Quand la tuberculose cède la place à la géopolitique
Il y a quelque chose de profondément troublant dans le choix du lieu. En 1880, des Anglais atteints de tuberculose — cette maladie qui tuait alors sans pitié — ont construit une petite église à Davos. Ils cherchaient l’air pur des montagnes, un dernier espoir de survie. Ils ont bâti un sanctuaire pour leurs prières, leurs larmes, leurs adieux. Cette église, aujourd’hui propriété de la Freien Evangelischen Gemeinde Davos, accueille d’ordinaire des fidèles évangéliques. Mais cette semaine, elle porte un autre nom : USA House. Le sanctuaire — « The Sanctuary » sur le site officiel — est devenu le lieu de rendez-vous des représentants américains, des hommes d’affaires et des décideurs mondiaux qui gravitent autour de Trump.
L’ironie est cruelle. Un lieu construit pour les mourants, transformé en vitrine de la puissance. Microsoft et McKinsey ont chacun versé jusqu’à un million de dollars pour sponsoriser cette opération. La firme de cryptomonnaies Ripple également. JPMorgan Chase a été approché. Sur le site web de l’événement, on peut lire que les sponsors obtiennent la possibilité de « soutenir la délégation américaine à Davos » et de donner de la visibilité à leur marque auprès des « décideurs mondiaux ». Le programme de chaque journée commence par un « faith-based event » — un événement religieux. Ensuite viennent les discussions sur « la paix par la force », « la croissance », « l’énergie ». Des drapeaux américains ornent les murs. Un écran affiche des images de Trump avec le slogan « America is back ».
C’est ça, la nouvelle diplomatie ? Transformer un lieu de recueillement en showroom corporate ? Faire payer un million de dollars pour avoir le privilège de côtoyer le pouvoir ? Je ne suis pas naïf — je sais que l’argent et la politique ont toujours dansé ensemble. Mais il y a quelque chose d’obscène dans cette mise en scène. Quelque chose qui dit : nous n’avons même plus besoin de prétendre.
La plus grande délégation américaine de l’histoire
Les chiffres donnent le vertige. Plus de 800 participants américains sont attendus au WEF, soit plus du quart de l’assistance totale de 3000 personnes. Un record absolu. Trump sera accompagné du secrétaire d’État Marco Rubio, du secrétaire au Trésor Scott Bessent, du secrétaire au Commerce Howard Lutnick, du secrétaire à l’Énergie Chris Wright. Sans oublier les « envoyés spéciaux » : Steve Witkoff pour l’Ukraine, Jared Kushner pour le Moyen-Orient. La garde rapprochée du président, en terrain conquis. Les patrons de Nvidia et de Microsoft font également le déplacement. Il n’y a jamais eu autant de responsables d’entreprises technologiques à Davos, selon les organisateurs. La tech américaine et le pouvoir politique américain, main dans la main, dans une église suisse.
Côté sécurité, c’est une armée qui débarque. Les agents du Secret Service américains ont passé des semaines à préparer le terrain. L’hôtel Alpengold, où Trump devrait séjourner, se dresse au cœur d’une forêt de sapins avec vue imprenable sur la vallée enneigée et le lac. Mais le plus frappant, c’est ce qu’on aperçoit près de l’hélisurface : un canon antiaérien de l’armée suisse. Le fameux Flab Kan 63/90. Sa fonction principale reste la dissuasion, mais il peut tirer si un aéronef non autorisé s’approche trop près. À l’autre extrémité de la ville, à Davos Frauenkirch, l’armée a installé deux autres canons près d’une piste d’atterrissage pour hélicoptères.
La Suisse entre neutralité et servilité
Quatre ministres suisses au garde-à-vous
La Confédération helvétique a déployé les grands moyens. Quatre conseillers fédéraux font le déplacement : le président Guy Parmelin (Économie), Karin Keller-Sutter (Finances), Ignazio Cassis (Affaires étrangères) et Martin Pfister (Défense). Ce dernier a rendu visite lundi aux troupes mobilisées sur la base militaire de Frauenkirch. « La coopération entre les forces civiles de la police et l’armée se passe bien », a-t-il déclaré sobrement. Sur la base, des unités de troupes terrestres, de l’aviation, du commandement cyber et de la logistique sont stationnées. La coordination des transports aériens et la sécurité de l’espace aérien y sont assurées. Pas moins de 40 rencontres bilatérales sont prévues pour la délégation suisse.
L’enjeu est de taille pour Berne. En novembre dernier, après d’âpres négociations, la Suisse et les États-Unis s’étaient mis d’accord pour faire passer les taxes américaines sur les produits suisses de 39 % à 15 %. Un accord doit encore être formellement signé d’ici au 31 mars pour sécuriser le deal. « Si les Américains sont prêts, des discussions auront lieu à Davos et ça peut aller très vite », a déclaré Guy Parmelin dans un podcast du Temps. Le Conseil fédéral a approuvé le mandat de négociation définitif. Côté suisse, tout est prêt. On attend le bon vouloir de Washington.
Imaginez la scène. Un petit pays de huit millions d’habitants, célèbre pour sa neutralité, sa discrétion, son art de ne pas faire de vagues. Et le voilà qui transforme son territoire en forteresse pour accueillir le président de la première puissance mondiale. Qui déploie ses canons antiaériens. Qui envoie ses quatre ministres négocier des droits de douane. Est-ce du soft power ou de la soumission ? De la diplomatie ou de la survie économique ? La frontière est floue. Et ça, c’est peut-être le plus inquiétant.
Les relations sont de nouveau sur une très bonne voie
Lundi après-midi, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent s’est adressé à la presse devant l’église anglaise — pardon, la USA House. Ses premiers mots ont donné le ton : « Les relations entre la Suisse et les États-Unis, après une période mouvementée ces derniers mois, sont de nouveau sur une très bonne voie. » Une phrase qui résonne comme un avertissement autant qu’une promesse. La période « mouvementée » ? Les menaces de Trump, ses ultimatums, ses droits de douane punitifs. Tout cela semble soudain oublié. La Suisse a fait ce qu’il fallait. Elle a joué le jeu. Elle est redevenue fréquentable.
Bessent a également déclaré qu’il serait « très imprudent » de la part de l’Europe de tenter de riposter à la prise de contrôle du Groenland. Une phrase glaçante, prononcée avec le sourire. Le message est limpide : ne vous avisez pas de résister. Acceptez. Adaptez-vous. Ou subissez les conséquences. C’est dans cette atmosphère que s’ouvre le 56e Forum économique mondial, sous le thème officiel — ne riez pas — « Un esprit de dialogue ».
Un Forum sans son fondateur
Klaus Schwab, le fantôme de Davos
C’est la première édition du WEF sans Klaus Schwab. L’économiste allemand de 87 ans a fondé le Forum en 1971. Pendant plus de cinquante ans, il a incarné cette institution, façonné son image, tissé son réseau. Mais au printemps 2025, il a été contraint de démissionner sous la pression du conseil d’administration. Des soupçons d’irrégularités financières et d’abus de pouvoir avaient émergé. Une enquête interne a été ouverte. Quelques mois plus tard, un cabinet d’avocats a jugé ces allégations « infondées ». Schwab a été blanchi. Mais le mal était fait. Le fondateur n’a pas retrouvé son trône.
Aujourd’hui, le WEF est dirigé par un duo de coprésidents : André Hoffmann, héritier du géant pharmaceutique Roche, et Larry Fink, fondateur du fonds d’investissement BlackRock. Un héritier suisse et un titan de la finance américaine. Le symbole est éloquent. Hoffmann avait jadis qualifié Trump de « vieil homme corrompu ». Mais les temps changent. Lundi, il a déclaré : « Le WEF se réjouit de la présence du président de la plus grande puissance mondiale à Davos. Différentes voix doivent pouvoir s’exprimer si l’on veut instaurer un véritable esprit de dialogue. »
Fermez les yeux une seconde. Imaginez que vous êtes Klaus Schwab. Vous avez passé votre vie à construire ce forum. À inviter les puissants du monde entier. À prôner le dialogue, la coopération, le multilatéralisme. Et maintenant, vous regardez de loin — de très loin — votre création accueillir en grande pompe l’homme qui incarne tout ce que vous avez combattu. L’homme du « America First ». L’homme des droits de douane. L’homme qui veut annexer le Groenland. Est-ce que ça fait mal ? Est-ce que ça révolte ? Ou est-ce qu’au fond, vous saviez depuis le début que le pouvoir finit toujours par écraser les idéaux ?
Le rapport sur les risques mondiaux : un avertissement ignoré
Avant chaque édition du WEF, le Forum publie son rapport sur les risques mondiaux. En 2026, le constat est glaçant : la confrontation géoéconomique est identifiée comme le principal risque à court terme (18 % des répondants), devançant les conflits armés (14 %). Suivent les événements météorologiques extrêmes, la polarisation sociale, la désinformation. Le rapport commence par cet avertissement : « Alors que nous entrons en 2026, le monde est en équilibre au bord d’un précipice. » La directrice générale du WEF, Saadia Zahidi, résume : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de concurrence qui influence tous les autres risques mondiaux. »
Mais qui lit vraiment ces rapports ? Qui en tire les leçons ? Dans les couloirs du centre des congrès de Davos, on parle de deals, de contrats, d’accords bilatéraux. On se photographie avec les puissants. On échange des cartes de visite. Le rapport sur les risques ? Un document de plus, rangé dans un tiroir. Pendant ce temps, les tensions géopolitiques s’intensifient, les inégalités se creusent, le multilatéralisme s’effrite. Et tout le monde fait semblant de ne pas voir.
L'Ukraine au cœur des tractations
Zelensky cherche des garanties de sécurité
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky sera également présent à Davos. Il espère rencontrer Trump mercredi pour signer de nouvelles garanties de sécurité en vue d’un hypothétique cessez-le-feu avec la Russie. Selon le Financial Times, les dirigeants du G7 — Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Mark Carney, Giorgia Meloni, Keir Starmer et Ursula von der Leyen — espèrent se joindre à cette rencontre pour obtenir l’approbation personnelle de Trump sur ces garanties. C’est dire l’état de dépendance de l’Europe vis-à-vis de Washington.
Les négociateurs ukrainiens se sont rendus aux États-Unis samedi dernier pour des pourparlers avec Steve Witkoff et Jared Kushner. Des documents seraient « largement prêts à être signés », selon Zelensky, sans plus de détails. Mais la Russie n’a pas cessé ses bombardements. Ces dernières semaines, des frappes massives contre les infrastructures ukrainiennes ont provoqué des coupures de courant et de chauffage en plein hiver. Des millions de personnes grelottent dans le noir pendant que les élites négocient à Davos. Le contraste est saisissant. Insupportable.
Je pense à ces familles ukrainiennes. Ces mères qui tentent de réchauffer leurs enfants avec des couvertures. Ces hôpitaux qui fonctionnent au diesel. Ces villes plongées dans l’obscurité. Et pendant ce temps, à quelques milliers de kilomètres, dans une station de ski suisse, des hommes en costume négocient leur avenir. Est-ce qu’ils pensent à eux ? Est-ce qu’ils voient leurs visages ? Ou est-ce que l’Ukraine n’est qu’un dossier de plus, une ligne sur un tableau Excel, un pion sur l’échiquier géopolitique ?
Le Conseil de paix pour Gaza : première réunion à Davos ?
Trump pourrait également organiser à Davos la première réunion de son fameux « Conseil de paix » pour Gaza. La composition a été dévoilée en fin de semaine : Marco Rubio, Steve Witkoff, Jared Kushner, Tony Blair, Marc Rowan (directeur général d’Apollo), Ajay Banga (président de la Banque mondiale), Robert Gabriel (conseiller à la sécurité nationale). Le président turc Recep Tayyip Erdoğan aurait été invité comme membre fondateur. Mark Carney et Javier Milei siégeraient comme membres à durée limitée. Un casting hétéroclite pour une mission aux contours flous.
Selon Bloomberg, Trump demanderait aux nations participantes de verser un milliard de dollars pour siéger à ce conseil. Un milliard. Pour avoir le droit de participer à la « paix ». C’est le nouveau monde. Celui où tout se monnaie. Où même les bonnes intentions ont un prix d’entrée.
Les manifestations : la voix des sans-pouvoir
Smash WEF et les Jeunes Socialistes
Pendant que les élites se congratulent, d’autres font entendre une voix différente. Samedi, à Berne, une manifestation non autorisée intitulée « Smash WEF » a été rapidement dispersée par la police. Lundi soir, à Zurich, des centaines de personnes se sont rassemblées au Bürkliplatz à l’appel de groupes d’extrême gauche. Dans les Grisons, une randonnée de protestation pour le climat a démarré samedi à Küblis en direction de Davos. Dimanche, un rassemblement autorisé organisé par les Jeunes Socialistes s’est tenu dans la station.
« Il est inquiétant de voir les politiciens suisses courtiser les fauteurs de guerre et leurs profiteurs à Davos », a déclaré Mirjam Hostetmann, présidente des Jeunes Socialistes suisses. « Le WEF n’apportera jamais la paix, mais ne fera qu’alimenter l’escalade. » Des mots durs, mais qui résonnent étrangement justes dans ce contexte. Samedi, des centaines de marcheurs ont gravi une route alpine jusqu’à la ville, derrière une banderole en allemand : « No Profit from War ». Sur un camion qui les accompagnait, on pouvait lire : « World Economic Failure ».
Vous savez ce qui me frappe ? Ces manifestants n’ont aucune chance. Ils le savent. Les décisions se prennent ailleurs, dans des salons feutrés, loin des caméras. Leurs banderoles ne changeront rien. Et pourtant, ils marchent. Ils crient. Ils résistent. Il y a quelque chose de beau et de tragique là-dedans. Quelque chose qui dit : même quand tout semble perdu, certains refusent de se taire. C’est peut-être ça, la vraie dignité humaine.
Un dispositif de sécurité hors norme
Face à ces manifestations, les autorités ont déployé un dispositif impressionnant. Toutes les polices cantonales suisses sont mobilisées, ainsi que celles des grandes villes et du Liechtenstein. Le Service du renseignement de la Confédération et le service fédéral de la sécurité sont à pied d’œuvre. Walter Schlegel, chef des troupes d’intervention, a résumé la situation : « Nous vivons en des temps troublés. Les tensions géopolitiques actuelles se répercutent sur la sécurité. Le risque terroriste est marqué, de même que celui de cyberattaques et de l’espionnage. » Les 5000 militaires déployés surveillent l’espace aérien partiellement bouclé, transportent des personnes protégées et soutiennent les effectifs policiers au sol.
Le budget sécurité de 9 millions de francs est partagé entre le WEF (50 %), la Confédération (25 %), le canton des Grisons (21,7 %) et la commune de Davos (3,3 %). En cas de dépassement, la Confédération prend la différence à sa charge. C’est le prix de l’accueil des puissants. Le prix de la sécurité. Le prix, aussi, d’une certaine forme de soumission.
Les absents et les présents
Le Danemark boycotte, la Chine envoie son vice-premier ministre
Tout le monde n’a pas fait le déplacement. Le Danemark a décidé de ne pas envoyer de représentants gouvernementaux. La décision intervient alors que le conflit sur le Groenland s’intensifie, Trump ayant annoncé de nouveaux droits de douane contre les pays européens qui résistent à ses velléités d’annexion de l’île arctique. « Toute décision concernant la participation relève du gouvernement concerné. Nous pouvons confirmer que le gouvernement danois ne sera pas représenté à Davos cette semaine », a indiqué un porte-parole du WEF. Un boycott discret mais éloquent.
En revanche, la Chine sera présente en force. Le vice-premier ministre He Lifeng, en charge du commerce et des finances, doit s’adresser aux participants mardi. Une délégation « importante » l’accompagne, selon Borge Brende, président du WEF. Xi Jinping lui-même n’est pas attendu, mais le message est clair : Pékin ne laissera pas le terrain à Washington. Les deux superpuissances se jaugent, se défient, se mesurent — et Davos est leur arène.
Le Danemark qui boycotte. La Chine qui s’affiche. L’Europe qui supplie. L’Ukraine qui espère. Et au milieu de tout ça, Trump qui arrive avec sa cour, ses canons, ses millions de dollars. C’est ça, le nouvel ordre mondial ? Un échiquier où les petits pays n’ont plus leur mot à dire ? Où la neutralité est un luxe qu’on ne peut plus se permettre ? Je regarde cette carte du pouvoir et je me demande : où sommes-nous, nous les citoyens ordinaires ? Où est notre place dans ce grand jeu ?
Les géants de la tech en force
Jamais autant de patrons de la tech n’avaient fait le déplacement à Davos. Satya Nadella (Microsoft), Jensen Huang (Nvidia), Dario Amodei (Anthropic), Demis Hassabis (DeepMind), Sarah Friar (OpenAI) sont tous présents. Sam Altman, lui, n’est pas sur la liste. L’intelligence artificielle sera au cœur des discussions, avec ses promesses et ses menaces. Le rapport du WEF note que l’IA est vue à court terme comme une opportunité, mais à long terme comme une source d’instabilité potentielle. Une diffusion rapide, souvent sans cadre de gouvernance clair, soulève des questions sur l’emploi, la sécurité, l’information et l’usage militaire des technologies.
Les maisons nationales se sont multipliées sur la Promenade de Davos. Microsoft, TikTok, CrowdStrike, Tata Consultancy ont installé leurs vitrines. Des gouvernements du Nigeria, du Qatar, de l’Ukraine ont également pignon sur rue. Et bien sûr, trônant au-dessus de tous, la USA House dans son église reconvertie. À quelques mètres de la zone de sécurité, l’Arabie saoudite a installé sa maison nationale… au-dessus d’un magasin Migros. Le self-service du supermarché reste prisé, même par les invités de premier plan. En 2019, l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro y avait déjeuné.
Ce que révèle Davos 2026
La fin du multilatéralisme tel qu’on le connaissait
Ce Forum économique mondial 2026 marque un tournant. Le thème officiel — « Un esprit de dialogue » — sonne comme une provocation involontaire. Quel dialogue quand une seule voix domine ? Quel échange quand les rapports de force sont aussi déséquilibrés ? Trump ne vient pas à Davos pour écouter. Il vient pour parler. Pour imposer. Pour affirmer. Son discours de mercredi visera en priorité ses électeurs américains, mécontents de sa politique de pouvoir d’achat à l’approche des législatives de mi-mandat en novembre. Il promet de « dévoiler des initiatives pour réduire les coûts du logement » et de « vanter son programme économique qui a propulsé les États-Unis à la tête de la croissance mondiale ».
Mais il s’adressera aussi aux dirigeants européens. Selon la Maison-Blanche, il « soulignera que les États-Unis et l’Europe doivent laisser derrière eux la stagnation économique et les politiques qui l’ont causée ». Traduction : faites ce que je dis, ou subissez les conséquences. Le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé qu’il « essaierait de rencontrer le président Trump mercredi » pour « éviter autant que possible toute escalade » douanière liée au Groenland. Éviter l’escalade. Apaiser. Négocier. C’est tout ce qui reste à l’Europe aujourd’hui.
Vous voulez savoir ce qui me reste de tout ça ? Une image. Celle de ces canons antiaériens pointés vers le ciel de la Suisse neutre. Des armes de guerre au cœur des Alpes. Pour protéger un homme. Un seul. Pendant que 3000 participants discutent de « dialogue » et de « coopération ». Il y a quelque chose de profondément absurde dans cette scène. Et en même temps, quelque chose de terriblement révélateur. Le monde a changé. Les règles ont changé. Et nous, nous regardons, impuissants, ce nouveau spectacle du pouvoir.
Entre soft power et démonstration de force
La Suisse joue un rôle particulier dans cette édition. Elle représente les intérêts des États-Unis en Iran depuis 1980, date à laquelle Washington a fermé sa représentation diplomatique à Téhéran. Elle espère jouer un rôle de médiateur dans les tensions entre les deux pays. Elle accueille le WEF depuis plus de cinquante ans, en tire des bénéfices économiques considérables, crée des emplois à Davos. La population locale a voté à plusieurs reprises pour maintenir l’événement. Mais à quel prix ? Celui de la neutralité ? Celui de la dignité ? Le directeur du WEF, Alois Zwinggi, seul Suisse au sein de la direction, devait partir à la retraite en novembre 2026. Il va finalement rester jusqu’en 2028 pour « garantir le lien entre la Suisse et la manifestation ». « Je dois jouer les prolongations », a-t-il plaisanté.
Quelque part entre le soft power et la servilité, la Suisse trace sa route. Elle accueille les puissants, déploie ses canons, négocie ses droits de douane, espère maintenir sa place dans le concert des nations. C’est le jeu des petits pays face aux géants. Un jeu vieux comme le monde. Mais rarement il n’avait été aussi visible, aussi cru, aussi dépouillé de ses artifices.
Conclusion : le monde en équilibre au bord du précipice
Davos 2026, miroir d’une époque
Ce Forum économique mondial 2026 restera dans les mémoires. Pas pour ses débats. Pas pour ses innovations. Mais pour ce qu’il révèle de notre époque. Une époque où une église du XIXe siècle devient quartier général d’une superpuissance. Où des canons antiaériens protègent un président au cœur de la Suisse neutre. Où les géants de la tech versent des millions pour côtoyer le pouvoir. Où l’Europe supplie pour éviter les représailles. Où l’Ukraine espère des garanties pendant que ses infrastructures brûlent. Le rapport du WEF avait raison : « Le monde est en équilibre au bord d’un précipice. »
Mais peut-être que le plus frappant, c’est ce que tout cela dit de nous. De notre capacité à accepter l’inacceptable. À normaliser l’exceptionnel. À applaudir ceux qui nous dominent. Klaus Schwab, le fondateur absent, avait lancé un avertissement dans un message sur X : « Nous sommes en manque dans notre société de deux piliers fondamentaux. C’est la vérité. Et c’est la confiance. Sans restaurer ces piliers, nous ne serons pas capables de résoudre les grands problèmes mondiaux auxquels nous faisons face. » Des mots qui résonnent étrangement dans les couloirs de Davos, où la vérité se négocie et la confiance s’achète.
Je repense à cette église. À ces Anglais mourants qui l’ont construite il y a près de 150 ans. Ils cherchaient l’air pur des montagnes. Un espoir de survie. Un peu de paix avant la fin. Aujourd’hui, leur sanctuaire est orné de drapeaux américains. Des écrans diffusent « America is back ». Des sponsors ont payé un million de dollars pour être là. Et quelque part dans le ciel de Davos, des canons scrutent l’horizon. Qu’auraient pensé ces mourants s’ils avaient vu ça ? Qu’auraient-ils dit ? Peut-être rien. Peut-être qu’ils auraient simplement fermé les yeux. Comme nous le faisons tous, finalement. Face à ce monde qui bascule. Face à ce pouvoir qui s’affiche. Face à cette vérité qui dérange. On ferme les yeux. On détourne le regard. On fait semblant de ne pas voir. Mais au fond de nous, on sait. On sait que quelque chose s’est brisé. Quelque chose qui ne reviendra peut-être jamais.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et commerciales qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à anticiper les virages que prennent nos dirigeants. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les communiqués gouvernementaux, les déclarations officielles des dirigeants politiques, les rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, AFP, RTS, ainsi que les données d’organisations internationales et du Forum économique mondial lui-même.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
RTS Info – Le WEF 2026 mobilise un dispositif de sécurité sans précédent pour la venue de Donald Trump (16 janvier 2026)
Blick – WEF: Des super canons protègent le ciel de Davos (19 janvier 2026)
RTS Info – Les relations Suisse-USA sont en très bonne voie selon Scott Bessent (19 janvier 2026)
Confédération suisse – Forum économique mondial 2026 : engagement de l’armée (12 janvier 2026)
Gouvernement suisse – Rencontre annuelle 2026 du Forum économique mondial (janvier 2026)
Sources secondaires
Le Grand Continent – Le Forum économique mondial s’ouvre à Davos (19 janvier 2026)
Euronews – World leaders gather at Davos as Trump reshapes global order (18 janvier 2026)
CNBC – Trump is going to Davos — here are the big names who aren’t (19 janvier 2026)
Swiss Info – Microsoft and McKinsey pay up to $1 million each to back Trump’s Davos hub (6 janvier 2026)
Le Temps – À Davos, Donald Trump embarquera une impressionnante délégation américaine (13 janvier 2026)
France Info – À Davos, le Forum économique mondial reprend de l’envergure face aux projets de Trump (19 janvier 2026)
Zonebourse – WEF 2026: son fondateur Klaus Schwab ne sera pas à Davos (16 janvier 2026)
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