L’avalanche de feu et d’acier
Reprenons les chiffres. Parce que les chiffres, parfois, ils crient plus fort que les mots. Nuit du 8 au 9 janvier : 36 missiles, 242 drones. 278 engins de mort lancés en une seule nuit. L’armée de l’air ukrainienne en abat 244. Trente-quatre passent quand même. Dix-neuf sites touchés. À Kiev, plusieurs immeubles résidentiels sont frappés. Quatre morts. Dix-neuf blessés. Dont Serguiï Smolyak, le secouriste. Tué en portant secours. La moitié de la capitale se retrouve sans chauffage. Par -15°C. Le bâtiment de l’ambassade du Qatar est endommagé. Le Qatar, qui sert de médiateur pour la libération de prisonniers. Même eux n’échappent pas aux frappes russes.
Nuit du 12 au 13 janvier : 25 missiles, 293 drones. 318 projectiles. Les régions de Kiev, Kharkiv, Zaporijjia et Dnipropetrovsk sont pilonnées. À Kharkiv, un entrepôt postal est touché. Quatre morts, six blessés. Des employés coincés sous les décombres. Andriï Pidnebesny, 31 ans, responsable dans cette entreprise, raconte à l’AFP avoir senti le souffle de l’explosion. « Il y a du danger partout. Vous ne savez jamais ce qui peut arriver. Vous allez dans un magasin et vous pouvez être tué. Vous allez au travail, vous dormez chez vous, la même chose peut se produire. » Six personnes blessées à Odessa dans deux frappes de drones successives. Des bâtiments civils. Toujours des bâtiments civils.
La défense aérienne s’effondre
Selon le journal ukrainien Kyiv Independent, l’efficacité de la défense aérienne ukrainienne est passée d’une moyenne de 60% en octobre 2022 à 36% aujourd’hui. Trente-six pourcent. Vous lisez bien. Ça veut dire que deux drones sur trois passent maintenant. Parce que les systèmes Patriot sont saturés. Parce que les stocks de missiles s’épuisent. Parce que la Russie lance tellement de projectiles que même la meilleure défense du monde ne peut pas tout arrêter. Le nouveau ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, élu le 14 janvier, donne des chiffres préoccupants. L’armée ukrainienne manque cruellement de soldats. Il veut compenser par la technologie. Par les drones. Par l’intelligence artificielle. Mais en attendant, les missiles russes tombent.
Depuis le début de l’invasion en février 2022, les centrales électriques de l’opérateur privé DTEK ont été attaquées plus de 220 fois. 220 fois. Les infrastructures énergétiques ukrainiennes sont en lambeaux. Détruites. Reconstruites. Redétruites. Dans un cycle infernal. Et maintenant, en plein hiver, avec des températures à -15°C, plusieurs centaines de milliers de foyers sont sans électricité. Sans chauffage. Sans eau. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, accuse : « Ce matin est glacial en Ukraine avec des températures en dessous de -15°C. Et c’est exactement pour cela que la Russie a attaqué l’Ukraine en visant le secteur énergétique pour priver les gens d’électricité, d’eau et de chauffage. »
Défense aérienne qui passe de 60% à 36% d’efficacité. Vous comprenez ce que ça signifie ? Ça signifie que l’Ukraine est en train de perdre cette bataille-là. Petit à petit. Frappe après frappe. La Russie balance des centaines de drones chaque nuit. Et l’Ukraine n’a plus assez de missiles pour tout arrêter. Alors les drones passent. Et ils frappent des immeubles. Des hôpitaux. Des écoles. Des entrepôts postaux. Pendant ce temps, en Occident, on discute. On négocie. On parle de paix. Et à Kiev, les gens gèlent dans le noir. Moi, ça me met en rage. Une rage froide. Implacable. Parce que cette situation est intolérable.
Section 3 : le missile Orechnik, l'arme de la terreur
Treize mille kilomètres par heure
Le missile Orechnik. Vous en avez entendu parler ? Un missile balistique hypersonique de portée intermédiaire. Capable de voler à 13 000 km/h. Treize mille. Pour vous donner une idée, c’est Mach 10,6. Dix fois la vitesse du son. Aucun système de défense aérienne au monde ne peut l’intercepter. Aucun. Il est trop rapide. Trop imprévisible. Et il peut porter des ogives nucléaires. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, la Russie en a tiré un sur la région de Lviv, à l’ouest de l’Ukraine. Près de la frontière avec la Pologne. Près de l’OTAN. Le maire de Lviv, Andriï Sadovy, confirme qu’une « infrastructure critique » a été touchée. Sans préciser laquelle. Mais des blogueurs militaires russes parlent d’un important site de stockage de gaz.
C’est la deuxième fois que la Russie utilise ce missile dans ce conflit. La première, c’était en novembre 2025. Un message. Une démonstration de force. Une façon de dire : « Regardez ce qu’on a. Regardez ce qu’on peut faire. » Le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont eu un appel téléphonique après cette frappe. Ils ont convenu que l’utilisation de l’Orechnik représente « une escalade » et est « inacceptable« . La vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, déclare que « l’utilisation présumée d’un missile Oreshnik par la Russie constitue une escalade claire contre l’Ukraine« . Puis ils raccrochent. Et la guerre continue.
La peur nucléaire revient
Parce que c’est de ça qu’on parle. D’un missile capable de porter une ogive nucléaire. Tiré sur une ville ukrainienne. À quelques centaines de kilomètres de la frontière polonaise. La Pologne est membre de l’OTAN. Article 5 : une attaque contre un membre est une attaque contre tous. La Russie joue avec le feu. Littéralement. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, condamne « fermement les attaques ciblées de missiles et de drones par la Fédération de Russie contre les infrastructures civiles ukrainiennes« . Il ajoute : « Les attaques contre des civils et des infrastructures civiles violent le droit international humanitaire. Peu importe où elles se produisent, elles sont inacceptables et doivent cesser immédiatement. » Mais elles ne cessent pas.
Dans son discours du soir le 9 janvier, Zelensky souligne que l’attaque russe avec l’Orechnik était « manifestement » proche de la frontière ukrainienne avec l’Union européenne et l’OTAN. Un avertissement à peine voilé. Une menace. Le président ukrainien demande « une réaction claire de la communauté internationale ». Il précise : « Avant tout de la part des États-Unis dont les signaux sont perçus avec attention par la Russie. » Il réclame que Moscou reçoive le signal qu’il « est de son devoir de se concentrer sur la diplomatie« . Mais Vladimir Poutine ne semble pas d’humeur à faire de la diplomatie. Le ministère russe de la Défense affirme que les frappes, dont l’Orechnik, sont intervenues « en réponse à l’attentat terroriste perpétré par le régime de Kiev » contre une résidence de Poutine fin décembre. Œil pour œil. Dent pour dent. Escalade pour escalade.
Un missile hypersonique capable de porter une arme nucléaire. Tiré près de l’OTAN. Et on discute. On condamne. On fait des appels téléphoniques. Pendant que ce missile vole à 13 000 km/h vers sa cible. Vous savez ce qui me terrifie ? C’est que Poutine teste. Il teste les limites. Il teste les réactions. Il lance un Orechnik. Tout le monde condamne. Et puis quoi ? Rien. Alors il peut continuer. Il peut escalader. Encore. Et encore. Jusqu’où ? Jusqu’à quoi ? Jusqu’au moment où ce missile portera une vraie ogive nucléaire ? Et à ce moment-là, ce sera trop tard pour condamner. Ce sera trop tard pour réagir. Ce sera juste trop tard.
Section 4 : état d'urgence énergétique à Kiev
Moins quinze degrés dans le noir
Mercredi 14 janvier 2026, Volodymyr Zelensky annonce l’état d’urgence pour le secteur énergétique ukrainien. Ce n’est pas une décision anodine. C’est la reconnaissance officielle que le système énergétique ukrainien est au bord de l’effondrement total. Dans son adresse quotidienne sur les réseaux sociaux, il explique : « Les conséquences des frappes russes et de la dégradation des conditions météorologiques sont graves. » À Kiev, la situation est « sévère ». Un quartier général opérationnel 24h/24 est mis en place pour coordonner la crise. Le Premier ministre adjoint et ministre de l’Énergie est nommé responsable pour « soutenir les gens et les communautés » et « régler les questions pratiques ».
Concrètement, qu’est-ce que ça signifie, un état d’urgence énergétique ? Des horaires renforcés de coupures de courant, particulièrement aux heures de pointe. Des restrictions d’approvisionnement en eau — selon un horaire ou avec une réduction de pression. Une gestion centralisée de la production et de la distribution d’électricité. Les priorités : hôpitaux, services d’eau, communications, installations militaires, infrastructures critiques. Pour le secteur résidentiel, c’est la réduction temporaire du confort pour la stabilité du système dans son ensemble. Traduction : les gens vont geler. Mais le système ne s’effondrera pas complètement. Enfin, on l’espère.
Le maire critique, la population souffre
Zelensky ne mâche pas ses mots concernant Kiev. « Très peu a été fait dans la capitale. Même ces jours-ci, je ne vois pas l’intensité. Nous devons réparer tout cela urgemment maintenant. » Une critique à peine voilée du maire Vitali Klitschko, qui a appelé les habitants à quitter « temporairement » la ville. Zelensky n’apprécie pas. Il veut de l’action. Il veut des réparations. Il veut que les gens aient de l’électricité, du chauffage, de l’eau. Le gouvernement ukrainien va également réviser les règles du couvre-feu pendant les périodes de froid extrême. Pour que les Ukrainiens aient « un maximum d’opportunités d’utiliser les points de soutien » — ces endroits où on peut se réchauffer, recharger son téléphone, avoir accès à l’eau chaude. Et pour que les entreprises puissent « planifier leur travail en tenant compte de la situation dans le système énergétique« .
Selon les témoins sur place, l’électricité à Kiev revient deux à trois heures par jour. Le reste du temps : noir total. Les systèmes de chauffage et d’approvisionnement en eau connaissent des interruptions. Dans les immeubles, les tuyaux gèlent et éclatent. L’eau coule du plafond. Des habitants tentent de colmater les fuites avec des seaux, des serpillières, n’importe quoi. Dans le noir. À -15°C. Les équipes de réparation ne peuvent pas suivre. Pas assez de personnel. Trop de pannes. Trop de dégâts. Le gouvernement ukrainien travaille aussi à « une augmentation significative du volume des importations d’électricité » en provenance des pays voisins. Mais même ça, ce n’est pas suffisant.
Imaginez une seconde. Vraiment. Fermez les yeux et imaginez. Vous êtes chez vous. À Kiev. Il fait -15°C dehors. Vous n’avez pas d’électricité depuis deux jours. Pas de chauffage. Pas de lumière. Pas d’eau chaude. Vos tuyaux viennent d’éclater. L’eau coule du plafond dans votre salon. Il fait nuit noire. Vous avez froid. Vraiment froid. Le genre de froid qui vous pénètre jusqu’aux os. Et vous savez que ce soir, peut-être, un drone va venir s’écraser sur votre immeuble. Peut-être le vôtre. Peut-être celui d’à côté. Vous ne savez pas. Vous ne pouvez pas savoir. Alors vous attendez. Dans le noir. Dans le froid. Vous attendez que ça passe. Ou que ça tombe. Et moi je me demande : combien de temps peut-on tenir comme ça ? Combien de temps avant de craquer ?
Section 5 : pendant ce temps, Moscou expulse un diplomate
La guerre diplomatique continue
Jeudi 15 janvier 2026, en plein chaos humanitaire en Ukraine, Moscou annonce l’expulsion d’un diplomate britannique. La chargée d’affaires britannique, Danae Dholakia, est convoquée le matin au ministère russe des Affaires étrangères. On l’informe du « retrait de l’accréditation » d’un diplomate de l’ambassade en raison d' »informations reçues sur son appartenance aux services secrets« . Le diplomate a deux semaines pour quitter la Russie. Persona non grata. Moscou ne donne pas plus de détails. Pas de nom. Pas de preuves. Juste une accusation. Et un ordre d’expulsion.
Cette expulsion intervient « en pleines tensions avec les Occidentaux liées à la guerre en Ukraine« , souligne la diplomatie russe dans son communiqué. C’est la énième partie d’échecs diplomatique entre la Russie et l’Occident. Depuis le début de la guerre, des centaines de diplomates russes ont été expulsés d’Europe. En avril 2022, après la découverte de massacres imputés aux forces russes près de Kiev, près de 200 diplomates russes avaient été expulsés d’Europe en 48 heures. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Slovénie — tout le monde avait joint le geste à la parole. Moscou avait crié au scandale. Et avait répliqué en expulsant des diplomates occidentaux. Œil pour œil. Encore et toujours.
Le contraste absurde
Il y a quelque chose de profondément absurde dans ce contraste. À Kiev, des gens meurent sous les bombes russes. Des secouristes sont tués en portant secours. Des civils gèlent dans des appartements sans chauffage. Des enfants dorment dans des abris anti-aériens. Et à Moscou, on s’offusque qu’un diplomate britannique soit soupçonné d’espionnage. On le convoque. On lui retire son accréditation. On lui donne deux semaines pour faire ses valises. Comme si c’était ça, le vrai scandale. Comme si c’était ça, l’urgence. Pas les 2000 missiles lancés en quinze jours. Pas les civils morts de froid. Pas les infrastructures détruites. Non. Un diplomate britannique. Ça, c’est important.
Pendant ce temps, les discussions pour un éventuel cessez-le-feu semblent au point mort. Moscou a rejeté le 9 janvier un plan européen de déploiement d’une force multinationale destinée à garantir la sécurité de l’Ukraine après une éventuelle fin de la guerre. Vladimir Poutine ne veut pas de soldats européens sur le sol ukrainien. Il ne veut pas de garanties de sécurité pour Kiev. Il veut que l’Ukraine soit faible. Vulnérable. À sa merci. Et tant que l’Occident ne sera pas prêt à donner à l’Ukraine de vraies garanties, Poutine continuera. Il continuera à bombarder. À détruire. À tuer. Parce qu’il le peut. Parce que personne ne l’en empêche vraiment.
Cette expulsion de diplomate, c’est du théâtre. Du théâtre absurde. Pendant que des Ukrainiens meurent vraiment, Moscou joue à la comédie diplomatique. Un espion britannique présumé. Oh, quel scandale ! Qu’est-ce qu’on fait ? On l’expulse. Voilà. Problème réglé. Sauf que le vrai problème, il est à Kiev. Dans les immeubles détruits. Dans les morgues qui débordent. Dans les hôpitaux qui manquent de tout. Dans les écoles transformées en abris. Le vrai problème, c’est que Poutine a décidé de détruire l’Ukraine. Méthodiquement. Implacablement. Et que l’Occident regarde en se tordant les mains. « Oh là là, quelle escalade, oh là là, c’est inacceptable. » Et puis ? RIEN. Alors les missiles continuent de tomber.
Section 6 : les doubles frappes, l'arme de la cruauté
Frapper deux fois au même endroit
Les doubles frappes. C’est une tactique militaire aussi vieille que la guerre elle-même. Mais ça n’en est pas moins révoltant. Ça n’en est pas moins cruel. Voici comment ça fonctionne : vous lancez un premier drone ou missile sur une cible. Un immeuble, une école, un hôpital, peu importe. Vous attendez. Cinq minutes. Dix minutes. Le temps que les secouristes arrivent. Les pompiers. Les équipes médicales. Les volontaires qui viennent creuser dans les décombres pour sortir les survivants. Et là, vous lancez un deuxième projectile. Exactement au même endroit. Sur les secouristes. C’est ce qui est arrivé à Serguiï Smolyak le 9 janvier. Et à quatre autres secouristes qui ont été blessés dans la même attaque.
L’Ukraine accuse régulièrement la Russie de procéder à ces doubles frappes. Ce n’est pas une hypothèse. C’est documenté. Filmé. Prouvé. Dans la nuit du 8 au 9 janvier, à Kiev, plusieurs immeubles résidentiels ont été frappés par des drones. Les secouristes sont arrivés. Ils ont commencé à dégager les décombres. À chercher des survivants. Et puis un autre drone est arrivé. BANG. En plein sur eux. Serguiï est mort. Quatre autres ont été gravement blessés. Quelque part, un opérateur a regardé son écran. Il a vu les secouristes arriver. Et il a appuyé sur le bouton. Volontairement. Délibérément. Pour les tuer.
Les secouristes, ces héros invisibles
Serguiï Smolyak avait 56 ans. Il était secouriste depuis plus de 25 ans. Au début de l’invasion en février 2022, il avait fui la région de Kherson, dans le sud, où il exerçait. Les troupes russes avançaient. Il était parti à Kiev. Pour continuer son métier. Pour continuer à sauver des vies. Pendant quatre ans, il a couru vers les bombes pendant que les autres fuyaient. Il a sorti des gens des décombres. Il a éteint des incendies. Il a sauvé des centaines de vies. Et le 9 janvier 2026, au petit matin, une double frappe russe a mis fin à sa vie. À 56 ans. Après plus d’un quart de siècle à servir. À aider. À sauver.
Depuis le début de l’année 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé neuf attaques contre des établissements de santé en Ukraine. Deux morts. Onze blessés. Des ambulances endommagées. Des hôpitaux touchés. Des équipes médicales prises pour cible. Le Coordinateur humanitaire de l’ONU en Ukraine a condamné une attaque de drones russes qui a visé un convoi de quatre camions d’aide humanitaire clairement identifiés comme appartenant à l’ONU. Il a rappelé que « cibler délibérément les humanitaires et leurs ressources constitue une violation flagrante du droit international humanitaire et pourrait constituer un crime de guerre« . Mais les attaques continuent. Les secouristes continuent de mourir.
Serguiï avait une famille. Des amis. Des collègues. Une vie. Des rêves peut-être. Des projets. Et tout ça s’est arrêté en une fraction de seconde. Parce qu’un opérateur russe, assis confortablement quelque part, a décidé d’appuyer sur un bouton. Il a vu les secouristes arriver sur son écran. Il savait exactement ce qu’il faisait. Et il l’a fait quand même. Il a tué Serguiï. Il a tué un homme qui passait sa vie à sauver d’autres vies. Et vous savez ce qui me hante ? C’est que cet opérateur va peut-être rentrer chez lui ce soir-là. Il va peut-être embrasser sa femme. Jouer avec ses enfants. Dîner en famille. Dormir tranquillement. Pendant que la famille de Serguiï pleure. Pendant qu’on prépare ses funérailles. Pendant que ses collègues se demandent s’ils seront les prochains.
Section 7 : l'Europe condamne, l'Amérique hésite
Les réactions occidentales
La France condamne « avec la plus grande fermeté » les frappes russes massives du 9 janvier. Le ministère français des Affaires étrangères publie un communiqué : les frappes « ont visé principalement des bâtiments résidentiels et des infrastructures énergétiques, causant de nombreuses victimes et privant d’électricité une partie de la population ukrainienne ». Ces frappes, présentées par les autorités russes comme des représailles à une prétendue attaque visant la résidence du président russe, sont « inacceptables« . Elles soulignent « la volonté de la Russie de poursuivre l’escalade » et « l’absence de volonté de Moscou de s’engager de bonne foi dans un processus de règlement négocié du conflit ».
L’Allemagne condamne également le tir du missile Orechnik. Un porte-parole du gouvernement, Steffen Meyer, regrette que « la Russie poursuit ici une escalade » qui n’a pas été « provoquée » par Kiev. Berlin reste « résolument aux côtés de l’Ukraine« . La vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas, estime que « l’utilisation présumée d’un missile Oreshnik par la Russie constitue une escalade claire contre l’Ukraine« . Elle ajoute : « Poutine ne veut pas la paix, la réponse de la Russie à la diplomatie est plus de missiles et de destruction. » Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne — les trois grandes puissances européennes — sont d’accord. Les frappes sont inacceptables. C’est une escalade. Il faut réagir.
Et pourtant, rien ne change
Mais voilà. Condamner, c’est bien. Mais après ? Qu’est-ce qui change concrètement ? Les frappes continuent. Les civils continuent de mourir. Les infrastructures continuent d’être détruites. L’Ukraine demande plus de systèmes de défense aérienne. Plus de missiles Patriot. Plus d’avions de chasse. Plus de munitions. L’Union européenne a annoncé le 14 janvier que l’Ukraine pourra dépenser 60 milliards d’euros sur les 90 milliards prêtés pour renforcer ses capacités militaires en 2026 et 2027. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, précise que la priorité sera accordée aux pays européens pour fournir les armements. « Avec 60 milliards d’euros d’aide militaire, l’Ukraine peut tenir bon face à la Russie« , assure-t-elle.
Mais 60 milliards, c’est suffisant ? Quand la Russie lance 2000 missiles et drones en quinze jours ? Quand elle utilise des missiles hypersoniques capables de porter des ogives nucléaires ? Quand elle cible délibérément les secouristes avec des doubles frappes ? Zelensky, dans son message du 9 janvier, demande « une réaction claire de la communauté internationale ». Il souligne : « Avant tout de la part des États-Unis. » Parce que les signaux américains sont « perçus avec attention par la Russie« . Mais les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, envoient des signaux contradictoires. Trump veut négocier. Il veut mettre fin à la guerre. Mais à quel prix ? Et avec quelles garanties pour l’Ukraine ?
Les condamnations, les communiqués, les appels téléphoniques entre dirigeants. Tout ça, c’est du vent. Du vide. Des mots. Pendant que l’Europe « condamne fermement », les missiles russes tombent. Pendant que les diplomates rédigent des communiqués, les Ukrainiens meurent. Je ne dis pas que l’aide occidentale ne sert à rien. Les 60 milliards d’euros, c’est important. Les armes, c’est vital. Mais ce n’est pas suffisant. Pas face à cette intensité. Pas face à cette brutalité. L’Ukraine a besoin de vraies garanties de sécurité. Pas de promesses vagues. Pas de « nous sommes à vos côtés » platoniques. De vraies garanties. Et tant qu’elle ne les aura pas, Poutine continuera. Parce qu’il sait qu’il le peut.
Section 8 : le froid, l'obscurité et la peur
La vie quotidienne dans Kiev assiégée
À Kiev, depuis le 13 janvier, c’est le blackout. Deux jours sans électricité continue. L’électricité revient par intermittence. Deux heures par jour. Trois heures maximum. Le reste du temps : noir total. Les habitants s’organisent comme ils peuvent. Ils chargent leurs téléphones quand le courant revient. Ils remplissent des bouteilles d’eau. Ils font cuire ce qu’ils peuvent. Et puis ils attendent. Dans le noir. Dans le froid. Les « points d’invincibilité » — ces lieux où on peut se réchauffer, recharger ses appareils, avoir accès à de l’eau chaude — sont pris d’assaut. Les gens font la queue. Par -15°C. Pour quelques heures de chaleur. Pour quelques watts de batterie.
Dans les immeubles, c’est le chaos. Les tuyaux gèlent et éclatent. L’eau jaillit. Inonde les appartements. Les cages d’escalier. Les sous-sols. Les habitants tentent de colmater avec ce qu’ils trouvent. Des seaux. Des serpillières. Du ruban adhésif. Dans le noir. À tâtons. Les équipes de réparation ne peuvent pas suivre. Il y a trop de pannes. Trop de dégâts. Pas assez de personnel. Certains immeubles sont sans chauffage depuis le 9 janvier. Six jours. À -15°C. Les familles se regroupent dans une seule pièce. Elles s’enroulent dans des couvertures. Elles dorment tout habillées. Elles survivent.
La peur permanente des drones
Et puis il y a la peur. Cette peur constante. Viscérale. Celle qui ne vous quitte jamais. Les habitants des étages les plus élevés des immeubles vivent dans l’angoisse. Parce qu’ils n’ont pas le temps de descendre dans les abris. Quand l’alerte aérienne retentit — et elle retentit plusieurs fois par jour — ils doivent courir. Dévaler les escaliers. Atteindre le sous-sol. Mais quand on habite au 15e étage et qu’un drone arrive à 200 km/h, on n’a pas le temps. Alors on reste. On attend. On prie. On espère que le drone ira ailleurs. Sur un autre immeuble. Dans un autre quartier. Chez quelqu’un d’autre.
Un habitant témoigne auprès de Franceinfo : « Un drone a touché l’appartement juste en face. » Juste en face. Cinq mètres. Quelques secondes de différence. Une fraction de trajectoire. Et c’est toi qui meurs au lieu de ton voisin. Ou l’inverse. C’est cette arbitraire qui rend fou. Ce hasard. Cette loterie de la mort. Tu peux tout faire bien. Respecter les alertes. Descendre aux abris. Être prudent. Et quand même mourir. Parce qu’un drone décide — ou plutôt son opérateur décide — que c’est ton immeuble. Ton appartement. Ta vie. « Bien sûr que ça fait peur, moi, je veux vivre ! » dit un autre habitant. Une évidence. Une supplication. Un cri du cœur.
Essayez d’imaginer. Vraiment. Vous vivez au 15e étage. L’alerte aérienne sonne. Encore. Pour la cinquième fois de la journée. Vous devez descendre. Quinze étages. En courant. Dans le noir complet parce qu’il n’y a pas d’électricité. Vous arrivez au sous-sol. Essoufflé. Le cœur qui bat à cent à l’heure. Et vous attendez. Combien de temps ? Dix minutes ? Une heure ? Trois heures ? Vous ne savez pas. L’alerte finit par être levée. Vous remontez. Quinze étages. Toujours dans le noir. Vous arrivez chez vous. Épuisé. Et deux heures plus tard, l’alerte sonne à nouveau. Et vous recommencez. Encore. Et encore. Combien de fois par jour ? Combien de jours encore ? Combien de temps avant de dire : « Non. Je ne descends plus. Tant pis. » ? Et c’est ça, le but de ces frappes incessantes. Vous épuiser. Vous briser. Vous faire abandonner.
Section 9 : les efforts diplomatiques piétinent
Trump veut négocier, Poutine veut gagner
Depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2024, il y a eu des discussions. Des rencontres. Des négociations dans l’ombre. Trump a rencontré Poutine à Anchorage, en Alaska, début janvier. On a parlé d’un possible cessez-le-feu. D’un gel des lignes de front. D’un accord. Mais deux jours après cette rencontre, de nouvelles frappes de drones russes ont tué au moins quatorze personnes en Ukraine, dont trois enfants. Le message était clair : Poutine négocie peut-être. Mais il n’arrête pas de bombarder. Il veut négocier en position de force. Avec l’Ukraine à genoux. Épuisée. Désespérée. Prête à accepter n’importe quoi pour que ça s’arrête.
Le 9 janvier, Moscou a rejeté un plan européen de déploiement d’une force multinationale destinée à garantir la sécurité de l’Ukraine après une éventuelle fin de la guerre. La Russie ne veut pas de soldats européens sur le sol ukrainien. Elle ne veut pas de garanties de sécurité pour Kiev. Pourquoi ? Parce que des garanties de sécurité, ça signifie que si Poutine attaque à nouveau dans cinq ans, dans dix ans, il y aura une riposte. Une vraie riposte. Pas juste des sanctions économiques. Pas juste des condamnations. Des soldats. Des armes. Une guerre. Et ça, Poutine ne le veut pas. Il veut pouvoir revenir quand il le souhaitera. Reprendre ce qu’il n’a pas eu cette fois-ci.
L’Ukraine coincée entre deux feux
Zelensky est dans une position impossible. D’un côté, Trump le pousse à négocier. À faire des concessions. À accepter la perte de territoires en échange de la paix. Le 13 janvier, Trump a déclaré qu’il ne considérait « pas nécessaire » de capturer Poutine (une déclaration surprenante qui en dit long sur son approche). De l’autre côté, Poutine continue de bombarder. De détruire. De tuer. Il montre qu’il ne négocie pas de bonne foi. Qu’il veut une capitulation, pas un accord. Et au milieu, il y a le peuple ukrainien. Qui meurt. Qui gèle. Qui souffre. Qui attend. Qui espère. Qui se demande si cette guerre finira un jour.
Le 15 janvier, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a estimé que « le moment est venu où l’Europe devrait parler aussi avec la Russie« . Elle plaide pour la création d’un « envoyé spécial » européen. Pour que l’Europe parle d’une « seule voix ». C’est une position controversée. Beaucoup en Europe estiment qu’il ne faut pas négocier avec Poutine tant qu’il continue de bombarder. Que ça revient à le récompenser. À lui donner ce qu’il veut. Mais Meloni argue que si l’Europe ne participe pas aux négociations, « sa contribution positive sera limitée ». Un dilemme. Négocier avec le diable. Ou le laisser gagner par défaut.
Trump veut un deal. Il veut pouvoir dire : « Regardez, j’ai arrêté la guerre en Ukraine. » Peu importe les termes. Peu importe ce que l’Ukraine perd. Peu importe si Poutine revient dans cinq ans. L’important, c’est le deal. Et Poutine, lui, il joue. Il négocie d’une main. Et il bombarde de l’autre. Il teste. Il pousse. Il voit jusqu’où il peut aller. Et l’Europe ? L’Europe est divisée. Certains veulent négocier. D’autres veulent se battre. Personne n’est vraiment d’accord. Et pendant ce temps, à Kiev, des gens meurent. Dans le froid. Dans le noir. Sous les bombes. En attendant que les grands de ce monde se décident. En attendant qu’on les sauve. Ou qu’on les abandonne. Parce que c’est de ça qu’il s’agit, au fond. Sauver l’Ukraine. Ou l’abandonner. Il n’y a pas de demi-mesure.
Conclusion : combien de Serguiï encore ?
Le bilan qui ne cesse de s’alourdir
Jour 1423. Mille quatre cent vingt-trois jours de guerre. Presque quatre ans. Depuis le 24 février 2022. Depuis ce matin où les chars russes ont franchi la frontière. Où les missiles ont commencé à pleuvoir sur Kiev. Où le monde s’est réveillé en se disant : « Non, ce n’est pas possible. Pas en 2022. Pas en Europe. » Et pourtant. Mille quatre cent vingt-trois jours plus tard, la guerre continue. Les missiles tombent toujours. Les drones tuent toujours. Les civils meurent toujours. Et on compte. On compte les jours. On compte les morts. On compte les immeubles détruits. Les infrastructures anéanties. Les vies brisées.
Depuis le début de 2026, plus de 2000 missiles et drones ont été lancés sur l’Ukraine. En quinze jours. Deux mille. Des doubles frappes qui tuent les secouristes. Des missiles hypersoniques capables de porter des armes nucléaires. Des infrastructures énergétiques détruites en plein hiver. Des gens qui gèlent à -15°C sans électricité, sans chauffage, sans eau. Et pendant ce temps, la diplomatie piétine. Les négociations n’avancent pas. Poutine continue. Trump hésite. L’Europe se divise. Et l’Ukraine saigne.
L’hommage aux héros invisibles
Serguiï Smolyak. 56 ans. Secouriste pendant plus de 25 ans. Mort en portant secours. Tué par une double frappe russe le 9 janvier 2026 à Kiev. Il laisse derrière lui une famille. Des amis. Des collègues qui ont perdu un frère d’armes. Et des centaines — peut-être des milliers — de vies qu’il a sauvées au cours de sa carrière. Serguiï n’est pas un héros de guerre. Il n’était pas un soldat. Il n’a jamais porté d’arme. Il portait une trousse de premiers secours. Un casque. Une veste réfléchissante. Et il courait vers le danger pendant que les autres fuyaient. Parce que c’était son métier. Parce que c’était sa vocation. Parce qu’il croyait en la vie.
Combien de Serguiï encore ? Combien de secouristes, de pompiers, de médecins, d’humanitaires vont mourir avant que cette guerre s’arrête ? Combien de doubles frappes ? Combien d’immeubles détruits ? Combien de familles brisées ? Combien de nuits glaciales sans électricité ? Combien de jours de blackout ? Combien de missiles ? Combien de drones ? Combien de morts ? Les chiffres donnent le vertige. Mille quatre cent vingt-trois jours. Plus de 2000 missiles rien qu’en janvier 2026. Des dizaines de milliers de morts depuis le début. Peut-être des centaines de milliers. On ne sait même plus. On a perdu le compte.
Serguiï est mort en essayant de sauver des vies. Pensez à ça. Vraiment. Un homme qui passait ses journées à aider les autres. À les sortir des décombres. À leur donner les premiers soins. À les rassurer. À leur dire : « Tenez bon, on va vous sortir de là. » Cet homme-là est mort parce qu’un opérateur russe a décidé de le tuer. Délibérément. En appuyant sur un bouton. Et vous savez ce qui me hante ? C’est que demain, il y aura peut-être un autre Serguiï. Un autre secouriste qui mourra en portant secours. Une autre double frappe. Un autre drone. Et on rajoutera un nom à la liste. On comptera un jour de plus. Jour 1424. Jour 1425. Jour 1426. Jusqu’à quand ? Jusqu’où ? Combien de Serguiï faudra-t-il enterrer avant que quelqu’un dise : « Ça suffit. STOP. » ? Combien ?
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et des conflits qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les événements, à comprendre les stratégies militaires et politiques, à donner un sens à ce qui, parfois, semble insensé. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux humains derrière les statistiques.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués des gouvernements ukrainien, russe et européens, les déclarations des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que l’AFP, Reuters et France 24, les données de l’Organisation des Nations Unies, ainsi que les témoignages directs de responsables locaux et de témoins sur le terrain. Toutes les dates, chiffres et événements mentionnés ont été vérifiés et croisés entre multiples sources.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles au 15 janvier 2026. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens humain. De rappeler que derrière chaque statistique, il y a des vies. Des Serguiï qui ne rentreront plus jamais chez eux. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Le Temps – En direct, guerre en Ukraine – En 2026, l’armée russe a déjà tiré plus de 2000 drones et missiles contre les villes ukrainiennes (15 janvier 2026)
blank »>France 24 – Ukraine : frappes russes meurtrières à Kiev, un missile Orechnik lancé sur la région de Lviv (9 janvier 2026)
7730062.html » target= »blank »>Franceinfo – Guerre en Ukraine : Moscou affirme avoir lancé un missile hypersonique Orechnik (9 janvier 2026)
blank »>ONU Info – Ukraine : une attaque nocturne massive prive des millions de personnes d’électricité (9 janvier 2026)
blank »>Pravda EN – Zelensky declared a state of emergency due to the energy situation (14 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>La Presse – Guerre en Ukraine : Frappes russes massives, deux pétroliers grecs touchés en mer Noire (13 janvier 2026)
blank »>Ministère français des Affaires étrangères – Ukraine – Nouvelles frappes russes sur l’Ukraine (9 janvier 2026)
blank »>Boursorama – Frappes russes massives sur l’Ukraine (13 janvier 2026)
blank »>CNEWS – En direct – Guerre en Ukraine : la Russie a lancé 36 missiles et 242 drones cette nuit, selon Kiev (9 janvier 2026)
24 Heures – Ukraine : Zelensky va décréter l’état d’urgence pour le secteur énergétique (14 janvier 2026)
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