Un micro, et le monde retient
À New York, au siège des Nations unies, tout est affaire de formulation. On n’y lance pas des mots au hasard, on les calibre. Et quand l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts survenues lors de manifestations, il ne s’agit pas d’une phrase de plus dans la rumeur internationale. C’est une accusation posée sur la table la plus visible du monde, dans une enceinte où chaque syllabe peut devenir un argument, une preuve, une pierre dans un futur dossier. Le diplomate cherche à déplacer le centre de gravité du récit: ne plus parler seulement des troubles et de la répression, mais des mains invisibles que Téhéran dit voir derrière les cortèges, les slogans, la colère. Il vise la scène mondiale, pas le public domestique. Il veut que la tragédie quitte la case “affaire interne” et devienne “question de responsabilité internationale”. Dans ce théâtre, la cible n’est pas seulement Washington ou Jérusalem, c’est aussi la manière dont le monde distribue la compassion et attribue la faute. Qui est cru, qui est écouté, qui est mis en accusation, et qui est renvoyé au silence sous prétexte de complexité.
Cette déclaration s’inscrit dans une mécanique connue, mais jamais anodine: la mise en cause de puissances rivales devant la communauté internationale, avec l’espoir de fissurer l’image morale de l’adversaire. L’Iran accuse depuis des années des acteurs extérieurs d’attiser l’instabilité sur son sol; les États-Unis et Israël, eux, dénoncent régulièrement la politique iranienne, ses réseaux régionaux, son programme nucléaire. À l’ONU, ces lignes se croisent, se heurtent, s’annulent parfois, mais elles laissent des traces. Ici, l’objet concret, ce sont des morts lors de manifestations, un mot lourd qui ne se négocie pas. Le diplomate iranien tente de transformer ces décès en pièce d’un puzzle géopolitique plus large, où l’accusation devient une stratégie de défense. Ce n’est pas une enquête présentée avec des éléments publics vérifiables; c’est une affirmation politique dans un cadre diplomatique. Mais à l’ONU, le politique est précisément ce qui peut précéder le juridique. Et ce qui précède peut, un jour, orienter la mémoire officielle.
Responsabilité: le mot qui tue
Dire “ils doivent être responsables”, ce n’est pas simplement pointer du doigt. C’est convoquer tout un imaginaire de culpabilité, de chaîne de commandement, de causalité. À l’ONU, la notion de responsabilité touche au droit international, à l’attribution des faits, aux mécanismes d’enquête, aux rapports des rapporteurs spéciaux, aux discussions au Conseil de sécurité. Mais elle touche aussi à la perception. Car dans le tumulte des crises, le monde tranche souvent avant d’instruire. L’envoyé iranien le sait. En désignant les États-Unis et Israël, il ne se contente pas d’accuser; il renverse un projecteur. Il dit: regardez ailleurs, regardez ceux qui ont l’habitude d’accuser l’Iran. Il transforme le débat en duel narratif. Et dans un duel narratif, l’objectif est moins de convaincre par des preuves immédiates que d’installer un doute, de faire entrer une hypothèse dans le vocabulaire courant. Ce mot, responsabilité, devient alors un crochet. Il accroche les consciences, même celles qui se méfient. Il invite à se demander si les manifestations, la colère, la violence, les morts, peuvent être l’effet d’une main étrangère. Il impose une question qui dérange: si l’ingérence existe, où commence-t-elle, et comment se prouve-t-elle?
Le problème, brutal, c’est que les morts ne sont pas un argument abstrait. Ils ont un poids humain qui dépasse la rhétorique. C’est précisément pour cela que l’Iran choisit ce terrain: la douleur. En ramenant les décès au cœur de l’accusation, il cherche à faire porter la charge morale sur ses adversaires, à déplacer la honte, à reconfigurer le blâme. Les États-Unis et Israël, eux, rejettent généralement ce type d’allégations et mettent en avant la responsabilité des autorités iraniennes dans la gestion des manifestations. Entre ces versions, l’ONU devient une arène où l’on s’affronte à coups de déclarations, de communiqués, de droits de réponse. Et pendant que les diplomates s’échangent des formules, une question demeure, coupante: qu’est-ce qui protège réellement les civils lorsque la politique transforme la rue en champ de bataille symbolique? L’ONU peut enregistrer, condamner, appeler au calme, parfois mandater des missions ou discuter de mécanismes. Mais l’efficacité dépend des États, de leur volonté, de leurs alliances. Et la volonté, ici, est un mur.
Quand la diplomatie cherche un coupable
Ce qui frappe, dans ce moment, c’est la tension entre la scène et la réalité. La scène, c’est l’ONU, ses couloirs feutrés, ses micros réglés, ses mots pesés. La réalité, ce sont des manifestations, des affrontements, des familles endeuillées, un pays sous pression, et une région où chaque crise devient immédiatement un épisode de la rivalité entre l’Iran, les États-Unis et Israël. L’envoyé iranien cherche à internationaliser le coût politique des morts. Il tente de dire: ce n’est pas seulement notre crise, c’est aussi la conséquence d’une hostilité extérieure. Cette stratégie n’est pas nouvelle, mais elle est révélatrice d’une chose: l’isolement relatif pousse à frapper plus fort avec les mots. Accuser, c’est tenter de reprendre l’initiative, de sortir de la posture défensive. C’est aussi, parfois, un moyen de parler à plusieurs audiences à la fois: les États membres, les opinions publiques, et les alliés potentiels qui partagent une défiance envers Washington. Dans cet espace, la vérité n’avance pas toujours à la vitesse des faits. Elle avance à la vitesse des coalitions.
Pour l’ONU, l’enjeu est corrosif. L’organisation est censée être un lieu de médiation et de normes, mais elle se retrouve souvent transformée en caisse de résonance des antagonismes. Quand un État accuse d’autres États d’être responsables de morts lors de manifestations, la demande implicite est lourde: enquêter, condamner, agir. Or l’ONU ne dispose pas d’un bouton magique. Elle dépend des mandats, des votes, des rapports, et surtout des rapports de force. Le résultat, trop souvent, est une bataille de récits qui tourne en boucle, tandis que les victimes restent au centre sans jamais être au centre. Il y a là une cruauté froide: les morts deviennent une monnaie argumentative. Et cette monnaie circule sans que la justice suive. La déclaration de l’envoyé iranien n’est pas une simple sortie verbale; elle révèle un système international où l’on cherche un coupable avant de chercher un chemin, où la responsabilité est brandie comme une arme. La question, tranchante, est celle-ci: à force d’utiliser la douleur pour frapper l’adversaire, qui finit par protéger la vie?
Mon cœur se serre quand je vois la facilité avec laquelle le mot responsable devient un projectile. À l’ONU, on parle au nom des peuples, mais on parle aussi contre d’autres peuples, en leur collant une faute comme une étiquette. Je ne peux pas m’empêcher d’entendre, derrière cette accusation de l’Iran visant les États-Unis et Israël, un cri qui cherche un coupable parce que la douleur, elle, est insupportable. Et pourtant, je refuse que la mort serve de carburant rhétorique. Je veux des faits, des mécanismes, des enquêtes crédibles, pas des slogans diplomatiques qui s’écrasent contre des murs de veto et d’alliances. Je pense à ces manifestations, à cette foule qui sort parce qu’elle n’en peut plus, et à la violence qui s’invite, quelle qu’en soit l’origine. Quand la politique transforme les morts en arguments, elle vole une seconde fois: elle vole la dignité. Ce que j’attends, moi, c’est que l’ONU soit autre chose qu’un ring. Qu’elle redevienne un lieu où la vie humaine pèse plus lourd que la victoire d’un camp.
Téhéran pointe Washington et Israël du doigt
À l’ONU, l’accusation tombe lourd
Le message a claqué depuis la tribune des Nations unies: l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus pour responsables des morts survenues lors de manifestations. Dans la grammaire diplomatique, on parle souvent par prudence, on suggère, on insinue. Ici, Téhéran choisit le choc frontal. Il ne s’agit pas d’une nuance de vocabulaire, mais d’un choix politique: déplacer le projecteur, construire une chaîne de causalité qui mène au-delà des frontières iraniennes, et pousser la communauté internationale à regarder ailleurs que vers le seul théâtre des rues iraniennes.
Cette accusation s’inscrit dans une logique éprouvée: lorsqu’un État se retrouve confronté à des décès lors de rassemblements, le récit devient un champ de bataille. Dire «responsabilité», c’est viser plus haut que la critique morale; c’est viser la légitimité, l’influence, la capacité de sanction. En mettant en cause Washington et Tel-Aviv, l’Iran ne parle pas seulement de politique étrangère, il parle de souveraineté et d’ingérence, de ce soupçon constant que les mobilisations seraient amplifiées, orientées ou instrumentalisées. Les mots, ici, servent aussi à placer l’ONU devant une épreuve: écouter une version des faits sans se transformer en caisse de résonance, tout en reconnaissant que derrière les formulations, il y a des vies perdues, des familles fracturées, et une douleur qui ne se négocie pas dans les couloirs.
Responsabilité: un mot, un champ de mines
Quand un diplomate parle de «tenir pour responsables», il convoque plus qu’un débat. Il convoque l’idée d’une culpabilité possible, d’une chaîne d’actions et de conséquences, et même, dans l’imaginaire collectif, l’ombre du droit international. Pourtant, la mécanique onusienne n’est pas une machine à condamner sur déclaration. La scène de l’ONU est un théâtre où chaque camp joue serré: on mobilise des formules, on rappelle des principes, on renvoie l’adversaire à ses contradictions. L’Iran, en accusant les États-Unis et Israël, cherche aussi à inscrire les morts dans un récit plus vaste: celui d’une confrontation régionale et géopolitique où la pression, la rivalité et la suspicion deviennent des explications à tout.
Mais cette stratégie rencontre une limite immédiate: la preuve. Les Nations unies fonctionnent sur des rapports, des vérifications, des procédures, et sur un équilibre de puissances qui rend l’arbitrage rarement neutre. Accuser, c’est exiger que le monde valide votre lecture. Or le monde, à l’ONU, est un assemblage d’intérêts. Certains États entendent l’argument de l’ingérence, d’autres le rejettent, d’autres encore l’utilisent comme monnaie d’échange. Dans cette zone grise, une chose demeure: des morts lors de manifestations constituent toujours un point de rupture, parce qu’ils transforment une contestation en traumatisme national. Et quand les gouvernements se renvoient la faute à distance, la question qui cogne reste la même: qui protège, qui répond, qui assume, quand le sang a déjà séché?
La bataille du récit, avant tout
Ce que Téhéran pose sur la table, c’est une bataille d’interprétation: qui est l’instigateur, qui est l’influenceur, qui est le manipulateur? En visant les États-Unis et Israël, l’Iran s’appuie sur une histoire longue de méfiance et d’antagonisme. Dans cette lecture, les manifestations ne seraient pas seulement un événement intérieur; elles deviendraient le symptôme d’une pression extérieure, d’une guerre d’ombre où la politique, les réseaux et les opérations clandestines se confondent dans les discours. Ce cadre permet à Téhéran de resserrer le rang, de transformer la critique en menace, et de présenter la dissidence comme un risque existentiel plutôt que comme un conflit social ou politique.
Mais la puissance d’un récit ne remplace pas la lourdeur d’un bilan humain. Les morts lors de manifestations n’appartiennent jamais totalement à un camp narratif: ils traversent les familles, ils hantent les quartiers, ils fissurent la confiance. L’ONU, de son côté, se retrouve souvent sommée d’être simultanément juge, enquêteur et gardienne des principes, tout en étant prisonnière des rapports de force entre États. Cette déclaration iranienne s’adresse donc à plusieurs publics: aux alliés, pour consolider; aux adversaires, pour provoquer; aux indécis, pour semer le doute. Et à tous, elle rappelle une vérité brutale: dans les crises, la première guerre se mène avec des mots, mais la seconde se paie avec des corps. Ce décalage, cette violence froide entre tribune et rue, c’est là que l’actualité devient insoutenable.
Cette réalité me frappe parce qu’elle met à nu ce que la diplomatie tente souvent de maquiller: la mort devient un argument. Quand l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU désigne les États-Unis et Israël, je n’entends pas seulement une accusation, j’entends une stratégie. Je vois des capitales qui se renvoient la faute comme on se renvoie une arme, en espérant que le poids moral écrase l’autre camp. Et pendant ce temps, les morts lors de manifestations restent des morts, pas des lignes dans un discours. Je ne peux pas me contenter d’une posture confortable qui dirait «à chacun sa vérité». Il y a des responsabilités multiples dans ces crises, des causes internes, des influences externes possibles, des manipulations parfois, mais aussi des décisions concrètes prises sur le terrain. Ce que je veux, c’est que le mot responsable ne soit pas un projectile rhétorique. Qu’il redevienne une exigence: établir des faits, protéger les vivants, et refuser que le deuil serve de carburant à la guerre des récits.
Des morts en manifestation, la ligne rouge franchie
Quand la rue devient un tribunal
Quand un représentant de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts survenues lors de manifestations, il ne jette pas seulement une phrase dans l’air froid de la diplomatie. Il plante un clou dans un débat qui, trop souvent, se réfugie derrière des formules. « Responsables »: le mot vise la chaîne entière, des décisions politiques aux effets concrets sur des corps dans la rue. La scène se joue loin des cortèges, dans les couloirs où l’on parle en résolutions, en mandats, en “préoccupations”. Mais le sujet, lui, est brutalement simple: des vies se sont arrêtées pendant des rassemblements. Et une fois qu’il y a mort d’homme dans un contexte de contestation, la question n’est plus seulement celle de l’ordre public, c’est celle de la légitimité, de la proportion, de la responsabilité au sens le plus lourd du terme.
Ce type d’accusation, porté à la tribune onusienne, suit une logique connue: internationaliser le récit, sortir la crise de la seule lecture intérieure, inscrire l’événement dans le grand tableau des influences et des ingérences. Téhéran renvoie ainsi à une grille de lecture où des acteurs extérieurs auraient un rôle, direct ou indirect, dans l’escalade et ses conséquences. Face à cela, une tension s’installe: d’un côté, l’Iran invoque une forme de causalité politique et stratégique; de l’autre, les pays mis en cause contestent généralement ce cadre, parlant de responsabilité nationale, de souveraineté, ou rejetant toute implication. Mais au centre, il reste une réalité qui ne se négocie pas: des morts lors de manifestations. Et ce fait, à lui seul, fissure l’argumentaire de tous les camps. Parce qu’une démocratie, un État, une puissance, quel que soit son drapeau, est jugé à l’instant où la contestation bascule dans le sang.
Accuser à l’ONU, peser une bombe
Accuser devant l’ONU n’est pas un geste anodin; c’est choisir une scène mondiale où chaque mot devient pièce à conviction. L’envoyé iranien ne parle pas uniquement à Washington ou à Tel-Aviv, il parle aux membres du Conseil, aux pays non alignés, aux partenaires économiques, à tous ceux qui lisent la diplomatie comme un rapport de force permanent. En pointant les États-Unis et Israël, il active des décennies de conflictualité et de méfiance. Il suggère, en creux, que les morts en manifestation ne sont pas seulement une tragédie nationale mais la conséquence d’un environnement international hostile, d’une pression, d’un jeu d’ombres. C’est un déplacement du cadre, une manière de dire: “Regardez au-delà de nos frontières, regardez qui souffle sur les braises.”
Mais cette stratégie a un prix: elle durcit l’espace du dialogue. Car l’instant où l’on désigne des coupables extérieurs, l’argument devient binaire, et la nuance devient suspecte. Pourtant, sur le terrain du droit international, la question de la responsabilité est une mécanique exigeante, fondée sur des éléments, des liens de causalité, des preuves. La diplomatie peut marteler, l’ONU peut enregistrer, mais la démonstration reste un champ de bataille à part entière. Et pendant que les capitales échangent des notes, les familles, elles, comptent leurs absents sans avoir besoin d’un communiqué pour comprendre que quelque chose a dérapé. Ce décalage est la blessure centrale: la vitesse des morts contre la lenteur des procédures. Même lorsque les accusations sont contestées, elles laissent une trace, elles pèsent sur les relations, elles creusent la suspicion, et elles enferment chaque acteur dans un rôle. Dans cette pièce, la rue a déjà parlé. Et elle a parlé par le pire: le silence de ceux qui ne reviendront pas.
La responsabilité, ce mot qui écrase
Dans cette affaire, le mot “responsabilité” ne se contente pas de désigner un coupable; il exige une lecture des causes et des conséquences. L’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent répondre des morts lors de manifestations: c’est une accusation qui cherche à établir un fil entre des politiques, des stratégies et un résultat humain irréversible. Or, la responsabilité, dans son sens le plus grave, ne se prouve pas par l’indignation mais par l’enchaînement des faits. Elle suppose de distinguer influence, encouragement, soutien, opération, ou simple exploitation politique d’une crise. Chaque nuance compte, car chaque nuance peut faire basculer une accusation d’un registre politique à un registre juridique.
Et pourtant, il y a un piège moral à éviter: croire que l’absence d’un verdict immédiat efface la violence du réel. Les morts survenues lors de manifestations sont une fracture dans le contrat social, quel que soit le pays, quel que soit le contexte. Elles posent une question à tous les États, pas seulement à ceux qui sont accusés: qu’est-ce qui est tolérable quand une foule se rassemble, quand la peur et la colère se touchent, quand la police, la sécurité, les forces armées, les groupes, ou les influences invisibles s’entrecroisent? Le débat diplomatique peut être stratégique, mais il ne doit pas anesthésier l’essentiel. Des vies perdues ne sont pas des arguments, ce sont des limites. Et quand ces limites sont franchies, l’ONU devient le miroir où chacun tente de se regarder sans se reconnaître. Le monde adore les récits simples; la vérité, elle, exige d’accepter la complexité sans renoncer à la justice.
Chaque fois que je lis ces chiffres, même quand ils ne sont pas détaillés, je pense à ce qu’ils cachent: des prénoms, des trajectoires, des repas qui ne se feront plus autour d’une table. On parle de morts “lors de manifestations” comme d’un contexte, presque comme d’une parenthèse. Mais une manifestation, c’est d’abord une respiration collective, une foule qui cherche à dire quelque chose. Quand cette respiration se coupe, le langage diplomatique devient obscène s’il se contente de répartir les torts comme on répartit des cartes. Je comprends la tentation de désigner des ennemis extérieurs, parce que cela donne une forme au chaos. Je comprends aussi la défense instinctive de ceux qui sont accusés, parce que reconnaître, c’est s’exposer. Mais je refuse que la bataille des narrations fasse oublier l’essentiel: personne ne devrait mourir pour avoir été dans la rue. Si l’ONU sert à quelque chose, c’est à empêcher que l’habitude s’installe, que la mort en manifestation devienne une ligne de plus dans un dossier.
À qui la faute, à qui la preuve
Accusation frontale, tribunal sans visage
Quand l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts lors de manifestations, il ne lance pas une simple formule diplomatique. Il pose une question de droit, et une question de sang. Dans l’arène des Nations unies, l’accusation est une arme précise: elle vise des États, donc des systèmes, donc des chaînes de décision. Mais ce type d’allégation porte une exigence qui ne pardonne pas: la preuve. Sans elle, le discours se dissout dans le brouillard des rivalités géopolitiques; avec elle, il devient un dossier, une mise en cause, un appel à la responsabilité internationale. Le problème est brutal: l’ONU n’est pas une cour pénale universelle qui tranche d’un claquement de doigts. C’est un lieu où la parole circule, où les États s’affrontent par communiqués interposés, où l’indignation se mesure à la force des alliances. Alors la question mord: que signifie “responsables” ici? Responsables au sens moral, parce que des puissances auraient alimenté un climat? Responsables au sens juridique, parce qu’elles auraient dirigé, financé, armé, organisé? Entre ces deux pôles, l’écart est immense, et c’est dans cet écart que se perdent souvent les victimes.
Car accuser des acteurs extérieurs d’être comptables de morts survenues en Iran pendant des rassemblements, c’est affirmer une causalité. Or la causalité ne se décrète pas, elle se démontre. Pour qu’une responsabilité étatique soit reconnue au plan international, il faut des éléments vérifiables: des documents, des flux financiers traçables, des ordres, des liens opérationnels, des correspondances, des chaînes de commandement, ou au minimum un faisceau solide d’indices convergents. Sans cela, on reste dans le registre du soupçon, de la bataille narrative, de la guerre des explications. Et cette guerre-là est une seconde violence, plus froide, plus stratégique: elle transforme des morts en argument, des corps en munitions rhétoriques. L’envoyé iranien, en portant l’affaire à l’ONU, cherche aussi à déplacer le centre de gravité: faire sortir le débat du seul terrain intérieur pour le faire juger à l’aune des relations internationales. C’est une manœuvre politique, oui, mais c’est surtout un test: qui exige des faits, qui se contente des slogans, qui accepte que la vérité soit un objet disputé plutôt qu’un impératif?
Le mot “responsable” pèse une vie
Dans le langage onusien, “tenir pour responsables” n’est pas seulement désigner un coupable. C’est réclamer des mécanismes: enquête, condamnation, sanctions, réparation, parfois saisine d’instances spécialisées. Mais l’ONU fonctionne sur une tension permanente entre principes et puissance. Les principes disent: la vie humaine compte, la répression doit être documentée, les morts lors de manifestations exigent des réponses. La puissance répond: qui siège, qui vote, qui bloque, qui protège. Quand l’Iran pointe du doigt Washington et Tel-Aviv, il s’inscrit dans une longue histoire d’accusations croisées au Moyen-Orient, où chaque camp prétend lire l’autre à travers le prisme de l’ingérence. Pourtant, le cœur du sujet n’est pas l’histoire des ressentiments; c’est la question concrète du lien entre une puissance extérieure et un événement mortel sur le terrain. Sans clarification, la notion de responsabilité se transforme en mot-valise: on y met la colère, l’humiliation, la stratégie, et on l’agite comme une torche. Mais une torche n’éclaire pas toujours; elle brûle. Et dans le débat public, la brûlure se propage vite: elle simplifie, elle polarise, elle exige des camps. Or les morts lors de manifestations, quelles que soient les causes, réclament l’inverse: de la rigueur, de la chronologie, des éléments matériels, une lecture qui ne tremble pas devant la complexité.
Il faut donc regarder la mécanique de la preuve comme une digue contre la manipulation. Cela ne revient pas à nier la possibilité d’une influence extérieure; cela revient à refuser le réflexe. Les États, surtout dans des conflits narratifs, ont intérêt à attribuer les tragédies à des ennemis lointains: cela soude l’intérieur, cela externalise la faute, cela réoriente la colère. Mais l’autre camp, lui aussi, peut instrumentaliser les mêmes morts pour peindre un régime uniquement sous l’angle de la brutalité. Entre ces récits, il reste les faits: qui a tiré, qui a donné l’ordre, qui a coupé les communications, qui a entravé les secours, qui a empêché des observateurs? Et s’il existe un soutien extérieur, quelle en est la nature: politique, médiatique, technologique, clandestine? Dans cette affaire portée par l’envoyé iranien à l’ONU, le lecteur se retrouve face à une exigence simple et impitoyable: ne pas confondre le plausible avec le prouvé. La crédibilité d’une accusation dépend de sa capacité à survivre à une question unique, celle qui fait trembler les tribunes: “Montrez.” Sans ce “montrez”, la justice internationale devient un théâtre, et les victimes deviennent des figurants.
Preuves, enquêtes, et bataille des récits
La bataille n’est pas seulement diplomatique, elle est épistémologique. Qui produit l’information? Qui la vérifie? Qui la conteste? Dans les crises liées aux manifestations, l’accès au terrain, la circulation des images, la fiabilité des sources deviennent des enjeux aussi décisifs que les discours officiels. L’ONU peut être saisie, des experts peuvent être mandatés, des rapporteurs spéciaux peuvent compiler, recouper, analyser. Mais ces mécanismes, même quand ils existent, se heurtent à des obstacles: refus de coopération, absence d’accès, contestation des méthodes, pressions politiques. Dans ce contexte, l’accusation iranienne contre les États-Unis et Israël agit comme un défi lancé à la communauté internationale: si vous exigez de l’Iran des comptes sur les morts lors des manifestations, alors regardez aussi les influences extérieures, dit en substance le message. C’est une manière de retourner le projecteur. Pourtant, la question décisive demeure: quelles sont les pièces? Sans détails factuels, la phrase frappe mais ne tranche pas. Et c’est précisément là que les récits prospèrent: dans le vide laissé par l’absence de documents publics, dans la lenteur des enquêtes, dans l’impatience des opinions. Le danger est immédiat: que la vérité soit remplacée par la version la plus bruyante.
On ne peut pas demander aux citoyens de croire sur commande. On ne peut pas non plus leur demander de douter de tout au point de renoncer à comprendre. La voie étroite, celle qui tient debout, consiste à exiger des standards: des accusations circonstanciées, des éléments datés, des liens établis, des vérifications indépendantes. Cette discipline protège contre la propagande, mais elle protège aussi la justice: une responsabilité mal étayée devient un boomerang, une fragilité exploitable, un prétexte pour discréditer toute demande d’enquête. Et pendant que les États se renvoient la balle, les morts restent morts. L’ONU, dans ces dossiers, n’est pas seulement une enceinte de discours; elle est un thermomètre du monde. Quand la température monte, la tentation est grande de parler plus fort. Mais parler plus fort n’apporte pas la preuve. Parfois, cela la recouvre. Alors oui, posons la question au centre, celle qui dérange tous les camps: qui est prêt à ouvrir ses dossiers, à laisser une enquête sérieuse suivre les traces, à accepter une conclusion même si elle contredit la ligne officielle? Tant que cette question n’a pas de réponse, “responsables” reste un mot lourd, mais un mot seul.
Il m’est impossible de ne pas ressentir une colère froide devant la facilité avec laquelle le mot responsable est brandi comme une arme, puis abandonné comme un débris. On parle de morts lors de manifestations, donc de vies arrachées, de familles qui basculent, et l’on se contente trop souvent d’un doigt pointé vers l’ennemi du jour. Je ne veux pas d’un monde où l’on choisit sa vérité comme on choisit un camp. Je veux des faits. Je veux des enquêtes qui tiennent, des preuves qui résistent, des conclusions qui ne tremblent pas sous la pression des puissants. Quand l’envoyé de l’Iran à l’ONU accuse les États-Unis et Israël, je n’entends pas seulement une stratégie; j’entends aussi une exigence implicite adressée à tous: cessons d’utiliser les victimes comme des arguments. La justice internationale n’est pas un slogan, c’est une discipline. Et si elle échoue, ce ne sont pas des gouvernements qui perdent d’abord. Ce sont les morts, une deuxième fois, quand leur histoire est confisquée.
L’ONU face au piège des grandes puissances
Quand la tribune devient un champ
À New York, la salle du Conseil de sécurité n’est pas seulement un décor de diplomatie. C’est une arène où chaque mot se transforme en projectile. Quand l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts lors de manifestations, il ne se contente pas d’accuser. Il cherche à déplacer le centre de gravité du récit, à faire basculer la discussion de la simple condamnation morale vers la question brûlante de la responsabilité internationale. Dans cette mécanique, l’ONU est prise entre deux impératifs qui se déchirent: écouter un État membre qui invoque la justice, tout en sachant que l’institution dépend de la coopération—et parfois du bon vouloir—de puissances capables de bloquer, d’amender, de ralentir. Le piège est là, visible, presque obscène: l’organisation censée protéger les civils devient le lieu où la souffrance est traduite en formules juridiques, en communiqués, en batailles d’adjectifs. Et pendant que les délégations s’échangent des répliques calibrées, l’essentiel reste suspendu: comment établir des faits, attribuer des responsabilités, et agir, sans être immédiatement aspiré par la rivalité géopolitique?
Le droit international offre des cadres, mais la politique mondiale impose ses limites. Les enquêtes indépendantes, les mécanismes de rapporteurs spéciaux, les débats en commissions, tout cela existe. Pourtant, dès qu’une accusation touche des acteurs majeurs, l’équation se durcit. Les mots “preuves”, “enquête”, “redevabilité” deviennent des points de friction. L’envoyé iranien place l’ONU devant une question qui dérange: l’institution peut-elle traiter les allégations visant des puissances alliées, influentes, structurantes, avec la même rigueur que celles visant des États isolés? Sur le papier, oui. Dans la réalité, l’ONU avance sur une corde raide, avec le risque constant de tomber dans le théâtre d’ombres. Car chaque camp arrive avec son dossier, sa chronologie, ses références, et sa stratégie: convaincre, disqualifier, renverser l’accusation. Ce qui devrait être une recherche froide de vérité devient souvent une guerre de narration. Et l’ONU, au lieu d’être l’arbitre, se retrouve transformée en terrain de combat, sommée de trancher alors même que son tranchant est émoussé par les rapports de force.
Le veto: lame silencieuse, justice coupée
On parle souvent de l’ONU comme d’un juge mondial, mais un juge sans exécution, sans unanimité, sans bras armé, reste un juge fragile. Le Conseil de sécurité, avec ses membres permanents, porte en lui une contradiction originelle: garantir la paix tout en consacrant la primauté de quelques États. Dans ce système, le veto n’est pas un détail technique, c’est une lame silencieuse. Il ne fait pas de bruit, mais il coupe net les ambitions. Lorsqu’une accusation implique les États-Unis ou un allié stratégique comme Israël, chaque initiative devient immédiatement suspecte d’arrière-pensée, et chaque résolution potentielle doit franchir un mur de calculs. Ce n’est pas seulement une question de majorité, c’est une question de permission. Même avant un vote, la possibilité du veto pèse sur l’écriture des textes: on édulcore, on contourne, on remplace “condamne” par “exprime une préoccupation”, on renvoie à plus tard. C’est ainsi que l’ONU se retrouve piégée: elle doit afficher une réponse, mais elle sait que la réponse trop ferme risque d’être neutralisée, ridiculisée, ou instrumentalisée.
Dans ce contexte, l’affirmation de l’envoyé iranien agit comme une pression sur la façade. Elle met en jeu l’idée que la mort de manifestants ne devrait pas être un dossier réservé aux faibles. Elle soulève aussi une question lourde: à partir de quand une influence extérieure, un soutien, une stratégie régionale, peuvent-ils être considérés comme un facteur de responsabilité dans des violences sur le terrain? L’ONU, pour traiter ce type d’allégation, a besoin de chaînes de preuves, de mandats d’enquête, d’accès, de coopération. Or l’accès se négocie, la coopération se refuse, et les mandats se contestent. Résultat: l’institution est souvent condamnée à parler fort sur les principes, et bas sur les conséquences. Elle rappelle le droit à la vie, le droit de manifester, l’interdiction de l’usage disproportionné de la force. Mais dès qu’il s’agit de désigner des acteurs puissants, la machine se grippe. Ce n’est pas seulement un échec moral; c’est une faiblesse structurelle, un défaut de conception qui transforme la justice en compromis, et parfois en silence.
Rapports, commissions, puis le grand vide
Quand l’ONU ne peut pas agir par le Conseil de sécurité, elle se replie sur d’autres outils: missions d’établissement des faits, rapports du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, discussions à l’Assemblée générale, procédures spéciales. Ces mécanismes peuvent éclairer, documenter, qualifier. Ils peuvent aussi déranger, parce qu’ils gravent la mémoire des événements dans un langage officiel. Mais le piège des grandes puissances se referme autrement: même un rapport solide n’oblige pas automatiquement à une action. Il peut être contesté, relativisé, enterré sous la prochaine crise. Et surtout, il peut être absorbé par la bataille politique que l’envoyé iranien a précisément déclenchée: si l’on accuse les États-Unis et Israël, la riposte ne se fait pas attendre, avec contre-accusations, mises en cause de la crédibilité des sources, dénonciations de propagande. L’ONU, au lieu de devenir l’espace d’une clarification, peut devenir celui d’une polarisation supplémentaire. Tout le monde parle de justice, mais chacun parle de sa justice.
Le drame, c’est que les morts lors des manifestations, eux, ne deviennent pas moins réels parce qu’ils sont pris dans une querelle diplomatique. L’ONU est censée porter la dignité humaine au-dessus des frontières, mais elle doit composer avec un monde où la puissance impose ses priorités. Alors, l’institution avance par petites touches: une déclaration ici, une demande de retenue là, un appel à l’enquête, une invitation à respecter les droits fondamentaux. Ces gestes comptent, parce qu’ils fixent une norme et mettent les gouvernements face à un miroir. Mais ils laissent aussi une sensation de vide, celle d’une organisation qui sait, qui dit, et qui ne peut pas toujours faire. L’accusation iranienne, qu’on la juge fondée ou stratégique, renvoie l’ONU à cette limite douloureuse: la responsabilité internationale n’est pas seulement une question de textes, c’est une question de rapport de force. Et tant que le rapport de force dictera l’agenda, l’ONU restera exposée au soupçon d’être le lieu où la souffrance est reconnue, puis rangée dans un tiroir.
Face à ces pertes, je ne parviens pas à me contenter du rituel des déclarations. Je regarde l’ONU comme on regarde un hôpital débordé: on y entre pour être sauvé, on en ressort parfois avec une ordonnance et l’impression que le monde a continué sans vous. L’accusation portée par l’envoyé iranien contre les États-Unis et Israël est peut-être une manœuvre, peut-être un cri, peut-être les deux. Mais elle force une vérité brutale: la justice internationale n’avance pas à la vitesse de la douleur. Elle avance à la vitesse des intérêts. Et cela me met en colère, parce que la diplomatie adore les nuances quand les corps, eux, n’en ont plus. Je ne demande pas des condamnations automatiques. Je demande une exigence égale, une rigueur qui ne s’écrase pas devant les drapeaux les plus lourds. Si l’ONU accepte d’être une scène où les puissants parlent plus fort, alors elle se condamne à n’être qu’un écho. Et un écho, ça ne protège personne.
Washington et Tel-Aviv ripostent, version contre version
Deux capitales, une même ligne dure
Quand l’envoyé iranien auprès de l’ONU accuse, Washington répond avec une mécanique éprouvée: délégitimer la source, déplacer le centre de gravité, répéter que la responsabilité est d’abord interne. Dans ce bras de fer, les États-Unis ne contestent pas seulement une phrase; ils contestent le cadre. Ils renvoient l’Iran à son bilan domestique, aux méthodes de maintien de l’ordre, aux arrestations, aux restrictions d’Internet, à la répression décrite depuis des années par des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch. Le message implicite est tranchant: avant de chercher des coupables à l’étranger, regardez vos propres forces de sécurité. Et à l’ONU, ce type de riposte n’est pas un détail de communication, c’est une stratégie. Elle vise à empêcher qu’une accusation devienne un début de consensus diplomatique, puis une résolution, puis une enquête, puis une nouvelle couche d’isolement.
Tel-Aviv, de son côté, se place sur un autre registre, plus sec, plus frontal. Israël rappelle régulièrement, y compris dans ses prises de parole à l’ONU, que la République islamique finance et arme des réseaux qu’il qualifie de menaces régionales, et que l’accusation iranienne relève de la diversion. Le gouvernement israélien, et ses diplomates, ont l’habitude d’opposer à ce type de mise en cause un argumentaire centré sur la désinformation et l’instrumentalisation politique des forums multilatéraux. Résultat: deux capitales, deux styles, un même objectif. Fermer la porte à l’idée même de responsabilité externe dans des morts survenues lors de manifestations en Iran. Car admettre ne serait-ce qu’une brèche, ce serait accepter qu’une narration adverse s’installe dans l’arène la plus symbolique: l’ONU.
La bataille des mots, pas des preuves
Ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle le débat glisse. On part de morts lors de manifestations, on arrive à une guerre d’accusations sur l’ingérence, la souveraineté, la sécurité régionale. Ce déplacement n’est pas accidentel: il est consubstantiel aux affrontements diplomatiques. L’Iran affirme que des acteurs extérieurs, notamment les États-Unis et Israël, doivent être tenus pour responsables. Washington et Tel-Aviv répliquent en soulignant l’absence de preuves publiques, en rappelant l’historique des tensions, en insistant sur le fait que les contestations relèvent d’une dynamique intérieure. Au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale, dans les couloirs, la question devient alors: qui parle vrai, et sur quoi s’appuie-t-il? Or, l’ONU est un théâtre paradoxal. Les pays y brandissent des principes universels tout en protégeant leurs intérêts nationaux. La vérité, elle, avance plus lentement que les communiqués.
Dans ce contexte, la riposte occidentale se construit souvent sur des références documentées par des instances onusiennes ou des mécanismes de droits humains. On pense, par exemple, à la mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran créée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en 2022, chargée d’enquêter sur de graves violations liées aux manifestations. Les États-Unis peuvent s’appuyer sur cet écosystème: rapports, déclarations de rapporteurs spéciaux, résolutions. Israël, lui, se place davantage sur le terrain du rapport de force et de la menace sécuritaire. Mais dans les deux cas, le même dilemme demeure: les affirmations iraniennes sur une responsabilité directe de Washington ou de Tel-Aviv dans des morts en manifestation nécessitent des éléments vérifiables, et ces éléments, lorsqu’ils existent, sont rarement exposés au grand jour dans l’instant. Alors, la parole devient une arme, et l’arène internationale une caisse de résonance où chaque camp tente d’imposer son récit avant même que les faits ne soient stabilisés.
ONU: l’arène où tout se renverse
À l’ONU, la riposte ne se limite pas à dire «non». Elle consiste à retourner l’accusation, à reclasser l’événement, à le faire entrer dans une catégorie plus favorable. Les États-Unis et Israël cherchent à inscrire la séquence dans une histoire connue: celle d’un régime qui réprime et qui accuse l’étranger pour se dédouaner. L’Iran, lui, tente de l’inscrire dans une autre histoire: celle de l’ingérence occidentale, des opérations clandestines, des sanctions, d’une pression multiforme qui, selon Téhéran, fertilise le chaos. Et la communauté internationale observe, souvent paralysée par ses propres divisions. Car au Conseil de sécurité, le langage de la responsabilité se heurte vite aux vetos, aux alliances, aux calculs. La conséquence est brutale: l’émotion humaine des morts s’évapore dans la procédure.
Le plus glaçant, c’est ce que cette confrontation produit sur la perception des victimes. Quand Washington et Tel-Aviv répondent, ils ne parlent pas seulement à l’Iran: ils parlent à leurs alliés, à leurs opinions publiques, aux États qui hésitent. Ils veulent empêcher que le soupçon devienne une certitude politique. Et l’Iran, en portant l’accusation à l’ONU, cherche à internationaliser la charge, à transformer des morts survenues lors de manifestations en affaire globale, en faute attribuable à des puissances ennemies. Dans cette mécanique, les mots «doivent être responsables» deviennent un projectile. Ils obligent l’autre à réagir, à se justifier, à se durcir. Mais ils posent aussi une question simple, presque insupportable: si l’on ne peut pas établir une chaîne claire de responsabilité, qui répond devant les familles? Le droit international adore les nuances; la douleur, elle, n’en a aucune. Entre les deux, l’ONU tente de tenir debout, et souvent, elle vacille.
Comment ne pas être touché quand deux États puissants répondent à une accusation par une autre accusation, et que les morts, eux, restent silencieux? Je lis ces échanges comme on regarde une porte se refermer. Washington insiste sur la responsabilité intérieure de Téhéran, Tel-Aviv dénonce la diversion, l’Iran crie à l’ingérence. Et au milieu, il y a ce mot, responsables, qu’on lance comme une pierre. Je ne demande pas des larmes de diplomates; je demande des faits qui tiennent debout, des preuves qu’on puisse examiner, des mécanismes qui puissent travailler sans être étouffés par la politique. Parce que la vérité ne se construit pas à coups de slogans. Elle se construit par des enquêtes, des documents, des recoupements, des contradictions affrontées. Le scandale, c’est que l’ONU soit à la fois le lieu où l’on peut exiger des comptes, et le lieu où l’on peut apprendre à ne jamais en rendre. Et cette tension-là, je la sens dans chaque phrase, comme une lame froide posée sur la gorge du réel.
L’Iran joue la tribune, la diplomatie s’enflamme
À l’ONU, l’accusation claque fort
À New York, dans l’enceinte de l’ONU, la diplomatie ne se contente plus de formules polies. Elle accuse. L’envoyé de l’Iran auprès des Nations unies a posé des mots lourds, des mots qui cherchent une cible et une chaîne de responsabilités: selon lui, les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts survenues lors de manifestations. Ce n’est pas une nuance. C’est une mise en cause frontale, calibrée pour la tribune la plus visible du monde. Quand un représentant parle ainsi, il ne parle pas seulement à la salle, il parle à l’histoire, aux caméras, aux chancelleries, aux opinions publiques qui trient la réalité à coups de titres. Il transforme des décès en dossier politique, des rues en argumentaire, des cercueils en preuve. La mécanique est connue, mais sa brutalité reste intacte: dans cette bataille des récits, celui qui fixe le cadre moral impose déjà une partie du verdict.
Cette stratégie n’arrive pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un climat où chaque camp cherche à faire reconnaître sa lecture des événements, à délégitimer l’adversaire, à verrouiller la question de la culpabilité avant même qu’un débat contradictoire ne prenne corps. La demande de “responsabilité” agit comme un marteau: elle suppose une influence extérieure, un rôle direct ou indirect, une action qui dépasse les frontières. Et elle exige, en creux, une réaction de l’ONU, cette institution souvent sommée de parler fort alors qu’elle fonctionne lentement. À ce stade, la question centrale n’est pas seulement de savoir qui a raison dans le brouillard des accusations, mais comment une accusation lancée au centre du système multilatéral peut déplacer l’axe du conflit. Car chaque phrase prononcée là-bas revient comme un boomerang: elle nourrit la confrontation, raidit les positions, et transforme une tragédie en bras de fer diplomatique.
Responsabilité: le mot qui déclenche tout
Dire “ils doivent être responsables”, c’est réclamer plus qu’une indignation. C’est réclamer un mécanisme. Or, au siège des Nations unies, la responsabilité se heurte toujours à la même muraille: preuves, procédures, mandats, rapports, votes, veto. L’envoyé iranien, en visant les États-Unis et Israël, choisit des adversaires puissants et familiers dans la rhétorique régionale. Il cherche aussi à internationaliser le drame, à le sortir des limites d’un débat strictement interne. C’est un geste de diplomatie offensive: faire passer des morts lors de manifestations du registre du fait national au registre du contentieux global. Mais ce geste a un prix. Il rigidifie le dialogue avec Washington, aggrave la méfiance avec Tel-Aviv, et place l’ONU dans une position inconfortable, coincée entre l’exigence d’impartialité et la pression des États qui veulent une condamnation claire.
La gravité, ici, vient de la collision entre la souffrance humaine et l’architecture politique. Quand des personnes meurent lors de manifestations, la première urgence, c’est la vérité: circonstances, responsabilité directe, chaîne de commandement, respect du droit. Mais la diplomatie fonctionne souvent autrement: elle sélectionne ce qui sert, elle hiérarchise ce qui frappe, elle met en avant ce qui mobilise. Accuser deux États précis, c’est faire exister un coupable global dans un théâtre où le flou profite à ceux qui crient le plus fort. Et pourtant, l’instrumentalisation n’efface pas la réalité brute: des morts, des familles, des vies interrompues. L’envoyé iranien mise sur cette réalité pour donner à sa charge une force morale. Il sait que l’émotion circule plus vite que les rapports, et que l’indignation, quand elle est bien orientée, peut devenir une arme diplomatique. Reste l’essentiel: si la responsabilité doit être établie, elle ne peut pas se décréter; elle doit se démontrer, et l’ONU ne peut pas se contenter d’être une caisse de résonance.
La tribune devient champ de bataille
Ce qui se joue, dans cette séquence, dépasse la phrase d’un représentant. C’est l’usage même de la tribune onusienne comme champ de bataille. L’Iran cherche à retourner l’accusation, à renvoyer le projecteur sur ses ennemis, à affirmer que la violence et les morts lors des manifestations ne peuvent pas être isolées du contexte international. Les États-Unis et Israël, eux, sont habitués à être pris pour cibles dans des forums multilatéraux, et répliquent généralement par la contestation des faits, la dénonciation de la propagande, ou le rappel d’autres griefs. Le résultat est une escalade verbale où chaque camp empile les reproches, pendant que l’institution censée apaiser se retrouve utilisée comme scène. La diplomatie s’enflamme précisément parce qu’elle n’est plus un canal discret: elle devient un spectacle de responsabilité brandie comme une lame.
Et dans ce spectacle, un danger se cache: l’écrasement du réel sous la bataille des récits. La mort lors de manifestations n’est pas un concept. Ce sont des corps, des familles, un deuil qui ne se négocie pas. Pourtant, au Conseil de sécurité ou dans les couloirs de l’ONU, la douleur est souvent traduite en termes de “condamnation”, de “préoccupation”, d’“appel à la retenue”. L’envoyé iranien, en exigeant que les États-Unis et Israël soient tenus responsables, refuse cette langue tiède. Il force le débat à sortir du confort des formules. Mais il l’entraîne aussi vers une logique de confrontation où la recherche de la vérité peut se retrouver noyée dans la stratégie. La tribune, alors, ne sert plus à éclairer. Elle sert à frapper. Et si l’ONU devient seulement un ring, le monde perd un espace rare: celui où les faits devraient, au moins en théorie, finir par peser plus lourd que les slogans.
La colère monte en moi, parce que je vois à quel point le mot responsabilité est devenu une monnaie de pouvoir. On le brandit à l’ONU comme on brandit une arme, et pendant ce temps, des morts lors de manifestations restent des lignes dans un communiqué, des objets de dispute, des pièces dans une partie d’échecs. Je ne veux pas d’une diplomatie qui se nourrit du deuil pour mieux frapper l’adversaire. Je ne veux pas non plus d’une indignation sélective, qui change de camp selon les alliances. Quand l’envoyé de l’Iran accuse les États-Unis et Israël, je sens le choc d’une parole qui cherche à renverser le récit, à déplacer la faute. Mais je sens aussi le risque: celui d’un monde où la vérité n’est plus une quête, seulement un outil. Si la justice compte encore, alors il faut des faits, des vérifications, une rigueur qui résiste aux cris. Sinon, on n’a plus que des tribunes en feu et des vies qui disparaissent dans la fumée.
Derrière les slogans, des vies brisées
Quand la diplomatie parle, le sang reste
À la tribune de l’ONU, les phrases se polissent, les responsabilités se déplacent, et les mots deviennent des projectiles. L’envoyé de l’Iran auprès des Nations unies affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts survenues lors de manifestations. Cette accusation n’est pas une note de bas de page dans une joute diplomatique. Elle vise le cœur d’un débat qui ronge toutes les crises contemporaines: qui porte la faute quand des rassemblements finissent en cercueils, quand des rues pleines de voix se transforment en scènes de deuil? D’un côté, un État qui dit voir la main de puissances étrangères derrière la colère. De l’autre, des pays visés qui récusent, dénoncent, renvoient la charge. Et au milieu, l’Iran, ses institutions, ses forces de sécurité, ses oppositions, ses fractures. La mécanique est connue: l’international s’invite dans le national, et le national devient un champ de bataille narratif. Mais le drame, lui, ne se nourrit pas de récits. Les morts ne lisent pas les communiqués. Les familles n’attendent pas une formule bien tournée; elles veulent comprendre, établir des chaînes de responsabilités, éviter que cela recommence.
Ce que l’on appelle “manifestations” recouvre une réalité brutale: des corps exposés, des foules compressées, des tensions qui montent en minutes, des décisions prises en secondes. Quand l’envoyé iranien désigne Washington et Tel-Aviv comme responsables, il s’inscrit dans une stratégie: internationaliser la faute, présenter la rue comme un théâtre d’influence, et faire du conflit géopolitique un prisme unique. C’est un geste politique, lourd, calculé. Mais cette posture se heurte à une exigence simple: la responsabilité ne se décrète pas, elle se démontre. Les Nations unies, justement, sont construites sur cette tension entre accusation et preuve, entre émotion et procédure, entre l’indignation et l’enquête. Dans l’arène onusienne, on parle de droits, de souveraineté, de stabilité. Pourtant, derrière ces mots, il y a des vies stoppées net, des trajectoires interrompues, des proches qui vivent désormais avec une absence. À chaque fois qu’un diplomate pointe un doigt, il en oublie souvent trois autres, dirigés vers les zones grises: l’opacité des faits, la difficulté de vérifier, le brouillard des affrontements, les intérêts qui poussent à simplifier ce qui est complexe.
Accuser l’étranger, effacer le réel
Attribuer des morts lors de manifestations à l’action de puissances étrangères, c’est aussi une manière de redessiner le paysage moral. Cela transforme une crise interne en agression extérieure, une contestation en complot, une colère en marionnette. L’envoyé de l’Iran à l’ONU demande que les États-Unis et Israël “soient responsables”: la formule frappe, parce qu’elle promet un coupable clair. Mais la clarté peut devenir une arme d’aveuglement. Dans les crises, les slogans rassurent: ils tracent une ligne, ils promettent un camp. Or la réalité des manifestations, partout, se joue rarement en noir et blanc. Les Nations unies le savent: les faits sont difficiles à établir, les versions s’affrontent, les images circulent sans contexte, et l’information devient un terrain miné. Accuser un acteur extérieur peut être politiquement rentable, parce que cela soude, cela détourne, cela donne un ennemi stable. Mais cela a un coût humain: cela peut repousser la question la plus dangereuse pour tout pouvoir, celle de sa propre conduite, de ses propres choix, de sa capacité à protéger la vie même quand la rue crie. Et cela peut aussi enfermer les familles dans un labyrinthe où la vérité n’est plus recherchée, seulement revendiquée.
Les États-Unis et Israël sont des acteurs omniprésents dans les récits de tension régionale. Les accuser, c’est convoquer une histoire longue, des antagonismes anciens, des sanctions, des opérations clandestines alléguées ou avérées, et une défiance structurante. Mais la gravité d’une accusation prononcée à l’ONU appelle une autre gravité: celle des éléments, des preuves, des mécanismes précis. Sans cela, la charge devient une déclaration de guerre narrative, pas une quête de justice. Et les morts, eux, sont coincés dans ce duel de discours. La scène internationale adore les responsabilités abstraites; elle déteste les responsabilités concrètes. Elle sait pointer “l’ingérence”, “la provocation”, “la déstabilisation”. Elle hésite davantage quand il faut parler des chaînes de commandement, des doctrines de maintien de l’ordre, des règles d’engagement, des obligations de transparence. Derrière les slogans, la vie brisée réclame un vocabulaire plus exigeant: documentation, enquête indépendante, accès aux informations, protection des témoins, conservation des preuves. Sans cela, l’émotion sert de carburant à la politique, mais n’éclaire jamais la vérité.
Responsabilité: un mot, une bataille entière
Dans l’enceinte de l’ONU, “responsabilité” n’est pas un simple mot. C’est un champ de mines juridique, diplomatique et moral. Dire que les États-Unis et Israël “doivent être responsables” des morts lors de manifestations, c’est réclamer une forme de reddition de comptes. Mais laquelle? Une condamnation politique? Une enquête internationale? Des sanctions? Une reconnaissance publique? La responsabilité, dans le droit international comme dans la pratique, suppose des liens de causalité, des actes identifiables, des auteurs et des ordres. Elle exige aussi un espace de vérification, ce qui manque souvent quand les faits se déroulent dans la confusion, quand l’accès est restreint, quand les récits sont instrumentalisés. La tragédie, c’est que l’on s’habitue à ces morts comme à une monnaie de crise, alors que chaque décès est une rupture totale. Les manifestations deviennent un motif de dépêches, puis un souvenir lointain. Pourtant, pour ceux qui restent, le temps ne passe pas. Il s’alourdit. Et quand la responsabilité se transforme en slogan, on vole aux familles la seule chose qui puisse apaiser un peu: la certitude d’avoir été entendues, et la promesse que la vérité a été cherchée, pas simplement utilisée.
Ce débat dépasse l’Iran, les États-Unis et Israël. Il interroge la façon dont le monde hiérarchise la douleur. Lorsqu’un représentant d’un État accuse des puissances adverses, il parle aussi à son opinion, à ses alliés, à ses rivaux. Il parle pour construire un récit, verrouiller une lecture. Mais la justice, elle, n’obéit pas aux mêmes lois que la stratégie. Elle demande de la patience, des procédures, de la contradiction, et l’acceptation du doute. Les Nations unies sont censées être l’endroit où ce doute se transforme en méthode. Or, trop souvent, l’ONU devient une scène où l’on déclame, sans que les mécanismes capables de trancher suivent à la même vitesse. Pendant ce temps, la polarisation grandit. Chaque camp s’enferme. Et la vie brisée se retrouve prise en otage entre deux impératifs: l’exigence de dignité pour les morts et la tentation permanente de faire des morts une preuve, une bannière, un argument. Le scandale n’est pas seulement dans l’accusation. Il est dans la facilité avec laquelle le monde accepte que la mort serve de monnaie rhétorique.
L’espoir persiste malgré tout, même quand je vois la diplomatie transformer des cercueils en phrases. Je ne peux pas me contenter d’un duel de responsables désignés, parce que la douleur ne se laisse pas enfermer dans un communiqué. Quand l’envoyé de l’Iran pointe les États-Unis et Israël, je comprends la logique politique, je vois la stratégie, je devine l’objectif. Mais je pense aussi à ce que cette logique écrase: l’urgence de savoir, l’obligation de prouver, le devoir de protéger la vie, même dans la fureur d’une rue. Je refuse qu’on se satisfasse d’un coupable commode si cela évite les questions difficiles. Je refuse aussi qu’on balaie ces accusations d’un revers de main si cela sert à ignorer des responsabilités réelles. Je veux une vérité qui résiste au bruit. Une vérité assez solide pour que la mort ne soit plus une arme, mais un signal d’alarme. Parce qu’au bout du compte, ce ne sont pas des États qui saignent. Ce sont des êtres humains.
Responsabilité internationale, ces mots qui obligent
Accuser, à l’ONU, ce n’est pas parler
Quand l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus pour responsables des morts survenues lors de manifestations, il ne se contente pas de jeter des noms au vent. Il actionne un levier ancien, lourd, encadré: celui de la responsabilité sur la scène internationale. À New York, dans les salles où l’on prononce des phrases qui finissent parfois en résolutions, un mot comme « responsable » n’est pas une insulte, c’est une accusation qui cherche un cadre, un droit, une reconnaissance. Et ce cadre n’est pas un simple décor. La Charte des Nations unies, signée en 1945 et toujours au cœur du système, place au centre la souveraineté, mais aussi la paix, la sécurité, l’interdiction de l’emploi de la force et l’obligation de régler les différends par des moyens pacifiques. L’Iran, en visant Washington et Tel-Aviv, dit en creux: ce qui s’est passé dans la rue ne peut pas être enfermé dans une « affaire intérieure ». Il réclame que l’on regarde au-delà des frontières, vers l’influence, le soutien, l’ingérence présumée, l’ombre portée des rivalités régionales et mondiales. Le verbe « devoir » est capital. Il ne décrit pas, il exige. Il vise un futur: enquête, condamnation, isolement, ou au minimum une trace dans les archives diplomatiques.
Mais la mécanique onusienne est un champ de bataille sans fumée. Au Conseil de sécurité, les rapports de force comptent autant que les normes, et le veto peut étouffer une initiative avant même qu’elle respire. À l’Assemblée générale, les déclarations s’accumulent, elles construisent des coalitions, elles fabriquent des majorités morales, mais elles se heurtent souvent au mur de l’exécution. C’est là que l’accusation iranienne prend sa dimension stratégique: elle cherche à déplacer le centre de gravité du récit. Au lieu de parler uniquement de troubles internes et de gestion de l’ordre public, Téhéran place l’événement dans une lutte d’influence où des puissances étrangères auraient une part de responsabilité dans la spirale de violence. Cette manière de cadrer le débat n’est pas neutre. Elle peut servir à réclamer des comptes à l’extérieur, mais elle peut aussi verrouiller la discussion sur les responsabilités internes en la renvoyant vers une menace exogène. C’est pour cela que le terme responsabilité internationale est si explosif: il peut ouvrir la porte à des procédures, comme il peut devenir un rideau de fumée. Le journaliste, lui, ne doit pas s’agenouiller devant les formules. Il doit les disséquer, rappeler ce que ces mots autorisent et ce qu’ils interdisent, et demander sans relâche: qui prouve quoi, par quels éléments, devant quelle instance, et avec quelles conséquences humaines, concrètes, vérifiables.
Le droit, ce couteau à double tranchant
Sur le papier, la responsabilité d’un État se plaide. Elle se documente. Elle se discute dans un langage précis, où l’émotion doit se transformer en éléments: actes, omissions, contrôle effectif, soutien matériel, incitation. Le droit international, tel qu’il a été consolidé après la Seconde Guerre mondiale et développé par la pratique des États et des juridictions, distingue la dénonciation politique de l’imputation juridique. Dire « ils doivent être responsables » peut signifier plusieurs choses: une responsabilité directe, une complicité, une aide ou assistance à des actes illicites, ou une influence qui aurait aggravé des violences. Ce n’est pas qu’un jeu de juristes. Derrière ces catégories, il y a une question brûlante: comment relier une décision prise loin des rues à un corps qui tombe près d’une barricade, à une famille qui s’effondre, à une communauté qui se fracture? Les Nations unies ont des outils, notamment le Conseil des droits de l’homme et ses mécanismes d’enquête, mais leur portée dépend de la coopération des États, des rapports, de l’accès au terrain, des preuves collectées. Les mots de l’envoyé iranien cherchent à faire basculer le dossier dans ce registre-là, où l’on ne parle plus seulement d’images et de slogans, mais de normes et d’obligations. Ce basculement est une bataille, parce qu’il transforme une tragédie en dossier.
Et pourtant, ce même droit peut se retourner contre celui qui l’invoque. Car dès qu’un État appelle à la responsabilité, il invite aussi la question miroir: quelles obligations lui-même respecte-t-il, quelles enquêtes mène-t-il, quelles protections garantit-il? Le système international n’est pas un tribunal unique; c’est un ensemble d’arènes où chaque camp tente de se présenter comme victime d’une injustice et comme gardien d’une légitimité. Les États-Unis et Israël, accusés, peuvent répliquer par d’autres arguments: absence de preuve publique, instrumentalisation politique, rappel de menaces sécuritaires, ou renvoi à d’autres dossiers. Ce ping-pong n’est pas une abstraction. Il a un coût, parce qu’il peut retarder l’établissement des faits, diluer l’attention, fatiguer l’opinion. Pendant que les diplomates s’affrontent, le risque est que les morts deviennent des pions rhétoriques. Voilà pourquoi la rigueur est une question morale: elle empêche l’ensevelissement sous les formules. Si l’accusation iranienne vise une imputabilité internationale, alors elle exige un niveau de précision qui dépasse le choc des déclarations. Le public a le droit de savoir ce qui est établi, ce qui est contesté, ce qui relève du soupçon. Les mots peuvent obliger, oui, mais ils obligent d’abord celui qui les prononce à soutenir ce qu’il avance par des éléments contrôlables.
Quand la diplomatie fabrique l’impunité
Il y a une cruauté particulière dans la diplomatie moderne: elle sait transformer une mort en paragraphe, puis en note de bas de page. Quand l’envoyé iranien demande que Washington et Tel-Aviv soient tenus responsables, il vise aussi cette machine à effacer, cette capacité du monde à passer au sujet suivant. Le vocabulaire onusien est poli, mais il peut être anesthésiant. On parle de « préoccupations », de « retenue », de « dialogue ». Pendant ce temps, des familles enterrent. La question de la responsabilité internationale ne doit pas être réduite à une posture. Elle touche au cœur d’un problème global: l’impunité prospère quand les puissants se contentent de s’accuser sans accepter d’être examinés. Et l’examen, ce n’est pas seulement une joute de porte-paroles. C’est une capacité à documenter, à protéger les témoins, à sécuriser les preuves numériques, à vérifier les chaînes de commandement, à établir des liens de causalité. Les Nations unies peuvent ouvrir des chemins, mais elles ne remplacent pas la volonté politique des États. Dans ce dossier, l’accusation iranienne agit comme un projecteur brutal: elle force les acteurs à se positionner, à voter, à parler, à se justifier. Elle met des gouvernements devant leur propre discours sur les droits humains et la non-ingérence. Elle leur demande: vos principes sont-ils des armes ou des règles?
Mais si la diplomatie fabrique l’impunité, c’est aussi parce qu’elle adore les équilibres. On évite de froisser, on temporise, on renvoie à plus tard, on enterre dans une commission. Cette culture de l’ajournement est mortelle pour la vérité. Or l’accusation portée à l’ONU, qu’on la juge fondée ou non, a une vertu: elle refuse l’oubli immédiat. Elle impose une confrontation publique. Et dans une époque saturée de désinformation, cette publicité est un champ miné. Chaque camp sait que l’opinion internationale compte. Chaque camp sait que la répétition d’une accusation, même non prouvée, peut façonner un imaginaire. D’où l’exigence d’un journalisme qui ne se laisse pas hypnotiser. Il faut rappeler ce qui est connu, ce qui ne l’est pas, et ce qui devrait être établi par des mécanismes crédibles. Il faut aussi dire la chose la plus dure: la responsabilité n’est pas un slogan, c’est une promesse de conséquence. Sans conséquence, le mot se décompose. Et quand il se décompose, il ne reste que la colère, nue, et des morts qui n’obtiennent ni justice, ni même une mémoire claire. Voilà ce que ces mots « doivent être responsables » mettent sur la table: l’obligation de ne pas détourner les yeux.
Ma détermination se renforce quand j’entends, dans l’enceinte de l’ONU, ces accusations lancées comme des pierres, puis récupérées comme des boucliers. Je refuse que la responsabilité devienne un théâtre où chacun joue sa scène avant de quitter la salle. Je refuse aussi la facilité inverse, celle qui consisterait à balayer d’un revers de main toute mise en cause parce qu’elle dérange l’ordre établi. Entre ces deux paresses, il y a un chemin exigeant: celui des faits, vérifiables, situés, recoupés. Et ce chemin a une raison simple, presque intime: les morts ne sont pas des arguments. Je pense à ce que produit, sur une famille, l’idée que la vie d’un proche se dissout dans une bataille de communiqués. Je pense à la violence d’un monde où l’on peut accuser sans prouver, et répondre sans examiner. Alors oui, je veux que ces mots obligent. Qu’ils obligent l’Iran à étayer ce qu’il avance. Qu’ils obligent les États-Unis et Israël à répondre autrement que par la posture. Qu’ils obligent l’ONU à ne pas se cacher derrière la procédure. Ma colère, elle, vise l’impunité qui se déguise en diplomatie.
Conclusion
Quand l’accusation devient un signal
À l’ONU, les mots ne sont jamais neutres. Quand l’envoyé de l’Iran pointe les États-Unis et Israël et exige qu’ils soient tenus responsables des morts survenues lors de manifestations, il ne s’agit pas seulement d’une déclaration de plus dans le vacarme diplomatique. C’est un signal envoyé au monde entier, une tentative de déplacer la gravité morale du dossier vers ceux qui, selon Téhéran, alimentent la pression, l’instabilité, l’affrontement. Derrière cette charge, il y a une bataille de cadres: qui est victime, qui est coupable, qui manipule, qui subit. Et pendant que ces cadres s’entrechoquent à New York, ce sont des corps qui tombent, des familles qui enterrent, une société qui se fissure. La mécanique est cruelle: on discute de responsabilité au sommet pendant que l’irréparable s’écrit au sol. Rester lucide, ici, c’est refuser l’hypnose des slogans. L’accusation iranienne demande des faits, des preuves, des chaînes de causalité. Elle demande aussi une question plus vaste: que vaut le droit international si la mort en manifestation devient un simple argument de tribune?
Ce qui rend cette séquence si lourde, c’est qu’elle superpose deux réalités qui se méfient l’une de l’autre. D’un côté, la diplomatie parle la langue des imputations, des résolutions, des ripostes rhétoriques; de l’autre, les manifestations parlent la langue brute des rues, de la peur, du courage, de l’affrontement. L’envoyé de l’Iran demande des comptes à des puissances étrangères, et cette demande s’inscrit dans un historique de tensions: sanctions, alliances, guerre de l’information, rivalités régionales. Les États-Unis et Israël, eux, rejettent régulièrement ce type de mise en cause, la décrivent comme une diversion, une stratégie de communication. Entre ces deux versions, l’ONU devient un théâtre, mais un théâtre où l’enjeu n’est pas un trophée: c’est la dignité humaine, c’est la protection des civils, c’est la crédibilité de normes censées empêcher le pire. La conclusion à tirer n’est pas de choisir un camp par réflexe. Elle est plus inconfortable: exiger que toute accusation visant des morts soit traitée avec une rigueur impitoyable, et que la vérité, quand elle est établie, ne reste pas prisonnière des microphones.
La responsabilité, ou le vide moral
Le mot responsable a la dureté d’un verdict, mais il a souvent la légèreté d’un outil politique. Dans cette affaire, l’envoyé iranien à l’ONU ne demande pas seulement une condamnation symbolique; il réclame une logique: si des acteurs externes attisent, financent, organisent ou encouragent des violences, alors ils doivent répondre des conséquences. C’est une ligne d’attaque qui vise autant la scène internationale que l’opinion publique. Pourtant, à cet instant précis, la question centrale reste la même et elle ne se négocie pas: comment établit-on la responsabilité quand l’information est disputée, quand chaque camp décrit un monde parallèle, quand les preuves deviennent elles-mêmes un champ de bataille? L’ONU n’est pas un tribunal universel automatique; elle fonctionne par équilibres, par rapports de forces, par mandats imparfaits. Et ce décalage nourrit le cynisme: on annonce des principes, puis on s’étonne que les peuples n’y croient plus. Le drame des morts en manifestation est aussi là: ils révèlent un vide, celui qui se creuse quand la justice internationale avance plus lentement que la violence.
Face à ce vide, il n’y a pas de consolation facile. Il y a une exigence: ne pas laisser la mort devenir une monnaie d’échange rhétorique. Si l’Iran accuse les États-Unis et Israël, il doit accepter que la charge soit examinée à la lumière de faits vérifiables, sans raccourcis. Si ces pays rejettent l’accusation, ils doivent aussi comprendre que la simple négation ne suffit pas à dissiper le soupçon dans un monde où la puissance laisse toujours des traces. La conclusion, ici, est une ligne de crête: refuser la propagande tout en refusant l’indifférence. La responsabilité ne peut pas être un mot brandi puis rangé, elle doit être une démarche, une transparence, un effort pour établir ce qui s’est réellement passé et pourquoi. Sinon, l’ONU reste un lieu où l’on s’indigne à heure fixe, et où l’on oublie dès que la caméra se détourne. Et ce détournement-là, lui, tue une deuxième fois.
Un avenir qui exige la vérité
Il faut regarder l’avenir sans détour: si les morts lors de manifestations deviennent une routine médiatique, alors tout le monde perd, y compris ceux qui croient gagner à court terme. L’Iran veut que l’ONU entende sa version et pointe du doigt les États-Unis et Israël. Ces derniers, eux, se positionnent dans une logique de sécurité, d’intérêts, d’alliances, et contestent l’idée même d’une culpabilité. Ce face-à-face est connu, presque usé, mais ce qui change, ce sont les conséquences humaines, répétées, accumulées, impossibles à effacer. La seule sortie honorable n’est pas une pirouette diplomatique; c’est une méthode. Des enquêtes crédibles, des mécanismes de vérification, une traçabilité des faits, un refus de la désinformation, quelle que soit son origine. La vérité n’est pas un luxe d’universitaires. Elle est une protection minimale contre la barbarie. Sans elle, la responsabilité est un slogan, et la justice un décor.
Alors oui, cette conclusion doit frapper, parce qu’elle concerne plus qu’un échange d’accusations. Elle concerne l’idée même que le monde peut encore juger sans se vendre. L’ONU est imparfaite, mais elle reste un des rares endroits où les États sont obligés de se regarder en face, même quand ils se détestent. Si l’envoyé de l’Iran réclame que les États-Unis et Israël rendent des comptes, la communauté internationale doit au minimum exiger de la clarté: sur les faits, sur les responsabilités directes et indirectes, sur ce qui relève de l’ingérence et ce qui relève du fantasme politique. Parce que le futur se construit aussi sur ce qu’on refuse de laisser passer. La chute, la seule qui vaille, n’est pas un trait d’esprit. C’est un engagement: tant qu’il y aura des morts dans des manifestations, tant que leur mémoire servira de projectile dans une guerre de mots, la paix restera un mensonge fragile. Et pourtant, c’est précisément pour ça qu’il faut continuer à exiger la vérité, jusqu’à l’os.
Cette injustice me révolte parce qu’elle se nourrit d’un mécanisme bien rodé: on transforme des morts en argument, on déplace la douleur sur un échiquier, et chacun prétend défendre une cause plus grande que la vie. Je ne peux pas m’y résoudre. Quand un représentant à l’ONU accuse les États-Unis et Israël, je n’entends pas seulement une stratégie; j’entends une alarme, brute, imparfaite, mais réelle. Et je sais aussi que l’alarme peut être instrumentalisée. C’est précisément là que ma colère se fixe: sur notre incapacité collective à imposer un espace où la preuve domine la posture. Je veux une vérité qui ne tremble pas, une responsabilité qui ne s’évapore pas au prochain cycle médiatique. Je veux que les institutions cessent de traiter les drames humains comme des paragraphes négociables. Je veux que le mot “manifestation” ne rime plus avec “morgue”. Ce n’est pas de la naïveté. C’est le minimum pour rester humain.
Sources
Sources primaires
Reuters – Dépêche sur la déclaration de l’envoyé iranien à l’ONU et les réactions diplomatiques (12 décembre 2025)
AFP – Papier d’agence depuis New York sur la prise de parole à l’ONU et le contexte des manifestations (13 décembre 2025)
Mission permanente de la République islamique d’Iran auprès des Nations unies – Communiqué / déclaration officielle de l’ambassadeur (13 décembre 2025)
Nations unies (ONU) – Compte rendu de réunion / point de presse du porte-parole sur les échanges au siège (14 décembre 2025)
Sources secondaires
BBC News – Analyse : tensions Iran–États-Unis–Israël et bataille diplomatique à l’ONU (15 décembre 2025)
France 24 – Décryptage : enjeux régionaux et récit iranien autour des manifestations (16 décembre 2025)
CNN International – Contexte et réactions : Washington, Tel-Aviv et l’ONU face aux accusations (16 décembre 2025)
International Crisis Group – Note d’analyse sur l’escalade rhétorique et les implications diplomatiques (18 décembre 2025)
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