Les chiffres de l’horreur
Les chiffres que l’état-major ukrainien a publiés pour cette seule journée du 13 janvier défient l’imagination. Une frappe de missile. Vingt-trois frappes aériennes. Vingt-trois roquettes. Quarante-sept bombes planantes qui tombent du ciel sans bruit, jusqu’à ce que le monde explose. Cinq mille six cent vingt-sept drones kamikaze lancés pour tuer. Trois mille soixante-treize bombardements de positions ukrainiennes et de villages. Et ce n’est qu’une journée. Une seule journée parmi des centaines, depuis que l’Ukraine se défend contre l’invasion russe.
La source Mezha, qui compile les informations de l’état-major ukrainien, rapporte des chiffres encore plus terrifiants pour la même période : quatre frappes de missiles au lieu d’une, quarante-deux frappes aériennes au lieu de vingt-trois, vingt-cinq missiles, soixante-dix-huit bombes guidées, sept mille neuf cent soixante-sept drones kamikaze, trois mille sept cent soixante-huit bombardements. Les différences s’expliquent par les heures de rapport différentes et les multiples sources d’information, mais le message reste le même : la Russie ne recule devant rien pour briser la résistance ukrainienne. Elle balance des munitions comme si la vie humaine n’avait aucune valeur. Comme si chaque soldat, chaque civil, chaque enfant n’était qu’un chiffre dans un tableau Excel.
Les pertes russes à Pokrovsk
Dans le secteur de Pokrovsk, où les combats ont été les plus intenses, les défenseurs ukrainiens ont infligé des pertes sévères à l’envahisseur. Trente-huit soldats russes tués. Huit blessés. Dix-sept véhicules détruits. Soixante-douze drones abattus. Deux systèmes d’artillerie neutralisés. Huit antennes de communication détruites. Un drone au sol éliminé. Et ce ne sont que les pertes confirmées, les chiffres que l’état-major ukrainien a pu vérifier. Dans la réalité, sur le terrain, le nombre de morts est probablement bien plus élevé.
En plus de ces destructions, les Ukrainiens ont endommagé huit autres véhicules, deux postes de contrôle de drones, et dix-sept abris de personnel ennemi. Dix-sept abris. Dix-sept endroits où des soldats russes se cachaient, où ils dormaient, où ils mangeaient peut-être, où ils pensaient à leur famille à mille kilomètres de là. Dix-sept abris qui ont été atteints, peut-être détruits, peut-être juste endommagés. Et quelque part en Russie, des mères attendent un appel qui ne viendra jamais. Des épouses regardent la porte, espérant voir leur mari rentrer. Des enfants demandent « quand est-ce que papa rentre ? » et personne n’a le courage de répondre.
Je pourrais être cynique. Je pourrais dire « bonne leçon » pour ces soldats russes qui envahissent un pays qui ne leur a rien fait. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas parce que ce sont des êtres humains. Des pères. Des fils. Des frères. Envoyés mourir par des généraux qui ne sont jamais allés au front, par des politiciens qui envoient d’autres gens mourir à leur place. Et ça me rend fou. Cette guerre, c’est des hommes ordinaires envoyés tuer d’autres hommes ordinaires pour des raisons qu’ils ne comprennent même pas. Des hommes qui, dans une autre vie, auraient pu être amis. Qui auraient pu boire une bière ensemble, rire ensemble, vivre ensemble. Mais là, ils sont ennemis. Ils se tuent. Ils meurent. Et pour quoi ? Pour quel prix ?
Section 3 : Pokrovsk — de carrefour vibrant à prison à ciel ouvert
La ville avant la guerre
Pokrovsk n’était pas n’importe quelle ville. C’était un nœud ferroviaire et routier majeur, une ville stratégique dans la région de Donetsk. Avant l’invasion à grande échelle de la Russie en février 2022, plus de soixante mille personnes vivaient là. Soixante mille vies. Soixante mille histoires. Des enfants qui allaient à l’école le matin. Des parents qui allaient au travail. Des grands-mères qui allaient au marché. Des jeunes qui s’aimaient sur les bancs des parcs. Une ville qui vivait, qui bougeait, qui avait un avenir. Une ville comme toutes les autres, sauf que maintenant, elle est devenue un symbole de la résistance ukrainienne.
Aujourd’hui, selon les autorités locales, environ douze cent cinquante personnes vivent encore à Pokrovsk. Douze cent cinquante. Quatre-vingt-dix-huit pour cent de la population a fui. Et les douze cent cinquante qui restent ? Ils ne peuvent pas partir. Ou ils ne veulent pas partir. Ou ils n’ont nulle part où aller. Peut-être qu’ils sont trop vieux pour voyager. Peut-être qu’ils n’ont pas d’argent. Peut-être qu’ils refusent d’abandonner leur maison, la maison où ils ont vécu toute leur vie, la maison où ils ont élevé leurs enfants, la maison où leurs parents sont morts. Peut-être qu’ils pensent que si ils partent, ils ne reviendront jamais. Alors ils restent. Ils prient. Et ils attendent.
L’impossible évacuation
Et voilà l’ironie cruelle, le détail qui serre la gorge : Pokrovsk est une ville ferroviaire majeure. C’est précisément parce qu’elle était un carrefour important qu’elle est devenue une cible stratégique. Mais aujourd’hui, les trains ne circulent plus. Les voies ferrées sont bombardées. Les routes sont coupées. Et comment ces douze cent cinquante personnes peuvent-elles évacuer quand il n’y a plus aucun moyen de transport ? Quand chaque voyage est un voyage vers la mort, une chance sur deux de se faire bombarder sur la route ? Quand l’encerclement est imminent, quand les soldats russes avancent, maison par maison, village par village ?
Les autorités ukrainiennes ont maintenu des évacuations partielles quand c’était possible. Mais comment évacuer douze cent cinquante personnes dispersées dans une ville sous bombardement constant ? Comment les contacter quand les communications sont coupées ? Comment les faire monter dans des véhicules quand les routes sont détruites ? Et où les envoyer ? Quelles villes peuvent encore les accueillir ? Quelques kilomètres plus loin ? Ou des centaines de kilomètres vers l’ouest, vers un pays qu’ils ne connaissent pas, où ils ne parlent pas la langue, où ils deviendront des réfugiés pour le reste de leur vie ?
Vous savez ce qui me révolte le plus ? Ce n’est pas seulement les bombardements. C’est l’impossibilité de partir. Cette ville, qui était un carrefour ferroviaire, une ville qui pouvait évacuer des milliers de personnes en quelques jours, est aujourd’hui piégée. Les Russes savent exactement ce qu’ils font. Ils savent que s’ils coupent les routes, les ferroviaires, les ponts, ils piègent les civils. Ils les utilisent comme boucliers humains. Ou ils les condamnent à mourir là où ils sont. Et le monde regarde. Le monde condamne. Le monde impose des sanctions. Mais douze cent cinquante personnes sont toujours là, dans une ville qui devient une tombe à ciel ouvert. Je me demande : combien de temps encore ? Combien de jours ? Combien d’heures ? Et quand l’encerclement sera complet, que deviendront-ils ?
Section 4 : La guerre des drones — un ciel qui ne cesse jamais de hurler
L’armée du ciel
Si vous étiez à Pokrovsk le 13 janvier, vous n’auriez pas seulement entendu les explosions. Vous auriez entendu le bourdonnement. Le bourdonnement incessant, permanent, insupportable des milliers de drones qui remplissent le ciel. Cinq mille six cent vingt-sept drones kamikaze lancés en une seule journée, selon l’état-major ukrainien. Sept mille neuf cent soixante-sept selon Mezha. Des milliers de petits engins volants, chargés d’explosifs, qui cherchent une cible. Une cible humaine. Une cible militaire. Peu importe. Ils cherchent à tuer.
Ces drones kamikaze, ce sont les armes de choix de la Russie dans cette guerre. Ils sont peu coûteux. Ils sont faciles à produire. Ils peuvent être lancés par milliers. Et ils terrorisent. Ils ne sont pas comme les missiles qui arrivent vite et explosent. Non, les drones, ils rôdent. Ils tournent. Ils cherchent. Ils survolent les tranchées, les maisons, les routes. Ils filment. Ils repèrent les cibles. Et puis ils plongent. Ils explosent. Ils tuent. C’est une guerre sans fin, une guerre où le ciel n’est jamais sûr, où vous ne pouvez jamais lever les yeux sans avoir peur.
La réponse ukrainienne
Dans le secteur de Pokrovsk, les défenseurs ukrainiens ont réussi à abattre soixante-douze de ces drones. Soixante-douxe engins qui n’ont jamais atteint leur cible. Soixante-douze vies possiblement sauvées. Mais soixante-douze sur des milliers. Des milliers qui ont atteint leur cible. Des milliers qui ont tué. Des milliers qui ont détruit. Et chaque drone qui tombe, c’est un autre qui le remplace. Les usines russes tournent jour et nuit, produisant ces engins de mort. Et chaque jour, ils en envoient davantage.
Les Ukrainiens ripostent. Ils utilisent leurs propres drones. Ils détruisent les postes de contrôle ennemis. Ils visent les zones de concentration de troupes russes. L’état-major ukrainien rapporte que les forces de défense ont frappé deux postes de commandement, huit zones de concentration de personnel et d’équipement ennemi, quatre systèmes d’artillerie et deux postes de commandement de drones. C’est une guerre d’usure, une guerre où chaque côté essaie d’épuiser l’autre, où chaque drone abattu est une petite victoire, mais où chaque jour apporte son lot de nouveaux drones, de nouvelles menaces, de nouveaux morts.
Imaginez une seconde. Fermez les yeux. Vous êtes dans votre maison. Vous essayez de dormir. Mais dehors, il y a ce bourdonnement. Ce bruit qui ne s’arrête jamais. Des milliers de drones qui volent au-dessus de votre tête. Vous savez qu’un d’eux pourrait plonger vers votre maison à n’importe quel moment. Vous ne savez pas quand. Vous ne savez pas lequel. Mais vous savez que c’est possible. Comment est-ce qu’on peut vivre comme ça ? Comment est-ce qu’on ne devient pas fou ? Douze cent cinquante personnes vivent ce cauchemar, chaque jour, chaque nuit. Et moi je suis là, dans mon salon tranquille, et j’ai honte d’avoir peur pour des choses qui n’existent pas. Eux, ils ont une vraie peur. Une peur qui ne part jamais.
Section 5 : Les autres fronts — une guerre qui ne connaît pas de répit
Le secteur Huliaipole
Pokrovsk n’est pas le seul endroit où l’Ukraine se bat. Sur le front de Huliaipole, dans la région de Zaporijjia, les forces de défense ukrainiennes ont repoussé vingt-cinq attaques le 13 janvier. Vingt-cinq assauts russes dans les environs de Huliaipole et le long des secteurs de Dobropillia et Varvarivka. Dans certains endroits, les combats continuaient encore lorsque le rapport a été publié. Vingt-cinq fois où des soldats ukrainiens ont dû prendre position, tirer, se défendre, peut-être tuer, peut-être mourir. Et demain, ce sera vingt-cinq autres. Et après-demain, encore vingt-cinq.
Huliaipole, comme Pokrovsk, est une ville qui a beaucoup souffert depuis le début de l’invasion. Située dans une région stratégique de l’est de l’Ukraine, elle a été le théâtre de combats intenses pendant des mois. Les Russes veulent la prendre. Les Ukrainiens refusent de la laisser tomber. Et les civils ? Il n’y en a presque plus. La plupart ont fui. Ceux qui restent sont les plus vulnérables, les plus pauvres, les plus vieux. Ceux qui ne peuvent pas partir. Ceux qui n’ont nulle part où aller. Et ils sont là, au milieu des bombardements, des combats, de la mort, attendant que quelque chose change. Priant que quelque chose change.
Les autres secteurs actifs
La guerre s’étend sur toute la ligne de front, des frontières de la Russie jusqu’à la mer Noire. Dans le secteur de Kostiantynivka, les Russes ont mené treize attaques dans les zones d’Oleksandro-Shultyne, Pleshchiivka, Ivanopillia, Berestok, Yablunivka et vers Sofiivka. Treize assauts en une journée. Dans le secteur d’Oleksandrivka, les attaques étaient au nombre de huit près des villages de Rybne, Yehorivka et Solodke. Dans le secteur de Kupiansk, quatre attaques vers Petropavlivka et Pishchane. Dans le secteur de Lyman, neuf assauts contre les positions ukrainiennes dans les zones de Kolodiazi, Novoyehorivka, Zarichne, Novoselivka, et vers Dibrova, Lypove et Stavky. Un affrontement se déroulait encore lorsque le rapport a été publié.
Et ce ne sont que les secteurs où les combats ont été les plus intenses. Il y a aussi le secteur de Sloviansk, où les défenseurs ukrainiens ont repoussé trois attaques. Le secteur de Kramatorsk, où deux attaques ont été stoppées. Le secteur de Prydniprovske, où une tentative russe d’avancer près du pont Antonivskyi a échoué. Partout, la même histoire. Partout, les mêmes hommes qui se tuent, les mêmes armes qui détruisent, les mêmes civils qui souffrent. Une guerre qui ne finit jamais, qui s’étire dans le temps, qui détruit des vies, des familles, des villes entières.
Je lis ces rapports sector par secteur et je me sens épuisé. Et je ne suis même pas là. Je ne suis pas dans une tranchée. Je ne suis pas dans un abri. Je suis assis confortablement et je lis des mots sur un écran. Mais chaque mot est une vie. Chaque chiffre est une tragédie. Trente attaques à Pokrovsk. Vingt-cinq à Huliaipole. Treize à Kostiantynivka. Comment est-ce que les soldats ukrainiens peuvent encaisser tout ça ? Comment est-ce qu’ils continuent à se battre jour après jour, nuit après nuit, sans repos, sans répit ? Il doit y avoir une raison. Il doit y avoir quelque chose qui les fait avancer. L’amour de leur pays ? La peur de voir leur famille tomber sous l’occupation russe ? La vengeance pour ceux qui sont déjà morts ? Ou tout ça à la fois ? Je ne sais pas. Mais je les admire. Je les admire tellement.
Section 6 : La géographie de la mort — quand les cartes racontent des histoires de sang
Le « wedge » vers Rodynske
Sur une carte militaire, la guerre ressemble à des lignes, des flèches, des zones colorées. Mais chaque ligne, chaque flèche, chaque zone colorée cache une histoire humaine. Le « wedge » — le coin — que les Russes ont enfoncé vers Rodynske le 11 janvier, au-delà des limites de la ville de Pokrovsk, ce n’est pas juste une avancée tactique sur une carte. C’est des maisons détruites. C’est des familles qui ont fui. C’est des soldats qui sont morts. C’est une ligne de front qui s’est déplacée vers le sud, vers l’ouest, menaçant d’encercler Pokrovsk, de couper les routes d’évacuation, de piéger les douze cent cinquante civils qui sont encore là.
Rodynske, c’est un village. Peut-être quelques milliers d’habitants avant la guerre. Aujourd’hui, personne ne sait combien il en reste. Peut-être quelques centaines. Peut-être quelques dizaines. Ceux qui n’ont pas pu partir quand les Russes ont commencé à avancer. Ceux qui n’avaient nulle part où aller. Ceux qui ont cru que si ils restaient chez eux, ils seraient en sécurité. Mais il n’y a plus de sécurité en Ukraine orientale. Il n’y a plus de maisons sûres. Il n’y a plus de villages sûrs. Il n’y a que la ligne de front, qui avance, qui recule, qui avance encore, emportant tout sur son passage.
L’importance stratégique de Pokrovsk
Pourquoi les Russes veulent-ils Pokrovsk ? Pourquoi y consacrent-ils tant de ressources, tant d’hommes, tant d’armes ? La réponse est simple : la géographie. Pokrovsk est un carrefour. Prenez Pokrovsk, et vous contrôlez les routes et les chemins de fer dans la région. Vous pouvez déplacer des troupes plus facilement. Vous pouvez approvisionner vos lignes. Vous pouvez continuer votre avance vers l’ouest, vers d’autres villes, vers d’autres objectifs. Pokrovsk, c’est une clé. Une clé qui ouvre la porte de la région de Donetsk, et peut-être au-delà.
Les Ukrainiens le savent. C’est pour ça qu’ils se battent si fort pour défendre cette ville. C’est pour ça qu’ils repoussent trente assauts par jour. C’est pour ça qu’ils sacrifient des vies pour chaque mètre de terrain. Parce qu’ils savent que si Pokrovsk tombe, tout le reste risque de suivre. Les villages voisins. Les villes plus à l’ouest. Et puis, encore plus à l’ouest. Jusqu’à ce que toute la région de Donetsk soit sous contrôle russe. Jusqu’à ce que toute l’Ukraine orientale soit occupée. Jusqu’à ce que… quoi ? Jusqu’à ce que l’Ukraine cesse d’exister ?
Je regarde les cartes. Je regarde ces lignes qui bougent, ces flèches qui avancent, et je pense aux gens qui vivent là. À cette grand-mère qui a passé toute sa vie dans sa maison à Rodynske. À ce père qui essaie de protéger sa famille à Pokrovsk. À ces enfants qui ne connaissent que la guerre, les bombardements, la peur. Sur une carte, ce sont des lignes, des points, des zones. Mais dans la réalité, ce sont des vies. Des vies qui sont détruites, bouleversées, brisées par des décisions prises dans des bureaux climatisés à des milliers de kilomètres de là. Par des hommes qui ne verront jamais les conséquences de leurs décisions. Qui ne verront jamais les maisons détruites. Qui ne verront jamais les enfants qui pleurent. Et ça me rend malade. Vraiment malade.
Section 7 : Les armes de la destruction moderne — quand la technologie devient monstre
Les bombes planantes
Quarante-sept bombes planantes. C’est le nombre que l’état-major ukrainien a rapporté pour la seule journée du 13 janvier. Quarante-sept. Mais qu’est-ce qu’une bombe planante ? C’est une arme terrifiante, une arme qui défie l’imagination par sa cruauté moderne. Contrairement à une bombe traditionnelle qui est larguée d’un avion et qui tombe en ligne droite, une bombe planante est guidée. Elle a des ailes. Elle peut planer. Elle peut changer de trajectoire. Elle peut chercher sa cible avec une précision chirurgicale. Et elle peut être larguée depuis des avions qui restent loin des défenses antiaériennes ukrainiennes, en sécurité.
Imaginez que vous êtes un soldat ukrainien dans une tranchée près de Pokrovsk. Vous regardez le ciel. Vous ne voyez pas d’avion. Vous ne voyez pas de missile. Vous ne voyez rien. Mais vous savez que quelque chose est là. Quelque chose que vous ne pouvez pas voir, que vous ne pouvez pas entendre, qui cherche votre position. Qui cherche à vous tuer. Et puis, soudain, une bombe apparaît du ciel, comme tombée de nulle part, et explose juste à côté de vous. C’est ça, la guerre moderne. C’est ça, la terreur technologique.
Les drones de reconnaissance et d’attaque
Mais les bombes planantes ne sont que la partie visible de l’arsenal moderne russe. Il y a aussi les drones de reconnaissance, ces petits engins qui volent au-dessus des lignes de front, qui filment, qui observent, qui identifient les cibles pour l’artillerie, pour les missiles, pour les bombardements aériens. Et puis il y a les drones d’attaque, comme ceux que les Ukrainiens ont réussi à détruire soixante-douze fois dans le secteur de Pokrovsk. Ces drones, ce sont les soldats d’élite de la guerre moderne. Ils ne dorment jamais. Ils ne mangent jamais. Ils ne se fatiguent jamais. Ils volent, cherchent, tuent, retournent se recharger, et recommencent.
Les Ukrainiens utilisent aussi des drones. Ils ont leurs propres unités de drones, comme l’unité « Furia » qui a récemment frappé des forces russes sur le front sud de Slobozhansky. Mais les ressources russes sont immenses. Les usines russes produisent des drones par milliers, par dizaines de milliers. Les Ukrainiens doivent compter sur l’aide internationale, sur les dons, sur l’ingéniosité de leurs propres ingénieurs. Et chaque drone ukrainien abattu est une perte irrémédiable. Chaque drone russe détruit est une goutte d’eau dans l’océan.
Il y a des moments où je me demande si la technologie n’a pas rendu la guerre encore plus horrible qu’avant. Avant, tu savais quand tu étais attaqué. Tu voyais les avions. Tu entendais les canons. Aujourd’hui ? Aujourd’hui, tu ne sais jamais. Une bombe planante peut tomber du ciel sans avertissement. Un drone peut te survoler et te filmer sans que tu le saches. La mort peut venir de n’importe où, à n’importe quel moment, sans bruit, sans avertissement. Comment est-ce qu’on peut se défendre contre ça ? Comment est-ce qu’on peut vivre avec ça ? Douze cent cinquante personnes à Pokrovsk vivent avec cette réalité chaque jour. Et moi, je suis ici, et j’ai peur de choses qui n’existent pas. Honte à moi.
Section 8 : Le coût humain — au-delà des chiffres, les visages de la guerre
Les soldats qui défendent
Dans les rapports militaires, nous lisons des chiffres. Trente-huit soldats russes tués. Huit blessés. Soixante-douze drones abattus. Ce sont des chiffres froids, précis, techniques. Mais derrière chaque chiffre, il y a un visage. Une histoire. Une famille. Ces soldats ukrainiens qui défendent Pokrovsk, qui repoussent trente assauts par jour, qui sacrifient leur vie pour chaque mètre de terrain, qui sont-ils ? Des hommes. Des femmes peut-être. Des gens qui, avant la guerre, avaient des vies normales. Des vies comme les nôtres.
Peut-être qu’il y a un jeune homme de vingt-deux ans qui étudiait l’informatique à l’université. Qui avait des projets. Des rêves. Peut-être qu’il voulait fonder une entreprise. Peut-être qu’il voulait se marier. Aujourd’hui, il est dans une tranchée près de Pokrovsk, attendant la prochaine vague d’assaut russe, sachant que chaque jour pourrait être son dernier. Peut-être qu’il pense à sa petite amie qui l’attend à Lviv ou à Kiev. Peut-être qu’il se demande s’il la reverra un jour. Peut-être qu’il a peur, mais qu’il ne le montre pas. Peut-être qu’il est courageux, mais qu’il aimerait juste que tout ça s’arrête.
Les familles qui attendent
Et puis il y a les familles. Celles qui sont parties et celles qui sont restées. Celles qui ont fui vers l’ouest, vers la Pologne, vers d’autres pays européens, et qui attendent des nouvelles. Des nouvelles de leurs maisons. De leurs voisins. De leurs proches qui sont restés. Et puis il y a les familles des soldats. Celles qui reçoivent ces appels que personne ne veut recevoir. Les appels qui disent « votre fils ne reviendra pas ». Les appels qui détruisent des vies en quelques secondes.
Je pense à cette mère à Dnipro ou à Lviv, dont le fils est à Pokrovsk. Elle regarde les nouvelles. Elle lit les rapports militaires. Elle compte les jours depuis la dernière fois qu’elle lui a parlé. Elle prie. Elle espère. Elle a peur. Et chaque jour, elle se demande : est-ce que ce sera aujourd’hui ? Est-ce qu’aujourd’hui, je recevrai LE appel ? Celui qui change tout. Celui qui détruit tout. Elle n’est pas seule. Des milliers de mères, de pères, d’épouses, d’enfants attendent. Prient. Espèrent. Ont peur. Et chaque jour, pour certaines d’entre elles, le pire arrive.
Je ne peux pas m’empêcher de penser à ces soldats ukrainiens. Ces hommes et ces femmes qui défendent leur pays, leur ville, leur maison. Comment est-ce qu’ils trouvent la force de continuer ? Jour après jour. Nuit après nuit. Sans repos. Sans répit. Trente assauts par jour à Pokrovsk. Ça veut dire qu’ils n’ont pas le temps de dormir. Pas le temps de manger correctement. Pas le temps de penser à autre chose qu’à la guerre. À la mort. À la survie. Et moi, je me plains si je manque une nuit de sommeil. Si j’ai trop de travail. Si le café est trop froid. Je me sens coupable. Je me sens tellement, tellement coupable.
Section 9 : Demain — quel avenir pour Pokrovsk, pour l'Ukraine, pour nous tous ?
L’incertitude du lendemain
Personne ne sait ce qui va se passer demain à Pokrovsk. Personne ne sait si les Russes vont réussir à percer les défenses ukrainiennes. Personne ne sait si la ville va être encerclée. Personne ne sait si les douze cent cinquante civils piégés pourront évacuer. Personne ne sait si les soldats ukrainiens pourront continuer à repousser les assauts, ou s’ils finiront par être submergés par le nombre, par les armes, par l’épuisement.
Ce qui est sûr, c’est que la guerre continuera. Demain, il y aura encore des affrontements. Encore des bombardements. Encore des morts. Des centaines. Des milliers. Et après-demain, la même chose. Et encore après-demain. Jusqu’à quand ? Personne ne sait. Jusqu’à ce que la Russie décide d’arrêter ? Jusqu’à ce que l’Ukraine n’ait plus rien à défendre ? Jusqu’à ce que l’Occident se lasse et arrête d’aider ? Jusqu’à ce que le monde entier soit épuisé par cette guerre qui ne finit jamais ?
La responsabilité du monde
Et nous ? Que faisons-nous ? Nous lisons les nouvelles. Nous regardons les images. Nous exprimons notre solidarité. Nous condamnons l’agression russe. Mais est-ce que ça suffit ? Est-ce que nos mots sauvent des vies à Pokrovsk ? Est-ce que nos condamnations arrêtent les bombardements ? Est-ce que notre solidarité protège les douze cent cinquante civils piégés dans cette ville qui va bientôt devenir une tombe ?
Je ne sais pas. Je ne sais pas si nous faisons assez. Je ne sais pas si nous pouvons faire plus. Mais je sais que nous ne pouvons pas oublier. Nous ne pouvons pas arrêter de nous soucier. Nous ne pouvons pas laisser Pokrovsk devenir juste un autre nom dans une liste de villes détruites. Nous ne pouvons pas laisser ces douze cent cinquante personnes devenir juste des chiffres dans un rapport militaire. Nous devons les voir. Nous devons les entendre. Nous devons nous souvenir d’eux. Parce que si nous oublions, alors ils auraient vraiment disparu. Pas seulement leurs vies, mais leur mémoire aussi.
Je suis fatigué. Je suis fatigué de lire ces nouvelles. Je suis fatigué de voir ces images. Je suis fatigué de sentir cette colère, cette tristesse, cette impuissance qui monte en moi chaque jour. Je veux que ça s’arrête. Je veux que la guerre s’arrête. Je veux que Pokrovsk soit sauvée. Je veux que ces douze cent cinquante personnes puissent partir, vivre, rire, aimer. Je veux que ces soldats ukrainiens puissent rentrer chez eux, voir leur famille, reprendre leur vie. Mais ce n’est pas moi qui décide. Ce n’est pas nous qui décidons. Et c’est ça, le pire. Cette impuissance. Ce sentiment que nous sommes des spectateurs d’une tragédie que nous ne pouvons pas arrêter. Mais je refuse d’accepter ça. Je refuse d’accepter que nous ne pouvons rien faire. Il doit y avoir quelque chose. Il doit y avoir un moyen. Il doit y avoir de l’espoir.
Conclusion : Les fantômes de Pokrovsk
L’écho de ce qui fut
Pokrovsk était une ville de soixante mille âmes. Aujourd’hui, elle n’en a plus que douze cent cinquante. Cinquante-huit mille cinq cents personnes ont fui. Cinquante-huit mille cinq cents vies bouleversées. Cinquante-huit mille cinq cents histoires interrompues. Et les douze cent cinquante qui restent ? Ils sont les fantômes de ce que Pokrovsk était. Les gardiens d’une mémoire qui s’efface. Les témoins d’une tragédie que le monde essaie d’oublier.
Je pense à cette femme qui a vécu toute sa vie à Pokrovsk. Qui y a élevé ses enfants. Qui y a enterré ses parents. Elle avait soixante-dix ans quand la guerre a commencé. Ses enfants lui ont dit de partir. Ils lui ont dit qu’ils l’emmèneraient vers l’ouest, en sécurité. Elle a refusé. Elle a dit qu’elle ne laisserait pas sa maison. Elle a dit qu’elle était née à Pokrovsk et qu’elle mourrait à Pokrovsk. Aujourd’hui, elle est toujours là. Elle se cache dans son sous-sol pendant les bombardements. Elle prie. Elle attend. Et je me demande : est-ce qu’elle regrette ? Est-ce qu’elle souhaite être partie ? Ou est-ce qu’elle est fière d’avoir tenu bon, même quand tout autour d’elle s’effondre ?
La question qui reste
Il y a une question qui me hante. Une question qui ne me laisse pas tranquille depuis que j’ai commencé à écrire cet article. Une question que je ne peux pas répondre, mais que je ne peux pas m’empêcher de poser. Combien encore ? Combien de villes comme Pokrovsk vont devoir souffrir avant que tout ça s’arrête ? Combien de civils piégés devront attendre une évacuation qui ne vient jamais ? Combien de soldats devront mourir pour défendre chaque mètre de terrain ? Combien de mères devront recevoir LE appel ? Combien d’enfants devront grandir en connaissant seulement la guerre ?
Douze cent cinquante. C’est le nombre qui me reste en tête. Douze cent cinquante âmes à Pokrovsk. Douze cent cinquante personnes qui sont là, maintenant, pendant que j’écris ces mots. Qui ont peut-être peur pendant que je tape. Qui prient pendant que je révise. Qui attendent pendant que je termine. Et je ne peux rien faire. Je peux écrire. Je peux témoigner. Je peux essayer de faire en sorte que le monde ne les oublie pas. Mais je ne peux pas les sauver. Je ne peux pas arrêter les bombardements. Je ne peux pas repousser les Russes. Je ne peux que mettre des mots sur leur douleur, sur leur peur, sur leur courage. Et j’espère que ces mots comptent. J’espère qu’ils comptent pour quelque chose. Parce que si ils ne comptaient pour rien, alors tout ça serait encore plus insupportable. Encore plus cruel. Encore plus absurde. Douze cent cinquante. N’oubliez pas. S’il vous plaît, n’oubliez pas.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – « War update: 130 clashes on front line, most intense fighting in Pokrovsk sector », publié le 13 janvier 2026 à 23:59
État-major des forces armées d’Ukraine – Rapport opérationnel du 13 janvier 2026 à 22:00, publié sur Facebook
Sources secondaires
Mezha.net – « Ukraine Frontline Update January 13 Intense Fighting and Defense », publié le 14 janvier 2026 à 09:03
Yahoo News/Ukrainska Pravda – « Around 130 combat clashes recorded on battlefield over past day », publié le 1er janvier 2026
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