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La diplomatie ne suffit plus: il faut aller plus loin pour renverser le régime iranien
Crédit: Adobe Stock

Les salons feutrés, la rue brûle

À force de répéter que « la diplomatie » finira par payer, on finit par confondre patience et abandon. L’Iran vit depuis des années sous un régime de sanctions, de cycles de négociations et de communiqués polis, pendant que la société se serre la ceinture jusqu’à l’os. Les discussions autour du programme nucléaire iranien, relancées puis gelées, ont rythmé l’actualité internationale comme un métronome froid. En 2015, l’accord de Vienne (JCPOA) promettait un verrouillage du nucléaire contre un allègement économique. Puis les États-Unis se sont retirés en 2018, réimposant des sanctions massives. Depuis, l’Europe parle de préserver un cadre, Washington parle de « pression », Téhéran parle de « résistance ». Mais sur le terrain, ce sont des familles qui encaissent les contrecoups d’une économie étranglée, d’une monnaie dévaluée, d’un horizon qui se rétrécit. La diplomatie n’est pas un luxe dans cette région, c’est un extincteur. Or l’extincteur a fui. Ce qu’on appelle « canal de dialogue » ressemble parfois à une digue percée: on négocie pendant que la défiance monte, on temporise pendant que le régime consolide ses leviers internes, on réclame des gestes pendant que l’espace civique se referme.

Les mots comptent, parce qu’ils dessinent des options. Dire « aller plus loin par la voie diplomatique pour renverser ce régime » n’est pas une formule anodine: cela tord la grammaire habituelle des chancelleries, qui prétendent séparer le dossier nucléaire, les droits humains et la question du pouvoir. Or l’Iran, lui, ne compartimente pas. Le même appareil d’État qui négocie à l’étranger réprime à l’intérieur; le même système qui brandit la souveraineté surveille, enferme, juge. Quand les Nations unies documentent des atteintes aux droits fondamentaux, quand des rapporteurs spéciaux alertent sur des exécutions ou des restrictions sévères, cela ne reste pas dans un rapport: cela descend dans la vie quotidienne, dans la peur, dans l’autocensure. Et pendant que les capitales occidentales hésitent entre pression et prudence, la République islamique joue sur l’usure. Elle sait que le temps fatigue les démocraties, qu’une crise chasse l’autre, qu’un conflit régional détourne l’attention. Le résultat, c’est une impasse où chacun se protège derrière des principes, mais où les Iraniens paient le prix de l’immobilisme et de la brutalité.

Sanctions, négociations: la tenaille quotidienne

Il faut regarder la mécanique sans cligner des yeux. Les sanctions américaines rétablies après 2018 ont visé l’énergie, les banques, la logistique; elles ont rendu le commerce plus coûteux, les transactions plus risquées, l’accès aux devises plus rare. Les gouvernements qui les défendent parlent de ciblage, de pression sur les élites. Dans la vraie vie, la pression se diffuse: inflation, pénuries de certains médicaments, entreprises asphyxiées, jeunesse condamnée à l’attente ou à l’exil. Ce n’est pas une opinion, c’est une dynamique économique documentée par les institutions et les analystes qui suivent l’Iran: quand un pays est coupé des circuits financiers, les chocs se répercutent en cascade. Et pourtant, la négociation reste le seul espace où l’on peut desserrer l’étau sans basculer dans la guerre. Voilà le piège: la diplomatie est indispensable, mais elle est aussi devenue l’alibi commode pour ne rien faire d’autre. On « maintient le dialogue » pendant que les lignes rouges se déplacent. On parle de retour à l’accord pendant que l’Agence internationale de l’énergie atomique signale des limites franchies, des zones d’ombre, des coopérations insuffisantes. Chaque rapport, chaque désaccord technique, chaque caméra coupée ou chaque accès restreint est un rappel: le temps n’est pas neutre.

Dans ce décor, certains réclament d’« aller plus loin » par la voie diplomatique. Comprendre: ne plus réduire la discussion au nucléaire, mais parler pouvoir, parler répression, parler responsabilité. C’est là que la phrase devient tranchante. Car renverser un régime par la diplomatie, ce n’est pas un coup d’État en gants blancs; c’est une stratégie de délégitimation, d’isolement, de soutien politique aux forces démocratiques, de coordination internationale pour tarir les ressources et exposer les abus. Mais cette ambition se heurte à une réalité brutale: les États n’aiment pas annoncer qu’ils veulent renverser d’autres États, parce que cela ferme des portes, radicalise l’adversaire, et peut coûter cher en représailles. Alors on se réfugie dans l’ambiguïté. On condamne, puis on commerce. On sanctionne, puis on cherche des exemptions. On proclame la défense des droits, puis on s’angoisse pour le prix du baril. Et au milieu, l’Iran officialise une lecture simple: l’Occident ment, l’Occident complote. Plus on tergiverse, plus cette propagande trouve de carburant. Plus on se contredit, plus le régime se présente comme le dernier rempart face à l’humiliation extérieure.

Renverser sans armes: promesse dangereuse

Il existe une tension morale que trop de responsables esquivent. Si l’on affirme que la diplomatie doit servir à renverser le régime iranien, on prend un engagement implicite envers ceux qui, en Iran, espèrent un changement. On leur dit: tenez bon, nous allons peser. Mais si cette promesse se réduit à des discours, elle devient une arme contre eux. Parce que le pouvoir à Téhéran utilise immédiatement ce type de déclaration pour justifier la répression: « regardez, ils veulent notre chute, donc toute contestation est une trahison ». La prudence diplomatique n’est pas de la lâcheté, c’est parfois une protection. Pourtant, le silence est aussi une complicité. L’Iran est un pays jeune, éduqué, traversé par des aspirations profondes à la liberté individuelle et à la dignité. Quand les canaux politiques sont verrouillés, quand les syndicats indépendants sont empêchés, quand les partis n’ont pas d’espace réel, la pression sociale cherche d’autres voies. Les vagues de protestation de ces dernières années, et la réaction sécuritaire qui les a suivies, ont montré un régime qui ne lâche pas, et une société qui refuse de se taire. Dans ce bras de fer, les mots des capitales étrangères pèsent plus qu’elles ne veulent l’admettre. Ils peuvent protéger, ou exposer. Ils peuvent ouvrir des issues, ou déclencher des serrures supplémentaires.

Alors, que signifie « aller plus loin » sans tomber dans la posture? Cela signifie d’abord arrêter de traiter l’Iran comme un dossier technique. C’est un pays, une population, une histoire, et un pouvoir qui se nourrit de l’isolement. « Aller plus loin », c’est articuler une stratégie cohérente: soutenir le travail des mécanismes onusiens sur les droits humains, documenter les abus, cibler les responsables plutôt que punir indistinctement, protéger les diasporas menacées, offrir des voies légales d’accueil à ceux qui fuient la persécution, et maintenir des canaux pour éviter l’escalade militaire. C’est aussi admettre que la diplomatie n’est pas seulement une table de négociation: c’est la bataille des normes, des récits, des alliances. L’Europe, par exemple, a longtemps misé sur la survie de l’accord de 2015; mais sans levier économique réel face aux sanctions américaines, cette promesse s’est effritée. De son côté, Téhéran s’est rapproché de Moscou et de Pékin, cherchant des bouées politiques et commerciales. Ce réalignement complique tout. Et pendant que les puissances jouent, l’Iran « étouffe » parce que l’intérieur se durcit, parce que l’extérieur se ferme, et parce que la solution la plus facile pour un régime assiégé reste la même: contrôler davantage.

Mon cœur se serre quand j’entends la diplomatie décrite comme une simple patience, une attente polie, un jeu d’échecs où l’on sacrifie toujours les mêmes pions. Parce qu’ici, les pions ont un visage. Ce sont des étudiants, des ouvriers, des femmes qui demandent l’air, des hommes qui voudraient juste parler sans trembler. Je n’ai pas le droit de fabriquer des héros en papier, ni d’inventer des confidences. Mais j’ai le devoir de regarder la logique en face: quand les États se contentent de gérer l’Iran comme un « dossier », ils laissent le régime définir le rythme, le terrain, la peur. Et quand certains promettent le « renversement » par des mots, sans préciser le prix, ils jouent avec la peau des autres. Je refuse ce confort. Je veux une diplomatie qui protège au lieu de maquiller, qui nomme la répression sans marchander la vérité, qui évite la guerre sans offrir un permis de frapper. L’Iran n’a pas besoin de slogans. Il a besoin d’une stratégie qui ne trahisse pas ceux qui respirent sous l’eau.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur les réactions diplomatiques et déclarations appelant à accentuer la pression sur Téhéran (12 décembre 2025)

AFP – Dépêche sur une prise de position officielle évoquant un « renversement » du régime par des moyens diplomatiques (13 décembre 2025)

Ministère iranien des Affaires étrangères – Communiqué et points presse répondant aux déclarations étrangères (14 décembre 2025)

Nations unies (ONU) – Compte rendu/briefing sur l’Iran au Conseil de sécurité ou déclaration du Secrétaire général/porte-parole (16 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse des options diplomatiques et des risques d’escalade autour de l’Iran (15 décembre 2025)

France 24 – Décryptage : pression diplomatique, sanctions et débats sur un changement de régime en Iran (16 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur la stratégie internationale vis-à-vis de l’Iran et ses implications régionales (18 décembre 2025)

Chatham House – Commentaire/briefing sur l’efficacité des outils diplomatiques et des sanctions contre l’Iran (19 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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