Skip to content
Washington et Tel-Aviv mis en cause à l’ONU: l’Iran exige des comptes pour les morts en manifestation
Crédit: Custom

Un micro, et le monde retient

À New York, au siège des Nations unies, tout est affaire de formulation. On n’y lance pas des mots au hasard, on les calibre. Et quand l’envoyé de l’Iran auprès de l’ONU affirme que les États-Unis et Israël doivent être tenus responsables des morts survenues lors de manifestations, il ne s’agit pas d’une phrase de plus dans la rumeur internationale. C’est une accusation posée sur la table la plus visible du monde, dans une enceinte où chaque syllabe peut devenir un argument, une preuve, une pierre dans un futur dossier. Le diplomate cherche à déplacer le centre de gravité du récit: ne plus parler seulement des troubles et de la répression, mais des mains invisibles que Téhéran dit voir derrière les cortèges, les slogans, la colère. Il vise la scène mondiale, pas le public domestique. Il veut que la tragédie quitte la case “affaire interne” et devienne “question de responsabilité internationale”. Dans ce théâtre, la cible n’est pas seulement Washington ou Jérusalem, c’est aussi la manière dont le monde distribue la compassion et attribue la faute. Qui est cru, qui est écouté, qui est mis en accusation, et qui est renvoyé au silence sous prétexte de complexité.

Cette déclaration s’inscrit dans une mécanique connue, mais jamais anodine: la mise en cause de puissances rivales devant la communauté internationale, avec l’espoir de fissurer l’image morale de l’adversaire. L’Iran accuse depuis des années des acteurs extérieurs d’attiser l’instabilité sur son sol; les États-Unis et Israël, eux, dénoncent régulièrement la politique iranienne, ses réseaux régionaux, son programme nucléaire. À l’ONU, ces lignes se croisent, se heurtent, s’annulent parfois, mais elles laissent des traces. Ici, l’objet concret, ce sont des morts lors de manifestations, un mot lourd qui ne se négocie pas. Le diplomate iranien tente de transformer ces décès en pièce d’un puzzle géopolitique plus large, où l’accusation devient une stratégie de défense. Ce n’est pas une enquête présentée avec des éléments publics vérifiables; c’est une affirmation politique dans un cadre diplomatique. Mais à l’ONU, le politique est précisément ce qui peut précéder le juridique. Et ce qui précède peut, un jour, orienter la mémoire officielle.

Responsabilité: le mot qui tue

Dire “ils doivent être responsables”, ce n’est pas simplement pointer du doigt. C’est convoquer tout un imaginaire de culpabilité, de chaîne de commandement, de causalité. À l’ONU, la notion de responsabilité touche au droit international, à l’attribution des faits, aux mécanismes d’enquête, aux rapports des rapporteurs spéciaux, aux discussions au Conseil de sécurité. Mais elle touche aussi à la perception. Car dans le tumulte des crises, le monde tranche souvent avant d’instruire. L’envoyé iranien le sait. En désignant les États-Unis et Israël, il ne se contente pas d’accuser; il renverse un projecteur. Il dit: regardez ailleurs, regardez ceux qui ont l’habitude d’accuser l’Iran. Il transforme le débat en duel narratif. Et dans un duel narratif, l’objectif est moins de convaincre par des preuves immédiates que d’installer un doute, de faire entrer une hypothèse dans le vocabulaire courant. Ce mot, responsabilité, devient alors un crochet. Il accroche les consciences, même celles qui se méfient. Il invite à se demander si les manifestations, la colère, la violence, les morts, peuvent être l’effet d’une main étrangère. Il impose une question qui dérange: si l’ingérence existe, où commence-t-elle, et comment se prouve-t-elle?

Le problème, brutal, c’est que les morts ne sont pas un argument abstrait. Ils ont un poids humain qui dépasse la rhétorique. C’est précisément pour cela que l’Iran choisit ce terrain: la douleur. En ramenant les décès au cœur de l’accusation, il cherche à faire porter la charge morale sur ses adversaires, à déplacer la honte, à reconfigurer le blâme. Les États-Unis et Israël, eux, rejettent généralement ce type d’allégations et mettent en avant la responsabilité des autorités iraniennes dans la gestion des manifestations. Entre ces versions, l’ONU devient une arène où l’on s’affronte à coups de déclarations, de communiqués, de droits de réponse. Et pendant que les diplomates s’échangent des formules, une question demeure, coupante: qu’est-ce qui protège réellement les civils lorsque la politique transforme la rue en champ de bataille symbolique? L’ONU peut enregistrer, condamner, appeler au calme, parfois mandater des missions ou discuter de mécanismes. Mais l’efficacité dépend des États, de leur volonté, de leurs alliances. Et la volonté, ici, est un mur.

Quand la diplomatie cherche un coupable

Ce qui frappe, dans ce moment, c’est la tension entre la scène et la réalité. La scène, c’est l’ONU, ses couloirs feutrés, ses micros réglés, ses mots pesés. La réalité, ce sont des manifestations, des affrontements, des familles endeuillées, un pays sous pression, et une région où chaque crise devient immédiatement un épisode de la rivalité entre l’Iran, les États-Unis et Israël. L’envoyé iranien cherche à internationaliser le coût politique des morts. Il tente de dire: ce n’est pas seulement notre crise, c’est aussi la conséquence d’une hostilité extérieure. Cette stratégie n’est pas nouvelle, mais elle est révélatrice d’une chose: l’isolement relatif pousse à frapper plus fort avec les mots. Accuser, c’est tenter de reprendre l’initiative, de sortir de la posture défensive. C’est aussi, parfois, un moyen de parler à plusieurs audiences à la fois: les États membres, les opinions publiques, et les alliés potentiels qui partagent une défiance envers Washington. Dans cet espace, la vérité n’avance pas toujours à la vitesse des faits. Elle avance à la vitesse des coalitions.

Pour l’ONU, l’enjeu est corrosif. L’organisation est censée être un lieu de médiation et de normes, mais elle se retrouve souvent transformée en caisse de résonance des antagonismes. Quand un État accuse d’autres États d’être responsables de morts lors de manifestations, la demande implicite est lourde: enquêter, condamner, agir. Or l’ONU ne dispose pas d’un bouton magique. Elle dépend des mandats, des votes, des rapports, et surtout des rapports de force. Le résultat, trop souvent, est une bataille de récits qui tourne en boucle, tandis que les victimes restent au centre sans jamais être au centre. Il y a là une cruauté froide: les morts deviennent une monnaie argumentative. Et cette monnaie circule sans que la justice suive. La déclaration de l’envoyé iranien n’est pas une simple sortie verbale; elle révèle un système international où l’on cherche un coupable avant de chercher un chemin, où la responsabilité est brandie comme une arme. La question, tranchante, est celle-ci: à force d’utiliser la douleur pour frapper l’adversaire, qui finit par protéger la vie?

Mon cœur se serre quand je vois la facilité avec laquelle le mot responsable devient un projectile. À l’ONU, on parle au nom des peuples, mais on parle aussi contre d’autres peuples, en leur collant une faute comme une étiquette. Je ne peux pas m’empêcher d’entendre, derrière cette accusation de l’Iran visant les États-Unis et Israël, un cri qui cherche un coupable parce que la douleur, elle, est insupportable. Et pourtant, je refuse que la mort serve de carburant rhétorique. Je veux des faits, des mécanismes, des enquêtes crédibles, pas des slogans diplomatiques qui s’écrasent contre des murs de veto et d’alliances. Je pense à ces manifestations, à cette foule qui sort parce qu’elle n’en peut plus, et à la violence qui s’invite, quelle qu’en soit l’origine. Quand la politique transforme les morts en arguments, elle vole une seconde fois: elle vole la dignité. Ce que j’attends, moi, c’est que l’ONU soit autre chose qu’un ring. Qu’elle redevienne un lieu où la vie humaine pèse plus lourd que la victoire d’un camp.

Sources

Sources primaires

Reuters – Dépêche sur la déclaration de l’envoyé iranien à l’ONU et les réactions diplomatiques (12 décembre 2025)

AFP – Papier d’agence depuis New York sur la prise de parole à l’ONU et le contexte des manifestations (13 décembre 2025)

Mission permanente de la République islamique d’Iran auprès des Nations unies – Communiqué / déclaration officielle de l’ambassadeur (13 décembre 2025)

Nations unies (ONU) – Compte rendu de réunion / point de presse du porte-parole sur les échanges au siège (14 décembre 2025)

Sources secondaires

BBC News – Analyse : tensions Iran–États-Unis–Israël et bataille diplomatique à l’ONU (15 décembre 2025)

France 24 – Décryptage : enjeux régionaux et récit iranien autour des manifestations (16 décembre 2025)

CNN International – Contexte et réactions : Washington, Tel-Aviv et l’ONU face aux accusations (16 décembre 2025)

International Crisis Group – Note d’analyse sur l’escalade rhétorique et les implications diplomatiques (18 décembre 2025)

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu