trêve de novembre 2023 qui a permis la libération d’otages et l’entrée accrue d’aide. Cela prouve une chose: l’accord est possible. Mais cela prouve aussi l’autre: il peut être fragile, réversible, pris en otage par la logique militaire et la politique intérieure. Dire que le cessez-le-feu se rapproche, c’est peut-être vrai dans les salons où l’on négocie. Dire qu’il se rapproche pour les familles qui attendent dans le noir, c’est une promesse plus difficile à tenir. Et une promesse, à Gaza, a le poids d’un miroir: si elle se brise, elle coupe.

Les mots « progrès » ont un prix

Le vocabulaire des négociations ressemble souvent à une stratégie de survie pour les capitales: annoncer du mouvement, éviter le constat d’échec, maintenir la pression. Mais sur Gaza, chaque mot public devient un signal qui traverse les écrans et s’écrase sur des existences suspendues. Quand un responsable évoque un « tournant », une « percée », une « avancée majeure », il ne parle pas seulement aux chancelleries; il parle aux familles d’otages qui cherchent un signe, aux civils qui attendent l’ouverture d’un passage, aux humanitaires qui calculent ce qui peut entrer et ce qui reste bloqué. Les négociations, ces derniers mois, se sont cristallisées autour de paramètres connus: l’ampleur et la séquence des libérations d’otages, la durée de la trêve, le retrait ou le redéploiement des forces, la gouvernance et la sécurité après les combats, et surtout l’accès humanitaire. Les Nations unies rappellent régulièrement que l’aide ne suffit pas à compenser la destruction des infrastructures et l’insécurité; elles insistent aussi sur la nécessité de protections effectives des civils, en conformité avec le droit international humanitaire. Ce cadre, pourtant, se heurte à la réalité d’une guerre totale, où chaque camp parle de garanties absolues et craint la moindre concession. Le « progrès » est alors un mot politique, pas une respiration. Il peut calmer les marchés, stabiliser des alliances, gagner du temps. Mais à Gaza, le temps est une denrée rare.

Et c’est là que l’illusion s’installe, parfois malgré la bonne foi de certains médiateurs. Une négociation peut se rapprocher d’un accord tout en restant à un pas du vide. Il suffit d’un détail: une formulation sur la durée, une divergence sur le contrôle d’un corridor, une exigence sur l’ordre des libérations, une ambiguïté sur ce qui vient après la trêve. Les précédents existent: des discussions proches d’aboutir, puis une marche arrière, puis un retour à la table, puis une nouvelle annonce. Chaque aller-retour use la crédibilité des acteurs et abîme les nerfs des populations concernées. Les organisations humanitaires, elles, fonctionnent avec des contraintes concrètes: carburant, sécurité des convois, autorisations, stocks, routes praticables. Elles ne peuvent pas planifier sur des slogans. Lorsqu’un cessez-le-feu est partiel, local, ou conditionné à des étapes incertaines, l’aide reste vulnérable, et la normalisation de la catastrophe continue. Il faut aussi regarder ce qui n’est pas dit dans les communiqués: la fragmentation politique, la pression des opinions publiques, la tentation de transformer une trêve en instrument tactique. Le lecteur doit l’entendre nettement: une « avancée majeure » peut être réelle, mais tant qu’elle n’est pas traduite en actes vérifiables, elle reste un récit. Et les récits, dans une guerre, peuvent sauver des vies ou les exposer.

Entre trêve tactique et paix introuvable

Un cessez-le-feu n’est pas un seul objet. Il y a la trêve courte, pensée comme une pause pour échanger des captifs ou faire entrer de l’aide. Il y a le cessez-le-feu durable, qui suppose des mécanismes de contrôle, des garanties, et une architecture politique derrière. Et il y a la paix, celle qui exige un horizon, une reconstruction, une gouvernance, un minimum de confiance, et des réponses aux questions que tout le monde repousse parce qu’elles brûlent: qui administre, qui sécurise, qui finance, qui protège, qui répond des crimes, qui reconnaît quoi. Les négociations autour de Gaza sont souvent coincées dans ce passage étroit entre l’urgence et l’impossible. On peut arracher une trêve sans régler le fond; mais sans fond, la trêve peut devenir une parenthèse avant la reprise. Les États qui médiatisent une avancée le savent. Ils essaient de construire des étapes, des « phases », parce que l’accord global est trop lourd à porter d’un coup. Ce choix peut être rationnel. Il peut même être la seule voie praticable. Mais il entraîne une conséquence: la population vit sous un plafond de verre, où chaque amélioration est réversible. Les rapports des agences onusiennes et des ONG internationales décrivent une vulnérabilité massive, une insécurité alimentaire aiguë, des systèmes médicaux exsangues, et des déplacements internes répétés. Dans ce contexte, une trêve qui n’ouvre pas un couloir humanitaire stable et une protection réelle des civils risque de ressembler à une pause dans l’asphyxie.

Il faut donc poser la question que personne n’aime: à quoi sert un cessez-le-feu, si le lendemain reste un gouffre? Les négociateurs parlent de « garanties ». Mais pour les civils, une garantie, ce n’est pas un paragraphe dans un document. C’est la certitude qu’un hôpital ne sera pas à court d’électricité, qu’un enfant ne boira pas une eau contaminée, qu’une route ne sera pas une roulette russe. Le débat sur la gouvernance post-conflit, sur la sécurité, sur le rôle de l’Autorité palestinienne, sur les arrangements régionaux, est central, parce qu’il détermine si la trêve est un pont ou une impasse. Les États-Unis ont multiplié les déclarations appelant à des pauses humanitaires puis à un accord de cessez-le-feu, tout en défendant la sécurité d’Israël; d’autres puissances insistent sur la nécessité d’un arrêt des hostilités et sur le respect du droit international. Ces positions se croisent, se contredisent parfois, et se traduisent en pressions inégales. C’est cela, la mécanique froide. Mais au bout de la chaîne, il y a des vies. Si l’avancée est réelle, elle doit se mesurer au concret: moins de violence, plus d’aide, des otages libérés, des détenus relâchés selon les termes négociés, et une trajectoire qui ne ramène pas au point de départ. Sinon, ce cessez-le-feu n’est pas une promesse. C’est un mirage.

Mon cœur se serre quand j’entends le mot avancée prononcé avec cette assurance de plateau, comme si l’histoire obéissait à la grammaire des communiqués. Je veux y croire, parce que croire, c’est déjà refuser la fatalité. Mais je sais aussi ce que ces annonces font aux gens: elles allument une lampe dans une pièce sans fenêtres, puis elles l’éteignent brutalement quand les négociations butent sur un verbe, sur une virgule, sur une exigence impossible. Je ne peux pas regarder Gaza comme un dossier abstrait. Chaque « progrès » qui ne se matérialise pas devient une douleur supplémentaire, une attente qui ronge. Je pense aux familles d’otages, prises entre espoir et terreur, et aux familles palestiniennes, prises entre survie et deuil, qui entendent les mêmes mots et n’en reçoivent pas la même protection. Je n’ai pas le luxe de la neutralité tiède. Je veux des actes, pas des phrases. Je veux un cessez-le-feu qui protège vraiment, pas une pause qui arrange les puissants. Et je veux qu’on cesse de vendre l’illusion comme si c’était une victoire.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur une avancée dans les pourparlers concernant Gaza (12 décembre 2025)

AFP – Point de situation sur les négociations et les positions des parties (12 décembre 2025)

Nations unies (UN/OCHA) – Mise à jour de terrain sur la situation à Gaza et les discussions humanitaires (13 décembre 2025)

Ministère des Affaires étrangères du Qatar – Communiqué sur la médiation et l’état des négociations (13 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse des enjeux et des scénarios après l’annonce d’une avancée (13 décembre 2025)

France 24 – Décryptage : ce que signifie une “avancée majeure” pour Gaza et la région (14 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur les conditions d’un accord durable et les risques de blocage (14 décembre 2025)

Chatham House – Commentaire d’expert sur les implications diplomatiques régionales (15 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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