Le cœur logistique du Donbas sous le feu
Pokrovsk — ce nom résonne comme un glas depuis des mois sur le front de l’est. Cette ville de 60 000 habitants avant la guerre, transformée en forteresse, subit une pression quotidienne que peu d’endroits au monde ont jamais connue. Hier, les défenseurs ukrainiens ont stoppé 45 actions d’assaut dans les zones de Nykanorivka, Rodynske, Sukhetske, Myrnohrad, Pokrovsk même, Rivne, Kotlyne, Udachne et Molodetske. Quarante-cinq fois, des vagues d’infanterie russe — souvent sur des motos, des quads, des véhicules civils — ont tenté de percer. Quarante-cinq fois, elles ont été repoussées. Mais chaque assaut laisse des traces. Des munitions consommées. Des hommes épuisés. Des positions légèrement érodées.
La situation à Myrnohrad, la ville jumelle de Pokrovsk, est qualifiée de « critique » par le 7e Corps des Forces d’assaut aérien ukrainiennes. Les Russes tentent d’encercler la ville depuis quatre directions simultanément pour « supprimer définitivement » les troupes ukrainiennes qui s’y trouvent. La logistique vers Myrnohrad est pratiquement inexistante — les ravitaillements se font exclusivement par drones et robots terrestres. Aucun véhicule ne peut plus passer. Les rotations de troupes? Impossibles par voie terrestre. Le commandant en chef Oleksandr Syrskyi a déclaré le 8 janvier que « Pokrovsk est sous notre contrôle » et que les forces ukrainiennes « stoppent l’ennemi à Myrnohrad ». Mais les soldats sur le terrain racontent une autre histoire — celle d’un étau qui se resserre inexorablement.
Quarante-cinq assauts en une seule journée. Imaginez. Quarante-cinq fois, vous entendez le bruit des moteurs, des cris, des tirs. Quarante-cinq fois, vous devez vous lever, viser, tirer, espérer. Et recommencer. Sans savoir si le quarante-sixième sera celui qui passera. Les soldats ukrainiens à Pokrovsk ne sont pas des superhéros. Ce sont des hommes ordinaires placés dans des circonstances extraordinaires. Et ils tiennent. Jour après jour. Assaut après assaut. Jusqu’à quand?
L’avantage numérique russe : 10 contre 1
Les chiffres sont brutaux. Selon les témoignages de soldats ukrainiens rapportés par CNN et Meduza, les forces russes disposent parfois d’un avantage de 10 contre 1 en infanterie dans le secteur de Pokrovsk. Dix soldats russes pour chaque Ukrainien. Les Russes ont changé de tactique depuis l’été dernier — abandonnant les assauts mécanisés massifs qui leur coûtaient des blindés par dizaines pour des infiltrations par petits groupes de six à huit hommes. Ils avancent de nuit, se glissent dans les ruines, s’installent dans les caves, et attendent. Puis vient la consolidation. Puis l’avance suivante. C’est lent. C’est sanglant. Mais c’est efficace.
Le général russe Valery Gerasimov a affirmé que l’« objectif principal » de ses forces est de « vaincre les troupes ukrainiennes encerclées à Myrnohrad ». Moscou considère la prise de Pokrovsk et Myrnohrad non seulement comme un objectif militaire, mais comme un levier politique — une carte à jouer devant Donald Trump dans les négociations de paix. Le Kremlin veut pouvoir dire : « Regardez, nous avançons. L’Ukraine ne peut pas gagner. Acceptez nos conditions. » Chaque mètre carré de territoire conquis devient un argument diplomatique. Et les soldats ukrainiens, eux, deviennent des pions dans un jeu d’échecs géopolitique dont ils n’écrivent pas les règles.
Huliaipole : la ville fantôme où l'on se bat encore
300 morts russes par jour dans les ruines
Huliaipole — 80 kilomètres à l’est de la capitale régionale Zaporizhzhia. Une ville qui comptait des milliers d’habitants avant la guerre. Aujourd’hui, il reste peut-être 400 à 500 civils, terrés dans des caves, refusant de partir. Et au-dessus de leurs têtes, l’enfer. Hier, les défenseurs ukrainiens ont repoussé 22 attaques ennemies dans les zones de Solodke, Huliaipole, Dorozhnianka, vers Dobropillia, Varvarivka et Zelene. Vingt-deux fois. Mais ce n’est qu’un instantané. Chaque jour apporte son lot de 20 à 30 affrontements directs dans la ville même — des combats de rue, maison par maison, cave par cave.
Selon Vladyslav Voloshyn, porte-parole des Forces de défense du sud de l’Ukraine, les Russes perdent jusqu’à 300 soldats par jour dans le secteur de Huliaipole. En décembre 2025, l’ennemi a perdu plus de 10 000 hommes dans cette zone — dont 70% rien qu’autour de Huliaipole. La ville est devenue une « grande zone grise » — un terme militaire qui signifie que personne ne la contrôle vraiment. Les forces ukrainiennes tiennent certains secteurs, les Russes d’autres, et entre les deux, c’est le no man’s land où chaque mouvement peut être fatal. Les rues sont jonchées de débris. Les immeubles ne sont plus que des squelettes de béton. Et pourtant, on se bat. Encore.
300 morts par jour. Trois cents familles russes qui ne reverront jamais leur fils, leur frère, leur père. Trois cents fois, quelque part en Russie, un téléphone va sonner avec une nouvelle qui détruit des vies. Et pour quoi? Pour des ruines. Pour des décombres. Pour un terrain vague que Poutine appelle « libération ». Je me demande si les mères russes comprennent vraiment ce qui se passe à Huliaipole. Si elles savent que leurs enfants meurent pour rien d’autre que l’ego d’un homme qui ne verra jamais une tranchée de sa vie.
La menace sur Zaporizhzhia
La chute de Huliaipole — si elle survient — ouvrirait la route vers Orikhiv, puis vers la ville de Zaporizhzhia elle-même, avec ses 700 000 habitants d’avant-guerre. Ivan Fedorov, chef de l’administration militaire régionale, ne cache pas la gravité de la situation : « Y a-t-il une menace sur Zaporizhzhia? Elle n’a jamais cessé pendant les presque quatre ans de cette guerre. » Les Russes ont franchi la rivière Haichur à plusieurs endroits, sont entrés dans la ville par le nord et le centre, et leurs groupes d’assaut opèrent déjà à l’ouest de la zone urbaine — vers Zaliznychne et Staroukrainka. Ce ne sont plus des raids. C’est une avance systématique.
Les renseignements ukrainiens signalent une nouvelle menace : des grenades thermobariques prêtes à être larguées par drones. « Si les bombardements continuent et que nos forces se cachent dans des abris ou des bunkers, ils prévoient d’utiliser des armes thermobariques », a déclaré Voloshyn. Une arme thermobarique crée une explosion qui aspire l’oxygène, causant des dégâts dévastateurs dans les espaces confinés. Exactement le genre d’endroits où les soldats ukrainiens se réfugient. La guerre devient plus brutale, plus technologique, plus impitoyable. Et les défenseurs de Huliaipole continuent de tenir leurs positions, même si les cartes les montrent déjà en « zone grise ».
Kostiantynivka : le troisième front qui s'embrase
15 attaques vers le cœur du Donbas
Pendant que Pokrovsk et Huliaipole captent l’attention, un troisième secteur s’enflamme. Kostiantynivka — nœud ferroviaire vital, porte d’entrée vers Kramatorsk et Sloviansk, les deux dernières grandes villes ukrainiennes du Donbas. Hier, les forces russes ont lancé 15 attaques près d’Oleksandro-Shultyne, Shcherbynivka, Pleshchiivka, Rusyn Yar, ainsi que vers Ivanopillia, Torske, Illinivka et Sofiivka. Quinze tentatives de percer les défenses ukrainiennes dans ce secteur crucial qui protège l’accès aux derniers bastions du Donbas sous contrôle de Kyiv.
Selon l’analyse de Meduza, les forces ukrainiennes ont retiré les restes de leurs unités qui combattaient en encerclement quasi-total au sud de Kostiantynivka, le long des rives du réservoir de Kleban-Bykske. Ce retrait a permis de redéployer des forces vers Huliaipole dans la région de Zaporizhzhia, où une offensive russe à grande échelle est en cours. Mais les commandants ukrainiens devront probablement bientôt renforcer à nouveau le secteur de Pokrovsk. C’est le dilemme permanent de l’armée ukrainienne : pas assez de soldats pour défendre partout, obligée de choisir quelles positions tenir et lesquelles abandonner.
Fermez les yeux. Imaginez-vous officier ukrainien ce matin. Vous avez trois fronts qui brûlent. Des hommes épuisés partout. Pas assez de munitions. Pas assez de rotations. Et vous devez décider : où envoyer les renforts? Pokrovsk qui craque? Huliaipole qui s’effondre? Kostiantynivka qui tremble? Chaque décision sauve des vies quelque part et en condamne d’autres ailleurs. C’est le poids impossible que portent ces hommes pendant que nous débattons confortablement de géopolitique.
La stratégie russe : disperser pour épuiser
La pression simultanée sur trois secteurs n’est pas un hasard. C’est une stratégie délibérée. « Leur plan est le suivant : pendant que vous résistez et ne voulez pas abandonner le Donbas, j’avancerai dans la région de Zaporizhzhia. Alors choisissez ce que vous défendez », explique un interlocuteur militaire ukrainien à RBC-Ukraine. Poutine exige tout le Donbas. Pendant ce temps, il lance des offensives actives dans la région de Zaporizhzhia. L’objectif : disperser les forces ukrainiennes, les épuiser, les forcer à faire des choix impossibles. Et ultimement, les amener à accepter les conditions russes aux négociations.
Dans le secteur de Lyman, les troupes russes ont attaqué sept fois hier, tentant de percer les défenses ukrainiennes près de Myrne, Zarichne, ainsi que vers Novoserhiivka, Stavky, Drobyshcheve et Lyman. Dans le secteur de Kupiansk, six attaques. Dans le secteur de Slobozhanshchyna sud, huit attaques repoussées près de Vovchanski Khutory, Vovchansk, Prylipky, et vers Kruhle et Chuhunivka. La guerre se déroule sur tous les fronts simultanément. Et les défenseurs tiennent. Pour l’instant.
Le déluge de feu : 8 071 drones en 24 heures
Une guerre de machines contre des hommes
Le chiffre donne le vertige : 8 071 drones kamikazes employés par la Russie en une seule journée. Plus de 336 drones par heure. Plus de 5 drones par minute. Sans interruption. Jour et nuit. Les 90 frappes aériennes utilisant 239 bombes planantes guidées s’ajoutent au bilan. Les 3 845 tirs d’artillerie, dont 40 avec des lance-roquettes multiples, complètent le tableau. C’est l’intensité d’une guerre industrielle du XXIe siècle — où la technologie multiplie la capacité de destruction, mais où ce sont toujours des êtres humains qui meurent au bout.
Les frappes aériennes ont touché, entre autres, les localités de Rohizne dans la région de Sumy, Dibrova dans la région de Dnipropetrovsk, Rizdvianka, Zaliznychne, Zelena Dibrova, Dolynka, Odarivka, Zhovta Krucha, Huliaipole, Vozdvyzhivka et Hirke dans la région de Zaporizhzhia. Des noms de villages que personne ne connaît à l’étranger. Des endroits où des gens ordinaires tentent de survivre entre les explosions. Le commandant en chef Zelensky a rapporté que durant la semaine précédente, la Russie a lancé 1 070 bombes planantes, près de 1 000 drones d’attaque et six missiles contre l’Ukraine.
8 071 drones. Je laisse ce chiffre résonner. Huit mille soixante et onze machines volantes programmées pour tuer ou détruire. En une seule journée. Et demain, il y en aura autant. Et après-demain aussi. C’est une pluie de mort qui ne s’arrête jamais. Comment fait-on pour dormir quand le ciel lui-même est devenu l’ennemi? Comment fait-on pour espérer quand chaque bourdonnement peut être le dernier son qu’on entend?
La réponse ukrainienne : frapper les cibles stratégiques
L’Ukraine ne fait pas que subir. Les forces de missiles, l’aviation et l’artillerie ukrainiennes ont frappé huit cibles militaires russes : cinq concentrations de personnel et d’équipements, deux points de contrôle de drones, et un poste de commandement et d’observation. En Crimée occupée, les Forces de défense ont frappé une station radar russe Nebo-U et un système de défense aérienne Pantsir-S1, ainsi qu’un site de stockage de drones dans la région de Donetsk. La guerre des drones se mène aussi dans l’autre sens.
Les partisans du réseau ATESH ont revendiqué un sabotage contre une sous-station électrique de Briansk qui a perturbé un nœud ferroviaire militaire russe. Les frappes ukrainiennes de longue portée continuent de cibler les raffineries de pétrole et les infrastructures militaires russes. Chaque litre de carburant détruit en Russie, c’est un char qui ne roulera pas, un camion qui ne livrera pas de munitions, un drone qui ne décollera pas. L’Ukraine se bat avec les moyens qu’elle a — moins nombreux, mais utilisés avec une précision chirurgicale.
Les pertes russes : 830 hommes en 24 heures
Le compteur de la mort qui ne s’arrête pas
830 soldats russes éliminés en 24 heures. Ce bilan, publié par l’État-major ukrainien, porte le total des pertes russes depuis le 24 février 2022 à environ 1 226 420 hommes. Plus d’un million deux cent mille soldats. Tués, blessés, mutilés, disparus. Chaque jour apporte son lot de centaines de nouvelles victimes du côté russe — 750 à 1 300 selon les jours, selon l’intensité des combats. En décembre 2025, la Russie a perdu plus de 35 000 hommes — confirmés par vidéo selon Zelensky. Le chiffre réel est probablement plus élevé.
Selon Mediazona et BBC Russia, plus de 163 600 morts russes ont été confirmés nominativement — avec des noms, des photos, des avis de décès. Les volontaires représentent la plus grande part des pertes — environ 54 000 hommes, suivis par près de 20 000 prisonniers recrutés dans les pénitenciers et 16 600 soldats mobilisés. La mort des officiers a chuté de 10% des pertes au début de la guerre à 2-3% aujourd’hui — reflétant le recrutement massif d’infanterie de chair à canon qui meurt à des taux bien supérieurs à leurs commandants.
1 226 420. Je n’arrive pas à concevoir ce nombre. Plus d’un million de familles russes touchées. Plus d’un million de vies détruites ou brisées. Et pour quoi? Pour que Poutine puisse dire qu’il a « libéré » des ruines? Pour que quelques généraux obtiennent des médailles? Cette guerre est un gouffre sans fond qui avale des vies humaines à un rythme industriel. Et le plus tragique, c’est que la Russie continue d’envoyer ses fils à la mort, jour après jour, comme si ces vies ne valaient rien.
Les pertes matérielles : chars, drones, blindés
Au-delà des vies humaines, l’Ukraine comptabilise les destructions de matériel russe depuis le début de l’invasion : 11 571 chars (+5 hier), 23 919 véhicules blindés de combat (+5), 36 294 systèmes d’artillerie (+33), 1 616 lance-roquettes multiples (+1), 109 450 drones (+845), 434 avions, 347 hélicoptères, 4 163 missiles de croisière, 28 navires, 2 sous-marins, et 74 706 véhicules et citernes (+105). Ces chiffres, fournis par l’État-major ukrainien, sont impossibles à vérifier de manière indépendante. Mais même réduits de moitié, ils restent stupéfiants.
Selon une analyse de The Economist d’octobre 2025, basée sur des données satellites et plus de 200 estimations crédibles de gouvernements occidentaux et de chercheurs indépendants, le bilan total des pertes russes a augmenté de 60% depuis le début de l’année 2025, avec plus de 100 000 soldats tués depuis janvier 2025 seulement. Le ratio des pertes serait d’environ cinq soldats russes tués pour un Ukrainien. La Russie gagne du terrain. Mais le prix qu’elle paie est astronomique.
Le silence des autres fronts
Là où la guerre fait une pause
Tous les secteurs ne brûlent pas avec la même intensité. Dans le secteur de Kramatorsk, les envahisseurs russes n’ont mené aucune action offensive hier. Dans le secteur de Sloviansk, une seule attaque a été repoussée près de Sviato-Pokrovske. Dans le secteur d’Orikhiv, un seul affrontement a eu lieu près de Prymorske. Dans le secteur de Prydniprovske, les forces russes ont fait une seule tentative infructueuse d’avancer dans la zone du pont Antonivskyi. Et dans les secteurs de Volyn et Polissia, aucun signe de formation de groupes offensifs ennemis n’a été détecté.
Ces pauses relatives ne signifient pas la paix. Elles signifient que la Russie concentre ses efforts ailleurs — là où elle pense pouvoir percer. La stratégie de Moscou est claire : maintenir la pression partout, mais frapper fort à quelques endroits choisis. Pokrovsk, Huliaipole, Kostiantynivka — ces trois points sont les priorités actuelles. Demain, ce pourrait être ailleurs. La guerre de 1 000 kilomètres ne dort jamais vraiment. Elle se déplace, elle change de forme, mais elle ne s’arrête pas.
Je me surprends à chercher des signes d’espoir dans ces lignes. Un secteur calme ici. Une attaque repoussée là. Kramatorsk sans offensive. Comme si l’absence de combat était devenue une victoire en soi. Comme si le simple fait de survivre une journée de plus était déjà un miracle. C’est peut-être ça, la réalité de cette guerre : on ne compte plus les victoires. On compte les jours où on n’a pas perdu.
La dimension humaine : ceux qui restent
Les civils de Huliaipole sous les bombes
Quelque part dans les caves de Huliaipole, 400 à 500 civils attendent. Ils ont refusé les évacuations. Ils sont restés quand tous les autres sont partis. Le gouverneur Ivan Fedorov a annoncé le 20 novembre que l’administration régionale commençait à évacuer les civils à un rythme de 10 à 20 personnes par jour. Mais certains ne veulent pas partir. C’est leur maison. C’est leur ville. C’est tout ce qu’ils connaissent. Et maintenant, ils vivent dans un enfer de bombes, de tirs et de drones. Au-dessus de leurs têtes, des soldats se battent pour chaque rue, chaque immeuble, chaque cave.
À Myrnohrad, il restait environ un millier de civils fin décembre 2025, selon Yuriy Tretiak, chef de l’administration militaire de la ville. Avant l’invasion, la communauté comptait environ 50 000 habitants. La ville subit quotidiennement des frappes d’artillerie, des attaques de drones FPV et des frappes aériennes — y compris récemment des bombes de 3 000 kg. L’évacuation est pratiquement impossible. Ces gens vivent dans une zone de guerre active, sans électricité stable, sans eau courante, sans certitude de voir le lendemain.
Les soldats épuisés qui tiennent la ligne
« Pokrovsk et Myrnohrad sont déjà foutus, en résumé », commence la conversation d’un pilote de drone ukrainien avec le média Hromadske. Il vient de passer 13 jours en position à Pokrovsk. Pendant ce temps, son unité a dû se replier trois fois parce que les Russes avançaient rapidement dans la ville. L’unité de drones s’est retrouvée à 900 mètres de l’ennemi. Les prévisions pessimistes sur l’avenir de cette ville clé du sud du Donetsk ne viennent pas seulement des soldats qui travaillent directement dans la ville, mais aussi des officiers.
Les tensions internes compliquent encore la situation. La semaine dernière, des rapports ont fait état de forces d’assaut ukrainiennes dans le secteur de Huliaipole qui ont rassemblé des troupes d’une brigade territoriale voisine et les ont forcées à se redéployer vers Huliaipole, contre l’avis de leurs sous-officiers et officiers. L’ombudsman militaire ukrainien Olha Reshetylova a confirmé qu’il y avait des « problèmes » entre les troupes d’assaut et les territoriaux. « Le problème est apparu en raison d’une mauvaise communication des ordres et d’une mauvaise coordination entre les unités », a-t-elle expliqué. Quand les soldats se retournent les uns contre les autres, c’est le signe d’une armée sous pression extrême.
Il y a une image qui me hante depuis que j’ai lu ces témoignages. Un pilote de drone, 13 jours sans repos, qui se replie trois fois en une semaine parce que l’ennemi avance trop vite. À 900 mètres des Russes. Si proche qu’il pourrait leur crier dessus. Et il continue. Il ne fuit pas. Il ne déserte pas. Il se replie, se repositionne, et recommence. C’est ça, le courage quotidien de cette guerre. Pas les discours des généraux. Pas les déclarations des politiques. Juste des hommes ordinaires qui refusent de céder.
Conclusion : une guerre qui n'a pas de fin en vue
Le prix de chaque jour qui passe
133 affrontements. 8 071 drones. 830 morts russes. Ce ne sont que les chiffres d’une seule journée — le 17 janvier 2026. Demain, il y en aura d’autres. Et après-demain aussi. La guerre en Ukraine entre dans son 1 424e jour. Bientôt quatre ans de combats, de destructions, de vies fauchées. Les négociateurs ukrainiens sont à Washington. Trump et Zelensky pourraient se retrouver à Davos. On parle de 800 milliards de dollars de reconstruction, de garanties de sécurité, de cessez-le-feu. Mais pendant que les diplomates parlent, les soldats meurent. Chaque jour de négociation, c’est un jour de combat de plus.
La Russie avance de 13,24 kilomètres carrés par jour en moyenne en 2025 — soit 0,8% du territoire ukrainien sur l’année. C’est lent. C’est coûteux en vies humaines. Mais c’est une avance. Et Poutine semble prêt à payer n’importe quel prix en vies russes pour obtenir ce qu’il veut. Les analystes occidentaux estiment qu’au rythme actuel, il faudrait cinq ans à la Russie pour contrôler les quatre régions qu’elle revendique — Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporizhzhia. Cinq ans de guerre. Cinq ans de morts. Cinq ans de souffrance. Si rien ne change.
Je termine cette chronique avec un poids sur le cœur. Quelque part dans une tranchée gelée de Pokrovsk, un soldat ukrainien regarde le ciel en attendant le prochain drone. Quelque part dans une cave de Huliaipole, une grand-mère serre son chat contre elle pendant que les explosions secouent les murs. Quelque part en Russie, une mère reçoit un appel qui va détruire sa vie. Et quelque part dans une salle de conférence climatisée, des hommes en costume négocient leur sort. 133 affrontements aujourd’hui. Combien demain? Combien dans un mois? Combien dans un an? Je n’ai pas de réponse. Je n’ai que cette certitude : tant que cette guerre durera, je refuserai de détourner le regard. Et je vous demande la même chose. Ne les oubliez pas. Jamais.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements sur les lignes de front, à donner un sens humain aux chiffres abstraits des bilans quotidiens. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui coûtent des vies chaque jour.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués de l’État-major général des Forces armées d’Ukraine, les déclarations officielles des dirigeants militaires et politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, CNN, BBC, Meduza, ainsi que des médias ukrainiens comme Ukrinform, Ukrainska Pravda, RBC-Ukraine et le Kyiv Independent.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens humain. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Ukrinform – War update: 133 clashes on frontline over past day, fiercest fighting in three sectors (18 janvier 2026)
blank »>Ukrainska Pravda – Russia’s losses in the war against Ukraine as of the morning of 18 January (18 janvier 2026)
blank »>RBC-Ukraine – Russia’s losses in Ukraine as of January 18 – +830 troops and 845 drones (18 janvier 2026)
blank »>RBC-Ukraine – Russia-Ukraine war – Frontline update as of January 18 (18 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Euromaidan Press – « Situation is critical »: Russia is encircling Myrnohrad from all four directions (17 janvier 2026)
blank »>RBC-Ukraine – Street fighting in Huliaipole: Russian army storms city in waves despite heavy losses (9 janvier 2026)
blank »>Meduza – As fighting continues in Pokrovsk and Kupyansk, Russia bears down on Ukraine’s main remaining Donbas strongholds (16 janvier 2026)
blank »>CNN – Ukrainian forces under ‘intense’ pressure in south, as troop shortage bites (1er janvier 2026)
eng-trl » target= »blank »>Mediazona – Russian losses in the war with Ukraine (16 janvier 2026)
blank »>Al Jazeera – Russian war deaths are rising to unsustainable levels, says Ukraine (8 janvier 2026)
offensive » target= »blank »>Wikipedia – Huliaipole offensive (consulté le 18 janvier 2026)
offensive » target= »_blank »>Wikipedia – Pokrovsk offensive (consulté le 18 janvier 2026)
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