Une architecture de promesses
La déclaration de Paris, signée le 6 janvier, c’est quelque chose. C’est un début. C’est une reconnaissance que le statu quo n’est pas une option. La France, le Royaume-Uni, la Pologne, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis — tous ont appuyé l’idée de garanties de sécurité contraignantes pour l’Ukraine. Ce qui signifie quoi ? Que si, demain, un cessez-le-feu est signé, et que dans six mois, ou dans un an, ou dans dix ans, la Russie décide de recommencer, ces pays s’engagent à intervenir. Militairement. Par des sanctions. Par le soutien diplomatique. Ce n’est pas rien. C’est la première fois depuis le début de cette guerre qu’on parle de quelque chose de concret, de légalement contraignant, qui irait au-delà des promesses vagues et des déclarations de principe.
Emmanuel Macron a parlé de milliers de soldats français prêts à être déployés en Ukraine après un cessez-le-feu. Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a évoqué un cadre juridique sous lequel les forces britanniques, françaises et de pays partenaires pourraient opérer sur le sol ukrainien pour « sécuriser les cieux et les mers de l’Ukraine ». Ce sont des mots lourds. Des engagements qui impliquent des risques. Des vies. Des budgets. Une vision à long terme qui reconnaît que l’Ukraine ne peut pas rester dans cet état de guerre permanente. Il y a un ailleurs à construire. Une après-guerre à préparer. Mais la question qui brûle toutes les lèvres, c’est : quand ? Quand cet ailleurs arrive-t-il ? À quel moment on passe de la promesse à la réalité ? À quel moment cette famille à Kiev peut-elle commencer à croire que demain sera différent d’hier ?
Le spectre de la répétition
Le problème, le fondamental, c’est que personne ne croit vraiment que Vladimir Poutine respectera un cessez-le-feu. Personne. Pas Zelensky. Pas Syrskyi. Pas les généraux européens qui ont passé les trois dernières années à analyser chaque mouvement, chaque déclaration, chaque déploiement russe. L’histoire de la Russie moderne est jonchée d’accords brisés, de promesses non tenues, de cessez-le-feu violés. La Géorgie en 2008. La Crimée en 2014. Les accords de Minsk, l’un après l’autre, piétinés. Pourquoi ce serait différent cette fois ? Quelle garantie, quel mécanisme, quel engagement pourrait empêcher Moscou de reprendre les hostilités quand bon lui semble ?
C’est là que réside toute la complexité de la situation actuelle. D’un côté, une Ukraine qui a besoin d’espoir. Qui a besoin de croire que la fin est possible, qu’elle n’est pas condamnée à ce combat perpétuel, à cette usure lente qui ronge les villes, les infrastructures, les âmes. De l’autre, une Russie qui a tout intérêt à gagner du temps. À user son adversaire. À attendre que la fatigue s’installe, que les opinions occidentales se lassent, que l’attention se porte ailleurs. Pendant ce temps, les missiles tombent. Les drones frappent. L’hiver tue. Et chaque jour qui passe renforce la position de Moscou, qui mise sur l’érosion inévitable de la résolution ukrainienne et occidentale. C’est une course contre la montre. Mais qui a vraiment les yeux sur l’horloge ?
Est-ce qu’on a le droit de demander aux Ukrainiens de faire confiance ? De croire aux promesses, aux garanties, aux engagements ? Comment on demande à quelqu’un qui a tout perdu, parfois plusieurs fois, de croire que « cette fois, c’est sérieux » ? J’ai lu des témoignages de gens qui ont fui leur maison en 2014, puis en 2022, et qui maintenant vivent dans des abris ou des villes bombardées. Trois fois. Trois fois ils ont dû tout recommencer. Trois fois ils ont dû tout quitter. Et on leur dit : « Faites confiance. Signez un accord. Tout ira bien. » Je ne sais pas si j’aurais cette force-là. Je ne sais pas si je pourrais croire encore une fois. Et ça me pose une question qui me hante : jusqu’où peut-on demander aux gens d’espérer avant que l’espoir ne devienne une torture ?
Section 3 : L'arme du silence
Quand l’électricité disparaît
Imaginez un instant. Vous rentrez chez vous un soir de janvier. Il fait froid. Très froid. Vous mettez le chauffage. Rien. Vous appuyez sur l’interrupteur. Rien. Vous allumez votre téléphone. 3% de batterie. Pas de moyen de le recharger. Pas d’eau chaude. Pas de moyen de cuisiner. Pas de lumière. Juste l’obscurité. Et le froid qui s’installe, progressivement, inexorablement. C’est ça, la réalité de millions d’Ukrainiens en ce moment. Pas une abstraction. Pas une nouvelle dans un journal. Une expérience vécue, chaque jour, chaque nuit. DTEK fournit de l’électricité à 5,6 millions de personnes. Après les frappes russes, des millions se retrouvent sans rien. Dans le sud-est de l’Ukraine, plus d’un million de personnes ont passé des heures sans chauffage ni eau après des attaques aériennes.
À Kiev, après une nuit particulièrement intense d’attaques de missiles et de drones, 70% de la capitale s’est retrouvé sans électricité pendant plusieurs heures. Soixante-dix pour cent. Imaginez New York. Londres. Paris. Soixante-dix pour cent de la ville dans le noir. C’est impensable dans nos démocraties occidentales. C’est la routine en Ukraine depuis des mois. Les équipes de réparation travaillent jour et nuit, souvent sous le feu. Ils réparent. Et les Russes frappent à nouveau. Ils réparent encore. Et les Russes frappent encore. C’est un jeu cruel, sadique. Une démonstration de puissance pure. « Nous pouvons vous priver de tout. Nous pouvons vous faire geler. Nous pouvons vous faire souffrir. Et vous ne pouvez rien y faire. » C’est le message que Moscou envoie, chaque jour, par chaque missile, par chaque drone qui détruit une centrale, une sous-station, une ligne à haute tension.
L’architecture de la survie
Face à cette dévastation systématique, l’Ukraine a dû développer une architecture de la survie. Des centres d’aide humanitaire avec chauffage et électricité. Des « trains d’invincibilité » — des trains spécialement équipés qui fournissent chaleur, électricité, eau, connexion internet aux résidents qui se réfugient à bord. Des générateurs distribués dans tout le pays. Mais c’est une solution de fortune, pas une réponse durable. Zelensky a annoncé la création d’une task force permanente, 24 heures sur 24, pour coordonner les réparations et l’acquisition d’équipements énergétiques à l’étranger. Il a ordonné l’augmentation du nombre de points d’aide d’urgence à Kiev.
Mais c’est une course à armements inégale. La Russie a une industrie militaire qui tourne à plein régime, soutenue par des partenaires comme l’Iran et la Corée du Nord pour les drones. L’Ukraine dépend de l’aide occidentale, qui arrive mais souvent avec retard, souvent après que les dégâts ont été infligés. Maxim Timchenko, de DTEK, l’a dit clairement : l’intensité des attaques est telle que « nous n’avons simplement pas le temps de nous rétablir ». Pas le temps de réparer une sous-station avant que la suivante ne soit touchée. Pas le temps de commander des transformateurs à l’étranger avant que les réserves ne soient épuisées. C’est l’usure. L’érosion. La guerre d’attrition que Poutine espère gagner non pas par une victoire militaire éclatante, mais par la destruction systématique de la capacité de résistance ukrainienne.
Vous avez déjà eu peur du froid ? Vraiment peur ? Pas le froid inconfortable d’une maison mal chauffée pendant quelques heures. Le froid qui tue. Celui qui s’infiltre dans vos os, qui vous fait trembler de manière incontrôlable, qui vous empêche de penser clairement, qui finit par vous endormir pour ne jamais vous réveiller. C’est ça que des millions d’Ukrainiens vivent chaque jour. Et moi, de mon bureau chauffé, je peux écrire sur ça, l’analyser, la condamner. Mais je ne ressens pas ce froid. Je ne connais pas cette peur. Et ça me coupe le souffle de réaliser l’écart entre mon confort et leur souffrance. Est-ce qu’on peut vraiment comprendre ce qu’ils endurent sans l’avoir vécu ? Est-ce que nos mots, nos analyses, nos prises de position ont vraiment du sens face à cette réalité brute ? Je ne sais pas. Je ne sais pas.
Section 4 : La diplomatie de l'urgence
Le paradoxe du temps
Le problème fondamental de la diplomatie internationale, c’est le temps. Elle fonctionne à l’échelle des mois, des années. Des négociations qui s’étirent. Des compromis qui se cherchent. Des accords qui se négocient mot par mot, virgule par virgule. La guerre, elle, fonctionne à l’échelle des secondes. Des missiles qui frappent. Des drones qui explosent. Des vies qui s’éteignent. Entre ces deux temporalités, il y a un gouffre. Un abîme. Et c’est dans cet abîme que se trouvent les Ukrainiens aujourd’hui. Tandis que les diplomates rédigent des déclarations, que les généraux planifient des scénarios de déploiement, que les politiques débattent des détails des garanties de sécurité, des gens meurent de froid.
Le sommet de Paris, le 6 janvier, était important. La réunion en ligne de la Coalition de la Volonté, le 18 janvier, était nécessaire. Mais pour la famille qui gèle à Kiev, ces dates ne veulent rien dire. Ce qui compte, c’est ce soir. Cette nuit. Demain matin. Auront-ils de la chaleur ? Auront-ils de l’électricité ? Est-ce que les missiles vont frapper à nouveau ? C’est cette échelle-là, l’échelle de l’immédiat, qui rend toute diplomatie si cruellement insuffisante. On peut dire, comme Witkoff, que les protocoles de sécurité sont « aussi forts que tout ce qu’on a jamais vu ». Mais cette force-là, elle ne se matérialise pas maintenant. Elle est conditionnelle. Elle dépend d’un cessez-le-feu qui n’existe pas. Elle dépend d’un avenir incertain. Et l’avenir ne réchauffe pas les enfants qui ont froid ce soir.
Le piège des garanties
Il y a un piège dans les garanties de sécurité. Un piège subtil mais dangereux. Celui de l’attente. Si on promet à l’Ukraine qu’elle sera protégée après un cessez-le-feu, qu’est-ce que ça implique pour maintenant ? Est-ce que ça lui donne des munitions maintenant ? Est-ce que ça lui donne des défenses aériennes maintenant ? Est-ce que ça lui donne de quoi faire cesser les attaques maintenant ? Ou est-ce que ça crée une incitation à accepter un mauvais accord maintenant, dans l’espoir d’une protection hypothétique demain ? C’est la question qui tourmente chaque décisionnaire ukrainien, chaque soldat, chaque civil.
Les garanties de sécurité, c’est bien. C’est nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant. Ce qui est nécessaire, c’est la force aujourd’hui. La capacité de se défendre aujourd’hui. Les moyens d’empêcher les missiles de frapper aujourd’hui. Les systèmes de défense aérienne qui n’attendent pas demain pour être déployés. Syrskyi l’a dit clairement : l’aide militaire est « essentielle pour maintenir l’efficacité au combat et infliger des pertes significatives aux forces russes ». Pas demain. Aujourd’hui. Chaque jour sans système défensif, chaque jour sans munitions, chaque jour sans soutien, c’est un jour où la Russie peut continuer à détruire, à tuer, à faire souffrir.
Je comprends la logique diplomatique. Je comprends la nécessité de penser à long terme. De construire des cadres de sécurité durables. De préparer l’après-guerre. Mais mon cœur, lui, ne comprend pas. Mon cœur ne comprend pas comment on peut tenir dans ses mains un document qui promet la sécurité future tout en laissant quelqu’un mourir aujourd’hui. C’est le drame de la politique, je le sais. La nécessité de peser des intérêts contradictoires. De faire des compromis impossibles. Mais quand je pense à cette famille à Kiev, à ces enfants qui tremblent, je veux hurler : « Maintenant. PAS demain. MAINTENANT. » Est-ce que c’est irrationnel ? Probablement. Est-ce que c’est poli ? Certainement pas. Mais c’est humain. Et c’est cette humanité-là qu’on semble avoir perdue quelque part entre les déclarations solennelles et les protocoles diplomatiques.
Section 5 : L'économie de la destruction
Le coût du chaos
Chaque missile qui frappe une sous-station électrique en Ukraine, ce n’est pas juste une explosion. C’est un calcul économique. Un investissement dans la destruction. Un missile russe coûte quelques millions de dollars. Une sous-station électrique ukrainienne coûte des dizaines, parfois des centaines de millions. Le rapport coût/bénéfice est du côté de la Russie. Elle peut détruire beaucoup, pour relativement peu. Et l’Ukraine doit reconstruire, toujours, encore, à nouveau. C’est une guerre d’usure économique autant que militaire. L’objectif n’est pas de gagner une bataille, mais de rendre la reconstruction impossible. De créer un chaos tel que la vie normale devient un souvenir lointain, une légende qu’on raconte aux enfants.
Les sanctions occidentales étaient censées empê ça. Serrer l’économie russe jusqu’à l’étouffement. Rendre le coût de la guerre prohibitif. Syrskyi a insisté sur l’importance de « renforcer la pression des sanctions sur la Russie pour que le coût de la guerre devienne prohibitif ». Mais trois ans après, le constat est amer : l’économie russe s’est adaptée. Elle a trouvé des contournements. De nouveaux marchés. De nouvelles sources de revenus. Elle n’est pas prospère, mais elle fonctionne. Elle produit. Elle exporte. Elle finance la machine de guerre. Les sanctions ont fait mal, oui. Mais elles n’ont pas tué. Pas encore. Et chaque jour supplémentaire, c’est une autre salve de missiles financée par cette économie qui résiste, qui s’adapte, qui continue.
L’industrie de la défense européenne
Face à cette réalité, les pays européens ont commencé à se réveiller. Lentement. Trop lentement ? Peut-être. Mais ils commencent à réaliser que dépendre de l’aide américaine, si cruciale soit-elle, n’est pas une stratégie durable. Syrskyi a appelé les alliés à « approfondir la coopération pour stimuler la capacité industrielle de défense et les capacités militaires à travers l’Europe ». C’est un appel à une réindustrialisation de la défense européenne. À une capacité de production qui permette à l’Europe non seulement de soutenir l’Ukraine, mais de se défendre elle-même.
La France a annoncé des augmentations budgétaires. L’Allemagne discute d’un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la défense. Le Royaume-Uni augmente ses dépenses militaires. Mais tout ça prend du temps. Construire une usine de munitions, ça ne se fait pas en quelques mois. Former les travailleurs, ça ne se fait pas en quelques semaines. Et l’Ukraine a besoin de munitions maintenant. Pas dans deux ans. Pas quand l’industrie européenne aura atteint sa nouvelle capacité. Maintenant, alors que les stocks s’épuisent, que les Russes continuent à tirer, que chaque jour sans munitions est un jour où la Russie avance.
Il y a quelque chose de vertigineux à penser que des vies dépendent de chaînes de production, de budgets parlementaires, de négociations bureaucratiques. Que le sort d’un enfant à Odessa puisse se décider dans une réunion d’un ministère de la Défense à Paris ou Berlin. C’est l’absurdité de notre monde moderne. On a construit des systèmes complexes, sophistiqués, interconnectés. Et en même temps, on a perdu la capacité de répondre à l’urgence immédiate. Je regarde les chiffres. Les budgets. Les délais. Et je pense : pourquoi est-ce que c’est si compliqué ? Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas simplement faire ce qui est nécessaire ? Je sais, je sais, c’est naïf. L’économie, c’est compliqué. La politique, c’est compliqué. Mais la vie d’un être humain, ça devrait être simple, non ? Ça vaut plus que n’importe quel budget. Non ?
Section 6 : Les voix du silence
Les disparus de l’information
On entend beaucoup les dirigeants. Zelensky. Macron. Starmer. Trump. Poutine. Leurs déclarations sont analysées, commentées, débattues. Mais on entend moins les autres. Ceux qui vivent cette guerre au quotidien. Pas dans les briefings militaires, mais dans les abris. Pas dans les communiqués officiels, mais dans les cuisines sombres. Ceux qui ne sont pas des acteurs politiques mais des êtres humains en train de survivre. Leurs voix sont étouffées par le bruit de la diplomatie. Perdues dans le flot des analyses géopolitiques.
Pourtant, ce sont leurs histoires qui racontent la vraie guerre. Pas la guerre des fronts et des territoires, mais la guerre des vies brisées. Comme cette femme de Kharkiv qui a raconté comment elle et son mari ont passé toute la nuit debout, marchant dans leur appartement glacé juste pour ne pas mourir de froid. Comme ce père de Mariupol qui a dû choisir quels objets emporter en fuyant — les photos de mariage ? Les jouets des enfants ? Les documents ? Comme cette grand-mère de Mykolaïv qui pleure chaque fois qu’elle entend le sifflement des missiles, parce que son petit-fils est au front et elle ne peut rien faire pour le protéger.
L’architecture de la mémoire
La guerre détruit les bâtiments, les infrastructures, les villes. Mais elle détruit aussi quelque chose de plus subtil : l’architecture de la vie quotidienne. Les routines. Les habitudes. Les petits riens qui font qu’une vie est une vie. Le café du matin. Le trajet pour aller au travail. Les conversations avec le voisin. Les rires au téléphone. Tout ça, la guerre l’a effacé. Remplacé par l’obsession de la survie. La vérification compulsive des alertes aériennes. La course vers l’abri. Le calcul mental : est-ce que j’ai assez d’eau ? Est-ce que j’ai assez de nourriture ? Combien de temps je peux survivre si l’électricité ne revient pas ?
C’est cette destruction-là qui est la plus difficile à reconstruire. Les bâtiments, on peut les rebâtir. Les ponts, on peut les reconstruire. Mais la mémoire d’une vie d’avant ? La confiance dans demain ? La capacité à projeter l’avenir sans peur ? Ça, ça prendra des générations. Les enfants qui grandissent aujourd’hui dans les abris, qui entendent les explosions comme s’ils entendaient le vent, qui ont appris que le danger peut venir du ciel à tout moment — comment on leur apprendra que la paix est possible ? Comment on leur apprendra à faire confiance au monde quand le monde les a laissés tomber ?
Parfois, je pense à mes enfants. À mes neveux et nièces. À leur innocence. Leur capacité à croire que le monde est bon, que les gens sont gentils, que demain sera comme aujourd’hui. Et je me demande : est-ce que je pourrais leur raconter ce qui se passe en Ukraine ? Est-ce que je pourrais leur expliquer pourquoi des enfants comme eux meurent de froid, pourquoi des familles comme la nôtre sont détruites ? Je ne sais pas si j’en aurais le courage. Parce qu’expliquer l’inexplicable, c’est admettre que le monde n’est pas aussi bon qu’on leur a dit. C’est briser quelque chose en eux. Et ça, c’est peut-être le pire crime de cette guerre. Pas seulement les vies qu’elle prend, mais l’innocence qu’elle détruit.
Section 7 : Les frontières de l'espoir
La géographie du désespoir
Il y a des moments où l’espoir semble impossible. Où chaque nouvelle semble plus sombre que la précédente. Chaque attaque, plus cruelle que la dernière. Chaque jour, plus dur que celui d’avant. C’est là que se trouvent beaucoup d’Ukrainiens aujourd’hui. Dans cette zone grise entre la résistance et la résignation. Là où le courage rencontre l’épuisement. Là où la volonté de continuer se heurte à la réalité de l’endurance.
Les sondages le montrent : le soutien à la guerre reste fort en Ukraine, mais les craintes montent. La peur que l’Occident se lasse. La peur que l’aide diminue. La peur que le monde oublie. Parce que le monde a une mémoire courte. Des guerres, il y en a eu d’autres. Des crises, il y en aura d’autres. Demain, les manchettes parleront peut-être d’autre chose. Et l’Ukraine restera seule avec son hiver, ses missiles, sa douleur. C’est cette peur-là, fondamentale, qui hante chaque pensée. Est-ce qu’on peut vraiment compter sur les autres ? Est-ce qu’on peut vraiment croire que les promesses seront tenues ?
L’écho du silence
Et puis… parfois, il y a des signes. Des moments où l’espoir, contre toute attente, renaît. Comme ce message de solidarité d’un lointain village en France qui a accueilli des réfugiés ukrainiens. Comme cette collecte de fonds en Pologne qui a permis d’acheter des générateurs pour des hôpitaux. Comme ces bénévoles internationaux qui risquent leur vie pour livrer de l’aide dans les zones les plus dangereuses. Ces petits gestes, invisibles dans les grands discours, mais qui disent quelque chose de crucial : vous n’êtes pas seuls. Le monde n’a pas oublié.
C’est ça, le paradoxe de l’espoir. Il ne vient jamais des grands mots, des grandes déclarations, des grandes promesses. Il vient des petites choses. D’un sourire. D’une main tendue. D’un message qui dit : je suis là. C’est ça qui permet de tenir. Pas les garanties de sécurité, aussi solides soient-elles. Mais les êtres humains qui, simplement, en tant qu’êtres humains, refusent d’accepter l’inacceptable.
Je crois que c’est ça qui me touche le plus dans cette histoire. Pas les grands enjeux géopolitiques. Pas les calculs stratégiques. Mais cette capacité humaine, obstinée, parfois irrationnelle, à continuer à croire même quand tout semble perdu. J’ai lu des histoires de gens qui, après avoir tout perdu, recommencent à zéro. Encore et encore. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas. Mais ça me fait croire, malgré tout, qu’il y a quelque chose en nous qui est plus fort que la destruction. Quelque chose qui refuse de céder. Et cette chose-là, elle est notre seul espoir. Pas nos armées. Pas nos diplomates. Mais notre humanité.
Section 8 : Le mur de l'indifférence
L’usure de l’attention
Il y a un danger qui plane, invisible mais menaçant. L’usure de l’attention. Au début de la guerre, en 2022, le monde entier regardait. Chaque attaque faisait la une. Chaque victime était comptée, nommée, honorée. Mais le temps passe. Les guerres s’enchaînent. Les crises se multiplient. Et l’attention se fragmente, se disperse, finit par s’éteindre. Aujourd’hui, en 2026, l’Ukraine est encore là, encore en guerre, encore en train de souffrir. Mais le monde, lui, est passé à autre chose.
C’est l’arme ultime du temps : l’oubli. Pas l’oubli total, non. Mais l’oubli progressif. Celui qui transforme l’urgence en arrière-plan. La tragédie en fait divers. L’exceptionnel en banal. Les médias en parlent encore, oui. Mais moins. Les politiques s’y intéressent encore, oui. Mais moins. Les citoyens se souviennent encore, oui. Mais moins. Chaque jour qui passe est un petit triomphe pour la Russie. Non pas sur le champ de bataille, mais dans le cœur des opinions publiques occidentales. Si l’Ukraine devient une histoire de fond plutôt qu’une histoire de une, Moscou a gagné une victoire silencieuse mais décisive.
Le mur de l’impunité
Et derrière ce mur de l’indifférence, il y a un autre mur : celui de l’impunité. La Russie continue à bombarder des infrastructures civiles. Continue à tuer des civils. Continue à utiliser l’hiver comme arme de guerre. Et quoi ? Rien. Ou presque rien. Des condamnations verbales. Des sanctions qui mordent mais ne tuent pas. Mais aucune conséquence réelle, tangible, immédiate. Le message envoyé est clair : on peut faire ça. On peut bombarder des civils. On peut détruire des infrastructures énergétiques. On peut faire geler des familles. Et le monde regardera, peut-être condamnera certainement, mais n’agira pas vraiment.
C’est ça, le plus effrayant. Pas les missiles eux-mêmes. Mais ce qu’ils représentent : un monde où certaines choses sont devenues acceptables. Où certaines lignes rouges ont été effacées. Où l’impunité est devenue la norme. Et si l’Ukraine tombe, si la Russie gagne, que restera-t-il de nos principes ? De nos valeurs ? De notre soi-disant civilisation ? Un ensemble de mots creux. Des promesses non tenues. Des garanties qui ne garantissent rien.
J’ai peur de cette usure. De cette lente érosion de notre capacité à être scandalisés. À nous indigner. À nous révolter. Pas que nous soyons devenus mauvais. Mais que nous soyons devenus fatigués. Que la souffrance des autres, si elle dure trop longtemps, finisse par sembler normale, acceptable, inévitable. C’est ça qui me terrifie vraiment. Pas les missiles russes. Mais notre propre capacité à nous habituer à l’inacceptable. À dire « c’est comme ça » au lieu de dire « ça ne peut pas continuer comme ça ». Si nous perdons ça, nous avons tout perdu. Pas seulement l’Ukraine. Mais nous-mêmes.
Section 9 : L'horizon de demain
La scène finale
Comment cette histoire finira-t-elle ? Personne ne le sait. Personne ne peut le savoir avec certitude. Il y a des scénarios optimistes. Un cessez-le-feu qui tient. Des garanties de sécurité qui fonctionnent. Une Ukraine qui reconstruit, qui se relève, qui retrouve la paix. Il y a des scénarios pessimistes. Une Russie qui recommence. Une Ukraine qui s’épuise. Un Occident qui se détourne. Et entre les deux, une myriade de possibilités intermédiaires, de compromis boiteux, de paix fragiles, de reprises d’hostilités.
Mais ce qui est clair, c’est que ce qui se passe aujourd’hui, ce 18 janvier 2026, dans une salle de réunion virtuelle entre généraux, ce qui se passe sur le terrain en Ukraine, ce qui se passe dans les appartiments glacés de Kiev, tout ça n’est pas que de l’histoire. C’est notre présent. C’est le monde que nous avons construit, ou que nous avons laissé se construire. Un monde où des familles gèlent pendant que des diplomates négocient. Un monde où des enfants meurent pendant que des généraux planifient. Un monde où l’innocence est détruite pendant que les adultes prennent des décisions.
Le choix qui reste
Il nous reste un choix. Toujours. Même quand tout semble perdu. Même quand l’espoir semble impossible. Le choix de ce que nous voulons être. De ce que nous voulons que notre monde soit. Un monde où l’indifférence triomphe. Ou un monde où, malgré tout, l’humanité refuse de céder. Un monde où les promesses sont tenues. Où les garanties signifient quelque chose. Où le froid d’un appartement à Kiev nous concerne autant que le confort de nos propres maisons.
La famille dans l’appartement du neuvième étage à Kiev est toujours là. Ils s’enroulent dans leurs couvertures. Ils tremblent. Ils espèrent. Ils attendent. Ils n’ont pas vu les déclarations de la Coalition de la Volonté. Ils n’ont pas lu les articles sur les garanties de sécurité. Ils savent juste qu’ils ont froid. Qu’ils ont peur. Qu’ils espèrent que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. C’est tout. Et c’est tout ce qui compte.
Vingt degrés sous zéro. C’est la température ce soir à Kiev. Dans cet appartement du neuvième étage, une mère tient ses enfants contre elle. Elle leur chante une berceuse pour les endormir. Sa voix tremble un peu. De fatigue. De peur. D’amour. Les enfants s’endorment enfin. Elle les regarde. Elle pense : demain. Demain peut-être que l’électricité reviendra. Demain peut-être que le chauffage reviendra. Demain peut-être que la guerre sera finie. Et moi je me demande : combien de demains encore ? Combien de nuits comme celle-là avant qu’on réalise que chaque nuit qui passe est un crime que nous laissons arriver ? Il y a des choix dans la vie qui vous définissent. Qui définissent ce que vous êtes vraiment. Ce choix-là, le choix de ce que nous faisons face à l’Ukraine, est l’un de ceux-là. Et je me demande, quand nos enfants nous demanderont « qu’est-ce que vous avez fait ? », quel sera notre réponse ?
Sources
Sources primaires
blank »>Kyiv Independent – Ukraine military chief says more arms, sanctions key as ‘Coalition of the Willing’ holds security guarantees talks (18 janvier 2026)
blank »>Reuters – US backs security guarantees for Ukraine at summit of Kyiv’s allies in Paris (7 janvier 2026)
blank »>BBC News – Zelensky declares state of emergency in Ukraine’s energy sector (15 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Conseil de l’Union européenne – Paris Declaration – Robust Security Guarantees for a Solid and Lasting Peace in Ukraine (6 janvier 2026)
blank »>Gouvernement britannique – PM remarks after Coalition of the Willing meeting (6 janvier 2026)
blank »>OTAN – Secretary General joins meeting of the Coalition of the Willing (7 janvier 2026)
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et humaines qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
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Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
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