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Donetsk et Zaporijia : la Russie grignote, l’Ukraine recule, l’Europe regarde encore ?
Crédit: Custom

Des gains minuscules, des effets massifs

Sur les cartes, l’avancée paraît parfois presque insultante. Un trait qui bouge de quelques centaines de mètres, un point qui change de couleur, une mention de position prise, puis une autre. Pourtant, en oblast de Donetsk comme en oblast de Zaporijia, ces progressions graduelles peuvent peser lourd, parce qu’elles touchent ce qui tient un front debout: les points d’appui, les itinéraires d’évacuation, la capacité à faire circuler des munitions, à relever les unités, à réparer sous le feu. Les évaluations publiques disponibles, notamment par des sources OSINT et des rapports d’analyse comme l’Institute for the Study of War, décrivent depuis des mois une dynamique où la Russie cherche moins la percée spectaculaire que l’érosion méthodique des défenses, en combinant pression continue et frappes de précision à l’échelle tactique. Dans ce cadre, un village n’est pas seulement un nom sur un panneau. C’est un pli du terrain, une lisière, une digue, une hauteur, un carrefour, un bout de route qui change la manière de tenir ou de perdre la suivante. Et quand ce pli cède, ce n’est pas seulement une ligne qui recule: c’est une défense qui doit se réinventer en urgence, souvent plus loin, souvent sur une position moins favorable.

Ce mécanisme a une logique froide. L’objectif politique et militaire, côté russe, demeure affiché: contrôler l’ensemble du Donbass, ce qui fait de Donetsk un axe principal de l’effort. Cette orientation apparaît dans de nombreuses analyses publiques, notamment celles de l’ISW, qui suit les opérations et les intentions déclarées des belligérants. Dans le même temps, sur le front sud, la pression en Zaporijia s’inscrit souvent dans la recherche de consolidation du corridor terrestre vers la Crimée, en sécurisant l’arrière et en élargissant les marges de manœuvre logistiques. Là encore, il ne s’agit pas toujours de bondir loin, mais de pousser la ligne de contact, de déplacer la zone de risque, de rendre plus difficile l’action ukrainienne sur les axes routiers et ferroviaires. Le résultat humain, lui, se mesure autrement que sur une carte. Chaque recul impose des travaux, des mines, des tranchées, des abris. Chaque déplacement met sous tension les communes de l’arrière, les routes de ravitaillement, les hôpitaux, les équipes de secours. Une progression dite limitée reste une pression totale pour ceux qui la subissent.

Donetsk, l’étau sur les nœuds vitaux

Dans Donetsk, la bataille ne se joue pas seulement sur la prise d’un lieu, mais sur la capacité à menacer les lignes de communication et les centres urbains qui structurent la défense. Quand un camp approche d’un axe routier, d’un pont, d’un échangeur, il ne gagne pas uniquement du terrain: il gagne du temps sur les rotations, il réduit la profondeur disponible pour absorber les chocs, il oblige l’adversaire à consommer plus vite des ressources déjà rares. Les analyses opérationnelles publiées régulièrement par l’ISW insistent sur cette dimension, en reliant les mouvements au sol à la pression sur les itinéraires logistiques. Ce qui rend la séquence si dure, c’est sa répétition. Une série de poussées locales, parfois décrites comme des bonds, épuise. Elle impose une vigilance permanente, une adaptation constante, des contre-attaques limitées mais coûteuses, souvent sous la menace de drones et de frappes d’artillerie. Même lorsqu’une position est reprise ou contestée, le temps perdu se paie. Le front n’attend pas. La logistique non plus. Sur un théâtre où la densité de feu reste élevée, perdre un point d’appui peut signifier perdre une fenêtre pour évacuer, réparer, réapprovisionner. Et cette fenêtre, une fois refermée, ne se rouvre pas toujours.

Ce qui frappe, quand on observe la mécanique, c’est la manière dont une progression peut viser l’ossature plutôt que la peau. La Russie, selon de nombreuses évaluations publiques, cherche à dégrader la défense ukrainienne par attrition, en poussant l’adversaire à se replier sur une ligne moins favorable ou à étirer ses réserves. Ce n’est pas une abstraction: cela se traduit par des décisions concrètes, prises dans l’urgence, avec des conséquences immédiates. Tenir un village, c’est parfois accepter d’être sous le feu pour protéger une route. L’abandonner, c’est parfois sauver des vies à court terme mais exposer un voisinage plus large à des frappes, parce que la ligne recule et que les distances changent. Sur ce point, il faut rester honnête: l’ampleur exacte des gains varie selon les jours et dépend des sources consultées, et les cartes OSINT comme DeepStateMap ou les synthèses de l’ISW permettent surtout de suivre des tendances, pas d’écrire une vérité gravée. Mais la tendance, elle, se lit dans la continuité. Quand la pression se concentre sur des secteurs clés, l’enjeu devient de savoir si l’attaque peut être exploitée au-delà de la ligne tactique ou si la défense peut stabiliser par une profondeur mieux organisée. Entre ces deux verbes, il y a des vies, des nuits, des décisions qui coûtent.

Zaporijia, le corridor comme obsession

En Zaporijia, la carte raconte une autre obsession: la continuité. Le corridor terrestre vers la Crimée n’est pas qu’une formule. C’est une artère politique et militaire, un passage qui relie, alimente, sécurise, et qui permet de rendre plus robuste la logistique sur le sud occupé. Les analyses publiques, dont celles de l’ISW, décrivent régulièrement cet enjeu: consolider et élargir l’arrière, repousser la ligne de contact, compliquer les frappes ukrainiennes contre les axes routiers et ferroviaires. Ici, la progression peut sembler lente, parfois imperceptible au regard d’une guerre de mouvement. Mais elle peut être tactiquement utile parce qu’elle change l’équation des distances, donc l’équation de la vulnérabilité. Quand une ligne se décale, certains segments de route passent d’une zone exposée à une zone moins exposée, et l’inverse est vrai pour l’adversaire. Ce glissement, même réduit, peut peser sur la capacité à acheminer du carburant, des pièces, des munitions, et à évacuer les blessés. Il peut aussi modifier la posture des unités, qui doivent se réorganiser, repositionner leurs moyens, et souvent creuser à nouveau. Le sol devient un chantier sous contrainte, et le chantier devient un combat.

Il faut aussi regarder ce front avec une lucidité technique. Les progressions graduelles se nourrissent souvent d’une combinaison d’outils, décrite dans de nombreuses analyses: supériorité d’artillerie locale sur certains secteurs, usage de bombes planantes, présence intense de drones de reconnaissance et de drones FPV, et pression maintenue grâce à des rotations permettant de relancer l’effort. Là où ces facteurs s’alignent, la défense se retrouve sous une surveillance constante, puis frappée, puis de nouveau observée, comme si le terrain n’avait plus le droit au silence. Les rapports de situation ukrainiens, lorsqu’ils sont publiés, insistent régulièrement sur la densité des attaques et des frappes; les analyses externes tentent de relier ces déclarations aux changements cartographiques observables. Entre les deux, il reste une zone d’incertitude, et elle doit être dite. Mais l’effet sur les habitants et les soldats, lui, ne dépend pas d’une décimale. Quand une localité devient un point de friction, la vie civile se contracte. Les services s’éteignent. Les routes se vident. La notion même de normalité devient une rumeur. Voilà ce qu’un corridor signifie, loin des mots.

Bombes planantes et drones, la tenaille

La pression sur ces fronts ne se résume pas à une masse humaine avançant en vague. Les évaluations publiques disponibles décrivent plutôt une tenaille: repérer, isoler, frapper, puis avancer. Dans cette séquence, les drones jouent un rôle central, à la fois pour la reconnaissance et pour la frappe de proximité, notamment avec des systèmes FPV qui ont transformé l’échelle tactique. Ils réduisent les angles morts, imposent des déplacements plus lents, rendent plus dangereux le simple fait de traverser un champ ou de rejoindre une tranchée. À cette surveillance s’ajoute l’usage de bombes planantes, qui permet de frapper à distance avec une puissance significative, en visant des positions, des abris, des bâtiments utilisés comme points d’appui. Plusieurs analyses occidentales et ukrainiennes ont souligné depuis 2023 et 2024 l’importance de ces munitions dans la pression exercée sur les lignes de défense, même si l’efficacité varie selon la défense aérienne disponible et la météo opérationnelle. Ce qui compte ici, c’est l’effet combiné: quand le ciel observe et frappe, le sol se fige, et quand le sol se fige, l’attaque peut grignoter. La progression devient une conséquence, pas un miracle.

À ce stade, il serait malhonnête de présenter une mécanique parfaite, comme si chaque attaque conduisait mécaniquement à un gain. La guerre résiste aux diagrammes. L’Ukraine mène des contre-attaques locales, organise une défense en profondeur, adapte ses moyens, et les lignes se stabilisent parfois après des pertes de terrain. Mais la question, sur Donetsk et Zaporijia, reste celle de la pression continue. Une force qui peut maintenir un rythme d’attaques, en alternant unités et en soutenant l’effort par l’artillerie et la guerre électronique, oblige l’adversaire à vivre dans le manque: manque de repos, manque de temps, manque de marge. Sur le plan opérationnel, les rapports d’analyse comme ceux de l’ISW cherchent à mesurer cette capacité d’endurance, en regardant les axes d’attaque, les rotations probables, les signaux logistiques. Là encore, il y a des limites, et il faut les admettre. Mais il y a aussi une réalité brute: une défense qui recule n’est pas forcément une défense qui s’effondre, mais une défense qui recule doit tout refaire. Refaire des lignes, refaire des itinéraires, refaire des routines. Et chaque refaire se paie. Pas seulement en matériel. En nerfs. En vigilance. En sommeil.

Stabiliser ou céder, le dilemme

Face à ces avancées, l’enjeu immédiat se formule en deux verbes, simples, presque cruels: exploiter ou stabiliser. Si la Russie parvient à exploiter au-delà de la ligne tactique, elle peut menacer un hub logistique, un nœud routier, une agglomération dont la chute changerait l’équilibre régional. Si l’Ukraine stabilise, elle peut transformer une série de pertes ponctuelles en simple déformation du front, contenue, gérable, au prix d’une tension énorme mais sans rupture. Les analyses ouvertes, notamment celles de l’ISW, insistent souvent sur cette distinction entre incursions, gains contestés et gains consolidés, et recommandent de regarder des fenêtres de temps plus longues, sur une à deux semaines, pour discerner la tendance réelle. Cette prudence est vitale, parce que l’information de guerre est un terrain miné. Mais la prudence ne doit pas devenir un prétexte pour détourner le regard. La réalité, c’est que chaque jour de pression force des choix. Où envoyer les réserves. Quelles positions tenir coûte que coûte. Où reculer pour préserver des unités. Quels axes protéger pour que le ravitaillement continue. Ce sont des décisions qui engagent des vies, sans garantie de réussite.

Et derrière ces verbes, il y a une autre ligne, moins visible: la ligne des civils qui restent, et de ceux qui partent. Quand un secteur devient instable, les routes se chargent de voitures, de bus, de convois humanitaires, d’ambulances. Les administrations locales doivent trancher: maintenir des services ou évacuer, ouvrir un point de distribution ou l’annuler, envoyer des équipes de réparation ou renoncer. Chaque recul sur le front augmente l’incertitude pour des milliers de personnes, même si aucun chiffre précis n’est disponible dans l’immédiat pour décrire ce mouvement à l’échelle locale. Dans ce contexte, parler de villages n’est pas parler de symboles. C’est parler d’écoles qui ferment, de pharmacies qui n’ont plus de stocks, de maisons où l’on ne dort plus dans les chambres mais dans les couloirs, loin des fenêtres. La progression dite graduelle agit comme une marée qui ne s’annonce pas par un fracas, mais par un retrait constant du rivage. Et quand on s’en rend compte, l’eau a déjà changé la carte des habitudes. L’urgence, ici, n’est pas spectaculaire. Elle est permanente.

Mon cœur se serre quand je vois à quel point nous nous habituons à la lenteur. Une avancée de quelques positions, une carte mise à jour, un commentaire de plus, et la journée continue. Mais la lenteur, dans une guerre, n’est pas une consolation. C’est un mode opératoire. Elle use les corps et elle use l’attention. Elle rend acceptable ce qui ne devrait jamais l’être: l’idée qu’un territoire se grignote, qu’une commune s’éteint, qu’un nom de lieu devient une coordonnée et qu’on passe au suivant. Je m’efforce de rester lucide, parce que la lucidité protège de la manipulation et du vertige. Pourtant, je ne veux pas me protéger au point de ne plus ressentir. La guerre en Ukraine n’est pas un flux d’actualités, c’est une série de décisions imposées à des gens qui n’avaient rien demandé, une série de renoncements, de départs, de retours impossibles. Je pense aussi à ceux qui lisent et qui se sentent impuissants. L’impuissance est un piège, parce qu’elle mène au détachement, puis au silence. Et le silence, lui, n’arrête rien. Alors je choisis une autre discipline: regarder en face, nommer les mécanismes sans les embellir, refuser les mots qui anesthésient. Il ne s’agit pas de se donner bonne conscience. Il s’agit de rester humain assez longtemps pour que, le moment venu, on sache encore reconnaître ce qui compte.

Sources

Sources primaires

Lemonde – Article source (15/01/2026)

PRIMAIRE — État-major général des forces armées ukrainiennes (General Staff of the Armed Forces of Ukraine) – Points de situation quotidiens (décembre 2025) blank » rel= »noopener »>https://www.facebook.com/GeneralStaff.ua

PRIMAIRE — Ministère de la Défense du Royaume-Uni (UK Ministry of Defence) – “Ukraine: the latest Defence Intelligence update” (décembre 2025) blank » rel= »noopener »>https://www.gov.uk/government/collections/ukraine-the-latest-defence-intelligence-update

Sources secondaires

SECONDAIRE — BBC News – Dossier “War in Ukraine” (décembre 2025) blank » rel= »noopener »>https://www.bbc.com/news/world-europe-60506682

SECONDAIRE — Institute for the Study of War (ISW) – Analyses “Russian Offensive Campaign Assessment” (décembre 2025) blank » rel= »noopener »>https://www.understandingwar.org/tag/russian-offensive-campaign-assessment

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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