Un pays toujours en guerre
Le premier obstacle est évident : la guerre continue. Comment investir dans des infrastructures qui peuvent être détruites demain par un missile russe ? Comment planifier des projets à long terme quand personne ne sait combien de temps durera le conflit ? Comment attirer des investisseurs quand le risque de perte totale est réel ?
Les investisseurs institutionnels ont des obligations fiduciaires envers leurs clients. Ils ne peuvent pas prendre des risques inconsidérés avec l’argent des retraités américains ou des fonds souverains. L’Ukraine en guerre représente exactement ce type de risque. Aucune prime de rendement ne compense la possibilité qu’un bombardement détruise l’intégralité d’un investissement.
L’incertitude juridique
Au-delà de la guerre, l’Ukraine souffre de faiblesses institutionnelles persistantes. La corruption, bien que combattue, reste un problème. Le système judiciaire manque d’indépendance. Les droits de propriété ne sont pas toujours garantis. Pour des investisseurs habitués aux marchés développés, ces risques sont difficiles à accepter.
BlackRock connaissait ces problèmes en signant ses accords. Mais connaître les problèmes et les résoudre sont deux choses différentes. Les réformes promises par Kyiv avancent lentement. Les garanties demandées par les investisseurs tardent à se matérialiser. Le fossé entre les annonces et la réalité se creuse.
On nous a vendu un conte de fées. Les investisseurs allaient affluer. L’argent privé remplacerait l’aide publique. L’Ukraine se reconstruirait comme un miracle économique. Mais les contes de fées ne résistent pas aux bilans comptables. BlackRock n’est pas une ONG. Ses clients ne sont pas des philanthropes. La reconstruction de l’Ukraine exigera bien plus que des communiqués de presse optimistes.
Le rôle ambigu de BlackRock
Entre philanthropie et profit
BlackRock a présenté son engagement en Ukraine comme un mélange de responsabilité sociale et d’opportunité commerciale. Larry Fink parlait de « reconstruire un pays démocratique » tout en évoquant les rendements potentiels. Ce discours à double fond suscite aujourd’hui des questions.
Était-ce vraiment une opportunité d’investissement viable ? Ou était-ce principalement une opération de relations publiques ? BlackRock a bénéficié d’une couverture médiatique extraordinaire pour son engagement ukrainien. L’entreprise a renforcé son image de géant responsable. Mais les dollars concrets tardent à suivre les belles paroles.
Les conflits d’intérêts potentiels
Certains observateurs soulèvent des questions plus dérangeantes. BlackRock conseille également les gouvernements sur leurs politiques économiques. Il a un accès privilégié aux décideurs de Kyiv et des capitales occidentales. Cette position lui permet-elle d’influencer les règles du jeu à son avantage ?
Les garanties que demande BlackRock pour investir en Ukraine incluent des protections étatiques contre les pertes. En d’autres termes, les profits seraient privés mais les risques seraient publics. Est-ce vraiment de l’investissement privé, ou est-ce une forme déguisée de subvention aux grandes entreprises financières ?
Larry Fink est un homme d’affaires brillant. Il ne fait rien sans raison. Son engagement ukrainien lui a valu des éloges mondiaux. Il a été reçu comme un sauveur à Kyiv. Il a renforcé ses relations avec les gouvernements occidentaux. Qu’a-t-il donné en échange ? Des promesses. Des accords-cadres. Des déclarations d’intention. L’argent réel, lui, se fait attendre.
La déception européenne
L’espoir d’un relais américain
L’Europe comptait sur BlackRock pour partager le fardeau de la reconstruction ukrainienne. Les États européens fournissent déjà une aide massive à Kyiv. Leurs contribuables s’impatientent. L’arrivée de capitaux privés américains devait alléger la pression sur les finances publiques européennes.
Cette attente s’avère déçue. Les investissements privés ne se substituent pas à l’aide publique. Ils ne la complètent même pas vraiment. L’Europe se retrouve seule face à ses engagements, sans le relais américain espéré. Le ressentiment grandit dans les capitales européennes.
La remise en question du modèle
Plus fondamentalement, c’est le modèle même de reconstruction qui est remis en question. Peut-on vraiment compter sur le secteur privé pour reconstruire un pays dévasté ? L’histoire suggère que non. Le Plan Marshall après 1945 était un effort public. La reconstruction de l’Allemagne et du Japon a été financée par les États.
L’idée que BlackRock et ses semblables allaient financer la reconstruction ukrainienne relevait peut-être de l’illusion. Une illusion commode pour les gouvernements qui voulaient limiter leurs engagements. Une illusion qui se dissipe aujourd’hui face à la réalité des marchés financiers.
Nous voulions croire que le marché résoudrait tout. Que les investisseurs privés feraient ce que les États ne veulent plus faire. Que la reconstruction de l’Ukraine serait une opportunité commerciale plutôt qu’un fardeau collectif. Cette croyance était naïve. L’Ukraine a besoin d’un nouveau Plan Marshall. Pas de promesses d’investisseurs qui attendent que le risque disparaisse avant de sortir leur chéquier.
La perspective ukrainienne
L’amertume de Kyiv
Volodymyr Zelensky avait misé gros sur le partenariat avec BlackRock. Il l’avait présenté comme la preuve que le monde croyait en l’Ukraine. Que les investisseurs voyaient son pays comme un partenaire fiable. Que la reconstruction commençait déjà. Cette mise en scène se retourne maintenant contre lui.
Les Ukrainiens voient les promesses non tenues. Ils voient leurs villes toujours en ruines. Ils voient l’argent qui ne vient pas. L’amertume grandit. Le sentiment que les Occidentaux font de belles promesses sans les tenir. Que l’Ukraine est abandonnée à son sort malgré les discours de solidarité.
Les besoins urgents
Pendant que les discussions sur les investissements s’enlisent, les besoins ukrainiens restent criants. Des millions de personnes vivent sans chauffage en hiver. Les hôpitaux manquent d’équipements. Les écoles sont détruites. L’économie est en lambeaux. Chaque jour sans reconstruction est un jour de souffrance supplémentaire.
BlackRock et ses milliards virtuels n’aident pas les Ukrainiens qui gèlent dans leurs appartements bombardés. Les accords-cadres ne reconstruisent pas les ponts détruits. Les promesses d’investissement ne fournissent pas l’électricité. La déconnexion entre les annonces financières et la réalité du terrain est brutale.
Je pense à ces Ukrainiens qui ont entendu parler de BlackRock à la télévision. Qui ont cru que l’aide arrivait. Que la reconstruction commençait. Qu’ils pourraient bientôt retrouver une vie normale. Ils attendent toujours. Ils attendront longtemps. Les promesses des géants de la finance ne valent pas grand-chose quand on n’a plus de toit sur la tête.
Les alternatives possibles
Le retour à l’aide publique
Si l’investissement privé ne suffit pas, il faudra bien que quelqu’un paie. Les États occidentaux devront probablement augmenter leur aide directe. L’Union européenne prépare déjà des plans de financement à long terme. Les États-Unis, malgré les incertitudes politiques, restent un contributeur majeur.
Ce retour à l’aide publique pose des questions politiques difficiles. Les contribuables occidentaux accepteront-ils de payer indéfiniment pour l’Ukraine ? Les gouvernements peuvent-ils maintenir ce soutien face aux pressions budgétaires internes ? La solidarité avec Kyiv a-t-elle des limites ?
Les avoirs russes gelés
Une autre source de financement fait débat : les avoirs russes gelés dans les banques occidentales. Environ 300 milliards de dollars d’actifs de la banque centrale russe sont immobilisés. Certains proposent de les confisquer pour financer la reconstruction ukrainienne.
Cette option est juridiquement complexe et politiquement controversée. Elle créerait un précédent dangereux pour le système financier international. Mais elle aurait le mérite de faire payer l’agresseur plutôt que les victimes ou les contribuables occidentaux. Le débat est loin d’être tranché.
L’argent pour reconstruire l’Ukraine existe. Il est dans les coffres des banques occidentales, gelé mais intouchable. Il est dans les budgets des États qui préfèrent limiter leurs engagements. Il est dans les fonds de BlackRock qui attendent des garanties en béton. La question n’est pas l’existence de l’argent. C’est la volonté politique de le mobiliser.
Les leçons à tirer
Les limites du capitalisme philanthropique
L’épisode BlackRock illustre les limites du « capitalisme philanthropique ». L’idée que les grandes entreprises peuvent résoudre les problèmes du monde tout en faisant des profits. Que la main invisible du marché finira par servir l’intérêt général. Que les investisseurs privés peuvent remplacer l’action publique.
Cette idéologie a fait long feu. Les entreprises maximisent leurs profits. C’est leur raison d’être. Leur demander de financer la reconstruction d’un pays en guerre va contre leur nature. Les attentes placées en BlackRock étaient irréalistes dès le départ.
La responsabilité des États
Certaines tâches ne peuvent pas être déléguées au secteur privé. La reconstruction d’un pays dévasté par la guerre en fait partie. C’est une responsabilité collective. Un devoir de solidarité. Une question de sécurité internationale. Les États doivent assumer cette responsabilité au lieu de se cacher derrière des promesses d’investisseurs.
L’Ukraine mérite mieux que des effets d’annonce. Elle mérite un engagement réel, financé par des fonds réels, avec des résultats mesurables. Cet engagement doit venir des États, pas des gestionnaires d’actifs qui calculent leurs risques.
Nous avons voulu croire que le secteur privé sauverait l’Ukraine. Que BlackRock et ses semblables feraient le travail que les États refusent de faire. Cette illusion se dissipe. La reconstruction de l’Ukraine sera un effort public ou ne sera pas. Il est temps d’accepter cette réalité et d’agir en conséquence.
Conclusion : Au-delà des promesses
Un réveil nécessaire
Les doutes exprimés par l’Europe et Kyiv sur BlackRock sont salutaires. Ils forcent à regarder la réalité en face. À dépasser les annonces optimistes. À poser les vraies questions sur la reconstruction ukrainienne.
Cette reconstruction aura lieu. Elle doit avoir lieu. Mais elle ne se fera pas grâce aux promesses des géants de la finance. Elle se fera grâce à l’engagement des États. À la solidarité des peuples. À la volonté politique de ceux qui dirigent.
BlackRock n’est ni un sauveur ni un vilain. C’est une entreprise qui fait son métier : maximiser les rendements de ses clients. Lui demander de reconstruire l’Ukraine était lui demander l’impossible. La faute n’est pas à Larry Fink. Elle est à ceux qui ont voulu croire que le marché résoudrait tout. Que l’argent privé remplacerait la solidarité publique. Cette illusion a assez duré. L’Ukraine attend des actes, pas des promesses.
Encadré de transparence
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements qui nous concernent tous. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux de notre époque.
Sources
Sources primaires
RIA Novosti – L’Europe et Kyiv doutent de la capacité de BlackRock à attirer les investissements (janvier 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.