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Si l’Ukraine cède, l’Europe paie: notre sécurité se joue sur sa ligne de front
Crédit: Custom

Une frontière tenue à bout de bras

Depuis l’invasion à grande échelle déclenchée par la Russie le 24 février 2022, l’Ukraine n’est plus seulement un pays agressé. Elle est devenue une ligne de contact entre deux visions de l’Europe. D’un côté, l’idée qu’une frontière se change par la force, que la souveraineté s’efface sous la pression, que le droit devient un décor. De l’autre, l’obstination d’un État à rester debout, malgré les frappes, l’occupation de territoires, la mobilisation prolongée et l’épuisement matériel. Tant que l’armée ukrainienne immobilise une part majeure de l’appareil militaire russe, Moscou dispose de moins de marges pour accroître la pression directe sur les frontières de l’OTAN, en particulier dans l’espace baltique, autour de la Pologne, et dans la région de la mer Noire. Cette logique n’a rien d’abstrait. Elle parle de temps gagné, de capacités contraintes, de stocks consommés au loin plutôt que stockés près de Narva, de Suwałki ou d’Odessa. Elle parle aussi de trajectoires de missiles et de drones qui, aujourd’hui, visent Kharkiv, Dnipro ou Kyiv plutôt que des capitales de l’Union européenne. On peut détourner le regard, mais la carte, elle, ne bouge pas. L’Ukraine touche l’Europe par la géographie, et la guerre touche l’Europe par la conséquence.

Cette réalité oblige à penser en termes de profondeur stratégique. Pour les Européens, la sécurité ne se limite pas à des déclarations, ni à des sommets. Elle se mesure à la distance entre un front actif et les infrastructures vitales du continent: ports, câbles, pipelines, réseaux électriques, hubs logistiques, corridors ferroviaires. Une Ukraine qui tient, même au prix d’une guerre d’attrition, maintient un écran dur, imparfait, mais réel. Une Ukraine qui recule transforme cet écran en brèche et rend l’incertitude plus proche, plus concrète, plus coûteuse. Parce que l’histoire récente a rappelé une chose simple: quand la Russie avance, elle ne s’arrête pas toujours où on aimerait qu’elle s’arrête. Et parce que la guerre ne se cantonne pas au champ de bataille. Elle voyage par la désinformation, les cyberattaques, la pression migratoire, la coercition énergétique, la perturbation des exportations agricoles via la mer Noire. Même sans franchir une frontière de l’UE, Moscou peut atteindre la stabilité européenne. Dans ce paysage, soutenir la capacité de l’Ukraine à continuer de se défendre n’est pas un acte de charité. C’est une mesure de protection, au sens le plus froid du terme.

Usure, stocks, industrie: la guerre comptable

On voudrait croire que la guerre moderne se décide par des gestes brillants, des manœuvres éclairs, des technologies qui tranchent net. Mais en Ukraine, la réalité décrite par de nombreux analystes militaires est celle d’une guerre d’attrition où le volume industriel pèse aussi lourd que le courage. Les besoins se comptent en munitions d’artillerie, en drones, en systèmes de défense aérienne, en radars, en pièces détachées, en véhicules réparables. Chaque catégorie obéit à une logique de production, de maintenance, de formation, de flux logistique. Et c’est là que l’Europe est rattrapée par une question qu’elle a trop longtemps repoussée: sa base industrielle de défense est-elle calibrée pour soutenir un effort long, intense, sous contraintes? Depuis 2022, l’Union européenne a lancé des initiatives pour accroître la production de munitions et coordonner des achats, signe que l’urgence a fini par franchir les murs administratifs. Mais la guerre, elle, ne ralentit pas parce que les procédures s’accélèrent. Elle continue de consommer. Elle continue de forcer des arbitrages entre ce qui est livré aujourd’hui et ce qui pourra l’être demain. La capacité de l’Ukraine à “tenir la ligne” n’est donc pas seulement une question de bravoure. C’est une question de chaînes d’approvisionnement, de contrats, de calendriers, de capacités d’usines, de standardisation, d’interopérabilité.

Cette dimension industrielle a une conséquence politique directe: si l’Europe veut que l’Ukraine continue de bloquer et d’user l’armée russe, elle doit accepter que la sécurité soit aussi une affaire de rythme et de quantité. Cela ne signifie pas militariser toute la société, ni céder à une panique permanente. Cela signifie regarder la réalité en face: des systèmes de défense aérienne qui protègent des villes ukrainiennes protègent aussi, indirectement, l’Europe contre l’extension du conflit et contre la tentation de la force comme méthode. Des livraisons régulières évitent les à-coups qui obligent à économiser, à choisir quels secteurs du front deviennent vulnérables. Et une industrie qui monte en puissance crée une dissuasion plus crédible, car elle signale que le continent peut durer, pas seulement réagir. Il y a ici un contraste qui dérange: l’Ukraine compte des jours; l’Europe compte souvent des trimestres. Or l’attrition ne respecte pas les calendriers politiques. Elle impose une continuité que les élections, les alternances, les crises intérieures rendent difficile. Dans ce contexte, l’Ukraine devient un miroir brutal. Elle montre ce que vaut une promesse de soutien quand elle se heurte au réel: aux stocks limités, aux goulots de production, aux formations longues, aux infrastructures saturées. La sécurité européenne dépend alors d’une vérité simple: tenir, c’est aussi fabriquer.

Si Kyiv cède, l’Europe recule

Dire que l’Europe dépend de la capacité de l’Ukraine à continuer de se battre, ce n’est pas réduire l’Ukraine à un rôle d’outil. C’est reconnaître une mécanique stratégique: le résultat en Ukraine pèse sur la crédibilité de la dissuasion européenne. Si la Russie obtient des gains durables par la force, le signal envoyé dépasse largement le Donbas ou le sud occupé. Le message devient: la coercition fonctionne, l’agression paie, la patience du camp d’en face s’érode. Un tel précédent augmente le risque de nouvelles pressions, pas nécessairement sous forme d’une invasion immédiate ailleurs, mais par une montée graduelle des menaces: chantage militaire, démonstrations de force, incidents hybrides, tests des lignes rouges. Et, mécaniquement, l’Europe serait alors confrontée à une autre facture: des dépenses de défense plus élevées, plus urgentes, prises dans la précipitation plutôt que planifiées, avec des tensions sociales plus fortes parce que les citoyens supportent mal les achats effectués “trop tard”. Le choix, ici, n’est pas entre la guerre et le confort. Le choix est entre une stratégie qui vise à empêcher l’extension de la violence, et une stratégie qui accepte d’être surprise. L’Ukraine, en résistant, retarde l’heure où l’Europe pourrait devoir regarder ses propres frontières autrement.

À cette équation s’ajoute une variable qui rend tout plus instable: l’incertitude américaine. Le soutien des États-Unis à l’Ukraine a été massif, mais il a aussi été exposé à des blocages politiques et à des débats internes, visibles et parfois brutaux. Pour l’Europe, cela signifie une responsabilité accrue: être capable de compenser des fluctuations, de maintenir un socle d’aide, de ne pas laisser l’Ukraine tomber dans les “trous d’air” logistiques qui coûtent cher sur le terrain. Et si l’Ukraine devait s’effondrer militairement, l’Europe ferait face à des ondes de choc concrètes: risques de nouvelles vagues de réfugiés, pression renforcée sur la mer Noire, perturbations commerciales et agricoles, accentuation des tensions énergétiques, amplification de la guerre de l’information. Rien de tout cela n’est théorique. On l’a déjà vu, par épisodes, depuis 2022. La différence, c’est l’ampleur. L’Ukraine n’est pas un problème extérieur que l’on gère à distance. Elle est un voisinage qui saigne, et dont la stabilité conditionne la nôtre. À ce stade, la question n’est plus “pourquoi aider”. La question devient: combien coûterait l’échec, et qui paierait la note?

Mon cœur se serre quand j’entends, ici en Europe, des phrases qui sonnent comme un mécanisme de défense: “ce n’est pas notre guerre”. Je comprends la fatigue. Je la ressens aussi. Mais je refuse qu’elle devienne une excuse pour ne plus regarder. Parce que regarder, ce n’est pas se repaître de la souffrance. C’est admettre que des choix existent, et que l’inaction est aussi un choix, avec ses conséquences. Une guerre d’attrition est une machine à épuiser les corps et les nerfs; elle use aussi les consciences à distance, par saturation. Alors on se protège: on change de sujet, on banalise, on cherche un confort moral. Pourtant, la carte reste là. Les frontières restent là. Et l’idée même de sécurité européenne se mesure, aujourd’hui, à notre capacité à ne pas nous raconter d’histoires. Tenir, pour l’Ukraine, n’est pas un slogan. C’est une addition quotidienne de décisions, de réparations, d’attente, de peur maîtrisée. Je ne romantise pas. Je constate. Et je sais une chose: si nous laissons l’Ukraine porter seule cette charge, ce n’est pas seulement elle que nous abandonnons. C’est la part de nous-mêmes qui croit encore que la force ne doit pas dicter la loi.

Sources

Sources primaires

English – Article source (15/01/2026)

PRIMAIRE — The New Voice of Ukraine (NV.ua) – Opinion: “Why Europe’s security depends on sustaining Ukraine’s war effort” (12 décembre 2025) — blank » rel= »noopener »>https://english.nv.ua/opinion/the-rolling-modernization-model-why-europe-s-security-depends-on-sustaining-ukraine-s-war-effort-50575612.html

PRIMAIRE — NATO – Dossier officiel sur le soutien de l’OTAN à l’Ukraine (10 décembre 2025) — 192648.htm » target= »blank » rel= »noopener »>https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics192648.htm

PRIMAIRE — Ministère de la Défense de l’Ukraine – Actualités/communiqués officiels sur la conduite de la guerre et les besoins militaires (11 décembre 2025) — blank » rel= »noopener »>https://mod.gov.ua/en/news

Sources secondaires

SECONDAIRE — Institute for the Study of War (ISW) – “Russian Offensive Campaign Assessment” (14 décembre 2025) — blank » rel= »noopener »>https://www.understandingwar.org/backgrounder/russian-offensive-campaign-assessment

SECONDAIRE — Kiel Institute for the World Economy – “Ukraine Support Tracker” (9 décembre 2025) — blank » rel= »noopener »>https://www.ifw-kiel.de/topics/war-against-ukraine/ukraine-support-tracker/

SECONDAIRE — BBC News – Dossier/analyses sur la guerre en Ukraine et ses effets sur la sécurité européenne (13 décembre 2025) — https://www.bbc.com/news/ukraine

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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