La rapidité d’une condamnation à mort
Rien dans cette histoire ne ressemble à la justice. Rien. Erfan Soltani a été arrêté jeudi 8 janvier. Samedi 10 janvier, un tribunal iranien avait déjà rendu son verdict : mort. « Un processus extrêmement rapide, en seulement deux jours », ont confirmé les proches du jeune homme à BBC Persian. Deux jours pour instruire un dossier, pour entendre les témoins, pour examiner les preuves, pour permettre à un avocat de plaider. Deux jours. C’est le temps qu’il faut à une banque pour traiter une demande de prêt. Pas le temps qu’il faut pour décider si un être humain doit vivre ou mourir. Awyar Shekhi, représentant de l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, a dit une chose qui glace le sang : « nous n’avons jamais vu un cas se dérouler aussi rapidement ». Dans un pays où les procès politiques durent parfois des années, où les prisonniers attendent des décennies dans l’ombre des cellules, cette soudaine efficacité ne signifie pas que le système judiciaire iranien s’est amélioré. Elle signifie qu’il a basculé dans l’arbitraire pur.
Le chef du système judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejei, a déclaré lundi que ceux impliqués dans les troubles seraient « traités sérieusement et sévèrement ». Les procureurs ont annoncé que certains seraient accusés « d’inimitié envers Dieu », une infraction de sécurité nationale passible de la peine de mort. Des mots techniques, juridiques, qui cachent une réalité brutale : l’Iran transforme la contestation en crime capital. Et pas n’importe quelle contestation. Celle qui a éclaté fin décembre, provoquée par l’effondrement de la monnaie iranienne et le coût de la vie exponentiel, mais qui s’est rapidement élargie pour devenir un mouvement exigeant le changement politique, l’un des défis les plus sérieux au clergé depuis la révolution islamique de 1979. Le régime a peur. On sent cette peur dans la précipitation avec laquelle ils condamnent. On la sent dans la violence avec laquelle ils répriment. On la sent surtout dans ce black-out internet qui dure depuis plus de cinq jours, comme s’ils essayaient d’étouffer non seulement les communications, mais aussi la vérité elle-même.
Cette précipitation me terrifie. Vraiment. Parce qu’elle révèle quelque chose sur la nature du pouvoir. Quand un régime sent qu’il perd le contrôle, quand les rues se remplissent, quand le peuple ose lever la tête, il ne négocie pas. Il accélère. Il radicalise. Il passe directement à l’ultime recours : la mort. Et ce qui me fait le plus peur, c’est que ce n’est probablement que le début. Si Erfan Soltani est pendu mercredi, combien d’autres suivront jeudi ? Combien de listes sont déjà prêtes ? Combien de juges ont déjà signé des condamnations en série, comme s’ils validaient des factures ? Je ne veux pas y penser. Mais je dois y penser. Parce que c’est ça, la réalité de l’Iran aujourd’hui : une usine de mort qui tourne à plein régime, produisant des cadavres à la chaîne, pendant que le monde discute de sanctions diplomatiques.
Section 3 : Les corps dans les halls, les familles dans le deuil
Kahrizak, l’endroit où la vérité s’empile
Les vidéos commencent à fuir malgré le black-out. Elles montrent quelque chose d’insoutenable. L’institut médico-légal de Kahrizak, à Téhéran, une immense salle remplie de corps enveloppés dans des linceuls blancs. La BBC en a compté au moins 180 dans les images diffusées dimanche. Une autre vidéo, partagée lundi, en montre environ cinquante de plus. Les familles déambulent entre les cadavres, soulevant les draps, cherchant un visage, un tatouage, une cicatrice qui leur dirait : c’est lui. C’est lui ou ce n’est pas lui. C’est la macabre loterie du deuil. « Mon ami est allé là-bas pour chercher son frère, et il a oublié sa propre douleur », raconte un militant à BBC Persian. « Ils ont empilé des corps de chaque quartier, comme Saadatabad, Naziabad, Sattarkhan. Tu vas à ta pile d’adresse et tu cherches là-bas. » La description est froide, clinique, mais elle dit tout sur l’ampleur du massacre.
HRANA, l’agence de presse des activistes des droits de l’homme, a publié mardi des chiffres qui donnent le vertige. Au 11 janvier, ils avaient confirmé 544 morts. 483 manifestants tués. 47 membres des forces de l’ordre tués. Un procureur tué. Huit enfants, dont l’âge n’aurait pas dû leur permettre de comprendre la politique, encore moins d’en mourir. Cinq civils non-manifestants pris dans la fusillade. Et 579 autres décès encore en cours d’enquête. Ces chiffres, horribles comme ils sont, ne représentent probablement qu’une fraction de la réalité. L’ONU, dans ses communications, parle de « répression sans précédent ». Amnesty International a lancé un appel urgent, demandant que soient soumises des « preuves visuelles et des informations détaillées sur les victimes » pour compiler une « documentation légale ». Mais pendant que les organisations internationales compilent des rapports, à Kahrizak, les corps s’empilent. Les mères pleurent. Les pères crient. Et le régime iranien, dans un cynisme absolu, a déclaré trois jours de deuil national sans jamais mentionner le rôle de ses propres forces de sécurité dans les tueries, attribuant les morts aux « criminels terroristes urbains », allant jusqu’à comparer la violence à celle de l’État islamique.
C’est quoi, cette chose ? Cette capacité à massacrer son propre peuple puis à déclarer le deuil officiel comme si les morts étaient des victimes d’une catastrophe naturelle ? Comment peut-on, en même temps, remplir des halls de cadavres et prétendre que ce sont des terroristes qui ont tué tout le monde ? Ça défie la raison. Ça défie l’humanité. Je regarde ces vidéos de Kahrizak et je me demande : combien de ces corps étaient des étudiants ? Combien étaient des pères de famille ? Combien avaient 20 ans, 25 ans, 30 ans ? Combien avaient des rêves, des projets, des amours ? Maintenant ils sont des chiffres dans un rapport de l’ONU. Des statistiques. Des points sur une courbe qui monte, inexorablement, vers l’abîme. Et je me pose une question qui me hante : à quel moment un être humain décide-t-il que ça vaut le coup de tuer autant de gens ? À quel moment la peur du pouvoir l’emporte-t-elle sur la valeur d’une vie ?
Section 4 : Un pays dans le noir, une population dans la terreur
120 heures sans voix
Imaginez un pays de 88 millions d’habitants plongé dans le silence. Pas le silence de la paix, mais le silence de l’isolement. Depuis mercredi dernier, l’internet est coupé à environ 1 % de son niveau normal, selon NetBlocks. Cinq jours. Cent vingt heures sans WhatsApp, sans Instagram, sans Twitter, sans nouvelles du monde extérieur, sans moyen d’appeler sa mère, son frère, son ami pour lui dire « je suis en vie ». Le black-out est si complet que même les téléphones fixes sont coupés dans de nombreuses zones à partir de 20 heures. Les checkpoints sont partout. « Des contrôles dans chaque bloc », raconte un habitant près de Téhéran qui a réussi à se connecter via Starlink, le service satellite d’Elon Musk. « Les voitures et les téléphones de leurs occupants sont inspectés par les forces de sécurité. » L’Iran n’est plus seulement un pays en répression. C’est une prison à ciel ouvert.
Les vidéos qui filtrent montrent des scènes d’une brutalité à couper le souffle. À Khorramabad, on entend des tirs de crocheux pendant les affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants qui lancent des pierres. À Arak, à Tabriz, à Urmia, les mêmes images se répètent : des jeunes qui crient « Mort au dictateur » — une référence directe à l’ayatollah Khamenei — et « Reza Shah, que ton âme repose en paix », évoquant le monarque renversé en 1979. Ce n’est pas seulement une protestation économique. C’est un rejet complet de l’ordre théocratique établi il y a près d’un demi-siècle. Et le régime le sait. C’est pour ça que la répression est si violente. C’est pour ça que le black-out est si total. C’est pour ça que les menaces d’exécution sont si immédiates. Ils ne répriment pas seulement une contestation. Ils se battent pour leur survie.
Fermez les yeux une seconde. Imaginez vivre ça. Vous marchez dans la rue et vous ne savez pas si vous allez rentrer ce soir. Vous manifestez et vous ne savez pas si la balle qui siffle va vous frapper. Vous avez un enfant et chaque matin, vous le regardez partir à l’école en vous demandant si vous le reverrez. Vous avez un téléphone dans votre poche mais il ne sert plus à rien, juste à vous rappeler que vous êtes seul, coupé du monde, livré à la merci d’un régime qui ne recule devant rien. C’est ça, la vie en Iran aujourd’hui. Une terreur constante, sournoise, omniprésente. Et le pire ? Le monde le sait. Le monde regarde. Le monde compte les morts comme on compte les points d’un match. Et pendant ce temps, à Téhéran, une mère attend devant un téléphone qui ne sonne jamais.
Section 5 : Trump à la croisée des chemins
Les mots et les actes
Donald Trump ne mâche pas ses mots. « Ils vont payer un gros prix », a-t-il écrit sur Truth Social, sa plateforme de médias sociaux. « J’ai annulé toutes les réunions avec les officiels iraniens jusqu’à ce que l’assassinat insensé de manifestants S’ARRÊTE. L’AIDE EST EN ROUTE. MIGA!!! » L’acronyme MIGA signifie « Make Iran Great Again », un slogan d’opposition iranienne basé aux États-Unis que le président américain a adopté. Sur CBS, face aux caméras, il a été encore plus direct : « Nous ne voulons pas voir ce qui se passe en Iran se produire. Vous savez, s’ils veulent protester, c’est une chose. Quand ils commencent à tuer des milliers de gens, et maintenant vous me parlez de pendaison, et bien nous verrons comment ça va se passer pour eux. » C’est clair. C’est menaçant. C’est Trump.
La question que tout le monde se pose est : que signifie exactement « action très forte » ? Le président américain a déjà annoncé des tarifs douaniers de 25 % sur tout pays qui commercerait avec l’Iran. Le Wall Street Journal rapporte qu’il devrait rencontrer ce soir des membres de son administration pour discuter « d’options spécifiques », y compris des sanctions supplémentaires, des mesures cybernétiques et la possibilité de fournir un accès Starlink pour contourner le black-out iranien. Mais l’option militaire n’a pas été exclue. La mission iranienne à l’ONU a accusé les États-Unis de chercher un « prétexte pour une intervention militaire », avertissant que « cette stratégie a échoué par le passé ». C’est une accusation sérieuse, une insinuation que Trump pourrait utiliser les exécutions de manifestants comme casus belli. Et c’est là que ça devient terrifiant. Pas seulement pour l’Iran, mais pour toute la région. Pour le monde.
Franchement ? Je ne sais pas ce que Trump va faire. Personne ne le sait vraiment. Il y a des jours où je pense qu’il bluffe, qu’il utilise sa rhétorique habituelle pour faire pression, pour menacer, pour impressionner. Et puis il y a des jours où je regarde l’histoire, où je me souviens que ce même homme a ordonné le drone qui a tué Qasem Soleimani, et je me dis : il n’a pas peur de faire usage de la force. Là-dessus, il a été cohérent. La vraie question, c’est : est-ce que la force va aider ? Est-ce que des frappes américaines vont sauver Erfan Soltani ? Ou est-ce qu’elles vont tuer encore plus d’Iraniens, encore plus de civils, encore plus de jeunes qui, comme Erfan, avaient 26 ans et des rêves ? Je n’ai pas la réponse. Et ça me terrifie de penser que la décision repose entre les mains d’un seul homme, à Washington, pendant qu’un autre homme, à Téhéran, attend la mort dans une cellule froide.
Conclusion : Demain, il sera peut-être trop tard
Le visage de l’urgence
Erfan Soltani a 26 ans. Il a peut-être une mère qui attend. Des amis qui prient. Un rêve qu’il n’a jamais eu le temps de réaliser. Demain, à l’aube, si le régime iranien respecte son calendrier, il sera pendu. Et ce n’est pas le commencement de quelque chose. C’est la suite. La suite logique, horrible, prévisible d’une répression qui a déjà tué des centaines, qui a déjà blessé des milliers, qui a déjà jeté en prison des dizaines de milliers. L’exécution d’Erfan ne sera pas la fin. Elle sera le signal. Le signal que le régime iranien ne reculera devant rien. Qu’il n’a peur de rien. Ni des États-Unis. Ni de l’ONU. Ni des condamnations internationales. Ni du regard du monde.
Les vidéos de Kahrizak montraient des corps empilés comme des sacs. Les statistiques de HRANA comptent des morts comme des chiffres. Les déclarations de Trump promettent une « action très forte ». Mais tout ça, tout ce langage de la géopolitique et des statistiques, cache une réalité simple, humaine, déchirante : des gens meurent. Des jeunes comme Erfan. Des enfants comme ces huit qui n’avaient même pas 18 ans. Des mères qui cherchent leurs fils dans des halls remplis de cadavres. Des pères qui crient de douleur. Des familles qui ne savent pas si leurs proches sont morts ou vivants, emprisonnés ou libres. Et le temps continue de passer. Deuxième par seconde. Vers l’aube.
Je pense à Erfan ce soir. À ce qu’il doit ressentir dans sa cellule. Est-ce qu’il a peur ? Bien sûr qu’il a peur. Est-ce qu’il pense à sa mère ? À ses amis ? À la vie qu’il aurait dû vivre ? Et je pense aux juges qui ont signé sa condamnation en deux jours. Est-ce qu’ils savent ce qu’ils ont fait ? Est-ce qu’ils réalisent que demain, peut-être, ils vont tuer un être humain ? Ou est-ce qu’ils le savent très bien et que ça ne leur fait rien ? Je ne veux pas y croire. Je ne peux pas y croire. Parce que si c’est vrai, si des êtres humains peuvent faire ça à d’autres êtres humains sans ressentir rien, alors qu’est-ce qui reste de notre humanité ? Demain, à l’aube, Erfan Soltani sera peut-être mort. Mais sa mort ne sera pas un accident. Elle sera un choix. Un choix conscient, délibéré, calculé. Et quelque part dans le monde, nous serons tous complices. Parce qu’on aura su. Parce qu’on aura regardé. Parce qu’on aura laissé faire. Et demain, quand nous nous réveillerons, il y aura un jeune de moins dans ce monde. Un jeune de 26 ans. Un jeune qui s’appelait Erfan. Et personne ne pourra dire qu’on ne savait pas.
Sources
Sources primaires
La Croix avec AFP, « Iran : Trump dit qu’il agira ‘de manière très forte’ en cas d’exécutions de manifestants », publié le 14 janvier 2026 à 7h25
BBC News, « Trump vows ‘very strong action’ if Iran executes protesters », publié le 14 janvier 2026
Sources secondaires
HRANA – Human Rights Activists News Agency, « Day Fifteen of Iran’s Nationwide Protests: Sharp Rise in Human Casualties », publié le 11 janvier 2026
Times of India, « First execution of Iranian protester: Khamenei-led regime to hang 26-year-old Erfan Soltani », publié le 14 janvier 2026
Fox News, « Iran set to execute first protester amid crackdown on anti-regime demonstrations », publié le 14 janvier 2026
CNN, « Iran protests death toll soars, fears of Erfan Soltani execution, Trump… », publié le 13 janvier 2026
Reuters, « Trump urges Iranians to keep protesting, saying ‘help is on its way' », publié le 13 janvier 2026
NDTV, « Iran To Hang Anti-Khamenei Protesters, Trump Warns Of ‘Very Strong Action' », publié le 14 janvier 2026
Euractiv, « Trump warns of ‘very strong action’ if Iran hangs protesters », publié le 14 janvier 2026
Al Jazeera, « Iran protest updates: Trump to Iranians », publié le 13 janvier 2026
PBS, « As Iran protesters face ruthless crackdown, Trump says help on its way », publié le 14 janvier 2026
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